‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 168 sur 281 · L. VT. COHMEMORARET. MEMOItl · texte numérisé non relu

L. VT. COHMEMORARET. MEMOItl

AM. MARITI. SVI

BEXB. QyiBSCAi. DTLCISSIME.

3* 11 est une classe de formules non moins fréquentes, et plus intéressantes peut-être, parce

qu elles sont caractéristiques du mariage chrélien. Telle est la qualitîcation de vrivira, quelquefois vNiBiRA, donnée à un certain nombre de femmes, et qui indique qu'elles n'avaient été mariées qu'une fois. On a eu certainement Tintention de lui en faire un titre d'honneur , car l'esprit de TÉgii^e primitive iraprouvait les secondes noces, sans aller cependant jusqu'à les prohiber. Une autre épilhète est indifféremment appliquée aux deux époux : c'est eelle de virgduts et virgikia, exprimant le mariage contracté dans la virginité et par conséquent la monogamie (Y. l'art. Virginiutf Virginia). On sait que S.. Paul imposait cette condition aui veuves qui devaient être choisies pour roffice de diaconesses : Quœ fuerit uniuM viri uxor (1 lim. V. 9) ; il en exigeait autant de ceux qui pouvaient être appelés à l'épiscopat ou au sacerdoce: Inim uxoris virum (Ibid, m. — TiL i. 6).

4* Enfin, une dernière manière d'exprimer le prix que l'on attachait aux souvenirs d une union fortunée, c'était d'en supputer sur les marbres la durée avec la précision la plus minutieuse, tenant compte des jours et des heures mêmes (Y. Harangoni. Ad. S. Vict. p. 81) : amis. xuvh. M. VIII. — De fioissieu. p. 594 : akhis. t. IE^^. VII. oies. ini). L'épitaphe que iauvaria ûl inscrire sur la tombe de son mari felix, monument ktrouvé au cimetière de Prétextât, et publié par Marangoni (Co$e gent. p. 465), va jusqu à l indication des heures : an. || m. xiu. ues. |, x. dus. m. OR. m, f Treize ans, dix mois, seize jours, trois heures. >

5' D'après toutes ces marques d'affection, ces expressions de regret, ces témoignages rendus par des maris à la vertu de leur épouse, nous poufooi juger de ce qu'était la société conjugale sous la loi chrétienne pratiquée dans sa pureté et sa ferveur primitives. Voici un tableau tiré des gnonk^ du concile de Nicée (Revillout, p. 58) où est dépeinte d'une manière admirable la sollicitude de l'Église pour le maintien de la pureté et de l'union conjugales. Nous ne pouvons rien citer de plus ancien pour l'objet qui nous occupe : « Une femme est aimée de Dieu et des hommes à cause de sa sa-

gesse et de la bonne administration de sa maison, car la beauté vaine, il y a une vengeance qui '^ poursuit. — Orne-toi pour ton mari, parlesœuMOî de tes mains et par la sagesse de ta bouche. Les saintes appellent leur mari mon seigneur. — > ainje pas à te parer, o femme! Mais souvieni-toi de toutes les belles qui sont dans le sépulcre. Celles mêmes qui gisent sur le lit de la maladie, la beauté cesse en elles. — Orne ton âme pour l'amour de Dieu et donne ton cœur à la parole de Dieu, feoaîele. — Un homme sage ne s'attachera pas à one femme insensée. Or celle qui n obéit pas à m père ou à son mari est une insensée. — Mon uh éloigne-toi d'une femme qui aime la parure, car ce sont siguiiux d'adultère que les étalages d anneaux et de clochettes (boucles llollanles de dieveux). — Tu reconnaîtras une femme quita'ti^ péché à la pureté de son visage; quant à celle qu»

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fii«t da noir à ses yeux, elle montre par là sa fatuité. — On gâte une belle image avec la fumée des lampes. »

Les écrits des Pères et des historiens des premiers siècles nous ont transmis aussi au sujet de la famille, telle qu'elle fut organisée par la sagesse de l'Église, des documents qui renferment des leçons de la plus haute moralité. S*fkispirant des préceptes du Maître, déjà développés par S. Paul, les Pères et les conciles avaient réglé jusque dans les plus menus détails les devoirs réciproques des époux dans les différentes circonstances de la vie, de façon à établir et à entretenir entre eux la paix et la concorde* L'époux était pour sa femme un ami et un protecteur plein de tendresse, réponse avait pour son mari une soumission tempérée par Tamour et la confiance. L'Église avait tellement à cœur d^écarter tout ce qui aurait pu troubler une si enviable harmonie, que, même dans les choses libres relatives à la religion, elle accordait (oQJours la prépondérance à l'autorité du mari. Ainsi, par exemple, le deuxième concile d'Arles, tenu en 530, avait décrété (can . xxn) qu'une femme, sans le consentement de son époux, ne pouvait être admise à la pénitence publique : Pcmitenliam conjugatU nonnui ex consensu dandam (Y. l'art. ?imUnce canoniq^e).

Le concile d'Elvire régla aussi, quant aux femmes mariées, Téconomie de la correspondance, de telle sorte qu une épouse chrétienne ne pouvait jamais ni écrire, ni recevoir, même dans un but religieux, une lettre en son nom propre. Quand la chose était nécessaire, elle écrivait au nom et du consentement de son mari (Concil, Eliheritn cao. Lxxxi) : Ne feminœ guo potiut quam mariiorum nomine laicU êcribere audeant, qui fidèles sunt ; rtl liUeras alicuju* pacificoê ad suum golum nomen tcriptas accipiarU (Quant aux lettres appelées ici pacifiques^ ?. l'art. Lettres ecclésiastiques).

