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AGNE
Précurseur lai-méiDe lui donnent constamment le titre d^Agneau ; et cette figure est passée dans le langage des Pères, comme aussi dans celui de VÉglise (Justin. I>iaL cum Thryph. xi. — Tertul. Àdv. Jud. Tin — Euseb. Demonstr, étang. 1. x, etc.). H était donc tout naturel que Fimage de Pagneau fût adoptée comme ornement symbolique dans les moiranients de toute nature de TÉglise primitive, tant orientale qn^occidentale (Christ. Lup. Ad can, 83,cofid7. Ti).Elle aTait FaTantagede rappeler aux fidèles le souvenir du divin Agneau immolé pour leur salul, sans trahir aux yeux des païens les mystères sacrés, ni scandaliser la foi des néophytes par des images directes de la passion de THonune- Dieu. L*agneau était le crucifix de ces temps agités par la persécution, et, en suivant, à travers les >ix premiers siècles, les diverses représentations
qui en sont faites, nous le voyons subir des transformations incessantes qui, en lui donnant des attributs de plus en plus tranchés du Dieu Sauveur, nous amènent graduellement à la réalité de cette auguste image. (Y. Fart.
Crucifix.)
1* Le premier i^ng appartiendrait, selon nous, aux images de Fagneau portant les attributs du Bon-Pasleur, c'est-à-dire le vase à lail au bout de la houlette (Aringhi. lav. i, p. 537) (Y. Fart. Mule- Ira). On trouve ce type peint dans les plus anciens cMada du cimetière de Domitille.
S* Kous placerions en second lieu celles qui foni voir l'agneau sur un monticule d'où s'échappeni quatre ruisseaux, attitude très-fréquemment attribuée à Jésus- Christ en personne (Y. Fart. FleMu [les quatre)]. Cette manière de figurer FAgneau de Dieu nous parait être du quatrième siéde; elle se trouve déjà sur quelques fonds de coupe dorés (Bnon. Yeiri. tav. vi, 1), et elle s*est maintenue longtemps, car les bas-reliefs de sarcophages, classe de monuments relativement modernes (fiottar. tav. xxi-xin. — Millin. Midi de la Fr. pi. ux, 5), en offrent d'assez nombreux exemples, complétés de circonstances plus significatives. Ainsi la figure gravée à Fart. Cerf, et qui est empruntée à un tombeau de Marseille (Millin, 26) ajoute au sujet principal deux cerfs qui viennent se désaltérer aux sources sacrées. (Y. les art. Cerf ei Baptême J)
S* Le sarcophage de Junius Bassus, monument du quatrième siècle (Bosio. tav. ni. — Aringhi. i, 3S7. — Bottar. xv), produit le type de Fagneau dans les positions les plus variées et les plus singulières. La frise, qui sépare horizontalement les deux ordres de figures, contient des agneaux exé-
cutant plusieurs scènes du Nouveau Testament^ par exemple la résurrection de Lazare, la multiplication des pains, le baptême de Jésus-Christ par Jean -Baptiste, et même quelques-unes de FAncien qui sont les figures des actions de Notre-Seigneur, telles que Moise frappant le cocher ou recevant les tables de la loi.
4* Le nimbe est un attribut exclusivement réservé à FAgneau <te Dieu ; mais ' il ne parait guère dans les monuments que vers le milieu du cinquième siècle, bien qu*on en ait des exemples pour les images directes de Notre-Seigneur dès le troisième et le quatrième. Ce que nous avons de plus ancien en ce genre, c*est la mosaïque de Saint-Jean de Latran qui est de 46:2, puis celles des Saints-C6me-et-Damien, de 530, de Saint- Yital de Ravenne, 547. On peut rapporter à peu près à la même époque le dyptique de la cathédrale de Milan qui, au centre de Fune de ses tablettes, fait voir un agneau avec un nimbe lauré.
Après cette époque, FAgneau de Dieu porte le nimbe crucifère ou iponogrammatique (Y. Fart. Nimbe) j caractère déjà très-évident du Dieu crucifié.
