‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 157 sur 281 · UTA · texte numérisé non relu

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rogations à S. Mamert, évêque de Vienne vers le milieu du cinquième siècle.

Mais il est avéré qu'elles étaient déjà usitées en Orient a?ant le temps de S. Basile, comme le prouve le témoignage de ce Père (Epiêt. Lxm. Ad, Neocœêar.). En Occident même, S Mamert n*en eut pas l'initiative proprement dite; S. Sidoine Apollinaire, son contemporain, qui était avec lui en relations de correspondance, atteste qu'elles existaient avant lui, mais que la pratique eu était vague, tiède, rare, irrégulière, vagœ^ tepentes, infrequenUt, ac osciiabundœ^ et qu'on n'y avait recours qu'à l'occasion d'un danger pressant (Sidon. lib. v. epist. xiv). Le mérite de S. Mamert fut d'en faire une institution régulière et périodique, en les fixant aux trois jours qui précèdent TAscension du Sauveur, et d'introduire dans la célébration de ces litanies une

solennité et une ferveur jusque-là inconnues, fl Dans ces litanies que Mamert a instituées, dit S. SidoinCp on jeûne, on prie, on psalmodie, on pleure. » Du temps de S. Augustin, ces Rogations solennelles étaient déjà en ligueur dans les Églises d'Afrique. Voici ce que, dans un de ses sermons (Serm. clxiui), ce Père dit de l'esprit spécial qui doit vivifier le jeûne des trois jours des Rogations : « Sans aucun doute, celui-là aime les blessures de ses péchés, qui, en ces trois jours, ne demande pas à la prière, au jeûne, à la psalmodie les remèdes spirituels dont il a besoin pour les guérir, t

Les Rogations, selon la réforme de S. Mamert, furent adoptées dans les Églises d*£spagne, mais on les renvoya à la semaine d'après la Pentecôte ; et il faut reconnaître que cette pratique était beaucoup plus conforme à l'ancienne discipline de l'Église, qui n'admettait pas de jeûne pendant les cinquante jours qui séparent la fête de la Pentecôte de celle de Pâques ^Conct'/. Germer, can. n).

II. — Le pape S. Grégoire le Grand a attaché son nom à l'institution à Rome (590, première année de son pontifical) de Rogations spéciales, lesquelles, sous le nom de « litanie seplÛorme », devaient être célébrées le vu des calendes de mai, c'est-à-dire le 15 avril, par le concours de sept sociétés d'hommes et de femmes qui, en ce même jour, sortaient simultanément de sept églises désignées à l'avance, et se réunissaient pour faire ensemble des supplications publiques. On appela cette litanie crucis nigrœ, parce que, au jour ou elle se célébrait, on recouvrait les croix et les autels de voiles noirs, et que les fidèles suivaient la procession avec des vêtements noirs, en signe de deuil et de pénitence (Ration, div, offic. I. vi. c. 102).

Cette solennité est rapportée par S. Grégoire lui-même; elle Ta été depuis par Walfrid Strabon, qui l'appelle la grande litanie, liianiam majorem. Quelques auteurs ont pensé que ce nom marquait une distinction entre les rogations de S. Grégoire et celles de S. Mamert ; mais il n'en est rien', car partout aussi, dans les actes du concile de Mayence

(can. xxxni), dans les Capitulaires de Qiarlemagne (1. v. c. 85), etc., nous voyons que celles de 1 evèque de Vienne sont nommées lHaniœ majores : Placuit nobis, dit le concile cité, td Utania major observanda sit a cunctis Christianis diebus tnbus,.,.

Ces litanies majeures, ainsi que leur nom Tindique, étaient communément accompagnées de processions, en tête desquelles était portée la croix, cette tessère de la profession cbrétieoDe (V. l'art. Slaurophori), Ceci ressort évidemment du témoignage de S. Grégoire le Grand (1. ii. epist. 2), et aussi d'une loi de Justinien [Novell, axni. c. 32) qui interdit aux laïques de célébrer les litanies sans les évêques et les clercs qui leur sont subordonnés, sine sanctis episcopis, et qui sub eu sunt reverendissimis clericis; et en outre de déposer les croix (portées dans les processions] ailleurs qu en des lieux vénérables. Quelquefois In procession elle-même n'est désignée que sous le nom de litanie. Voici ce que nous lisons du pape Sergius dans le livre pontifical {In Serg.]: c H disposa qu'aux jours de FAnnonciation du Sauveur, de la Nativité, et de la Dormition de la Ste Mère de Dieu, la litanie sorte de Saint-Hadrien et se dirige vers Sainte-Marie. » On trouve même dans lies auteurs litanice procedere, pour exprimer lactîon de marcher processionnellement (Du Cange.h. v.).

