‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 212 sur 281 · PATE — S · texte numérisé non relu

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répandus dans les musées (V. l'art. Fondt deeoupe). Hais, parmi les monuments de ce genre qui ethtenl encore, nous ne connaissons rien de plus inlÉressanl qu'une patène d'argent doré Irouvée en 1846 en Sibérie, conirée qui jusqu'ici n'avait fourni aucun objet chrétien des siècles primitifs (V. Bull, d'areh. chrit. 1871. pi. ix. n. 1). Cette patène, décrite par H. le comte SlrogancfT, a quinte Centimètres de diamètre; elle est ornée d'nn basrelief au repoussé, représentant une croix gemmée fixée sur un globe terrestre parsemé d'étoiles, et accompagnée de deux angi>s tenant une baguette de la mnin gauche (pour l'intelligence de cet allctbut, V. notre art. Angei, H. ii), et dirigeant leur main droite en signe d'adoration vers la croix, sous laquelle coulent les quatre fleuves mystiques (V, l'art. Fleuve* [Icm quatre]]. Des lettres aujourd'hui i moitié effacées sont tracées entre [es tètes des anges, car on sait que, comme les calices, les patènes étaient quelquefois enrichies d'inscriptions.

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Dans les Eglises orientales la patène appelée di$qut, est beaucoup plus grande que chez les Latins, parce qu'on y place le calice au'^si bien que ïaoblala. Elle est recourerle d'une étoile d'or ou de quel(|Ue autre mêlai précieux, surmontée d'une petite croix, alln de tenir soulevé le voile qui cou- Tre la patène, et lerapèclier de toucher les saintes espèces : cet instrument est appelé aitéritque (V. ce mot). Celte étoile rappelle celle qui guida les Mages au berceau du Sauveur; l'intention parait évidente par les paroles que prononce te prêtre en plaçant l'éloîle sur le ditque (Mntlh. n. 9) : Et venient itellu ailitit tupra ubi erot puer.

Toutes les liturgies orientales ont des formules de bénédiction pour le diique. Celle de la liturgie copie est parliculièremenl remarquable ( V. Renaudot. Lit. orient, t. i. p. 324) : ■ Élendei, Seigneur, votre main divine sur ce disque bénit, qui doit èfre rempli Ue charbons aflenls. carbonibui i^iti», par les particules de voire corps, lequel sera offert sur l'autel. ■ C'est par une mètaplmre familière aux chrétiens orientaux que les particules de l'eucharistie qui doivent reposer sur

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le disque sont appelées diarbotu. Hs noniment souvent le Christ charbon vivant, parce qu'en lui habite corporel lement toute la plénitude de la divinité. Delà vient que dans les Theotokiaaleiindrins la vierge Varie est appelée encensoir dur, qui a contenu le charbon vif et i:ériUibte. On mil souvent aussi dans les prières orientales que le charbon, dont les lèvres d'isaie furent VmMes pour être purifiées, fut souvent pris pour le ijpe de l'eucharistie ; et les hymnes qui se chanienl dans les églises d'Orient pendant la dislribuIioD des divins mystères, expriment souvent aussi wlte idée que • dans le pain les mortels reçnveiil m feu divin ».

PATIilABCIIES. — On appelai! ainsi, dtns les temps primilifs {palriarcha. iraipipii;), It ■ premier auteur d'une famille, celui de qni loin les autres descendaient ■ (Suid. Uxic. ad h, t]. C'est pour c«la que, dans la république clirélienne. on donna ce nom aux évèqucs des Églises qui, instituées par les apôtres, étaient comme les mens de toutes les autres. Il y eut dés le principe tiià Églises patriarcales, celle de Rome, celle d'inlio che celle dAleiandrie, auxquelles s'adjoignirenl bienlAt celles de Jérusalem cl de ConstuntiiMple. Les évèques de ces Églises s'appelaient patràiT-

Jusqu au qualnème siècle, leurs droits ne furtnl pas autres que ceux des métropolitains (ï. ce nwii. Mais comme des cette époque il s'éleva des ili^sen^iona que les conciles provinciaux eux-màKS ne pouvaient apiiser, il fut concédé des droils plus étendus aux évêques des plus anciennes Églises pour connaître des causes majeures, pinir ordonner les métropolitains, juger les causes i]ni les concernaient convoquer les conciles nali^ nauK cest aussi aux patriarches qu'on appfli* des sentences des métropolitains (Justin. .Vw//. cxxiu c 10 32)

1* Patriarcat ie Borne. I.'évèque de Rome, <">■ tre la primalie sur toutes les autres Églises. M il jouit de droit divin, porte encore, de toute antiquité, le nom et exerce les fonctions de palriarclie, parce que l'Église romaine i est celle où l« apatres ont répandu toule leur doctrine avef Inif sang [Terlull. Prœicrip. xxivi) • et qu'elle domi» sur toutes les autres Éfilises de l'iiniters, «mw dit Origène, ipi»'"»^" 'E«1t.o;« (Ap. Euseb. flù'. eecl. vi.llj.Lepontife romain est palriarebedaie deux sens distincts : à raison des droits [inlriafcaux dont il jouit ordinaria pointait sur 1« Éghsesde son patriarcat, et ensuite à caiw^ la primauté de juridiction qu'il exerce sur les autres patriarches, même de lÉi^lise orientale.

Le droit patriarcal dont l'évèque de Bometul muni dès l'origine de l'élise est inhérent à sa pnmauté. Car les palriarches orientaux eui-infiD« appelèrent i son autorité dans presque toutes I» causes importantes : ainsi, au troisième siéflf, « patriarche d'Alexandrie [Conc. Ram. w* OwJ' fi.P.an.263Hauqualrième,S..MIiaiuse,pairi""

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chedumême siège (Theodoret. HisL eccL i. 4); au même siècle, S. Ghrysostome, évéque de Gon- ^aulinople (Sozom. But. eccL tiu, 28), appela à Rooie d'un jugement du patriarche d*Alexandrie. L'évéqne de Rome a donc toujours, partout et par tous, élé regardé à bon droit comme le patriarclie des patriarches.

î* Patriarcat d'Anlioche. L'évèque de cette ville fut toujours décoré du nom et des droits de patriarche, soit parce qu*Antioche fut c le premier Mê|;edu prince des apôtres »(Ëuseb, Chron. an. 59), soit parce qu'elle était la métropole de tout TOrient (Kuseb. Fil. ConU, m. 56). Sous la juridiction du patriarche d*Antioche étaient placées les quinze provinces de rOrient (Concil, Ephes. i. â), correspondant aux quinze provinces dont se composait le diocèse d'Orient, selon la division politique de l'empire faite sous Yespasien (Petr. de Harca. De concord. tacerdotii et imperii, 1. i).

3* Patriarcat d* Alexandrie. Le fondateur de itglise d'Alexandrie fut S. Marc, disciple de S. Pierre; c'est pour cela qu'elle fut appelée « siège é^^ngélique •, $ed€$ evangelica (Hieron. De scrip. eccl. In Marco). L'évèque d'Alexandrie exerça les droits patriarcaux, non -seulement en Égyple,mais dans la Pentapole, la Libye, la Thébaîde. Les patriarches catholiques gouvernèrent l'Église d'Alexandrie du premier au septième siècle, époque à laquelle les Sarrasins s'étant emparés de l'Egypte, des patriarches de la secte des jacobites usurpèrent le siège et le séparèrent de la communion de l'Église romaine. Et bien qu'au seizième siècle le patriarche Gabriel ait reconnu la primauté du successeur de S. Pierre, cette union fut de peu de durée (V. Bolland. Hist. patriarch. Alex, t. v. ;u».)- Le patriarche d'Alexandrie est redevenu jacobite, et il réside au Gaire.

4' Patriarcat de Jéi^usalem. L'Église de Jérusalem doit être connptée parmi celles que fondèrent Iw apôtres ; son premier évèque fut Jacques d'Alphée, surnommé leJtute; et elle a le titre de siège apostolique (Euseb. HisL eccL vn. c. ult.). Elle eut dans sa juridiction les trois Palestines et la Syrie. Ce fut bien moins à raison de l'étendue du diocèse qu'en considération de la dignité incomparable de la ville, où se sont accomplis les principaux mystères du christianisme, que l'évèque de Jérusalem fut mis au rang des patriarches au quatrième siècle, par les Pères du premier concile de Nicèe (can. vu), qui maintinrent néanmoins dans leurs anciens droits les métropolitains de Césarée, auxquels l'évèque de Jérusalem était subordonné auifara^ant.

5* Patriarcat de Constantinople. — L'évèque de B)zance avait été, jusqu*au quatrième siècle, soumis à la juridiction du métropolitain d'iiéraciée en Tbrace. Mais dès que Constantin eut choisi cette ville pour en faire la capitale de l'empire, il ne cessa de combler d'honneurs ses évèques, auxq-els, dès le quatrième siècle, les Pères du premier concile de Gonstantinople assignent la première place, après le pontife romain (c. m. an.

381). Au cinquième siècle, leur juridiction fut encore agrandie par les Pères du concile de Ghalcédoine (Act. i.an. 451), qui lui attribuèrent les droits patriarcaux sur les provinces de l'Asie, du Pont et de la Thrace, de sorte que cette juridiction ne s'étendit pas sur moins de soixante-cinq métropoles et sept cents évèchés (Nil. Doxopatr. ap. Allât. De consem, orient, et occident. Eccl.). Les prérogatives de ce siège, en s'augmentant sans cesse, finirent par inspirer à ses titulaires la prétention de s'égaler au pontife romain, et aboutirent enfin au schisme de Photius, qui vint désoler rÉglise au neuvième siècle et qui dure encore.

G' 11 y eut en Occident des patriarches à titre purement honorifique. Ainsi, les rois Gollis et Lombards d'Italie donnaient cette qualification aux métropolitains de leurs États. C'est de là que vint ce titre d'honneur aux évèques d'Aquilée. dont il est tant parlé dans Thistoire. Quelques évèques de l'Église de France furent aussi honorés de celle dignité. Elle fut attribuée à Priscus et à Nicetius, archevêques de Lyon, ancienne capitale du royaume de Contran; à Rodolphe, archevêque de Bourges, capitale des trois Aquitaines. Ces patriarcats disparurent avec les royaumes dont les métropoles qui y étaient soumises furent démembrées (V. Thomassin. I. u. c. 4).

PATROLOGIE. — I. — La patrologie est l'étude des Pères et des divers écrivains ecclésiastiques. Elle embrasse leur biographie, leur bibliographie et la recherche des témoignages que chacun d eux fournit en faveur de la religion et de l'Église. La patristique a un rôle plus restreint : elle se borne à tirer des ouvrages de ces écrivains tout ce qu'ils renferment en faveur des dogmes, pour les démontrer historiquement; et, comme on voit, elle n'est qu'une branche de la patrologie elle-même.

Dans les langues orielitales, les docteurs et les prêtres furent toujours honorés du nom de Pères^ parce que celui qui communique à un autre la vie spirituelle, soit par l'enseignement, soit par le ministère sacerdotal, se trouve, quant à l'âme, dans la même position que le père naturel quant au corps. Les Grecs employèrent le mot de Père dans le même sens : Alexandre donna ce titre â son maître Aristole (Y. Clément. Alexandr. Strom. i. cl).

Nous retrouvons cet usage dans le Nouveau Testament : S. Paul se dit le père des Corinthiens qu'il avait convertis (I. Cor. iv. 14) : « Je vous avertis comme mes enfants très-chers, ut filios carissimos vos moneo. Et il ne tarde pas à expliquer la source de celte paternité [Ibid. 15) : « C'est moi qui vous ai engendrés en Jésus* Christ par rÉvangile, » nom in Chrislo Jesu per Evangelium vos genui.

Toute l'Église chrétienne s'est montrée d'autant plus fidèle à celte tradition, que chez nos pères le prix de l'instruction spirituelle était infiniment mieux senti que diez les peuples païens (Basil.

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Epp. 537 et 339). Jusque bien avant dans le moyen âge, le titre de Père, papa, aujourd'hui réservé au seul évèque de Rome, fut indiiTéremment attribué à tous les docteurs, et particulièrement aux évéques (V. Fart. Pape, III).

Cependant le titre de Père s'applique d*une manière plus spéciale encore à celte classe de docteurs de rÉglise qui, ayant vécu dans les premiers temps, se distinguèrent par leur piété et leur amour pour le christianisme, qui le propagèrent par leur parole et leurs écrits, et qui, par les ouvrages qu'ils nous ont laissés, attestent la foi de TÉglise primitive (Y. Blœhler. Palrologie. Introduction, m, Trad. Cohen).

Tous les écrivains ecclésiastiques n'ont cependant pas obtenu cet honneur; quatre qualités étaient requises pour être rangé au nombre des Pères de TÉglise : « une érudition plus qu'ordinaire, la sainteté, l'approbation de TÉglise, l'antiquité » (D. Bonavenlure d'Argonne. De optima legendorum Ecclesiœ Patrum melhodo, part. i. ci). La première qualité ne s'entend pas néanmoins d'une nianière absolue, mais d'une manière relative. 11 suffisait que la science fût grande, eu égard à Fépoque et aux circonstances où ces écrivains avaient vécu. Plusieurs, en effet, et des plus an* ciens, ont obtenu le titre de Père sans être remarquablement savants : par exemple, S. Clément Romain, S. Ignace le Martyr, etc.

La sainteté est en revanche d'une nécessité absolue, car l'idée que l'on se fait d'un Père de l'Église comprend non- seulement la paternité spirituelle acquise par l'enseignement, mais aussi celle qui résulte de l'exemple de toutes les vertus chrétiennes : Vos esiis sal terrœ (Matth. v. 13).

Quant à l'approbation de l'Ëglise, elle se manifeste de diverses manières. Dans les premiers temps, rimpression immédiate produite sur la masse des fidèles par Tensemble de la vie et des actions d'un docteur déterminait à elle seule son admission au nombre des Pères. La satisfaction universelle causée par la manière dont il défendait la foi chrétienne, et mieux encore l'usage public que l'Église faisait de ses écrits, dans un concile, par exemple, pour combattre une hérésie, devenait pour lui une approbation implicite. Parfois aussi, à côté de cet hommage tacite, l'Église accordait une approbation plus positive et plus solennelle. Ainsi, le pape S. Léon le Grand, S. Tliomas d'Aquin et S. Bonaventure furent élevés par des bulles pontificales au rang de Pères de l'Église.

Quelques Pères, à raison de l'ardeur de leur zèle, de l'étendue exceptionnelle de leur érudition et des services plus signalés rendus par eux à l'apologie de la religion, reçurent le titre glorieux de docteurs de VÊglise, Ceux qui ont mérité et obtenu cette éminente distinction sont, pour l'Église orientale, S. Atlianase, S. Basile le Grand, S. Grégoire de Nazianze et S. Chrysostome; et pour l'Eglise occidentale, S. Ambroise, S. Jérôme, S. Augustin, S. Grégoire le Grand, S. Hilaire de Poitiers, auxquels plus tard furent ajoutés S. Léon le Grand,

S. Thomas d'Aquin et S. Bonaventure. Plusieurs Pères ont été admis dans l'oflice divin au nombre des docteurs, lesquels cependant ne sauraient être placés sur le même rang que les précédents : tels sont S. Isidore de Séville, le vénérable Bède, S. Anselme et S. Bernard.

Au contraire, quelques anciens auteurs ecclésiastiques que vulgairement on qualiGe de Pères, n'ont point droit à ce titre, parce qu'ils nianquenl des deux dernières qualités que nous avons éiiumérées, la sainteté et l'approbation de l'Église: ou que du moins ils n'ont reçu qu'une approliatiuti restreinte. On les appelle écrivains ecclàiastiqun. Tels sont Papias, Clément d'Alexandrie, Or^-èiie, Tertullien, Epsébe de Césarée, Rutin d'Aquilêe, etc Pour ce qui concerne Clément d'xVlexandrie, nous devons dire cependant que plusieurs martyroloL^es (MartyroL Vsuard. ad mens. Decemb. A) lui donnent le nom de saint, et nous ne voyons pas qu'on le lui ait jamais contesté dé ce côté des .Upes; et sous le rapport de l'érudition, nous ne pensons pas qu'il ait été surpassé par aucun autre Père à titre incontesté.

