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drée avec de la raclure d'or et arrosée de parfums gluants auxquels la poudre s'attachait.
De quelques passages des Livres saints on infère que ce genre de luxe était aussi répandu chez les femmes dans Tantiquilé judaïque. On cite en particulier, pour cet objet, un passage d*isaîe (ni, 17) : DecahabU Domintu verlicem filiarum Sion et Dominus crinem earum nudabii; ce qui voudrait dire, si Ton admet la version de la vulgate par les théologiens de Louvain : « Le Seigneur déchevélera la tête des filles de Sion, et découvrira leurs perruques. » S. Paulin interprète ce verset dans le même sens, car il dit de ces lilles (Epithalam. in Julian. et Sam.)^ que, parce qu'elles ont grossi leur tête en y appliquant une multitude de cheveux étrangers, le Seigneur les couvrira de confusion en les rendant chauves :
Quaeque caput falsis cumulatum crinibus augeiit, Triste gèrent nado vcrtice calvitium.
Quant aux chrétiens, ils ne surent pas toujours se préserver de la contagion de la mode; ou du moins, en passant au christianisme, les païens n'abandonnaient pas facilement les coutumes de leur vie profane. Les chevelures longues et flottantes furent, surtout pour les femmes et dans tous les temps, un objet de vanité; et ici Tabus seul est blâmable, car S. Pnul avait dit (1 Cor, ii.) : « Si la femme nourrit sa chevelure, c'est sa gloire, parce que Us cheveux lui ont été donnés pour lui servir de voile » (V. Fart. Vêtements des premiers chré" tiens) Mais celles qui se trouvaient peu favorisées sous ce rapport, cherchaient naturellement à y suppléer par des moyens factices. Les Pères de l'Église censurent avec sévérité un tel luxe. Tertuliien notamment s'élève contre la coutume où étaient les femmes de tourmenter leur chevelure, c à laquelle elles ne laissaient pas de repos ; » Quid crinibus vestris quiescere non licet ? Et on ne saurait guère méconnaître l'abus des faux cheveux dans un passage {De cuUu fœmin. vu) où il parle o de certaines énormités de chevelures sutiles et textiles, » affigilis nescio quas enormitates sutilium alque texiilium capillamentorum, S. Jérôme, dans une lettre àMarcella (£7>i«^xxin), désigne ouvertement la manie de porter perruque chez les femmes qui, « à l'aide de cheveux étrangers, bâtissent sur leur tête un édifice postiche, » quœ capiilisalienis verlicem struunt.
Par contre, S. Grégoire de Nazianze (Orat. de laud. Gorgon.) fait un mérite à sa sœur Gorgonia de ne point porter de ces cheveux frisés, ni de ces perruques qui auraient déshonoré sa vénérable tête par leur déguisement : A'on illam aurum ornabat.,. non coma relorta et supposititia, quœ renerandum caput fraude sua ignominia afficeret. Ces perruques s'élevaient souvent en forme de tours ; c'est ce que les auteurs du temps ont appelé turrilum capilis ornamentum, — turriiam coronam, — vittam tunilam (Y. Thiers. Hist. des perruques^ p. 17). 11 en est question dans plusieurs passages du même Père, de S. Jérôme et
de S. Paulin. Ce dernier a ce distique on ne peut plus signiGcatif dans son poème Contranadierum omatus :
Aut implexarum stnie, tormenloque comarum Turritum §edea» mdificata caput.
Au temps de ces Pères, les hommes portaient aussi des perruques ; et S. Âstère, évèque d*Amasée en Cappadoce, au quatrième siècle, au nombre des folies qui avaient lieu aux calendes de janvier, signale les perruques dont les hommes couvraient leur tète comme les femmes, — more feminarum crobylum imponit (V. notre art. Janvier [Calendes de]). Le poète chrétien Rufus Festus Avienus, qui vivait sous Théodose, s'égaie aux dépens d'un cavalier chauve dont la perruque avait été enlevée par le vent (Carm. x. ^ Cf. Thiers, op, laud.y p. 18).
On rencontre Irès-fréquemraent dans les fresques et les sculptures des catacombes des dgures de femmes en prière ou assises à des festins, dont la chevelure, toujours abondante, ei*t accomodèe avec beaucoup d^artifice. Ces chevelures marquent leur époque et sont d'un grand secours pour la détermination de l'âge des monuments; d*un autre côté, elles ne prouvent rien contre la modestie et la simplicité des femmes chrétiennes, car il faut se souvenir que les personnes représentées en ces lieux' sont vues dans leur gloire, elles sont les épouses du Christ dans le ciel, et, à ce titre, les artistes leur ont prodigué les ornements et les parures les plus splendides.
PERSECUTIONS. — I. — La perséculion
commença pour l'Église chrétienne sur les lieux mêmes qui avaient été son berceau. Aussitôt aprè^ Tascension de Jésus-Christ, les Juifs prirent ombrage de ses progrès, et essayèrent de tous Irs moyens pour l'anéantir (Act. iv. v). « Depuis le> apôtres, dit Tertullien (Contr. Gnosiic. i), la synagogue n'a cessé d'être une source de iMirsé-Titions, » synagogam fontem persecuiionum ah opostolis. Ils l'attaquèrent d'abord par la calomnie, et bientôt par le glaive. Le diacre Etienne, ànw intrépide, plein de V Esprit-Saint, dont la parole enflammée convertissait les multitudes, en même temps que ses aumônes soulageaient leurs mi<èrf-s fut lapidé. Après la mort de ce premier martyr, les Juifs devinrent de plus en plus altérés du mi chrétien. On ne voyait, en Palestine et dans les contrées voisines, que des hommes et des f»'tnnjes traînés en prison par des satellites que les princes des prêtres envoyaient partout à leur reilierche. Saul mit toute l'ardeur de son âme au tervice des passions haineuses qui poursuivaient les chrétiens (Act. xxvi). Frappés de terreur, b fidèles se dispersèrent dans la Judée et la Sirnari^: {Act. vni), quelques-uns passèrent en Phénicie « dans les principales villes de la Syrie, d'autres s* dirigèrent vers l'Ile de Chypre.