Un extérieur simple et décent, une attitude mortifiée et pénitente, telles étaient les dispositions requises des chrétiens pour assister aia litanies. S. Sidoine reprend avec sévérité (y. Epist. 1) ceux qui osent s'y rendre, castinorati ad lataniM, ce qui veut dire couverts d'étoffes précieuses, comme celles qui se faisaient avec du poU de castor; et les canons (Concil, Moguni. ubi supra) ont toujours interdit d*y aller c à cheval, avec des vêlements précieux, • prescrivant, au contraire, «de s'y présenter pieds nus, couvert de cendre et de ciîice, sauf le cas d*infirmité. •

Ht. — On demande maintenant ce qu'on doit entendre par « litanie mineure •. On ne saurait rejeter complètement l'opinion de ceux qui pensent qu elle ne consistait que dans le Kgrit eleim plusieurs fois répété, soit à matines, soit à la messe ou à d'autres parties de la liturgie, formule abrégée de supplications que toutes les Églises ont adoptée pour les différentes heures de Tofiice du jour et de la nuit. Ce sentiment peut invoquer des autorités respectables. Le cardinal Bona [Omspsalmod. xiv. 4) atteste que cette formule d^inTOcation, qui veut dire c Seigneur, ayez pitié de nous •, est appelée c litanie » dans les îituripes de S. Jacques, de S. Basile, de S. Jean Ghrysostome. Il est probable aussi que c'est à la même prière que font allusion S. Augustin, S. Gyprien, S. Clu-ysostome, quand, dans leurs homélies, ils parlent de litanies. Cela n'est pas douteux pour S. Beooil, qui, au neuvième chapitre de sa règle, traitant de l'office divin, s'exprime ainsi à ce sujei : « Après les psaumes, la leçon de l'Apôtre qui doit ^

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récitée par cœur, et le verset, vient la supplication de la f litanie », c'est-à-dire le Kyrie eleiêon. »

Sans cloute, à Tépoque où vivaient ces Pères, les litanies ne présentaient pas la forme développée et complète qu^elles ont aujourd'hui. Cependant on atu^it tort d'affirmer absolument que l'invocalioQ des saints en état absente; et Bingham a manqué de sincérité en omettant, dans un pur intérêt de secte et pour faire passer une assertion erronée, un beau passage de S. Chrysostome où il est évidemmait question de litanies spéciales accompagnées de processions et où les saints étaient invoqués (HomiL conir, ludoi et thealra) : c Nous avons eu des litanies, XtTavtîat, ou supplications, où toute notre ville affluait comme un torrent aux lieux des apôtres. Nous implorions comme nos arocats S. Pierre et le bienheureux André, cette faire d'apôtres, et aussi Paul et Timolhée. »

[k)nc la première différence entre les grandes et les petites litanies consiste dans le plus ou le moins de développement des formules. On peut en assigner d'autres encore : les litanies majeures se célébraient avec un plus grand concours du clergé, du peuple et des moines, à des jours fixes de l'année et dans toutes les Églises en même temps. Les litanies mineures, au contraire, avaient comme un caractère privé, se célébrant isolément, irrégulièrement, dans une Église particulière, à raison de nécessités locales. Aussi quand il s'agissait des grandes, tout était réglé d'avance dans les sacramenlaires, le jour où elles devaient être célébrées chaque année, le lieu d'où le cortège devait partir, celui où il devait se rendre, ainsi que les stations intermédiaires. On peut s'en assurer en jetant un coup d'œil sur le ^sacramentaire de S. Grégoire, édité et annoté par Pamelius (V. les art. Procèsùons et Stations).

LITUIIGIE. — On distingue deux espèces de liturgie: la liturgie psaimodique et la liturgie eucharistique.

