‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 243 sur 281 · LA · texte numérisé non relu

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dont le laconisme atteste la baule anliquilt (Y. Greppo. Notice tw S. Exapère, martyi).

Les linges et les éponges imprégnés de sang^Vi comme nous l'avons dit plus haut, avalent Ai quelquefois trouvés dans ces ampoules, venucat donner un corps à ces observations. De piut, m apportait encore pour preuve une opératioD àà-

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SANG

mique due au philosophe Leibnitz. Il est vrai de dire que ce que Ton prenait pour une affirmation n'était, dans le texte du savant protestant, qu*un simple soupçon, entouré d*une prudente réserve : inde nota nobis merito suspicio e»l iangtiineam po^ Um materiam ene quam ierrettrem $eu mineralem (V. Fabretti. Inêcr, domesL c. vu. p. 550).L*insurfisance de Tanalyse opérée par ce grand homme, non plus que rhésilation avec laquelle il la propose lui-même, n'étonneront personne, si Ton réfléchit que la naissance de la chimie, comme science proprement dite, n*eut lieu que prés d*un siècle plus tard. Maïs un fait récent semblerait mettre ici une certitude à la place du simple soupçon de Leibnitz. Nous voulons parler d'une expérience semblable à la sienne, mais opérée au moyen des procédés de la science moderne, sur le contenu d*une ampoule découverte eu 1844 dans une crypte sépulcrale chrétienne, près de Tégllse de Saint-Nazaire à Milan. Le rapport authentique du chimiste Broglia, en date du 18 avril 1845, atteste que le vase contenait une substance animale qui, dans sa conviction, n'était autre que du sang (V. Sepolcri aistiani icopertiin Milano, p. 43 — Hilano, 1845).

Il y a plus encore : dans plusieurs vases des catacombes qui avaient été et étaient restés ej^actement bouchés, on a trouvé du sang liquide, mais blanc à la surface, parce que la partie séreuse s'était séparéede la matière colorante. Mais il suffisait d*agiter le vase pour que le sang, se recomposant, reprit sa couleur naturelle. Bosio avait plus d'une fois constaté le fait, et Mabillon l'admet sur son témoignage {Ep. Euseb. n. 4. 2 edit.) ; Boldetti (p. 1 37) eu cite plusieurs exemples observés par lui-même, particulièrement au cimetière de Gyriaque ; et nous avons en dernier lieu rautorité du P. Marchi, qui, dans ses longues explorations des cimetières romains, atteste avoir été témoin de faits de même nature.

Nous ne mentionnun.<f que pour mémoire certains vnses enveloppés encore d'une couche épaisse de mortier sur lequel figurent diverses abréviations du mot sANtivis : sa — sang (Âringhi. t. i. p. 498); — SA SATVRNiHi (Id. p. 496) : inscriptions qui, si elles étaient authentiques, constitueraient une preuve irrécusable en faveur de la présence du sang dans les vases où elles sont tracées. De savants paléographes, M. De' Rossi, d'après des documents authentiques, et le R. P. Garrucci, d'après la forme des caractères (Y. Hagioglypta. p. 107), ont reconnu que ces monuments sont faux. Us avaient été remis par le faussaire luimême à l'abbé Grescenzio, qui, à son tour, avait, sans le vouloir, induit en erreur Severano, éditeur de Bosio. G'est ainsi que ces vases ont été introduits dans la Roma solterranea.

Cet usage de joindre le sang des martyrs aux sépultures chrétiennes s'obseiva en plusieurs lieux autres que Rome. Outre l'exemple de Milan cité plus haut, nous en avons un de la catacombe de Mainte-Catherine deGhiusi (Y.Cavedoni.Cimt^C/iit» .

p. 81), et qui se présente •avec des circonstances exceptionnelles. Au lieu d'un vase quelconque, on a observé à l'intérieur d'un loculu$ un petit creux pratiqué dans le tuf lui-même, et où était di'posée de la terre imprégnée de sang, terre qui avait été recueillie sans doute sur le lieu du supplice. Cette terre, après la reconnaissance du tombeau, qui est bisome, et selon toute apparence celui de deux martyrs, a été enfermée respectueusement dans deux petits vases.

Outre les vases de verre et de terre cuite, de toute forme et de toute origine, où la présence du sang a pu être constatée, il s'est trouvé que plusieurs de ces coupes historiées et à fond d'or qui servaient dans les agapes et peut-être aussi dans les saints mystères (Y. l'art. Fonds de coupe), en portaient également des traces très-visibles. Boldetti (p. 188) affirme en avoir rencontré un certain nombre. Il est touchant de penser que ces calices qui avaient servi aux fidèles pour s'administrer le sang adorable du Christ répandu pour leur rédemption, aient pu à leur tour recevoir le sang de ces mêmes fidèles répandu pour la gloire du Qirist.

2» La seconde question est plus grave encore : c'est de savoir quel but se proposaient les premiers chrétiens en fixant aux tombeaux de leurs frères des vases contenant du sang de martyr. L'antiquité ne nous fournit aucun document positif qui soit propre à nous éclairer à cet égard. Mais, une fois en possession du premier fait, la présence du sang des martyrs dans les vases, les explorateurs des cimetières chrétiens, Boldetti surtout (1. 1. c. XXVI. segg.) et les antiquaires de la même école crurent pouvoir en conclure que les ampoules de sang étaient destinées à marquer la sépulture des martyrs eux-mêmes. Cette opinion avait besoin de preuves et l'on crut les avoir trouvées dans quelques textes anciens : ceux que nous avons rapportés ci-dessus.el dont nous laissons au lecteur le soin d'apprécier la valeur quant à la question présente, ont été allégués comme preuve de la thèse qui nous occupe, non-seulement par les auteurs du xv* et du xvi* siècles, mais encore par beaucoup d'écrivains modernes, entre autres par Dom Guéranger dans un opuscule spécial, par l'abbé Greppo (Op. laud. p. 19), avec plus d'étendue encore par le P. Secchi [Mem. di archeoL crist.sul corpo di S.Sabiniano If., p. 15) et depuis par M. le docteur Kraus, dans deux mémoires successifs publiés, l'un à Francfoit en 18t 8, l'autre à Fribourg en Brisgau en 1872. Et ces témoignages parurent tellement im^tosanls à Raoul Rochette, qui jusque-là avait combattu la doctrine du vase de sang, qu'il crut devoir, dans une lettre au P. Secchi, rétracter tout ce qu'il avait précédemment écrit à ce sujet.