Mais les apôtres se souvenant des promesses du Sauveur, loin de céder à l'orage, demeuréreoi
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à Jérusalem, prêts à répandre leur sang pour la loi dont le dépôt leur avait été confié. Saul luimême, miraculeusement appelé à la lumière de rËrangile, de persécuteur devint apôtre (Ad. yni), et bientôt après finit la persécution des Juifs contre les chrétiens. Cette paix dura jusqu*aux temps de l'empereur Claude. Mais, sous le règne de ce prince, liérode Agrippa ayant obtenu le royaume de Judée, et voulant donner satisfaction aui haines de ses nouveaux sujets qui n'étaient qu'assoupies, vers Fan 40 de Notre-Seigneur, fit trancher la tête de Jacques, frère de Jean (AcL xn), et jeter en prison S. Pierre, se réservant de le mettre à mort après la fête de Pâques. Le prince des apôtres fut délivré par une intervention divine, et le persécuteur, s'étant rendu à Césarée, y fut mangé par les vers.
Bien que, depuis la mort de Jacques et la délivrance de Pierre, nousn 'ayons aucune connaissance positive de nouvelles persécutions suscitées contre l'Eglise par les présidents de Palestine, jusqu^au martyre de l'autre Jacques, disciple du Sauveur et éréque de Jérusalem, nous lisons néanmoins dans les Actes que plusieurs fois, soit dans celte capitale (.4c/. xiii), soit ailleurs, les Juifs s'ameutèrent, contres. Paul prindpalement (Act.Jiy. xvi.seqq.), et Toulurent le mettre à mort. Annanus, grand prêtre des Juifs, voulant illustrer les débuts de K»n pontificat par quelque action d'éclat, assembla le sanhédrin, fit comparaître l'évèque de Jérusalem comme coupable d'impiété et le fit condamner à être lapidé. Jacques, selon le récit d'Hégésipe (Ap. Euseb. HisL eccl. ii. 23), fut précipité du haut du temple, et achevé à coups de levier par un foulon.
11. — Les pnïens ne tardèrent prs à imiter Pexemple des Juifs; et sans compter un certain nombre de persécutions partielles et locales qui furent l'effet immédiat de tumultes populaires (V. Jfamachi. Orig, Christ, t. i. p. 414). nous énumérerons rapidement celles qui, édictées par les empereurs, eurent un caractère officiel et des erffts plus ou moins généraux dans tout l'empire. On en compte, jusqu'à Constantin, dix principales. !• Persécution de Néron. Commencée l'an 64, elle dura quatre ans. Le prétexte de celte persécuiion fut l'iucendie de Rome, allumé par la fureur de Néron lui-même et dont il croyait rejeter ainsi l'odieux sur les chrétiens. La véritable cause de cet incendie était le désir qu'il nourrissait de donner son nom à la ville, après l'avoir reconstruite. Tacite a décrit (Annal, xxv. 44) les horribles supplices infligés aux fidèles par ce monstre, et dont le principal consistait à les enduire de matières résineuses et à les allumer en guise de flambeaux pour éclairer ses jardins pendant la nuit. Le martyrologe romain fait au 24 juin une mémoire générale de tous ces martyrs, disciples des apôtres. Ce fut la seconde année, c'est-à-dire en ^*\ que S. Pierre et S. Paul furent marlyribés. 11 est certain, en dépit de l'assertion contraire de quelques critiques, que cette per^êcution s'étendit
aux provinces, non pas au commencement, car, alors la persécution n'ayant pour prétexte avoué que l'incendie de la ville, il est évident que les chrétiens de Rome pouvaient seuls y être impliqués. Hais l'instruction de la cause les ayant déchargés de ce grief, on se rabattit sur l'accusation d'être les ennemis du genre humain. Dés lors il n'y avait plus de raison d'épargner les chrétiens des provinces (V. De* Rossi, Builet. 1865. p. 93). Les plus illustres martyrs que Ton puisse citer, sont, à Milan, S. GervaisetS. Protais, S. Nazaire et S. Celse, et probablement, à Ravenne, S. Vit.d; S. Hermagore et S. Fortunat à Aquilée, S. Polycèle à Saragosse, etc. C'est aussi dans cette persécution que dut souffrir l'évangéliste S. Marc, ainsi que Ste Thècle, puisqu'elle a toujours été regardée comme la première personne de son sexe qui ait subi le martyre.
2* Persécution de Domitien, de 94 à 96. Imitateur des vices de Néron, ce qui le fit appeler Néron par Juvénal (Satir. iv. 38), et avec plus d'énergie encore par Tertullien, « portion de Néron par la cruauté, » portio Neronis de crudelitate (Apol. v), après avoir accablé les chrétiens d'impôts exorbitants, il publia contre eux des édits sanguinaires. Ses plus illustres victimes furent Flavius Clemens, son cousin germain et personnage consulaire, qu'il fit mettre à mort en 95 (Sueton. Domit. xv), et S. Jean l'Évangélisle, qu'il fit jeter dans une chaudière d'huile bouillante, d'où celui-ci sortit sain et sauf (TerluU. Prœscript. xxxvi). On place communément à cette époque le martyre de S. André, de 8. Denys l'Aréopagite, de S. Onésime, converti par S. Paul, de S. Nicomède, prêtre de Rome (Y. Tillemont. i. 129), et celui de S. Antipas, à Pergame (Rolland, n april).
