‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 233 sur 281 · IV. — Les temps et les lieux consacrés à la prédication · texte numérisé non relu

IV. — Les temps et les lieux consacrés à la prédication

1* Dès la naissance de l'Église, le dimanche fut un jour de réunion et de prédication pour les fidèles {Act. XX) : nous le savons par S. Jérôme ^Epiit. CL. Ad, Hedib.), S. Augustin (Epist, lxxxvi. Ad Casulan.), S. Ambroise, S. Chrysostome, etc. On prêchait encore aux jours de fêtes et en particulier à celles des martyrs (Chrysost. Orat. adv. Jftdœon) ; à la consécration des évêques : ainsi ''^^ Grégoire de Nazianze prêcha à l'occasion de celle de Sasimorus (Orat. vu); S. Grégoire de Nysse et S. Chrysostome portèrent eux-mêmes la parole à la cérémonie de leur propre ordination. Il y ^▼ait encore un sermon au jour anniversaire de

ces solennités : exemple S. Augustin (Homil. xxiv et XXV Lib, L Aom.), S. Léon le Grand [Serm. i. n. ni), etc. Plusieurs discours de S. Augustin prouvent qu'il en était de même à la consécration des basiliques et des autels : ainsi Faustus, évêque de Reims, prêcha à Lyon à l'occasion de la dédicace d'une église, c'est S. Sidoine Apollinaire qui nous l'apprend (Epist. ni). On prêchait encore aux vigiles de certaines fêtes {Gaudent. Brix. Tract, iv) et tous les jours du carême et delà semaine de Pâques. S. Césaire d'Arles prononçait des homélies presque tous les jours, aux heures de matines et déprime; S. Ambroise était dans le même usage (Augustin. Confesi. vi. 3) ; et S. Augustin renvoya souvent ses auditeurs à ses instructions de la

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veille ou d'un jour précédent; il y avait en certains lieux deux sermons par jour, et quelquefois dans la même assemblée : le prêtre prècliait le premier et Tévéque venait corroborer sa parole par une paternelle exhortation ; c'est ce que nous apprenons de S. Clirysostome, de S. Jérôme et d'une foule d'autres Pères. Enfui quand deux ou plusieurs é^éques se trouvaient ensemble dans la même congrégation, plusieurs parlaient successivement , comme firent à Constautinople, au rapport de S. Jérôme, S. Ëpiphane et Jean de Jérusalem.

2* L'Église fut toujours le lieu ordinaire de la prédication chez les chrétiens, comme le temple et la synagogue chez les Juifs. On prêchait d'un lieu élevé, atin que le peuple pût mieux entendre la parole de Dieu. Ce lieu, pendant les persécutions, était la chaire creusée dans le tuf au sein des cimetières, et dans les basiliques la chaire encore ou siège de marbre au fond de l'abside. S. Augustin (Decivit. Dei. xxn. 8) désigne sous le nom d'exedra l'hémicycle où sa chaire s'élevait par des gradins au fond de sa basilique : in gradibus exedrœ in qua de superiori loquebar loco (V. Fart. Chaire). On prêchait aussi du haut de Tambon, placé entre le sanctuaire et la nef (V. Tari. Ambon). On prêcha quelquefois aussi des degrés de l'autel, ainsi que S. Grégoire de Nysse nous l'apprend de lui-même (Oral, de baplism.), et comme il ressoit de ces beaux vers de S. Sidoine Apollinaire (Cartn, eucharist. ad Fatut, episc.) :

Seu te conspicuis gradibus venerabilis arse Concionaturuni plebs sedula circumsistil...

Sur la prédication dans les premiers siècles on trouvera beaucoupde détails dans Bingham (Origin. eccl. t. 1. p. 321), et à peu près tout ce qu'on peut désirer dans l'ouvrage de Ferrari De riiu sacranim Ecclesiœ veleiis concionum. In-4'. Veronœ,

PRÉmiCES DES FRUITS. — V. Tart. Clergé,

PRE8BYTERA. — Y. Tari. Malncule.

PRÊTRES. — Ceux qui étaient placés au second degré de la hiérarchie ecclésiastique furent, dès le principe, appelés chez les Grecs wpc^rCjTtpct, ce qui équivaut à seniorety c vieillards, a moins à raison de leur âge que de leur maturité, de leur sagesse, de leur doctrine ; ifiglise latine, pour les désigner, adopta aussi le nom de presbyleri, Nous disons rf6« le principe, parce qu'un fragment d'inscription grecque énonçant en abrégé ce litre ecclésiastique, np (rpioSuispc;), a été trouvé dans la plus ancienne partie de l'hypogée de Lucine : ce qui prouve que ce mot était déjà tellement enraciné dans les usages de l'épigraphie au deuxième siècle, qu'il suffisait de le désigner par ces simples sigles HP (Y. De' Kossi. Homa soit. 1. 1. p. 342). On nomma encore les prêtres tacerdoles, des choses

sacrées, a tacrit, qu'ils sont appelés à traiter. I. — Le premier office du prêtre est d'o/jfnr le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ. L'épitaphe d'un prêtre nommé Marinus, trouvée â Saint-Gervais, mentionne la fonction sacerdotale de distribuer la sainte eucharistie aux fidèles et loue ce prêtre de son assiduité à s'en acquitter (Y. Le Blant. Imcr. chrét. de la Gaule, t. ii.p.90]:

nOC lACET IN TVMTLO SACRA QTI MTsTI CA BBIiran DITISIT POl^LU riBTATB

■OXORK DECOftVS QTEM HEHVS AELTSITH KàlWCIf

CO.VCLIMAT OHMS

Il y a ici une expression qui pourra causer quelque surprise : c'est le nemus ^lysium, * le bois de rËlysée, • emprunté au style mythologique pour désigner le séjour des élus. Mais, comme le fait observer le savant éditeur, ce n'est pas la première fois que la mention des Champs-Elysées se trouve employée dans les textes et dans les monuments chrétiens : nous en avons un célèbre exemple dans le cimetière des llaliscamps(Ciiamp:r Élysées) à Arles. On sait que dans l'antiquité chrétienne, et en particulier dans les inscriptions funéraires, le paradis est fréquemment arsimilé à un jardin plein d'arbres et de fleurs, ce qui ne s'éloigne pas l)eaucoup du remvs cltsivh deFicscription de Saint-Gervais (Y. notre art. Paradu], viridarium arbore» haben$ rosœ, lisons-nous dans les actes de sainte Perpétue. Le second office du prêtre est de bénir. C'est pourquoi S. Éphrem dit quelque part (Serm. de timoré Dei): < Honore les prêtres, atin que la bénédiction de leur bouche descende sur toi. t S. Antoine s'inclinait d^ vaut les prêtres comme devant les évèques pour recevoir leur bénédiction. La troisième fonction du prêtre est de présider les assemblées chrélieonés en l'absence de Tévêque, ou d'occuper le [premier rang après lui, quand il est présent. Li quatrième est de prêcher, mais seulement en Tertu de la délégation de l'évêque, qui est le premier el essentiel ministre de la parole divine ; car, dans la cérémonie de la consécration de l'évêque, oi. met le livre des Evangiles sur ses épaules 0l'art. Prédication). La cinquième fonction du prêtre est de baptiser, pouvoir qui implique celui d'administrer ceux des autres sacrements qui ne sont pas réservés à lëvêque.

