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la discipline de l*Ëglîse primitive sur cet important ol^ef» pourrait suffire à lui seul comme démonstration, nous y renvoyons le lecteur studieux. Nous entrerons dans quelques détails en faveur de ceux qui n'ont pas la possibilité de recourir aux sources.
Nous parlerons d*abord, selon la division indiquée plus haut, des corps mêmes des Saints, et en second lieu des différents objets qui oblenaient, eux aussi, une sorte de culte, comme ayant eu quelques rapports ou quelque contact avec leurs personnes.
I. — Partant de cette double idée que les restes des Saints étaient pour ceux qui les possédaient une protection et un encouragement à la vertu, les premiers chrétiens cherchaient à s*en procurer à tout prix. Ils se p^écipitaient au milieu des amphithéâtres et des arènes pour enlever les corps des martyrs, pour recueillir leur sang avec des éponges, des linges, des matières absorbantes quelconques (Y. Tart. Sang det martyrà) ; ou bien ils se procuraient à prix d'argent ces reliques sacrées , et après les avoir obtenues d*une manière quelconque, ils les baisaient et les embrassaient avec piété, ils les couvraient de parfums, les enveloppaient dans de riches étoffes, notamment dans des dalmatiques d*or ou de pourpre, dont les débris se retrouvent encore dans les loculi des catacombes (Boldetti. 1. I. c. 58), enfin ils leur donnnient une sépulture honorable, et souvent même décorée avec toute sorte de magnificence (Y. Boldetti. 1. m. c. 22), et ces tombeaux devenaient pour eux des sanctuaires où ils portaient leurs hommages et leurs prières.
Un des plus anciens exemples de ce culte empressé nous est fourni par les actes de la passion de S. Ignace, martyrisé à Rome sous Trajan. Nous y voyons que les fidèles recueillirent avec un soin respectueux, et au milieu des plus grands dangers pour eux-mêmes, les restes de ce pontire, afin de les rendre à son Ëglise d*Ântioche (Ruinart. edit. Yeron. p. 13). Dans la lettre de TÉglise de Smyrne (Euseb. HUL eccl. iv. 15) sur le mart^Tede S. Polycarpe, il est dit que les fidèles enlevèrent ses ossements, c plus précieux pour eux que For et les pierreries les plus rares, et les placèrent en lieu convenable, ubi decebat, » Et c'était bien un culte religieux que les chrétiens rendaient à ces restes vénérés, puisque les païens maniPestèrent la crainte de voir Polycarpe remplacer le Christ sur les autels; et du reste, le texte même indique clairement qu^une fête annuelle serait célébrée en leur honneur : Quo ttiam loci nobit ut fieri poterit y congregatii, in exultatione et gaudio prœbebit Domtnm natalem mariyrii ejus diem celebrare, f dans ce même lieu, où nous nous réunirons, comme il sera possible de le faire. Dieu nous donnera de célébrer avec joie et allégresse le jour natal de son martyre. » Une crainte toute semblable fut manifestée par le président d'Espagne Decianus,au sujet de S. Yincent. Espérant avoir raison de la constance du saint diacre, il le menace de détruire
son corps, afin d*empêcher l'inscription du tOu" lut, ainsi que les autres honneurs que TËgUse ne manquerait pas de lui rendre. Cette circonstance nous est connue par les actes du saint martyr et aussi par ces vers de Prudence (Perisîqth.) :
Sed restât illud ultiraum Inferre pœnam morluo, Feris cadaver tradere.
Canibusque carpendum dare.
Jana nunc et ossa exUnxero, Ne ait sepulcnim funeris, Quod plebs gregalis excoJat, Tilulumque flgat martyrls.
Mergain cadaver fluctibus.
« Hais il reste encore une dernière vengeance : c'est infliger même au mort un châtiment, en livrant son cadavre aux bétes, en le donnant à dévorer aux chiens, j'aurai ainsi anéanti jusqu'aux ossements, afin qu'il ne reste pas même une tombe que vienne vénérer le menu peuple, et inscrire le titre du martyr. Je jeiterai le cadavre dans les flols... >
Sous la persécution de Dioclétien, Âglaé envoie son serviteur Boniface dans TOrient avecdescliars, de Tor et des parfums pour lui rapporter des corps de martyrs; et cet or servit à racheter le corps de Bonirace lui-même qui fut arrêté et mis à mort pour Jésus-Christ; les riches étoffes servirent à Tenvelopper, et les chars à le ramener à sa maitresse qui le conserva religieusement (Ruinart. ibid. 249).