L'iiislorien llégésippe, cité par Eusébe (Hist, eccl. 1. III. cap. 32), rapporte un fait qu'on a peu remarqué au sujet des enfants de Jude, frère du Sauveur, comme parlent les Évangiles : c'est qu'ils confessèrent la foi chrétienne sous Domitien,et furent toujours honorés dans l'Église de Jérusalem, et comme parents du Sauveur, et comme martyrs.
3* Persécution de Trajan^ de 97 à i 16. 11 ne parait pas que ce prince ait publié de nouveaux édits contre les chrétiens, car ni Tertullien ni S. Méliton ne le mettent au nombre des persécuteurs. Il fit seulement connaître son aversion pour eux en diverses circonstances, et en particulier dans une réponse fort connue à Pline, dans laquelle il approuve la conduite de ce proconsul deBitliynie, qui, tout en rendant hommage à l'innocence des fidèles, envoyait néanmoins au sui>plice ceux qui refusaient d'apostasier. 11 n'en fallait pas davantage pour exciter contre eux la fureur des peuples et des magistrats. 11 faut observer que c'est là le premier acte qui ait décidément déclaré la religion chrétienne illicite. Jusque-là les fidèles, sauf pendant la durée dis deux premières persécutions, étaient restés dans le droit commun, et protégés par la tolérance des Césars.
On pourrait encore voir une des causes de la
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persécution de Trajan dans l'ayersion qu'il professait pour les corporations connues à Rome sous les noms de collegia^ corpora, sodalitia. Il put envisager comme telles les assembleras des chrétiens, et les redouter d'aulant plus qu'elles élaitnt secrètes. C'est sous Trajan que souffrirent S. Siméon de Jérusalem, S. Ignace d'Ânlioche, et probablement Sie Domitiile, nièce de Flavius Clemens. Celle persécution sévit particulièrement en Syrie et enBilliynie. Mais Eusèbe semble affirmer (m. 33) que, bien qu'elle ait été fort violente en beaucoup d'endroils, elle ne fut cependant pas universelle.
Grotius pense néanmoins (Ap. Ittig. Hist. eccL sec. n. p. 279) qu'elle fit couler plus de sang chrétien que celles de ^éron et de Domitien, parce qu'elle fut plus générale. Un fait isolé prouve surtout la violence de celte persécution : c'est le rapport que l'on dit avoir été adressé à Trajan par Tiberianus, gouverneur de la Palestine, et dans lequel celui-ci se plaignait de la triste besogne dont on l'avait chargé, lassé d*envoyer les chrétiens à la mort, bien plus que ceux-ci ne l'étaient d'y courir.
4' Persécution d'Hadrien, de 118 environ à 129. Elle fut trés-violente, au rapport de S. Jérôme (EpisL lxxxit), bien qu'elle ne vint d'aucun édit de ce prince, mais du désir des ennemis des chrétiens de flatter son penchant aveugle et exclusif pour les superstitions païennes, et sa haine pour tout ce qui était étranger (Spartian. Vit. Hadrian. p. ii. edil. 1620). On pense aussi que cette persécution put avoir pour cause les abominations des carpocratiens et de quelques autres hérétiques, qui furent découvertes au temps d'Hadrien, désordres que l'on attribua à tous les chrétiens indistinctement (Cyp. Diss, ii. c. 29). Le zèle si prononcé de ce prince pour les superstitions païennes n'y fut sans doute pas étranger. Ces dispositions, attestées par divers actes de sa vie, le sont aussi dans une inscription honorifique qui lui fut décernée au nom du sénat et du peuple romain : OB. INSIGNBM. ERGA. CAERIMOMIAS. PVBLIGAS.
cvRAM. AG. RELiGioNEM (Fabretli. 181. 629). 11 est permis de supposer ce zèle peu sincère chez un prince si éclairé, et que des vers composés dans ses derniers moments semblent accuser de sentiments assez peu religieux. Selon Baronius (Ad an, 150. § 4), cette persécution aurait été provoquée par une révolte des Juifs, que Ton confondait toujours avec les chrétiens.
Elle fut souvent interrompue, et définitivement arrêtée, pense-t-on (Ilieron. Epist, vni), par les éloquentes apologies de S. Quadrat et de S. Aristide (V. leurs notices à l'art. Pairologie), C'est sous Hadrien que souffrirent le pape S. Alexandre 1", avec les prêtres Eventius et Théodule, dont le tombeau a été retrouvé naguère sur la voie Nomentane; S. Eustache, avec Sle Théopiste, sa femme et leurs enfants Agape et Théopiste (Fronto. Calend. ii sept.)^ On pense que c'est aussi à cette époque que se place le martyre de Ste Séraphie et de Ste Sabine en Ombrie; celui de S. Symphorose et de ses sept enfants à Tivoli ; celui
de S. Marcius, évêque de Tortone en Lombardie, de S. Second à Asti (Bolland.. xvui apr,)-, etenûn celui de S. Antiloque, premier martyr de Itglise de Sardaigne (Baron, xni dec.), et d'autres encore. En Orient, on cite un grand nombre de martyrs, parmi lesquels brille Ste Zoé avec Hespère son mari et leurs enfants Cyriaque et Théodule (Bolland. Il mail).