I. — LiTURCu psALHODiQDB. Dès le bcrceau de l'Égtise, les chrétiens adoptèrent l'usage de réciter les psaumes de David dans leurs temples, avant la liturgie du sacrifice. Cette pratique est d'institution apostolique. Nous savons par Terlullien (De jfjun. c. X et xi) qu'au deuxième siècle on récitait des psaumes à la troisième, à la sixième, à la neuvième heure du jour, et il appelle ces heures t apostoliques t. Les Constitutions dites apostoliques prescrivent des prières consistant surtout dans la récitation des psaumes (1. viu. c. 34), nuin^, terUa, sesta, nona diei hora, vespere, et ad gain cantum. Mais comme la crainte des païens ne permettait pas toujours aux fidèles de s'assembler, ils psalmodiaient chacun en particulier, ou deux ou (rois ensemble (Ibid.), Bien plus, il y avait parmi eux une pieuse émulation, et ils se provoquaient réciproquement, quis melius Deo suo concret, dit Tertullicn (Ad uxor. 1. n. ad fin.).

Il résulte évidemment de ces données que les premiers chrétiens vaquaient tous les jours, en

public ou au moins en particulier, à la psalmodie. Et dès le quatrième siècle les chrétiens de l'Orient, comme ceux de l'Occident, de tout âge et de toute condition, étaient tellement adonnés à cette sainte pratique, que, au dire de S. Jérôme (Ad Marcel^ lin,), c au lieu des chants d'amour » autrefois en usage, c le laboureur, en conduisant sa charrue, chantait Valleluia; le moissonneur se récréait par le chant des psaumes ; le vendangeur, en maniant la serpette recourbée, chantait quelques fragments de poésies davidiques, aliquid Datfidicwn, • L'habitude qu'ils en avaient contractée faisait que tous, même les laïques de la condition la plus infime; savaient les psaumes de mémoire (Augustin. Enarr, in psalm, uxxviii) ; et cette religieuse discipline se maintint jusqu'à la fin du huitième siècle (Beda. Hist. 1. m. c. 17. 1. IV. c. 18), époque à laquelle les clercs seuls restèrent chargés de la psalmodie publique.

Depuis le premier siècle jusqu'au quatrième, les psaumes furent récités en Orient dans la version des Septante ; et les Latins usèrent jusqu'à S. Jérôme de la version ancienne dite italique. S. Jérôme, d'après l'ordre de Damase, les expurgea de certaines fautes, et les distribua dans un ordre méthodique pour l'usage de la liturgie (Concil. Rom. suh Damas, an. 382), et ce psautier fut, sons Théodose, donné même aux Églises grecques (Epist. Theodos. ad Damas. Concil. 1. 1), qui l'acceptèrent, comme l'attestent leurs psautiers actuels, appelés par eux ùpoXo-poi. Vers la fin du cinquième siècle, le pape Gélase corrigea de nouveau le livre des psaumes, y ajouta des hymnes, et les distribua dans un ordre nouveau. — Cet article a son complément dans ceux qui ont pour titres Office divin et Prière publique.

IL — Liturgie bdcbaristiqde. C'est l'ordre des leçons, prières et cérémonies qui accompagnent le sacrifice. 11 y en eut plusieurs, tant en Orient qu'en Occident.

Liturgies orientales. On n'est pas îi\é sur Tordre de la liturgie établie par les apôtres : les monuments font défaut. On sait seulement que l'Oraison dominicale en était la prière principale, mais non pas la seule, car S. Justin, qui vivait à une époque si rapprochée de celle des apôtres, nous a transmis plusieurs autres parties de la liturgie en usage au deuxième siècle.

La plus ancienne est celle qui est connue sous le nom de liturgie des apôtres, et qui est communément attribuée à S. Clément pape. On ne connaît aucune Église qui s'en soit servie après le quatrième siècle (Bocquillot, Uist, de la liturg., 1. I, c. 9). Il y a ensuite celle dite de S, Jacques, qui fut celle des Églises d Anlioche et de Jérusalem, et qui, de l'aveu même des plus célèbres critiques luthériens et anglicans, remonte très-certainemenl.aux premiers siècles de. notre ère. bile fut abrégée par S. Basile, dont elle prit le nom ; elle s'appela plus tard liturgie de S. Jean Chrysostome, parce que ce Père lui avait fait subir de nouvelles modifications. Une autre liturgie porte le nom de