Les sommes dépensées pour le rachat des corps saints étaient souvent fort considérables; mais les fidèles ne craignaient point d*y mettre des trésors, persuadés que par ces généreux sacrifices ils se préparaient des trésors éternels, comme il est dit dans les actes des SS. Firmus et Rusticus (Maffei. Supplem. ad Ruinart. p. 548. col. 2) : Emerunt {Terentius cum Gaudentio) beatorum corpora martyrum Firmi et Rustici, ut thesaurdb sibi conoerert m £TBRRnx. On sait que plus tard Luitprand, roi des Lombards, déboursa une somme considérable pour retirer le corps de S. Augustin des mains des Barbares (Paul Diac. De gest. Ijongobard. I. vi. c. 48. part. 1. t. i. Rer, Italie, p. 506), et que de pieux chrétiens en firent autant pour arracher aux païens les reliques de S. Jean-Baptiste (Hufîn. Hist. eccl. l.n. c. 28). Pans ses notes au martyrologe romain (vn april, d), Baronius atteste que ce fait était très-commun pendant Tère des martyrs : Christianoi consueviêse redimere corpora sanctorum ad tepeliendum ea^ acta divertorum martyr um sœpe testaniur.
Mais il ne leur était pas toujours possible de satisfaire leur piété à cet égard. Les païens, auxquels Tempressement des chrétiens était bien connu, mettaient tout en œuvre pour leur soustraire les corps saints (V. Boldetti. p. 90), et quand ils voyaient que rien ne pouvait déjouer les pieuses ruses des fidèles, ils brûlaient ces corps et en jetaient les cendres au vent ou les livraient aux flots de la mer; et souvent ils se voyaient vaincus par des chrétiens héroïques qui s*efTorçaient d^éteindre avec du vin et des aromates les
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ossements à demi consumés (Ruin. Ad. SS. Fnuy iuosh etcp. 191).
Pour preuve du prix que les premiers chrétiens attachaient à la possession des saintes reliques, on doit rappeler encore les vives discussions et les combats qui eurent lieu quelquefois entre villes ou contrées diverses, pour se les disputer; témoin, pour nous en tenir à un exemple puisé dans notre histoire, les longues contentions entre les habitants de Poitiers et ceux de Tours au sujet du corps de S. Martin (Greg. Turon. Hist. Franc, 1. 1. c. 43. V. aussi Evagr. EccL hist. i. 13. — Evod. De mirac. S. Steph. SuppL ad t.yii Opp, S. AuguS' Uni. — Cassian. Collai, vi. 1. etc.).
Le culte des reliques était tellement enraciné dans les mœurs de TËglise primitive que les novaleurs eux-mêmes le conservaient religieusement quand ils se séparaient du centre de Tunité; ils mettaient tout en œuvre pour se procurer des corps saints qu'ils regardaient comme la sanctification indispensable du lieu de leurs assemblées. Ainsi vit-on les novatiens dérober les reliques de S. Sylvain dans le cimetière de Maximus où elles avaient été déposées aussitôt après son martyre avec celles de Ste Félicité. On ne sait pas au juste à quelle époque ce larcin fut commis ; mais ce fut certainement vers le milieu du troisième siècle, car c'est en 251 que Novats*était séparé de TËgiise.