5* Persécution de Marc-Aurèle^ de 161 à 118. Le nom d'Antonin donné par les anciens à Marc- Aurèle, principalement sur ses médailles, a fait souvent attribuer cette persécution à Anlonin le Pieux. Mamachi notamment est tombé dans celte confusion (V. Origin. Christ, i. p. 452). Ce qui a pu y donner lieu, c'est que S. Justin avait adressé à ce prince sa première Apologie ; mais bien que, sous son règne, des chrétiens aient été mis à mort dans les provinces en vertu de lois préexistantes, il est certain qu'il ne publia aucun êdil contre eux ; bien plus, faisant droit aux réclimalions de S. Justin, il écrivit en faveur des tuièW ; toute la province d'Asie , et aussi aux Athéniens, aux Thessaloniciens, à ceux de Larisse en Tliessatie et à tous les Grecs (Euseb. Uisi, ecciiw 26;. Marc- Aurèle était un prince doux et bon; il y eut néanmoins sous son rogne une violente persécution. On l'attribue en partie aux excitations des philosophes, auxquels cet empereur s'était imprudemment livré (Justin. ApoL i. p. 47.), et enprticulier de l'un d'eux nommé Crescens, qui lui, comme on le sait d'autre part, le principal instigateur des vexations et de Ja mort que bubil l'illustre apologiste S. Justin.
Il ne parait pas qu'il ait porté de nouvelles lois contre les chrétiens (Tertull. ApoL v), mais il ordonna l'application des anciennes. Cependant l'Église ne manqua pas alors de défenseurs, car, outre S. Justin qui adressa à Marc-Aïu^le sa seconde Apologie, il y eut encore S. Mtliton, S. Apollinaire d'Hiéraple, puis Athénagore et Miltiade qui écrivirent en sa faveur des traités pleins d'énergie (V. Tillemont. ii. p. 343-349 (Y. le? notices de ces apologistes à Fart. Pa(ro/o(/i^). M dans cette persécution que souffrirent l'apologiste S. Justin à Rome, Ste Félicité et ses sept enfanU. S. Polycarpe à Smyme, S, Pothin et ses cmj^ gnons à Lyon, et probablement S. Bénigne à Dijon, S. Speusique à Langres, S. Andocheprèsd'Aulun, S. Marcel à Chalon-sur-Saône, S. Yalérien à Tonnerre, etc. La persécution de 3Iaro-Auréle est li première qui ait sévi dans les Gaules.
6« Persécution de Sqfiitne-Sévère, deSOOàill. Au commencement, Sévère fut favorable aux chrétiens. Mais vers l'année 201, qui est la sixième de son règne, il s'éleva dans toutes les ÊgUset une violente tempête (V. Ad, MM. Scillil. Ruinarl. éd. Veron. p. 75), si violente, que beaucoup de cbrètienî crurent à l'avènement de l'Antéchrist (Eii^^»- Hist. eccl. VI. 7). D'abord la persécution avait fst son œuvre sans aucunes lois de Sévère, nwis en vertu des anciennes que remit en vigueur Plaulien, favori de Tempereur, qui gouvernait l'Italie pefi-
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dantque celui-ci était engagé dans une expédition contre les Parthes. On croit que c*est ators que fut martyrisé le pape Victor.
Le peuple romain, s'imaginant que les chrétiens étaient cause des malheurs publics, demandait souTent qu*on les exposât aux lions. Mais en 201, Fenipereur étant en Palestine, où il avait été appelé par une révolte des Juifs, défendit d*abord sous les peines les plus sévères à tous les sujets de l'empire de se faire ni juifs ni chrétiens (Sulp. Sev. II. 45), et bientôt après, soit qu'on ait donné plus d'extension à cetédit, soit qu'on en ait publié de nouveaux, il est certain que la persécution atteignit, et avec unecruaiité inouïe jusque-là, tous ceux qui appartenaient précédemment au christianisme (Euseb. n. 7. — Hieron. K. ilL ui). Elle fit d'illustres victimes dans toutes les provinces, elle en fit surtout un grand nombre à Alexandrie, nonseulement parmi les habitants de la ville, tels que Lèonide, père d'Origéne, mais parmi ceux de FÉgypte et de la Thébaîde qu'on y amenait pour les immoler (Euseb. v. 1). S. Clément d'Alexandrie avait vu de ses yeux les tortures infligées aux chrétiens sous ce régne, et il dit que les martyrs se succédaient comme les eaux de sources inépuisables {Strom, lib. ii. cap. 22. edit. Potter. p. 494). ^ Lyon fut dans la Gaule ce qu'Alexandrie fut en tgypie : elle vil alors martyriser dans ses murs S. irénée et ses nombreux compagnons. Ce fut aussi sous Sévère que souffrirent les douze célèbres martyrs Scillitains, et encore Ste Perpétue, et Ste Féliciié qu'il ne faut pas confondre avec celle qui fut couronnée soiis Marc-Aurèle. Cette persécution fit éclore les deu£ plus admirables Apologies de la foi chrétienne, celle de Tertullien et celle de Minucius Félix (V. Part. Patrologie).
^ Persécution de Maximin, 235 à 237. Maximin fut tout d'abord excité à persécuter les chrétiens par la haine qu'il avait vouée à son prédécesseur Sévère-Alexandre, qui les aimait (Euseb. vi. 28). LX)rient fournit aussi un prétexte de persécution, e'est-à-dire diverses calamités, et notamment de fréquents tremblements de terre, dont, selon la coutume, on rejeta la faute sur les chrétiens (Cypr. Ep. uxv). La persécution atteignit d*abord les évèques et tous ceux qui étaient appelés à prêcher Itvangile (Euseb. loc, laud,); elle s'étendit ensui'e à tous les fidèles. Elle ne fut pas générale, mais très-violente en certains endroits, en Cappadoce par exemple. Elle donna la couronne du martyre à plusieurs papes, particulièrement à S. Pontien et à S. Antère. On doit mettre encore au nombre des plus illustres qui souffrirent alors, Ambroise, cet ami d'Origène, qui eut une si grande part à ses travaux sur les Livres saints, et à qui le savant docteur d'Alexandrie dédia son traité Contre Celse. Ambroise avait été ordonné diacre, et Maximin, comme on sait, sévissait surtout contre les ministres de TÉglise. S. Jérôme (De viris illuêtr, lvi) rend à Ambroise ce glorieux témoignage « qu'il fut insigne par la gloire de la confession du nom du Seigneur, 1 confeuioniê daminicœ gloria insignis fuit.