Reste la quatrième condition, V antiquité. \6 \(-i opinions les plus divergentes se sont produiies, et l'époque où doit se clore la liste des Pères n'a point encore été déterminée. U est inconlestaN^ que l'autorité d'un Père est d'autant plus grand? qu'il se rapproche davantage des temps a|>o<tohques; le témoignage d'un écrivain de l'un des trois premiers siècles au sujet des tradition> primitives présente évidemment plus de garantie que celui des Pères qui ont vécu à une époque plus rapprochée de nous. Cependant le signe andéristique qui nous occupe ne saurait être limité à une époque précise. Mais, pour lui conserver tou(e sa valeur, l'Église catholique a rangé Ifô Pères en trois classes ou en trois périodes, qui indiqueulle genre d'autorité qui s'attadie aux écrits dediarua d'eux. La première période comprend les trais premiers siècles, la seconde va jusqu'à la fin lu sixième, et la troisième se termine avec le treizième. Mais il doit y avoir des Pères comme des saints tant que l'Église subsistera, et le Pape ne saurait perdre le droit de décerner ce titre aus hommes de tous les temps qui se montrent eioinents en science et en sainteté.

II. — Les hommes studieux de tous les \cfi\p se sont occupés de l'histoire littéraire des Pères de l'Église. Mais S. Jérôme est le premier qui l'ail écrite ex professo; avant lui, Eusébe avait m^^ntionné, mais incidemment, dans son Hifiotre^fcclésiastique, les auteurs qui l'avaient précédé. Le Uvre de S. Jérôme, qui fait plus d'un emprunta celui de l'évêque de Césarée, est intitulé : De nm illustnbus, liber ad Dextrum prœtorio prœfcctum, en cent trente-cinq articles, il comprend tous te écrivains bibliques et ecclésiastiques jusqu'en ol'J. les ouvrages de S. Clu-ysostome, déjà parus a or?. sont les derniers qu'il menUonne. Ce que SuAm et Plutarque avaient fait pour les païens, S. Jeroin l3 fît pour les écrivains de l'Église chret.'nii^,

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mais avec des vues plus élevées : son ouvrage n'a- Tail pas seulement pour but de conserver la mémoire des grands hommes et de leurs écrits, mais surtout de venger le christianisme des al légal ions des Celse, des Porphyre, des Julien, etc., prétendant qu'il n'était embrassé que- par des hommes ignorants Sous le n* 135, S. Jérôme donne la liste de ceux de ses propres ouvrai^es déjà publiés à cttie époque. Sophrone a traduit en grec ce livre de S. Jérôme, et dans les bonnes éditions on met la traduction en regard du texte.

Geimadius. prêtre de Marseille, qui florissait en 490, a continué jusqu'à la fin du cinquième siècle Toiivnge de S. Jérôme, et termine aussi son œuvre par rénumération de ses propres ouvrages. Viennent » nsuite S. Isidore de Séville qui le poursuivit jusqu'en 610, et lldefonse de Tolède qui y ajouta quelques notions supplémentaires.

Cliez les Grecs, Photius est le premier qui, au neuvième siècle, se soit livré à un travail de ce sienre. Son Myrohiblion, connu vulgairement sous le nom de Bibliothèque de PhotiuSy où régnent une érudition et une critique peu communes, a sauvé de l'oubli beaucoup de fragments d'auteurs païens et chrétiens presque complètement inconnus.

Après les auteurs que nous venons de nommer, il y eut sous ce rapport une lacune chez les iVcidentaux. ilonorius, prêtre d*Âutun, mort en Il '20, et Sigebeit de Cambrai, en iii2, ne fournissent que de courtes notices, et, après eux, il y a une nouvelle interruption jusqu'au quinzième siècle : en 1492, Jean de Trittenlieim, abbé de Spanheim, publia un livre. De scriptoribus ecclesiasticist pour lequel il avait mis à contribution les ouvrages existants, et y ajouta des détails précieux sur la littérature du moyen âge. Il eut pour successeur Aubert Myrée, qui, dans un ouvrage portant le même titre, compléta le travail de Triltenheim et le surpassa pour le mérite de Pexécution ; il des* cend jusqu'à la moitié du seizième siècle (V. Mœh- 1er. Op. laud, p. 24). Tous les ouvrages que nous venons d'énumérer sont réunis diins la Biblioiheca eccUiiattica d'Al bert Fabricius (Hambourg, 1718).

Le dix-septième siècle ouvre une ère nouvelle pour les études relatives à la palrologie. La renaissance de la critique donna à cette science une direction plus sûre et mit en honneur le goût de noire littérature ecclésiastique. Des trésors jusque-là enfouis surgirent de toute part et vinrent apporter leur utile tribut à Tapologètique catholique.

En 1613, Robert Bellarmin fit paraître son ouvraçe Df «<Tip/ori^« ecclesiasticis. En 1633, Pierre M\oh en donna un nouveau, mais restreint à I Kglise orientale, sous ce litre : llluslrium Eccle- *ix orienlalis scripiorum qui mnciilate et erudi^ tione florueruni (Douai 2 vol. in-P).

U bénédictin Nicolas le Nourry mit au jour, de 1703 à 1715, de savantes dissertations sur les Pères rtes quatre premiers siècles, sur leur doctrine, leur n»ode d'enseigner : Apparaltu ad biblioUiecam mnximam veterum Pairum et anliquorum scriptorum ecchsiaslfcornm (l.yon, ^ vol. in-P).

L*ouvrage le plus étendu qui eût encore paru est celui d'Ellies Dupin, qui n*a pas moins de 47 vol. in-8' : Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques^ contenant Thistoire de leur vie, le catalogue, la mlique, la chronologie de leurs ouvrages (Paris, 1686-1711). Beaucoup de science, mais orthodoxie suspecte, jugements trop souvent hasardés, injustice envers le moyen âge, mal compris par fauteur. Pour tirer parti sans inconvénient des grandes ressources de cet ouvrage, il est essentiel de lire simultanément celui de Richard Simon, qui redresse les erreurs de Dupin.

11 serait plus sur encore de s*en rapporter à Pouvrege de Dom Renii Geillier, qui reprit la même tâche, et apporta à son exécution une sûreté de doctrine et une sagesse de critique à peu près irréprochables : Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, qui contient leur vie, le catalogue, la critique, le jugement, la clironologie, l'analyse et le dénombrement des différentes éditions de leurs ouvrages, ce qu'ils renferment de plus intéressant sur le dogme, sur la morale et sur la disciphne de TÉglise, etc. (Paris, 1729-1703, 23 vol. in-4").

Ceillier emprunte beaucoup de choses aux 3/émoires de Tillemont, pour servir à V histoire ecclé" siastique des six premiers siècles (Paris, 1693, 16 vol. in-4*), ouvrage qui est une vraie mine d'or pour tous ceux qui étudient Tliistoire de la primitive Église.

Après ces ouvrages et ceux de divers éditeurs de bibliothèques des Pères et de Vies de saints, on ne saurait oublier de citer avec éloges les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, qui, dans leurs diverses éditions des SS. Pères, nous ont fourni tout ce qui a été fait jusqu'à présent de plus parfait dans cette branche de la science.

Les Allemands ne se mirent que tard au niveau d'un tel proj^rès (V. Mœhler. Patrol. p. 27). lisse bornèrent d'abord à quelques compilations, telles que celles de Wilhelmi, de Wiesl, de Winler, de Godwitzer, etc. Le bénédictin G. Luniper sortit seul de la ligne; il composa avec beaucoup de soin et d'érudition une Histoire théologique et critique de la vie, des écrits et de la doctrine des SS. Pères et d'autres écrivains ecclésiastiques (Augsbourg, 1789-99,13 vol. jn-8*). Malheureusement, il ne s'est occupé que des trois premiers siècles. Winter ne va pas même jusqu'à la tin du troisième. On a de Busse, ci -devant professeur à Braunsberg (Munster, 1828), une Esquisse de l'histoire de la littérature chrétienne, s'étendanl jusqu'au quinzième siècle, et qui, sans être précisément dépourvue de mérite, ne répond pas néanmoins à la grandeur du sujet.

Les protestants ont grandement négligé cette science, et lorsqu'ils l'ont abordée, c'est avec une passion qui dépouille leurs ouvrages de tout droit à la confiance. L'auteur le plus recommandable qu'ils aient fourni est W. Cave, qui a écrit sur les trois premiers siècles divers traités dont voici les titres : Histoire littéraire des auteurs ecclésias-

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tiques; — Je ChrUtianitme primitif; — les Antiquités apostoliques; — Vies, actes et maiiyres des apôtres et évangéli»tes; — Histoire de la vie, de la mort et du martyre des saints contemporains et des apôtres. Tout ceci est contenu dans un volume in-f* (Londres, 1677). Gave a publié aussi la Vie des Pères du quatrième siècle, qui a été continuée par H. Whurton jusqu^au seizième.

On peut citer encore quelques écrits moins considérables, tels que : Commentarius de scripteribus ecclesiastîcis anliquis illorumque scriptis, de Casimir Oudin (Leipsick, 1722): ouvrage poussé jusqu'au quinzième siècle. — La Bibliotheca latina ecclesiastica, d*Âlbert Fabricius, est, dit Mœhler (Ibid. p. 28), un ouvrage composé avec beaucoup de zèle , avec un jugement sain et indépendant (In-r»; Hambourg, 1718).

IH. — Un fait frappe tout d*abord celui qui étudie dans les textes anciens Tliisloire des origines chrétiennes : c^est que, pendant plus d*un siècle, même abstraction faite des écrits des ap6lres,il ne rencontre sur sa roule que des écrivains grecs.

La principale cause de ce phénomène réside sans doute dans Torigine même du christianisme, qui, né en Orient, ne fut transporté que plus tard en Occident. La première apparition de S. Pierre à Rome ne date que du règne de Claude, en 42 (Patrizi. De Evangeliis, 1. i. c. 2. n. 24); et c'e^t ce qui explique encore pourquoi les premiers ou* vrages chrétiens, composés en Italie même, eurent des Grecs pour auleurs ou tout au moins furent écrits en langue grecque. Le grec était encore la langue olficielle de l'Ëglise au commencement du troisième siècle ; on pourrait en voir la preuve dans ce fait curieux que c'est en cette langue que sont écrites les épilaphes des papes jusqu'à S. Corneille (V. la Rome souterraine de M. De' Rossi).

La seconde cau^-e doit être demandée aux tendances du génie des Grecs, qui les portèrent toujours de préférence vers la spéculation, tandis que Vespril des Latins est plus enclin aux choses positives et aux questions pratiques. De là vient que les premiers éprouvèrent de bonne heure le besoin de formuler leurs croyances et de les défendre par la plume dés qu'ils les virent attaquées, et on sait que bien souvent celte activité remuante et dialectique, voulant expliquer la matière évangèlique d'après les formules de la piiilosophie, les égara en des subtilités regrettables. Les seconds au contraire donnèrent à leur activité une direction plus morale : ils s'appliquèrent par-desbus tout, par la parole, à imprimer dans le cœur de l'homme le sceau de la vie chrétienne, et lorsque vinrent les persécutions dont Rome fut le premier théûtre,|au lieu d'écrire, ils priaient; au lieu de repousser la calomnie par Tarme du raisonnement, ils triomphaient par la patience et démontraient la divinité de leur religion en lui sacrifiant leur vie.

Ausbi ne fut-ce que vers la lin du deuxième siècle que surgit un écrivain latin, TertuUien, qui fut seul de cette langue, alors que la Grèce avait

déjà un nombre considérable d*écrivains, entre lesquels brillent les premiers apologistes. Et lorsque décidément s'ouvrit Tére de la littérature chrétienne latine, le caractère propre à chacun des deux peuples se dessina dans leurs écrits : d'un c6té la théorie, de Fautre la pratique; les 6rtt>, en général plus spéculatifs, plus savants, plus scientiûques, mais aussi plus mobiles, plus légers; les Latins moins brillants, mais plus fermes daus la foi, plus adonnés aux questions relatives au domaine de la vie ordinaire. Nous avons dit eh général , car il faut tenir compte d'exceptions fori notables : ainsi un des Pères qui se sont le plu» distingués dans le développement des quesiioi.s pratiques est un Grec, S. Chrysoslonoe, tandis que par contre un des plus grands théoriciens appartient à l'Église occidentale, et c'est S. Augustin. Disons aussi qu'au point de vue de la science S. Jér6me peut être placé à côté des plus émiaenls des Grecs.

Mais enfîn, la distinction subsistc,el d'une manière on ne peut plus tranchée; mais les deux caractères se complètent pour faire un tout harmonieux; le caractère plus tranquille et plus réfléchi des Occidentaux forma un contre-poids à ctilui des Grecs, plus facile à remuer et par conséquecl moins propre à l'action. Et c'est un trait adminble de la Providence, que le chef de l'Église ait été établi dans l'Occident, où se trouve en général une raison plus saine, plus calme, plus de tact et de profondeur pratique.

IV. — D après Dom Ceillier, Mœliler, etc., nous allons tracer une rapide esquisse de notre liltérnture chrétienne pendant les trois premiers Mècles, qui seuls sous ce rapport offrent quelque obscurité. L'histoire patrologique des époques suivanles se trouve partout. Au surplus, nous ne saurions songer à l'aborder ; la richesse de ses élément nous entraînerait à des développements que ne comporte point la nature élémentaire de cet ouvrage. En faveur des hommes studieux, nous reproduirons, pour chacun des écrivains des trois premiers siècles, les détails bibliographiques lionnes par Mœhler. Ces notices seront particulière ment appréciées de ceux qui, à raison de leurs études, ont besoin d'être renseignés fur la purde des textes anciens.

PRBMIÈRB l'ÉRIODE. — PÈRBS AroSTOLIQLES. — A»

commencement on écrivait peu : la religion chrétienne se présentait comme une révélation divine. et non point comme le résultat de recherilies scientifiques; ses apôtres racontaient simpleinei.t le fait de leur mission, aftirmaient leurs doctriNe>' et conlirmaienl le tout parleure miracles. De 1j iJ rareté et la nature spéciale des travaux litléraires de celte époque^ La rareté : les Pères dits apostoliques parce qu'ils furent les disciples immédiats des apôtres, sont au nombre de cinq ou sii au plu^ et leurs écrits authentiques forment un trésor fort restreint. La nature de leurs travaux est des plu^ simples : sauf le livre du PasUui', ce ne sont que des lettres qui s'écliangeul entre honuues iiUjn-^

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ment liés, pour se communiquer mutuellement ce qui les intéresse, les événements qui les attei- <;nent, leurs joies et leurs peines, et aussi des instructions et des exhortations propres à se guider et à se soutenir les uns les autres.

On a observé cependant (Y. Mœhler. i. p. 57) que ces humbles débuts de la littérature chrétienne, qui se déploient dans un laps d'une quarantaine d'années, de S. Clément à Papias, contiennent déjà en germe les principales formes sous lesquelles l'activité scientifique se développa plus tard. Dans Tépitre à Diognète, nous démêlons la forme de Tapologie contre les païens ; dans les épltres de S. Ignace, celle de Tapologie contre les hérétiques; dans celle de S. Barnabe, un essai de dogmatique spéculative; dans le Pasteur, les premiers linéaments d*un système de morale chrétienne; dans les lettres de S. Clément Romain, le premier développement de la science qui se formula plus tard par le droit ecclésiastique ; et enfin, dans les actes du martyre de S. Ignace, le plus ancien monument historique.

