‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 16 sur 281 · ABEL · texte numérisé non relu

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à Dieu leurs sacrifices, celui-ci une gerbe (Bottar. tar. cixxtii), et une autre fois une grappe de raisin qu'il tient sur sa main et des épis qui sont à ses pieds (Id. tav. li) -, celui-là offre un agneau (Cen. lï. 3. 4). (BoUari. PiU.eicult. lav. lixiu»).

Abel est la plus ancienne figure du Rédempteur. En sa qualité de pasteur, il est vêtu de la tunique et de la penula. Gain, au contraire, comme agriculteur, est à demi nu : on sait que, dans l'anliquilé, celui qui conduisait la charrue était loujours sans vêtement : nadut ara. dit Virgile dans ses Giorgiquei (i. 29»). Dieu, sous la ligure d'un homme d'âge mûr, est assis, soit sur un fragmeiil de rocher, soit sur un siège d'osier k moitié recouvert d'une draperie, en signe d'honneur ; ses pieds reposent sur un escabeau ou uippedaneum, attribut de la dignité dans les temps antiques. Par suite d'une distraction de l'arli-le, Dieu paraît saisir des deux mains la gerbe de Caïn ou diriger la droite vers le raisin qu'il lui présente, comme s'il agréait ces dons, ce qui est contraire au texte sacré. Faut-il, plutôt que de supposer une erreur si grossière dans un sculpleur chrétien, dire avec Bottari (t, m. p. 41) que ce geste signifie qu'il les repousse : l'inspection des monuments euxmêmes expliquerait tout sans doute, car les dessins de la Rome louUrraine minquenl blensouvenl de fidélité. Sur le second plan, on aperçoit, tantôt une figure de vieillard, qui est celle d'Adam, tantôt deux figures, qui sont Adam et Eve.

Le même sujet se trouve reproduit sur un sarcophage d'Arles (Hillin. Midi de la Fr. Atlas, pi- ivm). Dieu est, comme ci-dessus, »êlu de la tunique et du paltium, et drapé à la manière des philosophes grecs. Une mosaïque de Saint-Vital de Ravenne (sixième siècle) montre une représentation fort intéressante : c'est Helchisédech offrant à Dieu son sacrifice de pain et de Tin, et, de l'autre côté de l'autel, Abel élevant, lui aussi, les mains au ciel et offrant un agneau (Ciamp. Vet. mon. t. II. tab. ixi). On ne peut douter de l'identité

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des deux personnages, car leurs noms sont écrits au-dessus de leurs tètes (V. la gravure de Fart. Kwtàariêiie, \, 1*).

L*interprétalion de ce monument se présente naturellement à Tesprit de tous. L'agneau offert à Dieu par Abel est la figure de l'Agneau de Dieu qui derait un jour s'immoler pour le salut des hommes; le sacriOce de Melchisédech, composé de pain et de vin, est la figure du sacrifice euduîristîque qui est le même que celui de l'Agneau dÎTin. Nul doute que l'on n'ait voulu rapprocher ici ces deux figures du même mystère, qui se sont produites dans l'histoire à plus de deux mille ans de distance. On semble autorisé à le penser par ces paroles du canon de la messe où œ même rapprochement est exprimé : Stcuit accepta kabere dignatus et munera pueri iui jiuii Ahei^ et Maori ficium patriaréhœ nottri Abrâhœ, et (ptod tihi ohtuLii nunmiu iocerdos tutu Melchiêedeck.... « Daignez, Seigneur, regarder d'un visage propice et serein, et avoir pour agréables ces oblation>, comme vous daignâtes agréer les présents de votre enfant le juste Abel, et le sacrifice de Totre patriarche Abraham, et celui que vous offrit votre grand prêtre Melchisédech. »

ABLUTIO?fS. ~ II s'agit ici des diverses aUutions usitées dans les liturgies anciennes.