8* Pei'êécution de Dèce, de 249 à 251. Par haine pour la mémoire de son prédécesseur Philippe, qui passe pour avoir été chrétien et qu'il avait mis à mort (Euseb. vi. 29), Dèce entreprit d'extirper le christianisme, déjà très-répandu. Les édits sanguinaires qu'il se hâta de publier aussitôt après son avènement au pouvoir portèrent la terreur et la mort dans toutes les parties de l'empire (Euseb. VI. 29). Une de ses premières victimes fut le pape Fabien, martyrisé le 20 janvier 250. S. Corneille, son successeur, obtint la même palme deux ans après. Les martyrs furent innombrables dans cette persécution ; les plus célèbres après ceux que nous avons cités sont : S. Saturnin, premier évèque de Toulouse; S. Babylas, évoque d'Ântioche; S. Alexandre, évèque de Jérusalem ; Ste Agathe, vierge à Catane. Nous ne devons pas omettre Origène, qui souffrit aussi sous Dèce toute sorte de tourments pour la foi, sans cependant avoir le bonheur de consommer son martyre, car les persécuteurs ne voulaient pas le faire mourir, mais le vaincre par la souffrance; il ne fut délivré que parla mort de Dèce, arrivée en 251. Comme ilaximin, ce persécuteur s'attachait surtout aux sommités de l'Église, aux pontifes, aux prêtres, aux plus illustres chrétiens. Il visait moins à faire des martyrs que des apostats, ce qui a fait dire à S. Cyprien (Epist. m) : Acerhissimos cruciatus , absque solatio mortis. Il avait inventé dans ce but des supplices inouïs jusque-là. Il ne réussit que trop malheureusement, et l'Église eut alors à déplorer bien des chutes (V. l'art. Lapsi).
On a placé communément en Lycie, sous la persécution de Dèce, le martyre de S. Christophe, qui est honoré le 9 mai chez les Grecs, et le 23 juillet chez les Latins.
Cette persécution eut cependant un excellent effet en Orient : ce fut elle qui détermina S. Paul à se soustraire à la mort par la fuite, et qui par conséquent peupla de pieux ermi^es les déserts de la Thébaîde.
9* Persécution de Yalérien. Au commencement de son règne, ce prince manifesta à l'égard des chrétiens des sentiments équitables {Euseb. vu. 10). Eusèbe dit môme (Hisl. ceci. lib. vu. c. iO) que beaucoup de fidèles faisaient partie de sa maison, qui, au témoignage de S. Denys d'Alexandrie, ressemblait à une église. Mais la cinquième année, c'est-à-dire en 267, Marcien, ennemi juré des fidèles, ayant capté sa confiance, changea complètement ces heureuses dispositions, et le détermina à persécuter l'Église. La tempête augmenta surtout en 258, date d'un nouvel édit de l'empereur. Ce fut alors que les papes S. Etienne et S. Sixte II à Rome, le diacre S. Laurent et peu après S. Cyprien à Carihage (Cypr. £/?«(. lxxx. lxxxii. et ap. Ruinarl. p. 171. Ad. S. Cyprian.), et non loin de Constantine, les chrétiens dont les noms sont inscrits dans une célèbre inscription tracée sur un rocher, et dont nous devons la connaissance à des officiers français, beaucoup d'autres en divers lieux, furent immolés pour la foi. Au même temps
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(Greg. Turon. HisU 1. 1. c. 30. i), un grand non^ bre de chrétiens furent mis à mort dans Jes Gaules par les Barbares.
Nous savons que Dodwel a prétendu limiter Ja persécution de Yalérien aux seuls pasteurs de l'Ëglise. Pour toute réponse à cette assertion, nous transcrirons les paroles suivantes que S. Gyprien écrivait à son clergé (EpiH. lxxyi) : c Suivant votre exemple, une nombreuse portion du peuple a confessé comme vous, et comme vous a été couronnée : exemplum vestrum iecula multiplex piebU portiOf confessa est vobiscum pariter^ et panier coronata est. » D'ailleurs les termes mêmes du décret donnent un démenti au docteur anglican.
En 259, alors que Yalérien fut pris par les Perses, Gallien qui, selon rhislorien Orose (vu. S2), aurait été épouvanté du terrible Jugement de Dieu sur son père, rendit la paix aux chrétiens ; mais Macrin, qui était maître de TËgypte, continua à vpxer les fidèles d'Alexandrie (Ëuseb. loc, laud.). il y eut aussi des martyrs sous Claude le Gothique, bien que ce prince n'eût publié aucun édit de persécution, et c'est à son règne que se rapporte, croit-on, la passion de Ste Sévère, dont le P. Lupi a illustré si savamment répitaphe(D»sert. et animadv. in nupcr invent. Severœ M. epi' taph. Panormi. i75i). Sous Aurèlien, il y eut aussi du sang chrétien répandu. C'est à ce règne que se rattache le martyre de Ste Mustiola de Chiusi, l'antique Clusium : celte martyre parait avoir été parente de Claude le Gothique (V. Cavedoni. Cimit. Chius). Après la mort de ce dernier, en 279, la république resta six mois sans maître. Cependant les préfets des provinces ne s'abstinrent pas, durant cet interrègne, d'immoler de nouvelles victimes (V. Pagi. Ad an. 260). C'est sous Aurèlien que se place le marljre de S. Denys, premier évèque de Paris, celui de S. Victor de Marseille, celui du pape Caius. L'apologiste Arnode (lorissait à la même époque (V. la notice à l'art. Patrolo(jie).