Enfin, comme il s'agissait de distinguer des fausses reliques celles qui pouvaient être proposées à la vénération des fidèles, on invoqua l'intervention de la Congrégation des rites, laquelle donna, le 10 avril 1668, sous Clément IX, l'avis suivant :

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Cum de notis disceptaretur ex quihus verœ uindoiiim maHyrum reliquiœ a faliis dignoêci potsint, eadem sancta Congregaiio cenniit palmam et voê Ulorum sanguine tinctwn pro signii certiêshnis habenda esse. Il est essentiel d'observer que ce décret, qui a été renouvelé de nos jours par la même Congrégation, n*afBrme rien quant à la présence du sang dans tel ou tel Yase en particulier ; mais, pour que Fampoule puisse être tenue comme indice certain du martyre, elle suppose qu il a été dûment constaté qu*elle contenait réellement du sang.

Sans croire porter atteinte au respect qui est dû à la Congrégation des rites, même quand il s'agit de Tappréciation d*un fait purement archéologique, plusieurs personnages, recommandables par leur piété, non moins que par leur savoir, entre autres le célèbre Muratori, crurent pouvoir n*adhérer au décret qu'avec une certaine réserve. La plupart d'entre eux, et en particulier Blabillon, Âringhi, Fabretti, s*en écartèrent d'abord pour ce qui concerne la palme, si énergiquement défendue par Doldelli, et de nos jours encore par le P. Marchi. En analysant la controverse élevée à ce sujet, le grand pape Benoit XIV rapporte cette dissidence sans la blâmer et s*y rallie lui-même (De canonix, 55. 1. IV pari. 11, cap. vm, n. 26) ; et dès lors celte partie du décret fut regardée comme abrogée.

Pour ce qui est du vase lui-même, des doutes ont élé plus d'une fois exprimés sur sa valeur comme preuve du martyre par les hommes les plus graves. Au siècle passé, Mabillon, ce père de la crilique moderne, se montra fort perplexe à ce sujet. Après s'être d'abord prononcé contre cette doctrine dans son célèbre opuscule intitulé : De cullu sandorum ignolorum, il déclara plus tard adhérer au décret de 1668. Mais une lettre intime du 12 février, dont l'original se conserve à la Bibliothèque nationale, exprime de nouveau des doutes que, selon son expression, « le respect dû au Saint-Siège et à la Congrégation des rites l'empêche de mettre au jour. » Muratori, dans une letlre à Ansaldi (Cf. Le Blant. D'une publication nouvelle $ur le vase de gang, p. 5) laisse aussi percer des hésilatioiis qu'il dissimule par déférence. De nos jours, des antiquaires d'une grande autorité ont aussi manifesté une opinion contraire, sans que le Saint-biége ait prononcé contre eux aucune censure, il est essentiel de le constater. Nous ne citerons que le R. P. de Buck, jésuite néo-bollandiste (De phialiê rubricaiis quibus martyrum romnnorum sepulcra dignoici dicuniur. — Bruxelles, 1855), et H. Edmond Le Blant, membre de rinstitut (1* la Question du vase de sang, Paris, 18ô8; — 2*" D'une publication nouvelle..,. 1869). Les lecteurs qui désireraient connaître plus k fond l'état de celle importante et délicate question, ne consulteraient pas sans fruit ces savantes publications. Pour nous, pleins de respect pour les les décisions de la Congrégation des rites, nous nous bornons à conclure de ce qui précède que la

preuve du martyre par le vase ne nous parait pa? avoir été jusqu'ici établie archéologiqumenl,

SARCOPHAGES GHRÉTIE?(8. - La se-

pullure des premiers chrétiens était humble et pauvre (Y. les art. Cimetières, Ensetotltuemeni, Loculiy Sépultures). Nais, toutes les fois que les circonstances laissaient un libre essor à ce sentiment de piété pour les morts qui fut l'un des caractères les plus saillants du christianisme dès son origine, on vit des fidèles distingués par leur naissance ou par leur fortune se donner des tombeaoi de marbre ou même de porphyre, plus ou moins enrichis de sculptures. Chez nos pères dans la foi, comme chez les païens, on donuait aux tombeaux de cette classe le nom de sarcophage, comme nous le voyons par des textes anciens et par des monuments épigraphiques : Arcam in qua mortuus ponitur, dit S. Augustin {De dvit. M. lib. xvni, c. 5), omnes jam sarcophagum ffocanl. Nous aimons à citer aussi le témoignage du poète Prudence (Cathemer. m. v. 201) :

Spes eadem mea membra manet. Que redoleniia funerco Jussa quiesccre sarcophago.

Une épitaphe romaine de l'an 345 établit le même fait : m hoc sarcofaco cohoitos (ïrucr. dir'ul. Rom. n. 550).

Les chrétiens, qui n'admirent jamais le système païen de la crémation, s*inspirant des éloges donnés par le iSauveur à Madeleine, ad sepeUendm me (ecity et aussi de l'exemple de la sépulture de Jésus-Christ, regardaient comme un devoir de piété d'embaumer les corps de leurs frères atec de précieuses aromates : c'est à quoi Prudence fait allusion dans les vers transcrits plus haut. Or, pour des corps ainsi embaumés, el qui devaient être déposés dans des hypogées ouverts, à l'instar de ceux de la Palestine (Y. l'art. Catacombes, Yl, 2), toujours accessibles aux vivants, le mode desépalture le plus convenable était le sarcophage-, aussi fut-il adopté pour les tombes les plus distinguées et les plus vénérables, même dès les temps apostoliques.

Quelle place les sarcophages occupaient-ils dans les cimetières souterrains? Dans les catacombes romaines, dès Torigine jusqu'à la seconde moitié du troisième siècle, ils étaient déposés sur le sol, adossés aux parois des vestibules, des grands ambulacres des hypogées ou encore dans des chambres construites ad hoc et assez vastes pour qu'un sarcophage pût être abrité sous un grand arc, dans chacune des parois, excepté celle oiî s'ouvrait la porte. 11 en existe un exemple dans la oifpia quadrala de S. Janvier, le fils aîné de Sle Félicité, au cimetière de Prétextât (De'Rossi. R(mi 5. t. ni. p. 442). Plus tard, ces sarcophages déposés sur le sol contre les parois cédèrent la ^^ aux simples loculi (V. ce mot), et, pour les sépultures plus riches, on adopta le système de 1V«>solium (V. ce mot), tombeau creusé dans la n«sse du tuf et imitant la forme du sarcopliage. Cepen-

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daot Tusage du sarcophage lui-même ne fut pas complètement abandonné, on continua à en ados' ser aux parois des grands corridors, des vestibules et même des plates-formes des escaliers. Quelquesuns ont été retrouvés de nos jours encx>re à leur place, dans ces conditions, au cimetière de Prétextât (De* Rossi. Ib,), Cet usage reprit même une nouvelle faveur à la fin du troisième siècle; alors les sarcophages furent quelquefois incorporés aux arcosolia, et se substituèrent aux tombeaux qui avaient été auparavant pratiqués dans le tuf.