L'histoire ecclésiastique des premiers siècles offre de nombreux exemples d'époux qui, pour une plus grande perfection, établissaient entre eux, d'un consentement réciproque, les relations d'une sainte fraternité. Nous ne connaissions pas jusqu'ici de marbres funéraires relatant cette circonstance. Il s'en trouve un dans l'anlique pagus d'Aoste (Isère), et H. Ed. Le Blant l'a consigné au second volume de ses Inscriptions chrétiennes de la Gaule (p. 31); les époux avaient nom Ampelius et Syngenia. L'épitaphe porte qu'ils « vécurent dans l'affection et la tendresse conjugale environ soixante années... » Telle fut l'excellence de leur vie que, la femme, se séparant de son époux pendant plus de vingt ans, garda une continuelle chasteté :

.... QTOftra TnA taus fuit ut lin ^TK» cosnrx luaiTTM xx anitos....

nCKBOH M CASTITATB nWZtua PEXBnAUT.

Restitution

de M. Le Blant.

Nous n'ignorons pas qu'on a cru voir ici Findication de la chasteté conservée dans le veuvage ;

mais les termes de l'inscription ne nous semblent pas pouvoir se prêter à cette interprétation.

MA.IITYIIA.RII. — C'étaient des clercs préposés à la garde des martyr ia ou tombeaux des martyrs (Y. les art. Confessio, Martyrium, Memoria..,). Dans l'Église romaine, ces fonctions étaient en grand honneur; et le pape S. Sylvestre place, dans la hiérarchie cléricale, les niartyrarii au-dessus des sous-diacres (Anast. Biblioth. In Syhestr.) : Constitua ut si quis desideraret in Ecclesia militare^ etc,„, ul esset prius ostiarius, deinde lector^ et postea excrcista per tempora, quœ epitcopus statuerit, deinde acolythus annis quinque^ subdiaconus annis quinque^ custos marttruh annis quin-qtte, presbyter annis tnbus, etc.j et sic ad ordinem episcopatus ascendere^ « il décréta que, si quelqu'un désirait militer dans l'Église.... il fût d'abord portier, ensuite lecteur, puis exorciste pendant l'espace de temps jugé convenable par Févèque ; après acolyte cinq ans, sous-diacre cinq ans, gardien DES MARTYRS cinq aus, prêtre trois ans, et qu'il monlAt ainsi par degrés à l'ordre de l'épiscopat. > S. Grégoire de Tours fait mention d'un martyrarius Proserius {Miraculor. 1. u. c. 46). S. Léon le Grand fut le premier pape qui attacha près du tombeau des apôtres S. Pierre et S. Paul des gardiens, qu'Anastase appelle ici cubicularii (In Léon /). (V. l'art. Cubicularii.)

IIIA.RTYRE. — Au seizième siècle, le pape Grégoire XIII fit exécuter par le Pomarancia, dans le pourtour de l'église de Saint-Étienne-Ie-Rond à Rome, une série de tableaux à fresque représentant les principaux supplices des martyrs. Un jésuite, le P. Michel, avait été l'instigateur de la mesure, et Tartiste, faute de modèles antiques, avait emprunté ses types aux réibils et aux descriptions si animées des Actes des martyrs. Sans doute ces sortes de représentations n'étaient pas dans les usages des temps tout à fait primitifs du christianisme : les catacombes n'en offrent pas d'exemples. Mais, pour atteindre le même but, qui était de frapper l'esprit des multitudes illettrées et de leur inspirer le courage dont elles pouvaient avoir besoin en ces temps de persécution , au lieu des supplices des martyrs eux-mêmes, on offrait à leurs yeux la représentation de la constance des saints de l'ancienne loi, par exemple Daniel dans la fosse aux lions, les jeunes Hébreux dans la fournaise de Babylone, etc. Gonune exception, * nous devons citer une belle fresque du cimetière de Galliste récemment découverte, et où l'on peut reconnaître un chrétien comparaissant devant le magistrat qui semble l'interroger et peut-être le condamner. Le magistrat, couronné de laurier, est debout sur une estrade et le jeune homme se tient dans une fière attitude au pied du tribunal» Un autre personnage près de lui porte en ses mains des objets difliciles à distinguer et qui sont probablement les instruments du sacrifice (Y. De' Rossi. Roma sotl. t. n, tav. xxi). On sait que le

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crucifix lui-même, pour des raisons que nous avons données dans noire article spécial sur celle maliére, n'apparaît dans nos monuments publics que vers la fm du sixième siècle. Cependant les tortures des héros dé la foi durent être retracées aux yeux des fidèles dès les temps qui suivirent immédiatement les persécutions. Nous avons un discours de S. Asterius, évêque d'Amasée au quatrième siècle, sur le martyre de Sle Euphémie, qui n'est aulre chose que la description détaillée de peintures représentant son supplice dans une église qui avait été érigée en son honneur {V.Ruinart, edit. Veron. p. 431 ). Rien n'est curieux comme cette description, où le saint évèque s'efforce de lutter avec Tarliste lui-même par la vivacité des couleurs : Neque enim, dit-il, nos musarum alumni pejores pictoribus colores habemus, f nous, élèves des Muses, nous n'avons pas de couleurs inférieures à celles des peintres. » Il nous reste aussi des hymnes du poète Prudence {Peristepli, ix et xi) qui contiennent, avec le panégyrique de S. Cassien et de S. Hippolyte, la description de tableaux représentant leur martyre dans leurs églises à Rome et à Imola.

S. Grégoire de Nysse (Opp, t. n. p. 1011. Paris. 1615) célèbre, dans un de ses discours, le martyre de S. Théodore peint sur les murailles d'une église qui lui était dédiée. L'éloquence de S. Basile (Opp, t. I. p. 515. Paris. 1618) recommande aux artistes chréti(ms du même âge le martyre de S. Barlaam comme un sujet digne de leur talent et comme un ornement convenable à son église.

