M£TR
corona que nous avons cité plus haut et que nous complétons ici : « Nous faisons des oblations pour les mtrts à leur jour anniversaire. • Parmi les erreurs qu'il reproche à Âetius, S. Épiphane (Hœr. Lxxv) place en première ligne celle qui consiste à nier que le saint sacrifice doive être offert pour ceux qui ne sont plus. S. Ambroiâe célèbre pour Valentinien, pour Théodose et pour son frère Satyre (De obitu Valenttniani. n. lvi. — De obitu Theodasii, n. ni. — De excenu fratrii sui Satyri. in fine). Au moment d'offrir pour ce dernier le saint sacrifice, voici la prière qu'il adresse à Dieu : f Je me tourne vers vous. Seigneur tout-puissant, et je vous recommande cette âme innocente, et pour elle je vous offre mon hostie : ah 1 propice et serein, recevez Toffrande du frère, le sacrilice du prêtre. > Ce Père ajoute (De obit. Theodos, ibid.) : « Les uns font ces pieux offices le troisième et le trentième jour, d'autres le septième et le quarantième. »
Qui ne sait que S. Augustin a écrit un livre tout entier sous ce titre : « Du soin pour les moiis, • De cura pro mortuis, où il témoigne en vingt endroits de la coutume de TËglise de prier et d'oflrir des sacrifices pour les morts? Que la mêmti pratique ait existé chez les Grecs, c'est ce qu'établissent jusqu'à l'évidence leurs plus anciens écrivains, les ConstUutionê apostoliques (1. vni. c. 42), S. Cyrille de Jérusalem (Catech. mystag, V. 6), S. Jean Chrysostome (Homil. xu. In 1 ad Corinth.) et beaucoup d'autres encore. On peut consulter le livre de Léon Allatius Sur le purga-' ioire, livre où sont réunis un grand nombre de canons des conciles grecs, qui mettent en relief la constante harmonie des deux Églises sur ce dogme catholique.
G** Messe des présanctifiés. Elle était particulière aux Grecs. Son nom vient de ce qu*on n'y con* sacre point le corps et le sang de Jésus-Christ, mais qu'on consomme ce qui a été consacré auparavant. Elle avait lieu chez les Grecs, selon le concile in Trullo, tous les jours du carême, excepté !e samedi et le *our de l'Annonciation, parce que les jours au carême son aes jours ae aeuil, et que la célébration du sacrifice eucharistique est au contraire un sujet d'allégresse pour l'Église. L'Église orientale obser\e encore ce ril aujourd'hui ; l'Ëghse occidentale ne l'adopta jamais que pour le vendredi de la semaine sainte.
Voici comment il se prati(|ue chez les Grecs : Le dimanche, outre l'oblation du jour, on consacre cinq autres pains pour les cinq lêtes suivantes jusqu'au samedi. Chaque jour on se rassemble à l'église à l'heure de vêpres, et pendant les prières de cette heure on consomme les oblations consacrées auparavant, après avoir récité les psaumes graduels, et certains cantiques, leçons et oraisons qu'on peut lire dans l'eucologe annoté par Goar (p. 187 seqq.). Quant à l'antiquité de celte messe, les avis sont partagés. Léon Allatius (op. laud.) la fait remonter aux apôtres D'autres, entre lesijuels le cardinal Bona, la placent au temps du concile
de Laodicée. Enfin on pense généralement que l'usage s'en était établi graduellement avant le concile in Trullo, dont le canon cinquante-deuxième en fait une mention expresse.
METROPOLITAINS. — Ils reçurent diiïérents noms dans l'antiquité, savoir : fpiscopi primit tiRoxoitei icpâroi, c premiers évéques; » xiçoXai, c têtes (Can. apost. xxxv) ; primœ tedit episcopi, ff évêques du premier siège (Ctmâi Cartag. ni), • c évêques de la première chaire, > primœ cathedrœ {Concil. Illeberit.). En Afrique, ils étaient appelés « vieillards », seneM.
Le nom d'archevêque ne se rencontre nulle part avant le quatrième siècle, il se lit fx^ur la première fois peut-être dans S. Athanase, au caralogue adressé par Meliteus à l'évèque Alexandre; il se répandit au cinquième siècle et devint depuis d'un usage presque général. La qualification de métropolitain nous est révélée par le q^alrième canon de Nicée, et elle se rencontre fréquemment depuis, soit dans les décrets des conciles, soit dans les œuvres des écrivains ecclésiastiques.
L'évèque mélropolitain est donc, comme on l'a déjà compris, celui qui est préposé à la première ville d'une province. Grande divergence dans les auteurs au sujet de l'origine de cette dignité. Pierre de Narca (Concord. lib. vi. c. 1) affirme qu'elle fut établie par les apôtres; il en voit le spécimen dans Tile et Timothée, qui laissèrent le titre de métropole aux sièges où ils avaient été institués par les apôtres. C'est aussi le sentiment de Beveridge, d'Usserius, deWoll, de Schelestnte, et de beaucoup d'autres dont on peut voir Ténumération dans l'ouvrage de Giorgi auquel ces détails sont empruntés (De antiq. liai. melropoL). D'autres pensent que les métropolitains furent établis peu après les temps apostoliques, comme par la force des choses, et enûn confirmés par les canons des conciles.
