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Il en parle encore à propos des additions faites par lui à la basilique de Saint-Félix {NoL x) ; et, dans sa (rente-deuxième épflre à Sulpice SéTére nous trouvons celte inscription qu*il avait placée sur le frontispice d'un monument de ce genre qu'il appelle canthanu^ ce qui signifie une longue vasque d*eau, avec une statue de forme grotesque par laquelle montent les eaux, et dans lequel les fidèles lavent leurs mains avant d'entrer :
Sancta nitens famulis interfuit airia lymphis CaDlbarus,intraQlumque manus lavât amne ministro.
En quelques endroits, ces fontaines étaient entourées de lions qui vomissaient de Teau, d*où Texpression de quelques modernes Xiovrâpicv. G*est ce que nous apprend Tanonyme Byzantin cité par Du Gange (Cpolis Christian. 1. vm), à propos des embellissements de Sainte-Sophie par Justinien. liais ici la fontaine, placée par cet empereur sous le propylée de la basilique, prend le nom de phiala : Fecit autem circa phialam portiau duodecim, in quitus eranl fontes, leonesque aquam éructantes, e quibus populus lavaretur, < il fit autour de la phiala douze portiques où étaient des fontaines, et des lions vomissant Teau, dans laquelle le peuple se lavait. » Paul Silentiaire se sert du même mot pour désigner te même objet, ftfléxvi. D'autres le nommaient nympheum; Paciaudi {De bain. Christ, p. 156. tab. ni) a illustré un objet de ce genre existant non loin de la ville de Pisaure en Istrie. M. Mézières, membre de Técole française d'Athènes, a décrit dans les Archives des missions scientifiqites et littéraires (t. m. p. 149) une église des premiers siècles du monastère de S. Dimitri, sur le mont Ossa, dans Tancienne Magnésie, dans Y atrium de laquelle se voit encore aujourd'hui la fontaine, cantharus, ornée d*élégantes colonnettes.
Rien n'égala jamais la magnificence que les souverains pontifes déployèrent dans cet importante partie des basiliques de Rome. 11 suffit de jeter, pour s'en convaincre, un coup d'œil sur les vies des papes, par Anastase le Bibliothécaire, et en particulier sur celles d'Ânastase II, de S. Uilaire, de Symmaque, de S. Sixte, qui avaient fait placer dans Vatrium de plusieurs basiliques des fontaines de porphyre et d'autres matières précieuses. Mais le monument peut-être le plus célèbre de ce genre est le cantharus dont S. Léon le Grand dota la basilique de Saint-Paul sur la voie d'Ostie, et qui inspira de si beaux vers à Ennodius de Pavie (Ennod.Ticin. 0pp. Carm. cxlu ap. Sirmond.t.i). On peut voir la reproduction d'une de ces fontaines jaillissantes dans une mosaïque de Saint-Vital de Ravenne, représentant l'impératrice Théodora, femme de Justinien, entourée de toute sa cour, et faisant son entrée dans ce temple illustre (Giampini. Yet. monim. t. ii. tab. xxn). A la fin de notre article Basiliques, nous avons reproduit la façade de l'ancienne vaticane : au milieu de Vatrium, règne le cantharus que surmonte une coupole soutenue par des colonnes.
Quant à l'usage où étaient les fidèles de se laver les mains avant d'entrer dans l'église, il est constaté par tous les Pères, entre autres S. Ghrysostome qui y fait souvent allusion dans ses homélies (Homil. ui. In Matth, uu In Joan. et passim). Tertullien en parle aussi dans son Traité de la prière (c. zi). Il y avait quelque chose de semblable dans l'antiquité profane, car Sénèque mentionne (Epist. cxxi) ff l'eau lustrale placée dans le vestibule des temples t.
Le mot cantharus a été, par extension, appliqué au vase qui contient l'eau bénite.