Le prêtre avait le droit de s'asseoir à It^iis*' avec l'évêque, ce qui était interdit au dlKre. avec cette différence cependant que l'évêque occupait un siège élevé appelé thronus celtus, tanJi? que celui du prêtre était dit thronus tecundus [^ l'art. Chaire). Les prêtres étaient rangés en demicercle aux côtés du prélat; c'est pour cela quel*^ Constitutins apostoliques ( lib. n. cap. 5) \^ donnent les noms collectifs de spirilual'u corwa, circuli presbyterii, corona Ecclesiœ. Dans les chapelles et églises des catacombes, on voit encore les sièges des prêtres, ainsi que la chaire épiscopaSe, taillés dans le tuf au fond de l'abside (T. Marchi.

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Monum. délie arl. crût, ta?, xxxvi), et la même disposition se fait remarquer dans toutes les vieilles basiliques de Rome, dans celle de Saint-Âinbroise à Milan, ^et mieux peut-être qu*en tout autre, dans celle de Nola, qui aujourd'hui encore est, quant à cet objet, telle que S. Paulin la fit construire. Dans les ordinations, ils avaient le droit d'imposer les mains aux nouveaux prêtres {ConciL Carthag. iv), et de nombreux monuments du quatrième siècle et des suivants prouvent qu'ils siégeaient au second rang d.ins les conciles provinciaux et en souscrivaient les définitions après les évéques.

Le corps des prêtres attachés à chaque église était appelé presbyterium chez les Latins, et chez les Grecs du nom correspondant, irpi<j6ursiGv, ou encore ouic^^iov tcû irpea&iTcpicu, « l'assemblée du presbytère, » êenatus Eccle^iœ^ unalus Christi, cmùliarii episcopi, consilium Eccleêiœ, Depuis les premiers siècles jusqu*au cinquième, les prêtres et les diacres ne formaient avec Tévêque qu*un corps; ils constituaient son sénat, et, pour nous senir de Texpressiou du pape Siricius (Epist. ii. — Felic. PP. Epist. iv), ils régissaient de concert avec lui « letrêne apostolique » . En conséquence, il élait défendu à Févêque de conférer les saints ordres sans leur consentement, aussi bien que d'entendre les causes et de rendre la justice en leur absence. Bien plus, Tévêque ne devait qu*avec le conseil du presl)ytère traiter les affaires relatives à la discipline et au patrimoine de TËglise (ConciL Carlhag. iv. 2:2- 23. — Greg. Turon. dial. uDe mirac. S. Martini^ — ConciL Turon, n. 7. — Tolet. Ti). Aussi arrivait-il que quand Tévêque mourait ou s'éloignait de son siège, le presbytère tenait sa place, en s'abstenant néanmoins de traiter les affaires d'une importance majeure (Epist. cler. Rom.ap. Cyprdan. Epist. v et xxxi), et surtout de conférer les ordres (S. IgnaX.Epist. odAnUoch. — Cyprian. Epist. x.). Au moyen âge, le presbytère prit le nom de chapitre.

Quant à Tàge requis pour être admis à Tordre de la prêtrise, il ne parait pas qu'il y eût rien de fixe pendant les premiers siècles, si l'on excepte le décret du pape Siricius, prescrivant que, quand un clerc av«it été initié au diaconat à l'âge de trente ans, il ne pouvait être ordonné prêtre que cinq ans après, c'est-à-dire à trente-cinq ans. Justinien défendit, pour l'Orient, qu'un diacre fût élevé à la prêtrise avant sa trente-cinquième année ; mais en Occident il fut reçu de les ordonner à trente ans, tant dans les Gaules qu'en Espagne et en Germanie (Y. Pelliccia. De EccL polit, t. i. p. 58), à moins que la nécessité ne fit fléchir la régie.

Dès que Tévêque avait pris les informations voulues sur les mœurs et l'âge des diacres, et que le peuple avait donné son adhésion à leur ordination, ils étaient promus à l'ordre de la prêtrise. L'ordination du prêtre était autrefois simple et courte dans l'Église orientale aussi bien que dans l'Occidentale; elle se réduisait à ceci : que l'évêque.

conjointement avec les prêtres de son Église, imposait les mains à Vordinand^ en récitant les oraisons ad hoc (1 Tint. — Conit. apott. 1. vm. c. 46. — ConciL Carthaq* «r. 3. — liieron. în h, c. Lvui). Dès le sixième siècle, à l'imposition des mains et à Foraison, on joignit l'onction des mains, dans les Églises des Gaules, de l'Espagne et de l'Afrique ; ce n'est qu'au neuvième que cette cérémonie fut adoptée par l'Église romaine et les autres Églises latines (iNicol. PP. In retpom. ad Rodulf. archiep. BHurig. — Cf. Pelliccia. i. 59). Les Églises d'Orient y restèrent toujours étrangères, s'en tenant à l'ancienne discipline. Les autres cérémonies, la tradition des vases, par exemple, ne remontent pas plus haut que le dixième siècle.

II. — Les grands collecteurs d'inscriptions nous ont conservé un nombre considérable d'épitaphes antiques où la dignité de prêtre est mentionnée. Le seule hypogée de Lucine en a fourni trois, dont le moins ancien est un Haximus qui, selon toute probabilité, est celui qui fut confesseur de la foi en 250 (Y. De' Rossi. loc. cit.). On a trouvé il y a peu d'années dans le cimetière de Calliste l'inscription d'un prêtre nommé Denis, qui, pense-ton, mourut vers le milieu du troisième siècle; il était en même temps médecin et probablement Grec : aion rcior || utpot || dpecb rrBPO (Y. l'art. Profesnons exercées par les chréMens). C'est là un fait important à constater, car on comprend de quelle importance était la profession de la médecine dans les premiers siècles, comme elle l'est aujourd'hui pour nos missionnaires. Et en effet, les documents anciens font mention d'un certain nombre de diacres, de prêtres et même d'évêques qui exercèrent cet art salutaire. Cancellieri en énumére plusieurs dans le catalogue qu'il a dressé des saints médecins, à la suite de ses Memorie di 5. Medico mariire (Roma, 1812). On peut voir aussi sur cette question Lami (Deeruditione apos^ tolorunit p. 538).

Nous reproduisons d'après Marini (Papiri diplom, p. 501) une autre èpitaphe, qui doit dater à peu près du temps du pape Damase, si l'on en juge par les caractères qui sont conformes à ceux auxquels ce pontife a attaché son nom, et qui, entre autres choses, a cela de particulièrement intéressant qu'elle est le premier monument qui atteste l'existence des mansionarii (Y. ce mot) : Locus

FAVSTINI QTEM CDU || PARA VIT A IVLIO || MARSIONARIO SVB II CONSCIENTIA PRES || BTTERI MARCIANI. FaUStiUUS

avait acheté ce lieu pour sa sépulture du mansionarius Julien, sous la conscience (sans doute pour caution) du prêtre Marcianus.

Yoici une inscription métrique de l'an 581 que jious empruntons au recueil de M. De' Rossi :

PRAESBYTER HIC SITVS EST CELERIHVS NOMINE DlC^t» || GORPOREOS RVMrEIfS HEXVS QVl GAVDET I!f ASTRIS || DEP

vui KAL ivN FL sYAGRio ET ETCERio, C Un prêtre rcpose ici, ayant nom Celerinus, — délivré des liens du corps, il jouit maintenant dans les astres.... • Celle-ci a été publiée par MafTei (Mus. Yeron.