5*" Nous avons des monuments en assez grand nombre où Fagneau parait dans des circonstances combinées de façon à exprimer le dogme de la divinité de Jésus-Christ contre Ferreur d'Anus, et il est probable que le type de ces représentations peintes ou sculptées fut inspiré par les décrets du premier concile de Nicée qui condamna cette hérésie en 323. Elles consistent à représenter Notre-Seigneur assis ou debout dans Fattitude de l'enseignement, et Fagneau à ses pieds (Ciampini. VeL mon. t. n. tab. xlvii, 52. Mais surtout Dottar. tav. xivii. et passim). Dans ce rapprochement de la réalité et du symbole, on retrouve la vive expression des deux natures du Sauveur : d'un côté le Yerbe divin, sagesse incréée, immortelle ; de Faulre FAgneau, victime im- ^ moléepourle salut du genre humain (S. Aug. Adv Maxim, collai, n.
14). Cette intention dogmatique n'est nulle part aussi nettement accusée que dans le bas-relief du sarcophage de la basilique de Saint- Ambroise, à Milan (Allegranza, Sacr.
mon, di Mil. tav. iv) .
6* Mais comme le but de FÊglise, dans l'adoption de ce symbole, fut avant tout de retracer aux yeux
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des fidèles le souvenir des douleurs de rfiomme- Dieu, les attributs qu'elle se plut A lui donner de préférence, dès que la possibilité luien Tut laissée, sont ceux du criiciflé lui-même. La première des ormes diverses du signe du Christ que nous rencontrons sur la téle de l'agneau (V, les art. Crmx et Monogramjmdti CAnif), c'est la croix raonogrammalique (Boltar. tav. ixi), et les objets où elle parait doivent èlre de la seconde moitié du quatrième siècle, du moins s'il s'agit de Home. Quant à l.i croix simple, nous ne la trouvons dans cette posi- 'ion qu'nu cinquième siècle (V. la figure ci-drâsus, n'i).
Une lampe antique, qu*a illustrée M. de Laslérie (.V^. dfi anliquairet de France, t. ut. pi. v), mérite sous ce rapport une mention un peu détaillée. Elle an'ecte la forme d'un agneau, ce qui évidemment fail allusion au passage de l'Apocalypse (ui-33) où il est dit que l'agneau tient lieu à la cité céleste de soleil et de lune, lucerna ejm ett agnu*. Du sein de cet agneau jaillit nne source pérenne d'Iiuile qui donne aui hommes lumière et sainleté. Or, comme c'est par le mérite de sa passion qu'il opère ce prodige, l'agneau, dans ce curieux monumeni, porte une croix sur la poitrine et une autre sur la tète, et cetle dernière est surmontée d'une colombe, figure du Saint-Espril, qui vient attester sa divinité, où il puise le pouvoir de satisfaire à la justice divine.
Dés le commencement de ce même siècle, 1* figure' de l'Agneau de Dieu étnit déji employée dans la décoration des vases sacrés, témoin la patène d'argent de S.Pierre Chrvsologne (Paciaud. De cuit. S. Joann. Bapt. p. 1156).