Ce nom est donné quelquefois aussi à un objet d'une nature toute différente, c'est-à-dire à une espèce de candélabre, cantharus ou caniarium, du grec xavfkpcç ou Kvi^ooof oc x«v6apcc, ce qui signifie fl soutien de la chandelle a. Gette dénomination est en usage dans la liturgie ambrosienne pour désigner le flambeau que le sous-diacre porte d'une main à la messe solennelle, tandis qu'il agite de l'autre l'encensoir, rit qui n'existe que dans cette vénérable Église.
Il signifie encore une sorte de lycntu ou de lampe suspendue, qui se nomme chez les Grecs ^6ti$, buito, et qui affecte diverses formes. On peut voir des objets de ce genre peints sur les murailles de la basilique de Saint-Glément, à gauche en entrant. En voici un.
Les dix vierges qui sont représentées dans la mosaïque du portique extérieur de Sainte-Marie trans Tiberim, portent aussi à la main de petits vases de la même forme à peu près.
CAI^TIQUES. — Y. l'art. Office divin. Append. 5.
GAPITILA.yiUH. — V. l'art. Âbluiion. n. I.
GAPITOLE. — y. l'art. Ia/»i, n. I.
CAPITULES. — Y. Tart. Office divin. Append. 3.
GARDII^AUX. — Y. l'art. Titres et Curés.
CATACOMBES. — I. — Qo'ist-cb qub les aTAGOMBBs T — Lcs catacombes sont des souterrains creusés par les premiers chrétiens, pour y déposer leurs morts, pour y exercer leur culte, et y chercher un asile dans les temps de persécution.
Primitivement, le nom de catacombes appartenait en propre à cette crypte de la voie Appienne,
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où, selon une TÎeille tradition, les corps de S. Pierre et de S. Paul, soustraits par les clirétiens de Rome aux Orientaux qui étaient venus, dit-oD, les enlever, auraient été momentanément ensevelis : ce lieu s*appelait ad calacumboê. Voici le plan de cette crypte, d*après le P. Marchi (Mo-
ntim.Tav. xxxix).
Ce n'est qu'au moyen âge que, par extension, ce nom fut appliqué à Tensemble des cimetières pratiqués sous le sol de la campagne romaine, et qui, formant autour de la ville une immense nécro* pôle, a reçu encore la dénomination de Rome souterraine. Par une extension plus large encore, on a aussi appelé catacombes tous les cimetières souterrains qui ont été trouvés dans d utres localités. La plus célèbre de ces catacombes est celle de Naples, dont Pdiiccia a donné une longoe description dans le quatrième volume de son ouvrage De poliUa Ecclesiœ. Il en existe aussi de fort curieuses à Chiusi en Toscane, à Halte, en Sicile, à Paris (Montmartre), et dans une foole de localités dont fioldetti donne rénumération (Y. les art. Cimetière et Sépulture).
Mais notre travail n'a pour objet que les catacombes romaines.
L'origine du mot catacombes est enveloppée d'obscurité. Les uns le font dériver des vocables grecs xsra, foiis, et luaSoç, tumuluSf ou xufiSoç, exeatation. D'autres préfèrent Tétymologie, xaxa «Mi^n, i cause de la ressemblance qui existe entre les tombeaux en forme de sarcophages et le vide d'une barque, cymba, cumba (Y. Schneider. Lexicon GroBcmi. ad. voc. Ku{i6r«). Le P. Marchi (Monum^ p. 209) pense qu'il pourrait être formé du latin cundfo, verbe qui, combiné avec les prépositions adf atm, de, signifie jacere, être couché; d'après cesysiéme, catacombe voudrait dire lieu souterrain j ou lien ou Ton est couché (V. Fart. Cimetière), lais encore une fois, tout ceci reste incertain.