(iuelle était la position des sarcophages dans les cimetières pratiqués à la superficie du sol ? A Rome, ils étaient rangés autour des basiliques, bâties au-dessus des cryptes les plus célèbres. C'est ce que Ton voit en particulier dans les cimetières de Cal liste et de Ste-Sotére. Les tombeaux (sarcophages de marbre ou de terre cuite ou sépulcres construits) n*y étaient pas toujours juxtaposés comme dans nos cimetières modernes, ce qui eût soustrait à la culture de trop grands espaces de terrain, mais souvent superposés par couches dans la profondeur du soi, système déjà adopté par les Juifs. 11 en était de même dans les autres con- Irêes, daqs les provinces du Rhin, par exemple, dans toute la Germanie romaine, la Dalmalie, ristrie, la Yénétie, etc. On en peut citer un grand nombre d^exemples dans la Gaule, notamment dans le midi de la France ; mais aucun de ces cimetières n'est aussi célèbre que celui des Aliscamps (Champs Élysées) à Arles, cimetière auquel Dante fait allusion dans son Enfer (ix. 112, 115) : Si corne ad Arli ove 7 Rodano stagna^ Fanno t sepolcri iutto */ loco varo^ « comme à Arles, où le Rhône est stagnant, les sépulcres rendent tout le sol gibbeux. » Dans cette nécropole, les tombeaux étaient groupés autour de plusieurs sanctuaires, dont les plus connus sont la basilique de Saint- Pierre et celle de Saint-Honorat où fut enseveli S. Trophime, fondateur de TËglise d'Arles.

Les sarcophages étaient quelquefois divisés à l'intérieur en deux, trois et jusqu'à quatre compartiments, selon le nombre des corps qu'ils devaient recevoir, et alors ils s'appelaient, d'un mot hybride, bisomus, trisomus^ quadrisomus (Reines. Inscr. cla$s. xx, n. 289). Le bisomus était surtout employé pour la sépulture de deux époux; en voici un exemple (Boldetti, p. 287) : im. m. i. s. TVRDvs. £T. CECiLU. BisoMv. Les Icttrcs du commencement se lisent : In monumento isto suni. Une autre épitaphe (Id. 342) désigne les deux personnes qui occupent un bisomus : bisomv vigtoris II

ET VICTORIES QVAE || RECESSIT IN PAGE. Bosio (Roma

setter, p. 75. — Cf. Botlari. tav. xvni) avait rencontré au cimetière du Vatican un sarcophage renfermant les corps des papes Léon 1", II, III et IV.

On pourrait diviser ces monuments en deux classes principales. La première comprendrait ceux dont les quatre faces ou au moins trois d'entre elles, le devant et les retours, sont décorées de sculptures en bas, demi ou très-haut relief, aussi

bien que la frise qui les couronne ; dans la seconde classe se rangent ceux qui n'offrent des sujets que sur leur face antérieure, et sont ornés, en totalité ou en partie, de ces espèces de cannelures sinuées qu'on appelle strîgUes^ à cause de leur ressemblance avec l'instrument de ce nom dont les Romains se servaient pour essuyer la sueur qui couvrait leur corps après les exercices gymnastiques (Y. l'art. Sirigiles).

Les sarcophages de la première catégorie ont quelquefois deux ordres de bas-reliefs, séparés par une frise où l'on a retracé des emblèmes ou de petits sujets allégoriques (V. Aringhi. t. i. p. 277. — Millin. Midi de la Fr. atlas, pi. lxi. 4). Mais le plus communément il n'y a qu^un seul rang de figures, et alors elles ont des proportions plus grandes, et oflrent en général plus de mérite sous le double rapport du style et de l'exécution.

Ces sculptures reproduisent des faits de l'Ancien et du Nouveau Testament (Y. notre art. Scènes de r Ancien et du Nouveau Testament)^ entremêlés, toujours dans une intention mystérieuse, descènes de la vie pastorale (Bottari. tav. clxiu. — Y. notre Étude archéol. sur l'agneau et le Bon Pasteur, Mâcon, 1860), ou de pêche (Bott. \u\\), ou bien encore de représentations de repas (Y. notre art. Représentations de repas), le tout allusif à la résurrection et aux délices de la vie future.

Les figures étaient prises parmi celles qui, comme le pasteur et l'orante, avaient un caractère assez vague pour ne réveiller aucun soupçon chez les idolâtres. Quant aux sarcophages décorés de sujets bibliques et incontestablement chrétiens, il n*en a été jusqu^ici trouvé aucun que Ton puisse attribuer à une époque antérieure à Constantin. II n'est pas impossible néanmoins qu'il en ait été fait dans les intervalles de paix et de tolérance qui eurent lieu surtout au troisième siècle, etTun des plus beaux et du christianisme le moins douteux de tous ceux qui sont réunis au musée du Latrau est regardé par les hommes compétents comme antérieur à la paix constantinienne. Mais enfin le plus grand nombre est du temps de Constantin et des époques suivantes. Aussi appartiennent-ils aux cimetières supérieurs et aux basiliques suburbaines des quatrième et cinquième siècles; les autres (exclusivement chrétiens) ont été généralement trouvés dans les cimetières souterrains.

Il faut observer que les sculptures des sarcophages sont empreintes d'un symbolisme plus compliqué et plus couvert que les peintures des catacombes, quoiqu'elles soient en général moins anciennes que celles-ci. Le motif de cette réserve, c'est que, à raison de leur masse, ces urnes funéraires devaient être travaillées en plein air, souvent sous les yeux des profanes, et placées pour la plupart dans les basiliques ou les cimetières supérieurs, accessibles à tout le monde, étendes temps où la pacification et la liberté de l'Église étaient encore sujettes à de fréquentes intermittences.