!• S, Client Romain. — Ce premier des Pères apostoliques fut disciple de S. Pierre et de S. Paul liren. i4^p. Hœret. m. 3. Euseb. Hut. eccl. m. 16. Ilieron. Script, eccl. xv. — Origen.Dcjprincrfp.ii. 5). 11 fut ordonné évéque par les apôtres et succéda ù S. Pierre sur le siège de Rome. Voilà tout ce qu*il Y a de certain dans son histoire. Selon Tertullien [Prœicript. xxxi) et les autres écrivains latins qui Tout suivi, mais dont il faut excepter S. Jérôme \loc. laud.)^ Clément aurait succédé immédiatement au prince des apôtres^ tandis que dans la liste des évéques de Rome que nous ont transmise S Irénée, Kusébe et d*autres Grecs, il n'occuperait que la troisième place après cet apôtre, c'està-dire qu'il suivrait S. Lin et S. Ânaclet (Iren. loc. laud. Euseb. m. 2. — Epiphan. Hœres. xxvii. ^)j. Celte dernière opinion est plus généralement adoptée, comme plus ancienne, et attestée par des témoins plus dignes de foi.

Il nous reste de S. Clément quatre épltres, deux Adressées aux Corinthiens et deux à des Vierges. La première est d'une authenticité incontestable, et conslilue un des monuments les plus importants de l'antiquité chrétienne ; elle acquit une grande célébrilé dans les premiers siècles ; S.Irénée (Adv. Hœres. nir3. n. 3) la cite avec respect et l'appelle une excellente épitre, et Eusébe affîrme qu'elle se lirait publiquement dans beaucoup d'Églises, comme celles des apôtres mêmes (Euseb. Hist. eccLni, 16).

Cette èpftre fut écrite principalement à Tocca- Mon d'une division qui, la seconde fois depuis S. Paul et pour les mêmes motifs, déchirait l'Église de Coriiithe. De simples fidèles tentaient d'usurper le ministère sacerdotal, enseignant publiquement dans les assemblées, ce qui allait à ruiner la société chrétienne par la destruction de la hiérarchie. C'est à la demande de la portion saine de cette communauté que Clément, vers Pan 70, >elon l'opinion la plus probable, écrivit sa lettre

AKTIQ. CHRÉT.

qui devait faire rentrer les rebelles dans le devoir. Il y développe avec éloquence les avantages et la nécessité de Punion dans l'Église, et établit avec force l'origine divijie de l'ordre hiérarchique dans la société chrétienne.

Deux choses encore doivent être signalées dans cette épître : l'enseignement du dogme de la résurrection de la chair (cap. xxv), à l'appui duquel il cite même la fable du phénix, argument qui tirait toute sa force de la croyance vulgaire alors au sujet de cet oiseau fabuleux (V. notre art. Phénix). En second lieu, S. Clément affirme l'existence d'autres mondes au delà de l'Océan (cap. xx) : ce lui fut autrefois un sujet de reproche ; mais on sait si les événements lui ont donné raison.

La seconde épitre de S. Clément aux Corinthiens, dont nous ne possédons plus que quelques fragments, n'a jamais eu le crédit de la première ; elle fut rejetée par les anciens, au dire de S. Jérôme, et son contenu ne tient point devant une saine critique.

Les deux épitres à des Vierges, ou à des ascètes des deux sexes, demeurées inconnues jusqu'en 1752, et qui furent découvertes à cette époque par Weltstein dans une version syriaque, sont rangées par les meilleurs critiques au nombre des ouvrages authentiques de S. Clément (Hœliler. i. p. 88).

Les ouvrages apocryphes du même Père ont été réunis en une collection connue sous le nom de Clementina.

Le premier a pour titre : Recognitiones S. démentis; il est divisé en deux livres Le titre semble indiquer un roman religieux. Et en effet, d'après VArt poétique d'Aristote, le moment où, dans une pièce de théâtre, des parents ou des amis longtemps séparés se retrouvent, s'appelle la r^co^nttionjén%yv>^iai».6i.Cesi tout à fait ce quia lieu dans Pœuvre attribuée à S. Clément : après une longue séparation, Faustinien et Matthidia, son père et sa mère, retrouvent leurs fils Clément, Fauste et Fauslin. Peut-être y a-t-il là un rapport allégorique, pour faire entendre qu'à la connaissance de soi-même en Jésus Christ se rattache la véritable reconnaissance de l'homme.

Cet ouvrage apparaît dans l'antiquité chrétienne sous divers titres, tirés tantôt de l'ensemble, tantôt de quelques-unes de ses parties. On le retrouve sous celui de Itinerarium, Gesta, Hisloria démentis; ou bien, parce que l'apôtre S. Pierre y joue le principal rôle, sous celui de Itinerarium velpenodi^ acitts Pelri, ou de Disputaiio Pétri cum Simone M a go.

Le héros du roman, désireux de s'instruire des vérités relatives à Dieu et à l'âme humauie, apprend fort à propos qu'un merveilleux prophète a paru en Judée. Barnabe, arrivé à Rome pour y prêcher, décide Clément à se rendre en Palestine auprès de Pierre, pour s'instruire plus à fon»!. Il le trouve à Césarée, et reçoit de lui les premiers enseignements sur les connaissances préliminaires du christianisme, sur la révélation dans l'Ancien et

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le Nouveau Testament, sur la personne de Jésus- Christ et son royaume. Le second livre rapporte la dispute de Pierre avec Simon le Magicien. Âpres cela, Pierre se rend de Gésarée à Tripoli. Là, dans une suite de sermons qui remplissent les livres iv, V et VI, il développe les principaux points de la doctrine chrétienne, mise en parallèle avec les folies du paganisme, et conclut par une exhortation au baptême, comme seul remède à tous les maux spirituels.

Le livre vu donne Thistoire de la famille de Clément, qui retrouve dans une île sa mère et ses frères qu'il croyait perdus.

Les trois derniers livres traitent principalement du dogme du libre arbitre et de la prescience de Dieu, problème aride qui a toujours inquiété Tesprit humain. L'ouvrage se termine par la conversion de Faust inien.

Nous ne possédons aujourd'hui des Récognitions qu'une traduction latine faite par le prêtre Rufm d'Aquilée, vers l'an 420, à la prière de S. Gaudence, évèque de Brescia, à qui il Ta dédiée.

Le recueil connu sous le nom de Homiliœ Cletnentinœ parait n'être qu'une édition un peu modifiée des Récognitions.

Il existe encore cinq épltres portant le nom de S. Clément, et qui ont été placées en lète des Décrétâtes du faux Isidore.

Enfin les Actes des martyrs qu'on lui a attribués ne résistent pointa un examen sérieux. .

Éditions, — La version des Récognitions par WnV\n fut publiée pour la première fois à Bàle en ir>26, avec les fausses Décrétâtes ; puis à Paris en 1541 et 1508 , à Cologne en 1569, et dans le recueil des Pères, à Lyon, 1677. L'édition de Cologne renferme aussi les Clémentines et un extrait du voyage de S. Pierre pour convertir les Gentils, avec des notes de Wenrad. Le texte grec de ce dernier ouvrage fut donné pour la première fois par Turnèbe (Paris 1554), et la traduction latine par Perionius. Tous les ouvrages supposés de S. Clément se trouvent dans le recueil de Cotelier, 1. 1, et dans Galland, t. ii. Les Récognitions ont été réimprimées dans la nouvelle Bibliotheca PP, Latinorum selccta, t. I. chez Gersdorf, Leipzig, 1S38 (Mœhl. I. p, 92).

2* S. Barnabe, — Dans le petit nombre de monuments subsistants de la littérature chrétienne primitive, on place une épttre attribuée à S. Barnabe, la même que les Actes des apôtres mentionnent souvent avec éloge. 11 était originaire de File de Chypre, lévite et, si l'on en croit une ancienne tradition, l'un des soixante-douze disciples de Jésus- Clirist (Clém. Alex. Slrom. u, 20). Son véritable nom était Josés, que les apôtres changèrent en celui de Barbabé, et c'est celui qui lui est resté dans l'histoire {Act. iv. 36. La Yulgate et S. Jérôme disent Joseph), C'était un homme vertueux, rempli de l'Esprit Saint, ferme dans la foi (tbid. xi. 24 seqq.). Ces hautes qualités attirèrent sur lui Tattention des apôlres, qui le choisirent dès le commencement pour le service de TËvangile et

surtout pour les missions étrangères. C'est à lui qu'est due la fondation et l'extension de Iti^lise d'Antioche en Syrie, et aussi, en grande partie, la propagation de l'Évangile dans les contrées septentrionales de l'Asie Mineure, à laquelle il travailla concurremment avec S. Paul, de l'an 44 à Tan 52 (Ad, XV. 2).

L'épilre qui existe sous le nom de cet homme apostolique est appelée par Origène Épilre catholique^ 'EmiroXTi xaôoXaii. Toute l'antiquité l'a r^ connue et admise pour authentique. Ce n est que dans les temps modernes qu'elle a été attaquée. S. Clément d'Alexandrie (Strom. n. G, 7. U, 15, 18), Origène [De princ, ut, 18. — Comm. k ep, ad Rom, i. 24), la citent en plusieurs endroits. et comme étant de S. Barnabe^, et comme faisant autorité. Celse la reconnaissait comme un écrit reçu par les chrétiens (Origèn. Contr, CeU, i. 63). Enfin, S. Jérôme dit positivement, dans son catalogue des écrivains ecclésiastiques (c. ti), que Barnabe, lévite et apôtre, a écrit une épitre ayant pour but l'édification de l'Église, ad œdificatmm Ecclesiœ pertinentem.

L'opinion contraire se fonde principalement sur un passage équivoque d'Eusèbe (Hist.eccl. m. 35). où cet historien la place parmi les ouvrages lupposés. Ceci veut dire seulement que lÉpilre de S. Barnabe n'avait pas été admise dans le canon, mais non point qu elle ne dût pas être r^ardée comme l'œuvre de cet apôtre.

Le titre de cette lettre étant perdu, on ne sait point au juste à qui elle était adressée; maison voit que l'auteur avait principalement en vue les chrétiens judaîsants, qui, à côté de r£vangiie, «<«* servaient un attachement excessif aux traditions judaïques.

Éditions, — L'archevêque Usher est le premier qui se soit occupé de la publication de TÉpitre Je S. Barnabe, en 1643; mais Tédition fut dévorée par un incendie. Dom Nénard avait formé un projet analogue, mais la mort, qui le surprit en 1614. l'empêcha de le réaliser. Ce fut Dora d'Adïéryqtii. l'année suivante, livra à l'impression le travail lit Ménard : c'est la première édition gréco-latine de cet ouvrage. Le texte grec lui fut procuré parle jésuite Sirmond, qui l'avait trouvé à Rome dans les papiers du P. Torriani. L'ancienne version latine est tirée d'un manuscrit de l'abbaye de Corbie. L'une et l'autre sont très-incomplètes : le commencement manque dans le texte grec, et la fin dan> la traduction que Ménard y ajouta. Isaac Vos<iu> confronta ce texte avec celui de trois autres manuscrits, celui de Hédicis, celui du Vatican et un troisième appartenant à un couvent de Tliéalin> de Rome; il ajouta en outre de bonnes notes à si rédaction, et la fit réimprimer en 1C46, à Auisler dam, avec les épîtres de S. Ignace. Cotelier enir**prit une nouvelle édition latine de cette épitre tl l'inséra dans son recueil des Pérès apostolique (Paris, 1672); réimprimé par Jean Leclerc (Anvers, 1698) et augmenté de remarques par Jean D3^"^ en 1724. Indépendamment de Fell et de 1^

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Norne, Ricbard Russel a aussi imprimé cette épitre dans soa recueil des Pérès apostoliques (Londres, 1746). Galland a inséré dans sa Biblioth, vet. 66. le texte de Cotelier, avec des remarques de lui-même et d*autres auteurs (Mœlil. i. p. 105). 5' Hermas, — S. Paul, dans son épître aux Romains (xvi. H), salue un personnage qu*on croit élre celai-ci : SaltUate.,,. Heiinam, et qui, d'après les plus anciens auteurs ecclésiastiques, serait l'auteur du livre intitulé le Pasteur, Uciii.iv, • Je crois, dit Origéne (Comm. in ep. ad Rom. loc. laud.), que cel Hermas est Tauteur du livre que Ton appelle le Pasteur. • Le témoignage d'Eusébe (HisL eccL m. 5) s^accorde parfaitement avec cette assertion, ainsi que celui de S. Jérôme (Catal. c. x) ; ils atle>lent que c'était là l'opinion généralement reçue dans rÉglise, et qu'elle était fondée sur la tradition.

Ce livre du Pasteur jouissait dans l'antiquité chrétienne de la plus haute considération ; et alors que le canon des Écritures n'était pas encore fixé, les plus anciens écrivains estimaient cet ouvrage à régal des livres reconnus depuis pour canoniques, et le plaçaient parfois sur le même rang. S.Irénée le range, sous le nom de Scriptura, parmi les livres saints (Adv, hœres, iv. 20) ; S. Clément d'Alexandrie {Sirom, I. 29. M et alibi) et son disciple Origène (Explanat. in ep. ad Rom. xvi. 14) s'en servaient de même, ainsi que Tertullien, lorsqu'il était encore catholique, dans son livre De oratione (c. m). Tout ceci prouve qu'on le regardait véritablement comme l'œuvre d'un disciple des apôtres, et qu'on lui accordait une autorité apostolique comme à PÉpitre de S. Clément.

Ceci suffirait pour réfuter l'opinion des modernes, quiTeulent que l'auteur du Pasteur fût le frère du pape Pie I*',qui a siégé de 140 à 152. On n'eût pu songer à placer parmi les livres canoniques le livre d'un homme qui avait vécu à une époque déjà si éloignée de celle des apôtres. Or Eusébe était tout disposé à lui décerner cet honneur, si l'opposition de quelques personnes ne l'en eussent empêché : opposition fondée surtout sur ce motif que c'eûlété donner une autorité divine à un livre que l'on reconnaissait sans doute pour authentique, mais non di^'De d'être assimilé à ceux des apôtres.

Le titre de ce livre est tiré de cette circonstance que l'ange qui instruit Hermas lui apparaît sous la forme d'un berger. Son but est de faire connaître comment l'homme peut devenir un vrai chrétien et comment le christianisme doit passer dans la vie pratique. Il se divise en trois livres : le premier se compose de Visions ^ le second de PrécepieSy le troisième de Comparaisons.

Éditions. — La plus ancienne est celle de Jacques i'aher (Paris, 1513,in-f*), chez Henri Etienne l'aîné; elle a été suivie de celle de Gerbal (Strasbourg, i'^'22); de celles publiées dans les ortliodoxograplies de Jean Hsrold (Bàle, 1555), et de Grinseus (Bàle, 1569) ; puis dans les bibliothèques des Pères paris. 1575, 1589, 1610, 1644, 1654; Cologne, 1618 ; Lyon, 1677). Le Pasteur parut aussi en 1655,

avec des remarques de Gaspard Barth, conjointement avec d'autres écrits patristiques (Hœhl. i. p. 116).

Cet ouvrage, revu avec soin par Cotelier, fut publié dans son recueil des Pères apostoliques en 1672, et cette édition fut réimprimée par Jean Pellus (Oxford, 1685), et Jean Leclerc (Amsterdam, 1698 à 1724), avec des rectitications dans le texte et de nombreuses notes scientifiques. Albert Fabricius inséra aussi le Pasteur dans son Codex apocryphus Novi Testamenti, t. ii, p. 739, précédé du témoignage des auteurs anciens en fjveur de ce livre et accompagné de nombreux éclaircissements (Hambourg, 1719). Enfm Montfaucon rassembla les fragments épars des textes grecs, et Galland les donna dans son édition de la Bibliothèque des anciens Pères (Venise, 1742). (Y. Mœhl. i. p. 116.)