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p. 279. n. 9) : locvs maximi presbtteri. L'épitaphe de (Jeux époux chrétiens, Âlexius etCapriola, nous fait connaître les noms des prêtres Archelaûs et Dulcitius, avec Tautorisalion desquels ces fidèles s'étaient préparé leur tombeau de leur vivant :

ALEXIVS ET CAPRIOLA FECERVST SE VI VI || IVSSV ARCBE-

LAI ET DVLCiTii PRESSE (Perret. V. Lxxv. n. 1). L'épitaphe d'un prêtre nommé Benegestus fut trouvée dans un ancien cimetière, prés de Velletri (Amaduzzi. Anecdoct. liti. Rom. t. ii. p. 484) : vene- «ESTvs (pour Benegestus) previter || (pour prw^yier) IN PACAE (sic) houini dormit. La collection des €énovéfains de Lyon a fourni au musée lapidaire de cette ville Tépitaphe d'un prêtre du nom de Romanus, que nous rapportons ici d'après M. de Boissieu (Inscr, de Lyon. p. 580), à cause de deux circonstances intéressantes : la première, c'est que la formule w pace, étant précédée du mot viiit, vient témoigner de l'orthodoxie de ce prêtre (V. l'art. In pace) ; c'est, en second lieu, le vase gravé au-dessous du iitulm, symbole très*commun, comme on sait, sur les marbres chrétiens (Y. l'art. Vases sur les tombeaux), mais qui nous paraît être ici le symbole de la profession de Romanus.

Voici cette inscription dans toute la barbarie de son orthographe : in hoc tviiolo|| requiiscit bonae

Il MEMORIAE ROMANIS || PRESBITBR QUI VIXIT || IN PACE

annis Lxin II oBiiT NosvM K FEB || RARiAs. Ou trouvcra d'autres épitaphes de prêtres, ou mentionnant des prêtres, dans Gruter (mliv. 25), dans Reinesius (Class. XX. passim.), etc. Nous terminerons cet article par Pépitaphe métrique d'un pcêtre nommé Sisinnius, attribuée au pape Damase, et qui est tout au moins d'un poète de son école (Patrolog. Migne. t. xin. col. 1218).

PBESBTTER niC VOLVIT SlSINlflVS PORERE MEMBRA OMMBTS ACCEPTTS POPVLIS MGNTSQVE SACERDOS QTI SCIRET SAlfCTAE SEHVARB FOEDORA XATRIS BLANDTS AMOKE DEI SEMPER QVI VlVERB NOSSET CONTENTVSQVE STO NESCIRET PRINCIPIS AVLAU.

« Le prêtre Sisinnus a voulu déposer ici ses membrfs, — Aimé de tout le peuple, prêtre vraiment digne — Qui sut garder ses engagements envers la sainte Mère (rÉglisp), -- L'amour de Dieu brilla toujours dans sa vie, — Content de sa position, il ne connut point la cour du prince. »

PRIÉ HE (attitudes de la). — I. — Les premiers chrétiens avaient coutume de prier debout, les mains étendues, un peu élevées vers le ciel, et la face tournée vers l'orient. La preuve matérielle de cet usage, du moins quant aux trois premières circonstances, se rencontre à chaque pas dans les monuments primitifs : les fresques, les sarcophages, les pierres sépulcrales, des catacombes romaines spécialement, les verres historiés qu'on y recueille en abondance, les vieilles mosaïques qui décorent les basiliques primitives, etc., offrent des fidèles des deux sexes, et surtout des femmes, représentés dans cette attitude (Y. Âringhi. paMtm. et en particulier, ii. p. 285).

On donne vulgairement à ces figures le nom d'orantes. Elles se font souvent remarquer par la

richesse et l'élégance de leur costume, elles portent de grandes tuniques, ou mieux des dalmaliques à manches larges et drapées, quelquefois garnies de

broderies et de bandes de pourpre ; elles sont parées de colliers, debraceletset d'autres bijoux (V. Bosio. Rom. sotl. p. >i29). La figure ci-dessus est tirée du cimetière de Sainte-Agnès. Ces vêtements somptueux sembleraient au premier abord constituer une contradiction ou un contraste avec la modestie bien connue des femmes chrétiennes de la primitive Église. Mais, en décorant ainsi leur image, on avait bien moins pour but de retracer aax yeux ce qu*elles avaient été dans la vie, que d'exprimer allégoriquement la gloire dont elles jouissaient dans le ciel : dans les sépultures de tout genre, Vorarde placée ordinairement entre deux arbres, image hiéroglyphique du paradis, était le symbole de rame devenue l'épouse de Jésus-Christ et admise à ce titre au festin céleste. Ainsi s'explique 1) magnificence du vêtement de Sle Priscille représentée en orante dans le cimetière de son nom (V. Perret. Catacombes, vol. ni. pi. m. — V. ta figure à notre art. Paradis, p. 576). Telle est encore Timage de Ste Praxède qu'on peut m dans une belle mosaïque romaine, couverte de la tête aux pieds de pierres précieuses (V. Ciampini- Vel. monim. t. ii. tab. 47). Dans une vision célèbre, Ste Agnès s^était montrée à ses parents, huit joors après son martyre, revêtue de di-aperies précieuses, et, pour employer l'expression de ses actes, auro iextis cyctadibus induta (V. notre Sotice hist. liturg. et archéol. sur le culte de SU Agnès, p. 82). Ce texte devint le type delà pinpart des images de la jeune martyre, type dont nous ne saurions citer un plus bel exemple qu'un verre doré, publié par Boldetti {Cimit. p. 191tav. ni. fig. 3), et que nous avons reproduit à Fart. Agnès [Ste]),

Si cps saintes et les crantes en général sont figurées dans unç attitude suppliante, ce n'est pas qu'elles aient quelque chose à solliciter pour ellc?mêmes, puisqu'elles sont établies dans la gloire

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wvais c'est pnrce qu'elles inlercédent auprès de l>»'Ufn faveur des vivants qui se sont placés sous |«urprolection: c'est ce que nous voyons dans ces innombrables formules de prières inscrites parles l>flerins près de ces saintes images(V. l'art. Graf-fili]; el la sainte Vierge elle-nièrae est quelquefois, pour le même molif, représentée dans celle pteture de suppliante , omnipoUnlia tupptex , comme s'expriment les Pères (V. tiarie en oranle dans lin fond de tasse reproduit à noire article Viergt \la tainle]).

Il esl une particularité qne nous ne devons pas passer sous silence : c'est que plusieurs de ces femmes en prières, qui sans doute étaient de nobles matrones romaines, comme faliguées d'une oraison prolongée, ont les bras soulenus par des hommes que, à leur coslume, on peut supposer fire leurs serviteurs (Bosio. p. 389. iû5.— Arin- ;li). a. 1 7) : ce qui rappelle Noise rece>-ant d'Aaron et d'ir un service analogue (Exod. ivn. il).

L'usa-^e dont i! est ici question est attesté nonsculenieul par les inonuraenls figurés, mais aussi par les documents écrits de l'antiquité clirélienne. • Les chrétiens, dit Tertullien {Apotogtt. i»), prient en élevant les yeut au ciel et en tenant les nuins étendues, parce qu'elles sont innocentes; la léle nue, parce que nous ne rougissons pas, > llluc ttapicientt$ (in atlam) Chrûliani manibut etpantii, quia inrtocui», eapite nudo, quia non mibetcimm.