I. — L'ablution de la tète, capiiilavium, prit naissance en Espagne (Isid. Hisp. 1. i. c. 28. éd. Colon. 1616), et, comme la liturgie gallicane touche par une infinité de points à la gothique-espagnole, et que, plus d'une fois, elles se sont mutuellement emprunté leurs rites, il n'est pas étonnant que le capiUUnhan ait passé de l'Espagne dans les Gaules (Rab. Maur. 1. \\i De inst. cler, c. 35. — Cf. Placiaud. De $acr. bain. 112). Cette ablution avait lieu le dimanche des Palmes, appelé aussi dans k langue liturgique Dominica indulgenUœj et elle se faisait en ce jour par respect pour le saint chrême dont la tète des catéchumènes devait recevoir l'onction au jour du baptême solennel. Il est douteux que ce rit fût en vigueur dans l'Église romaine : un seul ordre romain en fait mention, c'est celui dont la publication est attribuée à Georges Cassandre {De ord, Rom. in 0pp. Cassaud. Paris. 1116) ou à Melchior llittorp {BibL P. Luçd. t. xin). Yisconti pense que le capitilavium fut supprimé partout après le décret du concile de Mayence de 813, prescrivant que, pour l'administration du baptême, tout fût conforme aux coutumes de l'Eglise romaine (Yicecom. De bapt, rit. 1. ni.c. 15).

n. — L'ablution des pieds, pedilamum, est beaucoup plus ancienne et fut plus universellement usitée dans la primitive Église. 11 y en avait de trois espèces : 1* La podompsia, qui se pratiquait envers les voyageurs et les hètes. On en trouve des exemples dans la plus haute antiquité : Abraham et Lot lavèrent les pieds des anges cachés sous la figure de voyageurs {Gen. xvu-xix), etc. Mais pour nous en tenir à ce qui concerne les premiers siè-

cles cliréiiens, nous savons que nos pères dans b foi , et en particulier les évèques , remplissaîenl assidûment ce devoir de l'hospitalité chrétiemwL Ainsi Spiridion, évêque de Trymitlmnle dans Hle de Chypre, lavait les pieds des pèlerins qu'il recevait dans sa maison avec libéralité (Sozom. Hist. eccl. I. 11 ). S. Augustin recommande souvent cette œuvre aux clercs et aux fidèles, et S. Athanase, ou l'auteur quelconque du livre intitulé Syntagma doclrinœ ad clericoê et laicos (Lutel. 1685. p. 13), la présente comme étant d'une obligation rigoureuse : Ne negligas lavare pedes venientium : culjMbuniur enim de pb^ceph violatione tel ipsi epiicopi, ti ionteê fuerint, • ne néglige pas de laver les pieds de ceux qui viennent à toi : car les évèques eux-mêmes seront repris pour la violation de ce précepte, s'ils s'en rendent coupables. •

2» L'ablution des pieds, qui, en certains lieux, faisait partie des rites du baptême. Là où l'ablution des pieds avant le baptême avait lieu (Yisconti. p. 531), elle était faite par l'évêque lui-même, d'abord dans le caniharv» de Vatrium (Y. ce mot), puis un peu plus tard dans de l'eau chaude. €*est le jeudi saint que se pratiquait cette cérémonie. Après l'ablution, l'évèqiie baisait les pieds et, en certains lieux, posait, à trois reprises différentes, par humilité, les talons du catéchumène sur sa tète (Id. 541). L'Église romaine paraît être restée étrangère à cette pratique. Et c'est ici le lieu de rappeler avec S. Cyprien (Epitt. lxxv. éd. Fell.) que quelques différences dans les rites accessoires de l'administralion des sacrements ne nuisent nullement à l'unité de l'Église. L'auteur des Six livres de* sacrements^ communément attribués à S. Ambroise, affirme que cette cérémonie avait lieu à Milan (Y. aussi Yicecom, lib. cit. xvii seqq.), qu'elle était fort ancienne, et que si elle ne se pratiquait pas à Rome, c'était probablement à raison de la multitude de ceux qui se présentaient au baptême. Elle était aussi en vigueur en Espagne, ainsi que l'atteste le quarante-huitième canon du concile d'Eivire, tenu avant Constantin, et l'Église gallicane, qui eut toujours des rites particuliers, conserva celui-ci longtemps encore après ce concile. Le cardinal Tomasi a édité deux anciens sacramenlaires gallicans qui ont une prière pour cette cérémonie (Cad. sacram 900 an. vetust. pp. 335-475). Bien que la liturgie en question ait été apportée dans les Gaules par des évèques grecs (Le Brun. Cérém. de la messe, t. u. diss. 4), il ne parait pas certain que, chez les Orientaux, la podonipsia ait été pratiquée comme préparation au baptême (Padaud. op. dt. 117).