10* Penéatiion de Dioclélien et Maximien, de
303 à 510. Pendant les dix-huit premières années de Dioctétien, les chrétiens jouirent d'une paix relative, surtout en Orient ; il y eut cependant déjà en Occident un certain nombre de martyrs, parmi lesquels brillent au premier rang Maurice et sa légion Thébéenne, qui furent immolés, selon toute apparence, le 22 septembre 286, par Maximien, collèga» de Uioeictien. Ce fut en 303 seulement, et après de longues hésitations, qu'il céda aux instances du césar Galère, altéré du sang des chrétiens. Cependant son premier édil se borna à exclure les chrétiens de tous les bénéfices de la vie civile, à faire abattre les églises et brûler les Livres saints (Euseb. vin. 2). On sait que ce fut pour avoir refusé de livrer les livres de l'Église dont, en sa quahté de diacre, il avait la garde, que S. Vincent fut alors martyrisé à Valence, en Espagne. Peu après en vint un second et bientôt un troisième vouant à la prison et à la mort les évèques et les clercs seulement, et en
304 un quatrième qui étendait la persécution à
tous les chrétiens. Après Pabdication de Dioclétien, la persécution fut renouvelée par Maximien, en 312, et Licinius, dans les provinces en son pouvoir, la prolongea jusqu'en 315, au mépris du mémorable édit de tolérance que, conjointement avec Constantin, il avait publié à Milan en 313. Les martyrologes nomment un assez grand nombre de martyrs à cette époque, parmi lesquels on distingue surtout les quarante soldats qui souffrirent à Sébaste, en Arménie (ii man). Âpre; la mort de Licinius, Constantin, demeuré seul maître de Tempire, donna à TÉglise une paix qui ne fut plus guère troublée, et encore partiellement, que par P apostat Julien et par les empereurs ariens, Constance, Valens, etc.
Parmi les plus illustres martyrs de la persécution de Dioclétien on doit compter S. Sébastien, S. Pamphile, si connu par son zèle pour lascience, et probablement Ste Agnès.
Dioclétien eut le singulier honneur de donner son nom à une ère nouvelle. Même après ce qu'en ont écrit Baronius, Pelau, Noris, Tillemont,Scheltrate, etc., cette ère conservait encore quelque chose de vague, notamment eu ce qui concerne Pusage qu'en firent les chrétiens de l'Egypte et de PAbyssinie. Aujourd'hui, grâce aux études de Letronne sur les inscriptions grecques de llgjp'e, toute incertitude a cessé (V. Cavedoni. Lera dei martiri). Après avoir illustré trois inscriptions <te Philé dans la haute Egypte, datant des années \U et 169 de Têre de Dioclétien, il les fait suivre de deux dissertations, dont la seconde est intitulée : De Vorigine et du caractère de Vère de Diodd'un. Or de celte dernière il résulte : !• que le point de dépait de cette ère est la première année de lempire de Dioclélien, supputée à la manière des Égyptiens, et correspondant au 29 août 281 i;» Jésus-Christ; 2" que cette ère, imaginée et mi^et•n usage par les païens, sans doute à cause du zèle de ce prince pour le paganisme et de sa haine entre les chrétiens, fut ensuite adoptée par les li :les eux-mêmes, qui, pour en déguiser TorijiîH, la nommèrent ère des martyrs, appellation qui ne doit pas néanmoins être prise dans toute sa ngueur chronologique. Car nous avons \u qi»o li dixièrre persécution qui porte ienomdeW<»i> tien ne compte que de la dix-huitiéme ou fflèin* de la vingtième année de son empire, bienquti; ait eu des martyrs dès la première.
L'histoire des persécutions présente une foule de difticultés chronologiques et autres dont nous ne pouvions aborder la discussion dans ce rapide aperçu. Nous avons constamment suivi les opn nions le plus généralement reçues, et pris pour guides les auteurs les plus sûrs, entre autres Hannchi [Origin. et antiq. Christ, i. i. 1.2.c.8),el>ufîout les incomparables Mémoires de notre Tillerooot.
m. — A la vue de tant d'atrocités exercées cô»tre les chrétiens, on se demande si tous les prim^ persécuteurs étaient donc des hommes cruels;'?' aussitôt se présentent à Pesprit les noms des îmjan et des Marc-Aurèle. On peut yen ajouterd>
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très encore qui, bien qu'ils ne figurent pas dans la liste officielle et un peu arbitraire, il Tant Ta- Touer, des ennemis déclarés du nom chrétien, ont cependant répandu le sang de nos frères : ainsi, Yespasien et son fils Titus, qui avaient fait rechercher arec tant de rigueur les descendants de David, dont plusieurs avaient embrassé le christianisme, pour éteindre dans leurs personnes la race d«'s anciens rois. On se souvient aussi que S. Apollinaire de Ravenne avait souffert sous cet empereur (Usuard. ixu JuL) : Naialis beati ApoUinariê episcopifqui.,». êuh Vespasiano CiVêare, inter ipsa tiduim sibi mccedeniia tormenta, gloriosum marifrium coruummavit.
Ainsi Anlonin le Pieux. Si divers faits restent obscurs dans Thistoire de ce prince par son homonymie avec Marc-Aurè le, la persécution n*esl point contestable. Dodwel lui-même ne la nie pas, puisque, contrairement à tous les documents chronologiques, il place sous ce règne, non-seulement le martyre de S.Polycarpe, miis encore celui de S. Jnstin. Ainsi encore Sévère-Alexandre. I^s cruautés exercées sous ce prince trouvent de nombreux incrédules, à cause de son caractère bien connu de douceur et de justice. Hais tout s'explique, quand on réfléchit que cette persécution fut bien moins son œuvre personnelle que celle des jurisconsultes si puissants sous son règne, et qui, étant animés d'une haine implacable contre les lidéles, se prévalaient des lois existantes pour sévir contre eux. Maisencore est-on en droit de flétrir la cruelle faiblesse de Tempereur.