Le premier sentiment parait plus probable. Nous voyons les apôtres inaugurer leur ministère dans les principales villes de l'empire romain, afin G attaquer l'idolâtrie dans ses principaux centres, et les sièges occupés par eux conservent m\e prééminence naturelle sur tous les autres. S. Pierre prend tout d'abord possession d'Antiocbe. puis de Home; S. Marc, son disciple, établit son siège à Alexandrie, etc. Les Épitres de S. Paul ne sont adressées qu'aux premières villes de chaque province, et S. Jean, dans son Apocalypse, ne mentionne que les plus insignes Églises ; il s'était fixé lui-même à Ëphése, qui était la capitale de l'Asie Mineure. Si donc les métropoles civiles devinrent des métropoles ecclésiastiques, c'est parce que de celles-ci étaient partis les évêques qui fondèrent les autres Eglises de chaque province. Il est évident que, dans ses lettres atu;Coriiil^>n< et aux Thessaloniciens, S. Paul considère Coriolbe et Tliessalonique comme les métropoles de la lilacédoine et de l'Achaïe. Ëusèbe (Hist, eccl. m. 4) et S. Chrysostome (Homil, i Ad Ttt.) en-
M^Dl qae cet apAtre iTait conQé h Tile le jDuiernement de toutes les Églises de l'Ile de Grèl«, et àTImolbée la prétklence de celles de toute rAsie.
L«$ principaux oDices du mélrapolHaiii étaient d'ordonner ou de faire ordonner les érSques de Inir province, de concilier les différends qui pounienl ^'élever entre eui, et surtout de convoquer tl de présider les synodes, elc. On ne peut guère douter que S. Cjprien n'ait exercé les fonctions de métropolitain, car dans sa quarantième épltre il se sert de cestermeson ne peut plus clairs : le* MfHei de notre province. Le concile de Nicée a des cuHKis (*i* et Tiii*) pour fner la juridiction des nétropolilains : il la suppose psr là même établie.
RenouTelant ces dispositions et celles des ca- DMis aposlotiques (can. iiit), le concile d'Antiodie tenu en 533 (V. Ballerini. Diuert. in. ant. collect. eanon, in î. m. opp. Léon, M. cap, iv) contlrme [can. ii) les attributions du mélropolibin. ■ Il iaut, disent les Pérès de ce concile, que lei éièques de chaque pays reconnaissent que l'è- Téque de la métropole a le droit d'administrer toute la proTince, car c'est au siège mèlropolltain que Ions ont recours pour le règlement des alfaires. U nous semble donc opportun de décréter qu'il jouira de la prééminence d'honneur et que les tutres érèques ne feront rien sans son assentiment en dehors des limites de leur diocèse et de les dépendances, et cela conformément aux règles ttabliespar nos Pérès. •
MISSEL. V. l'art. Livret tilurgiquet, 2°.
MlTATORIUlf . — On ne sait pas au juste ce qm était désigné par ce nom dans nos anciennes basiliques. L'opinion la plus probable est que c'était un lieu dans rinlérieur du diaconicum où les clercs changeaient d'habits, el cette opinion lit
- V. l'art. Éviqwt, IV.
■ODIUS.— On trouve quelquefois un moditu, ■ boisseau, > figuré sur les tombeaux chrétiens.
L'eiem[de le plus connu est celui que ùte le V. Lopi {Epitaph. Seter. p. 51. tab. nii], et dont
r — MOIN
Toici la reproduction; il est fourni par l'épitaphe d'un chrétien appelé Haiiminus : ■isuintiot {{i ïiiit unos xxni || iniuva omhitii, < Masiminus, qui vécut vingt-trois ans, ami de tous. > Haxirainus est représenté lui-même sur la pierre, dd>oul, une règle i la main, près d'un boisseau plein de blé et duquel sortent enca.''e des épis.
Le saTsnt jésuite pense que ce modiut pourrait Mre l'image Ilgurée de la metare pleine, preuée, débordante (Luc. vi. 3S), que Haiiminus espérait obtenir, après sa sortie du tombeau, du juste et généreux rémunérateur de nos faibles mérites. Peut-être ces épis font-ils allusion à ce • grain de froment, qui, après être mort dans la terre, rapporte beaucoup de fruit (Joan. m. 34). ■ En voici un autre exemple, emprunté à Boldetli (p. 571), et qui doit avoir le même sens. Ce modiut est gravé sur ta tombe d'un chrétien nommé concoaivs.
Il est certain que les premiers chrétiens usaient volontiers de symboles de celte nature pui- , ses aux sources de l'Ërangile. Il serait possible cependant que celui-ci fût relatif ^ la profession du chrétien Naximinus, qui était peut-être un de ces ofllciers publics chargés de mesurer le blé, mentorei eererit amjtulœ. La règle qu'il porte à la main et qui servait à arraser le blé dans les boisseaux tendrait à le faire croire. L'épitaphe d'un vitaus (bitalis) ristoa est aussi ornée d'un modiut (V. l'art. InttntmatUtuTlet tombeaux, tl*), et il n'est guère possibled'y méconnaître un symbole de profession.
Chez les anciens, le modiu» placé sur la tète de quelques divinités était le symbole de l'abondance, frugum abundanlite (Pierins, Hieroglyph p. 406). £1 il est intéressant d'observer que le patriarche ' Joseph, représenté en sa qualité de vice-roi et de gouveineur de l'Egypte, sur un siège pontifical de Ravenne (Mural. Her. liai, taript. t. n, p. 315), a aussi sur satèie une sorte de boisseau, qui est sans doute ici le symbole de l'abondance qu'il avait procurée au royaume d'Egypte par sa sage administration.
MOINES (oaieisB des). — !. — L'origine de la vie monastique ne remonte pas an delà du quatrième siècle (V. l'art. Aicèlet); Jusque-là, l'élat de trouble el de persécution où s'agitait l'Ëglise avait rendu impossible ce genre d'existence qui ne s'assoit que dans le calme et la paix.
