‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 235 sur 281 · PROT · texte numérisé non relu

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«n cela une entière liberté : tue erat qui nolentes <ogeret ad bibendum (Esther. i. 8) ; et pour maintenir cette honnête liberté, il avait placé à la tète de chaque table un des personnages les plus élevés de sa cour, prceponem metuis singuloi de principihiusuist ul sumerel untuquUque quod vellet.

La sévérité des conciles eut souvent à s*exercer contre ces déplorables coutumes. On cite en particulier celui de Nantes tenu en 650 (can. xv), qui, à raison des abus, défendit de boire à Thonneur des saints et au salut des âmes, et de prendre autre chose, dans les assemblées ou confréries, qu'un morceau de pain et un verre de vin (Cf. Longueval. Hid. de PÉglise gallic. t. iv. p. 6).

Nous trouvons une interdiction toute semblable dans lecapitulaire deCharlemagne de 189 : Omnino prohibendum têt omnibus ebrietatis malum, et Utoi conjuraiioneê qttasfaciuni persandumStephanum, 4ttU per nos aiU per fUios no$tros prohibimuSf c le mal de Tivresse doit être défendu à tous sans exception ; et nous prohibons ces espèces de conjurations que Ton fait en 1 honneur de S. Etienne, ou par nous ou par nos fils. » Dans son capilulaire (cap. xiv), Hincmar de Reims interdit à ses prêtres, « quand ils se rendaient aux collectes (assemblées), d^oser s'enivrer, et de boire à l'âme des snirits ou à son ftme à lui, ou de contraindre les autres à boire, ou de s'ingurgiter à la sollicitation des autres, » ne ad collectam venUnies te inebriare prœ" tttmerenl, nec precari in amore sandorunij vel ipsiusanimœ bibere, aut altos ad bibendum cogère, vel se aliéna precatione ingurgitare.

Si ceci atteste la dégénérescence des mœurs à une certaine époque, nous y voyons aussi une preuve incontestable du zèle et de la puissance de rËglise à ramener les mœurs dans les voies de l'Évangile !

PROTHÈSE (npodtoiç). I. — Au propre, ce mot signifie • proposition ». Dans les liturgies orientales, il désigne un petit autel, mensuh, placé à la droite du c bèma > (Y. ce mot), et où, avant de commencer la messe, le prêtre, aidé de ses ministres, prépare le pain et le vin et dispose tout ce qui est nécessaire pour le sacritice. Telle est la délinition que du Gange donne de la prothèse (Gloss, grœc. ad voc. irpoOsoiç), d'après les auteurs anciens, et notimment Germain de Constantinople, dont il cite au long les témoignages.

Nous savons en outre par Gretzer (In Godin. Curopalat. c. xvii. De offic, et officiai, curiœ et EcclêêiœjConstantinopolitanœ), que les oblata restaient sur cette table jusqu'à l'ofiertoire. « Alors, dit l'auteur de la science ecclésiastique (Ap. Renaudot. i. p. 186), le prêtre se dirige vers le petit autel de la prothèse, où il reçoit l'iONgAU (c'est-à-dire le pain eucharistique), qu'il examine exactement, afin de s'assurer qu'il est sans fissure, car la fissure est un défaut, et l'Ëcriture prescrit que l'agneau soit sans défaut. Or V oblata, c'est-àdire le pain destiné au sacrifice, est l'agneau d*un an prescrit dans la vieille loi, et qui ne doit pas

avoir de défaut. Si donc Voblata a des fissures ou ruptures quelconques, on ne peut l'offrir légitimement, non plus que le vin tourné au vinaigre, i Et un peu plus loin: c Quand le prêtre a reconnu que rien ne manque de ce qui lui est nécessaire, pain, vin, encens, charbons, et en outre tous les vases et instruments du ministère sacré, et que le tout est en Tétai convenable, il saisit Voblata^ et l'essuie légèrement, comme le Seigneur Ghrist fut lui-même lavé avant d'être livré au prêtre Siméon .. Enfin il dépose l'hostie, et la place sur le disque, ou patène, instrument qui signifie la crèche, et l'enveloppe dans un voile de lin, comme fil la Vierge à la naissance du divin enfant. Hais le disque, qui signifie d'abord la crèche, figure aussi le sépulcre. » Tous ces détails appartiennent à la liturgie copte-égyptienne de S. Basile (Y. les art. Grecs et Patène).