Prier les mains élevétt est une altitude naturelle à tout homme qui s'adresse à la Divinité ; celte posture suppliante s'est relrouvée chei toutes les nations, même païennes ; chez les Egyptiens, ainsi que l'attestent leurs monuments funéraires ; chez les Étrusques : nous avons observé au musée Campana, transporté i Paris, deux statues de Chiusi, en terre cuite, dont le^bras sont ainsi élevés; chei lesKomains, comme on le peut voir au revers de bon nombre de médailles impériales, celles de Trébonien-Galle, par exemple ; la figure en prière est accompagnée (le la légende : ricTts. Avco. (V. Hionnel. Rareté dfi médaillet ro- •naine*, n. p. 13). Mais Tertullien nous fait observer que, soit l'attitude, soit l'intention des lldéles étaient bien différentes de celles des idolâtres : ' Pour nous, dit ce Père {De oral, ii), nous ne nous contentons pas d'élever les mains, comme font les païen!!, mais nous les étendons en souvenir de la passion du Seigneur, i not vero non al- 'dllimut lânium, ted expandimut, e dominica patfione moduiatum ; ils voulaient imiter Jésus-Clirjsl m croix, comme il est raconté de quelques ma'ryrs au moment de leur supplice, en particulier de ^. Nonlanus, disciple de S. Cyprien. (Ruinarl. I. 235), et des SS. Fractuosus, Augurius et Eulofius (Isuard. xu kal. febr.) : Manibut in uodu» Bccis EtPANSK ORANTU. Plusîeurs autres Pérès ont 'xprimé la même idée. Aussi esl-il facile de disin^uer dans les monuments ligures les oi-anle* brétiennes d'avec celtes qui se rencontrent dans ! domaine du paganisme. Celles-ci élèvent les

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mains verticalement, de façon que la flexion du coude forme un angle droit; les chrétiennes, au contraire, portent les bras dans une position presque horizontale; et il est très-remarquable que Tertullien (De oraf. xiu) s'applique à décrire celle dilTérence de la manière la plus minutieuse, aUn d'éloigner (ouïe idée d'imitation idolàlrique : « Nous n'élevons pas les mains avec oslenlation, mais avec modestie, avec modération, ■ ne ipti»

quidem manibut tublimim elatia, itd temperaU, ac probe elaUi.

Aujourd'hui le prêtre seul observe à la messe ce rit de ta vénérable antiquité, lequel a conservé dans la liturgie de l'illustre f.glise de Lyon son caractère tout à fait primitif, car le prêtre déploie complètement ses bras en forme de crois pendant qu'il récite l'oraison qui suit immédiatement l'élé-

.\ous devons faire observer que, dans la primitive Ëglise, tes catéchumènes priaient debout comme les fidèles, avec cette différence cependant que ceux-ci tenaient la face un peu élevée vers le ciel (TerluU. De coron, m), tandis que les premiers inclinaient légèrement la tète, parce qu'ils n'avaient pas encore oblenui par le baptême, l'adoption divine, le titre d'enfants du Dieu qui eil au

Les orantes des catacombes, corn me celles des autres monuments chrétiens, sont communément velues de dalmaliques, comme on le voit dans la première figure du présent article; d'autres fois elles portent d'éléganies pénules ornées de bandes de pourpre, comme la seconde, qui esl la reproduction d'une fresque du cimetière de Callisle

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consenée aujouriTliui au mu siée ebré tien du Valican (Perret, i. pi. tiiiv) ; ou le eolobium k manches courtes, comme celle-ci, qui a en outre un paltium coHTrant la lêle et se rabattant sur les épaules. Souvent elles sont accoslées de detii colombes, symbole de la simi'licilé et de l'innocence chrétiennes, La figure est du cimetière de Comodilla (Perret, v.

pi. tu). Ces différents costumes sont aussi attribués aui: figures viriles représentées en prière (V. la figure dq la page G5I, 1" colonne).

[|.— Cependant le rit de prier debout n'était point eiclusif; les premiers dirétiens priaient aussi quelquefois à genoux. >ous en avons un exemple dans tes Aetei de* apôtrei {\\i. 5) : (El nous étant misa genom sur le rivage, nous priâmes, 1 et un second dans la Vie de S. Jacques le Majeur de qui les genouï, par suite de ses prières prolon>,'ées , étaient devenus durs comme ceux d'un chameau ; et un autre fort célèbre aussi dans les actes du marljre de S. Ignace (Rjinart. vu. p. 10. edit.Veron.). Dans les temps moins anciens, cette coutume devint encore plus rréquente. Nous savons par le témoignage d'Eusébe(/n Vit. Corulanlin. M. it. SI. Cl) que (^nslantin fléchissait souvent les genoux pour offrir a Dieu sa prière. S. Jé- TÛme écrit â la vierge Démétrias {EpUt vin) : • Fréquemment la sollicitude de Ion dme t'a portée à fléchir les genoux, » (reqvmler le ad jigenda genua tollicilmlo animée uacitavit ; et â Marcella [Epitt. mu De œgroi. Bletillœ) : • FJIe nèclill les genoux sur la terre nue. * fkelunlur genua tupra nudam bumum.

Il est probable que l'usage de prier â genoux fut adopté par les chrétiens à l'exemple des Hébreux. Nous lisons en effet dans les saintes Écritures que Salomon, en dédtanl son temple à Dieu, avait mis ses deux genoux en terre, ulrumqae genu in lerram fixerai {5 Reg vni. 5i), et que Daniel, troisfois par jour, se prosternait les genoux en terre et priait : Tribut lemporibut in die fleclebat genua lua et orabat (Dan. vi. 10). Il est dit encore que, au moment de son martjrre, S. Etienne {Ad. vu. 59) se mit i. genoux pour prier en faveur de ceux qui le lapi-

} — PRIÉ

daient. S. Luc nous apprend aussi que notre !viuveur, au jardin de Getsemani, pria dans aait posture humiUée(Luc. m. 41): El potifû j»ihit orabat. On comprend que, d'après ce divin «lenH pie. les chrétiens aient adopté celle manière de prier comme une marque de deuil, one démon. stration de tristesse et de douleur ; c'osl œ qui ressort de ces vers de Prudence, l'an des |>las fldèles organes de l'antiquité chrétienne [Calim. hynm. n. 50) :

n chint picni, — Honi prkmi !<

Flendo c(

Pirli Toii, par nou courbé, — Pieu

C'est ce que met plus encore en évidence b cou. turae de l'Iïglise primilive dans la pratique de U liturgie. L'Kglise avait prescrit dès le princifie qu'on priât debout les dimanches et durant toul le temps pascal, en signe de joie, et à genoui tonl le reste de l'année, en signe de pénitence. Celle r^lt était déjà en vigueur du temps deS.Justin:(^i«l. ad OTlhodox. resp. 115); elle est menlronné^ par Tertullien (0e coron, milil. m) et «instalée [ur S. Jérdme dans ce curieux passage où il parle Jr S. Paul {Comment. Epitt. ad Epket. Pnni» . S. Paul resta à Ëphése jusqu'à la failulf-', temps de joie et de victoire, où nous ne flédiissons pas les genoux, ni ne nous courbons wfsli terre, mais où, ressuscites avec le Seigneur, bms nous élevons vers le ciel. * Ce même iisagt fui érigé en loi canonique au premier concile de Mcée (can. ult.). Sur cette manière de prier, commune aui Juifs et aux chrétiens, il e^t inslniflil de voir ce qu'ont écrit Pamelius dani ses noies n traité de Tertullien De eorona (c. m. n. 5Si » Suicer [Thetaur. ecclet. adv. rosi).

On sait que les anciens, quand ils aiiiflil i «fplorer de quelque puissant persounage aoe fainir ou une grâce, se prosternaient deiinl Ini^cobrassaient ses genoux ou ses pieds. Les nMumenls antiques écrits et figurés nous founiascoi de nombreux exemples de cet usage (ïirgil.f «i^ I. m. — Senec. De breril. vil. c. m.- *«"■ pauim., etc.). Or nous remarquons celle "^ manière de prier sur plusieurs tombeau! dirrtiens (Boilari. Tav. xiiv, «v. xïvm.). in «"^ de ces sarcophages, on voit, aux c6iés de '"'"^ Seigneur debout, deui personnes, un homi»'! une femme ordinairement, surtout dwn 1« <"*■ numents de l'Italie, ainsi prosternés d«T>nt loi*' semblant vouloir lui baiser les pieds.

