CANA
couteau : le sang coule, les assistants le mont afec aYiditéy et se partagent ensuite les membres palpitants de la rîclime. C*est ainsi qu*ils cimentent knr alliance; c'est ainsi que, par la complicité du même crime, ils s'engagent mutuellement an silence. Tels sont ces sacrifices, plus exécrables que tous les sacrifices? > Les mêmes cboses sont rapportées par S. Justin (DiaL cum Thryph. n. x. et Apol, I et II, pasnm.), par Athénagore (Légat. n. m), Théophile d*Anliodie (L.mAdAutolic. n. iv), par Origène (L. ti. n. 27). Il en est question aussi dans les actes des martyrs de Lyon (Eusèb. Hist, ecd. T. 1), etc.... La seule raison que Ton puisse arecquefaïue fondement assigner à une telle accusatioOp c'est qae ceux qui s'en étaient fait les propagateurs avaient oui dire que les chrétiens mangeaient la chair et s^abreuvaient du sang du Fils de Marie, mystère trop haut pour des esprits matérialisés par le paganisme, et qui avait scandalisé même les Juifs quand il leur fut annoncé pour la première fois.
La rètor^n d'Oclarius est accablante : « Pensez-vous que nous soyons assez cruels pour verser et pour boire le sang d'un être aussi faible et qui ne vient que de naître? Une telle atrocité ne peut trouver de créance qu'auprès de ceux qui sont capables de le commettre. C'est vous qui exposez vos enfants nouveau-nés aux bêtes féroces et aux oiseaux de proie. Cest vous qui, devenant parricides avant d'être pères, les étouffez dans le sein de leurs mères par des breuvages empoisonnés. Et c'est de vos dieux mêmes que vient cet usage barbare; car Saturne dévorait ses enfants. Aussi, c'est pour cette raison que, dans quelques parties de l'Afrique, on lui sacrifiait des enfants qu'on empêchait de crier en les couvrant de baisers et de caresses, afin de ne pas offrir à ce dieu une victime lamentable. On immolait dans la Tauride, et même dans le Pont, les étrangers qui venaient y demander l'hospitalité ; Busiris avait introduit celte coutume en Egypte, et les Gaulois, non moins cruels, offraient à Mercure des victimes humaines, ou plutôt inhumaines. Les Romains, dans des sacrifices, ont enterré vils un Grec et une Grecque, un Gaulois et une Gauloise. Aujourd'hui même encore, c'est par des homicides que vous adorez Jupiter Latiaris, et, ce qui est digne du fils de Saturne, on se repaît du sang des criminels. C'est sans doute ce dieu qui porta CatiJina et ses complices à sceller leur ligue par Je sang ; c'est sans doute encore à Texemple de ce dieu que l'on fait des effusions de sang humain en l'honneur de Bellone, et que, dans la médecine, on l'emploie pour guérir de l'épilepsie, remède pire que le mal. Ils n'en sont pas moins coupables ceux qui se nourrissent de bêtes sauvages tuées dans l'arène, encore teintes de sang, et engraissées de chair humaine. Pour nous, il ne nous est pas permis d'être les spectateurs du meurtre des hommes; le récit même nous en est interdit ; nous sommes si éloignés de verser le sang humain, que nous nous abstenons même du sang des animaux dont la chair nous sert d'aliment. »
Le genre d'argumentation adopté par les premiers apologistes, et qui consiste à convaincre les païens des mêmes crimes et de plus odieux encore que ceux qu'ils imputaient aux fidèles, bien que peu concluant en lui-même, a ce côté important qu'il nous fait connaître une foule de particularités des mœurs antiques que nous aurions peut-être toujours ignorées sans cela. Nous ne craignons donc pas que nos lecteurs nous sachent mauvais gré d'avoir mis sous leurs yeux ces curieux fragnfients d'apologétique chrétienne.
B, — V inceste d*(Edipe. Nous reproduisons encore ici le texte de Hinucius Félix (Ibid.) : « Ne savons-nous pas opcore, dit Tinterlocuteur païen, ce qui se passe à leurs festins (aux festins des chrétiens)? Tous nos auteurs en font mention, et la harangue de l'orateur de Cirta l'atteste également (il désigne ici H. Cornélius Fronto, orateur latin, né à Cirta en Numidie, qui, d'après ce passage, parait avoir prononcé un discours contre les chrétiens) : dans un jour solennel, tous se rendent au banquet avec leurs enfants, leurs femmes et leurs sœurs; là, après un long repas, lorsque les vins dont ils se sont enivrés commencent à exciter en eux les feux de la débauche, ils attachent un chien au candélabre et le provoquent à courir sur un morceau de viande qu'on lui jette à une certaine distance : lès flambeaux renversés s'éteignent; alors, débarrassés d'une lumière importune, ils s'unissent au hasard, au milieu des ténèbres, par d'horribles embrassements et deviennent tous incestueux, au moins de volonté, s'ils ne le sont d'effet, puisque tout ce qui peut arriver dans l'action de chacun entre dans les désirs de tous, n
On se demande ce qui, dans la vie si pure et si sainte de nos pères, put donner lieu à d'aussi abominables allégations, qui, au témoignage d'Origène (Contr. Cels. 1. vi. n. 27), vinrent d'abord des Juifs. Ce qui leur donnait quelque apparence de vérité, c'était l'usage où étaient les premiers chrétiens d'échanger le baiser de paix dans leurs synaxes (V. l'art. Baiser de paix), de s'appeler mutuellement frères et sœurs et de prendre ensemble ces repas de charité qu on appelait agapes (Y. l'art. Agapes).
Le lecteur qui désirerait de plus amples détails sur cette triste matière, pourrait consulter le savant ouvrage de Korthold, intitué : Paganus obtrectatoi\ sivede calumnis gentilium in vetcres Christianos. Lubecœ. 1703.
CA.NA (miracle de). — Un certain nombre de sarcophages antiques reproduisent ce miracle dans leurs bas-reliefs. Théophile d'Antioche, qui vivait au deuxième siècle {Comment, in Evang. 1. iv), regarde l'eau qui fut changée en vin comme une figure de la grâce du baptême. D'autres y voient une image de la transsubstantiation (V. l'art. Euchariêtie). C'est pour cela que le miracle de Cana se trouve quelquefois représenté sur des vases eucharistiques, tels qu'un urceolus ou burette du quatrième siècle, selon Blanchini, que ce savant