G'est ici sans doute que se place la bénédiction préliminaire des éléments eucharistiques, dont la formule s'appelait Oratio proœmii^ ou Oratio propositionis panis, ou protheseos. Voici l'oraison que nous trouvons dans cette même messe de S. Basile (Ap. Renaudot. Lilurg. orient, t. I. p. 3) : • Seigneur Jésus-Christ, Fils unique, Verbe de Dieu le Père, et consubstantiel et coéternel à ce même Père ainsi qu'à l'Esprit Saint, tu es le pain vivant qui es descendu du ciel, et qui nous as prévenus, et as sacrifié ton âme (ta vie) parfaite et sans défaut, pour la vie du monde : nous prions et supplions ta bonté, ô ami des hommes, montre ta face sur ce pain et sur ce calice, que nous avons déposés sous celte tienne table sacerdotale : bénis-les f , sanctifie-les +, et consacre-les + : transforme-les, de sorte que ce pain devienne ton saint corps, et le mélange qui est dans ce calice, ton sang précieux ; afin qu'ils soient à nous tous la protection, le remède, le salut de nos flmes, de nos corps, de nos esprits; parce que tu es notre Dieu, et qu'à toi seul est due gloire et puissance, avec ton Père si bon, et l'Esprit vivifiant et à toi consubstantiel, maintenant et toujours et dans tous les siècles des siècles. Amen, i

II. — ff Ceci étant fait, dit le patriarche Gabriel (Cf. Renaudot. i. p. 487), le prêtre enveloppe le pain eucharistique dans un voile de soie, le place sur sa tête et se met en marche, précédé d'un diacre un cierge à la main. Nous plaçons ici une figure qui peul donner une idée de cette cérémonie, bien qu'elle représente un diacre transportant la sainte hostie à la messe des présanctifiés du vendredi saint (V. Goar. Euchol. grœc. p. 177). Un autre diacre tient l'ampoule du vin élevée sur sa tête «t enveloppée dans un voile de soie, et, en avant de lui, un diacre portant un flambeau. Tous font une fois le tour de l'autel, et pendant cette procession on récite certaines oraisons en langue copte. Le tour de lautel étant achevé, le prêtre se tient à sa place, la face tournée vers Torient, et le diacre, également à la place qui lui est assignée, tient les yeux dirigés vers l'occident. Alors le prêtre place l'hostie sur sa main

gauche et la signe trois fois du sipne de la rroii, ainsi que l'ampoule du vin que le diacre lient toujours eiiTeloppée dans son étoffe de soie. >

C'est ainsi que romciant fait son entrée ï l'aulel au milieu des (lambeaux et des parfums, entouré de ses mmistres qui cliantent el se prosternent deiant lui, le priant de se souvenir d'eux dans Toblalion de ces dons.

Les Égyptiens ne sont pas les seuls qui, i l'eiemple des Grecs, suivent ce rit ; il se pratique ausii cliei les Jacobites, témoin Denis Barâniibi {CS. Renaudot. ib.), dans son comraenlaire à la liturgie de S. Jacques, lequel ajoule : » La cérémonie consislanl à transporter processionnellemenl, avnni l'oblalion du sacrifice, les sacrements (c'est-à-dire les élémenis) du pelit autel au grand, en circulant autour de celui-ci, représente la descente de Jésus-Christ parmi nuus, ainsi que toute k période de sa conversalion divine en terre. *

La même coutume existait cliez les Éthiopiens, selon ce qu'en rapporte Alvarez [Ibid.], qui, après avoir mentionné la procession autour du mailreautel. du de plus qu'on a^ite de petiles sonnelles, auquel signal tous se prosternent devant les saintes offrandes, toujours ï le>;emple des Grecs.