Une urne sépulcrale d'Arles, publiée parliilia [Midi de la France Atlas. PI. uvr) et plus encI^ ment par H. Edm. Le Blanl dans bCaulUwchéologique de NN. de Wille et Fr. Uaofmai [pi. 19), présente une circonstance eiceplm^ lement intéressante. C'est que, en outre des ^ personnes qui sont couchées lui pieds do Sm- Tcur, deux autres s'iadioent profcndénwi (

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pleurent, ainsi que l'indique le linge qu'ils tienoent sur leurs yeui pour essuyer Jeun larmes. Prier iTeu larmes est une pralique de lous les temps, comme le rappelle le savant académicien avec un grand luxe d'érudilion. Nous oserons ajouter une obsertation importante qui semble lui atoir échappé, ainsi qu'à Bollari. C'est que ces personnages suppliants sont probablement leî parents du défunt enseveli dans ie sarcophage, et qu'ils implorent en sa faveur la miséricorde du juge des viianls et des morts. C'est une nouvelle preuve qui doit, selon nous, être ajoutée i celles qui attestent dans la primitive Enlise la constante pratique de la prière pour les morts.

Nous crojons donc que Uottari se trompe quand il suppose que ces personnages prosternés représentent les délunts d'un tombeau bisdme.

Voici le sujet d'après la belle gravure de la Gaielte arckiologiqm.

Quant aux figures de cliréliens priant à genoux, les monuments figurés font complet emenl défaut, ce qui prouve, comme il a été établi plus haut, que les wanlft sont l'image de l'âme glorifiée.

Conformément aux prescriptions apostoliques, les hommes assistaient à la [Hnére publique dans les temples, la tête découverte, et les femmes voilées.

fans quelques Eglises d'Afrique, les vierges s'étaient aHranchies de cette règle : c'est pour les j ramener que Tertullien composa sou traité De telandit tirginihvê. Hous devons enfin ajouter, d'une manière générale, que les Pères mettaient tout leur lèle à exclure de la prière des fidèles tous les gestes et toutes les pratiques extérieures entachées de quelque caractère bien marqué de paganisme. Aussi Tertullien [De oral, xii) reprendil avec sévérité les chrélieus qui, Ji l'exemple des idolâtres, croyaient devoir, pour rendre leur prière arable i la Divinité, se dépouiller de leurs pé~ Dules.

PniKRE PUBLIQUE MHS u prikitive icLise.

— A l'article Liturgie [n. lit), après avoir énuniéré quelques-unes des raisons qui expliquent comment il se fait qu'aucune des liturgies antiques ne nous soit parvenue dans son int^rité, nous avonï dit que néanmoins il en restait des parties asseï considérables pour démontrer, 1* que l'Église primitive avait des formes fixes pour reiercice de son culte, 3* que ces données, si ineomplétes qu'elles soient, sufûsaient pour nous

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rendre compte, jusqu'à un certain point, de l'ordre et de la méthode qu'elle suivait dans les principales parties du ministère divin.

Le présent article est le développement de cette dernière proposition.

I. — Dis FoaMDLES db u PRiiaB aux TEHrsATosTo- LIQVK1. La pratique apostolique embrassait deux ordres distincts de formules : celles qu'elle conserva de la religion des Juifs, et les fu>rmules nouvelles qu'elle introduisit comme propres au culte

1. Quant aux premières, il est certain que les Juifs avaient des formes lixes de culte, dont les apôtres usèrent librement toutes les fois qu'ils avaient des raisona de se joindre à eux pour la prière, ou que la nécessité l'exigeait ou que les convenances le leur conseillaient. Or la liturgie des Juifs se composait de deux parties distinctes, dont l'une concer-' nait le ministère du temple, l'autre le ministère de la syiiagc^e ; et elles avaient cela de commun que, dans l'une comme dans l'autre, lesprièrespubliques avaient des formules arrêtées et constantes- Le ministère du ^ temple, tel qu'il existait au temps de Noire-Seigneur, comprenait la réci- } talion du dècalogue ^. et des phylactères, coupés par trois ou quatre formules d'oraison, la bénédiction du peuple, les oblations, les sacrifices, la musique, la symphonie, le cbnnt des psaumes, et en outre ce qui était spécial à chacune des Tètes de l'année. liingham, que nous prenons pour notre principal guide, sauf les précautions et réserves de droit, donne sur toutes ces dioses, d'après les plus salants docteurs juifs, les plus curieux détails : le lecteur studieux pourra aller les chercher luimême dans son ouvrage (t. v. 1. 13. cliap. 4 et suiv.).

Le ministère de la synagogue dilTérait de celui du temple en ce qu'il n'avait pas de sacrifice, mais seulement des prières, la lecture des Ëcrilures, leur prédication et leur explication. Parmi les prières, celles-là étaient les plus anciennes et les plus solennelles qui s'appelaient Schemoneh Etreh, ou duodetiginti precalioneê, lesquelles passent pour avoir été instituées par Esdras et la grande synagogue au temps de la captivité. Peu avant la ruine de Jérusalem, ils y en ajoutèrent une nouvelle contre les chrétiens, qui ysont Iraités d'apostats et d'hérétiques ; i liatarœot I

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Or, si i*on excepte cette imprécation, comme il est prouvé par les interprètes des antiquités judaïques (Y. Bingli. ibid. p. 125) que toutes les autres formules du ministère du temple comme de celui de la synagotruc étaient en pleine vigueur au temps de notre Sauveur et <le ses apôtres, on ne saurait douter qu'ils ne se soient associés à ces prières dans les nombreuses circonstances où nous savons (Evang. et Act. passim) qu'ils fréquentèrent le temple et la synagogue.

2. On demande maintenant quelles furent les premières formes de liturgie proprement chrétienne que les apôtres instituèrent. Voici celles qu'on regarde comme certaines : 1* l'Oraison dominicale, c*est-à-dire la formule de prière que Jésus-Christ avait livrée à ses disciples; 2* les formules des sacrements, particulièrement du baptême et de IVucharistie, lesquelh's ont toujours et sans aucune variation été employées dans l'Église ; 3* la formule de la profession de foi au baptême, consistant surtout dans la récitation du symbole composé par les apôtres eux-mêmes ; 4* les formules de la renonciation à Satan et de la consécration à Jésus -Christ dans le baptême ; £>* les hymnes, psaumes et autres glorifications de Dieu empruntées aux saintes Écritures; 6* les formules de bénédiclion du peuple, telles que celle-ci : • Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Chribt^ la charité de Dieu le Père, et la communication de TEsprit-Saint soient avec vous tous, amen ; » gratta Domini noslri Jesu ChrM^ et charitas Dei^ et communicatio Sancli Spirittis sit cum omnibus vo^ biSt amen (2 Cor. sni. 15); 7° enfin la récitation de rhistoire de l'institution de l'eucharistie, qui, avec l'Oraison dominicale, passe pour avoir été usitée depuis les apôtres au saint sacrifice de Tautel. On voit que, même au temps où l'Église était favorisée des dons les plus merveilleux et les plus extraordinaires du Saint-Esprit, elle ne laissa pas de s'astreindre à des formes certaines dans le culte divin. Son esprit est toujours le même.