Parmi les cimetières de la Rome souterraine, dont soixante environ sont connus au moins de nom, les uns ont pris les vocables d'un ou de plusieurs Saints qui y avaient été ensevelis et qui le plus souvent les avaient fait eux-mêmes creuser, ou qui avaient permis à l'élise de les creuser sous leurs propriétés: tels sont, par exemple, ceux de Satnto- Agnès, de Sainle-Priscille, des Saints- Nérée^'Achillée, de Saint-Pancrace, de Saint- Hermès. D'autres ont conservé le nom des localités
où ils avaient été établis, comme ad Nymphas, ad Ursum pileatum, inter duas lauros, ad sextum Philippi, etc. D'autres enûn (et ce parait être le plus grand nombre) s'approprièrent le nom des possesseurs des terres sous lesquelles ils étaient creusés, ou celui de leurs fondateurs, ou bien encore celui des personnages qui les avaient agrandis, car alors l'Église proscrite ne possédait ses hypogées que sous quelque nom particulier. C'est d'après cette règle que reçurent leurs dénominations les cimetières de Domitille, de Balbine, de Calliste : aucun de ces personnages n'était enseveli dans les souterrains qui portaient leurs noms. De là viennent aussi ces antiques dénominations qui rappellent des personnes inconnues ou tout à fait obscures, comme Prétextât, Apronius, les Jordani,Novelia. Pontius, Maxime dont l'hypogée a été retrouvé naguère (Y. De' Rossi. Bullel. 1865. p. 42). Après la paix constanlinienne, plusieurs de ces cimetières perdirent peu à peu leurs noms primitifs, pour prendre ceux des sanctuaires ou des lieux consacrés au culte de quelque grand saint. C'est alors que les plus célèbres martyrs et papes fournirent leur nom aux cimetières oiî ils étaient ensevelis. Ainsi, celui de Domitille devint le cimetière des Saints-Nérée-Achillée-et-Pétronille,dontla basilique vient d'être retrouvée (Ballet. 1875, n^ l; celui de Balbine prit le nom de Saint-Marc; celui de Calliste fut nommé cimetière de Saint-Sixte et de Sainte-Cécile. La distinction de cette double nomenclature, dit le savant archéologue romain (1863. L. L.), est fondamentale dans l'histoire de la itome souterraine, et sert à merveille à en dénouer les nombreuses difûcultès. Elle correspond au grand système chronologique qui divise en deux familles distinctes les monuments chrétiens, la famille de l'âge des persécutions, et celle de l'âge du triomphe.
Les caLicombes sont toujours ouvertes à une certaine profondeur dans le sol, parce que, pour se soutenir, les galeries devaient atteindre des couches de sable suffisamment dures et consistantes (Y. plus bas. n. 111). Aussi les escaliers trèsrapides par lesquels on y descend, escaliers pratiqués avant ou après la pacification de l'Église, traversent-ils toutes les couches de terre meuble et celles de sable friable, jusqu'à Tendroit où ce sable acquiert les qualités nécessaires pour se prêter à l'excavation. Là se trouve le premier étage de galeries ; mais la plupart des catacombes en ont plusieurs s'enfonçant dans les entrailles de la terre, et munis chacun de son escalier. Quelques catacombes ont leur entrée dans une église bâtie depuis la paix constantinienne, au-dessus de la crypte principale, comme à Saint-Laurent m agro Yerano^ à Saint-Sébastien, etc. Pour beaucoup d'autres, l'ouverture qui y donne accès se cache dans les vignes qui couvrent une partie du sol des alentours de Rome, comme à Saiut-Calliste. à Saints-Nérée-et-Achillée, etc.
Nous avons dit en commençant que les catacombes avaient trois destinations principales .
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1° La première élait d'y dépoter [es corps des martyrs et des fidèles. — Les catacombes sont avant louL des cimetières ; aussi, dans la majeure partie de leur étendue, consi^lent-elles en un vaste système de galeries ou de corridors qui ne sont point simplement destinés, comme on pourrait le penser, à senir de passage d'un lieu à un autre, mais qui constituent le cimetière lui-même, car leurs parois sont pleines de tombeaux ayant la forme de gaines oblongues où les corps sont courbés horizonlalemenl, etdisposées t<-s unes au-dessus des autres, par rangs plus ou moins mullipliïs, depuis trois jusqu'à douie, selon le plus ou le
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moins d'élévation de la galerie et le plus ou le moins de solidité de la roche.