Des sujets de cette nature étaient souvent aussi retracés sur des bijoux et autres objets portatifs. On connaît un camée et un médaillon de plomb reproduisant très-vivement le martyre de safnt Laurent {V. Lupi. DisserL e lelt, t. i. p. 192 et 107, et notre art. Ame). — Le supplice de S. Jean devant la porte latine était représenté en tous ses détails dans la mosaïque du portique de Saint-Jean de Lalran (Giampini. De sacr- (edif. tav. n. 8), dont plusieurs parties étaient déjà fort endommagées quand Giampini en releva le dessin. Nous voyons le massacre des Saints Innocents sur un sarcophage de la crypte de S. Vaximin, sur un diptyque de Milan (Bugali. Mem. di S. Celso. in fin.), sur un autre publié par M. Rigollol, et enfin dans la mosaïque de l'arc triomphal de Sainle-Marie-Mageure (Giampini Vet. mon. t. i. lab. xlix), monuments du commencement du cinquième siècle (V. la gravure de l'art. Saints Innocents),

Enfin on a découvert tout récemment (1875) dans la basilique souterraine de Ste Pétronille, au cimetière de Domitille, deux colonnes de ciborium, sur lesquelles est représenté en basrelief le martyre des SS. Nérée et Achillée. La sculpture est du iv* siècle; voici la reproduction de celle des deux colonnes qui a le moins souffert : son attribution est hors de doute, car la scène est surmontée du nom d'Achiilée, acillevs, gravé sur le lût.

En voilà assez pour prouver que les représenta-

tions de martyres n*avaient rien d^opposé à Fesprit essentiel du christianisme, et que la contrainte itih posée à rËgliseparks persécutions fut la seule cause qui les empêcha de se prodiiire plus tôt. Peutêtre les fresques de Saint-Ëtienne-le-Rbnd, par Taccumulation de tant d'atrocités, peuvent-elles révolter la délicatesse des époques de décadence ; mais aussi le spectacle de la constance de nos pères au milieu de ces tourments inouïs n*est-il pas bien fait pour réveiller et entretenir dans les cœurs cette sainte énergie qui enfante les mâles vertus, et soutient l'homme dans le combat de la vie, au bout de laquelle brille la couronne des braves ?

L'œuvre du Pomarancia fut gravée par Tempesta pour servir d'illustration au traité

de Gallonio sur les tourments des martyrs (Rome, 1591); ces planches ont été reproduites dans le troisième volume du grand ouvrage de Mamachi [Origin. et antiq. Christ.), et encore dans le deuxième volume de son petit traité (Dei costwni de' primit. Crisl., à partir de la page 232). Ce que le lecteur aurait de mieux à faire pour «Toir une idée des tourments des martyrs de la foi, c«> serait de parcourir ces planches. Pour ceux qui n'en auraient pas la facilité, nous allons tracer un rapide tableau des principaux genres de supplices qu'inventa contre eux l'atroce génie de l'iotolérance et de la persécution.

1» Ils étaient suspendus de différentes maniera: les uns sur la croix droite, à l'exemple du Saaveur lui-même, comme S. Siméon, évêquede Jérusalem (Euseb, Hist. eccl. m. 32) ; les autres sur la croix renversée, comme S. Pierre (Orig. ap. Euseb. ibid. i). Ge supplice était très-commun et exécuté de différentes manières. Les matrones Symphorose et Théonille furent suspendues par les cheveux (Ruinart. edit. Veron. p. 235), et Gorgonius et Dorothée par le cou (Euseb. viii. 6i. Eusébe (Ib^d. 9) parle de martyrs pendus par un pied. Plusieurs martyrs de la Thébaide furent suspendus par les pieds à deux arbres placés à une certaine distance l'un de l'autre, violemment repliés à leur extrèmité et assujettis dans cette position par des cordes : à un moment donné, on

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coupait les cordes, les deux arbres se redressaient 0t le patient se trouvait écartelé (Euseb. ibid,). D'après une tradition consignée dans la légende de S. Marcel de Qialon au bréviaire lyonnais (3 sept.), ce martyr aurait subi ce supplice avant de consommer son sacrifice, en i 79, sous Marc-Aurèle. b'autres étaient pendus par les poignets avec un éDorrae poids aux pieds : exemple le lecteur Marânos(Ruin. p. 541).

3* Torturés et battus. Il y avait le supplice du chevalet, exprimé dans les actes par les mots e^Muleo suspendis ou tendi in rôtis (Ruin. ptusim) : c'était le tourment préliminaire, et ensuite venaient communément les torches ardentes qu*on appliquait tour à tour à tous les membres, /am- ■padet fiammanies, candelœ ardentes. S. Théodore fut étiré à Faide de cordes sur un appareil fixé en terre et son corps s^allongea jusqu'à huit pieds : fiai^ms et trocleis extensus (Ruin. 517). S. Victor ki broyé sous une meule de moulin (Id. 262)* Le supplice du nerf jusqu'au cinquième trou : cet intrument de torture était ainsi nommé, parce qu*à l'aide de nerfs on étirait violemment et on engageait dans des trous de plus en plus espacés les pieds du patient renversé sur son dos, et jusqu'à ce que cette tension amenât la mort par la rupture da ventre. On a trouvé à Pompéi un nervus propre à recevoir dix condamnés à la fois. Plusieurs des qoarante-huit martyrs de Lyon périrent par ce supplice (Ruin. 55), jusqu'au septième trou, selon ia traduction de Rulfin, et jusqu'au cinquième, selon le texte grec de la lettre des Ëglises de Lyon et Vienne. Celui-ci semble avoir été le maximum. Origènele subit jusqu'au quatrième trou à l'âge de prés de soixante-dix ans (Euseb. vi. 39). Nous lisons dans les actes des SS. Claude et Astère (Ruin. 235), au sujet de la martyre Théoniila, que

le président Lysias ordonna que ses quatre membres fussent attachés à quatre pieux plantés en terre, qu'on lui frappât avec un bâton le dos et tout le corps, et qu'on lui mit des charbons ardents sous le ventre. La tension était si violente, que les épaules en étaient disloquées et que les membres pendaient comme morts : c'est ce qui arriva au martyr Aitala (Id^ 501).

