‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 56 sur 281 · CALL · texte numérisé non relu

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des autels; ils araîeul des anses, et on les suspendait dans révise avec des chaînes aux jours solenneb, ou on les plaçait simplement sur l'autel.

On distingue diflërentes espèces de calices dans rantiqnité ecclésiastique. Les liturgistes les divisent eo calices ministeriales, offertorii, majores, minores (Visconti. De miu. apparat, c. un). Les premiers, « calices ministériels, t ne serraient qu'à distribuer le sang du Sauveur aux fidèles. Ils avaient une capacité considérable. On les multipliait en proportion du nombre des communiants, et il 3 en avait jusqu'à sept sur l'autel dans les églises les plus fréquentées. On les appelait majeurs on mineurs suivant leur capacité. Les calices dits offeriorii étaient, selon Du Gange, ceux dans lesquels les diacres yersaient le vin oflert par les fidèles. On peut voir dans Du Saussay (Panopl. sacerdotal. I. vm. c. 14. art. 2) le détail de plusieurs autres espèces de calices.

Beaucoup de calices étaient ornés d'inscriptions. La suivante se lit sur un calice offert k l'église de Saint-Zacharie de Ravenne par l'impératrice Galla Placidia : oFruos. ucbiri^ galu plagidia adgvsta, « J'offre à S. Zacbarie, moi, Galla Placidia Auguste, t Le cardinal Mai à qui nous l'empruntons (CoUed, Vatic, v. p. 197) en donne plusieurs autres, ^ous choisissons celle que S. Rémi avait fait graver lui-même sur un calice d'argent minisièriet. Ici, ce n*est pas un simple acte d'offrande, mab, en outre, une pieuse épigraphe exprimant la destination sacrée de ce vase :

■ATVUT mmc rOPTLVS titau db sargvinc sacro

COECTO AETCB:IVS QYKlf FTDIT VVUfEnE CORISTVS, «SMISITS Ua»MT DOMnO STA TOTA SACCRDOS.

• Qa'ici le peuple puise la vie dans le sang sacré, — Que de son flanc ouvert répandit le Christ éternel, —Le prêtre (êrèqoe) Rémi rend ses Toeux au Seigneur. •

Talenlinien IH avait offert à l'église collégiale . de Brives un calice où était gravée celte inscription roii've : valbutuiiaiivs avgvstvs deo bt sancto

■Aami KAKTUO ]IBIV£K5I PRO SB SVISQUE OMNIBVS VO- TT« TOVIT ET BRODIUT*

Dès l'origine, les calices ont consisté eu une coupe plus ou moins haute, plus ou moins évasée, soutenue par une tige munie d'un ou de plusieurs noeuds, el reposant sur un pied plat, hémisphérique, conique ou pyramidal. Us avaient souvent des ansesy comme on peut le conclure du texte d'un Ordre romain du sixième siècle, donné par VLjkhïlloiï (Rus. Haï, p. 48), et comme on le voit par la figure ci-dessus. Mais si l'on doit prendre pour des calices la plupart de ces vases historiés qui se trouvent dans les catacombes (V. l'art. Acclamations)^ il est rationnel de supposer avec le P. Secdii (S. Sabiniano. p. 42) que chaque fidèle avait le sien dans lequel le diacre lui versait le précieux sang d'un grand calice ministériel et anse.

C ALUCULiE. — Ce sont des espèces de disques de métal ou d*étofre dont les anciens avaient

coutume d'orner leurs vêtements. Le nom de calliculœ leur vient du grec xâxxo;, beau; et considérées quant à leur forme, elles étaient appelées rpcy.i^t;, c roudes. > Les du'étiens qui, dans le commencement du moins, ne se distinguaient guère par le vêtement des peuples au milieu desquels ils vivaient, avaient adopté ce genre de décoration pour leurs tuniques et leurs habits de toute sorte, il en est fait très-souvent mention dans les monuments écrits de l'antiquité chrétienne. Ainsi Ste Perpétue raconte que, dans sa vision, le diacre Pomponius lui apparut avec une robe blanche, ornée d'un grand nombre de ces disques, hahens multipliées calliculas (Act. S. Perpet, et Félicit, c. X. ap. Ruin.). Un peu plus loin, la Sainte décrit encore h robe d'un lanista^ ou président des jeux du cirque, laquelle, en outre de deux bandes de pourpre (Y. l'art. Clavi), était enrichie de calliculœ de diff'érentes formes, en or et en argent ; calliculas multiformes ex auro et argento fadas.