On pourrait en citer beaucoup d'autres.
Mais enfin, comment des hommes doués, de l'avis de tous, des qualités qui font les bons princes, furent-ils amenés à se montrer sévères et cruels envers les chrétiens ? On en peut assigner plusieurs causes.
D'abord la pression tyrannique des passions populaires. Dans leur haine stupide, les multitudes cherchaient à se dédommager des calamités dont elles étaient parfois accablées, en provoquant les mesures les plus acerbes contre des hommes auxquels elles les attribuaient ou feignaient de les attribuer, et des princes lâches ou pusillanimes ne demandaient pas mieux que de leur accorder cette diversion, t Ils pensent, dit TertuUien {Âpolog. il), que les chrétiens sont la cause de tous les malheurs publics, de toutes les souffrances du peuple. Si le Tibre monte jusqu'aux murailles, si 'e Nil ne monte pas sur les champs qui l'environnent, si le ciel tarit, si la terre s*ébranle, si la lamine, si la contagion paraissent, aussitôt on crie : Aux lions les chrétiens l ghristiaros ad leonbs.
peuxièmement, l'influence et les menées des philosophes. A partir du règne d'Hadrien surtout, beaucoup d'entre eux, animés d'une haine violente contre les chrétiens, poussaient sans cesse à poursuivre les lîdèles, et les masses populaires, et les sommités de la société romaine, et les chefs de l'empire. Outre Celse et Porphyre, on peut nomïner Arrien, Fronton, Lucien, Crescenl, Philo-
strate. Ces hommes ne pouvaient voir sans envie d'illustres chrétiens, profondément versés dans l'étude de la philosophie, revêtus, eux aussi, du manteau de philosophe, enseigner avec autorité des doctrines nouvelles, mettre à découvert les contradictions et l'inanité des leurs, et surtout flétrir leur cupidité et leur bassesse, leurs désordres monstrueux, comme le faisaient notamment S. Justin et son disciple Tatien.
Enfln, il ne faut pas oublier que les empereurs étaient revêtus de la dignité à^simverains pontifes, titre qui résumait tous les sacerdoces de la vieille Rome. Ce titre était fort considéré, et les empereurs en exerçaient volontiers les pouvoirs, même dans des choses qui peuvent paraître minimes. Pline consultait Trajan, ou recourait à son autorité comme souverain pontife, et ce prince lui répondait comme tel (Epist. x. 73. 74). C'est en qualité de souverain pontife que Domitien avait ordonné, suivant le rit antique, le supplice de plusieurs vestales qui avaient oublié leurs devoirs (Sueton. Domil, vni). Plus tard, Sévère-Alexandre flgurait, en vertu de ce même titre, dans les sacrifices solennels (Lamprid. Alexandr. xl).
On regardait ces fonctions comme si importantes et si essentiellement liées à la dignité impériale, que, lorsque Gratien y renonça, cet acte excita un grand mécontentement dans les sommités du paganisme (Y. Zosim. ix. 36).
Or, évidemment, ce souverain pontificat leur imposait la charge de protéger contre tout culte ennemi le culte qui était reconnu comme celui de l'empire. De plus il les mettait en relation intime, en communauté de cause avec les pontifes d'un ordre inférieur, les prêtres de toutes les classes, les divers collèges religieux, c'est-à-dire avec tout ce qu'il y avait dans la société romaine de plus hostile à la religion nouvelle, et qui devait nécessairement exercer sur eux une forte pression dans ce sens.
Ajoutons que beaucoup étaient affiliés à des collèges ou associations religieuses. Pour ne parler que d'une seule, mais qui était la plus importante, citons celle des Fratres anales, chargés spécialement de faire des sacrifices annuels pour la prospérité des récoltes. Les inscriptions recueillies dans le précieux ouvrage de Marini {Gli atii e monumenti deiFratelliarvali) nous y montrent Néron et même Trajan, malgré l'éloignement qu'il éprouvait pour ces sortes d'associations, Hadrien, Antonin, Marc- Aurèle, Septime-Sévère, Gordien, etc.
On sait que, de nos jours, M. Henzen a repris l'œuvre de Marini et découvert de nombreux fragments des actes de celte célèbre corporation.
PËTRONILLE (basilique de sainte). ~ La découverte de ce monument est un des événements archéologiques les plus considérables qui se soient produits depuis le commencement de la nouvelle ère d'exploration des catacombes romaines. £lle est due au zèle et à la sagacité deTillustre auteur de la Ronxa sotterranea crisliana : lui seul peut unos servir de guide dans la rapide esquisse que
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nous allons tracer des merveilleux résultats de ses recherches.