S. Antoine fut le premier qui, dans les parties les plus reculées de la Ihébaide, réunit un certain nombre de chrétiens, pour y mener une vie commune el vouée à la pratique des conseils évangéliques (BoHand. Ad, januar. t. ii. die ivii). Son exemple fui suivi par Eugénes ou Sonet en certains lieux de la Hésopolamie ; par Pacême el Uilaire ou Uilarion en Palestine; par £matha et Hacaire, disciples d'Antoine lui-même, dans les-
MOIN
MOIN
déserts de TËgypte et de la Syrie (Athanas. In Vit. Uilarion,).
Cette institution fut apportée de l'Orient en Occident par S. Athanase et ses compagnons qui, sn 341, fuyant la persécution des ariens, se réfugièrent à Rome (Id. In epiiapH, Marcell.) : de là dans les Gaules par S. Martin, évoque de Tours (Su! p. Sev. Vit S. Martin, iv et t); et en Afrique par S.Augustin (Possidon. Vit. S. Aug, cap. ultim.). qui atteste lui-même (L. de morib, EccL cath. xxxi) que de son temps il y avait déjà des moines dans tout Tunivers. Nous avons donné, dans un article spécial, auquel nous renvoyons, un tableau chronologique des ordres religieux jusqu'au sixième siècle inclusivement.
11. -- Ils furent appelés moines, de p.ovc(, seul, à cause de leur vie solitaire, et cénobileêj de xciv&c, commun, et de ^îc;, vie, à cause de la vie commune qu'ils menaient. Ils s'abstenaient de viande et de vin (Augustin, loc, laud.), ils se nourrissaient de pain et de fruits secs, sauf le dimanche, où il leur était permis de manger des légumes cuits (Cassian. In Vit. Eutym,); et encore se procuraient'ils cette chétive nourriture, aussi bien que leurs vêtements, par le travail de leurs mains, ce qui fait dire à S. Jérôme (Ibid.) qu'ils avaient les mains calleuses. Ainsi, pendant toute la semaine, ils vaquaient au travail des mains et à la prière ; le dimanche, ils se rendaient à l'église, où ils avaient une place à part ; là ils clianlaient les psaumes et communiaient avec les fidèles, et, après la liturgie, ils se retiraient dans leurs monastères (Y. Allass. Ascetic. i et n).
Sur la montagne de Nitrie, habitée par cinq mille solitaires, il n'y avait, au témoignage de Palladius (cap. vu), qu'une seule église, mais trèsvaste : In hoc monte Nitriœ una est maxima eccletia. Parmi un si grand nombre de religieux, il n'y avait que huit prêtres, et le plus ancien disait seul la messe.
S'ils étaient peu nombreux, ils étaient gouvernés par un seul chef (Uieron. Ad Rtutic); s'ils étaient en plus grand nombre, ils étaient divisés par centuries, sous un centenarius^ centenier, ou par décuries, sous un décanta, doyen, avec un chef à la tête de chaque division, et toutes les divisions obéissaient à un abbé qui était le père de la communauté, pater ou âS^x;; autrement hegumenus, c'est-à-dire prœses, et archimandrUa^ archimandrite, de mandra^ bercail, parce qu'il était, dans le bercail, le gardien et le docteur des brebis (id. Ad Eustoch. De virginit. servand. — Augustin. De morib, EccL cath. xxxi).
Telle fut la primitive institution de l'état monastique. Mais à peine un siècle s'était-il écoulé depuis leur naissance, qu'un certain relâchement s'introduisit dans celte admirable vie, en Orient comme en Occident. Le judicieux Pelliccia (De eccles. polit, i. p. 110) attribue cette diminution de ferveur à ce que les moines commencèrent alors à rechercher et à obtenir les charges cléricales. On sait, en effet, par le témoignage du pape
Sirice (Epiât, i. c. 5) que dés le quatrième siècle, en Occident, ils furent peu à peu admis dans les rangs du clergé, soit à la demande de l'abbé, soit sur les réclamations du peuple, comme nous rapprenons de S. Jérôme (Ibid).
En Orient, comme dés le commencement, faute de clercs, l'évêque appelait quelquefois les moines à remplir les fonctions cléricales dans la liturgie (Sozom. Hi$L EccL vui. 17), peu à peu, depuis le cinquième siècle, leurs abbés, appelés chei les Grecs archimandriteê, furent élevés au sacerdoce, et leurs moines aux divers ordres de la cléricature. Bientôt, par un de ces envahissements dout fhis- (oire offre de nombreux exemples, les moines s elforcèreiU de prendre le pas sur les clercs, à bien qu'au cinquième siècle ils venaient immédiatement après les prêtres et avant les diacres (Epiplian. Hœres. lxviu). Les archimandrites a>5istaient même aux^conciles (Concil. Consiantinop. i. etc.), et plus d'une fois ils furent honorés de la dignité épiscopale (Sulpic. Sev. De VU, S. Uartin. c. x).
Jusque-là néanmoins les moines initiés aux saints ordres ne formaient qu'une faible minorité; ce n'est qu'au sixième siècle que S. Grégoire égala l'institut monastique à la cléricature, et promut aux ordres sacrés les moines, quoique non inities aux ordres mineurs (1. ix. epist. 15), disposition qui fut confirmée au commencement du sepliènie siècle parBoniface IV. De là vient qu'à cette époque les moines sont appelés clerc$ (V. 51abillon. Prœfal. ad Sœc. ii ordin. S. Benedict.).