Ces calliculœ de métaux précieux étaient trèsusitées parmi les riches. Dans un ancien calendrier publié par Lambèce (Y. Buonarruoti. p. 35), les figures des mois de décembre et d*avril en sont ornées.

On en remarque aussi sur le vêtement d'une femme jouant de la flûte, dans une peinture des thermes de Titus gravée par Santé Bartoli (Pitt. ant. délie grotte di Roma. tav. iv); et sur la robe de Didon dans le Virgile de la Yaticane, en tête du deuxième chant de VÉnéide.

Hais le plus souvent les calliculœ étaient faites de pièces d'étorfe œuleur de pourpre, cousues sur le vêtement, à la partie inférieure, et quelquefois sur les épaules. Ceci s'observe fréquemment dans les peintures des catacombes, sur la tunique du Bon Pasteur notamment (Bottari. tav. lxxvi), et sur celle de chrétiens en prière (Id. tav. cxxu). Il en est de même sur les verres dorés (Gamicci. tav, VI. 5. XXV. 4.) Ceci est la figure d'un enfant représenté avec ses parents sur un fond de coupe d'une exécution très-soignée (Garrucci. tav. xxnt. 4). Deux calliculœ se voient au bas de la tunique, et une sur Tépaule gauche. Mais si l'on veut se faire une idée plus juste de ce genre d'ornement, il faut consulter l'on- a^^.

vrage de M. Perret (Catacombes de Rome) dont les planches sont coloriées, et en particulier la planche vu du second volume» où se trouve Timnge d'un chrétien en prière, et qui porte des calliculœ sur les épaules.

CALOMNIES DmiGÉES contre les previbrs cuRÉTiERs. — Sous cc titre : Noms des prentiers chrétiens (n. Il), nous avons énuméré quelquesunes des appellations injurieuses appliquées aux premiers chrétiens par les Juifs et par les ido-»

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lâtres. Nous nous abstiendrons en conséquence de développer ici celles des calomnies qui se trouveraient déjà ainsi indiquées dans cet article, auquel nous renvoyons le lecteur.

I. — Les premiers calomniateurs des chrétiens furent les Juifs, qui leur avaient voué une haine implacable. Nous savons par le témoignage des apologistes, et notamment de S. Justin {DiaL cum Thryph. p. 234 et passim.)^ d*Origéne (!n Cels, 1. vi), de TerluUien (Ad nation, i. 14), qu'ils avaient choisi, par une commune délibération, des personnes dignes d*étre les ministres de leurs passions injustes; et ils les envoyèrent par toute la terre, afin de répandre contre le christianisme et contre son auteur des accusations mensongères destinées à signaler la nouvelle religion à la haine et au mépris de tous les hommes. Et ils y avaient si bien réussi que, au dire d'Origène, les impressions produites par les récits de ces émissaires n^étaient pas encore effacées deux cents ans après. 11 n*y avait pas un seul lieu dans Tempire où le nom chrétien ne fût un objet d'horreur et d'exécration, principalement à cause de l'accusation d'athéisme répandue contre eux; et nous pourrions ici, si l'espace nous était donné, en rapporter la preuve détaillée pour les principales provinces : pour la Syrie (Justin. Dial. n. xvii), pour l'Asie Mineure {EpUt. Smym. de Polycarp. mart n ix), pour la Grèce (Athenagor. Légat, n. xui), pour Tltalie (Dio. 1. Lxvii), pour TËgypte (Glem. Alexandr. Strom. 1. vn. n. 1), pour le reste de l'Afrique (Arnob. i. 16), etc.

11 resterait encore, si nous en croyons Tillemont (Hist, eccl, t. I p. 155), à Worms sur le Rhin, un monument écrit de celte propagande haineuse des Juifs : c'est une des lellres qui furent envoyées par eux dans tout l'univers pour diffamer Jésus-Girist et ses disciples.