H. — Documents pour lk deuxième siècle. Les écrivains ecclésiastiques s'accordent à voir la désignation dune formule fixe et hiératique dans le passage de la célèbre lettre de Pline à Trajan où il est dit que les chrétiens se réunissaient avant le jour pour chanter alternativement une hymne au Christ, comme hieu, carmen Chrisio, quasi Deo, dicere secum invicem (L. x. episi, 97). Cette notion, qui parait si positive, était sans doute venue à Pline par findiscrélion de quelque apostat. Ce témoignage, du reste, concorde parfaitement avec un fait analogue que les anciens historiens attribuent, pour le môme, siècle, à S. Ignace : cet évoque martyr aurait établi dans son Église d'Ântioclie un chant d'antiennest c'esl-â-dirc un mode de célébrer la Ste Trinité par des chants alternatifs (Socrat. V. 8) ; et S. Ignace lui-même, dans sa lettre aux Magnésiens (n. vu), suppose que celte méthode de prière fut adoptée par les autres Églises : Sit una communis precatio. Ëusèbe cite (v. 28) un auteur de la fin du deuxième siècle qui

mentionne « des psaumes et des cantiques des frères depuis longtemps déjà écrits par les fidèles, par lesquels ils célébraient le Christ Verbe de Dieu^ en lui attribuant la divinité. * On sait que Lucien, ou l'auteur quelconque du dialogue PkH<h patris, s'était glissé dans une assemblée de chrétiens, et outre la curieuse description qu'il iiousa laissée du lieu aussi bien que de l'attitude des fidèle» (V. Fart. Oratoires domestiques) ^i\ parle encore des chants qu*il y avait entendus, • une prière commençant par le Père (c'est fOraison dominicalei, et se terminant par une hymne de plusieurs noms, i ce qui rappelle probablement les supplications prononcées par le diacre pour les diverses clasies de l'Église, et h chacune desquelles le peuple répondait : Kyrie eleison (Y. une excellente note de Selvaggio. m. p. 97).

On ne saurait méconnaître l'indication d'iuie véritable forme de prières régulières dans ce passage de la deuxième Apologie de S. Justin où il parle « de prières communes, et de supplications que prononçaient les fidèles, tant pour eux-mènits que pour le nouveau baptisé, illuminato, ainsi que pour toutes les autres nations. » Nous avons quelque chose de plus positif encore de notre S. l^nèr (I. I. c. 1), cVsl la mention de formules usilée? dans les assemblées chrétiennes et se terminaot par ces mots : et; rcù; aiûvoç tmv aîwvvv, perkpculû sœculorum : c'est évidemment la doxologie qui se chantait à la consécration de feucharislie, et qui se trouve dans les Constitutions apostolique* {m i 1*2), comme il suit : Quoniam tibi omnis gloria, veneratiOf gratiarum actio; honoretadoralioPalri et Filio et Spiritui sancto, nunc et semper et « infinita ac sempiterna sœcula sœculorum, i à toi toute gloire, vénénilion, actions de grâces; honneur et adoration au Père et au Fils et à lE^^'Ht- Saint, maintenant et toujours et dans les sièclfo des siècles infmis et étemels. • A quoi le peupit répondait, amen.

A peu près vers le même temps vivait S. CJèmenl d'Alexandrie, qui (Slrom. vu. 6) appeilt l'Église € l'assemblée de ceux qui sont appliqués aux prières, n'ayant en quelque sorte qu'une voii et qu'un cœur. » Aussitôt après vient Tertullien, dont les témoignages à cet égard sont innombrables. Tantôt il s'agit du baptême dont il cnuiaére les cérémonies et formules d'institution puremerl ecclésiastique : Lex tinguendi imposita esletlorm prœscripta {De bapt. xni) ; tantôt des assemblées où il atteste qu'on lisait les Écritures, qu'on chantait des psaumes, qu'on prononçait des discoun (De anima, n). Ailleurs {Apol. ttxix) il parle des prières publiques faites par l'Église pour * les empereurs, les ministres et les puissances. » A fon tour, il vient attester Tusage (De tped. uv) àe\^ formule terminée par la conclusion sœada «««• hrum. Sie Perpétue, dans sa vision (V. l'ai t. i»charislie), fait une allusion évidente à l'usage liiurgique de faire répondre par le peuple, amen, if^ la réception de l'eucharistie, et encore à celui d? chanter le trisagion angélique: IntroirimMt,els^'

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dirimui vocem unitam ^^A-^to;, \^(»ij ''A'^io;/ sine catatione. Il est donc évident que TÉglise, au deuxième siècle, avait déjà des formules de prières publiques autres que celles que Notre-Seigneur avait prescrites.

III. — Documents pour le troisième siècle. A mesure que nous avançons, les preuves deviennent plus nombreuses, de sorte qu'il devient de moins en moins important d'en multiplier les citations. Au commencement de ce siècle, voici S. Hippolyte, martyr etévèque, qui recueille comme une première compilation des liturgies primitires : apostolica Iradilio de officiis eccleiiasiicis (Cf. Bingham. v.140), ouvrage qui passe pour être, si l'on nous permet cette expression, la première édition 'des ComiUuiions apostoliques. Il n*est pas douteux du moins que celte collection ne représente les formules alors en usage dans rÉglisc. Le même auteur a écrit un autre livre d'odes sur diverses parties de r Écriture. Le titre de cet ouvrage est un de ceux qui sont inscrits sur le siégede sa statue, conservée aujourd'hui au musée du Latran, qaai ei: isdaoiç Tx; rdaçet;. Dans un autre traité. De consummatione mundi et Antichristo^ le même Saint recommande lusage des odes spirituelles, des doxologies, des psaumes, et il regarde comme un signe de la venue de l'Antéchrist V extinction de la liturgie (In Biblioth. PP. t. II). Donc la liturgie existait. Origéne nous fournit deux données précieuses. D'abord il mentionne clairement, dans sa onzième homélie sur JtTémie, des formules fixes de prière qui étaient de son temps d'un usage commun dans l'Église, in second lieu, il répond à Gelse qui prétendait avoir trouvé des invocations aux démons dans des livres de prêtres chrétiens, que c'étaient des prières solennellement récitées dans les assemblées de jour et de nuit en l'honneur de Jésus qui est Dieu (Contr. Cels. I. vi).

Au même siècle, S. Cyprien, en outre de l'Oraison dominicale, qui, comme on le voit, est partout mentionnée dès le commencement (Y. l'art. Oraison dominicale), indique des formules dont on se servait alors pour le baptême et Teucharistie (De laps, et Epist. vu) ; pour le baptême, des interrogations et réponses à une formule de foi dont le premier et le dernier chapitre se lisent dans une de ses épitres (lxix. Ad Magn.)\ et pour reucharistie, il parle d'une préface qui la précédait, et en toutes lettres de l'acclamation Sursum corda, et de la réponse du peuple : Habemus ad Dominum. Nous nous abstenons de citer Firmilien, contemporain de S. Cyprien, nous trouverions les mêmes choses dans ses ouvrages. S Grégoire Thaumaturge, fondateur et évèque de rËglise de Néocésarée, laissa à cette Église une liturgie, à laquelle elle s'attacha si fortement, que, au dire de S. Basile (De Spirit. S. xxix), elle ne permit jamais qu'on y changeât un mot ou une formule quelconque. Quelques années après la i^nort du Thaumaturge, l'Église de Néocésarée adopta néanmoins les prières dites litanies, bien Qu'elles n'eussent pas été composées par son évèque.

Indiquons rapidement, pour ce même siècle, plusieurs chants de psaumes composés par un évèque égyptien nommé Nepos (Ëuseb. vu. 24). Une formule de louange en l'honneur de la Trinité dont S. Denys d'Alexandrie faisait usage (Basil, ibid. xxn. 5) ; une hymne du martyr Alhénogènes en Thonneur du Saint-Esprit ; une hymne en action de grâces pour l'heure de vêpres (Basil, ibid.). Nous retrouvons ici la trace certaine de l'usage de répondre amen après la réception de l'eucharistie, usage déjà mentionné par le pape S. Corneille, qui siégeait vers le milieu du troisième siècle (Epist. apud Euseb. iv. 43), et qui le sera souvent par les Pères du siècle suivant, S. Jérôme, S. Ambroise, S. Cyrille, S. Augustin, etc.