Mais comme, dès le cinquième siècle, les moines d'Occident s'étaient déjà beaucoup éloignés de l'esprit primitif de leur institution (V. Sulp. Sev. DiaL I. c. 8), au sixième S. Benoit fut suscité pour les y rappeler et pour perfectionner encore U pratique monacale (Mabill. Sœc. i. — AnnaL t. i.j. £n peu de temps, ses règles se répandirent dans l'Occident, et, abandonnant leurs constitutions anciennes, tous les moines occidentaux se rangèrent sous la loi de ce grand maître, de telle sorte qu'au huitième siècle il n'y avait déjà plus d'autre ordre monastique parmi les Latins (Id. Prœfai ad Sœc. iv).
lli. — Les moines du premier âge n^avaient pas de règle écrite, ni divisée par chapitres; les enseignements des anciens se transmettaient par la tradition, et l'Évangile était le fond unique de leur règle (V. Goteler. Comment, ad vet. PP. apophteg. sect. iv). Le premier qui ail tracé en Orient des règles pour les moines est S. Basile, évèque de Gésarée de Gappadoce, au quatrième siècle ; et ces règles furent adoptées par tous les moines orientaux, qui les observent encore aujourd'hui, avec de légères modifîcations exigées par les temps et les lieux.
De l'Orient, la règle de saint Basile pénétra en Occident vers le sixième siècle. Gar jusque-là les moines des Gaules et des Ëspagnes n avaient pas eu de règles fixes : quelques opuscules ascétiques leur en tenaient lieu, opuscules dus d'alK>rd
MOIN — i
i S. Césaire, éïèque d'Aries ( Vit. ap. Sur. c. it, dit awg. iiTt), puis à (essieu et â S. Usrlin de Toon. Ainsi S. Columban au sixième siècle fui le premier qui traça dans les Gaules une règle fluiiKtique complète dans toutes ses parties, et cal dans le même temps i peu presque S. Isidore, éiéqne de Sérille, en composa unecx profeMto pour le moines espagnols, qui la retinrent jusqu'au liuîlième siècle (V. Petlïccii. Ihid. 115).
IV. — Le vêtement des moines fut loujourt piuire et grossier, mais différent de formes selon l« instituts et les pajs. Les cénobites d'Egypte iTarenI adopté le Ubiïu* ou eolobium, la cucvlla et il ntUAet. Hais le principal et Je plus répandu était celui que nous appelons euculla, d'après S. Benolt-et les décrélales des pnpes. Il fut en WJge chei les anciens moines, même avant S. Be- MÎt. et Soiomène {Hitl. ecel. m. 15) le décrit jinsi ; * Les moines se couvraient ta lète d'un ittement qu'on appelle vulgairement cuculle. • S. Ë|ihrem en fait aussi mention, et nous savons pir Palladius {Hitt. Lttiuiac. itii) que ce saint ta pcrlail, ainsi que les disciples de S. TacAme. Nous trouvons encore la mention de la cuculle dans C-issien et S. Dorothée. Or la cuculle couvrait la lêie et descendait jusqu'au milieu des épaules : ibns l'ordre de Saint-Benoit, elle couvre le corps Miiier.
Le cdobitan, autrement dit lebiUu, était un véte~ ment de lin sans manches. Cassien [De initit. emohil. I. t. c. b) dit de ses muiiies : • Ils sont têtus de eolohia de lin, qui ne dépassent guère le poignet et laissent les mains & décauverl. ■ Le tèlemenl dit nulotti ou melota revient souvent dans les vies des Pères, et Cassien (i. 6} le décrit pjTcei mois : t Leur dernier vêtement [des moines d'EnypIe) est une peau de chèvre, appelée mtlolet oapera. * De même S. JérAme, dans sa préface if I) ré^le de S. Pacftme (n. iv). : ■ Une peau de chèvre, qu'on appelle melotet. > Ruflin {Vit. PP. n) : < MeloUê, qui est une peau de chètre. > S. Benoit usa aussi de ce vêtement, si nous en CTDTom S. Grégoire Ifiiaiog. 1. ii. c. 7). On sait que S. Paul, dans son ÊpUre aux Hébreux (u. 57), atlesle que ce vêtement, le plus pauvre de tous, âail celui des prophètes et des justes réduits à fuir d.ins les déserts pour se soustraire !> la persécution. On peut voir des spécimens des vêtecnenCs des anciens moines dans un curieux tableau des fannailles de S. Ëplirem, que Bollari a reproduit ■Il rommencemenl de son troisième volume. Les différentes occupations de ces solitaires j sont aoui représentées dans une série de groupes, parsemés sur les flancs d'une montagne déserte rt >ridc. Ne connaissant rien de plus ancien en ce S*i)re, nous retraçons ici un de ces ^raupes. Trois religieux sont dans une grotte. Le plus ancien est a.ssts sur un siège de bois, el, tout en travaillant à Que corbeille, instruit ou exhorte un jeune ^oine assis â ses pieds, et qui parait très-attenlif ' 'a parole de son matlre. Le troisième, à genoux ^ les mains élevées, prie en dirigeant ses jeux
i — NOIN
sur une image sainte, celle de Nolre-Sdgneur ou de la Ste Vierge probablement, qui est attachée au rocher, et devant laquelle brûle une lampe suspendue à la voâte. A terre sont déposés des paniers, dont l'un n'est pas acht^rj.
I) y avait encore un autre habit à l'usage des moines, lequel s'appelait maforle: c'était un petit manteau couvrant ta tête el tes épaules, mais différent de la cuculle. Était-ce la mêmi^ chose que l'ôisXaëo*, luperhutnerale, que portaient les moines d'Egypte? Ce qui indiquerait une certaine différence, c'est que, d'après les auteurs anciens, ce vêtement s'étendait en forme de croix sur les épaules.