Nous groupons ici les moins saillantes et les plus vagues de ces calomnies, nous réservant d'exposer séparément et avec plus de développements celles qui présentent plus de gravité.

On accusait les chrétiens de ruiner la liberté en faisant dépendre nos actions de Dieu, comme d'autres les soumettent au destin (Tertull. ApoL xlii); d*ètre inutiles pour les affaires et improductifs au monde, infructuosi in negotiis; d'être criminels de lèse-majesté (Id. ib. xxxv), ne rendant pas aux princes les honneurs qui leur étaient dus, parce qu'ils ne leur en rendaient pas de sacrilèges; ennemis publics, songeant à établir quelque nouvelle monarchie contre celle des Romains, parce qu'ils attendaient le régne de Dieu, mais au ciel (Ib. il). Aussi quelque mal qui arrivât dans l'empire, on ne manquait jamais de le rejeter sur les clirélieus.

Les Juifs les accusaient de mépriser la loi (Origen. Contr. Cels. vi). On leur attribuait les opinions et les sentiments des hérétiques les plus détestables. On rappoitait à la magie les miracles qui s'opéraient chaque jour parmi eux.

On leur reprochait de se séparer du reste du monde (Orig. t^. vui), et on les appelait une troi-

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sième espèce d'hommes, qui n'étaient ni Juifs ni Romains. On les méprisait comme des hommes ignorants, dans les lettres comme dans les arts, des gens de basse condition, studiorum rudes j litterarum profanas, expertes artium (Min. Fel, p. 53. édit. Ouzel.), téméraires qui se prétendaient plus habiles que tous les anciens philosophes.

Selon d'autres (Origen, In Cels. ni), ils se seraient appliqués à rejeter de leur société , à exclure de leur religion toutes les personnes d*esprit et de science, ils auraient cherché à s'attirer le menu peuple en l'intimidant par des terreurs sans preuve et sans fondement.

On les traitait d'impudents. On les taxait, tantôt d'avarice, tantôt de prodigalité dans les agapes et les festins de charité qu'ils faisaient ensemble (Tertull. Ad nat. i. 5. Apol. xxxix). On leur faisait même quelquefois un crime de leur courage et de leur fermeté, qu'on attribuait à une obstination punissable (Origen. Ib. vn). D autres fois, au contraire, on les taxait de timidité, d'un attachement excessif à leur corps et à leur vie ; tandis qu'il était de notoriété publique qu'ils se faisaient une loi de représenter en eux-mêmes la mort de Jésus- Christ par la mortification de leur chair, et de s'abandonner avec joie à tous les tourments et à la mort même, plutôt que de rien faire contre le devoir.

II. — Les autres calomnies que nous avons réservées pour en parler avec plus de détails, parce qu'elles présentent un caractère plus grave, se réduisent à deux chefs principaux : idolâtrie et immoralité.

i* Idolâtrie. — A. — Adoration du soleil. « Quelques-uns pensent, dit Tertullien (Apol. xvi), que le soleil est notre Dieu. > La réponse suit l'accusation : « Nous renverra-t-on par hasard à la religion des Perses? Mais nous n'avons pas besoin d'adorer comme eux le soleil représenté sur un drapeau, puisque nous avons les yeux sur son globe, m suo clypeo. Ce qui a fait soupçonner que nous l'adorons, c'est qu*on a su que nous nous tournons vers l'orient pour prier. Mais la plupart d'entre vous, quand ils affectent d'adorer les divinités du ciel, n'agitent-ils pas leurs lèvres vers le soleil levant? Nous nous abandonnons, il est vrai, à la joie le jour du soleil; miis c'est pour un tout autre motif que celui d'honorer cet astre que nous célébrons notre solennité après le jour de Saturne, que quelques-uns de vous passent dans l'oisiveté et rintempérance, s*écartant en cela même de la coutume des Juifs qu'ils ne connaissent pas. » Le motif de la joie des chrétiens au jour du soleil, motif que Tertullien ne dit pas, S. Justin l'explique (Apol. I. 68), c'est que ce jour avait été sanctifié par la résurrection du Sauveur, et éfait ainsi devenu un jour de fête pour l'Église.