IV. — Documents pour le quatrième siècle. Au début de ce siècle se présente l'apologiste Arnobe, qui, défendant contre les gentils le culte des chrétiens, dit « qu'ils invoquent Dieu, et lui demandent ce qu'ils désirent, » et que les païens pouvaient aisément le savoir, et entendre de leurs oreilles les accents des voix fidèles implorant la divine miséricorde (lib. i). Ailleurs il dit que dans les assemblées chrétiennes on adore le Dieu souverain (lib. iv), qu'on implore la paix pour tous, et la grâce pour les magistrats, les armées, les rois, etc. Tout ceci est en harmonie parfaite avec les anciennes liturgies, et accuse un ordre de prières fixes. Dans son livre Sur la mort des persécuteurs (xlvi, xLvii), Lactance rapporte une prière que Maximin prétendait avoir reçue d'un ange, et qu'il fit réciter à ses soldats avant sa bataille contre Licinius; et Eusèbe (Vit. Const. iv. 19) rappelle aussi des prières que Constantin prescrivit à ses soldats, infidèles ou chrétiens, pour être dites tous les dimanches. Ce même empereur (Euseb& ibid. iv. 17) avait établi dans son palais une sorte d'égUse, où il récitait des prières solennelles avec les gens de sa cour (V. l'art. Oratoires domestiques).

Nous rapportons ces exemples pour faire voir que les fidèles étaient déjà accoutumés aux prières à formules déterminées. Dans son Apologie, S. Athanase atteste que daiis son Église U prononçait des prières publiques auxquelles le peuple répondait tout d'une voix; quand il disait: Orenius pro salute piissimi augusii Constantii . tout aussitôt l'acclamation suivante s'élevait de la multitude assemblée: Christe, auxiliare Couslanlio . ^ous savons par Rufin (Uist. i. 14) une intéressante circonstance de l'enfance de ce même S. Athanase : c'est que, s'étant amusé à baptiser sur les bords de la mer plusieurs de ses jeunes compagnons qui étaient catéchumènes, il observa tout ce qui se pratiquait dans TÉ^Iise, même les rites les plus secrets et les plus mystiques, notamment les questions et les réponses.

Le poêle Juvencus, qui florissait en Espagne sous Constantin , avait, comme nous l'apprend S. Jérôme (De script, eccl, lxxxiv), mis en vers hexamètres plusieurs parties de l'ordre des sacrements, expression liturgique, s'il en fut. On sait que S. Pacôme avait établi parmi ses moines une

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psalmodie biquotidienne où les psaumes étaient entremêlés de prières (Mieron. epist. xxii. Ad Eustoch*)' Nous avons parlé ailleurs (V. l'art. Ltturgie^ III) des précieux fragments des anciennes liturgies que S. Cyrille de Jérusalem a consignés dans ses catéchèses, et des services rendus à la liturgie vers le même temps par S. Uilaire de Poitiers. Les canons du concile de Laodicée contiennent une foule de règlements relatifs aux chantres, au chant des psaumes entremêlés de leçons, aux prières usitées à none et à vêpres, aux oraisons qui doivent être prononcées par les évêques sur les catéchumènes et les pénilentSy à l'administration du baptême, etc. i!}. Épiphane, fait évêque de Salamine vers Tan 368, donne une pleine approbation aux huit livres des CorutUuthns apoêtoliqties, en ce qu'elles renferment iouiVordre canonique t qui fait l'objet du dernier livre (Epiph. Hœres. lxx. 10).

En plusieurs endroits de ses œuvres, S. Optât de Milêve suppose évidemment l'usage, dans rEglise, des psaumes, des hymnes et autres formules de prières (V. surtout lib. ni). S. Basile, étant encore simple prêtre, écrivit pour Tusagede rÉglise de Gésarée une liturgie que S. Grégoire de Nazianze, à qui nous devons la connaissance de ce fait, appelle precitm descripliones, et sacrarii concinniiates (Oral, xx. De laud. Basil.). L'existence de cette liturgie est attestée un peu plus lard par Pierre Diacre et Proclus de Constant inople (Cf. Bingham. ibid. p. 174), et S. Basile lui-même {EpisL Lxni. Lxvni. cGxLi) parle expressément de formules de prières pour tous les ordres de Gdèles, et entre dans des détails précis à cet égard. Mais il est bien entendu que ceci ne prouve rien en faveur de Tauthenticité de la liturgie connue aujourd'hui sous le nom de S. Basile. S. Grégoire de Nazianze, qui loue son ami d'avoir composé des formules de prières pour son Église, mentionne plus d'une fois lui-même lés renonciations, la profession de foi, la formule dalliance avec le Christ, et d'autres rites du baptême (Orat. m). Il rapporte aussi que Julien était pénétré d'admiration pour la fidélité de l'Église à conserver religieusement ces vieilles formes de culte. Enfin il décrit les chants, les flambeaux et les autres rites qui furent observés aux obsèques de Constantin. S. Éphrem composa, si nous en croyons Sozomène et Théodoret (iv. 29), des hymnes et des cnntiques en réfutation de ceux qu'avait autrefois publiés l'hérétique Uarmonius.

Il nous serait facile d'ajouter ici beaucoup de témoignages empruntés à S. Jérôme, à Eusébe, à S. Uilaire, à Innocent I", et à d'autres Pères de la fin du quatrième ou do commencement du cinquième siècle. Nnis ceux que nous avons cités suffisent surabondamment à notre but.

Nous devons néanmoins faire une exception en faveur de S. Chrysostome et de S. Augustin, parce qu'on peut tirer presque en entier de leurs ouvrages la liturgie des Églises d'Afrique et des Eglises orientales.

i. Sauit Chrtsostohb. Personne n'ignore qu'il existe, sous le nom de ce Père, une liturgie complète, embrassant toutes les parties du culte divin. Mais les éléments nous manquent pour juger jusqu'à quel point on peut la regarder comme étant l'ouvrage de ce Père : ce monument est donc ici hors de cause. Mais ce dont on ne saurait douter, c'est que Ion trouve, dispersées dans les œurres de S. Chrysostome, de nombreuses et considérables parties des anciennes liturgies, dont l'ensemble sulfirait presque à recomposer en son entier tout le ministère du culte divin dans les Églises orientales; et tel est l'objet du rapide aperçu queooos donnons ici.

La première chose à noter, c'est que S. Chrysostome nous indique, en plusieurs homélies, quel ordre on observait pour la lecture des Livres saints à l'église, comment les différents livres de la Bible étaient distribués selon les divers temps de l'année (Hom. vn) ; il signale même les passages qui lui servirent de texte pour les discours à son peuple. La Genèu était lue dans le temps du jeûne quadragésimal ; au jour de la passion du Sauveur, toutes les parties qui concernent la croix ; ie samedi saint, tout ce qui a rapport à la trahison, au crucitiement, à la mort, à la sépulture de Jésus- Christ ; au jour de la résurrection et aux autre) fêtes, les passages qui y sont relatifs ; enfin, aux jours qui s'écoulent entre Pâques et la Pentecôte, le livre des Actes des apôtres, parce qu'il contient le récit des miracles des apôtres depuis la desrentt du Saint-Esprit en eux (HomiL xxun). ces mincies constituant la preuve la plus éclatante de la résurrection du Sauveur.