Chez les Grecs et les Orientaux, le pallium était l'habit propre et spécial aux moines, selon Sutpice-Sévère {Epitl. ad Mantll.), et on les appelait pour ce motif agmina patliala. Chez les Grecs, les personnes des deux sexes vouées à la vie cénobilique portaient te pallium de couleur noire. Manuel Comnéne. in extremit, voulut, par esprit de pénitence el d'humilité, être babillé de noir, comme les moines : c'est ce que nous apprend Nicetas [In Vit. ips. I. vu). Pour le travail quotidien, la cuculle eût été gênante ; S. Benoit lui substitua pour cet effet une autre espèce de vêtement appelé icapulaire, parce qu'il descendait <te la tête jusqu'en bas du dos; la cuculle devint un vêlement de cérémonie et de chœur (V. l'irt. Ordre* religieux).
LecOïtumeadoplé parles anachorètes serelrouie encore aujourd'hui parmi les peuplades de la Syrie et du Liban. C'est la tunique noire qu'elles portent sur la peau et le cucvilui qui sert encore, sous le nom de boumout.àe vêlement à toute la population arabe (V. Teiier. Àrchil. Bfiant. p. 36).
V. — Études mon.istiques. La science ne fut pas le bul principal de l'inslilution monastique. Cependant le maintien de l'ordre et de la ferveur dans les monastères n'était^as possible sans les études. Le ministère qu'exerçaient lej moines, et
HOIN
MOIN
dont on ne se fait pas aujourd'hui une idée bien juste, suppose évidemment que la science y était cultivée (V. Part Monagièreë),
Voici comment se composait rétablissement de Tabenne, le premier de tous et qui eut pour fondateur S. Pacôme. Les monastères étaient sous la conduite d'un père ou abbé qui avait un second pour le soulager dans le gouvernement. Un économe prenait soin du temporel, et il avait aussi un second. Les monastères étaient divisés en maisons qui avaient chacune son prieur. Chaque maison était divisée en chambres ou cellules, et chaque cellule servait de retraite à trois religieux. Trois ou quatre maisons formaient une tribu. Enfm il y avait de grands monastères composés de trente ou quarante maisons, dont chacune avait environ quarante religieux.
S. Pacdme était le général de tous ces monastères et en faisait la visite. D'après Palladius, il y avait à peu près sept mille religieux dans Tordre de Tabenne. On y recevait des enfants aussi bien que des hommes faits, sans parler des catéchumènes qu'on y préparait au baptême; on faisait leçon trois fois par jour à ceux qui en avaient besoin, et tous étaient obligés d'apprendre au moins le Nouveau Testament et le psautier. Le prieur de chaque maison faisait trois fois par semaine une conférence à ses religieux ; ces conférences sont appelées di$puies ou catéchèses (V. dans S. Jérôme la règle de saint Pacôme). Les religieux conféraient ensuite entre eux de ce qui avait fait l'objet de la conférence. Tout ceci suppose déjà un certain mouvement d'études.
Mais l'enseignement des moines ne se bornait pas au personnel déjà si nombreux de leur maison, il s'étendait aux peuples des localités voisines. L'économe du monastère leur expliquait les mystères de la foi trois fois par semaine, une fois le samedi, deux fois le dimanche ; et S. Pacôme faisait personnellement toutes les semaines des catéchismes et des leçons sur l'Écriture sainte à des paysans auxquels il avait bâti une église à la prière de leur évèque ; il instruisait aussi les catéchumènes.
Les leçons sur l'Écriture sainte qui avaient lieu, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des monastères, n'étaient pas, comme on pourrait le croire, un simple développement des préceptes moraux qui «n ressortent, mais on y abordait l'exégèse. C'est ce qui est raconté de S. Pacôme par l'auteur contemporain de sa Vie (Cf. Mabillon. Éttid, mon, p. 16). Il donnait même à ses disciples la faculté de lui proposer leurs doutes, et ceux-ci rédigeaient ses réponses par écrit, afin que d'autres en pussent profiter.
A l'étude de l'Écriture, il est constant que les disciples de S. Pacôme joignaient celle des SS. Pères. Le saint instituteur les avertissait néanmoins de ne lire Origène qu'avec certaines précautions, à cause des erreurs qui sont répandues dans ses œuvres. Et telle était l'opinion du monde au sujet de l'intelligence et du savoir de ces reli-
gieux, qu'on vit des philosophes venir à Tabenne pour les interroger. II est dit que l'un d'eux, nommé Théodore, répondit à ces sages avec une justesse et une éloquence qui les frappa .d'étonnement. A la demande de S. Pacôme, ce même moine improvisa quelquefois des conférences arec une merveilleuse facilité.
S. Basile prescrivit à ses religieux à peu près la même discipline que S. Pacôme avait donnée aux siens. On recevait parmi eux des enfants, on les instruisait jusqu'à ce qu'ils fussent en âge de faire choix d'un état. S Jean Clirysostome affirme le même fait des monastères de son pays (Def. vit, mon, xvi). Quant aux disciples de S. Basile, ils tenaient aussi entre eux des conférences, et rien n'est intéressant comme les avis qu'il leur donne (Epist. E Ad. Greg, Nazian.) sur la manière de s'y comporter. Il leur recommande de ne point chercher à l'emporter les uns sur les autres, d'éviter l'ostentation et tout air de vanité, l'esprit de contention et de dispute. Il va même jasqu^à régler le geste et le ton de voix.... Par les conférences de Cassien, si pleines de doctrine et d'érudition, on peut juger des connaissances qu'exigeaient ces luttes intellectuelles parmi les moines.
Les fonctions des abbés étaient tellement multipliées et difficiles qu'elles exigeaient une callure peu commune, et que la règle de Saint-Benoit met sur le même rang que le mérite de la vie : vilœ merito et sapienllœ dodrina (cap. uit). S. Augustin témoigne, il est vrai, que plusieurs hommes parvenus à une sainteté érainente avaient vécu dans la solitude sans le secours des libres ; mais il a soin d'en excepter ceux qui sont chargés de l'instruction des autres, nisi ad alios docenda (De doctrin. Christ. 1. 1. c. 59). La règle de saint Ferréol dispense l'abbé du travail des mains, réservant son temps pour l'étude de ce qu'il doit enseigner à ses religieux.