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S. Cyrille de Jérusalem : elle se trouve dans le missel édité à Rome par le Maronite Schialalh. Les jacobites se servent de vingt-huit liturgies difTérentes, dont les plus insignes sont celle de S. Cyrille de Jérusalem et celle de S. Cyrille d'Alexandrie : celle-ci était attribuée autrefois à Tévangéliste S. Marc. Aux liturgies jacobites on doit joindre encore celle de S. Grégoire de Nys$e, qui est probablement d*un moine nommé Grégoire Adndinus, celle de S. Jean VÉvangélistej qu*on attribue à un patriarche de ce nom, celle de 5. Pierre second^ que les uns croient appartenir à Pierre d' A pâmée, les autres à Pierre Gnaphaeus (Renaudot, Uitt, de VÊgl. alexandr,, c. xxtiii) ; celle de Jacques Bardatus, auteur de la secte des jacobites ; celles enfin de Moïse Barcephas et du moine Severus, qui sont propres aux jacobites syriaques. Les Orientaux ont aussi la liturgie de S. Jean patriarche^ vulgairement Acœmete, la liturgie de Grégoire^ autrement Abulfarage, et enfin celle de Philoxène, évêqne d'Hièrapolis. Il existe une liturgie particulière pour les Éthiopiens ou Abyssins, une autre pour les Arabes uestoriens ; les Arabes melchites ont aussi la leur, appelée euchologium arabicum ; elle est à l'usage de tous les chrétiens qui habitent le Sinaï, les côtes de la mer Rouge, les déserts de TArabie. Les Arméniens de la Cilicie usaient autrefois de la liturgie de 5. MartUas, métropolite de Tagritha, On trouvera des notions plus étendues et plus détaillées sur les liturgies orientales dans Goar, Renaudot, etc.

Liturgies occidentales. On en compte quatre principales : la romaine, la gallicane, l'espagnole, autrement dite mozarabique, et l'ambroisienne.

La romaine a S. Pierre pour premier auteur, mais elle a été peu k peu modifiée et augmentée, à l'instar des vieilles liturgies des Grecs. Les plus anciens monuments qui nous restent de cette liturgie primitive des Latins sont trois sacramentaires : le léonien, le gélasieny le grégorien. Le premier, qui porte le nom de Léon 1", est antérieur à ce pape, car il renferme des rites d'un caractère plus ancien. Il a été en usage dans l'Église romaine depuis le quatrième siècle : c'est l'opinion commune. Nous possédons de ce sacra* mentaire deux manuscrits, appartenant, Tun à la bibliothèque Vaticane, Tautre à la bibliothèque d'Esté, celui-ci édité par Muratori (Liturgia Romana vêtus). Le second porte le nom du pape Gélase, bien qu^il ne soit pas de lui. Il est néanmoins regardé comme l'un des plus anciens ordres liturgiques de l'Église romaine. Le cardinal Tomasi l'a publié d'après un manuscrit de la bibliothèque de la reine Christine de Suède. Enfin le troisième s'appelle grégorien, parce que S. Grégoire le Grand Ta remanié, ou continué, pour nous servir de l'expression de Jean Diacre {!n ejus Vit, lib. m. c. 21), d'après un ancien ordre dont l'Église romaine usait auparavant et qui probablement n'était autre que le sacramentairegélasien. Mais le grégorien lui-même a été, depuis S. Grégoire, augmenté à diverses reprises de nouveaux rites. Dom Ménard l'a publié

d'après les meilleurs manuscrits. On peut voir dans le Musœum Italicum de MabiUon, et dans liittorp, quelques ordres romains appart^ant au moyen âge.

Les ordres liturgiques que nous venons d'énumérer furent exclusivement en usage pendant les premiers siècles dans l'Église romaine, dans les églises suburbicaires, et dans la plupart des autres Églises de l'Italie; et il est probable qu'il n'y avait alors qu'une seule liturgie dans tout rOccident. Mais vers le sixième siècle un autre ordre liturgique fut apporté d'Orient en Espagne par les Golhs (Pelliccia Polit, eccL i. p. 243), et il fut appelé mozarabe, à cause des Crabes habitant l'Espagne qui professaient le christianisme, ce qui fit donner à ce mélange de populations le nom de Mixti Arabes. Le quatrième concile de Tolède étendit à toute l'Espagne l'usage de cette litui^e, et elle y subsista jusqu'au onzième siècle.