Communément, chaque groupe de figures est séparé de celui qui le précède et de celui qui le

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suit par une colonne ornée de pampres et souvent même de petits Génies cueillant des raisins (Bott. tay. xxxvui); quelquefois les scènes et les personnages, isolés ou groupés, sont séparés par des palmiers tenant lieu de colonnes (Id. xix), ou par de simples pampres chargés de fruiU (xxvin) ; ou bien encore ils sont abrités sous des arcades dont Tensemble figure un portique d'une élégante architecture (Tav. XXI. ~ MiUin. ibid. pi. xxvii. 2). Nous devons une mention spéciales une classe de tombeaux bisomes, destinés à la sépulture de deux époux. lis ont ordinairement au centre une coquille ou un espace circulaire où se voient, à Tinslar des imagines clypeatœ des anciens (Y. ce mot), deux figures en buste (V. la planche plus bas) ; dans quelques sarcophages de la Gaule (Millin. ibid, Lxv. 3), le milieu est occupé par la tablette ou tessére, et les figures des époux, placées cha> cune dans un médaillon à part, au centre des deux sections de la frise, sont soutenues par des Génies ailés. D'autres fois, le compartiment du milieu est rempli du haut en bas par deux pei*$onnages en pied, se donnant la main en pleurant : c'est l'adieu suprême des deux époux. Tel est le tombeau de Probus, préfet du prétoire, et de Proba Faltonia sa femme (Bott. xvii), tombeau très-remarquable de la fin du quatrième siècle.

Les sarcophages strigi lés sont d'une composition plus simple et plus régulière ; il en est qui n'ont absolument pas de personnages, mais, au centre, le monogramme du Christ dans une couronne, et des pilastres aux deux extrémités (xxxvii). D'autres offrent, au milieu de leur face antérieure, deux ou trois figures, et une à chaque extrémité (xxvi. XXXVI. — Millin. ibid. Lvni. 2). On en trouve que Ton pourrait appeler mixtes, parce qu'ils renferment des figures dans la majeure partie de leur face principale, et que les strigiles, souvent distribués en deux étages, ne prenant que la moindre partie de l'espace, n*y sont employés que comme accessoire (xxxvii). Une singulière élégance résulte de cet ensemble.

Au-dessus des sarcophages à figures règne parfois une frise ou un couvercle où sont sculptés des personnages dans de moindres proportions, et qui a pour répitaphe une tablette, soutenue par des Génies ailés (Id. lxxxv). Ce que l'on peut citer de plus remarquable en ce genre, c'est la frise supérieure du célèbre tombeau de Junius Bassus, où l'on voit des agneaux exécutant plusieurs scènes du Nouveau et même de l'Ancien Testament (V.ce que nous en avons dit à fart. Agneau^ I, 3, et la gravure de ce sujet qui y est annexée). Ce sarcophage, le plus riche de tous ceux qui nous étaient connus avant la découverte de l'admirable monument de ce genre que nous donnons plus bas, et qui, pour ce motif, mérite une mention spéciale, se voit aujourd'hui engagé dans une des parois de la crypte de Saint-Pierre au Vatican. Outre la beauté de ses sculptures, il offre un intérêt tout spécial, en ce qu'il porte son épitaphe et sa date, tandis que la plupart sont anépigraphes :

TVH. BAS9TS T. C. QTI VIXIT ktOXK XLII. MER. II. W mi mirBCTVRA TR»I MEOniTS UT AD KTH Vlli SU. SEPT. ET!>FnO IT TTATIO COSS.

Cette inscription nous fait connaître que Junius Bassus fut préfet du prétoire dans la première moitié du quatrième srjcle et qu'il mourut néophyte, c'est-à-dire nouvellement baptisé, suivant la coutume abusive de ces temps (V. les art. Aéop^yla et Fidèlu)y à l'âge de quarante-deux ans, sous le consulat d'Eusebius et d'Ypatius, c'est-à-dire eu 359. On remarquera encore la pieuse formule ht AD DEVH, • il est allé à Dieu, » qui exprime le bonheur d'une mort chrétienne.

Tout ce qui précède s'applique en général aui sarcophages de Rome que l'on peut voir dans les ouvrages de Bosio, Aringhi, fiottari et en nature au musée du Latran, aussi bien qu'à ceux qui se sont rencontrés en assez grand nombre dans d'autres contrées de l'Italie, et qu'ont publiés différents auteurs, entre autres Âllegraoza (j/ontm. ant, Criêt, di Milano)^ Bugati (Memor. diS. Ceho. p. 24 '2), Maffei (Musœum Veronerue. p. 484), etc. On vit quelquefois, h la plus ancienne époque, en Italie principalement, des sarcophages antiques affectés à la sépulture de personnages appartenant au christianisme ; mais c'était en général lorsque leurs sculptures n'avaient pas un caractère trop tranché de paganisme : c'étaient, par exemple, des scènes pastorales, de marine, d'agriculture, de festin, auxquelles on donnait la préférence à cause de leurs relations plus ou moins directes avec la symbolographie chrétienne. Et même, en ce cas. on avait encore soin de les sanctifier en y retraçant quelque symbole chrétien, ou tout au moins une inscription propre à prévenir toute méprise (Y. Marangoni. Délie cote gentile*che.,..ci^.ivi' p. 314). Telle est, pour nous en tenir à un seul exemple, une magnifique urne sépulcrale (Boldetti. 460) où furent déposés les restes d'une vierge chrétienne nommée avrelia agapetilu. Outre la qualification de ancilla dei qui détermine et le christianisme et la consécration de cette fierse au service de Dieu, on a représenté Âurelia de chaque côté de la tablette dans l'attitude de ta prière chrétienne (V. l'art. Prière), Quelquefois, outre l'inscription, on ajoutait quelques symboles chrétiens, comme dans un tombeau que donne M. De' Rossi (Inscr, Christ, Rom. 1 1. p. 1%, et dont le couvercle parait être dû en entier à une main chrétienne. Ainsi nous voyons le type bibli' que de Jonas introduit avec une intention analogue sur le cartouche central d'un sarcophage qui se trouve dans les jardins de la villa Médias, au Pincio, sarcophage qui, entre autres sujets profanes, présente le mythe d'Éros et Psytlié. Un tombeau où cette scène erotique était sculptée sans ces correctifs a été trouvé au cimetière àe Galliste, enfoui dans la terre et noyé dans le mortier. Des savants, devant l'autorité deM{uels nous aimons ordinairement à nous incliner, ne sont pas éloignés d'attribuer à cette dernière inu^^ une signification symbolique chrétienne; mais les

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irKumenls apportés à l'appui de celle ingénieuse interpréta lioD ne nous paraissent pas concluants : à DOS yeux, la question n'est pas mûre.