111. — Tout ceci prouve avec évidence que les Orientaux professent un profond respect pour les saintes espèces, non-s>euiement après que la consécration sacramentelle leur^ donné une nouvelle dignité, mais aussi dés qu'elles étaient destinées au sacrifice. Ils rendent a ces éléments un honneur anticipé, i raison du cliangement qu'ils doivent bientâl subir ; el c'est un véritable culte, un culte spécial, supérieur i celui des saintes images. Aussi voyons-nous dans Hiiitoire ecclésiastique d'Alexandrie que leur profanation, même avant la ronsécralion, était regaidée comme un crime : si bieti qu'un évêque du nom de Saca fut déposé pour avoir rompu et foulé aux pieds le u*fo>, c'est-â-dire l'hostie, alors qu'elle était déjà déposée sur l'autel.

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On sait même que ce culte donna lieu à une accusation d'idolâtrie contre les Grecs, au concilt de Florence, tenu pourla réunion des deux ^lises. Quelques théologiens latins préLendireal qu'ils rendaient aux oblata, avant qu'ils fussent changé au corps et au sang de léaUs-Christ, des honnenis dont de simples éléments ne sont point dignes. Les Grecs répondirent que le culte atiribnè aux simples éléments n'était point un culte de lurie. Au commencement du dix-huitième siècle, Gabriel Severus, métropolite de Philadelphie, puUii i Venise une apologie de la pratique des Orlentiui à cet égard ; celle pièce fut plus tard éditée ût nouveau par ce savant homme, avec une Knm latine en regard el de nombreuses notes.

IV. — Dans son traité des ollicei delÉglisett de la cour de Constantinople (cap. iiiijmin. seqq-), Codinus Curopalate nous a transmis de curieux détails sur la part que l'empereur ptiuit i la procession de la prothèse, à l'occasion de ant couronnement.

Quand le moment était Tenu de transporter les otfafa, quelques diacres se détachaient du reste du clergé el allaient chercher le nouvel empereur. Celui-ci entrait avec eux dans le lieu de la prothèse, où il se revêtait d'un manteau lissn i'w; puis, la couronne en tête et portant à la miiiiganche un bllon appelé nartkex ou ferula. il Duinil la procession, escorté de cent hommes d'amw; venaient ensuite les diacres, puis les pr«re> portant les ohlations. L'empereur, sapprochint ensuite de fa porte majeure ou basilique du Saint des Saints (sur la porte dile ionii^, ï. l'art. Btuiliqutt ehrélimnet, III, p. i«, 2" «L dernier paragraphe), où le patriarche l'attendait, s'arrêtait à l'intérieur de celte porte où ils se s»luaient réciproquement par une inclination d( tête. Alors passait un diacre qui, tenant le f^ lium pairiarcal de la main droite, s'arrètjil itvaut l'empereur el entonnait à haute voix ces paroles: • Daigne le Seigneur Dieu se souvenir de 11 puissance de ton régne dans son rojsumc, m tout temps et en tout lien et dans les sièclei des siècles. Amen. > Ce chant était répété parlesnitres diacres et prêtres qui suivaient. Et quand ils franchissaient les portes du sanctuaire, chacn d'eux chantait au patriarche le même verset, avec celte niodificalion de droit : • Ijie le Seigneur se souvienne de ton pontifical, en tout lieu. etc. *

Ces cérémonies étant accomplies, l'emperear saluait le patriarche, dêpos;iil le palada'»al*^ et se relirait à sa place. Au moment de la cmmunion que, en ce jour, il recevait à lintérirtr des cancels avec les ralnistr, s sacrés, il prenait de sa propre main l'espèce du pain, et le pfétiao sang dans un calice que lui présentait le pairi"'clie. Hais, avant de communier, il enaiwit « forme de croix l'autel d'abord, puis le patrwd». lequel, recevanl l'encensoir des roaioa inipériala. lui rendait i son tour les honneurs de l'enta»- C'est alors que, dépouillant sa tète de U wiumK

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