3* Là podonipsia qui s'observait en mémoire du lavement des pieds des apôtres par Notre-Seigneur. Yoici la représentation de ce trait de charité du divin Sauveur, d'après un tombeau d'Arles (Millin. Midi de la France. Atlan. p. 1. lxiv. n" 1). Les savants ne sont pas d'accord sur la question de savoir si , en lavant les pieds à ses disciples, Notre-Seigneur ne fit que se conformer à un usage en vigueur chez les Juifs, ce qui est l'opinion de Scaliger (/)

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emendal. Ump. p. 570, el de Casaubon {Exercit. in Baron. 16], ou s'il êlablil lui-même celle lolion comme un rit (oui nouveau, ainsi que le soutient Buxtorf. IDiuerl. de am. Dom.). Ce qu'il y a de

liys-avêrê. «est que, depuis Li proclamation du précepte du divin Mailre presciivant d'imiter ce qu'il avait fait en cette mémorable circonstance, i) n'est aucune nation chrétienne qui n'ait pratiqué le lavement des pieds le jeudi saint. Et les Pères du concile de Tolède, tenu en 696, j attachèrent une telle importance, qu'ils infligèrent la privation de la communion pendant deux mois à tout prêtre qui l'aurait omis volontairement (Ubb. t. TU. -— Cf. Paciaud). Hais comme il n'est rien dont les 11 ommes n'abusent, il s'éleva au seizième siècle une secte d'anabaptistes qui se donnèrent le nom de PodonipfriE, et qui, faisant profession d'observer à la lettre tous les préceptes du Sauveur, soutenaient que la podoniptia était la véritable el essentielle lessère de la religion clirétienne, et même, si l'on en croit leurs principales confessions, celle de Dordreclit notamment, un sacrement établi pour la rémission des péchés (Bajle. Dict. hitl. art. ÀnabaplUlfi).

III. — L'ablution des mains, x'f^^- Nous trouvons chei tous les peuples cette opinion que l'on pourrait appeler instinctive, que l'ablution des mains doit toujours précéder le sacrifice. Les Égyptiens, les Perses, tes Étrusques, tes Grecs, tous ont obéi à cette loi de la nature qui veut que les choses divines soient traitées avec une enLère pureté, même corporelle. Citons seulement le vase d'airain placé par Moïse dans le tabernacle (I^my. Se labemac. tav. m-iv}, et la mer d'airain que Salomon fit établir dans l'alrium du temple, pour les ablutions légales. Dans cet immense hémisphère destiné à laver toules les souillures, on voit tantût une figure des sacrements en généj^t qui p.urinentlescmur8,lantùtletypespécialdubaptéme,tanlAt le symbole du Christ lavant nos crimes, lanlûl enlln les fleuves de la doctrine évangélique qui de~ valent porter leurs bienfaits à toutes tes nations.

Hais, pour en venir à notre objet, qui est l'ablulion avant le sacriGce eucharistique, il est certain qu'elle fut en usage dés le berceau de l'Église ; elle était commune aux Grecs, aui Latins, aux Maronites, aux Arméniens et à tous les Orientaux (V. Collect. deë litaig. orient, par Renaudol. Paris.

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