Le sarcophage que nous plaçons ici. monument du quatrième siècle, trouvé il 7 a peu d'années dans les fondationsducifroriumde l'autel de Saint- Paulhors-des-murs, et qui aujourd'hui fait le plu; bel oraement du nouveau musée du Lalran, est un des plus remarquables modèles en ce genre que nous puissions proposer à nos lecteurs. Il ne se recommande pas moins par le style el l'eiécution que par la hauteur de l'enseignement ressortant des figures qui 7 sont sculptées et qui représentent les principaux mystères de notre foi ; l* Les Irois pei'sonnes divines occupées à la création d'Eve ; 3' le péché originel et le Verbe présentant à Adam et à Eve les épis et l'agneau, symboles de la part de travail dévolue à chacun d'eux ; 3' le miracle de Oana, image de la transsubstanliatioD;4*la multiplication des pains et des paissons,

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symbole de l'Eucharistie; 5* la résurrection de Laiare, ligure de la résurrection finale de la chair: 6> l'adoration des Mages, vocation des peuples infidèles à la foii 7* la guérison do l'aveugle, qui esl la figure de l'illumination du genre humain plongé dans les ténèbres avant la venue du Hessie ; &• Daniel dans la fosse aux lions, type des martyrs, avec Habacuc lui apporlant une nourriture qui représente encore le pain des forts-, 9* la prédiction du reniement de S. Pierre qui devait être suivie de celle de sa conversion et de sa primauté sur les autres apôtres, primauté marquée par la verge qu'il porte i. ta main ; 10* Uoue frappant le roclier d'Oreb, ce qui est encore l'image de S. Pierre faisant jaillir du rocher, qui est le Christ, la grâce et la parole divine (V. les art. Triaiti, Adam el Eve, Cana, Multiplication de» pain», Latare, Mage», Aveuglet, Daniel, Pierre [S.], Moue).

Nous donnons d'aulres sarcophages de Rome

aux articles Apdiret, Hébretcc, Scène» de l'Ancien H du Nouveau Tetlamenl, et un de Perugia (Ëlats- Roinains) à rarlicle£n/^anl-/^iiu.

11, — L'usage des tombeaux chrétiens ornés de sculptures parait s'être répandu dans notre Gaule des le quatrième siècle, et y être devenu commun dés le cinquième. Nous avons, à ce sujet, un précieux passage de S, Grégoire de Tours {De glor. confett. c. xixï. 0pp. p. 922). Ce père de l'histoire de France alleste que de son temps il existait dans la basilique de Saint-Vérand, près de Saint-Allire, des sarcopliages de marbre blanc, sur lesquels plusieurs miracles de Jésus-Chrisl et des apôlres étaient représentés en relief. Au chapitre suivant, il mentionne encore un tombeau sculplé. lepulcrum tculptum, mentit gloriotum, et qui était celui d'une chrétienne nommée calu, comme l'atteste ce fragment d'inscription : m^CTe mnome cilla,

11 existe encore un assez grand nombre de ces monuments funéraires dans diverses parties de la Franw, mais surtout dans le Midi, à Aix.à Saint- Maximin, à Arles, à Marsdlle (V. .Uilhi:. Op. laud. et aussi les Monument» inédilt «tu- Capotlalat de

Sle Madeleine en Provence, t. 1. pauim). Le savant M. Edm. LeBlant veut bien nous en signaler d'autres, avec ligures, à Clermont, à Saint-Piat prés Maintenon, à Carpentras, dans l'île Saint- Honorat, i Hanosqne, ^ Narbonne, à Poitiers, h Reims, à Soissoih, à Tarascon, à Toulouse, à Yaison, à Vienne; el avec ornements chrétiens sans figures, à Auch, i Biziers, à Bordeaux, à KIne, à Hoissac, à Saint-Denis prés deParb. Le musée lapidaire de Lyon (n. 76i) en possède, depuis quelques années, un bien intéressant, provenant de Balazuc, dans l'Ardèche. i\ous en avons donné la monographie dans un opuscule spécial [Uâcon, 18ti4). H s'en conservait aussi un fort beau i Rignieux-le- Franc, village du département de l'Ain. D'après nos indications, ce tombeau a été acquis par le musée du Louvre ^Voyez-le ci-après, p. 719). Nos sarcophages cliri tiens olfrent de si nombreuses analogies avec ceux de l'I'alie, que souvent on les croirait sortis des mains des mêmes ouvriers. Ceci donne à penser que l'Église, qui ne laisse rien au hasard ni au caprice des hommes, avait fixé primitivement les principaux types d'à-

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près lesquels devaient être exécutées ces urnes funéraires, de même qu'elle avait consacré, ainsi que nous le pouvons conjecturer d'un célèbre passage de S. Clément d'Alexandrie (Y. Tari. Anneauz), les symboles qui devaient orner les anneaux des fidèles. Sans doute des artistes, formés au foyer même de l'Église catholique, rayonnaient de là, à la suite des apôtres envoyés par le pontife romain, dans les différentes contrées livrées à leur zèle, et y porUient les règles hiératiques qui, d'après un système doctrinal bien connu des ar^ chéologues, éUient appelées à présider à la décoration des tombeaux, comme à celle des églises elles-mêmes.

Voilà ce qui explique les nombreux points de ressemblance entre les tombeaux historiés de la €aule et ceux de Rome et de l'Italie en général. Mais il n'est pas moins positif que les nôtres se distinguent de ces derniers p.ir d'assez notables différences, tant dans le style de leur architecture que dans les motifs de leur ornementation et la nature des sujets qui y sont représentés, toujours tirés néanmoins, les uns et les autres, de l'histoire sainteet delà symbolique chrétienne. Car l'Église ne prétendit jamais enchaîner le génie des différentes nations qu'elle soumettait au joug de la foi ; elle se plut au contraire à lui laisser un libre essor en tout ce qui n'est que de simple forme, et n'intéresse ni le dogme, ni la discipline essentielle.

Nous ne saurions signaler dans cette courte notice les différences architecloniques, et nous devons laisser aux hommes spéciaux un examen technique auquel nos études ne nous ont point préparé. Nous nous contenterons de dire, en passant (et cette observation nous est encore suggérée par M. Le Blant), qu'il y a chez nous deux familles très-tranchées de sarcophages : ceux du Sud-Est, qui ont pour type les marbres d'Arles, et sont d'un style relativement meilleur, quoique en général moins élégant et moins correct que celui des tombeaux romains ; et ceux du Sud-Ouest, ceux de Toulouse, beaucoup plus lourds et plus barbares.

Nous allons énumérer quelques-uns des caractères spéciaux de nos marbres, quant aux sujets qui s'y trouvent figurés.

1* Le passage de la mer Rouge, qui ne se voit que rarement en Italie, et encore sous une forme abrégée et au milieu de beaucoup d'autres sujets (Aringhi. Rom. tuhL t. i. p. 331. u. 597), se déploie dans tous ses détails sur plusieurs urnes du midi de la France,, dont il occupe à lui seul toutes les faces (Millin. ihid. l et lxvu). C'est, comme personne ne l'ignore, le symbole de la délivrance de l'âme des liens de ce corps de mort, et de sa sortie de cette terre d'exil, et en outre de son affranchissement par le baptême (V. à Tari. Mer Rouge, un tombeau d'Aix représentant ce sujet).