Ce fut vers le cinquième siècle que les Gaules commencèrent à avoir une liturgie particulière, laquelle fut appelée gothique ou galHcane. On en attribue la rédaction, tantôt à S. Hilaire, évèque de Poitiers, tantôt à Musaeus, prêtre de Marseille, tantôt à S. Sidoine Appollinaire. Elle fut suivie dans les Gaules jusqu'au huitième siècle, ^'ous en avons quatre éditions différentes : 1* le missel gothique, édité par MabiUon, d'après un manuscrit vieux déjà de plus de mille ans du temps de ce savant bénédictin ; 2* le missel des Francs ; 3' le missel gallican ancien^ d'après un très-ancien manuscrit de la bibliothèque de Bobio (Xabill. Mut. ItaL), Il est certain que cette liturgie gallicane fut autrefois en usage dans les Églises d'Angleterre (Usser. De aniiquit, Britan, 1. n. c. 9).

Enfin l'Église de Milan eut aussi sa liturgie particulière, et qui prit le nom de S. Ambroise, lequel cependant n'avait fait qu^ajouter de nouTeaux rites à un ordre liturgique déjà existant avant lui. Le fond de cette liturgie subsiste encore aujourd'hui, mais profondément modifié (Y. .Yiscouti. De rit, miss, c. xxii).

III. — Il est assurément regrettable qa aucune des antiques liturgies ne nous soit parvenue dans son intégrité. On donne de cette perte plusieurs raisons :

1* La liberté qui, dans les premiers temps, était laissée à chaque évêque de faire pour soo Église une liturgie spéciale. Car, chaque Église ayant la sienne, il n'y avait pas de raison d>n notifier la connaissance aux autres chrétientés. De plus lesévèques n'étant pas astreints à leur usage, et conservant la faculté d'en composer de nouvelles ou de faire des additions et modifications aux anciennes, ne durent pas se préoccuper du soin de les transmettre intègres à leurs successeurs. Et l'on conçoit qu'il dut en être ainsi jusqu'à ce que le siège de Pierre pût, à la faveur de la paix, exercer sur l'ordre liturgique, comme sur tout le reste, la suprême autorité qu'il avait reçue de Jésus-Christ : Pasce agnos meos,,.. pasce nets meas.

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S* De saTants interprètes des antiquités ecclésiastiques, Renaudot (Collect. liturg. orient. 1. 1. dissert. i) et Le Brun (t. ii. DisserL liturg.) y ont avancé que pendant plusieurs siècles on s'abstint de mettre par écrit les liturgies, et qu'on les apprenait de mémoire. Cette asserKon est un peu absolue, et Muratori Ta rérutée dans la préface de son édition de Tancienne liturgie romaine (c. i). Ofl voit dans le traité d*Origène Contre CeUe^ que celai-ci avait trouvé chez des prêtres chrétiens des livres que, d*après la description qu*il en donne, il est facile de reconnaître pour des recueils d*oraisoDS liturgiques. On ne saurait nier d'autre part que les catéchèses de S. Cyrille de Jérusalem ne contiennent de notables fragments de liturgies antiques. À peu près à la même époque, c'est-à-dire vers le milieu du quatrième siècle, S. Hilalre de Poitiers, au rapport de S. Jérôme (De scrtpi. eccl), écrivait un sacramentaire pour son Église.

11 serait donc plus exact de dire que tout n'était pas écrit, et encore que les copies des parties écrites étaient rares et tenues secrètes. Au surplus, les persécutions, celle de Dioclétien surtout, qui s^aitachèrent particulièrement à détruire les livres des cbrélieiis, jettent sur cette question une obscurité devant laquelle la critique sera toujours impuissante. Il est certain que la fin du quatrième siècle et le début du cinquième marquent l'époque où les liturgies commencèrent à être intégralement écrites et publiquement répandues (V. plus haut, II). Il faut néanmoins faire une exception pour le canon, qui, selon toute probabilité, se transmettait oralement, et ne fut écrit que vers le sixième siècle.

3' 11 est avéré que, par suite des injures du temps, les liturgies même que Ton sait avec certitude avoir été autrefois écrites, sont aujourd'hui en partie perdues ; par exemple l'ancienne gallicane , l'espagnole, l'africaine, dont nous ne possédons que des fragments. A plus forte raison, les liturgies tout à fait primitives, qui n'étaient, il faut s'en souvenir, que des formules spéciales à certaines Églises, oatelles dû, même en admettant qu'elles aient été écrites, être effacées par les nouvelles et peu à peu perdues.

4* La dernière raison, c'est que les anciennes litui^ies ont été par la suite si souvent soumises à des relouches et à des additions, qu'il est devaiu impossible d'y discerner l'œuvre des premierj auteurs. Ainsi, nous avons des liturgies sous les noms de S. Chrysostome et de S. Basile, et rien n'empêche de croire qu'elles furent primitivement composées par ces Pères ; mais nous n'avons aucun moyen de distinguer leur main au milieu des innombrables altérations que les Grecs leur ont fait subir.