I. — A un mille et demi des murs de Rome, audessous d'une lerre connue dans les temps modernes sous le nom de Tor Marancia, entre la voie Ardéatine et la voie d'Ostie, règne une des plus vastes nécropoles chrétiennes du territoire suburbain. C'est ce qu'on appelle le cimetière de Domitille, parce qu'il est creusé sous le prœdium de Fia via Domililla, nièce de Tempereur Domitien. Bosio l'avait pris pour le cimetière de Callisle: mais il y a une vingtaine d'années que, d'après les données les plus sûres des topographes et des actes des martyrs, M. De' Rossi avait cru pouvoir lui restituer son véritable nom. ToutefoiSj pour changer en certitude les judicieuses conjectures du nouveau Bosio, une découverte était encore à faire, celle des monuments signalés dans les sources qui l'avaient mis sur la voie : nous voulons parler des lombeaux des saints éponymes du cimetière, Pètronille, et les cuhicularii de Domitille, Nérée etAclrillée, qui furent aussi les compagnons de son martyre. Sur la foi des actes de ces saints, actes d'une authenticité douteuse (ap. Bolland, t. n. maii), la vierge Pètronille, qui avait précédé ces martyres dans cet hypogée, avait passé pour la fille de S. Pierre, qualification qui lui est attribuée jusque dans la liste des ampoules de Monza au sixième siècle : filiœ sancti Pétri, y est-il dit (V. fart. Huiles iainies). Cependant les hagiographes et les critiques avaient toujours été d'avis que ceci ne pouvait s'entendre que d'une filiation spirituelle. Baronius va plus loin encore et observe que ce vocable de Pètronille est un cognomen dérivé, non pas de Petrus, mais de Petronius, qui était l'aïeul des Flavius Augustes et des Domitilles chrétiennes. L'épitaphe de son sarcophage portait AVRELiAE PETRORiLLAE. Or, la généalogie des Flavius s'ouvrant par un petro, on comprend aisément qu'une femme du nom de Petronilla fût issue de cette illustre race et tint à Domitille elle-même par les liens d'une parenté plus ou moins rapprochée (Bull. 1865. p. 22).
Quant au tombeau de notre vierge, il résulte des documents mentiomiés plus haut qu'il était placé 4ans une basilique occupant le point central du cimetière de Domitille. C'était donc là qu^on devait recherclier cet édifice; et en effet, au mois de mars 1854, c'estnà-dire dès le début des opérations de la Commission d'arcliéologie sacrée instituée par Pie IX, opérations dont le premier objet fut le déblaiement de ce même cimetière, l'édifice commença à se révéler par diverses constructions et d'autres indices auxquels le flair de l'archéoloi;ue exercé ne saurait se méprendre. Mais une revendication du propriétaire du sol vint arrêter les travaux, qui n'ont pu être repris qu'après un laps de vingt années, grâce à la généreuse initiative de Mgr Xavier de Mérode. Ce prélat, toujours empressé à favoriser les entreprises favorables à la religion et à la science, acheta de ses deniers le Taste Latifundium de Tor Marauda, ainsi que la
vigne voisine où s'ouvre l'entrée monumentale du cimetière des Flavius Clemens cliréliens, et les fouilles furent rouvertes en novembre 1873.
Nous ne pouvons songer à suivre le savant explorateur dans toutes les phases de sa découTerl«, nous en noterons du moins les points principaux. Successivement se montrèrent, au niveau du deuxième étage de la catacombe, des bases de colonnes, puis des pans de murs, des nefs, une abside, le tout dénotant un édifice de gigantesques proportions, presque égal en étendue à la basilique constantinienne de Saint-Laurent in agro Yerano. C'était bien là indubitablement l'église désignât^ par les documents ancieas sous le nom de Pètronille ou de Nérée-et-Acliillée, cet auguste sanctuaire où, au sixième siècle, S. Grégoire le Grand avait prononcé, en face des tombeaux de ces martyrs, une de ses plus mémorables homélies. Eu effet, une pierre fut trouvée sous l'aire de l'abside, où se lisait une partie de l'éloge historique des SS. Nérée et Achillée, composé au quatrième siècle parle pape Damase, et qu'il fut aisé de compléter à l'aide des copies conservées dans les aDcien> manuscrits, lesquels déterminent jusqu'à la place que l'épigraphe métrique damasienne occupait primitivement.
D'autres trouvailles sont venues graduellement établir avec un vrai luxe d'évidence Fidentilé du monument. C'est, en premier lieu, une colonne de marbre blanc, gisant dans la petite nef de droite. et faisant voir sur son fût le supplice d'un martyr sculpté en bas-relief avec l'inscription ACiatvf (pour Achilleus) en caractères du quatrième siècle. nom qui, on le comprend, n'est autre que celu. d' Achillée, l'un des deux martyrs, eunuques de Domitille ; un tronçon de marbre qui faisait sans doute partie de la colonne représentant le roarljit de Nérée, a été trouvé à une faible distance de l'autre, et l'on est en droit d'espérer que le fragment contenant le bas-relief et Tinscription kerivs se retrouvera aussi quelque jour.
M. De' Rossi suppose avec toute sorte de follement que nous avons ici deux des quatre colonnes qui soutenaient ieciborium recouvrant l'autel isole (V. le dessin de la colonne de S. Achillée à uotre art. Martyre [représentation du]),
La seconde découverte que nous avonsàsignaitr n'est ni moins intéressante, ni moins probante. C'est, au fond d'un cubiculum, une fresque indiquant, selon toute probabilité, le lieu où ét^'it placé le sarcophage de Pètronille, et représenianl deux figures en pied, dont l'une étend les bras en orante et l'autre tient sa main droite affectueusement appuyée sur l'épaule de la première. Pr« de la tête de celle-ci est inscrit son nom vekmu»*, avec la date de sa mort : DEPtmda vn low ux^^' RiAs ; la seconde n'est autre que Ste Pètronille. comme l'indique son nom légèrement altéré, ffî»- KELiA MARiyr. Le groupe figure la réccptioo * Veneranda au paradis par Pètronille, qu'elle arat sans doute prise pour sa patronne ou sa prNectrice (V. à notre art. Paradis une peinture anaJo-
l'tlil — c
gue à celle-ci el le leite expliquant cette pralique
del'iconograpliie clirélienne). On remarquera le
(ilredeiiurljre allribué ici à Sle Pélronille, bien
qu'iKun document ne porte qu'elle l'ait élé : c'esl
lue emur qui n'est pas sans exemple dans les
sndiuires suburbains, où l'on voit divers perso»-
niges el même des papes postérieurs au temps
des persécutions qualifiés par ce titre purement
knorilique. Voici un
troqiiis de la fresque
du ïeaeranda.