Les corridors présentent une certabe régularité; ils sont longB et étroits, de sorte que souven deui personnes auraient de la peine à y marcher de front. Il en est qui courent en ligne droite sur une longueur assez considérable ; mais ils sont coupés, a des intervalles irréguliers, par d'autres allées qui le sont à leur tour par de nouveaux embranchemenls : et il résulte de cet ensemble un véritable labyrinthe où il serait téméraire et dangereux de ïe risquer sans guide. Voici un petit plan, dressé par le P. Harchi, d'après lequel on
pourra se rendre un compte exact de ces dispositions (Marchi. lav. ivj. Pour la distribution des loculi ou gaines sépulcrales le long des parois des corridors, voyez la gravure de l'article Locatut,
Outre ce système de loeuU distribués le long des corridors, il y a aussi des chambres sépulcrales, cubicula (V. ce mot), qui n'étaient autre chose que des espèces de caveaux de famille, mais au fond desquels régnait habituellement le tombeau de quelque martyr protégeant tous les autres, selon la pieuse pensée des premiers chrétiens, qui les portait à se faire ensevelir le plus près possible des Saints de Dieu, ad tanctat, ad marlyret (V. l'art. sçéciaX Ad tancUii,atlmarfgie$).
2* La seconde destination des catacombes était d'y pratiquer les exercices du culte, toutes les fois que les circonstances critiques, où l'Église se trouvait si sou vent en ces temps agités, empêchaient dele faireau dehors. Aussi y rencontrc-1-on fréquemment des cryptes et de véritables églises (si nous admettons la distinction ua peu arbitraire du P. Unrchi), oi!iles fidèles se réunissaient pourlacèlèbrationdes saints mystères, pour la réception des sacrements, pour l'exercice de la psalmodie, etc. Ce qui les distingue des simples cubicula (V. ce mot), c'est qu'elles se composent généralement de deux chambres, une pour cliaqueseie, et que sépare le couloir de circulation. Ijuelques-unes de ces cryptes, auxquelles on a plus particulièrement donné le nom d'églises et même de basiliques (V. l'art, fioùlique*. n. 1), prennent des proportions plus considérables. On pense que ce sont celtes qui étaient affectées aux assemblées pour les synaxes proprement dites, et elles avaient au centi-e de Taire du presbytère un autel isolé, aTm de laisser libre, au
fond de l'abside, la place de la chaire èpiscopale ( V. à l'art. Batilique* le plan de la principale église du cimetière de Sainte-Agnès), tandis que les cryptes de moindres dimensions, n'ayant d'autre autel que Varcotolium du fond, ne recevaient les réunions des lldêles que pour les stations et la commémoration de l'anniversaire des martyrs qui y étaient vénérés.
Les parois et les voûtes des cryptes, ainsi que celles de beaucoup de cubicula, sont revêtues de stuc et ornées de peintures, et souvent la lumière et l'air y sont distribués par une ouverture donnant sur la campagne, et qui, plus d'une fois aussi, dans des circonstances pressantes, servit ) descendre les cadavres (V. l'art. Luminare crypta). Hais habituellement ces souterrains n'étaient éclairés que par des lampes de bronze suspeodues aux voûtes avec des chaînes de même métal (V. l'art. Lampei). l'our guider les pas des fidèles le long des galeries, il y avait de distance en distance de petites lampes d'argile placées sur des consoles ou dans des niches cintrées qui aujourd'hui encore portent l'empreinte de la fumée.
Les cryptes et cubicula étaient quelquefois fort multipliés. Ou n'en compte pas moins de soixante dans le plan annexé ï ce travail, qui ne représente cependant que la huitième partie du cimetière de Sainte-Agnès.
Parmi les objets les plus intéressants qui nous retracent l'image du culte primitif dans les calacombes, nous ne devons pas oublier les puits et les citernes où nos pères furent régénérés dans l'eau et le Saint-Esprit. Le plus reconnaissable de ces baptistères est celui du cimetière de Pontien (V. l'art. fiaptû^TM).