3* Déchirés, percés, mutilés. Déchirés avec des crocs, uncus, avec des ongles, ungtUa, ou des peignes de fer, pectines ferrei, avec des fouets composa de chaînes de bronze, au bout desquelles étaient des boules de plomb, /^/uyi^ ^tis cœsi. Beaucoup de ces instruments ont été ^^oeillis dans les cimetières des martyrs, et plusieurs sont conservés au musée chrétien du Va-

tican. M. Perret en a reproduit quelques-uns dans la planche quatorzième de son quaflrième volume (Ruin. 146. 237). Le P. Lupi avait vu uneplumbata trouvée dans un loculus des catacombes romaines (V. Dissert. t. i. p. 265) et M. De' Rossi cite (Rom. sott. t. H. p. 164) deux balles de plomb revêtues de bronze provenant du cimetière de Calliste, lesquelles, selon toute probabihté, avaient fait partie d'un ustensile de cette sorte. Il est certain que plusieurs de ces instruments de supplice avaient d'al>ord servi à des usages vulgaires et domestiques ; mais quand ils se rencontrent dans des tombeaux clirétiens, il n'est pas douteux qu'ils furent employés pour torturer les martyrs. Tel est, à notre avis, Vuncus que nous donnons ici et qui est un objet étrusque. Le saint prêtre Basile vit détacher de son corps sept listes de sa peau, septem lora (Id.

513). Les sept fils de Ste Symphorose furent percés en différentes parties du corps, l'un à la gorge, un autre à la poitrine, un troisième au cœur, les autres au nombril, dans les reins, dans le flanc ; le dernier fut coupé par le milieu (Ruin. 21). On coupa à S. Victor le pied avec lequel il avait renversé l'autel de Jupiter (Id. 261). Les actes mentionnent beaucoup d'autres mutilations: des yeux arrachés, des pieds, des mains, des nez, des oreilles coupés (Euseb. viii. 12). Les tyrans, lorsqu'ils se voyaient vaincus par la constance des martyrs, finissaient ordinairement par leur faire trancher la tète (Ruin. passim et notre art. Coly^ sée).

A notre article Instruments sur les tombeaux, nous avons mentionné une crypte chrétienne, découverte en 1845 à Milan, près de l'église de Sainl-Nazaire, renfermant le corps d'un chrétien, et sur les murailles de laquelle étaient peints divers objets dénotant la sépulture d'un martyr, des cliaînes, un croc, uncus, une potence avec sa corde, ainsi que d'autres instruments de torture : nous en plaçons ici le dessin.

4* Soumis à divers supplices par le feu. Plusieurs martyrs de la Mésopotamie furent suspendus la tète en bas, suffoqués par le feu et brûlés

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(Euseb. Tiii. 19). On a trouTé en i844 dans un tombeau bisorae des catacombes le corps d'un enfant de douze ans brûlé depuis la tête jusqu'au milieu des cuisses (Narchi. p. 270). Ordinairement, on enfonçait les jambes du patient jusqu'aux genoux dans une fosse, on lui liait les mains derrière le dos et on rattachait à un poteau entouré de sarments : d'où Tint aux chrétiens le sobriquet de sarmenlitii (Ruin. 572. — TertuU. ApoL i). Tel parait avoir été le genre de mort de S. Polycarpe, évêque de Smyme (Ruin. 27). Tout le monde sait que S. Laurent mourut sur un gril. Il y avait encore l'immersion dans l'huile bouillante, dans la poix fondue, dans la chaux vive. Tels furent les supplices de S. Jean 1 Ëvangéliste, de Ste Potamienne, et de cette multitude de martyrs qui souffrirent du temps de S. Cyprien et qui sont connus dans la langue hagiologique sous le nom de massa CANDiDA (Ruin. 175. n. 11). Du plomb fondu fut versé dans la bouche de S. Boniface (Id. 252). S. Taracus fut percé sous les aisselles avec un pieu enflammé, son compagnon Probus le fut dans les flancs et dans le dos, et Ândronicus eut les doigts mutilés avec le même instrument, oheliiou (Ruin. 389). Les Acte$ deimartyrs mentionnent encore des clous et des lames de fer rouge et d'autres tortures par le feu, plus cruelles les unes que les autres.

5* Broyés sous la dent des bêtes féroces. Ce fut le glorieux trépas de S. Ignace d'Antioche (Ruin. 11), et d'une foule d'autres dont le sang arrosa l'arène du Golysée. S. Hippolyte fut emporté par deux chevaux indomptés qu'on fouetta avec fureur, et son corps fut déchiré, mis en pièces, son sang .arrosa tout l'espace parcouru, ses chairs restèrent en mille lambeaux attachées aux pierres, aux ronces et aux épines (Perùteph, xi. — V. l'art. Sang des Martyrs), où les fidèles allèrent les recueillir avec piété. Beaucoup de martyrs furent précipités d'un lieu élevé, comme S. Jacques le Mineur du haut de la plate-forme du temple. La célèbre matrone Symphorose, qui souffrit en Gampanie, fut ainsi précipitée dans une rivière avec une pierre attachée au cou (Ruin. 21).

Les Actes des martyrs mentionnent une foule de tourments dont le détail ne saurait trouver ici sa place : des chrétiens couchés sur des pointes aiguës, sur des débris de poterie, etc., des mâchoires brisées et des dents violemment arrachées, des instruments aigus enfoncés sous les ongles, des jambes rompues, les noyades sur des navires désemparés et livrés au caprice des flots, des patients renfermés dans des sacs de cuir avec un chien et un aspic, avec des scorpions et des vipères (Ruin. 327. 306. 252. — Euseb. Hist, eccl, vui. 12 et passim). Dans le catalogue de l'abbé de Tersan (n. 194) est décrit un petit monument de bronze plein d'intérêt. C'est un navire sur lequel sont placés un homme et un lion. L'auteur du catalogue voit ici un martyr abandonné sur la mer à cet animal destiné à le dévorer. Nous trouvons ce dernier fait consigné dans les notes de feu M. labbé Greppo.

En compulsant les ouvrages qui ont traité de cette matière, et notamment ceux de Gallooio, celui de Blanchini {Demonstr, Hist, eccl. 3 ^l. in-fol.), et avant tout les martyrologes et les actes, il serait aisé d'y trouver les noms de plus de cent instruments de torture et de divers genres de supplices. Peu de personnes sans doute anraient goût à cette élude, dont le résultat est si peabonorable pour Thumanité.