4* S. Ignace d'Antioche^ surnommé Théophore. — On possède peu de détails biographiques sur les débuts de ce Père. La seule chose bien constatée par l'histoire, c'est qu'il fut disciple de l'apôtre S. Jean, et ordonné par lui comme successeur de S. Ëvodius, au siège épiscopal d'Ântioche en Syrie, qu'il occupa pendant environ quarante ans, troisième évêque après S. Pierre (Act. S. Ignat. c. ij — Euseb. Hist. eccl. m. 36). Il subit le martyre sous Trajan, qui, passant par Antioche en 106 à l'occasion de son expédition contre les Parthes, voulut voir Ignace dont la renommée était éclatante, l'interrogea lui-même et prononça la sentence qui condamnait le Théophore à être conduit à Rome chargé de chaînes, pour être livré aux bêtes dans Tamphithéàtre. Les détails de ce lugubre voyage, ainsi que ceux du martyre de S. Ignace, furent écrits par les personnes qui l'accompagnaient, et ces Actes sont un des monuments les plus authentiques de ces temps primitifs (Ap. Ruin. edit. Yeron. p. 13).

Nous avons de S. Ignace sept épitres authentiques, et ce qui leur donne un caractère infiniment touchant, c'est qu*elles furent écrites pendant les haltes que fit le bâtiment qui portait le martyr vers le lieu de son sacrifice, haltes qui lui permirent de se mettre en rapport avec les différentes communautés chrétiennes des localités qu il traversait, de recevoir des députations des Églises qui n'étaient pas sur son passage, enfin de prodiguer à tous, soit par écrit, soit de vive voix, ses instructions et ses conseils.

De Smyrne, il écrivit aux Éphésiens, aux Ma;4nésiens, aux Tralliens et aux Romains; de Troade, aux Philadelphiens, aux Smyrniotes, et à Polycarpe leur évèque (Euseb. Hist. eccl. m. 36).

A l'exception de l'épître à Polycarpe et de celle aux Romains, les circonstances qui ont donné lieu aux cinq autres ètsnt à peu près les mêmes, leur contenu ne diflere pas considérablement. Ces lettres sont consacrées à combattre deux tendances opposées et également éloignées du vrai christianisme, et qui divisaient surtout les Églises de l'Asie Mineure : d'un côté les ébionites, chrétiens julaï-

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sanls, qui ne comprenaient dans Jésus-Christ que l'apparence extérieure, c'esl-à direrhumanilé, méconnaissant en lui la partie la plus sublime, sa divinité ; de l'autre cdté, les docètes, classe de chrétiens tout idéaliste, qui, séduite par la partie spirituelle dont le christianisme leur avait donné la première notion, rejetaient tout l'Ancien Testament comme une œuvre satanique, et ne voulaient rien reconnaître d'humain dans Jésus-Christ. Ainsi, tandis que les premiers niaient la divinité de Jésus- Christ, les autres ne croyaient pas à son humanité et soutenaient que le Rédempteur n'avait fait que prendre la Torme et la figure d'un homme.

Four dissiper de telles erreurs, Ignace comptait sur Tascendant que sa qualité de disciple de S. Jean donnait à ses paroles ; mais elles puisaient aussi une grande autorité dans la position où il se trouvait, au moment d'aller sceller de son ^ang le témoignage qu'il rendait à la vérité divine. Il ne jugea pas néanmoins suffisantes de telles influences, et il s'appliqua encore, dans son épitre, à établir Tunion parmi les fidèles et à renouer les liens de la subordination qui les attachaient à la hiérarchie dont Févèque est la tète et le centre, et sans l'autorité de laquelle le maintien de l'union et de la paix est impossible. C'est dans sonépitre aux Smyrniotes (c. vni) que se rencontre pour la première fois l'expression d'ÉcLiSE catholique, Exx>.c<i(a xaOoXuri. Et c'est ce qui explique cette autre expression qu'il emploie en saluant l'Église de Rome : npcxa6v:{x«vx, rii; à-^dwiA ; on y reconnaît le centre du grand cercle qui embrasse et unit toute la chrétienté.

Nous avons dit que le motif qui donna lieu à Tépitre aux Romains est différent de celui des autres. Cette lettre eut pour but de détourner les Romains, dont il connaissait l'amour pour lui, de faire aucune démarche pour l'arracher à la mort et le séparer plus longtemps de Jésus-Christ. Il la remit à des Ëphésiens, qui, de Smyme, se dirigeaient sur Rome par une voie plus courte. Rien dans l'histoire ecclésiastique n'est aussi touchant que celte épilre.

L'objet de l'épitre à Polycarpe était de le charger de transmettre ses dernières instructions à son Ëglise d'Antioche , qu'il ne pouvait plus soutenir lui-même, et il trace à l'évèque de Smyrne des régies précieuses pour l'accomplissement de ses devoirs envers les peuples chrétiens.

Outre les sept épitres authentiques de S. Ignace, il en existe huit autres qui portent son nom, mais qui. d'après l'opinion générale, sont supposées.

Éditions, — Les premières éditions des épitres tant vraies que supposées de S. Ignace ne produisirent que des traductions latines (en voir le détail dans Mœhler. i. p. 166). Yalentin Pacœus fut le premier qui publia, d'après un manuscrit d'Augsbourg, le texte grec de douze d'entre elles, à Dillingen en 1557 et à Paris en 1558 et 1562. Cette édition est estimée. A peu près en même temps, il en parut une seconde d'après un autre manuscrit par les soins d'A. Gessner, à Zurich, en 1559, et encore avec une nouvelle traduction de

Brunne, et des notes de Wairlen (Anvers, 1566 et 1572; Paris, 1608; Genève, avec des scholies, 1625).

Toutes ces éditions contenaient les épitres faussées et interpolées de S. Ignace. L'arclievéque anglican Usher fut assez heureux pour décou\rir le premier, dans la bibliothèque de l'Université de Cambridge, une vieille traduction latine de huit petites épitres authentiques, et un autre manuscrit semblable dans celle de R. Montaigu. 11 la ; publia à Oxford en 1644. Deux ans après, \>m ! Vossius trouva le texte grec de ces épitres dans I la bibliothèque de Nédicis à Florence, et les lit ' imprimer à Amsterdam en 1646, avec la traduction latine d'Usher. Mais le manuscrit florentin était défectueux, il y manquait l'épitre aux Romains. Vossius essaya de la rétablir dans son état primitif, d'après la traduction latine de Tépitre interpolre. Celte édition fut renouvelée à Londres en KiHO. Précédemment, Usher avait déjà donné une nouvelle traduction du texte grec de Vossius, à Londres en 1649. Enfin Cotelier entreprit une nul traduction des petites épitres de S. Ignace, niiisi que de quelques autres Pérès ; elle se trouve ^m son édition des Pères apostoliques (Paris, \(ûi t. n). En 1689, Dom Ruinart trouva les Actes dei martyrs de S. Ignace, ainsi que le texte orijinal de l'épitre aux Romains : ils furent publiés plu^ tard par Grabe, à Oxford, 1699 et 1714, dans If t. u. des Spicileg SS. PP. 11 passa enfin sous celle forme dans le recueil de Cotelier, publié par Lëou Leclerc (Amsterdam, 1648 et 1724). Lesédilioiii suivantes sont plus ou moins accompagnées de dissertations savantes et de scholies, comme, [ar exemple, celle d'Itti^ (Leipzig, 1699). AIdrirhen donna à Oxford, 1708, une meilleure édition. d après une copie plus soignée du manuscrit Hêdicis. Elle élait cependant encore bien loin d'échupper à tout reproche. En conséquence, Thomaj Smith, dOxford, en publia en 1769 une nouvelle. beaucoup meilleure, et que Galland suivit dans > Bibliothèque des anciens Pères. L. Frey, dans -on édition, Epistolœ SS, PP. apostolicortm (Bile, i 1742), et R. Russel. Opéra genuina SS.PP. opt^t I tolicorum (Londres, 1746), ont ausii suivi le texte | de Smith. L'édition de Thilo (Halle, 182l).estfiilt d'après le texte de Vossius, mais avec les nnMts de Smith (V. Mœhl.i-p. 167).

5* S, Polycarpe. — Il avait connu les apôlr» et d'autres personnes qui avaient vu le Sauveur; c'est ce que nous apprend son disciple S. Ireiirf (Adv, Hœres. ni. 3). D'après Tertullien (Prœicrip. xxxn) et S. Jérôme (De vir. ill. xvn), S. Jean luimême l'ordonna évèque de Smyrne II adramiMn cette Église durant de longues années, et finil a carrière par le martyre, sous Marc-iurèle. y^^^ savons par Eusèi)e [Hist. eccL v. 20), nns^f' lui-même par S. Irénée (loc. laud,). que, Mn^^ aux instructions qu'il avait reçues de S. toc-" (V. plus haut), Polycarpe avait écrit plusieurs lettrt> concernant la foi, soit à des É^^lises du yom^^^ soit à des particuliers. Nous n'en possédons m'^

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heureusement qa*une seule, celle qu'il adressa aux Philippiens. S. Irénée en parle en ces termes : « Il existe une lettre de Polycarpe aux chrétiens de Piiilippes, très-excellente et trés>utile pour connaître le caractère de sa foi et sa manière d'annoncer la Térité (ibid). • S. Jérôme assure que de son temps on la lisait encore dans les Églises d'Asie (De vir,iU, t. i).

Cette lettre a pour objet principal de louer les Philippiens de la charité avec laquelle ils avaient ai cueilli S. Ignace et ses compagnons et de les prémunir contre les séductions des hérétiques, principalement des docètes. Cet écrit est de Tan 107 à 108.

indépendamment de cette lettre, il nous reste encore cinq fragments de réponses dont S. Polycarpe était Tauteur. Mais leur authenticité n'est pas hors de doute.

ÉdilioM. — Jacques Faber fut le premier qui découvrit l'épîlre de S. Polycarpe en une traduction latine, et il la publia à Paris en 1498, avec les œuvres de S. Denys TAréopagile et onze épîtres de S. Ignace. Elle fut plusieurs fois réimprimée depuis : à Strasbourg, en 1502 ; à Bâle, en 1520; à Cologne, en 1556, 1557 et 1569; à Ingolstadt, en 1546, etc. Le texte grec fut publié pour la première fois, avec Tancienne traduction latine, par Pierre Ualloix, à Douai, en 1C33, d*après un manuscrit de Torriani, que J. Sirmon lui avait communiqué. Quatorze ans après, il en parut une autre édition plus soignée encore, par Usher (Undres, 1647). Celle-ci a pour base un autre texte grecque Claude Saumaise avait copié et communiqué à Yossius, et quTsher avait collai ionné avec le texte grec de Ualloix. Ce nouveau texte se trouve encore dans Tédition publiée par Maderus à HelmsUidt, en 1653. Cotelier se servit aussi de cette rédaction dans son recueil des Pères apostoliques ; ms à l'ancienne édition latine il en joignit une nouvelle (Paris, 1672). Cette édition fut suivie de celle d'Etienne Lemoiiie (Leyde, 1694), qui collotionna les précédentes sur le texte des manuscrits <ie Médicis, que Leclerc suivit dans son édition d'Amsterdam, 1698. Puis vinrent deux éditions anglaises, publiées toutes deux à Oxford, lune par Al<iricJj,enl708,el l'autre par Th. Smith,enl709. Cette épitre a trouvé place aussi dans les éditions portatives des Pères apostoliques de Frey (Bàle, I<i2) et de Russel (Londres, 1740). Galland l'a réimprimée dans sa Bibliothèque, d'après Tédition de Smith ; il y a joint les fragments, dont il soutient ranthenlicité (V. Mœhl. I. p. 177).

6* LépUre à Diognète, — Ce monument fut d'abord attribué i S. Justin le Martyr, et imprimé â la suite de ses œuvres. Tillemont a prouvé par (ies raisons péremptoires que cet écrit est beaucoup plus ancien; mais son auteur n*est pas connu.

La circonstance qui a donné lieu à la composition de cette épitre mérite d*ètre connue. iNous y ^oyons que, dans les premiers temps, les païens étaient surtout gagnés au christianisme par le

spectacle de la sainte vie des fidèles. Ceci leur paraissait inexplicable, et c'est pour s'éclairer à cet égard qu'un certain Diognète, que l'auteur désigne sous le titre de xpxTiTTc;, Irès-capahle^ distingué, adressa à un disciple des apôtres la question suivante : Quel est le Dieu que les chrétiens adorent avec tant de confiance, qu'ils en méprisent le monde, bravent la mort et s'aiment si tendrement entre eux ? Pourquoi ne reconnaissent-ils pas les dieux des Grecs, et rejettent-ils les superstitions des Juifs? Pourquoi enfin, si le diristianisme est la vraie religion, n'a-t-il pas paru plus tôt? »

L'apologiste anonyme répond à ces questions avec une éloquence et une profondeur qui font de celte pièce un des monuments les plus importants de l'histoire ecclésiastique.

Éditions, — Première impression de cette épitre,avec notes et introduction latine, dans les œuvres de S. Justin, par Henri Etienne, Paris, 1592 ; puis encore à Paris en 1615 et 1036, et à Cologne en 1686 ; et enfin dans lexrellente édition de S. Justin, par Dom Maran, Paris, 1742. Elle se trouve aussi, précédée d'une savante dissertation, dans les Prolégomènes de Galland, t. i. p. 68 (Mœhl. I. p. 188).

7* Papias. — Ëvèque d'Hiéropolis, dans la Petite Phyrgie, Papias florissait vers fan 118. Plusieurs anciens historiens affirment qu'il était disciple de S. Jean et ami de S. Polycarpe (Ireur Hcsres, v. 33. — Hieron. ep. 76. 3, ad Theodorum (Euseb. Clironic. ad an. 216).

Ce fait intéressant reste néanmoins douteux, d'après plusieurs passages de ses œuvres. On ne sait rien .des événements de sa vie, sinon qu'il était très-instruit dans les saintes Écritures. Il dut sa grande réputation aux peines qu'il se donna pour rassembler les traditions verbales sur les discours et les actes de Jésus-Christ et de ses disciples ; il réunit en cinq livres les résultats de ses recherches, sous le titre de : Explications des discours du Seigneur, Xo^im Kupioxûv s^Yifr.ati;. Cet ouvrage existait encore au treizième siècle ; mais il ne nous en reste aujourd'hui que le petit nombre de fragments répandus dans Eusèbe, S. Irénée et quelques autres écrivains. Papias passe pour être le premier auteur du système du railiénarisme; il racontait aussi dans son ouvrage plusieurs choses qui ne se trouvent point dans rÉcriture Sainte, mais qu*il assurait avoir puisées dans la tradition orale, comme, par exemple, de nouvelles paraboles et de nouveaux préceptes moraux, parmi lesquels il se trouve des dioses fabuleuses et indignes de foi. 11 jouissait néanmoins d'une grande réputation, et S. Irénée luimême semble lui avoir accordé plus de créance qu'il n'en méritait.

Les points qui ont conservé aujourd'hui de fintérèt pour nous, ce sont les renseignements sur les évangiles de S. Matthieu et de S. Marc (Euseb. Hi$t. eccl. m. 39), les traditions uni la chute des anges que Dieu avait désignés pour présider au monde (Ândr. Cosor. c. 54 in upoL p. 67), sur

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la mort de Judas (Theophil. in^ Act. app.) et sur le prétendu discours du Sauveur à Tappui du royaume millénaire (fren. adv. Hœres, v. ô3).

Les fragments qui restent de l'ouvrage de Papias ont été recueillis par Ilalloix et Grabe, et augmentés d'un nouveau morceau par Galland, dans la Bibliothèque des anciens Pères.