Au sixième, voici venir l'agneau portant une croix hastée, ou haste crucifère (Aringbi, t. ii. p. 35), et quelquefois reposant sur un livre. C'est ainsi qu'il parait souvent sur la main de S. Jean-Baptiste {Num. œr. explic. p. GS), qui pour ce motif fut,
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dans les bas temps, appelé agnifenu. On voit que les transformations successives du type de l'agneau, ou mieux la signification de plus en plus prononcée de ses accessoires, nous rapprochent peu à peu
du crucirix. Désormais l'Agneau est couché sur un aulel, au pied d'une croix gemmée, lanquam oecitu* (Ciampini. Yel. mon. I. n. tab. iv-xi,vi). Un peu plus tard, mais toujours dans le cours du sixième siècle, l'agneau a le flanc ouvert, et son sang coule de cette plaie, ainsi que de celles des pieds (J, Bosio. De cnice triumph. l. vi. c. 12). Dans quelques mosaïques (Ciamp. De tacr. œdif. tab., lui), l'agneau est ddraut sur un Irûne et au pied d'une croix gemmée, et le sang qui s'échappe de son flanc tombe dans un calice. Du pied du calice el de ceux de l'agneau, le sang se divise en cinq ruisseaux, qui plus bas se réunissent en un sùul fleuve. Vif emblème du Sauveur répandant son san),' par ses cinq plaies sacrées! Enfin, vers le déclin de ce même siècle, il y eut des croix portant un ngneau, ordinairement peint, à lu place même où bientôt va paraître le Sauveur en personne (Borgia. De crue. Yelil. p. 127, 136); el l'apparilion de ce dernier type se confond avec celle des premiers cmcini. C'est à peu prés à cette époque, en effet, que S. Grégoire de Tours signale la présence du plus ancien peut-être qui soil connu, et qui de son temps était en grande vénération dans r£glise de Narbonne {De glor. mari. I. t. c. 23).
Mais alors même que l'usage de représenter sur la croix Jésus en personne était universellement admis, quelquefois encore l'agneau âgure aux pieds du Christ, et le plus souvent au revers de la croix, quand elle est portative, comme la croix stalionale de Velletri (Borgia, tt.). Cette coutume parait s'être maintenue à peu près invariablement jusqu'au dixième siècle, surtout dans l'Ëgltse occidentale.
A partir de cette époque, l'Agneau de Dieu entre dans une phase glorieuse, et les attributs qu'il reçoit ne réveillent plus que des idées de victoire et de triomphe. Tantdt, au lieu de la croix nue, il porte un petit étendard qu'on a depuis appelé croix de résurrection {V. Gori. Thei. dilyck. 1. 1, p. 'iftO) ; tautût il est ceint d'une zone d'or qui atteste sa puissance et sa justice (I. ii, 5); tantùl armé d'une croix, il repousse un serpent dressé contre lui, ce qui rappelle ce mot de VÀpoctUypie (ivn. Ai): Hi cum Agno ptignabunt, el Agruu rineet illot, ■ ils combattront (les mèdunts) contre l'Agneau, et l'Agneau les vaincra; » tantiH il porte, au lieu
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de la croix, une lance qui Tut loujours le symbole de la sagesse, mfaae chei les païens, qui en armèrent Pallas(Marti3n. Capel. Sapient. fin).
Entin. vers les huitième et neuvième siècles, la ^orificalioD de l'Agneau se présente iTec toutes fes magnificences des visions de YApoealypte (cap. it. T. Tii), dans les splendides mosaïques des arcs IriomphaDx des Saints -Cdme- et -Damien et de Sainte- Praiède (Ciaiiip. Yd. mon. t. ii. lab. iv iLTi)- Au centre, l'Agneau couché sur un trdne brillant de pierreries, autour duquel se liennent quatre anges et sept candélabres [V. la gravure de Fart. Angtt). Vers les extrémités, les quatre animaux évangéliques avec leurs livres. Plus bas, les vingt-quatre vieillards velus de blanc et tenant chacun nne couronne élevée sur leurs mains recouvertes de leurs manteaux.
[|. — L'a^tuaa $ymboledttdtTiiitnt.ïX d'abord des chrétiens considérés collectivement comme ÉgUse.Surles vases déterre historiés (Buon. Vetri. Iav.li), sur les pierres sépulcrales (Harangoni. jtd.
