‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 229 sur 281 · I. — Les discours · texte numérisé non relu

I. — Les discours

1* Les discours adressés aux fidèles par les orateurs chrétiens furent appelés tour à tour, tractalus (Optât. Hilev. Contr. Parmen. 1. iv et passim. — Àmbros. Epist. xiv. Ad Marcellin. — Hieron. Ep. Lxv. etc.): ce nom s'appliquait surtout aux discours qui avaient pour objet l'explication de quelque passage de l'Écriture; — disputationes (Augustin Tract. Lxxxix. In Joan, — Hieron. Epist. xxu. Ad Etutoch. 15), qui désignait plus particulièrement les discussions des apôtres avec les Juifs ou les gentils, et plus tard celles des Pères avec les hérétiques; — doctrinœ, ^i^amoXiat: ce mot, qui exprime proprement l'exposition de la doctrine, fut employé de préférence par les Pères grecs ; les Latins donnèrent souvent le nom de docteurs à oeux qui se livraient à ce genre d'instruction (Augustin. Serm. cxxii. — Vincent. Lirin. Commonit. xxvu) ; — homiliœ^ du mot grec 6{iiXtai, équivalant aux sermones des Latins (A.ugustin. Enairat. in ps, Gxvui. Proœm , ) : c'étaient des instructions familières

et à la portée de toutes les intelligences; le mot adlocutionet ou locutiones, souvent employé par les Pères, a une signification vague et générique (Tertull. De anima, ix. — Greg. Ifagn. 1. vn. epitt.hî).

2* Avant de commencer son discours, le prédicateur traçait le signe de la croix sur son front. C'est assurément à cet usage que S. Methodias(0f Simeone et Anna) fait allusion, quand il appelle une de ces homélies natem sermonis crucit âgnaculo insignitam, « le navire du discours orné (oa muni) du signe de la croix. » Les Pères se munissaient surtout de ce signe sacré quand ils avaient à disputer avec les hérétiques (Gyrill. Uicrosol. Catech. xin). L'orateur prononçait ensuite une courte prière, à l'exemple de S. Paul : Sermm oratio débet anteire, dit S. Chrysoslome (Bomi xxxni), sic Paulus facit^ quum in exordiis ntontm episiolarum orat, c le discours doit être précédé de la prière : Paul en use ainsi quand il prie au début de ses épitres. • De là ces formules si fréquentes dans S. Augustin : Det nobis Domimu aperire mysteria (Adpsalm. xciet ciiin),—Donei mihi aliquid dignuni de se dicere, • qae le Seigneur nous doime d'ouvrir les mystères, > < qu'il me donne de dire quelque chose de digne de lui. • Il se recommandait aussi aux prières de ses auditeurs : Adjuvet Deus orationibus vestris, ut ea dicam qua oportel me dicere et vos audire, c que Dieu exauce vos prières, afin que je dise ce qu'il faut dire et ce que vous devez entendre. • L'orateur adressait de nouvelles prières à Dieu, pour implorer ses lumières, quand, dans le cours de son instructiou, il se présentait quelque question difïicile. Enfin il terminait ordinairement par une invocation à k Ste Trinité. Soient pour exemples, parmi les Grecs, S. Grégoire de Nazianze : In Christo Jesu Doaàno nostro, cui gloria et Patri cum Spiritu sancto îa sœcula sœculorum. Amen; et, parmi les Latins, S. Léon : Per Christum Dominum nostrum, ipùtit^ et régnât cum Pâtre et Spiritu sancto in sœala utculorum. Amen (V. Ferrari. De rit. S. conowi. cap. XXII.)

5* En certains lieux, le prédicateur débutait par le salut, Pax vobis, auquel le peuple répondait : Et cum spiritu tuo. C'est ce que les Constibdioni apostoliques appellent irpGapTiotv. S. Optât dit que celte formule était usitée en Afrique tant avar.l qu'après le sermon. Elle était quelquefois rtinplacée par celle-ci : Benedictus Deus, « Dieu soil béni,! » (Chrysost. HomiL iv. Ad Anlioch. pof-^ D'assez bonne heure l'usage s'établit de demander la bénédiction à l'évèque président. S. Chrysoslome atteste (HomiL ix. xi. etc.) que cela se pratiquait surtout dans les temps de grandes calamités ; et, chez les Grecs, nous trouvons souvent en tète des homélies des Pères et des Yies des Sainii cette formule : ioXo-pjffo^, «ârf p. — Benedic, fattr (Y. Ferrari, cap. n), f Bénissez, père, t

4» Avant la lecture de TÉcriture sainte qui pré cédait toujours l'instruction, les diacres, à rio-^ des lévites de l'ancienne loi (2 Ësdras. tul '\ imposaient silence au peuple (Chrysost. Bm. xn*