Deuxième pékiode. — Écrivains ecclésiastiques DU DEtxiÈME SIÈCLE. ' — Ce sièclo vit une grande ricliesse de productions se développer sous toutes les formes ; mais les dialogues et les traités sur les matières religieuses vinrent se substituer, du moins en grande partie, aux épilres, qui jusquelà avaient composé le fond à peu prés unique de la littérature chrétienne. L'Église, attaquée au dedans par la gtio^ et au dehors par l'idolâtrie encore dominante, produisit alors ses premiers apologistes ; on vit apparaître des hommes doués de talents admirables, d'une profonde érudition et d'une grande éloquence, qui, des rangs ennemis passant à la foi chrétienne, appliquèrent les connaissances qu'ils avaient acquises à défendre scientifiquement la cause de l'Église contre les incrédules et les hérétiques. Un peu plus tard, les écrivains ecclésiastiques abandonnèrent peu à peu la forme de Papologie proprement dite, pour adopter celle de la polémique ; de purement défensive, leur altitude devint aggressive : ils défendirent leur religion en attaquant ouvertement le paganisme; de là cette méthode de rétorsion ou d'arguments ad hominem qui rend si curieuse la lecture des écrivains de cette époque, en nous révélant sur le culte et les mœurs des anciens une foule de circonstances que nous aurions toujours ignorées sans eux.

Ce siècle vit aussi les premiers ess:ds dMilstoire ecclésiastique ; Hégésippe composa en cinq livres des mémoires qui s'étendent depuis Jé^is-Christ jusqu*à son temps, c'est-à-dire jusqu'au pape Eleuthére (Euseb. HUL eccl, n, 23. Pothius. ^thlioth, c. 232.

Ici Tabondance des matières nous oblige à réduire celte notice presque aux proportions d'une simple nomenclature : il nous sullira d'indiquer nos sources pour mettre le lecteur studieux en mesure d'étendre ses connaissances. Des détails et éclaircissements précieux sur la doctrine de chacun des écrivains ecclésiastiques sont donnés par les deux auteurs qui nous servent ici de guide, et doivent être lus avec attention par ceux qui ont à cœur de s'instruire. Car c*est là, à proprement parler, le but de la patrologie et la source des déductions pratiques qui doivent être le résultat de cette étude.

!• S. Justin, martyr et philosophe, — Justin était Grec d*origine ; il naquit au commencement du deuxième siècle à Flavianopolis, l'ancienne Sichem en Samarie. Il fut d'abord agrégé à la secte philosophique des Platoniciens ; mais Taraonr de la vérité l'engagea à la rechercher à une source plus pure ; il étudia en conséquence les prophètes,

Jésus-Christ et ses disciples, il implora par la prière les lumières d'en haut. Les exemples de patience et d'héroïsme que donnaient les chrétiens dans une persécution survenue peu de temps après, venant en aide à ses réflexions, le déterminèrent à embrasser le christianisme, en Tan 133. Il n'volul dés lors de consacrer à la défense de la foi chrétienne toute son activité, ainsi que les connaissances qu41 avait acquises par l'étude de la philosophie; il établit une école à Rome, où il se rendit à deux reprises différentes. Mais bientôt sa vigueur et >a hardiesse à démasquer la faiblesse et les m[mtures des prétendus sages dont il avait quitté les rangs, lui attirèrent leur haine et particulièrement celle d*un cynique nommé Crescens, ce qui lui ulut les honneurs du martyre, vers l'an 167.

Les ouvrages authentiques de S. Justin qui nous restent sont deux Apologies du christianisme ^t un dialogue avec le juif Tryphon, où il défend la religion chrétienne contre le judaïsme.

La première de ses Apologies fut comiwsée et publiée sous Antonin le Pieux, qui régna de tr^S j 161; mais on ne peut pas en préciser ré(>ri]iie d'une manière absolue. Il y démontre que 1 ilre qu'on doit se faire d'un chrétien n'est p.is iviie d'un homme vicieux, comme l'affirmaienl le- 'ennemis, mais au contraire celle d'un homme honu* rable en tout point. Pour arriver à ce but, il établit ce qui suit : 1* Les chrétiens ne commeltenl point les crimes dont on les accuse. 2* Ils ne sont point coupables en abandonnant la religion existante ; ils agissent au contraire sagement. 3' D autant plus que les doctrines de leur religion ><)iit parfaitement fondées en théorie. 4* Leur culte na rien de nuisible en soi ; il excite au contraire ^ tout ce qu'il y a de bien ; 5* Leur innocence resM'rt de l'examen des motifs pour lesquels on les persécute.

La Seconde Apologie , adressée à Marc-AuréJe, selon le sentiment le plus probable, est pluscourie que la première; il parait que ce fut celte Apch^ giequi le fit mettre à mort. Elle fut motivée pir la condamnation de quelques personnes quiaraient embrassé la foi et auxquelles on n'avait pas d'antre crime à reprocher ; comme corollaire de< plaintes qu'il adressait à ce sujet à l'empereur, il prend avec plus de force que jamais la détend du christianisme.

Le Dialogue avec Tryphon eut lieuàÉphéseenlre Justin et ce Juif, qui jouissait alors d'une haute réputation etd*une grande aulorité parmi ses coreligionnaires. Cet entretien est l'ouvrage le plus étendu, le plus important et le plus remarquable de S. Justin. Il y est souvent question de l'atiituJe hostile que les Juifs avaient prise dès le co^^' mencemeul vis-à-vis des chrétiens (V. l'art. Pfl^ entions, I). Leurs vils artifices pour faire hairi« fidèles de tout le monde et les objections par lesquelles ils combattaient les doctrines chrélieanesi s'y trouvent exposées. Il esta remarquer que noii^ voyons pour la première fois, dans cet ou^ç?» un exemple détaillé du parti que les cbrétieni

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liraient, pour leur apologie, de rÉcriture sainte et de riiistoire.

Écrits douteux de S. JuêUn. — Delà monarchie, qui traite de Tunité de Dieu en opposition avec le polythéisme des païens. Discour» aux Grecs^ rérutation de la mythologie grecque, dont la nature sensuelle et corruptrice est peinte laconiquement, mais avec une admirable justesse. Exhortation aux Grec* : l'auteur s'y sert des connaissances qu'il a aquises dans ses nombreux voyages en Egypte, en Italie, etc., pour prouver que les sages de la Grèce, tant poètes que philosophes, n'ont rien produit de vrai sous le rapport religieux, et sont en contradiction perpétuelle entre eux et avec euxmêmes sur les premiers principes : ceci est Tobjet de la première partie. Dans la seconde, il démontre que la vraie religion ne pouvait Atre connue que par la révélation : ce qui se trouve çà et là chez les poètes et les philosophes grecs sur l'unité de Dieu, sur la résurrection, etc., leur a été connu indirectement par la révélation.

EcrUs supposés. — Lettre à Zenas et à Serenus;

— Exposition de la vraie confession de la foi ; — IJuestions et réponses aux ortfiodoxes ; — Questions des chrétiens aux Grecs et des Grecs aux chrétiens;

— Réfutation de quelques opinions d^Anstote. Outrages perdus, — 11 nous manque, si nous

ne nous trompons pas, son livre de la Monarchie de Dieu, et son Psaltes, dont le sujet est inconnu, et un traité contre le paganisme. — 11 avait écrit un ouvrage contre toutes les hérésies, et notamment contre Marcion, dont deux passages seulement nous ont été conservés par S Irénée. Ëusèbe termine sa liste par cette assertion vague, que plusieurs autres étaient entre les mains des chrétiens. Anastase le Siuaite en cite un sur THexaméron, œuvre des six jours ; dans les œuvres de S. Maxime, on trouve quelques passages d'un traité sur la Providence et de la foi. Si nous en croyons Modius et plus tard S. Jean de Damas, S. Justin avait encore composé un livre sur la Résurrection. Éditions. — La première édition grecque fut publiée par Robert Etienne, en 1551; mais elle est incomplète. Vers le même temps, nouvelle édition parFred. Sylburg, avec traduction latine par Lang, plusieurs tables de matières et remarques (Ueidelberg, 1590); édition réimprimée à Paris en 1615 et 1656, avec l'addition des œuvres d'Athéna- «ore, de Théophile d'Antioche, de Tatien et d'Hermias. L'édition de Cologne, 1686 (proprement de Wiltemberg), contient nussi les commentaires de Korthold sur les susdits apologistes, déjà imprimée à Kiel en 1675. Dom Maran fit mieux que fous ses prédécesseurs : il donna un teite coilationné sur plusieurs manuscrits et éclairé par d'excellentes notes. La préface contient en outre de profondes recherches concernant, soit la critique, soit l'explication des passages difQci les, non-seulement de S. Justin, mais encore d'Athénagore, de Tatien, de Théophile et d'Hermias (Paris, 1742; Venise, 1747).

Divers éditeurs s^attachérent à quelques ouvra-

ges particuliers de S. Justin ; ainsi, Grabe publia à Oxford, en 1700, la première Apologie avec la traduction de Lang et les observations de Korthold. Trois ans après vinrent les deux discours aux Grecs, 1 écrit sur l'unité de Dieu, et la seconde Apologie avec les notes de Robert et Henri Etienne, de Grabe et d'autres. Ce travail est dû à Uutchin. Samuel Jebb se chargea des dialogues de S. Justin (Londres, 1719), avec un certain luxe typographique. JeanThirleby fit paraître à Londres, en 1722, les deux Apologies, avec des remarques de lui-même et de divers commentateurs. Thalemann publia aussi les deux Apologies, mais en grec seulement, d'après le texte de Grabe, avec de nouvelles notes (Leipsig, 1755). Le texte de l'édition de Paris de Dom Maran fut publié aussi à Wurtzbourg, en 1777, en trois volumes, mais sans notes; on le trouve encore dans la Bibliothèque des anciens pères de Galland.

La meilleure des traductions de S. Justin est celle de Jean Lang(Bâle, 1505, 3 vol.). C'est celle dont on s'est servi dans toutes les éditions subséquentes. Toutefois elle n'est parfaite ni pour le sens, ni pour l'expression (Mœhl. i. p. 274 suiv.).

2* Tatien. — Assyrien de naissance, Tatien voulut étudier la littérature et la mythologie de la Grèce et de Rome (Tatien. Contr. Grœc. xlii. 55); il se lit même initier aux mystères des Grecs {Ib. xxix). Mais il ne trouva pas là ce qu'il cherchait : son avidité d'apprendre avait besom d'un aliment plus solide. Providentiellement, il fît connaissance avec les livres des chrétiens, et avec un de leurs plus grands docteurs, S. Justin, dont il devint le disciple, d'après S. Irénee (Adv, hœres, i. 28, n. 1). Mais après la mort de son maître il retourna eu Orient et tomba dans les erreurs des gnostiques, et notamment des valentiniens. 11 devint même le fondateur d'une nouvelle secte, les encratites, qui regardaient le mariage comme un concubinage et s'abstenaient de viande et de vhi.

Tatien est auteur d'un écrit apologétique intitulé : Discours contre les gentils^ wpèç ''EXXriVfc;, composé vers Tan 172, alors qu'il appartenait encore à l'Église catholique. On n'y trouve aucun des principes gnostiques dualistes qu'il adopta plus tard. Cependant, déjà travaillé par les principes valentiniens, contre lesquels il luttait peut-être encore intérieurement, il a imprimé à son ouvrage un certain cachet d'hésitation et d'irrésolution fatigante.

Devenu gnostique, Tatien publia encore d'autres écrits, que S. Jérôme assure avoir été innombrables (Script, eccl.j xxix), mais qui sont perdus pour nous. Quelques passages de ces œuvres nous ont été conservés dans divers écrivains ecclésiastiques, particulièrement dans les œuvres de S. Clément d'Alexandrie (Strom., ni, 12).

Éditions. —La première édition de l'Apologie de Tatien est due à Jean Priscus, qui la publia en grec à Zurich, en 1546, avec l'écrit d'Antoine Mehssaet les sentences de Maxime. Conrad Gesner eu donna, la même année et dans la même ville, une traduc-

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tion latine qui a été réimprimée dans la Bibliothèque des Pères (Paris, 4575, 1589, 1610; Cologne, 4618; Lyon, 1677). Le même texte grec, avec la traduction de Gesner en regard, a été réimprimé plusieurs fois depuis : à Bàle, en 4555, dans VOr^ ihadoxographie de S. Uérold ; à Paris, dans ÏAuctuarium PP. y avec notes de Fronton Le Duc ; puis dans les éditions de S. Justin (Paris, 1615, 1656, et Cologne, 168d), avec les remarques de Korlliold. L'édition de Wortli (Oxford, 1700), surpasse à tous égards les précédentes ; ce savant améliora la traduction de Gesner, y ajouta des variantes tirées de trois nouveaux manuscrits, et divisa Pouvrage en chapitres. Enfin, en 1742, TApologie de Tatien parut dans rédition de S. Justin par Dom Maran, dont nous avons déjà parlé. Sa rédaction a été adoptée dans la Bibliothèque des anciens Pères de Galland, et une réimpression in-8*aété faite àWurtzbourg, en 1788 (Mœhl. i. p. 289).

3* Alhénagore. — La biographie d'Athénagore est pleine d'obscurités, ou, pour mieux dire, les éléments n'en existent nulle part. Nous savons seulement qu'il est auteur d'une apologie qui est arrivée jusqu'à nous, et qui est bien supérieure à celle de Tatien. Il passe pour avoir été directeur de l'école des catéchistes d'Alexandrie.

L'Apologie d'Athénagore fut présentée, vers l'an 177, à Marc-Aurèle et à son fils Commode. Elle est intitulée : Legaiio pro christianh, «psoêsta «eai xp*«"t*vâ>v. Il y rappelle et réfute victorieusement les trois plus atroces calomnies intentées aux chrétiens : l'athéisme, l'inceste, les festins de Thyeste (V, Tart. Calomnies, 2« A, B et Tari. Noms des premiers chrétiens, I, 2, Noms injurieux, i"),

Athénagore composa encore un ouvrage sur la Résurrection des morts^ qui ne le cède en rien au précédent, et le surpasse même sous plusieurs rapports. C'est un des traités les plus forts que l'antiquité nous ait laissés sur cette importante matière. 11 ne se contente pas de repousser les attaques des ennemis de la foi, il expose encore avec une grande netteté, quand l'occasion s'en présente, les dogmes de la religion chrétienne.

Éditions, ^kxani même la publication de l'Apologie, George Valla publia à Venise, en 1498, une traduction latine de l'écrit sur la résurrection des morts. Mais la première édition grecque-latine fut donnée par Pierre Nannius (Paris et Louvain, 4541 , in-4», et réimprimée à Bàle, en 1550, et parmi les Orlhodoxographes, 1555, in-f"). L'Apologie a été mise en latin par trois traducteurs différents : Gesner (Zurich, 1557; Bàle, 1558); Lanz, dansson édition de Saint -Justin (Bàle, 1565), et enfin par Suffridius Pétri, avec beaucoup de notes (Cologne, 4567, in-8*). Les deux écrits furent insérés avec la version de Gesner dans les collections des Pères de Paris, Lyon et Cologne. — L'Apologie et e traité De resurrectione parurent en grec et en lain, avec des notes rédigées par H. Etienne (Paris, 4557, Zurich, 1559 1560), dans VAuctuarium Bibl. PP. (Paris, 1624), et dans les éditions de S. Justin

(1615, 1636, 1686). A Oxford, l'évèque Fell en publia une édition in-12, avec de courtes notes, en 1682 ; Leipzig, 1684, 4685, avec des notes de Reclienberg. Dans toutes ces éditions, on a couservé la traduction latine de Gesner, excepté dans la dernière. L'édition d'Ed. Dechair (Oxford, 1706| est bien supérieure aux précédentes; il rectifia le texte d'après de nouveaux manuscrits et y ajouta des variantes et d'excellentes notes des anciâis commentateurs. Dom Maran, dans sou édition de S. Justin, a donné aussi ces deux écrits revus avec un soin extrême (Paris, 1742; Venise, 1747). Il a surtout amélioré de beaucoup la version de Gesner, collationné le texte sur d'autres inanuscnls et éclairci les passages les plus dirficiles par de savantes notes. On le trouve aussi dans le troisième volume de l'édition des œuvres polémiquer des Pères (Wurtzbourg, 4777), mais sans noies. L'Apologie seule a été imprimée parGotll. Lindner (Langensalza, 4774), avec des éclaircissements fort étendus (Mœhl. i. p. 506].