MARTYROLOGES. — I. — L'Ëglise mit toujours un soin extrême à recueillir les actes de ses martyrs etdeses confesseurs (Gyprian. Epist. imo. Ad presb. et diac.). Le pape S. Clément (Uh.poïdif. In Clem.), disciple de S. Pierre, avait institué sept notaires qui, chacun dans la région qui lai était assignée, recueillaient ces actes, et S. Fabien leur adjoignit sept sous-diacres pour les surveiller et les diriger dans cette œuvre importante (Y. l'art. Notarii).

Les actes étaient lus dans l'assemblée des fidèles au jour anniversaire de la mort de ces héros chrétiens, jour appelé natale dans la langue ecdésiastique (Y. l'art. Natale). Le fait est énoncé d'une manière générale par le l* canon du concile de Carthage, tenu en 401 : Uceat legi patsma nartyrum, cum anniversarii dies eorum celehranisr. fl l'est, pour l'Église ronoaine en particulier, par la lettre du pape Hadnen à Charlemagne (Labbe. Concil, t. vu) : passiones sanctorum mâr/ynuR sancti canones cemuerunt ut Uceat eos m ecdem legi, cum anniversarii eorum dies celehranisr, î\. encore par Jean Diacre (Prœf. in vil. Gregor M.]. Il l'est, pour l'Église gallicane par S. Césaired'Arte (Serm. ccc in append. 0pp. S. AvgusUn.) et par b liturgie gallicane qu*a éditée Mabillon et où les noms des martyrs sont insérés; et enfin par S. Grégoire de Tours {De glor. MM. liuti), qui l'atteste dés actes de S. Polycarpe : Uda ipisr passionCy cum reliquis lectionibus^ quat canon acerdotalis invexity tempus ad sacrifidum adml S. Jérôme fait évidemment allusion au même usage dans son second livre contre RuflGn (37) : Prodat nobis confessionis suœ acta^ quœ hucwque nwithmtts, ut inier alios Alexandriœ martyret hujui quoque gesta recitemus : m qu'il produise (Ruffinj les actes de sa confession, lesquels nous sont jusqu'ici inconnus, afîn que nous les lisions avec ceux des autres martyrs d'Alexandrie. » l'^ous devons prendre dans le même sens les paroles de S. Augustin (Serm, ci de divers.) : audistis /*"^ quentium interrogationes, aim sanctorum fii^ legeretur.

Le nombre de ces sortes de mémoires s'accrut bientôt dans chaque Église, parce que les diverses communautés chrétiennes se communiquaient n^ ciproquement par lettres les actes de leurs loartyrs ; 0 nous reste plusieurs de ces lettres, dont les plus célèbres sont celles des chrétiens de Smyrnesur le martyre de S. Polycarpe, et celles des fidèles de Lyon et de Vienne à leurs frères d'Asie et de Pbrr gie (V. Euseb. Uist. eccl, iv. 15. v. i.).

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Ainsi, en outre de leurs calendriers spéciaux, les Églises eurent, mais plus tard, c*esl-à-dire Ters la fin du septième siècle, des livres renfermant le récit succinct des actes de leurs martyrs el de leurs confesseurs propres, aussi bien que de ceux des autres chrétientés, de telle sorte que la mémoire de chacun de ces héros de la foi pût être nppeiée dans l'assemblée des fidèles au jour anniîersaire de leur passion ou de leur mort naturelle. C'est ce qu'atteste S. Grégoire le Grand [Epiil. l.Tii. ep. 19), et telle est sans aucun doute Torigine des martyrologes.

I(. — Quelques auteurs ont pensé (Molanus. De mariyrolog. c. i.seqq.) que les martyrologes sont plus récents que les calendriers, d'autres les ont confondus ensemble. C'est une double erreur. Les calendriers diffèrent essentiellement des martyrologes. Dans le calendrier, on marquait simplement le nom du saint ou du martyr, le jour de sa mort ou celui de sa fête : c'est ce qu'on peut voir dans les calendriers de Rome et de Cartbage publiés par le P. Boucher (Can. pasch. c. xv. — Mabillou. AnaUd. m. 598). Le martyrologe au contraire mentionnait en outre le genre de martyre, le lieu et l'époque où il avait été consommé, ainsi que le nom du juge. Chaque Église avait son calendrier propre, il en est peu qui aient eu un martyrologe particulier. Les martyrologes ne concernaient pas nne Église spéciale, mais l'Ëglise catholique tout entière ; ils comprenaient les martyrs et confesseurs de tout l'univers, dont les noms étaient empruntés aux divers calendriers (V. l'art. Calendrier).

ni. — Il est bien avéré que l'Église romaine possédait un martyrologe au temps de S. Grégoire {iùc. laud.) : Pêne omnium martyrum, distinctis ptrtinçulos dies paêsionibw, collecta in uno codice nomina habemus, « nous avons les noms de presque tous les martyrs réunis dans un seul livre, où leurs passions sont distribuées à cliaque jour. • On peut citer un témoignage plus ancien encore de ce fait : Walfrid Strabon (De reb. ecclet. c. xxTiii) atteste que l'Église de Gordoue en avait an sous le règne de Théodose. Mais quel fut Tauleur du premier martyrologe? C'est ce qu'il serait difGcile de dire avec quelque fondement. On a avancé que le premier travail était dû à Eusèbe de Césarée, et que S. Jérôme en avait donné une Tersion latine. Mais les paroles d'Ëusèbe ne disent pas clairement s'il s'agit ici d'un martyrologe proprement dit ou d'une collection d'actes de martyrs : z^aûftv Maprûpuv ouvaiw-yi^T», veierwn martyrum collecUonem, La plupart des critiques se prononcent pour le dernier sentiment (Baron. Prœf, in martyroL Rom.).