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5' L*histoire des siècles primitifs nous fournit la preure sooTent répétée que les catacombes, alors que sévissait la persécution, se transformaient momentanément en lieu de refuge où se reliraient les papes, les membres du clergé, et sans doute aussi d*aalres personnes qui, à raison de Tévidence où les plaçait leur position ou leur fortune, deTenaient Tobjet de recherches spéciales. Ainsi, au commencement du deuxième siècle, nous savons que S. Alexandre y chercha un asile, et que plusieurs papes du troisième s*y cachèrent pour échapper à leurs persécuteurs.
S. Sixte II étant allé, contrairement à Tédit de Valérien et de Gallien interdisant les réunions dans les cimetières, célébrer les saints mystères dans celui de Prétextât, y fut surpris par les soldats des empereurs au moment où il annonçait la parole divine aux fidèles rassemblés autour de lui. On le ramena à Rome pour le juger et, après sa condamnation, il fut reconduit au même lieu, et décapité sur sa chaire épiscopale, qui resta empourprée de son sang. Ceci se passait le 6 août 258. Cest pendant le trajet du saint pontife, de Rome au dinetiéiie de Prétextât, que le diacre S. Laurent lui adressa ces filiales paroles : t Où vas-tu, 6 père, sans ton fils ? Où vas-tu, 6 prêtre, sans ton diacide? • Le corps de S. Sixte fut transporté au cimetière de Callbte, dans la crypte qui porta depuis son nom. Hais celui de Prétextât a conservé des monuments qû ne laissent aucun doute sur le fait de son martyre en ce lien, fait méconnu jusqu*à ces derniers temps, et qui a été rétabli avec la dernière clarté par il. de* Rossi {Rom. sott, crUt, t. n. cap. iiv). En eflet, sur le marbre d*une tombe de cette crypte est gravée l'efGgie d*un évèque assis dans sa dnire, accompagné d*un diacre debout, tenant, selon le tvpe commun, un livre dans ses mains. Une autre pierre fait voir la chaire seule. Enlin, sur la tombe d^'une femme du nom de gbxuia, se montre le portrait du Saint surmonté de son nom STSTTs et placé entre S. Pierre et S. Paul.
Les déTastations que les catacombes ont subies à diverses époques et que nous aurons plus d*une ibis Toccasion de mentionner, les extractions et translations de corps saints qui ont commencé au huitième siècle pour être reprises dans les temps modernes (Y. Fart. Tramlations de reliques), et, il faut le dire aussi, les explorations scientifiques conduites avec un zèle précipité et peu intelligent, toutes ces circonstances ont dû apporter de profondes altérations à Tœuvre admirable des premiers chrétiens de Rome. Cependant, en dépit de res loadi vides, de ces marbres brisés, de ces ampoules disparues, de ces peintures oblitérées, si, en parcourant ai]gourd*hui les cryptes sacrées, on relisait attentiyement le célèbre passage de S. Jérôme que tout le monde a cité et qu'on ne peut se dispenser de citer de nouveau dans un travail tel qœ cdui-ci (In Exedt, xl), on serait frappé de la conformité qu*elles oiïrent encore avec cette belle description tracée à une époque où les cimetières de nos martyrs étaient peuplés de tous leurs hôtes
et revêtus de tous leurs ornements. Quel est le visiteur des catacombes qui ne croirait lire ici sa propre histoire! t Lorsque, bien jeune encore, j'étais à Rome pour mes études littéraires , j'avais coutume, avec mes jeunes condisciples, de visiter, aux jours de dimanche, les tombeaux des apôtres et des martyrs. Je parcourais souvent ces cryptes creusées dans les profondeurs de la terre, dont les parois montrent de chaque côté des corps ensevelis, et où règne une telle obscurité qu'on serait tenté de dire, en s'appliquant les paroles du prophète : Je suis descendu vivant dans l'enfer (Ps. liv. 16). Rarement un peu de jour vient diminuer l'horreur de ces ténèbres, en pénétrant par des ouvertures qu'on ne saurait appeler fenêtres; et lorsqu'on avance pas à pas dans cette sombre nuit, on ne peut s'empêcher de songer à ce que dit Virgile de ces silences qui épouvantent l'imagination :
Honrorubique animos, simul ipsa silenlia terrent.