S. Vtd. p. Ki), et plus fréquemment encore aux époques posiérieores et jusqu'au neuvième siècle, dans les moaiques.on voit des agneaux sortant de deni diés et se dirigeant vers la montagne sainte où est placé l'Agneau de Dieu (V. l'art. Eglite], Or ces denx villes ne sont autres que Jérusalem et Bethléem, et les agneaux sortant de la première sont les fidèles venus du judaïsme, ceux qui sortent de Belhlécfn sont les chrétiens convertis du paganisme, parce que c*esl il Bethléem que le Sauveur reçut, dans la personne des Hages, les prémices des genlils(S.Aug.Serm.del«mp.£pipA.). Ces compositions avaient pour but d'entretenir l'union et la charité entre les Gdéles, en leur rappelant que, sons la loi de grâce, il n'; a pas d'acception de personnes, et que tous les chrétiens, quelle que soit d'ailleurs leur origine, sont les enfants du même Père(C(i^f. m. 38). On doit voir aussi un symbole de l'Église dans la plupart des scènes pastorales que produisent si fréquemment les mi>nnments antiques, et notamment dans le 'ufrurrw», représentation abrégée de la beryerie (V. l'aH. Êgliu).
Il n'est pas moins certain que le nom d'agnean est souvent donné par rficrilure et les Pères anx
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chrétiens pris individuellement, et que son image figure sur leurs tombeaux comme symbole de l'innocence et de la simplicité qui doivent caractériser un vrai disciple du Christ. Les monuments revêtus de ce caractère sont tellement nombreux, qu'il est ici superflu de citer. Disons seulement que ce signe hiéroglyphique y est employé tantdt comme une legon morale pour les vivants, tanlAt comme une formule d'éloge pour les morts. Ainsi, pour inculquer aux fidèles la nécessité de la prière, on reproduisait souvent des personnages dans l'attitude de l'oraison, et, pour l'aire entendre que lu prière n'est agréable k Ûieu qu'autant qu'elle sort d'un cœur simple et pur, on plaçait VoranU entre deux agneaux, symboles de l'iraiocence (V. Bosio, p. «5).
Mais que le signe de l'agneau soit aussi, et le plus souvent, une formule d'éloge pour les morts, c'est ce qui ne saurait rester douteux en présence d'unerouledemonumentsoi'i, à cdté de l'emblème, se trouve une formule écrite qui eu est comme la traduction littérale, par exemple l'épithéte insocERs OU MNOCEnESSiNvj (Boldettl, p. 365. — Nai. - CoUtcl. l'ai. p. 401. n. 3). Et, dans la pensée des premiers chrétiens, l'idée de pureté était tellement inhérente à l'image de l'agneau, que, voulant r^ présenter Susanne restée intacte sous le regard impudique des deux vieillards, un artiste ne trouva rien de plus expressif que de peindre une brebis entre deux bêles féroces. (V. Perret, vol. i. pi. uiTiu; et notre art. Svtaime.]
Deux agneaux affrontés, avec le monogramme ou la croix , ou bien un vase plein de fruits ou d'épis, dénoteraient ordinairement, selon l'opinion de quelques antiquaires, la sépulture de deux époux (Ciamp. Yel. mon. 1. n. tab. m. — Altegr. iaer. m. di Mil. tav. u). L'agneau se trouve quetquefois supprimé et remplacé par son nom, comme souvent cela a lieu pour le symbole du poisson. L'épitaphe donne alors au défunt le doux titre d'agneau, et s'il s'agit d'un enfant ou d'un adolescent, die le qualifie par le gracieux diminutif de agnellu*. petit agneau, et même de petit agneau de Dieu (Perret, vol. vi, p. H9). rLORurnvE fuix isHECLvs (ne) DU. Nous avons même un ftfai/iw où un jeune homme de quinie ans, en outre de la qualilication denaox akini, • ime innocente, > reçoit le titre extraordinairement élogieui, et toujours réservé dans l'Scriture i l'Agneau divin, d' • agneau sans tache >, icnvs uni Hicpu (Botdelti, p. 108): ce qui ne peut se dire d'un homme qu'en tant que les taches de son âme ont été effacées par la pénitence. (On trouvera des déiaib plus étendus sur ce sujet dans notre Étude ardUologiqw mr l'agntau et U Bon PaeUur. Mâcon 1860. V. en outre les ttt.BrebU elBilier dans ce Dictionnaire.)