Quoi qu'il en soit, il parait certain que le martyrologe auquel S. Grégoire fait allusion n'était autre que le martyrologe général appelé Hiérony* mien, et qui a été édité par Fiorentini sous le nom de Yetitêtius occidentalis Ecclesiœ martyrologium (V. Do'Rossi. Roma ioU. cri$t. t. i, p. il 2). D'après l'opinion très-fondée de Mansi (i6.), il ne se-

rait qu'une sorte de centon composé de morceaux mal cousus d'anciens calendriers et de martyrologes antérieurs, ut melius centonem dixeris martyrologiorum quam unicum martyrologium. Le martyrologe romain actuel n'est probablement qu'un abrégé du précédent, qui fut trouvé au neuvième siècle par Adon à Ravenne. Il passait pour avoir été envoyé par un pape à un évêqued'Âquilée. Ce martyrologe reçut le nom de romanum parvum ; il a été successivement augmenté par Adon, Usuard et enfin refondu par Baronius, qui l'a en outre enrichi de notes érudiles.

IV. — Le moyen âge a produit plusieurs martyrologes dont, à raison de leur importance, nous devons donner ici la nomenclature, d'après le P. BoUand (Prœfat. in act. Horum).

Bède, moine de l'Église d'Angleterre, passe pour avoir composé un martyrologe qui se trouve inséré au tome troisième de Tédilion de ses œuvres faite à Venise en 1563, et qui a été imprimé à part par Plantin en 1564. Mais l'authenticité de cet ouvrage parait douteuse à BoUand ; en effet, Usuard affirme (Prœfat, epist. in eju$ MartyroL) que, dans son martyrologe, Bède avait laissé plusieurs jours vacants. Or toutes les copies qui existent de ce martyrologe, soit imprimées, soient manuscrites, marquent à chaque jour, sans exception, des mémoires de martyrs et d'autres saints.

Cependant, qu'un véritable martyrologe de Bède ait existé jusqu'au temps de Florus, sous-diacre de l'Église de Lyon, c'est ce qui n'est nullement douteux, car Thistoire rapporte comme un fait certain que ce dernier l'avait complété sous l'empire de Charlemagne. Si bien que l'ouvrage de Bède prit le nom de Florus, surtout depuis que celui-ci y eut ajouté des éloges plus développés d'un certain nombre de saints.

Usuard, moine de Tordre de S. Benott, composa son martyrologe à la prière de Charlemagne, d'autres disent de Charles le Chauve, qui, au dire de Sigebert (L. de Scrip. eccl. c. 85), voyait avec peine que S. Jérôme et Bède, visant à une brièveté excessive, avaient omis beaucoup de choses nécessnires et laissé vacants plusieurs jours des calendes. Usuard s'appliqua donc, en faveur de ce prince, à combler ces lacunes, et rédigea un martyrologe complet en marquant soigneusement des fêtes de saints à chacun des jours des calendes. Mais Usuard lui-même, dans son épître dédicatoire à l'empereur, avoue avoir compilé son ouvrage de divers martyrologes des saints Pères, et notamment de ceux de S. Jérôme, de Bède et de Florus. Molànus édita le martyrologe d' Usuard, d'abord en 1568, puis en 1583. Il eut ensuite plusieurs éditions» qu'on peut voir dans les Bollandistes. Raban Maur, abbé de Fulde et depuis archevêque de Hayence, qui fleurit sous les empereurs Louis le Pieux et son fils Lothaire, écrivit aussi un martyrologe, qui fut publié par Henri Canisius (Antiq. lect. t. vi.)

Sous Tempire du même Lothaire, Wandebert> moine de l'abbaye de Prum, de l'ordre de S. Benoit, composa un nouveau martyrologe en vers

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liéroîqnes, qu'il dédia & Otrèque en 842. 11 fut attribué à Bédé et imprimé dans le premier Tolume de ses œuvres sous le litre de • Éphémérides de fiéde » ; mais un peu plus tard Molanus Fédita de nouveau, mais sous le nom de son véritable auteur avec le martyrologe d'Osuard.

Un autre martyrologe, mais en prose, est dû à S. Âdon, évèque de Vienne en France, au même siéde; et à la suite de Jacques Mosamber, Rosweide le publia après en avoir collationné le texte sur trois manuscrits.

Au commencement du dixième siècle, B. Notker, surnommé Balbulus ou le Bègue, moine de Saint- Gall, en Suisse, écrivit son martyrologe, que nous avons dans Ganisius. Quant à celui que Ditmar (Chronic. 1. vu) dit avoir composé, ou il est enfoui dans un coin ignoré de quelque bibliothèque, ou il est tout à fait perdu.

mAllTYns (nombre des). — Si Ton veut bien jeter un coup d'œit sur le rapide tableau que nous avons tracé des persécutions (V. ce mot), on pourra se faire une idée de la multitude innombrable de victimes qui durent être immolées, durant trois siècles, par les ennemis de la foi chrétienne. Il s*est trouvé cependant, dans les temps modernes, des écrivains pour s*inscrire en faux contre un fait plus éclatant que le soleil. L'anglican Dodwel en particulier, dans une de ses dissertations cyprianiques (Append, ad opp. Cyprian. edit. Oxon. dissert. xi. p. 65), s*est imposé la tâche impossible de détruire, sur ce point capital de nos origines, tous les éléments de la certitude historique. Ses sopbismes ont été réduits à néant par dom Ruinart (Prœfai, ad. AcL sine. MM. c. n), et la controverse n'est guère sortie depuis des termes ou l'a laissée le savant Bénédictin.

On comprend que c'est principalement sur les martyrs anonymes que portent les dénégations de Dodwel, et que, pour en diminuer le nombre, il cherche à se faire une arme du silence réel ou supposé des documents contemporains, ou même de l'absence de ces documents.

Il est certain que nous n'avons pas tout ce que l'antiquité avait écrit sur les premiers combats de l'Église ; la persécution de Dioctétien, qui s'exerça sur les livres aussi bien que sur les personnes, dut faire disparaître une foule de noms et d'actes de martyrs, ainsi que beaucoup d'autres sources précieuses pour l'histoire ecclésiastique. Prudence déplore amèrement ces pertes dans de beaux vers que* nous ne pouvons nous dispenser de mettre sous les yeux du lecteur (PerUleph. i. 74. seqq.) :

0 vetuslalis silenUs obsoleta obliviol Invidentur isU nobis, faraa et i|isa extinguilur. Cbartulas biasiiberaus olim nam satelles abstulit,

Ne tenacibus libellis erudila saecula Ordinem, tempus, raodumque passionis proditum, Dulcibus linguis peraures posterorum spargerent.