(£neid., u, 735.)
Nous devons rapprocher de cette description le beau passage où le poète Prudence (Peristeph. xi. vers 155) décrit le lieu des catacombes où fut déposé le corps de S. Hippolyte. Cette seconde description insiste particulièrement, et c'est en cela qu'elle est intéressante, sur les effets de la lumière projetée par les lucernaires à l'intérieur des souterrains : c Non loin des murailles de la ville, sous lesquelles s'étalent de riants jardins, s'ouvre la crypte s'enfonçant dans de sombres profondeurs. A l'intérieur, une voie oblique, aux degrés sinueux, guide vos pas dans ces méandres d'où la lumière est absente. Car le jour atteint à peine la première ouverture des portes, et n'éclaire que le seuil du vestibule. De là, par un progrès saas obstacle, la nuit obscure étend ses ombres dans les réduits incertains de ce lieu ; mais bientôt on rencontre des ouvertures descendant des toits percés, qui jettent de clairs rayons dans ces antres. Bien que de toute part se développe le réseau de nombreuses allées, étroits atria sous d'ombreux portiques, cependant sous les creuses entrailles de la montagne fouillée de fréquents jets de luïnière pénètrent à travers les trous percés dans la voûte. Ainsi est-il donné de voir dans ces souterrains les reflets du soleil absent et de jouir de a lumière. »
Le lecteur voudra bien se rappeler où en était la poésie latine à Tépoque où ont été faits ces vers, que nous ne rapportons ici qu'à raison de leur intérêt archéologique. Nous devons du reste le texte à ceux qui, familiarisés avec la langue latine, n'auront pas besoin d'en chercher le sens dans l'essai de traduction qui précède :
Haud procul extrerao culta ad pomœria vaUo
Mena latebrosis crypta palet foveis.
Hujus in occaltum gradibus via prona reflexis
Ire per infractus luce latente docet. Primas namque fores summo tenus intrat hiatu,
lUustratque dies limina vestibuli, Inde ubt progressa facili nigrescere visa est
Kox obscura, loci per specus ambiguum,
Occurruntcsiitimiiiiuaronmlnt Icclii,
Quttjacinnl claroi inlra super radios, QuamlilMt incipllea leiant hic inde recettui
Arcla <ub umbrosis alria ponicibui :
Crebra lerebralo forniie lui pénétra).
Sic ditur abwnlia p«r lubterranet loLii
Cerner* fulgorciu luminibuique (hii.
II. — [IisTOHiqitE. L'histoire des catacombes peu l sediviser en trois périodes : période de fomialion, — période de visiles pieuses ou de pèlerinages, — période d'eiploralions sctentillques-
r Période de formalion. L'origine des cimeliéres chrétiens de Rome remonte bien certainement au premier siècle ; il est même probable qu'elle a précédé la mort de S. Pierre, car il n'eiiste aucun indice de sépultures chrétiennes antérieures à l'établissement dcj catacombes.
