DAIS
de S. Paul à Rome. Nous donnons ici, fante de monument plus ancien (V. Paciaudi. De lacr. chrittian.baln. p. âS. [ab. ii] la reproduction d'une miniature d'un manuscrit de la bibliothèque de S. Paul de Naples, représentant un de ces bains liturgiques au moyen ige. On y voit trois clercs plongés jiisqtt'à mi-corps dans la piscine et assistés chacun de son batMatoT. Au-dessus de cette scène sont peints deux évéques et deux moines qui semblent y présider.
Les bâtiments destinés ï cet usage étaient étabUsdans l'enceinte même desbasiliques : exemple, celui que Constantin atait construit pour Vtitage au clerct, près de l'église des Saints-Apûlres à CoDStantinople (Euseb. Hiti. eeci, n. 59). Les papes, et en particulier S. Hil.-iire, Hadrien I, Damase, etc., imitèrent cet exemple à Rome (Anastas. pauim], et Théodose arait conféré le droit d'asile à ces établissements, comme aux basiliques elles-mêmes [Cod. Theod. a., tit. 45).
A leur tour, les èvëques en établirent dans leurs églises respectives. S. Victor, évêque de Ravenne au sixième siècle, releva un bain antique déjà destiné aux prêtres et aux clercs et l'orna de mosaïques. Ànastase II, évèque de Pavie, en fit autant, et, au milieu du septième siècle, S. Agnellus de Naples rendit une ordonnance obligeant tous ses prêtres à se baigner à certains jours ; il va même jusqu'à faire une fondation pour leur fournir du savon aux fêtes de Noël et de Pâques. S. Sidoine Apollinaire (I. n. epist. 2) donne une description non moins exacte que curieuse d'un de ces bains qui existait dans sa tiUa d'Avitac en Auvei^ne. On montre ï Pouzzotes des thermes appelés de temps immémorial {ont epitcopi, et qui ne sont autre chose que des bains liturgiques pour les prêtres qui devaient célébrer, et aussi pour les cénobites, car l'usage du bain existait aussi chez les anciens moines, comme l'attestent les constitutions de presque tous les ordres primitifs (V. Paciaudi. op. laud.c. n).
BAISER » ?ku. — Presque toutes les épitres
1 — BAIS
de S. Paul se terminent par cette formule : SalutaU imàcent in oiculo taneto, < saluez-vous les uns les autres par un saint baiser {Rom. xvi. 1S. 1 Cor. xïi. 30. 2 Cor. im. 12. 1 Thas. v. 26). Le dernier verset de la première Épître de S. Pierre exprime la même invitation et exactement dans les mêmes termes.
Cette marque de charité, de paix, de fraternité, usitée d'abord dans la vie commune des premiers chrétiens, ce baiser sanctifié par la foi, assaisonné par la pudeur, devînt bientôt une cérémonie religieuse, qui se pratiquait dans les sjnaies, au baptême, aux fiançailles. Nous ne saurions nous abstenir de rapporter ici un passage de S. thrysostome (flomr/. m 2 Cor. im. 12) où, à propos des paroles de S. Paul citées plus haut, il nous fait connaître les idées de sainteté et de charité qui s'attachaient à cette pratique dans la primitive Ëglise : f Qu'est-ce à dire un baiter taiat? C'est qu'il ne doit pas élre corrompu par la feinte et l'hypocrisie, comme celui que Judas donna à Jésus-Glirisl. Le baiser nous a été donné comme une excitation à la charité, an n qu'il enflamme en nous l'affection, de telle sorte que nous nous aimions mutuellement, comme les frères s'aiment les uns les autres, comme les enfants aiment leurs pères, comme les pères aiment leurs enfants; et d'un amour plus véhément encore. Car là c'est h nature, et ici c'est la grâce ! i Le même Père revient souvent sur le même sujet, et voici un autre passage de lui {Hom- xii. inop. lu ad Cor.) où il fait ressortir la sainteté de cette pratique de la charité primitive : f Nous sommes les temples du Christ. Aussi est-ce le vestibule de l'entrée du temple que nous baisons, quand nous nous embrassons les uns les autres.... Car le Clirist est entré par ces portes [qui sont nos bouches), et il y entre encore, toutes les fois que nous communions. »
Les liturgies orientales ont des oraisons atiant le baiter de paix qui toutes sont inspirées de ces sentiments, et qui appellent notamment la grâce de l'Espril-Saint sur cette cérémonie, afin que rien d'humain ne vienne s'y glisser {V. Renaudot. t. I. p. 13. 36, 59, 60, 142 et passim).