Mais on se fera une idée plus juste encore du degré de doctrine qui leur était nécessaire, si Ion réfléchit à la position qu'eurent les abbés dans l'Église dés les premiers siècles. Us étaient appelés, comme on sait, à assister aux conciles si fréquents alors, à y donner leur avis, à y souscrire. Ainsi S. Pacôme assista-t-ii avec plusieurs de ses religieux au concile de Latopoli, où se trouvèrent aussi deux évoques qui avaient été ses disciples (Pachom, Vit. n. lxxu. ~ Cf. Mabill. p. Î5 ). S. Basile atteste que de son temps les simples moines intervenaient à ces saintes assemblées. Dans la suite, et dès le sixième siècle, on vit des évêques députer à leur place des abbés aux conciles, quand ils étaient retenus eux-mêmes pir quelque grave motif; Mabillon [op. laud. p. 36) en cite de nombreux exemples, et conclut par ces mots : • Quelle figure auraient faite dans ces augustes assemblées des moines ignorants et incapables? >
Les études dans les monastères durent se fortifier encore , lorsque les moines commencèrent à être élevés à l'état clérical. Les monastères devin-
HOIN
MOIN
rent même ators des espèces de séminaires où les clercs étaient réunis aux religieux, et où les études des uns et des autres étaient communes comme la prière et la table. Il en était ainsi dans le menas* tère de Ruspium, sous S. Fulgence (In. fit, eju9, n. xuii), et aussi dans une autre maison où ce saint se retira et où on élevait des clercs pour les emplois et les dignités ecclésiastiques : Ecelesiaêticœ dignitati multoê viroê idoneas nuiriente$ [fbid. xxx).
S. Grégoire de Tours suppose évidemment que, de son temps, les monastères de notre Gaule étaient aussi des écoles où Ton allait se former aux sciences ecclésiastiques, Iorsqu*il dit que llérovée^nisde Chilpéric I*', roi de France, après avoir reçu la tonsure déricale, fut entoyé par son père au monastère de Saint-Galais pour y être instruit dans les règles du sacerdoce, ut ibi tacerdotali erudtrelur régula (Greg. Turon. Hist. Franc, v. 14).
Aussi la plupart des hommes éminents qui ont honoré et éclairé FÉglise par leur sainteté et leur doctrine ont-ils été formés dans les monastères : ou ils y ont passé une partie considérable de leur vie, ou Us y ont composé quelques-uns de leurs ouvrages. Des quatre grands docteurs de TËglise grecque, deux ont été certainement religieux, S. Basile et S. Jean Chrysostome, sans parler de S. Grégoire de Nazianze de qui il a été dit qu*il aima mieux être moine que mondain (In ej. Vit, ap. Habill. 38). S. Âthanase vécut lui-même quelque temps parmi les solitaires de l'Egypte, pour lesquels il éci'ivit la Vie de S, Antoine.
On en peut dire autant à peu prés des grands docteurs de TËglise latine : à la réserve de S. Âmbroise, les trois autres, S. Jérôme, S. Augustin, S. Grégoire le Grand, ont fait profession de la vie religieuse. C'est dans le monastère de Saint-Pierre €Je Cantorbéry, fondé par les moines missionnaires «qu'avait envoyés le même S. Grégoire, que Benoit Biscope avait appris la discipline monastique, que le vénérable père fit profession de toutes les sciences qu*il enseigna dans son monastère à ses frètes, et aux séculiers dans l'Église d'York. S. Aldelm et plusieurs autres marchèrent sur ses traces.
Les monastères ont fourni ou formé une multitude d'évèques, tant en Orient qu'en Occident ; et c'était là qu'on allait les chercher aux époques difliciles où l'Église avait besoin d'hommes à grand caractère et puissants en doctrine. Et ils étaient bien l'œuvre du cloître, puisque la plupart y étaient entrés dès leur plus tendre jeunesse, tels <]Qe S. Épiphane, S. Attique patrinrche de Con- ^antinople, Alexandre évêque de Basinopolis, I^alladius d^Hellenopolis, et une infinité d'autres parmi les Grecs : chez les Latins, S. Césaire d'Ar^^ les, S. Donat de Besançon, S. Boniface apôtre de l'Allemagne, etc., etc. Plusieurs d'entre eux étaient entrés dans le cloître lorsqu'ils ne savaient pas lire ; ils n'en sont sortis que pour être évê- <lues. Nous savons par le témoignage de S. Sul- Pice-Sévère, que, comme les monastères de Lé-
rins, celui de Saint-Martin de Tours était tellement renommé comme école de science et de sainteté ecclésiastiques, qu^il ti'y avait pas alors une ville qui ne tint à avoir un évêque pris parmi ses disciples. D'autres qui ne s'étaient rangés sous la discipline monastique qu'à Tége de vingt ou vingt-cinq ans, et ils sont très-nombreux, n'avaient évidemment pas puisé ailleurs leur capacité pour l'épiscopat. ~
Or ce n'est pas seulement au cinquième et au sixième siècle qu'on prit les ivêques parmi les religieux, c'est dès l'origine de l'institution monastique. Ainsi le moine Dracontius avait été choisi pour cette dignité par S. Athanase; et, pour vaincre ses cramtes, ce grand Saint put lui proposer déjà l'exemple de sept autres solitaires qui avaient été tirés de leurs retraites pour se voir placés à la tête de diverses Églises. Nous avons vu plus haut que, du vivant même de S. Pacôme, deux de ses disciples avaient été élevés à la dignité épiscopale. Les papes, loin de s'opposer à cet usage, l'approuvèrent au contraire par leurs décrélales, comme le prouvent celles de S. Siricius, d'Innocent I*% de Boniface et de Gélase. L'empereur Honorius témoigne, lui aussi, que cette pratique est la meilleure (fit cod. Theodos.) : Ex monachorum numéro rectiuê ordinabunt.