4- S. Théophile d^Aniioche, — S. Tliéopliile fut évèque d'Antioche vers l'an 168 ; il fut le sixième dans la succession apostolique (Kuseb. Hitt, eccl. it. 24). Ce grand évèque, non moins remarquable par son zèle pour la foi que par sa science, a laissé un ouvrage intitulé : Trois livres à Autolyau,(\w Eusèbe et S. Jérôme placent en tête de ses œu\re> (Euseb. Hist, eccl. i. c— Hieron de Script, c. m.)

Cet Autolycus était un païen qui avait attaqué les dogmes du christianisme d'une manière à la fois savante et spirituelle. Dans son premier livre, Théophile délend la croyance chrétienne à l'égard de Dieu qu* Autolycus avait cherdié à rendre ridicule. Les deux autres livres ont pour but de prouver la fausseté de la religion païenne et mythologique.

On admire surtout dans S. Théophile une connaissance approfondie de ]a littérature et de l'histoire des Grecs : c'est ce qui rend surtout regrettable la perte d'autres ouvrages qu'il avait composés, et dont nous n'avons plus la liste exacte. Nous savons seulement par Eusèbe et S. Jérôme que dans le nombre se trouvait un livre contre Narcion, un contre Uermogènes, et quelques petit« traités sur les vérités de la religion chrétienne, et un commentaire sur les Évangiles et les Proverbes de Salomon, ouvrage d'une authenticité moins certaine (Hieron. de Script, eccl. c. xxv.— Euseb. Hist. eccl. 1. IV. 2). Il parait, encore d'après S. Jérôme (ad Algasiam. ep. 121.), que ThéofAiie avait composé une harmonie des Evangiles.

Éditions.^ La première édition grecque des tM> livres à Autolycus est celle de Conrad Gesner ; ék contient le texte tel que Jean Frisius l'avait copié sur le manuscrit arlenien à Venise : elle parut à Zurich en 1546, in-f^, avec l'Apologie de Tatien. récrit d'Antoine Métissa et les sentences de Uaiim*^: la même année, Conrad Clauser en publia une version latine qui passa dans la Bibliothèque de$ Pères, de Paris, Cologne et Lyon. La première fo» que le texte fut publié avec la Iraduclion lâtiDe en

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reiiard, ce fut parmi les Orthodoxographes de Jean Ilêrold [Bàle, 155Ô), et puis dans ïAuctuarium de la Bibliolliéque des Pères (Paris, 1624), avec des notes de Fronton Le Duc ; et enfin dans rédition des Œuvres de S. Justin (Paris 1015, 1656, Cologne, { 1086), avec les éclaircissements de Kortliold. Tou- I tes ces éditions laissaient beaucoup à désirer. Jean Fell d'Oxford se chargea d'en corriger les défauts. Il consulta un nouveau manuscrit de la bibliothèque Bodléienne, rectifia par son secours le texte, remplit les lacunes, améliora partout où illejugea uécessaire la traduction latine et éclaircit par de b(>ni)es notes les passages obscurs. Enfin il y ajouta encore une table chronologique. Cette édition parut à Oxford en 168i. Mais celle que Christopiie Wolf donna à Hambourg en 1 724, surpassa encore la précédente. Auparavant déjà, le professeur Scheigivig, de Gand, avait eu le projet de donner une meilleure édition des œuvres de S. Théophile ; il communiqua son travail préliminaire à Wolf, qui le réunit au sien et y joignit les noies de Le Duc, de Fell, de Korlhold, et des disbortations de Grabe, de Sonciet, de fiullus, etc. Dom lliran collationna les éditions précédentes avec le manuscrit de Paris, et par rapport au troisième livre, en fit une nouvelle traduction et y ajouta ses propres notes, ainsi que des fragments douvrages perdus de S. Théophile. Son travail parut dans Tédition des quatre plus anciens apologistes grecs (Paris, 1742 ; Venise, 1747). Cette dernière inïpression est trés-fautive. Galland se servit aussi de cette édition des bénédictins, mais en la collationnant avec Tanglaise de Fell et avec celle de Wolf. Le même texte de Dom Maran a été encore réimprimé dans l'édition de NYurtzlH)urgJ777(Mœhl.i.p. 326).

5' Hermias. — L'histoire ne nous apprend rien de ce personnage, auquel est attribué un écrit apologétique ayant pour titre : Irnsio geniilium philosophorum, Aiaaup{i.o; tûv 'Ë^cA^itXcao^ûv.Cen'est à proprement parler qu'un développement de la remarque de Tatien, que cet auteur semble avoir pris pour modèle : « Si tu adoptes les maximes de Platon, tu verras Ëpicure se dresser contre toi. Si tu suis Âristole, les partisans de Démocrile t'accableront d'injures (Lat. Contr. grœc. c. xv).

Éditions. — Cet écrit» infiniment précieux au point de vue de la polémique chrétienne, eut une première édition grecque-latine à Bâie en 1553, in-8;la traduction était de Raph. Seller; une seconde fut publiée, avec quelques écrits d'autres anciens Pères, à Zurich, 1560, par Gesner; celle de VAuctuarium (Paris,1624),par les soins de Fronton Le Duc, est plus correcte. Cet ouvrage fut encore publié avec les œuvres de S. Justin (Paris, 1615). L'édition d'Oxford, 1700, contient un texte corrigé et de bonnes notes de W. Worlh. Enfin Dom Maran donna, dans son édition de S. Justin, un texte soigné d'Hermias (Paris, 1742; Venise, 1746. 1768; Wurtzbourg, 1777). (Mœhl. i, p. 530.) 6* Quadralus, Aristides, Agnppa Cohior, Arh- Um de Pella. — Quadratus passe poui* avoir été

le disciple des apôtres (Uieron. De vir. c. xix) et Eusébe le compte au nombre des hommes du plus grand mérite qui suivirent immédiatement l'âge apostolique (Euseb. Hi»t. eccL v. 17).

Il fut évêque d'Athènes vers l'an 125. 11 remit en 126 un mémoire en faveur des chrétiens à l'empereur Hadrien qui était venu à Athènes pour se faire initier aux mystères d'Eleusis, et cette noble plaidoirie mit fm à la persécution (llieron. CaiaL xix). Il ne reste de cette Apologie qu'un fragment conservé par Eusèbe et où Quadratus explique la différence qui existe entre les miracles de Jésus-Christ et les effets du pouvoir des démons (Euseb. Eut. eccL vi. 23).

Quadratus eut pour contemporain Aristide, philosophe athénien, qui, en se faisant chrétien, conserva, comme S.Justin, le manteau de philosophe. Lui aussi présenta à Hadrien un mémoire, dans lequel il met à profit les écrits des philosophes euxmêmes pour justifier le christianisme (Hieron. ep. 83. ad. Magnum). Cette Apologie, qui, d'après Usuard (ad diem 31 aug. et 3 oc<o^.), aurait encore existé au huitième siècle, est aujourd'hui perdue. Agrippa, surnommé Castor, fut aussi le contemporain de ces deux apologistes. Pendant que ceux-ci défendaient fÉglisc contre les païens, Agrippa démasquait les manœuvres des hérétiques, notamment celles de Saturnin et de Basilide. Nous ne connaissons pas plus cet écrit que les précédents.

Peu après florissait un autre apologiste, mais son nom a eu peu de retentissement dans l'antiquité. C'est Ariston de Pella, qui composa un petit traité intitulé : Dispulatio Jasonis et Papisci. C'est un dialogue entre Jason, Juif converti au christianisme, et Papiscus, autre Juif d'Alexandrie qui attaque la vérité de la religion chrétienne avec toute l'opiniâtreté de sa nation. Jason remporte la victoire, et son interlocuteur se rend, croit et demande le baptême. Ce dialogue fut écrit en grec, mais un certain Celse le traduisit en latin. Nous n'en possédons ni le texte, ni la traduction, mais seulement répitre dédicatoire de cette traduction, adressée par Celse à un évêque du nom de Vigile, et sur lequel l'histoire se tait absolument.

7** S. Méliton de Sardes. — Méliton, évêque de Sardes en Lydie, vivait sous le règne de Harc-Auréle. Ce fut, au deuxième siècle, un des plus brillants flambeaux de l'Église d'Orient; Tertullien assure qu'il passait généralement pour prophète.

Ses ouvrages furent nombreux, témoin la liste qu'en ont donnée Eusèbe et S. Jérôme. Mais de tout cela il ne nous reste que quelques fragments. Dans le nombre, il y en avait un qui, en six livres, se composait d'extraits .du Nouveau Testament. Cet ouvrage dut sa grande réputation à la liste des livres canoniques de l'Ancien Testament qu'on y trouve, et qui est la première qui ait été dressée par un chrétien.

Méliton écrivit encore un livre sur la célébration de la Pâque, un livre d'instructions pour mener une vie vertueuse, un sur les prophètes, un sur

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rËglise, un sur le dimanelie, un sur la nature de riiomme, un sur la création, un sur la subordination des sens à la foi, un sur Tâme, le corps et Tesprit, un sur le bain du baptême, un sur la vérité, un sur la naissance de Jésus-Clirist, un sur la prédiction, un sur l'hospitalilé, un sur le démon, un sur la révélation de S. Jean, un sur le Verbe incarné.

Son ouvrage capital, et qui fut le dernier, est une magnifique Apologie, que Mélilon présenta vers Tan 170 à Marc-Âuréle et dont Eusébe nous a conservé un fragment (Hist. eccl. iv.20).

Anastase le Sinaïte nous a conservé les fragments de deux autres ouvrages omis par Eusèbe et S. Jérôme. L'un est intitulé : De Vincarnation du Christ^ repl axpxûgcb); XpiaTcû, et l^autre : tî; TÔ icaôc;. On les trouve Tun et Tautre dans Galland.

On citait au temps du pape Géicise un ouvrage de Méliton, que ce pontife rangea parmi les livres apocryplies : Mort de la bienheureuse Vierge Marie,

8" S. Denys de Corinlhe, — Ce fut, selon Eusébe (Chronic, ad. an. M. Aurei. \\), en 170 que Denys prit le gouvernement de l'É^'Iise de Corinthe ; il brilla dans TËglise grecque du même éclat que Méliton dans TÉglise orientale.

Il écrivit huit lettres qu'Eusèbe appelle catholiques; elles sont adressées à diverses communautés qui lui avaient demandé des conseils (Euseb. llist. ceci. IV. 23.) Il ne nous en reste que quelques fragments, qui font vivement regretter ce qui est perdu.

0* Claude Apollinaire d'Hiéraple. — C'est encore au règne de Marc-Aurèle, à l'an 170, que se rapporte le souvenir d'Apollinaire, évèque d'Uiéraple enPhrygie.il succéda, croit-on, à S. Abercius (Tillemout. Mém. eccl. n. 452).

Apollinaire fut regardé comme un des plus célèbres écrivains de son temps. Eusèbe eut sous les yeux plusieurs de ses ouvrages, et une liste ncompléte des autres (Hist, eccl, iv. 27). Dans le nombre est une Apologie adressée à Marc-Auréle et très-vantée par S. Jérôme (Catal. c. xxvi). Elle fut composée vers Tan 175 : il y est question de la victoire de l'empereur sur les Marcomans et les Quades et de la légion Fulminante (Euseb. Hist. eccl. v. 5. — V. l'art. Legio fulminatrix). Eusèbe cite encore d'Apollinaire cinq livres contre les hérétiques, deux sur la vérité, et trois contre les Juifs. Photius. (Cad. xiv) lui attribue un écrit sur la piété, et Théodore un ouvrage contre les sévériens, branche des encratites (Theod. Fab. Hœr. n. 21). On trouve dans le Chronicon paS" cale ou Alexandrinum la citation de deux passages d'un ouvrage de ce Père intitulé : De Paschate (Galland. Biblioth. i. 680).

Apollinaire combattit aussi Phérésie, notamment celle des montanistes, qui commençaient alors à lever la tête (Eusèbe. Hist. eccl. iv. 27).

Tous les auteurs qui ont parlé d'Apollinaire, entre autres Théodoret et Photius, s'accordent à louer sa science des Écritures et le bon goût qui distingue son style.

iC* Bardesanes et Harmonius, — Bardesanes naquit en Mésopotamie (Ilieron.Cato/. c. xxxni. Euseb. Hist. eccl. IV. 30). Il demeurait àEdesse; il fut néanmoins surnommé le Babylonien (liieron. Conir. h. vin. II. 29), parce que c'était probablement à Babylone qu'il avait acquis les vastes connaissances qui le distinguent. 11 était versé nou-seulemenl dans la langue syriaque, sa langue maternelle, mais il entendait le grec, et avait été initié à toutes les sciences des Chaldéens, les mathématiques et l'astronomie (Euseb. Prop. éd. i. c.)

Ferme dans la foi, d'abord jusqu a mérittr le titre de confesseur, il finit par se laisser entraîner dans les systèmes de Yalenlîn -, et plus tard, désabusé des rêveries de ce gnostique, il tomba dans d'autres erreurs. On assure qu'il inventa de nouveaux ordres d'éons (Epiphan. l. c); qu'il admettait deux principes suprêmes ; qu'en rejetant la véritable Incarnation de Jésus-Christ dans la Ste Vierge, il lui donnait un corps astérique (Theodorat. Ep . 445); qu'il soumettait l'homme à la fatalité, sinon quant à l'éme, du moins quant au corps (V. l'art. Abraxas).

Son iils liarmonius suivit son système, et renferma les erreurs de son père dans des hymnes et des cantiques, adaptés aux airs les plus en vopue parmi les Syriens, qui continuèrent à les chanter jusqu'au quatrième siècle, où elles furent remplacés par les compositions poétiques de S. Ephrem.

Du reste, Bardesanes fut un des écrivains les plus féconds de son siècle ; il composa, au dire de S. Jérôme, une quantité immense d'ouvri)g<?s (liieron. Catal, i. c— Euseb. iv. 30), surtout contre Marcion et contre presque toutes les hérésies qui surgirent à cette époque. On vantait par-dessus tout un dialogue contre l'astrologue Abibas, déJié à l'empereur Marc-Aurèle. Eusèbe en a conserve un fragment.

Bardesanes eût grandement édifié l'Église, s'il n'eût cédé aux séductions de l'orgueil et à l'ardeur de son imagination.

!!• Hégésippe. — Comme nous l'avons dit déjà, llégésippe fut le premier historien de TEglise. Juif de naissance, et appartenant à la communauté chrétienne de Jérusalem, il fil un voyage à Rome, du temps du pape Anicet, et visita en roule plusieurs Églises, entre autres celle de Corinthe et son évêque Primus. 11 resta à Rome jusqu'à la mort du pape Sotère en 176, et mourut eu 180, d'après la Chronique alexandrine.

Ce fut à Rome qu'il composa son histoire en cinq livres, depuis la mort de Jésus-Christ ju^qu à son temps (Euseb. i. c. — liieron. Catal.c. u"*- Nous savons par Eusèbe et Photius qu entre autres excellentes choses que contenait cette histoire, on y lisait avec intérêt le témoignage que, dans toutes les Églises qu'il a connues, il a trouvé la véntable tradition apostolique, conforme à celle de Jérusalem, berceau du christianisme (Euseb. Hid. ecci. IV. 22).