« 0 funeste oubli de l'antiquité silencieuse I On nous ravit nos titres, on veut même en étcindt-e jusqu'à la mémoire 1 Kos annales, un impie satellite nous les a ravies

jadis, de peur que les siècles instnills par des lin-es Adéles, ne fissent parvenir, par le moyen d'une douce iridi. tion, aux oreilles de la postérité, l'ordre, le lemps, le mo<!e de la passion de nos héros. »

On voit qu'il s'agit bien ici des actes des martyrs détruits par la fureur jalouse des persécuteurs.

11 n'est pas moins indubitable que tout ne fat pas écrit : les notaires apostoliques, en dépii de leur lèle et de leur sollicitude, se trouvèrent souvent dans rimposbibilité de tenir note des noms de tous les martyrs que les tyrans immolaient presque chaque jour par milliers, et le plus souvent en masse et sans aucune formalité juridique, comme dit Ruinart (Adnot. in Euub. p. 316) : quasi tumuUuou et nulla observaiajum formula. Notre Mabillou, qui, comme on sait, poussa presque jusqu'à l'excès la sévérité au sujet du culte des saints inconnus (De cuUu sanctorum ignot. epist. ad Euseb. Roman. Paris. 1699. et edil. emendat. 1705), ne fait pas difficulté d*a\ouer néanmoins que, « dans les premiers temps, le nombre des martyrs était si considérable, qu'il fut souvent impossible d'inscrire tous leurs noms dans les calendriers, non-seulement des Eglises étrangères, mais même des lieux où ils avaient souffert (lUr liai. p. 159}. §

Et il faut bien admettre celte explication des lacunes et de Tinsuflisance de nos annales primitives. Autrement, de ce que, par exemple, personne ne nous a transmis les noms des victimes de la persécution de Néron, on serait en droit de nier ses horribles et incalculables massacres, sur lesquels néanmoins nous avons le témoignage non suspect d'auteurs païens, tels que Tacite (.inmi XV. 44), Suétone (In Néron, xxxvui), et Juvênal (Satyr. i. vers 155). Ainsi de la persécution de Domitien dont le païen Brutius (Cf. Mamachi. Orig- I. p. 425) est pour ainsi db*e le seul historien, et de celle de Trajan dont les martyrs ne sont nommés, ni par Pline qui les avait fait tminer au supplice, ni par aucun autre écrivain (Piiue Epiii' lib. X. ep. 97).

La violence des persécutions, les dangers de toute sorte à travers lesquels devaient passer b chrétiens occupés des soins pieux de la sépullurt de leurs frères moissonnés par tant de genres de supplices, et la hâte qui nécessairemt ni présidait toujours à ce ministère saint, expliquent sulfisamment aussi pourquoi un si grand nombre de ces tombeaux sacrés ne portent ni nom, ni inscription quelconque. On se contentait d'y tracer à la hàt^ quelque signe symbolique ou siroplemait mnémonique dont le sens est souvent resté obscur pour la postérité.

Mais nous ne sommes pas réduits à ces arguments négatifs : les preuves positives du nombre immense des martyrs abondent tellement dans nos écrivains primitifs, qu'il serait impossible et superflu de les citer ici. On doit se souvenir d'abord que Tacite (Annal, xv. 44) appliquait déjà à ceux qui, sous Néron, furent convaincus de baine du

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genre hamaiii, c'est-à-dire de chrisUanisme, et panis comme tels, Texpression non équivoque de mgensmuUiludo, Dans l'impossibilité de rien préciser, la plupart des Pérès et des historiens énoncent le fait d*une manière sommaire, et il n'en est pis un qui ne se serve du mot innombrable pour désigner la multitude des héros de la foi. A propos des martyrs de Lyon, S. Grégoire de Tours (HiM. Franc, 1. 1. c. 27) donne Fapprécîation suivante : I Là (à Lyon) une si grande multitude de chrétiens fut ^rgée pour la confession du nom du Seigneur, que des fleuves de sang chrétien coulaient dans les places publiques : de telle sorte que nous n*avons pu recueillir ni le nombre, ni la nomt des victimes. » Sous Dioclélien la persécation fut si atroce en Espagne, que les idolâtres purent un moment se flatter d'avoir déraciné le christianisme, et qu'ils voulurent éterniser le souvenir de ce prétendu triomphe en traçant ces mois sur des colonnes de marbre, érigées à la gloire de l'empereur : . . . . komuib christunorvh delbto '^Baron. Àd an. 308. vni}.

On trouve à chaque page des historiens ecclésiastiques des phrases telles que celles -ci, écrite par Eusêbe au sujet de la persécution d'Anlonin le Pieux, ou mieux peut-être de AIarc-Aurèle(//ûi. eccl. V. 1): « Des martyrs en nombre presque inûni, injiniti prope martyres^ même dans les autres parties de l'univers, furent ennoblis d'un généreux trépas soufi'ert pour Jésus-Christ ; » et sur celle de Sévère (Id. v. 5) : « L'ardeur de la persécution s'enflammait si fort de plus en pi us, que dos chrétiens en nombre presque infini, fere in/fnt/i, étaient décorés de la couronne du martyre. •

Nous nous abstenons de parler ici de Rome, le loyer principal de la persécution : « On ne saurait dire combien Rome est pleine de corps de martyrs, et combien son sol est riche en sépulcres sacrés. • Ces paroles sont de Prudence, auteur presque contemporain (PerisUph. S. Laurent), Il dit ailleurs {S. Hipp.) : « Nous avons vu d*innombrables cendres de Saints dans la ville de Komulus. . . Mais si vous me demandez les noms.. . . il m'est difliciledevousles dire, tant de peuples de justes furent immolés par une fureur impie, alors que Rome la troyenne adorait les dieux de ses pères ! »

Ceux dont on n'avait pu connaître ni les noms ni le nombre étaient quelquefois désignés dans l'histoire et même dans les actes par certaines phrases ou expressions de convention, comme les suivantes qu'on lit dans les actes de S. Épipode et de S. Alexandre (Ap, Boliand.) : • Us ne sont inscrits que dans le livre de la vie. » On donna le nom de nuu$a candida à cette multitude de martyrs qui furent couronnés à Utique et à Saragosiie (I^ron. Ad ann. 261. 48. 4'J), el que le martyrologe romain (m nov.) inscrit de cette sorte : Cœ- ^orauguitŒy $anclorum imiumerabilicm marlyrum. Les martyrs de la légion Thébéenne reçurent le nom générique de Ugio felix (Greg. Turon. 1. i Mirac. c. 75).