Voici la première de ces bénédictions, tirée de la liturgie de S. Basile; • Dieu grand et éternel, qui avez créé l'homme sans vice, et détruit !a mort que la malice de Satan avait introduite dans le monde, par le vivifiant avénementde votre Fils unique Jésus-Cbrist, notre Seigneur, Dieu et Sauveur, el rempli la terre de la paix céleste : vous que célèbre l'armée des anges, disant : Gloire à Dieu dans les hauteurs [des cieux) et paix sur la terre, et bonne volonté dans les hommes, remplissez par votre bon plaisir, Seigneur, notre cœur de votre paix, et purilîex-nous de toute tache et inimitié, de toute fraude, de tout mal, el de tout souvenir mortel des injures. Faites, Seigneur, que tous nous soyons dignes de nous embrasser les uns les autres daiis un saint baiser, et que nous y participions de telle sorte, que, au jour du jugement, TOUS ne nous repoussiez pas de votre don immor-
BAIS
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tel et céleste, par Jésus-Christ Notre-Seigneur. > 1* Après la récitation des collectes et du symbole, révéque saluait le peuple par cette formule : t Que la paix du Seigneur soit arec vous tous, t pax Damini tit vobûcum onmibus, et le peuple répondait : « Et arec YOtre esprit, t et cum spiritutuo. Alors le diacre disait à haute Yoix les paroles de S. Paul : Oscuiamini vos invicem in osculo iondo {ConUit. apott. yn-n). Et aussitôt les clercs, chacun selon son ordre, donnaient le baiser saint à réyèque, et, parmi les laïques, les hommes aux hommes, les femmes aux fenunes : Deosculeniur dertciepùcûpMm, viri laicilaicos, mulieres se invicem (Ib ). Or ce rit prescrit par les Constitutions apostoliçuei est exactement d*accord avecun canon duconcile de Laodicée (can. xn) qui règle la séparation des sexes par motif de modestie. C*est à tort qu'on a Toolu conclure d*un passage des actes de Ste Perpétue et d^un ou deux textes de TertuUien qu'en Afrique cette séparation n*était pas obsenrée. De ce que les confesseurs sur le point de verser leur sang pour la foi se faisaient ainsi des adieux éternels, de ce que des fenunes baisaient les chaînes des martyrs, il ne suit nullement que celte liberté fût portée dans la liturgie.
Quoi qu'il en soit, le baiser de paix n'ayait pas lieu, dans les deux Églises, au même moment de la messe. Chez les Grecs, c'était au moment de Toblation : nous en avons pour témoins, outre les aotorités citées plus haut, S. Cyrille de Jérusalem (Catech, t. 2) et S. Chrysostome (De compunct. cord. i. 5). S. Justin le suppose aussi évidemment [Apoi. D. 97). Et c'était en mémoire de ce précepie de Notre-Seigneur : • Si, faisant votre offrande à l'autel, vous vous souvenex que votre frère a quelque diose contre vous, laissez-là votre offrande devant l'autel et allez vous réconcilier avec votre frère > (Matth. v. 24.), tade prius reconciliari fratri tuo. Au contraire, la pratique de FËglise occidentale fut toujours de donner le bat* ser de poix après la consécration et l'oraison dominicale. Nous avons à ce sujet un passage on ne peut plus clair de S. Césaire d'Arles (Homil. inter Âugustimanas , uxxm) : t Lorsque est parfaite la fancfi/icaliofi, nous disons l'oraison dominicale, ensuite Pax volnscum; et alors les chrétiens se donnent réciproquement ce baiser, qui est un signe de paix, si ce que montrent les lèvres se passe dans la conscience, p S. Augustin le témoigne aussi implicitement, quand il dit que les fidèles donnèrent le baiser de paix à un évêque donatisle, inier ipsa sacramenta [Conira liit, Petilian. n. 35). Nous savons au surplus que la pratique des Grecs s'étant répandue en certains lieux. Innocent 1" y mit ordre (Epist. i Ad Décent, c. 1).