La perle de l'ouvrage d'Hégésippe est des pins regrettables ; il eût été d'une haute importance,

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non-seuiement pour le récil des faits relatifs aux origines de FÉglise, mais aussi pour Thistoire des dogmes. Grabe et Galland ont recueilli les fragments qui nous restent d*ilégé$ippe.

12' S. Iréîiée.— Irénée y\i le jour, vers Tan 140, en Abie Mineure, probablement à Smyrne, car c'est de Polycarpe, évoque de celle ville et disciple de TapôtreS. Jean, qu'il reçut, dans sa première jeunesse, l'enseignement du christianisme. Irénée avait aussi été instruit par d'autres hommes apostoliques, et en particulier par Papias. Tout dans ses écrits rappelle ses relations intimes avec les disciples des apôtres; il dit de lui-même : « Ce que j'ai entendu en ce temps-là (de Polycarpe) par la grâce de Dieu, je ne l'ai pas mis par écrit, mais je l'ai déposé dans mon cœur, el je Tai renouvelé, par la même grâce de Dieu, chaque jour avec simplicité. >

Son zèle, qui 1& poussa à prêcher aux peuples non encore convertis, l'amena dans notre Gaule, où Potliin, évèque de Lyon, avait déjà vu ses travaux couronnés de la bénédiction divine. Pothin l'ordonna prêtre; il reçut bientôt des martyrs de Lyon riionorable mission de porter par écrit au papeÉleuthère leur opinion au sujet des doctrines monlanislesqui cherchaient à séduire les habitants de la Gaule, après avoir échoué dans la ville éternelle. >ous avons cité ailleurs la lettre de recommandation dont il était porteur (V. Part. Leltres tcclésiattiques, I). Pendant son séjour à Rome, la perjiécution sévit à Lyon et emporta, avec de nombreuses victimes, l'évêque Pothin. Irénée fut sacré à sa place en 178.

C'était un temps d'orage pour PÉglise : d'un côté, les gnostiques et les montanistes jetaient l'ivraie dans le champ du Seigneur ; de l'autre, la paix intérieure était troublée par les disputes au sujet de la Pàque. Irénée réfuta les hérétiques et se posa en médiateur entre les évêques ; sa conduite à l'égard du pape Victor est particulièrement remarquable (V. Part. Pâques, I).

Rendu à son ministère, Irénée gagna en peu de temps la majeure partie de la ville de Lyon au christianisme : aussi, la persécution de Septime- Sévère étant venue, cette illustre Éghse donna au monde un spectacle admirable. Des flots de sang coulèrent dans la ville, et Irénée partagea le sort de ses ouailles ; il souffrit le martyre vers Pan

Un grand nombre d'écrits sont sortisde la plume de ce grand évoque ; mais de la. plupart il ne nous reste que les titres. Outre la lettre au pape Victor sur la célébration de la Pâque, il composa un écrit contre le prêtre Blastus, intitulé : Du schisme, wepl cxÎTtxaTcç ; il adressa aussi des lettres à un prêtre de Rome nommé Flavinus (Euseb. Hist. eccL i. c), qui, abandonnant la doctrine de S. Polycarpe dont il avait été le disciple, avait adopté les principes gnostiques. Il avait encore composé un ouvrage sur le paganisme, Xo-j^o; wpb; "EXkmv.u et une exposition de la tradition catholique adressée à son frère Martin. Eusèbe compte aussi Irénée

parmi ceux qui ont combattu Marcion. S. Maxime avait connaissance d'un autre ouvrage intitulé : De la foi, adressé à un diacre de Vienne nommé Déraétrius.

De tout cela il ne reste rien ; mais nous sommes assez heureux pour posséder le principal ouvrage d'Irénée, celui qu'il composa contre les hérétiques, et que, d'après S. Jérôme, on cite sous le titre de : Advenus hœreses. Cet ouvrage est le plus ancien, le plus complet, et en môme temps le plus profond qui ait été composé sur ce sujet, et celui où les apologistes suivants ont puisé comme dans une source généralement approuvée. L'époque de sa publication tombe dans les vingt dernières années du deuxième siècle. Bien que Pouvrage ait été composé en grec, son texte original, par une circonstance incompréhensible, est presque entièrement perdu, et il ne nous eu reste qu'une traduction latine. Celle-ci est néanmoins d'une très-haute antiquité, et fut peut-être faite sous les yeux d'Irénée lui-même. Elle est du reste fort barbare et pleine d'héllénismes, ce qui. d'une autre part, est une garantie de fidélité. Les Pères grecs nous ont conservé plusieurs passages de l'original, dont quelques-uns fort étendus : ils attestent l'exactitude de la version latine. S. Épiphane, dans son ouvrage sur les hérésies, a copié le premier livre presque en entier; d'autres fragments se trouvent dans Eusèbe, Théodorel, S. Jean de Damas, etc.

Cet ouvrage a échappé à toutes les critiques qui ont cherché à en entamer l'authenticité.

Érfiïton*. — La première fui publiée par Érasme (Bâle, 1526), d'après trois manuscrits différents, dont un romain. Elle fut réimprimée plusieurs fois par Frobenius en 1528, 1534, 1548, 1554, 1560, in-P;à Paris, 1528, 1545 in-i%- et une jolie édition en fut faite in-S** en 1563. Ce premier essai ne fut pas trèa-heureux ; on y rencontre partout des lacunes et des fautes de toute espèce. Lesdeux éditions suivantes des calvinistes Nicolas Gallasius (Genève, 1570) et Grynaeus (Bàle,1571), ne sont pas beaucoup meilleures. Le premier ne fit qu'y ajouter quelques notes, et le second remplaça l'ancienne traduction de la partie du premier livre dont S. Épiphane nous a conservé le texte grec, par une nouvelle de Jonas Cornarhis. Le travail de Feuardent (François), publié à Cologne en 1596 et réimprimé en 1625, 1030 (Paris, 1639, 1675, inf), est infiniment supérieur aux autres. Cet éditeur avait pu collationner le texte avec un manuscrit du Vatican; il compléta les cinq derniers chapitres qui avaient manqué jusqu'alors, et ajouta quelques fragments du texte grec, ainsi que des notes de J. Bill et de Fronton Le Duc. Cette édition laissait pourtant encore beaucoup à désirer. Ernest Grabe en entreprit donc une nouvelle, qui parut à Oxford en 1702, et qui peut passer pour superbe quant à la partie typographique. Il rassembla les variantes, les fragments grecs et les notes avec une abondance qui touche à la prodigalité. Mais la division du texte n'est pas toujours heureuse, tan-

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dis que sa parlialilé pour le système des puritains dont il faisait partie, Tentraine souvent dans des interprétations inexactes. Dom Hassuet surpassa tous ceux qui l'avaient précédé. 11 rectifia le texte en le collationnant avec trois nouveaux manuscritSi recueillit les fragments grecs, éclaircil le texte par des notes succinctes, entreprit une nouvelle division en chapitres et en paragraphes, précédés de sommaires, en indiquant en marge Tancienne division. Le second tome contient les dissertations sur les divers systèmes des hérétiques dont il est question dans l'ouvrage, sur la vie et les écrits d'Irénée, et enfin sur sa doctrine. L'ouvrage se termine par le recueil des notes des anciens éditeurs; ce travail offre le parfait modèle d'une édition critique. Il parut à Paris en 1710, et fut réimprimé à Vienne en 1 754. Celte dernière édition contient aussi les fragments de Pfaff et la polémique à leur sujet avec Scipion Maiïei. Le texte de Massuet se trouve aussi dans Tédition de Wurtzbourg et Bamberg, 4785 (Mœhl. i. p. 422).

i^'MUtiade, Modeste, Mtuanta^Rhodon, Maxime, — Les écrivains dont voici les noms sont des apologistes de récole de S.lrénée; on ne connaît malheureusement de leurs ouvrages que les titres.

Miltiade, que Tertullien (adv. Valent, v) appelle SophUta ecclesiarum à cause de Térudilion qu'il mit au service de la défense du christianisme, florissait dans la seconde moitié du deuxième biècle. Il écrivit un livre contre les montanistes, et deux autres ouvrages, aussi d'une tendance polémique, l'un contre les Juifs et l'autre contre les hérétiques. S. Jérôme prisait singulièrement ce dernier (Epist. 85 ad Magn.). Enfin, Miltiade écrivit encore une apologie du christianisme, qu'il adressa aux autorités temporelles, c'est-à-dire probablement aux gouverneurs romains dans les provinces (Uieron. Catal. i. 59).

Modeste écrivit principalement contre les marcionites (Euseb. Hist, eccl. iv. 25), et un traité contre les hérétiques en général qui fut connu de S. Jérôme.

On dut à Nusanus un ouvrage contre les encratites, qu'il dédia à ses frères tombés dans cette erreur, œuvre d'un grand renom en son temps (Euseb. Uist, eccl. iv. 28).

Rliodon, originaire d'Asie, vint à Rome pour étudier sous Talien; il sut toutefois, quand il le fallut, répudier et combattre les erreurs de son maître (Euseb. Uist. eccl, v. 15). Mais son principal ouvrage est dirigé contre les marcionites.

Vers le môme temps, sous Commode et sous Sévère, florissait Maxime. On ne sait pas au juste si c'était le môme qui gouvernait alors l'Église de Jérusalem. Il écrivit contre les marcionites un ouvrage en forme de dialogue philosophique sur l'origine du mal et sur la création de la matière. On en trouve un fragment dans le Philocalia d'Qrigène (c. xiv).

14* Cmq commentateurs : Pantœnus, Heraclite, Candide , Appion, Judas, ^ Le nombre des écrivains de cet ordre est restreinte cette époque, parce que

les hérésies se multipliant portaient naturellement les elTorts des auteurs ecclésiastiques vers la coairoverse.

Pantx*nus est le premier qui se soit fait remarquer sur le terrain de l'exégèse. D'après un passage un peu obscur de S. Clément d'Alexandrie [Strom. L. 1.), il aurait été originaire de Sicile et, dans sa jeunesse, adepte de la secte stoïcienne (llieron. Catal. c. 56). Mais, après avoir été initié au christianisme par un disciple des apôtres, il se livra à Tétude de TÉcriture sainte, et cela avec tant de succès, qu'il fut appelé à présider Técole des catéchistes d'Alexandrie, dont plusieurs même lui attribuent la création première (V. l'art. £0 les dans V antiquité chrétienne). Il accepta un peu plus tard la mission de prêcher l'évangile dans rinde ; il revint ensuite à Alexandrie, où il continua son enseignement jusqu'au règne de Caracalla, en 212. Outre des leçons orales, il composa plusieurs commentaires sur la Bible, dont il nous reste quelques petits fragments qu'IIalloii a recueillis (Halloix. Vit, Pantœn. p. 851).

Heraclite écrivait sous Commode et Sévère. Nous apprenons d'Eusèbe (Hist, eccl. v. 27) qu'il commenta les Épilres apostoliques, c*ebt4-dire celles de S. Paul.

Candide et Appion, qui appartiennent à la fm du deuxième siècle, écrivirent des commentaires sur l'Hexaméron, ou œuvre des six jours.

Judas, contemporain des précédents, compoy une dissertation sur les 70 semaines de Daniel, et un calcul chronologique sur l'empereur Sérére. en

15* Saint Sérapion, Victor, Polycrales, Théophile de Césarée, Palmas, Bacchylus. Ces écnTain> se sont fait surtout une réputation par leurs lettres : les intrigues des montanistes et les discussions au sujet de la célébration de la Pàqueenfont le sujet principal.

Sérapion était évoque d'Antioche vers l'an 190 Il écrivit une lettre où il est prouvé par l'aulorité de plusieurs Pères, et par l'accord de toutes le;; Églises, que la doctrine des montanistes est rejetée comme contraire à cell# des apôtres. Cette lettre est souscrite par plusieurs autres évèques, d'où on pourrait conclure qu'elle émanait d'un concile (Euseb. Hist. eccl. v. 19). Une seconde lettre était adressée à un certain Dominus, qui avait apostasie le christianisme pour se faire juif, lais ce qui est plus importait encore, c'est qu'il fut auteur d'un évangile apocryphe, intitulé ÉvançiU de S. Pierre. Ce livre ne fut pas trouvé irrèprocliable au point de vue de la doctrine ; mais il a cela de très-intéressant que, dans un fragment conserré par Eusèbe (Hist. eccl. vi 12), il établit que, dans l'opinion de l'Église primitive, le canon et la tradition étaient inséparables l'un de Taulre, et aussi de Tautorité de l'Église.

Victor Africain est rangé par S. Jérdme au nombre des écrivains ecclésiastiques. II monta sur le siège de Rome en 192, et fut le treizième pape, fl s'appliqua surlout«à terminer le différend relatif à

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la célébration de la Pâque (V. Tart. Pâques). Il écrivit diverses encycliques aux évèques pour les eognger à examiner c^tte aiïaire en commun et à lui (aire part de leurs opinions à cet égard. Il écrivit encore d'autres lettres sur le même sujet, ainsi que sur d'autres articles de foi (llieron. Catal, c. 31).

A la tète des évoques d'Asie qui s'opposaient aui conciliantes intentions de Victor, se trouvait Polycrates, évéque d'Ephèse. Il convoqua les évèqaes de la province et écrivit au pape Victor une lettre synodale du résultat de cette conférence (llieron. Calai, c. 45).

Au même temps vivait Théophile, évèque de Césarée en Palestine. Lui aussi convoqua un concile qui se déclara unanimement pour l'usage de Rome contre Polycrates. Eusébe donne la lettre qu'il écrivit à ct-tte occasion (HiH, eccL v. 25).

Dans le Pont, les évèques s'étaient aussi assemblés sous la présidence de Palmas, évèque d'Amas- Iris, pour régler la célébration de la Pàque. On attribuée Palmas la lettre écrite à cette occasion, et qui concorde avec l'avis de Victor (Euseb. Hi$i, ceci 17. 25). •

Baccbylus, évèque de Corinthe, et successeur de Denys, rédigea aussi, au nom des évèques d'A~ chaie, un écrit sur le même sujet, dont S. Jérôme fait un grand éloge (CalaL c. 44).

Les évèques de la Gaule, de l'Egypte et d'autres pays encore adressèrent des lettrés aux Ëglises. Tous se prononcèrent en faveur de la tradition apostolique conservée dans l'Église de Rome (Euseb.

T. ÏÔ).

16' Les Actes des martyrs constituent une branche importante de la littérature des trois premiers siècles, et nous ne devons pas les passer ici sous silence (V. l'art. Actes des Martyrs).

i' Actes de S. Ignace d^Antioche. — Les auteurs de ces actes étaient des compagnons de voyage du saint, mais on ignore leurs noms. Leur authenticité est à l'abri de toute contestation. Quelques auteurs néanmoins les ont suspectés ; mais le dominicain Mamaclii les a vengés avec la dernière évidence.

Éditions. — l'sher est le premier qui en ait décou vert et publié la version latine ([/)ndres, 1647); loriginal grec l'a été par Ruinart, 1 689, et puis dans la collection plus complète qu'il fit paraître à Amsterdam en 1713, et que Poiret publia avec des additions à Vérone, en 1791. Ces actes ont été plusieurs fois réimprimés après la première édition de Ruinart, par exemple dans le Spicilegium deGrabe, t. n (Oxford, 1699), et avec lesépitres de S. Ignace, par Smith (ibid, 1709), et enfin dans les recueils dlttig, de Le Clerc, de Galland,elc. (Mœhl. 1, p. 459).

Us actes suivants se trouvent dans les mêmes recueils.

'i* Actes de Sainte Symphorose et de ses fils. — - A l'occasion de l'inauguration d'un palais à Tibur, eu 120, l'empereur il adrien, ayant consulté les augures, tu mourir cette veuve avec ses sept fils, à cause de leur foi. Les actes de ce martyre, qui por-

tent toutes les marques de l'authencité, auraient eu pour auteur, d'après quelques manuscrits, Jules Africain, mais Taltribution est douteuse.