En dehors de Tordre épiscopal,on pourrait citer une foule de grands écrivains ecclésiastiques qui s'étaient formés dans les monastères, et, bien que beaucoup de leurs ouvrages se soient perdus, il en reste assez pour témoigner de l'état florissant des études monastiques dans les premiers siècles. Nous disons dans les premiers siècles ^ car pour le moyen âge et les temps modernes, c'est une vérité devenue banale, et nous n'avons pas à nous occuper de ces époques. Ainsi, S. Éphrem, S. Isidore de Péluse, S. Nil l'ancien, S. Cassien, S. Vincent de Lèrins, S. Maxime, A nastase le Sinaïte, etc., étaient des moines non moins distingués par leur savoir que par leur vertu.
Sans doute, le fond des études qui se faisaient dans ces saintes solitudes se composait surtout de la science sacrée dans toutes ses branches, Écriture sainte, patrologie, saints canons, auteurs ascétiques, hagiologie, etc. L'éloquence, l'art de bien dire, y était aussi en grand honneur : c'était par là que brillait S. Fulgence, non moins que par la profondeur de sa doctrine : Fulgentius, dit l'auteur de sa Vie (Mabill. loc. cit, 45), fulget super cœteros scientia mirabilis eloquentia speciali. Des éloges tout à fait analogues sont donnés à S. Grégoire, évêque d'Agrigente, et à l'abbé Platon (Ibid.l
Hais nous dirons plus encore : les études monastiques, dès ces temps reculés, admettaient les sciences profanes, tout ce qui est du ressort des arts libéraux. Plusieurs religieux se sont fait un nom par la variété de leurs connaissances; nous aimons à citer ici l'éloge que S. Sidoine Apollinaire (I. IV. epist. 2) fait du savant religieux Mamert Claudien : t 11 fut, dit-il, une bibliothèque vivante
MOIN — i
de loute l'érudilion latine et cliréiienne ; il fut eicellenl orateur, dialecticien, poêle, prédicateur et géomètre, musicien et conlroversiste. ■
YI. — Tout ce mouTement d'études, que nous n'avons pu ici qu'esquisser rapidement, atteste l'eiistence dans ivs monastères de bibliothèques nomlireuses et spéciales (V. l'art. Bibliolhèques hrétiennet). Par la règle de S. PacAme (x et Vil. n, iixviii), nous savons qu'il } en avait une dans chacune de ses maisons, et que le soin en était conné a l'économe et.i son second. Cei bibliothécaires rangeaient les lîvies sur des tablettes par ordre de matières, chacun selon sa cla-se : ce qui donne déjà a penser que le nombre en était considérable : libri omnei tu» accurale toeulù ditpoiiti ad duorum quoi dixi tpeclabant curam. 11 était aussi prescrit à chaque religieux d'atoir un grand soin des hvres qu'il empruntait à la bibliothèque commune. Quand les moines allaient à l'olflce ou au rérectoire , nul ne devait laisser son livre ouvert; et cliaque soir, le second était tenu de compter exactement les livres d'usage et qu'on devait renrermer Jusqu'au lendemain dans un lieu ad hoc (Pachom. reg.comneicodicu. — Id, inreg. monack. c. vin) : Cu*lot lacrarii habeai depulaloi, a quo iinguhiiiaguliiaeâpiant,quotpTudenteTltclot vtl habitot temptr poil vapeiam reddant. Prima auitm hora lingulii diebu* codicei petanlur. Or, comme il y avait à Tabenne un grand nombre de religieux (sept mille. — Y. iupra], chaque maison en comptant quarante, et chaque monastère trente ou quarante maisons, si chaque religieux avait son livre d'usage courant, et s'il en restait encore asseï pour faire une bibliolhéque, on peut inférer de là que le nombre des livres était fort considérable.
Que s'il en élail ainsi à une époque si rapprochée du berceau de ta vie monastique, on peut penser que les bibliotlièqUfS devinrent encore plus nombreuses et plus riclies dans les monastères qui furent fondés depuis. A'ous pouvons nous en faire une idée par les données qui nous ont élé transmises sur le zèle que mettaient It's premiers religieux k copier des livres. C était IJi l'unique occupal«n des religieux du monastère de Saint-Marlin de Toun; : Ari ibi, excepta tcriploribut, nulla habebalu dit Sulpice-Sévére (VU. S. UarUn. vu). S. Fulgence s'y employait lui-méine excellemment el c'est là une de ses gloires (\it. S. Fulg. xii. Hitt. mon. dOrienl. p. 295. 441. b\l. —Cf. Habill. 48) : et te même éloge est donné aux saints Mlilaiies Lucien, l'hiloromeet Harcel.sans parler d'une inrmilé d'autres. Il est aussi l'ail mention de cet exercice dans la régie de t'abbé Isaie (c. ixm); il ne voulait pas que le solitaire mit de la vanité ou de l'arfeclation à l'ornementation de ses livres : Si fecerix librum, ne exoi-net iltum : hoc tpàppe affi'.Uum Jtium ottendii. A l'époque où S. Benoit fonda son ordre, l'art de transcrire les livres florissait dans les monasléres d'Italie. Un défenseur nommé Julien trouva alors dans celui de saint Equitiu* quantité d'antiquaires
ï — MOIN
à la best^iTte : onliquanM tcrihenUt (Greg. H- J)ial. I. I. c. 4).— (V. notre art. LibraTii).