PRÉD

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In Ad, aposL — Greg. Turon. HUt. Franc, liv. iv. l jffop. fin. — bid. llispal. De eccL off. c. x. etc.), soit de la voix (Chrysost. Hom, xvii), soit de la main (Albin. Place. De divin, offic c. De celebr. mitt.), soit en agitant Vorarium, principalement dans les Églises orientales (Balsam. Ad can, xiii. iifnod, Laodic). Nous savons aussi que, avant de prendre la parole, Torateur lui-même réclamait le silence. Nous en avons plusieurs exemples dans les ÂcUi det apôtres : ainsi au douzième chapitre (Ters. i7), il est dit de S. Pierre: Annuens eis manu ut lacèrent, narravit, « leur faisant de la main signe de se taire, il raconta ; » au treizième chapitre (vers. i6): Surgen» autem Paulus, et manu tiientium indicene, ait,,,, t Paul se levant, et imposant silence de la main, parla ainsi. • Les orateurs, dans Tantiquité, imposaient silence à leur auditoire, tantôt par ce petit bruit aigu qu'on obtient par la pression du pouce sur le médius, tantôt en élevant Findex et le médius, comme pour la bé< nédiction laline, tantôt en étendant la n;ain entière avec dignité : Tune Paulus, extenta manu, cœpit raiionemreddere (Act. xxvi. i), « alors Paul, étendant la main, commença sa justillcation (devant Agrippa). »

5* Ordinairement, le prédicateur énonçait, dès le début de son discours, le sujet qu'il allait traiter (Chrysost. De Laxar, m) ; quelquefois on annonçait plusieurs jours à l'avance soit le sujet lui-même, soit encore le texte qu'on se proposait de développer (Id. Homil. X In c,\ Joan.). En montant au lieu d'où il devait prêcher, l'orateur portait à la main le livre saint, afin de lire ou de faire lire son texte par le lecteur, texte qui devait toujours avoir rapport au temps ou à la fête ; il quittait le livre et le reprenait alternativement quand il avait quelque nouveau passage à citer. Les Pères prêchaient quelquefois ex abrupto sur le texte qui se présentait à l'ouverture du livre. C'est ce qui arrivait souvent à S. Augustin, qui acceptait ce texte comme une inspiration divine (Homil. xxvii. 1. 50) : Aiiquid de pœnitentia dicere divinitus jubemur, « il nous est divinement enjoint de vous dire quelque chose de la pénitence; » el ailleurs (Serm, Lziii) : Ab illo {Domino) expectavit cor meum jussioncm proferendi termonis^ « mon cœur a attendu du Seigneur l'ordre de vous adresser ce discours. » Origène improvisa aussi, mais seulement après sa soixantième année (Euseb. vi. 36). S. Chrysoslome n'osa aborder cette périlleuse méthode que dans des cas tout à fait urgents (Sozom. vin. 49), coactus ex tempore habuit rationem. Nous savons aussi par plusieurs de ses homélies qu'il lui arrivait souvent de s'interrompre pour suivre une inspiration soudaine, ou pour répondre aux exigences de quelque incident imprévu (Homil. iv In Genes>). S. Augustin, S. Grégoire de Naiianze, S. Basile ont laissé des chefs-d'œuvre d'improvisation. Ces discours étaient recueillis par des notaires, familiarisés avec fart de la sténographie (V. Tart. Notarii) ; quelques-uns les écrivaient furtivement (Euseb. vi. 36. — V. Ferrari, p. 311). Si quelque miracle s'était

opéré récemment, et depuis la dernière assemblée, le prédicateur le racontait ou en faisait lire la relation par un lecteur. S'il s'agissait d'une guérison, on présentait au public celui qui en avait été l'objet, afin d'édifier le peuple et de le porter à rendre gloire à Dieu et à ses Saints (Augustin. Senn. xxix et passim.)

6* Les Pères avaient grand soin de ménager l'attention des fidèles. Aussi ne dépassaient-ils jamais, dans leurs discours, l'espace d'une heure, limite de rigueur paralt-il par certaines précautions oratoires où ils se plaignent d'être pressés par l'heure, et s'excusent d'abréger leurs développements : Sicui et nos loqui possumus, — quantum BORA sermonis permittit, dit S. Augustin, « comme il nous est permis déparier, — autant que nous le permet I'beurb assignée au discours » (Serm.cxuii De temp. — Y. aussi Origen. Hom. u In Gènes. — Cyrill. Uierosol. Catech. xni; — Petr. Chrysol. Serm. cxxi....). Mais par quel moyen mesuraientils cette heure T Par la clepsydre probablement, dont Cassiodore donne cette élégante description (Variar. I. i. epist, 449) : Ad horologium ubi solis meatus sine sole cognoscîtur, el aquis gullanlibus horarum spatia terminaniur, • l'horloge où la marche du soleil est connue sans le soleil, et où les espaces des heures sont marqués par des eaux coulant goutte à goutte. »

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