5* Quoi qu'il en soit, bien que les liturgies des qualre premiers siècles ne nous soient pas arrivées intègres et pures d'alliage, cependant il en reste dans les écrits des anciens Pères tant et de si notables fragments, que pous en pouvons tirer deux ccmclasioDS certaines : premièrement, que l'Église

primitive avait des formes de culte fixes et certaines ; secondement, que nous pouvons nous rendre compte jusqu'à un certain point, de l'ordre et de la méthode qu'elle observait dans les principales parties du ministère sacré (V. pour compléter cet article, les art. Prière publique dam la primitive Église et Livres liturgiques).

LIVRES LITURGIQUES. — L'intérêt qui s'attache à cette matière nous oblige à en pousser l'étude au delà des limites de l'antiquité proprement dite, c'est-à-dire jusqu'à l'époque de Charlemagne, où se termine à peu près la période de formation définitive des livres liturgiques. Les principaux de ces livres sont :

1* Le SACRAMENTAIRE, sacromenlarium, on' liber sacramentorum. Il renferme l'ensemble des prières que le célébrant récite à l'autel pour convertir les espèces du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ ; et son nom lui vient de la confection même de la sainte eucharistie, qui est appelée le sacrement par excellence.

S. Gélase et S. Grégoire le Grand sont les principaux auteurs du sacramentaire de l'Église romaine. Le passage suivant de Walfrid Strabon (De reb. eccl. c. x\ii) assigne à chacun de ces deux papes la part qui lui appartient dans la rédaction de ce livre : « Le pape Gélase, cinquante et unième dans le catalogue, passe pour avoir mis en ordre les prières composées par lui et par d'autres. Les Églises des Gaules se servirent de ses oraisons, et elles sont encore retenues par plusieurs ; et comme beaucoup de choses y paraissaient incertaines, à raison de l'incertitude de leurs auteurs, et ne présentaient pas un sens complet, le bienheureux Grégoire prit soin de réunir tout ce qui offrait de suffisantes garanties, et ayant retouché ce qui était trop long ou peu conforme au bon goût, il composa le livre dit Des sacrements, comme son titre l'indique. Que si l'on y trouve encore certaines choses qui s'écartent du but qu'il s'est proposé, elles n'y ont point été insérées par lui, mais il faut croire qu'elles y ont été surajoutées par d'autres moins soigneux. •

Nous trouvons à peu près l'équivalent dans la Vie de S. Grégoire par Jean Diacre (lib. ii. c. 17). Mais ces deux auteurs supposent toujours que les deux grands pontifes ont travaillé sur des matériaux laissés par leurs prédécesseurs, entre lesquels nous devons citer notamment S. Célestin, qui siégeait en 422, et S. Léon le Grand, qui le suivit de près et qui est connu pour avoir apporté de nomrbreux et notables perfectionnements à la liturgie (Uonor. Augustod. Gemma animœ. c. xlix) : ceci soit dit néanmoins sans rien préjuger au sujet de l'attribution qui est faite à ce pape du sacramentaire dit léonieny inséré en tête du recueil des anciennes liturgies romaines de Muratori.

Si nous en croyons Gennade, cilé par Du Gange (ad voc. Sacramentarium), des auteurs plusanciens encore, Salvien, Musœus, prêtre de Marseille, et Yoconius, évêque deCastellane en Mauritanie, au*

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raient déjà composé des sacramentaires, êacrameniorum volumina.

Pamelius est, croil-on, le premier qui ail publié par rimpression le sacramentaire de S« Grégoire, dans sa collection d'anciens manuscrits liturgiques {Lilurgicon Ecclesiœ latinœ. Colon. 1571. 2. in-4*). La seconde édition est due à Angelo Rocca, qui le donna d'après Texemplaire du Vatican et l'accompagna descolies (Romaî. 1797). Dom Hugues Ménard en fit une troisième en 1642, à Paris, et Tenrichit de notes érudites, et encore très-appréciées aujourd'hui. Voici, d'après cette dernière édition, le titre de ce vénérable monument liturgique : în nomine Domini hic liber iacramentontm de circulo anni expositiu a S. Gre-' gorio papa Romano ediius ex auùunlico lihro hibliolhecœ cubiculi scriplus — qualiter missa Romara

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