Les martyrologes fournissent* des données plus

précises et plus explicites, car, outre cette légion de martyrs de nom propre qu'ils nous font connaître, ils enregistrent des martyrs innommés, par groupes de dix, de cinquante, de cent, de mille, etc. Nous voyons, en ef'et, dans le martyrologe occidental de S. Jérôme, la mention de trente (i januar.), de quarante-six (Ap. Baron.], de cent vingt (xxv oct.),de deux cent soixante-dix (i juL), et même de trois cents (xiu dec), et de trois mille (xxn dec.) fidèles, qui, ayant souffert généreusement le martyre, n'ont laissé en ce monde aucune trace de leur nom. Mais on en trouve un nombre infiniment plus considérable encore dans le martyrologe romain; le lecteur en peut voir dans Boldetti (p. 107), une très-curieuse énumération qui ne saurait trouver ici sa place. Il y a des nombres de soixante-dix, de cent soixantecinq, de deux cent soixante-deux, de neuf cents (m dec. X aug. xvn jun. i mart.). Au 9 juillet est marqué S. Zenon avec dix mille deux cent trois autres martyrs sous Dioctétien, etc., etc.

Ajoutons que le catalogue des huiles de Nonza (V. l'art. Huiles eaintes) porte en deux endroits : Aui SCI MVLTA MiLu (sîc), — ct aiUcurs le nombre cci.xn-€xxn, etc.

Nous savons que les contradicteurs professent peu d'estime pour l'autorité des martyrologes. Mais sans parler du respect qui est dû à des noms tels que ceux d'Eusébe et de S. Jérôme, ni de la confiance que méritent des travaux hagiologiques composés sur les plus anciens calendriers et sur d'autres documents encore dont 'quelques-uns sont perdus aujourd'hui, il nous reste à exposer une preuve plus spécialement archéologique et qui prête un appui non moins décisif qu'inattendu aux nomenclatures des martyrologes, comme aux récits des historiens et aux affirmations sommaires des Pères de l'Ëglise.

Il s'est rencontré dans les catacombes un certain nombre d'inscriptions accompagnées de notes numérales. Boldetti, entre autres (p. 79 et 83), en donne deux, l'une de l'an 107, l'autre de l'an 204, dates marquées par les consuls, et qui portent les chifTres xix et xl. Ni cet antiquaire, ni le P. Lupi, ni Muratori, qui ont reproduit ces épitaplies, n'ont observé celte circonstance. Aringhi (i. 495), Mabiilon (IL liai. 546), et Fabretti (546. n. vi) qui lui-même en a publié une avec le chiffre x, sont les premiers qui en aient tenu compte; mais ils prirent ces chiffres pour de simples numéros d'ordre des sépultures. Pietro Vibconti soupçonna (Spoiizione d'alcune ant. iscr. crist. Roma.'io24) qu'ils devaient avoir une tout autre importance, et une portée tout autrement glorieuse pour la religion et la science. 11 fut amené à cette conjecture par un passage de Prudence (Perisleph. hymn. xi) où ce poète, après avoir parlé des innombrables corps saints que renferment les cimetières romains, et des inscriptions qui se lisent sur beaucoup de loculif ajoute qu'un très-grand nombre de marbres ne contiennent que des indications sommaires par des chiffres :

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Sunt et rouUa Umen Ucitas claudentia tumbas Marraora qun solum aigniflcant nurnerum.

et que lui-même se souvient d'avoir appris que les restes de soixante hommes étaient réunis dans le même sépulcre, martyrs obscurs dont le Christ seul connaît les noms :

Sexaginta illtc defossa mole sub una

Relliquias memini me didicisse horainum Quorum solus babet comperla vocabula Christus.

Ce texte fut un trait de lumière qui mit Visconti sur la voie d'une plus juste interprétation des chiffres en question. Il se trompe néanmoins quand il s'attribue en cela la priorité : Blamachi avait déjà tiré parti de cette preuve en faveur du grand nombre des martyrs (Origin, i. p. 460. not. 3 et 4). Quoi qu'il en soit, il est évident parle texte de Prudence que les chiffres xxx et xl des marbres de Boldetti indiquent la sépulture de trente et de quarante martyrs, comme le x de rinscriplion de Fabretti signifie que dix martyrs sont réunis dans le même tombeau.

Mais alors même que les vers de Prudence n'eussent pas existé, la constatation des dates par les consulats marqués sur ces pierres sépulcrales eût sufQ à elle seule pour conduire à ce résultat. En effet, la première porte les noms de L. Licinius Surra et do C. Sosius Senecion. Or ces deux personnages étaient consuls à l'époque où sévissait la persécution de Trajan. La seconde inscrit le consulat de L. Fabius Chilus Seplimianus qui obtint les faisceaux pour la seconde fois avec [M. Annius Libon au temps où Septime*-Sévère faisait mettre à mort tous ceux qui se déclaraient chrétiens.

On voit que ces monuments épigraphiques viennent à leur tour confirmer d'une manière irrécusable la vérité des persécutions de Tri^an et de Septime-Sévére que dom Ruinart {Prœf, ni. 31) avait établie par les actes de S. Ignace, par l'auto-

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