Rien n'est plus concluant a ce sujet que ce beau passage de llassiodore {latlH. ui) s'adressaot à SCS moines de Yiviers : ■ J'avoue que de tous tes trataui du corps qui vous peuvent convenir, celui de copier les livres a loujours été de mon goût plus que tout autre. If 'autant plus que, dans cet exercice, l'esprit s'insiruit par la lecture des hires saints, et que c'est une espèce de prédication pour les autres auxquels les livres se communiquent. C'est prêcher de ta main, en convertissant ses doigts en langues; ces! publier aux hommes daos le silence les paroles du salut, et c'est enfin corobatlre contre le démon avec l'encre et la plunK. Autant de mots qu'écrit un antiquaire, ce sont autant de plaies que reçoit le dèmou. En un mot un solitaire assis dans son siège pour copier des livres, voyage dans dilTérentes provinces sans sorlir de sa place, el le travail de ses roains se lait sentir même où il n'est pas, optratar oliKiU de corpore tuo. ■ Nous mettons ici sous les yeux du lecteur un religieux à l'œuvre (V. Voyage litUraire de deitx bénédiclini. S* partie, page 6ij. C'est la reproduction d'une ancienne miniature représentant le moine Radulfe de l'abbaye de S, Wast, transcrivant tes œuvres de S, Augustin. Bien que dune époque relativement moderne, cette miniature peut donner une idée aussi exacte que possible d'un moine antiquaire du temps même de S. Benoit.
On pourrait croire que les livres qui se tn»vaient ainsi dans les monastères n'étaient autres que ceux de l'Érjiture sainte et ceux qui concernaient la vie religieuse. Nous avons déji ci-desiits répondu implicitement à cette observation. Cassiodore nous loumit à ce sujet un témoignage on ne peut plus positif. Dans ses IniltlHlioni i ses moines, il nous apprend qu'il ne se contenta pas d'amuser tous les hvresde l'Ancien et du Nouveau Teslament avec leurs commentaires, mais qu'il rechercha encore tous ceux qu'il crut propres i disposer les esprits à cette sainte lecture.
MOIN —
Urns ces vues, il r^vnil à grands frais tous i.s Mrragrs des SS Pères, et en particulier ceux du ^' Cyprien. dp S. flilaire, de S. Ambroise, du S'JérAine, de S. iugustia, et l'extrail que l'abbé ^gipius aTnit fail des écrits de ce fére, sans Parier des Grecs, donl il recommande la leclure h Ceui qui en saTaienI la langue. Il recueillit en oalre tous les lii^loriens qu'il put trouver traitant des clwsra du peuple de Dieu et de l'Église, tels que Josèphe, Eusèbe, Orose. Harceliin, Piosper, li» liTres de S. JérAme et de Gennade touchant les écrivains ecclésiastiques, et enlin Socrate, Sozi>inène et Théodoret, qu'il (it réunir par £piphane le Scolasiique en un corps d'iiisloire, qui n'est autre que celle que nous avons encoie aujourd'hui sous le lilre A'Hittoirt Triparlite. Il crut eiiHn qu'il érait nécessaire i de» religieui de lire les cosmognpties el les géographes, et même les rliéleurs et les grammairiens, dont la connaissance lui parai s<a il utile pour rinlelligence de l'Ecriture. En un moi.pourne rien omettre, il voulut encore joindre à sa bibliothèque les principaux auieurs de médecine, afin que ceux qiii étaient chargés de l'intlrmerie ; pussent trouver les moyens de soulager les malades.
Ce grand homme termine cette énuméralion par une prière où il demande à Dieu de daignerouvrir IVpril de ses religieux àlmlelligence des Livres sainls;illesexliorteenliiieui-mémesàprol1ierdes avantages qu'il leur a procurés : Eia nune, cariêatmi fralrei, fatinale in Scriplnrii lacrii proficere, gnando me eognoicilù pro docirinœ veitrie copia, adjulorio dominicœ gralUe, lundi tvfrû tl talia eoagregaue.
(hi pourrait facilement rappeler des témoignages atlestanl que le même lèle pour amasser des livres cl pour en inulliplier les exemplaires par la copie se fil remarquer partout ailleurs dans les monastères les plus réglés. Personne aujourd'hui n'ignore qae ce âoni les moines qui nous ont conservé tous les elle rs-d' œuvre de l'antiquité profane et sncrée : c'est là un thème cent fois développé. C'est l'abbaye de l^rbie en Saxe qui a sauvé les cinq livres des Annaln de Tacite ; et nous aurions perdu sans rcisaurce le précieux traité de Lactance Sur la «ort dei periécuteuri si on ne l'avait retrouvé dans les restes de la bibliothèque de Xoissac en Ouercj.
Les religieuses s'employèrent aussi à la transcripiioD des livres. SIe Nétanie la jeune y réussissait parfaitement', elle écrivait vile, d'un beau c-iraclère, et sansfaire de fautes, tcribdiai celeriUr, dit l'auteur de sa Vie (Ap. Nabill. hl), pulchre, et cilra trnrem. Les religieuses du monastère de Sie Césarie, sonur de S. Césaire d'Arles, animées par l'exemple de leur abbesse, copiaient les Livres ^rês, aussi bien que les Sies Uariiilde el Renilde, ibbessesd'un monaslérede bénédictines en France. On sait que S. Etoniface (Epiil. xiviu) pria une ^bbirs^e de lui écrire en lettres d'ur les Ëpiires de S- Pierre. (Nous renvoyons pour tous les détails itlatirs aui éludes monastiques au savant ouvrnge