Hais il est un fait qui parle plus clairement encore de la pratique de la primitive Église à cet égard, c'est que, dès son origine, elle a inséparablement uni le culte des reliques de ses Saints au sacrifice eucharistique en célébrant les mystères augustes sur le tombeau des martyrs : cet autel doublement sacré s'appela mémorial martyrium^ confessio (V. l'art. Confession). Le pape S. Félix, qui siégeait en 269, érigea en loi positive cet usage primitif (Lit. poniif. In S. Felic. n. 2). Après les persécutions, les premières basiliques <u^ (/to furent construites directement au-dessus des cryptes qui renfermaient les corps saints (V. l'art. Basiliques chrétiennes)^ et plus tard on transporta ces corps dans les villes, et des temples somptueux s'élevèrent de toutes parts pour les abriter. Enfin le cinquième concile de Carthage (can. x) décréta qu'aucune église ne pourrait être consacrée sans que des reliques n'eussent été placées sous l'autel (V. l'art. Autel). Plus tard on déposa des reliques dans les portes des églises (Baron. Not. in martyr roi. xvm nov.), et les fidèles les baisaient avant d'entrer. On les renfermait encore dans les sacristies (TiJlemont. Hist.eccl. t. i. art. 10), ou dans des armoires disposées à droite et à gauche de l'autel (Bocquiliot. Lit. sacr. p. 97). On conservait parfois des corps saints, en totalité ou en partie, dans des oratoires privés (Joan. Diac. 1. m. c. 58. Vit. S. Greg. Magn.), et même dans les maisons, ainsi que Prudence semble l'indiquer (Peristeph. yi. vers. lôO); et dans son hymne sur S. Vincent (Ibid. vers. 344.), il Taffirme positivement du sang recueilli par divers procédés :
Ut domi réservent posteris.
On plaça souvent des reliques dans des croix, et cela jusques dans les temps modernes, témoin la croix de Tobélisque de la place Saint-Pierre à Rome ; dans les crucifix de bois, dans la tète notamment : exemple, le célèbre crucifix de Lucqaes ; dans les images saintes qu'on peignait sur les murailles des églises. Ainsi, le crucifix en mosaïque de l'abside de Saint-Clément reçut, comme l'atteste l'inscription qui règne au bas du monument, un fragment de la vraie croix, une dent de S. Jacques et une de S. Ignacemartyr (Boldelti m. XXII. — y. une foule de détails historiques, qui De sauraient trouver ici leur place, dans l'ouvrage de Trombelli, De cultu sanctorum. t. n. part. 1). Les fidèles portaient aussi des reliques suspendues à leur cou dans des croix ou des reliquaires de diverses formes. Bosio (p. 105} donne le fac simiie d'une croix d'or et d'un petit coffret du même métal, munis l'un et l'autre d'un double anneau qui détermine assez l'usage auquel ils étaient affectés. Ces petits monuments furent trouvés dans des sarcophages antiques, exhumés en 1571, di cimetière du Vatican (V. Fart. Encolpia),
II. — La vénération des fidèles ne se bornait pas aux corps des Saints, elle embrassait tous Its objets qui leur avaient appartenu ou avaient é(ê avec eux en contact plus ou moins immédiat.
1* Pour les martyrs, les instruments de supplice. Un discours portant le nom d'EusebiusGailianus et qu'on a quelquefois attribué à S. Eucher (Biblioth. PP. t. IV. p. 669) mentionne cet usage et, parmi ces objets justement vénérés, cite notamment les chaînes qui avaient serré les membres des martyrs. Personne n'ignore que celles du prince des apôtres, qui se conservent encore aujourd'hui dans la basilique de Saint-Pierre^s-Lien^ à Rome, furent dès les temps les plus reculés un objet de vénération, et TËglise célèbre même U 1*' août une fêle en leur honneur. S. Grégoire le Grand, qui fait plusieurs fois mention de ces précieuses reliques (Epist. i. 36. vn. 36), rap^rk qu'on en distribuait de la limaille renfermée dac) (le petites clefs d'or; il avait lui-même envoyé une de ces clefs à Clùldebert, roi de France {Episl. ti. lib. 6), et une autre à un illustre personnage delà Gaule, nommé Dinamius (xxxm. lib. 3). 11 en éia^t de même des chaînes de S. Paul qu'on possédail aussi à Rome (Id. Epist. iv. 30); S. Qin'sostoiDe avait déjà célébré ces dernières.
Quelques martyrs, entre autres S. Babylas, regardant leurs chaînes comme leur plus beau litre de gloire, à l'exemple de S. Paul qui aimait a s'appeler vinctus Christi^ c renchaliié du Christ (Ephes. ni. 1. Philem. i. 9), demandaient qu'elles fussent déposées avec leur corps dans leur tombeau (Chrysost. De S. Babyl. Contr. Julian- d». S. Ambroise avait recueilli non-seulement le sang des SS. Vital et Agricola, mais encore lescroii^ic leur supplice et les clous qui les y avaient ilt»chés (loc. cit, supr.). Les débris de vases d'ai^ii*? sur lesquels S. Vincent avait été couché éuieul grandement vénérés des fidèles (Prudent. Pf-
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