ACnÈS (Ste). — Le culte de Ste Agnès est très-célèbre dans l'antiquité, et offre une foule de particularités intéressantes pour le chrétien, aussi bien que pour l'homme studieux d'antiquités ec-
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«lésiasliques. Ce culte est représenté par S. Jérôme 'Comme universel de son temps. Voici les paroles de ce Père, qui sont vraiment remarquables : « La bienheureuse martyre Agnès a triomphé de la fai-
blesse de Tâge ainsi que de la cruauté des tyrans, <et couronné sa chasteté par le martyre.... Toutes les nations s'accordent à célébrer les louanges d*Agnès et à lui rendre un culte religieux (ilieron. 0pp. edit Bened. t. iv. col. 786). » Ces deux passages tout empreints d*un pieux enthousiasme, et qui se trouvent dans une même épitre adressée à la vierge Demetrias, en excitant vivement notre curiosité, nous avaient engagé dès 1847 à rechercher, dans les monuments originaux, les traces d'un «ulte si célèbre autrefois, si populaire encore parmi les Romains de nos jours, et que ne semblerait pas motiver suffisamment au premier abord l'existence courte et sans événement d'une jeune martyre des premières années du quatrième siècle {Notice historiqtie, liturgique et archéologique sur ie cvUe de Ste Agnès. Paris-Lyon. 1847).
Les anciens martyrologes, non plus que les hagiographes n'écrivent pas le nom d'Agnès d'une manière uniforme. Ils font lire, tantôt agmbs, tan tôt AGNB ou AGNA, et les Grecs hagre (A p. Bolland. Diejan. xxi). Les verres historiés porlent anne, aub, anghe, agnb, AMNE8(Buonarruoti,Garrucci, pasWm). Ce$ différences d'orthographe tiennent probablement soit à la différence de prononciation chez les écrivains, soit, pour les verres, à l'impéritie des . artis^.
Dès l^s temps qui suivirent immédiatement la république, le surnom d'uAONEs avait été celui de plusieurs familles romaines, ainsi que le prouvent bon nombre d'inscriptions antiques (Melcliiorri e Visconti. SUloge d'iscriz. ant, ined. — iluratori. Nov. thés, t. n. p. 1186. n. 5). On peut donc supposer,, avec beaucoup de fondement, que Ste Agnès, bien qu'elle eût son nom de famille, et peut-être aussi un prénom, car plusieurs femmes avaient le leur, n'était néanmoins désignée que par son surnom, cognomen, comme c'était l'usage (V.Buonar. IV r/. p. 127). selon S Augustin (Serm. cclxxiu.
c. 6), le nom d'Agnès signifie en latin agneau, et en grec pure, chaste. Les Grecs l'entendaient ainsi, comme le prouve un passage des Menées, cité par les BoUandistes. (Addiemjan. xxi.)
Les données que nous possédons sur la vie de Ste Agnès sont peu abondantes, ses actes peu sûrs. Le petit nombre de faits incontestés qui nous soient parvenus sur cette existence moissonnée à son printemps, se trouvent consignés dans un hymne de Prudence {Peristeph. hymn. xiv), dont les poésies offrent, comme on sait, toute la véracité et l'exactitude de l'histoire, et aussi dans le carmen que S. Damase lui a consacré. Plusieurs Pères lui ont donné les plus magnifiques louanges, entre autres S. Augustin {Serm cglxxui), S. Ambroise {Act, S. Agnet. Enarr. in ps, civ. Offic, 1. i. c. 4), S. Martin (Ap. Sulpic Sev. Dial. ii. t4), enfin S. Damase, S. Maxime de Turin , S. Grégoire le Grand, etc.