3* Actes de Sainte Félicité et de ses fils. — Sainte Félicité soufl'rit à Rome sous Antonin le Pieux, l'an 150 selon Ruinart, en l'an 164 selon Tillemont. Ses actes sont cités par S. Grégoire le Grand, par S. Pierre Ghrysologue et par Adon de Vienne, et leur authenticité est certaine.

4» Actes de S. Polycarpe. — Ceux-ci forment sous le rapport historique et dogmatique un des plus précieux monuments de cette époque. C'est une lettre encyclique écrite au nom de l'Église de Smyrne, pour rendre compte de la glorieuse mort de son évèque ; elle est adressée à TËglise de Philadelphie en particulier, et à toutes les Églises de la terre en général. Le nom de l'écrivain et celui de de la personne chargée de remettre la lettre sont marqués à la fin ; le premier s'appelait Évariste, le second Marc. S. Irénée en posséda un exemplaire qui, d'après un po<i-<cr}piiim, avait été copié parCaius. Eusébe la regardait comme si importante, quMl l'a insérée presque en entier dans son histoire.

Éditions. — Indépendamment des recueils cités plus haut, ces actes se trouvent aussi dans les Vies des Pères orientaux, par Ualloix, t. ii, et chez les Bollandistes, t. n. Dans le recueil de Ruinar t, ainsi que dans celui de Galland,on lit le texte grec avec une double traduction, l'une ancienne, Tautre moderne, par Cotelier (Uœhl. i, p. 440).

5' Actes de S. Poihin et de ses compagnons. — Les détails de ce martyre sont consignés dans une lettre admirable des serviteurs de Jésus-Christ, à Lyon et à Vienne, aux frères d'Asie et de Phrygie. L'auteur n'en est pas connu, mais on pense avec toute sorte de fondement que S. Irénée, qui travaillait avec tant d'ardeur à affermir l'union entre les Églises d'Orient et d'Occident, y eut une part considérable.

6* Actes de S. Justin. — Ces actes se trouvaient en grec dans le recueil de Siméon Métaphraste ; toutefois ils ne sont pas d'une authenticité incontestable. Le fond en est peut-être historiquement vrai, bien que Ton sente dans l'exécution que le rédacteur n'a pas été témoin oculaire des faits qu'il raconte. La grande simplicité du style fait juger que ces actes remontent à une très-haute antiquité.

Éditions. -^ Ils ont paru pour la première fois en une traduction latine du cardinal Sirlet, dans la vie des SS. Pères (Rome, 1558), t. ii, p. 2, de Lipoman. Papebroch donna le premier le texte grec d'après Siméon Métaphraste, dans les Actes des martyrs, juin, t. n, p. 20. Us passèrent de là dans le recueil deDom Ruinart, dans Galland, et dans l'édition des Œuvres de S. Justin par Dom Maran ; le meilleur travail qui ait été fait sur ces actes est celui de .Mazochi : Comment, in vet. mar* mor. Calend. Eccl. NeapoL, 1769 (Mœhl. i. p. 444).

TaoïsiàME PÉRIODE. — Écrivains ecclésiastiques DU TROISIÈME siÈCLEi — Jusqu^icî TÉglise

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catholique avait tiré presque exclusivement ses défenseurs des écoles païennes; c'était une source de faiblesse relative, dans des docteurs dont la science avait une base toute profane et qui avaient dû se former par les seules forces de leur génie à la défense des vérités de la foi; c'était de plus une cause de travestissements innombrables du dogme clirétiende la part des esprits légers qui puisaient leursplus déplorables erreurs dans la philosophie grecque dont ils ne pouvaient point secouer les chaînes.

Le troisième siècle vit s'opérer un immense progrès sous ce rapport : c'est alors que les grandes écoles chrétiennes furent fondées pour la plupart, et que celles qui existaient déjà furent améliorées et développées. Le plus célèbre et le plus important de tous ces instituts est celui d'Alexandrie (V. Tart. Écoles chrétiennes). Cette ville était alors le siège principal de la science et de rérudition grecques; un musée fondé par Ptolèmée Lagus (Strab. I, 17, § 8), et agrandi par Tibère (Sueton. in Tib, c. xxiv), y était entretenu aux frais de Tempereur. Là on enseignait toutes les connaissances humaines, et les étudiants, réunis dans une pension (Y. Mœhl. ii, p. 9), y achevaient leur éducation littéraire. Alexandrie était le lieu de réunion des savants vers lequel la jeunesser avide d'instruction, gravitait de toutes les provinces de Tempire.

Cet état de choses pouvait devenir dangereux au progrès du christianisme, ou bien au contraire du plus grand avantage si, en se faisant chrétien, un pareil établissement devenait Tobjet d'une louable émulation. C'est celte dernière supposition qui heureusement se réalisa. Alors à lienseignement du catéchisme, pour lequel un établissement existait déjà depuis longtemps à Alexandrie (Euseb. Hist. eccl.y V. 10), on joignit d'abord un cours raisonné de christianisme, et peu à peu l'enseignement général des sciences philosophiques.

Les avantages que l'Église retira de cette institution furent de la plus grande importance. Une foule de savants, d'évèques, de saints et de martyrs en sortirent, et telle fut la considération qu'elle inspirait, que les païens, après avoir plusieurs fois tenté de la détruire, en vinrent, vers la tin du troisième siècle, à prier S. Anatole, élève de la classe des catéchistes , d'accepter la succession d'Aristote à l'Académie d'Alexandrie.

Un des principaux résultats de cette révolution fut la naissance et le développement de la philosophie religieuse catholique, c'est-à-dire de la véritable gnose. Jusque-là les dogmes de la foi chrétienne n'avaient été exposés qu'historiquement ; on commença alors à en établir scientifiquement les données transmises par la tradition. Les services que les Pères de cette période rendirent à l'Église, en suivant celle voie, sont incontestables. Ils ne se bornèrent point à combattre avec tout le poids de leur autorité les païens et les hérétiques, mais ils exercèrent encore sur l'intérieur même de l'Ëglise l'influence la plus salutaire, en la puri-

fiant des erreurs qui s'y étaient glissées. Ce fut le résultat de leurs eflbrts pour coordonner les doctrines de la croyance chrétienne et en former un corps de système scientifique.

L'école des catéchistes d'Alexandrie donna encore aux études exégéliques une impulsion plus vire, et elles furent suivies sur une échelle plus vaste qu'elles ne Pavaient été jusqu'alors.

1- S. Clément d'Alexandrie (Titus Flavius Qemens) ouvre la liste des écrivains ecclésiastiques du troisième siècle. Né païen, il passa à la foi chrétienne à une époque qui n'est pas connue. 11 voyagea beaucoup pour s'instruire, et parvint à un degré de science et d'érudition vraiment incroyable. On compte, dans les tables des bonnes éditions de ce Père, et de celle de Potier en particulier, plii< de six cents auteurs cités dans ses ouvrages, chiffre prodigieux dont aucun auteur chrétien dere> premiers siècles n'a approché , et que le seul Athénée parmi les païens a dépassé.

Clément fut ordonné prêtre d'Alexandrie, en l'an 189; il succéda à Pantaenus dans la présidence de l'école des catéchistes, où il eut pour élèves Origèoe et S. Alexandre, qui devint évèque de Jérusalem (Euseb. Hist. eccl. vi-xiv).

Le premier de ses ouvrages a pour lilre : Xc--.; irp6Tpiirru9;, cohortatio ad gentes : c'est une exhortation aux gentils pour les engager à embrnsserla foi chrétienne.

Le second est le irai^a^wp';, Pœdagogut^ c 'eslà-dire le précepteur et le conducteur sur la voie du salul. 11 est destiné à ceux qui, ayant déjà acquis la foi, ont besoin d'être conduits à la pratique de la vie chrétienne. Cet écrit est divisé en trois livres, qui, d'après l'auteur lui-même, concernent trois choses différentes à considérer dans l'homme : les mœurs , les actions , les inclinations.

Le troisième ouvrage de S. Clément, dont le but est de conduire l'homme au plus haut point de l'enseignement chrétien, a pourtitreïT:waïTï,/f« Tapis A\ est divisé en huit livres, et c'est sanscoih (redit ce qui a paru à cette époque de plus important dans la littérature chrétienne. S. Clément explique lui-même son titre, qui au premier abord peut paraître singulier: « Ces livres ren fermentiez vérités chrétiennes mêlées aux doctrines de lJ philosophie ou plutôt couvertes et cachées par elles. comme le noyau est caché sous l'écorce des fruits. » Ce procédé avait pour but d'empêcher l'abus que l'on aurait pu faire de la doctrine dirétieniie; mais il faut convenir que le mélange n'est pas^aa^ quelque confusion.

Nous possédons de ce Père un quatrième ouvra^îe: Tiç é acÂ![oatvc; wXouotc;, quis dives talvelur? (. est le commentaire des paroles du pasteur : « il est plus facile à un chameau (ou à un câble) de passer par le trou d'un aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. • 11 y fait voir que les riciie>>« ne sont point un obstacle absolu à l'acquisition Ju ciel, et qu'elles peuvent même devenir un m-^n de salut.

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Plusieurs ouvrages de S. Clément sont perdus. Ce sont ses Hypotyposes ou Institutions, un écrit sur la célébration de la Pâque, de Paschate, un autre intitulé Canon ecclesiasticus. Il avait aussi composé des traités sur \e Jeûne, sur la Calomnie, sur la Patience. Il nous reste des fragments de deux dissertations sur la providence et sur VAme.

Enfin, S. Clément parle lui-même, dans ceux de ses ouvrages que nous possédons, de divers écrits qu'il avait achevés auparavant, tels que celui de h Continence (Pœdag. ii, 10), auxquels il avait à mettre la dernière main, ceux sur la Résurrection (Pœdag. ii, 20), sur les Anges (Strom. vi, p. 651), sur le Démon (Strom. iv, p. 507), sur les Prophètes [Strom. v, p. 531), etc.

liés œuvres faussement attribuées à S. Clément ^Kirtcnt les titres suivants : Excerpta ex scriptis Tkeodoti et doctrinâ, quœ orientalis vocatur^ ad Ulenlini tempora spectantis epitome; Eclogœ ex tcripturisProphetarum ; Adumhrationes in epistolas caiholicas. On trouve ces écrits apocryphes dans les éditions complètes de ce Père.

Éditions. — Quelques-unes ne contiennent que le texte grec, par exemple celle de Petrus Victorius, 1550, in-f*, d'après un manuscrit de la bibliothèqueMédicis deFlorence, et celle de Ferd. Sylburg (lieidelberg, 1593).— Une traduction latine, sans letexiegrecdu Logus protrepticus, du Pédagogue ei des Stromates parut à Florence, en 1551, chez Laurent Torretini. Les deux premiers eurent pour traducteur Gentien Hervet, chanoine de Reims, le troisième Cyriaque Slrozza. Les extraits de Théodole et les prophéties ne s'y trouvent point; cependant Uervet traduisit aussi les Stromates, et cette version, faite par lui seul, fut publiée à Bâle,en 1556, in-r% en 1560 et 1 566. Thomas Guarin, de Paris, la publia in-8*en 1560, puis in-P* en 1572, 1590, 1502, 1612. Les trois mêmes ouvrages, ainsi que le livre : Quisdives salvetur? les extraits des prophètes et le livre apocryphe Adumhrationes, furent recueillis dans la Bibliothèque des Pères (Lyon, i(i77, t. m). Quant à la traduction d*llervel, elle est dure, obscure, et souvent fautive pour le sens ; toutefois ceux qui essayèrent de la corriger ne furent pas beaucoup plus heureux.

La première édition grecque-latine fut publiée par Dan. lleinsius; il corrigea Uervet en plusieurs lieux et y joignit des remarques et celles de Sylburg, Leyde (1616, in-f"). Celte édition fut réimprimée à Paris, en 1621 et 1629, avec des notes de Fronton ilu Duc, et aussi en 1641 . Celte dernière édition fut suivie de celle de Cologne, 1688, qui est moins exacte et moins correcte que les précédentes. \ucune de ces éditions n'étant pleinement satisfaisante, Pévèque anglican Potter se chargea d'en faire une nouvelle : il traduisit de nouveau la Cohortatio ad génies, corrigea pour le reste la version d'Uervet, rassembla les fragments épars et les réunit aux autres ouvrages, même apocrypties (Oiford, 1715; réimpression plus exacte à Venise en 1757, puis en trois volumes in-8*, à AVurtzbourg, en 1778 et 1779).

L'ouvrage Quisdives salvetur? futd*abord découvert dans un manuscrit du Vatican, parmi les homélies d'Origène et annoncé comme l'œuvre de ce dernier par Ghisler. Matth. Cariophyle le traduisit et le fit reparaître à Lyon, en 1653, dans le t. m du Commentaire sur Jérémie. Cependant Fr. Combefis en publia une nouvelle version accompagnée de notes, et sous le nom de Clément, dans VAuciuarium noviss. Bibl. PP., 1. 1 (Paris, 1672), d'où elle passa dans la Bibliothèque des PP. de Lyon. D'autres éditions enrichies de notes furent publiées par J. Fell (Oxford, 1683) et Ittig (Leipzick, 1700).

Quant aux Excerpta ex Scriptis Theodoti, Uervet ne voulut point les traduire, parce que leur contenu le scandalisait. Combefis les traduisit, à la vérité ; mais, par la même raison, il s'abstint de publier son travail. Alb. Fabricius fut le premier qui les admit dans Biblioth, grœc. La version publiée par Potter avait été faite par Rob. Pearse, qui y avait joint de bonnes notes (Mœhl. n. 77).

2** Origène, surnommé Adamaniius, naquit à Alexandrie, en 185, de parents chrétiens. Son père Léonides fut son premier maître ; il étudia ensuite sous S. Clément d'Alexandrie, auquel il succéda à la tète de l'école caléchétique de cette ville (Euseb. Hist. eccl. vi, 19), oiî il brilla d'un vif éclat et rendit de signalés services à TÊglise. Ordonné prêtre à quarante ans par Alexandre, évêque de Jérusalem, il fuldépouillé.de sa chaire et exilé p»r Demetrius, à la juridiction duquel cette ordination irréguiière semblait vouloir le soustraire. 11 ouvrit alors à Césarée une école de science chrétienne qui rivalisa avec celle d'Alexandrie. Il fut emprisonné et torturé sous la persécution de Déce, en 250, et mourut à Tyr, en 254, à l'âge de soixanteneuf ans.

Aucun homme dans l'antiquité chrétienne ne surpassa Origène par les dons de l'esprit, par le zèle et la fécondité.

On range ordinairement ses écrits en cinq classes : ouvrages bibliques, apologétiques, dogmatiques, pratiques, correspondance.

A. Ouvrages bibliques. — Ils se subdivisent, 1* en critiques : tels sont VHexaple, qui est un tableau synoptique de six textes différents de l'Ancien Testament : le texte hébreu en caractères hébraïques, le même texte en cnractères grecs, la version d'Âquiln, celle de Symmaque, celle des Septante, celle de Théodotion. Ce travail avait pour but de mettre les chrétiens en état de juger de l'importance des différences qui existent entre le texte hébreu et la version des Septante admise dans l'Église chrétienne. Tel est encore le Tétraple, qui ne se compose que des versions des Septante, d'Aquila, de Symmnque et de Théodotion. 2* Exégétiques, qui comprennent les commentaires sur les diverses parties des Livres saints. 3" Parénétiques, c'est-à-dire des homélies ou discours moraux.

B. Ouvrages apologétiques, dont le plus important est celui qui a pour but la réfutation de Celse, philosophe de l'école d'Épicure. Il est divisé en huit

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