2* Nous avons remarqué en France, et pas ailleurs (il ne s'agit ici que des sarcophages), la représentation de plusieurs faits qui sont la suite du précédent et en complètent le sens. Us sont tous relatiCs au voyage des Israélites vers la terre pro-

mise. C'est d'abord le miracle des cailles tombant en prodigieuse quantité dans le camp des Israélites (Exody XVI. .^. i3), sujet tout à fait inusité ailleurs, et qui n'existe, à notre connaissance, que sur un seul sarcophage que possède le musée cfAii (n. 291), et dans la mosaïque de l'arc triomphal de Sainte-Marie-Msyeure à Rome (Ciampini. Kd. num. i. Lvui). Vient ensuite le prodige de la maone (Ixoi. XVI. 13. 14), que nous n*hésitons pas à reconnaître sur le couvercle de deux sarcophages de Marseille (V. l'art. Manné) (Millin. xxxviu. 8.ux. 3) ; etenfin les deux Israélites envoyés par Moîse pour explorer la terre de Chanaan, et qui rapportent une énorme grappe de raisin suspendue à un bâton (/Iftim.xm. 24), objet contenant une évidente allusion aoi délices du paradis, la véritable terre de promission (V. ce sujet sur un fond de coupe doré à notre art. Paradis).

3* Les marbres de l'Italie montrent rarement l'histoire de Susanne, du moins d'une manière indubitable. Ce que les catacombes offrent de plus positif à cet égard, c'est une allégorie, et encore elle est peinte (V. l'art, ^tuonn^). Celte histoire se trouve au contraire sans cesse répétée sur les monuments funéraires de la Gaule (Millin. lxiv. 3. lxti. 8. iivn. 4), et ce qui leur est exclusivement propre, cW que, à côté de Susanne, on remarque habituellement un serpent enroulé autour d'un arbre , et cherchant à atteindre de son |dard des colombes, ou seulement leurs œufs qui reposent dans un nid sur les branches de ce même arbre (ibid,). 0 j a sans doute ici un rapprochement intentionnel entre la perfidie du serpent et celle des vieillards, calonuiiateurs de l'innocence. Il faut observer encore que Susanne occupe ordinairement le centre du sarcophage {ibid,), comme si elle était lesujtt principal, tandis qu'ailleurs elle ne figure que parmi les sujets accessoires, celte place étant réservée ou à Notre-Seigneur, ou à son monogramme, ou à sa croix. Cette persistance à reproduire rbi:rtoire de Susanne, qui, comme on sait, est le sjmbole de l'Ëglise persécutée (S. Hippol. In Suun. V. 7. 274. edlt. Fabric), et à faire ressortir par des symboles accessoires la cruelle perGdie des ennemis de cette chaste femme, doit avoir une raison locale. N'étail-elle point destinée à rappeler et à flétrir les pièges incessants, les attaques insidieuses auxquelles l'Église des Gaules fut en bulle m quatrième et cinquième siècles de la part éca ariens, et plus encore la persécution sanglante des Golhs, des Bourguignons et des Vandales, infectt's de celte hérésie, contre les catholiques de nos contrées? Cette explication nous semble trouver one solide base dans l'usage où était l'Élise primitive, comme nous l'avons indiqué en divers lieux de cet ouvrage, de réfuter les hérésies, et de caractériser sa position agitée au milieu du monde romain, par des images sensibles, aussi bien que par les arguments et les traités de ses apologistes (Y. à fart. Suzanne un fragment de sarcophage d'Arles qtii 1^ représente).

4* L*absence presque totale des scènesde laPas-

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non sur les monuments de l'anliquitâ chrétienne proprement dite est un fait trop connu pour qu'il soit nécessaire de le rappeler ici et d'en expliquer les causes (T. les art. Cracifixet Pauion de J. C] Soit que les sarcophages de France appartiennent à une époque plus basse, soit que l'élûignement du (ojer le pl'js habituel de la persécution laissdl une plus large part de liberté au christianisme dans oos contrées, toujours est-il que la représentation de certaines circonstances des douleurs de Jésus- Christ s't montre beauroup plus fréquemment. Ainsi un sarcophage de Marseille (Hillin. ltim) en réunit deux à lui seul : Jésus emmené par des satellites armés de bâtons, Jésus devant Pilale; les urnes funéraires de l'Italie ne Tont jamais au delà de cette dernière circonstance; les exceptions sont fournies par des monuments que leur âge place à reilréme limite de l'antiquité (V. l'art. PauiOn]. Nous aTons sur un tombeau d'Arles (id. lit») la comparution au tribunal deCaîphe. Notre-Seigneur, incliné devant ce iuge, a les mainsderrière le dos, et un satellite le frappe (Mallh. xivi. tl8). ftous n'avons remarqué ce fait nulle part ailleurs. Le sarcophage dit de Ste Madeleine ( Jfonum . de SU Mad. 1. 4G6) fait voir la trahison de Judas, qui baise son maiire et porte à la main la bourse aux trente deniers, sujet qui ne se trouve,à notre connaissance, sur aucun autre, si ce n'est sur celui de Vérone (Maftei. F«roii. iUutlr. part. ni. p. 5i).

5' La représentation de la résurrection du Sau.- Teur est encore un caractère spécial des marbres de la Gaule. On la trouve a Saint-Piat, a Hanosque, àSoissons,90U5sarorme mystique [Le Blan t. /mer. ckrél. I. 503), le monogramme ou la croix entre deux soldats appuyés sur le bouclier et la Unce. Sur un sarcophage du Midi, les soldats n'ont ni lance ni bouclier; ils ont l'air de tomber en arriére, comme frappés de frayeur ou d'élonnement (Millin. Lixv. 3). Hab la représentation directe n'a été remarquée par nous que dans le bas-relief d'un sarcophage de la crypte de Saint-Hdiimin [SU Uadt- Uine. I. 767) et dans celui d'une urne de HUan (Bugati. Mem. di S. CeU. p. 243).

6* Les miracles de Jésus-Ohrist sont seuls admis dans la décoration des monuments de la classe qui

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nous occupe. Gn sarcophage de la Gaule, celai de S. Sidoine dans la crypte de S. Haximin {Konum. de Steilad. i. 767), offre la seuleeiception àcelie régie qui soit venue à notre connaissance ; c'est h résurrection de Tabilhe par S. Pierre (Ad. n) [V. l'art. Tabithe]. Cependant l'abbé l'olidori (De conviti effigiali ne' monum. tacr. — Amico catt. t. TU. p. 397) cite un sarcophage de Ferme, en Italie, qui présente une singularité archéologique plus tranchée encore : c'est que non - seulement on y voit le même miracle, mais que tous les sujets qu'il représente sont tirés des Actes des apûtres et relatifs i la vie de S. Pierre.