Agnès était Romaine et, selon toute apparence, d'une naissance illustre. Elle avait voué sa virginité à Dieu dès son enfance. Or un jeune homme de qualité, que l'on croit avoir été le fils du préfet de Rome, l'ayant recherchée en inarin<'e et sans succès, la dénonça comme chrétienne, dans l'espoir de vaincre ses résistances par les menaces et l'appareil des supplices. Agnès resta ferme, et le juge eut recours , pour la vaincre, à un moyen souvent employé dans les persécutions : il la fit conduire dans un lieu de prostitution situé prés du grand cirque, bâti par Tarquin l'Ancien, et appelé depuis circus agonalis; le prostibulum où Agnès fut exposée n'est autre que la crypte que recouvre l'église construite en son honneur au commencement du dix-septième siècle, sur la place Navone. La vertu d'Agnès sortit intacte de cette épreuve ; le glaive eut seul raison de cette frêle créature que l'invincible ardeur de sa foi avait protégée contre l'apostasie, et qu'une assistance céleste avait sauvée de tout immonde contact. Elle eut la tète tranchée. S. Ambroise nous a conservé, dans son traité De virginibus (I. i. c. 2), d'intéressants détails sur ce martyre, arrivé, selon l'opinion la plus probable, en 7)04, la seconde année de la persécution de Dioclétien, alors qu'Agnès n'avait pas encore terminé sa treizième année.
Son corps, enlevé par ses parents aussitôt après sa mort, fut enseveli dans un proBdiolum de famiUe situé sur la voie Nomentane, non loin des murs de Rome. La crypte qui fut creusée pour recevoir cette précieuse dépouiUe devint le noyau du fameux cimetière de Sainte Agnès, l'un des plus riches et des plus curieux de la Rome souterraine. Cependant, bien que ce cimetière ail pris le nom de la jeune martyre, il est plus ancien dans plusieurs de ses parties. Les grands hypogées qui le composent étaient précédemment connus sous le nom de cimetière Ostrien (Y. de Rossi. R,S. t. 1. p. ISOesegg.).
La fête de Ste Agnès se célèbre le 21 janvier, jour de sa mort, et anciennement on en célébrait une seconde le 28 du même mois, probablement en
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tnémoire de Tapparition delà jeune martyres ses parents huit jours après sa mort (Tillemont, Mém, -eccL t. TT, p. 545). Il n*est pas d*Église parmi les Latins qui n*en fasse aujourd'hui la fête, qui est marquée dans tous les plus anciens martyrologes, calendriers et sacramentaires (V. notre NoUce^ p. 25). U semble, dit Tillemont (Mém. t. v, p. 545), qu'il en ait été fait autrefois quelque mémoire le 18 octobre» peut-être pour la dédicace d*une église sous son vocable. Les Grecs en font mémoire, <»mme les Lalhis, le 21 janvier, et de plus le 14 du même mois et le 5 juillet.
Le nom de Ste Agnès est inscrit au canon de la messe dans les plus anciens sacramentaires connus. Le dernier document où nous Tavons retrouvé, en remontant le cours des âges, est le sacramentaire de Gélase, lequel contient aussi des collectes et autres oraisons pour les messes du xu et du v des calendes de février. Nous ne saurions résister au plaisir de citer id la première de ces collectes qui respire une tendre dévotion et une douce allégresse (Ap. Murât. Liturg, Rom. vet, t. i, p. 635): CreMcat, Domine, semper in nobis sanctœ jocundiiaiiê (sic) affectus : et healœ Agnœ Virginie atque marifrœ (sic) iuœ veneranda fe$tivita$ augeatur ; € croisse toujours en nous, Seigneur, ralfection d'une joie sainte : et que la splendeur de la fête de la iHenheureuse Agnès, votre vierge et martyre, s'augmente dans la vénération des hommes. »
D existe à Rome deux églises sous le vocable de Sie Agnès. Nous avons mentionné celle de la place Navone, qui est moderne et dont tout l'intérêt se concentre dans la crypte.