B. — Adoration d'un homme crucifié. Cette accusation venait des Juifs (Justin. Dialog. n. xcni) et aussi des païens, dont Tacite s'est fait l'organe (Annal, xv. 65); et elle était calomnieuse en ce que les uns et les autres supposaient que les hommages

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des fidèles s'adressaient à un homme condamné au supplice infamant de la croix pour ses crimes (Minuc Fel. p. 86), hominem mmmo suppHcio pro facinore punitum, 11 se trouva même des proconsuis et des gouverneurs de provinces qui cherchèrent à persuader aux chrétiens appelés devant les tribunaux qu'ils ne devaient pas adorer un homme malheureux, qui, n*ayant pas su se sauver luiinème, était incapable d'être utile aux autres (Ad. S. Lueian et Marcian, ap. Ruin. p. 153) : ne pouvant les convaincre, ils les mettaient à mort. ■

Les chrétiens n*avaient garde de désavouer le culte qu'ils rendaient au Christ ; mais, soit par la voii éloquente de leurs apologistes (Justin. Apol. n. p. 9 2j, soit directement devant leurs accusateurs et leurs juges, ils proclamaient la divinité du Sauveur et prouvaient, par des arguments invincibles, que le Verbe divin, comme les prophètes l'avaient annoncé, avait revêtu la nature humaine et, en devenant honune, n^avait pas cessé d*étre Dieu. Celait à ce Dieu homme qu'ils offraient leur adoration et leurs hommages.

C. — Adoration de la croix comme divinité. L*accus3lioD esc ainsi formulée par le païen Gécilius dans Je dialogue de Minucius Félix (p. 86) : a Rapporter qu'iJs (les chrétiens).... adorent le bois funèbre d'une croix, c'est leur attribuer des outils dignes d'eux et leur faire adorer ce qu'ils méritent. • Oclavius répond simplement : « Nous n'adorons pas la crois, et nous ne désirons pas d'être crudfîés; mais vous qui consacrez des dieux de bois, peut-être adorez-vous aussi des croix de bois, comme faisant partie de vos dieux (p. 286). » Les païens se méprenaient sur la nature du culte que les chrétiens rendaient à la croix, culte qui n'avait pour objet que la personne du Sauveur qui avait sanctifié ce bois par l'effusion de son sang. Leur étemel sophisme était d'assimiler toujours le culte chrétien à leur propre culte , qui s'arrêtait à de grossiers symboles ou s'adressait à des idoles ridicules (V. Tart. Croix [adte de la]).

Dans tous les cas, cette objection prouve que le culte de la croix, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui dans l'Église catholique, était déjà en vigueur parmi les chrétiens du deuxième siècle. Ayant à réfuter la même calomnie, Tertullien ne lui oppose, lui aussi (Apol. \n), que Targumentation ad honânem, qui était son arme favorite, rétorsion énidite, pleine d une mordante ironie : c Quant à ceux qui s'unaginent que nous adorons la croix, ne sont-ils pas nos coadoraleurs quand ils tâdient de se rendre propice quelque morceau de bois? Qu'importe la %ure, puisque la matière est la même? Qu'importe la forme, puisque le même objet est le corps d'un dieu! Et quelle différence y a-t-il entre l'arbre de la croix et la Pallas athénienne, ou la Gérés de Pharos, qui ne sont autre chose qu'une perche gros- ^^iére et un bois informe qui s'élève sans effigie? Toute branche qu'on plante verticalement est une portiou de la croix. Serions-nous par hasard répréfaensibles d'adorer le Dieu tout entier? N'avonsnous pas dit ailleurs que les ouvriers ébauchent

vos divinités sur une croix? Vous adorez les victoires, dont les trophées renferment des croix qui en forment l'intérieur. La religion des Romains est toute mihtaire. Us adorent leurs enseignes, jurent par leurs enseignes , préfèrent leurs enseignes à tous les dieux. Mais ces drapeaux forment des croix, dont toutes les brillantes sculptures sont les colliers. Les voiles des drapeaux et des étendards en sont les vêlements. Je loue votre zèle ; vous n'avez pas voulu adorer les croix nues et sans ornements, t