Viennent ensuite les oraisons à formules déterminées qui étaient prononcées publiquement i l'église par les fidèles : S. Chrysostome en ^oale en iilusieurs endroits, par exemple là où il dit (Homil. xv) que toute la ville, les boutiques éuot fermées, passe la journée entière en supplications, invoquant Dieu d'une voix commune. Ailleurs (Homil. xxix), ce sont les oraisons pour les énergumènes, où tout le peuple, unissant ses toïi. prie Dieu, jugi concordia, magnoque clamor€,c^'\l ait pitié d'eux. Dans sa seconde homélie sur ïolitot rite des prophètes, il enseigne que la prière commune doit être préférée à la prière privée, pafô qu'alors c'est le corps de l'Église tout entier qui, d'un cœur et d'une voix unanimes, rejasd sa prière en présence des prêtres oilrant les vœux de l'assemblée. Dans la soixante-douiièflie homélie, il mentionne trois prières qu'on a^»! coutume de réciter, pour les démoniaques, pour les pénitents, pour les communiants, et il ajoal*^ que, à la dernière, les enfants se joignaient aoi adultes, parce qu'on était persuadé que Weu ?e laissait plus facilement fiéchir par leur innoûo^^ et leur simplicité.

Quant à lOraison dominicale, nous ne saunoos citer tous les passages de S. Chrysostome d ou ^ ressort qu'elle était fréquemment prononcée dtfs l'église, non par tout le peuple, mais par k^^

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des baptisés seulement (Y. Tart. OraUon dominicale).

Dans la cinquante-deuxième homélie, il rappelle Tanlique usage d*aprés lequel lévèque, en entrant à Tégiise, donnait la paix au peuple, par diverses formules, et en particulier par celles-ci : Pax omnibuSf Pax vobiscum, Surêum corda. De Tusage particulier de souhaiter très-fréquemment la paix au peuple dans le ministère de Tautel, et de la réponse : Pax etiam ipiriiui tuo, il prend occasion d'eihorter les fîdèies à conserver entre eux la paix et la concorde (Hom. ui in eoi qui Paicha jejunani).

Nous apprenons de lui (HomiL m Ad Colon, et i h Itaiam) que la doxologie angélique Gloria in exceUiê Deo était usitée de son temps, ainsi que Tacclamation Kûpn, iXinocv, et aAaw, Domine, mi-' tarere nottri^ et $erva nos. Et dans le même lieu, réprouvant les clameurs et les indécentes gesticulations du peuple dans Téglise, il ajoute : f Comment ne te souviens-tu pas de ces mots que tu chantes ici même : Servez le Seigneur dan$ la crainte ei le tremblement ? Est-ce donc là servir avec tremblement? • Ailleurs (Homil. ui) il parle de la coutume où Ton était, au moment où le diacre commençait l'évangile, de se lever et de s'écrier : Gloria tibi. Domine! L*hymne appelée séraphique, SanctuM, Sanclus, Sanctus Domimis Dem Sabaolh^ était déjà alors usitée dans le sacnfice eucharistique ; S. Chrysostome l'atteste en plusieurs endroits (Homil. XIV. XXIV. etc.). Il mentionne aussi ouvertement la préface qui précédait cette hymne ou trisagion, qu'il appelle ailleurs (Homil. m De pœnii.) modulation mystique, myslicam modula^ tionem.

Le lecteur voit que nous entrons ici en plein pays de connaissance.

Nous trouvons dans d'autres homélies du même Père d'autres formules prononcées par le diacre dans le ministère sacré, et qui pour être relatives, la plupart du moins, à des usages qui n*existent pas chez nous, n'en sont pas moins curieuses et intéressantes ; par exemple : Erecli stemut honeste, • tenons-nous droits avec décence » (Homil. xxix). Ailleurs (Homil. ii In^Cor.), aitendamus, hœc dicit Dominus, • soyons attentifs, voici ce que dit le Seifçneur, • — Recte giemus et oremus, • tenonsnous droits et prions, » — Pro catechumeniê intente oremui, « prions avec ferveur pour les catéchunaènes, » —OremiM omnes communiter, « prions tous ensemble, » — Sancta sanctiê, « les choses saintes aux saints, • — Alii alios nosciie, « reconnaissez-vous les uns les autres. » Les fidèles, par cette dernière acclamation, étaient avertis d'examiner s'il ne se serait point glissé dans la prière publique quelque infidèle, ou quelque Juif, païen, hérétique, catéchumène, pénitent.

La Tingt-quatrième homélie sur la première ÊpUre de S. Paul aux Corinthiens contient les formules d'actions de grâces dans la consécration de Feucharistie, lesquelles se terminaient par le sœcula sœculorum (Y. Homil. xxxv).

AHTIQ. CHRir.

Les renoncements dans le baptême, la profession de foi pah la récitation du symbole, la formule d'alliance avec le Christ, tout cela est souvent rappelé et en particulier dans la vingt et unième homélie : c Souviens-toi de ces paroles que tu prononças au moment de ton initiation aux saints mystères : Je te renonce, Satan, et à tes pompes^ et à ton culte, » et ailleurs {Homil. xlvu) : « Tu as donné congé à toutes ces pompes, tu t'es voué au culte du Christ, le jour où tu fus jugé digne des mystères sacrés. •

Enfin, pour ce qui concerne la psalmodie, il dit (i Comment, in psalm. cxvri) que dans une des principales solennités le peuple avait coutume de chanter ces paroles du cent dix-septième psaume : Hœc est dies quam fecit Dominus ; exultemus et lœtemur in ea. Dans un autre endroit (In psalm. cxxxvii) il nous apprend que la psalmodie était exécutée en partie par les prêtres qui entonnaient, en partie par le peuple qui leur répondait. Il note trois psaumes qui se chantaient l'un le matin, l'autre le soir, et le troisième à d'autres heures du jour {In psalm. cxl). Enfin son commentaire sur le cent quarante-quatrième psaume nous révèle l'usage du chant alternatif des psaumes.

Ce petit nombre de détails, que nous avons glanés çà et là et pour ainsi dire au hasard, suffisent pour montrer à quel degré de perfection la hturgie était arrivée dans l'Église orientale vers la fin du quatrième siècle.

2. Saint AnccsTUf. Un travail pareil à celui qui précède peut être fait sur S. Augustin, et il sera plus satisfaisant encore, car on y retrouvera la liturgie des Églises d'Afrique presque dans son intégralité. Peu de mots suffiront pour vous mettre à même d'en juger.

S. Augustin avait divisé le culte public en cinq parties : psalmodie, lecture des Livres saints, récitation du sermon, déprécation de révèque* indication de l'oraison par la voix du diacre.

{• Pour ce qui est de la psalmodie, il la représente (Epist.cxïx. Ad. Januar. c. 18] comme l'exercice du peuple à l'église, toutes les fois qu'une autre partie du ministère n'est pas exécutée. Aussi parle-t-ii avec éloge [Confis, ix. 7), soit de la méthode pour le chant des psaumes introduite par S. Athanase, soit du chant alterné établi par S. Ambroise. De plus, dans son livre contre Hilaire (/it Retract, n. 11), il défend la coutume de TÉglise de Carthage consistant à dire devant les autels des hymnes tirées du livre des Psaumes, soit avant Toblalion, soit pendant la distribution de l'eucharistie au peuple. Il parle ailleurs (De civit. Dei. XXII. 8) des hymnes de vêpres, et de Valleluiah qui se chantait tous les jours dans certaines églises, et dans d'autres seulement pendant les cinquante jours entre Pâques et la Pentecôte. Nous savons par Possidius son biographe (c. xxviii) que pendant l'invasion des Vandales en Afrique, qui arriva peu avant sa mort, tien ne l'affligeait plus que de voir que les hymnes et laudes avaient cessé dans les Églises, et que, dans la sienne en particulier,

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