Mais nous devons donner ici quelques détails au sujet de Tautre, qui est bâtie sur le tombeau même de la Saiute,et qui est une de celles dont une tradition constante et sûre attribue la fondation à Constantin. Constance, fille de cet empereur, ayant été miraculeusement guérie, au tombeau de Ste Agnès, d'une maladie réputée incurable, pria son père à^ëe^er en ce lieu une magnifique église, qui, en perpétuant le souvenir de cette faveur signalée, excitât la dévotion des générations futures à en venir solliciter de pareilles : Eodem tempore feeii (ContianiiHUi) basilicam sanctœ martyriê ex rogatu ùnuiantiœ fUiœ suœ (Anast. In Sih,), « au même temps, Constantin fit la basilique de la saiAte martyre, à la prière de sa fiiie. » Par un bonheur bien rare aux monuments chrétiens des premiers siècles, celte basilique, qui est l'une des plus anciennes de celles qui subsistent encore à Rome, et poit nous donner une idée aussi juste que possible des basiliques profanes, a traversé à peu près intacte toutes les révolutions et les bouleversements que la ville étemelle a subis depuis quatorze cents ans. Elle est à double portique, et à trois nefs, soutenues par seize colonnes antiques, parmi lesquelles on en remarque surtout deux de granit et quatre de porte Sainte, espèce de brèclie antique, ainsi nommée en Italie, parce que les chambranles de la porte Sainte, à la basilique de Sainti'ierre au Yalicin,en sont composés. t)n y descend
par un escalier de quarante-cinq degrés, dans les parois duquel sont incrustées quelques inscriptions sépulcrales tirées du cimetière. Le maltre-autel, tout enrichi de pierres précieuses, recouvre le corps de la Sainte, et est surmonté de sa slatue, composée du torse d'une statue antique en albâtre (M*iental, et dont la tète, les mains, les pieds sont en bronze doré. Dans la nef principale, on voyait autrefois un ambon qui n'a été enlevé qu'au dixseptième Eiècle, dans l'intérêt de nous ne savons quelle convenance matérielle. Non content d'avoir bâti cette basilique, Constantin la dota de revenus considérables ainsi que de vases sacrés et d'autres ornements de la plus grande magnificence. On peut voir la curieuse énumération qu'en donnent, d'après \eliberpontificaliSy Baronius (An. 524. n. 107) etCiampini (De sacris œdificiis a Comianiino magno constructis, c. ix, p. 126).
Anciennement on lisait dans l'abside une inscription en vers acrostiches destinée à perpétuer la mémoire de la pieuse fondation de la fille de Constantin et que l'on a quelquefois attribuée à S. Daniase (Y. notre Notice, p. 59). Elle fut remplacée en 625, sous le pape lionorius 1*% par une mosaïque représentant Agnès enlre ce pontife tenant sur sa main le modèle de la basilique restaurée par lui, et un autre personnage qu'on croit être le pape Symmaque, auquel le même monument dut aussi de notables réparations.
Constance fit bâtir auprès de la basilique un monastère qui porta aussi le nom de Sainte-Agnès, et dont il est fait mention dans la vie de Léon lll (Anast. In Léon, Ul), Celte princesse y fixa sa demeure, comme le prouvent les actes du schisme enlre Libérius et FéUx, arrivé pendant la deuxième moitié du quatrième siècle (Ap. Labb. Concd. t. n, p. 740), et elle y donna Ihospitalité au premier au retoui- de son exil de Bérée. Les martyrs Jean et Paul, qu'unit la double fraternité de la naissance et du martyre, furent, au rapport deBède (Rolland. Ad diem jun. xxvi. Act. SS: Johan. et PatUi), l'un prévôt, l'autre primicier ^e Sie Constance. Leurs actes donnent du moins pour certain (cap. i. n. 1) qu après la mort de cette princesse, ils furent préposés à la distribution des aumônes abondantes que sa munificence avait laissées entre leurs mains.
Pendant un certain laps de temps, l'église et le monastère de Sainte-Agnès furent confiés aux soins des prêtres du titre de Vesline, appelé aujourd'hui Saint- Vital. C'est de là sans doute qu'est venu Tusage d'ensevelir dans le cimetière de Sainte-Agnès les clercs de ce litre, témoin une antique épitaphe qui en e^t sortie (Bosio, p. 419) :
In pa CE ABVNDANTITS ACOL t7ff«