D. — Adoration des pontifes. L'origine de cette calomnie , à laquelle on ne connaît guère d'autre auteur que le sophiste Lucien (Dialog. in mort. Peregrin. p. 994. edit. 1615), était la vénération que les fidèles témoignaient en toute rencontre au sacerdoce (V. l'art. Pieds du souverain pontife [baiser des]). Nous ne nous y arrêterons pas. Mais l'accusation revêtait quelquefois une formule obscène, supposant que le culte des fidèles s'adressait à ce qu'il y a de plus honteux dans l'homme (Y. l'art. Exomologèse, n. m), antistitis genitalia. Us exécutaient même des statues spinthriennes qui traduisaient aux yeux cette infamie. Ou possédait au musée du Vatican, d'après Hamachi {Antiq. Christ. 1. 130), un coq qui, à la place du bec, a un phallus, avec cette sacrilège inscription : ZuTrip xso^aou, Salvator mundi. On pense que l'usage où étaient les premiers chrétiens de se prosterner devant leurs prêtres pour confesser leurs péchés, presbyteris advolvi (TertuU. De pcenit. ix), avait pu donner lieu à une si étrange accusation.

Nous aimons à citer ici la réponse indignée d'Octavius (Uinuc. Fel. p. 279) : « Celui qui, dans ses récits mensongers, nous accuse d'adorer en la pei^ sonne de nos prêtres une chose dont la pensée seule fait rougir, nous impute des infamies qui lui sont propres. In cuite aussi obscène se pratique sans doute parmi ceux qui, prostituant toutes les parties de leur corps, donnent au libertinage le nom de galanterie, portent envie à la licence des courtisanes, hommes dont la langue n'est pas pure lors même qu'elle se tait, et qui éprouvent le dégoût de l'impudicité avant d'en sentir la honte. Les monstres I ô comble d'horreur! se rendent coupables d'un crime que ne peut soufTrir l'enfant de l'âge le plus tendre, et auquel la tyrannie la plus dure ne parviendrait pas à contraindre le dernier des esclaves. Pour nous, il ne nous est pas même permis d'écouter de pareilles turpitudes, et je croirais violer la pudeur, si j'employais plus de paroles pour notre défense. Et certes, nous ne pourrions nous imaginer que les abominations que vous imputez à des gens aussi chastes, aussi retenus que nous, fussent possibles, si nous n'en trouvions des exemples parmi vous. > Cet admirable passage met sous nos yeux un éloquent parallèle des mœurs païennes et des mœurs des premiers chrétiens : c'est un document historique de la plus haute importance.

E. — Adoration d'une Ute d^ûne. c Toute l'occupation des démons (c'est encore à Minucius Félix que nous empruntons ce texte, qui place la réfuta»

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tion après la calomnie, Odaw. p. 8S) esl encore de répandre de faut brûlis.... De là vient cette fable que la léte d'un âne est pour nous une chose saçrée. Qui serait asseï insensé pour avoir une pareille divinité, et assez simple pours'imaginer qu'on put l'adorer, i moins que ce ne soit vous, qui avez consacré dans les étables tous les ânes avec votre déesse Ëpona.... vous qui adorei des tètes de bŒuf et des tètes de mouton I > Cette calomnie, si nous en croyons TertuJlien (i Ad nat. xiv), eut pour auteur un Juir, lequel avait fait une ignoble ligure à oreilles d'âne avec cette inscription : devs cbmistii- KonvH, ■ Dieu des chrétiens ! ■ Nous avons vu au musée Klrcher une caricature à peu près de même sorte et qui ceriainement avait le mâme sens : c'est un crucifix à tête d'âne tracé au stylet sur une muraille du palais des Césars au mont Palatin ; le savant jésulle Garrucci a obtenu la permission d'enlever le morceau d'enduit où est dessiné cet objet étrange. Afin qu'on ne put se méprendre sur sa signification, on a figuré prés de la croix un personnage qui adore ce Clirint à la manière antique, c'est-i-ilire en baisant sa main, et au bas duquel sont écrits ces mots en caractères cursifs : aaeu- MEi(oiiuEn(pouri£BiTAi]eEon, • .\leiamène adore son Dieu. ■ Voici cette caricature :