7' Le massacre des SS. Innocents est encore un sujet qui ne se rencontre que sur les marbres de la Gaule, et, comme celui de Susanne, et encore celui du martyrede S. Etienne que nous avons remarqué sur un sarcophage de Uarseille, il est assurément relatif aux persécutions qui, aux quatrième et cinquième siècles, agitaient 1 Eglise dans nos contrées. La frise dusarcophage de S. -Maximin, antérieur probablement au cinquième siècle, en offre un exemple {Monum. de SUMad. i. col. 755. 736). Ce tableau remplit l'un des <Més du couvercle, partagé en deux parties par la tablette du titulut; et il est digne de remarque que l'autre cAté est occupé par l' Adoration des Mages, comme pour relever le courage des chrétiens persécutés, en leur montrant que Dieu sait, quand il le veut, déjouer les projets des méchants.

8* Nous signalerons une dernière circonstance qui nous paraît tout à fait caractéristique des lombeaui de notre Gaule : c'est que souvent les apâtres. écoutant l'enseignement du divin Maître, sont assis (Hillin. lix. 4), tandis que partout ailleurs ils sont debout. Sur un riche sarcophage du Midi (id. lxvi. 3), ils occupent des chaires ou fauteuils dont les bras se terminent en dauphins, et im certain nombre de personnes, hommes et femmes, sont debout derrière eux. Le siarcophage de Rignieux mentionné plushautijet qui est encore inédit, est en tout semblable a celui-ci, et nous le donnons comme spécimen des sarcophages de la Gaule. Toul ceci est inusité en Italie, et le monument porte un cachet tout à fait original. On pour-

rait ajouler i ce qui précède la Présenlation de l'enfant Jésus au temple, interprétation douteuse néanmoins, d'un motif unir{ue sculpté sur un u de Marseille [id. lvi. &).

On sait que quelques sarcophages antiques, même cliréliens, portent à leurs deux angles supérieurs deux masques qu'on regarde comme Temblème du soleil et de la lune (V. notre art.

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Soleil [h] et la Lune). Or, à la place de ces masques, plusieurs urnes d*Arles, et entre autres celles qui au musée de celte ville portent les n*" 15, 98, 126, ont une tèle de jeune homme, qui n'est autre, selon Tinterprétation qui nous a été communiquée par M. De* ftossi, que celle de S. Genès, patron d'Arles. Le principe d'une telle pratique est sans doute le désir qu'avaient les premiers chrétiens de placer leur sépulture sous la protection des martyrs. 11 paraît qu'il en fut de même à Rome, car nous avons pu voir, parmi les dernières découvertes du cimeliére de Saint-Calliste, un fragment de sarcophage où sont sculptées, dans les mêmes positions, les têtes de S. Pierre et de S. Paul, substituées aux masques du soleil et de

la lune.

Voilà les principales des circonstances essentielles par où nos marbres se distinguent de ceux des contrées ultramontaines.

Des différences plus prononcées encore se font remarquer dans les accessoires, c'est-à-dire dans les symboles servant de décoration aux frises qui couronnent quelques-unes de ces urnes sépulcrales. Nous notons rapidement les motifs les plus saillants qui constituent ces différences.

!• Des Génies ailés, occupés, les uns, à la droite de la tablette, aux opérations de la vendange; les autres, à gauche, à celles de la moisson (Millin. Lvm. 5) : sujet presque unique dans de telles conditions. On y pourrait voir un symbole eucharistique, mais plus bùrement, eu égard au génie de l'antiquité, une image delà félicité céleste.

2' Deux cerfs s'abreuvant aux ruisseaux qui jaillissent du monticule où reposent les pieds de FAgneau (Y. les art. Agneau divin, et Fleuves [les

quatre]).

5» Douze brebis (Millin. ibid. 2), ou douze colombes, des deux côtés du monogramme régnant au centre de la frise et figurant les douze apôtres

(id. Lvi. 6).

4" Les douze apôtres debout avec des faisceaux de volumes à leurs pieds (id. lxvi. 2. — V. l'art. Volumes) .

5' Mais ce qui nous semble plus caractéristique encore que tout ce qui précède, c'est l'association habituelle, et souvent même la substitution complète du dauphin à la colombe, dans les vides formés par les arcatures. Ces dauphins sont ordinairement affrontés, deux à deux, et soutiennent sur leurs naseaux une corbeille ou une coquille [Monum. de SteMad, i. 763. — Millin. liv. A), ou bien encore le chrisme accosté de Va. et de Tw dans une couronne (Millin. xxxvui. 8), et à chacune des deux extrémités de la frise est parfois figuré un triton jouant de la conque (id. lxvu. 2). L'antiquité avait pris le dauphin pour symbole de la fidéhté conjugale, comme la colombe (Ambros. 1. n. De Abraham. 8. 55). Mais il ne faut pas oublier que le sens général et commun des représentalions de dauphins sur les tombeaux est un symbole de piété pour les morts, parce que ces animaux passaient pour donner des soins affectueux

à la sépulture de l'homme (Aringbi. n. 624).

6* Enfin nous voyons sur le tombeau de la crypte de S.-Maxiroin (Monum.de Ste Mad. i. 441) deux griffons soutenant la tessère. C'est une réminiscence évidente de l'antiquité, comme plusieurs autres de ces emblèmes marins, qui du reste se plièrent aisément à une explication chrétienne suggérée par une foule de textes bibliques.