Tertulhen (De oral, xiv) nous a transmis le souvenir d'une exception à cette règle, pour le jour de la passion du Sauveur : c Le jour de la Pàque où la religion du jeûne est diez nous commune et comme publique, à bon droit nous nous abstenons du baiser. » Par le jour de la Pâque, il entend ici la pâque hébraïque qui correspondait au vendredi
de la semaine sainte, jour de la mort du Sauveur.
Nous ne voyons pas que Terlullien donne la raison d'une telle abstension ; mais on peut la tirer de son contexte : c'est que le baiser de paix, étant un signe de joie mutuelle, ne convenait point en un jour de si légitime tristesse pour l'Église. Les modernes, après Amalaire (i. 13), en assignent une qui ne nous parait pas moins plausible : le vendredi saint est le jour du baiser de Judas ; il y avait pour cela une certaine convenance à ce que les fidèles évitassent de se donner une marque de charité mutuelle. Quoi qu'il en soit, cette abstension avait bien certainement pour but de témoigner la tristesse, puisqu'elle avait lieu tous les jours de jeûne en général, comme nous l'apprend encore TertuUien (Op, laud. ibid.) : c C'est àTabstinence du baiser qu'on connaît que nous jeûnons, • jam enim de abstinentia osculi agnoscimur jejunantes,
2* Au baptême. — Les fidèles donnaient le baL ser de paix aux nouveaux baptisés, comme une marque de la fraternité qui venait de se nouer par le baptême entre les anciens chrétiens et les récents, et de l'admission de ceux-ci au sein de l'Église. Et cette pratique s'observait aussi au baptême des enfants : nous en avons pour preuve une curieuse anecdote racontée par S. Cyprien (Epist, Lxiv). Il se trouva de son temps un évêque nommé Fidus, lequel soutenait qu'on ne devait ptis baptiser les enfants nouveau-nés avant leur huitième jour, parce que les enfants étant jusque-là encore rouges et immondes, c on ne pourrait les baiser sans répugnance, t La réponse de Tévêque de Carthage n'est pas moins singulière : c Tout est pur pour les purs, dit-il, et nul de nous n'a le droit d'avoir de la répugnance pour ce que Dieu a daigné faire, » omnia munda mundis : nec aliquis nostrûm id débet horrere, quod Deus dignatus est facere,
Martène suppose à tort que cette cérémonie du baiser n'avait lieu qu'en Afrique, et que S. Cyprien est seul à en faire mention; car, outre S. Augustin qui cite les paroles de S. Cyprien, S. Chrysostome parle de ce rit (Serm. i), alors que, comparant la naissance spirituelle avec la naissance naturelle, il dit : c Ici, pas de lamentations, pas de larmes, mais des salutations et des baisers et des embrassemenls de frères qui reconnaissent leur membre, t
3* Aux fiançailles^ — Le baiser et la jonction des mains droites faisaient partie des cérémonies des fiançailles, parce que, comme nous l'avons vu, rien n'était plus saint, ni plus usité chez les premiers chrétiens que le baiser de paix. TertuUien en parle ouvertement dans son livre De velandis virginibus (c. vi) : Si aulem ad desponsaiionem velantur quia et corpore et spiriiu masculo mixtœ sunt PER oscuLUH ci dexteras, per quœ primum resignarunt pudorem spirittu.,., quanlo magis illas velabity sine quo sponsari non possunt. Peu auparavant, il disait de Rébecca que « lorsqu'elle fut conduite à son époux, elle n'attendit point dexterœ colluctationem, nec osculi congressionem . « 11 est