D'après une autre inscription graphite ainsi conçue : coRintivs EUT DK p£DiGocio, H. Fr. Lenormanl avait juge que là se trouvait le pœdngogium, c'està-dire l'école des pages du palais impérial, et de nouvelles découvertes du même genre sont venues donner raison à cette judicieuse interprétation. Aleiamenus était donc un écolier chrétien qu'un de ses condisciples idolâtre avait voulu mettre ainsi en scène pour le tourner en ridicule, et nous n'tiésitonspasàen voirla preuvedansunnouvenu graphite qu'il nous a élé donné de lire nous-méme dans une cellule voisine, et où le litre de fidelis, chrétien baplUâ, est attribué à Alexamenus : ueu-

11 serait difficile d'assigner une cause à une si absurde accusation, à moins qu'on ne suppose que les païens en conçurent l'idée en lisant dans l'Évangile le récit de l'entrée de Notre-Seigneur k

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lérusalem, ou en voyant ce fait représenté sur quelques monuments chrétiens.

Nous retrouvons encore ici le nom de Tacite {Bid. v), et nous devons donner, exposée par Tertullien {Apôl. xvi), l'opinion que cet historien s'était faite à cet égard, d'après les récits en circulalion de son temps : • Quelques-uns d'entre vous, dit rapol<^ste, ont rèvè que nous adorons une léte d'âne. Voici ce qui a fait soupçonner cda à Cornélius Tacitus. Dans le cinquième livre de son Histoire, racontant la guerre contre les Juifs, il remonte à la naissance de ce peuple. Après avoir parlé à sa manière de son origine, de son nom et de son culte, il rapporte que les Juifs, sortis, ou, conune il le veut, bannis de l'Egypte, manquant d'eau dans les vastes déserts de l'Arabie, et épuisés de soif, ayant trouvé des sources par le moyen de quelques ânes qu'ils suivirent.... adorèrent, en reconnaissance, l'image d'un animal semblable. C'est de là, je pense, qu'on a présumé que nous, dont la religion est voisine de celle des Juifs, nous adorions un pareil simulacre. >

f. — Honneurt ditini rendut à SérapU. C'est l'empereur Hadrien qui inventa et répandit celle calomnie dans une lettre écrite d'Egypte par ce prince voyageur au consul Servianus, lettre qui se trouve dans l'historien Vopiscus [T. n, Hi*t. aag. teript, p. 7(0), mais dont l'authenticité n'est pas admise par tous les critiques : ■ Ceux qui adorent Sèrspis, dit-il, sont des chrétiens, et ceux-là sont voués au culte de Sérapis qui se disent évéques- * On présume que, arrivé à Alexandrie où le culte de cette divinité était fort répandu, Hadrien vit quelques chrétiens, par crainte des supplices, sacrifier lâchement à Sérapis, et qu'il conclut du particulier au général. Selon d'autres, ce serait la ressemblance de la croix ansèe qui aurait donné lieu à l'erreur d'Hadrien.

S* CiLOmiiu iTADT en chuctèhb u'imnouuivé. Les calomnies de cette classe, à laquelle nous pouvons rapporter l'accusation d'adorer anlitlilU leu sacerdoli» genilatia (V. plus haut 1*. D), peuvent être attribuées i une source commune, qui n'est autre que la connaissance répandue parmi les païens des abominations qui se commetLtient dans les assemblées des gnosliques, des carpocratiens et autres hérétiques, qui malheureusement portaient lous le nom de chrétiens. On jugea d'après ces infâmes sectaires la société chrétienne tout entière.

Nous nous bornons à deux de ces atroces calomnies. On accusait les fidèles de renouveler le festin de Thyeste. et l'inceste d'Œdipe. Le premier grief était reialifaux initiations des premiers chrétiens, le second à leurs repas-

k. — Le fetlin de Thgetle. Voici OMnment le païen Cecilius expose celte horrible accusation (Uin. Fel. p. 9) : a Le récit qu'on fait des initiations des chrétiens est aussi horrible que véridique. On préfenle un enfant couvert de pâle à celui qui doit être initié, afm de lui cacher le meurtre qu'il va commettre, et le novice, trompé par cette imposture, frappe l'enfant d« plusieurs coups de

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