ill. — Nous avons dit en commençant que ce genre de sépulture relativement luxueuse ne fut guère possible qu'après les persécutions; et en effet, il est peu de sarcophages chrétiens qui remontent au delà du règne de Constantin le Grand. Interrogé sur cette question, le professeur Vermiglioli les échelonne du quatrième au huitième siècle (Brunati, dans les Annales de philos, ckréi. t. XXI. p. 365). Nous avons dit en général, cari! parait certain que quelques-uns doivent être reportés à une époque plus reculée. De même qu'il fut possible de construire de véritables églises pendant les intervalles de temps souvent assez longs qui s'écoulaient entre les diverses persécutions (V. l'art. Basiliques), les chrétiens purent aussi, à la faveur de ces intermittences depai\. faire exécuter, à l'instar des tombeaux antiques qu'ils avaient sous les yeux, des sarcophages historiés. Rufîn, qui écrivait sur la fin du quatrième siècle, parle de tombeaux chrétiens comme déjà anciens de son temps, sur lesquels l'histoire de Jonas était figurée (Hist. eccL n. 55). >'oiis avons dans Rome souterraine (Bottari. tav. in] un sarcophage représentant, entre autres sujets, Daniel offrant la pâtée au dragon (Dan. xnr. Vu V. la première gravure de l'art. Daniel), composition qui a paru au docteur Labus si ingénieuse et si parfaite, qu'il n'a pas hésité à en attribuer l'exécution au troisième siècle ou aux premières années du quatrième (V. Annal, h:. iaud. p. 367). S'appuyant sur des raisons analogues, le savant archéologue milanais assigne la même antiquité à deux autres sarcoplia^t's du cimetière du Vatican (Bottari, ilh. lxxïtii . D'Âgincourt qui, lui aussi, a publié le premier, le fait remonter au troisième siècle, ainsi que plusieurs autres dont il donne la gravure (Hui. de Vart. Sculpt. pi. v). D'après Goldaghen {Intro-i in sacr. Script, t. ii. ib.), certains lombeaui d'une bonne exécution où il croit voir l'hisloiit de Susanne, devraient se placer à la même épc»que. Le clianoine Settelle (Imporlanza de' mf)num.... de cimit. di Roma. dans le t. u des Actes de VAcadem. rom. d'archéoL) remarque dans un devant d'autel en terre cuite, reproduisant la comparution de Jésus-Christ devant Pilate, un tel mérite de style, qu'il doit, selon lui, appartenir au siècle de Trajan; le même antiquaire constali* dans quelques urnes du Vatican une perfection artistique infininoenl supérieure aux bas-reliefs de rare deConstantin. Enfin M. De' Rossi (Inscr. Ckritt. Rom.i. I. p. 19) a édité un fragment portant la dj'e certaine de 273, et atteste que le cimetière de Pré-

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leilat.oà il l'a recuâlli, arérélé dans cesdemiôres tmkes beaucoup d'autres sarcophages d'une époque bien antérieure à Constantin, mais omés de sculplures parement all^riques. Celui qui est jraté à noire article EafantJétuâ esl un remar- 1 qiiable spécimen des sarcophages de l'Ombrie. On peni, à notre avis, le comparer aux meilleurs monunicnts de celle classe.

Nous avons dû insister sur Tantiquité aussi bien que sur l'intérêt doctrinal que présentent les sarcophages, parce qu'une défaTeur imméritée s'atliche vulgairement i celle classe de monuments. Les sarcophages de France sont en général d'une époque plus basse et d'un travail plus grossier, comme nous l'avons déjà fait observer. Oue'quesnns néanmoins, ceux d'Arles, d'Aix et de Marseille, pir exemple, pourraient bien remonter au troi' sijme siècle, c'est-à-dire à l'époque de la mission envoyée dans nos contrées par le pape Fabien : cts villes, étant plusrapprochées de l 'lu lie, durent élre les premières k ressentir les influences vernies du centre. On a vu aussi que certains sujets qui s'f trouvent reproduits avec une insistance marquée supposent que plusieurs furent exécutés aux époques orageuses des quatrième et cinquième siècles,

IV. — Par qui furent exécutés les sareophages clirétienst Nous n'hésitons pas à répondre : pac des artistes chrétiens, surtout depuis Constantin. Qu'il ; ail eu, en effet, des sculpteurs parmiles Titlèles de la primitive Ëglise, c'est un fait dont il fst impossible de douter. L'existence même des nombreux tombeaux à bas-reliefs sufflrail au besoin pour le prouver. On ; remarque une telle intelligence, ou, pour mieux dire, un tel sentiment de l'espril chrétien, une si lucide enlente des exigences de la foi nouvelle, le culte de l'esprit y perce si énergiquemenl, même sous le dédain des perfections de la forme, qu'une œuvre de cette nature ne pouvait évidemment sorlir d'une main idolâtre. Il est vraisemblable néanmoins que ces artistes s'élaient formés à la pratique de l'art avant leur initiation au christianisme (?. l'art. Profeitioru de* premiert ehrétient) : la conformité

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des sarcophages chrétiens avec ceux des anciens en tout ce qui est architecture et omemenlation en fait foi. Ils ne faisaient que changer les sujets des sculptures, tout en les plaçant dans un cadre antique.

Nous ne connaissons les noms que d'un nombre fort restreint de ces imagiers primitifs. Baronius (Annot. I. m. an. 3Q3. n. civ) elle comme ayant exercé cet art les cinq martyrs Claudius, Nicostratus, Symphorianus, Castorius et Simplicius. Ils furent suivis deux ans plus lard dans le martyre par Severus, Severianus, Carpophorus et \ictorinus, qu'on croit aussi avoir été sculpteurs (V. aussi Adon. Martyrol. ad. vm nov.). Hais la tradition sur laquelle repose ce fait a sa source dans des actes fbrt suspects (Tillemont. Mim. t. ir, p. 745). Au surplus, leur texte, fdt-il sincère, ne prouverait qu'une chose, ï savoir, qu'étant sculpteurs, ils aimèrent mieux mourir plutôt que de fabriquer des idoles; mais il ne s'ensuit nullement qu'ils aient sculpté des images chrétiennes.

Boldetli (p. 316) transcrit l'èpitaphe d'un sculpteur ou Aatuaire nommé vaetivs ipkius trouvée par lui au cimetière de Priscilte :

Dn marteau et un dseau, gravés sur le marbre, viennent compléter cet indice de profession. Le même auteur rapporte ensuite plusieurs autres lituti où la profession n'est exprimée que par des instruments. Ce sont ceux des sculpteurs cresceud, ivn. vincKKT[vs, uvaKirnvs, mvlinvs. L'n marteau et une équerre gravés sur un tombeau du cimetière de Catliste indiquent aussi, d'après Aluratori (Thataur. iv. p. 1859. n. 7), la profession de inarmorariui. On en peut dire autant d'une scie à marbre que fait voir la pierre sépulcrale d'ExvFs- RAKTivs (Dosio. p. 433).

Hais le monument le plus précieux poiu-cetobjel , car, à en juger par la forme des caractères de l'inscription (V. Roma toit. vi. p. 443), il doit être au mrâns du troisième siècle, c'est le tombeau d'Eu-

AnoC- OE0CE8EC

tr Tponoc • E^ iPhNH,

■TIOCEnOI HCeN.K-l-K-CEfl-

trope, dont nous devons la connaissance à Fabrelli 1 D. Belenœ]. Car cet Eutrope est non-seulement

(c. viu. p. 587. cil, sous la rubrique en cœmeUrio \ sculpteur, mais 'sculpteur de sarcophages. Il esl

UITIQ. CHnÊT. 46

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