Si nous coitsidérons attentivement ces hypogées, nous ï trouvons des caractères qui nous aU' lorisentà leur assigner une origine tout â lait primitive, et dont nous énumérons les principaux. C'est d'aboi'd le style des peintures qu'on y a découvertes et qu'on y découvre encore de nos jours, style qui, dans plusieurs d'entre elles, est tellement beau, qu'il rappelle la bonne époque de l'art, l'âge des premiers Anlonins : c'était l'opinion du regrettable M.CIi. Lenormant; et il nous a été donné à nous-méme de contempler au cimeliâre de Calliste des fresques devant lesquelles se sont plus d'une fois eilasiés les plus illustres savants de l'Allemagne protestante, témoins peu Euspecis, qui n'ont pas hésité à attribuer ces monumenls au premier siècle. Or il est bien présumable que les peintures sont postérieures d'un certain nombre d'années aux cryploi elles-mêmes, et que c'est seulement après un certain laps de temps qu'on put se préoccuper de la décoration de ces souterrains, creusés d'abord pour les seules nécessités de la sépulture. Nous pouvons penser avec toute sorte de fondement qu'on mettait à proQt, pour l'exécution de ces travaux de décoration, des moments de répit que la persécution laissait de temps en temps à la société des croyants. C'est en second lieu l'emploi et le goi'it des symboles dont la nature se rattache auf
temps les plus reculés des origines chrétiennes. Ce sont des monnaies et des camées qui furent lïxés aux tombeaux, dans l'intention évidente d'en
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marquer la date, et dont quelques-unes portent l'efligie de Domitien et même celles d'empereurs plus anciens encore : ces objets s'y rencontrent le plus souvent en nature, et s'ils se sont déischés du mortier, ils y ont laissé leur empreinte fort reconnaissable. Nous donnons ici pour exemple, d'après X. De' Rossi (Rom. lolt.criitA. i. tav.svii. n. 4), une pièce de Severina, femme d'Aurélien, trouvée dans ces conditions.
EnOn ce sont des inscriptions qui, dans certains cimetières , celui de Sainte-Agnès notamment, présentent des formes tellement archaïques, qu'on serait tenté de les classer parmi les monumeiils païens, si elles ne s'en distinguaient par certains symboles chrétiens, l'ancre, par exemple. Beaucoup de ces épigraphes portent comme preuve incontestable de leur origine des dates consulaires : sur onze mille épitaphes recueillies par H. De' Rossi, il eu est près de trois cents mentionnant des dates qui s'échelonnent depuis l'an 71, sous Vespasien, jusqu'au milieu du quatrième siècle.
Bien que l'histoire ne nous fournisse pas toujours des données précises sur la fondation des divers cimetières, la connaissance que nous avons du respect des premiers cliréliens pour les restes de leurs frères et surtout pour ceux de leurs martyrs, et en outre la répugnance que leur inspirait tout contact avec les païens quant à la sépulture (V, plus bas, n. VI), ne permet guère de douter que l'origine des plus anciens de ces hypogées ne coïncide avec les premières persécutions. Celle de Néron, dont Tacite nous a laissé une si saisissante peinture lAnnal. iv. ii) et dont les jardins de ce monstre couronné, situés au pied du mont Vatican, furent le principal théâtre, donna probablement naissance au célèbre cimetière qui depuis s'étendit dans les flancs de celte même colline. C'est la sans doute que, à raison de la proximité, les fidèles cachèrent les corps des martyrs qu'Us avaient enlevés pendant la nuit, afln de les soustraire aux profanations des idolâtres. C'est là, nous le savons positivement, que, peu de temps après, le corps du prince des apdires fut inhumé ; Qui iepuUiu etl in via Aarelia, iii templo ApoUini$,ju3la locunt ubi avci/iaa etl, juxla palatium Neronianum in Valicano (Anastas. In S. Petrum. i. 10], • Qui fut enseveli sur la voie Aurélia, dans le temple d'Apollon, près du lieu oii il fut crucifié, non loin du palais de Néron au Vatican, a Cette glorieuse sépulture, autour de laquelle vinrent tour à tour se grouper les successeurs immédiats de S. Pierre, S. Lin et S. Clet. Ëvariste, Sixte I", Télesphore, Hygin. Pie l", Éleuthère, Victor, juxta corpu» beati Pétri in Yaticano (Id. M. 5. m 5) et, depuis, un grand nombre d'autres pontifes, devint le véritable noyau du cimetière du Vatican.
Non loin de là, sur cette même voie Aurèlienne, et i peu prés à la même époque, la sépulture donnée par la matrone Lucine dans un prœdaan lui appartenant, aux geèliers de la Mamertme Pn>cessuset Uartinianus, fut aussi le commencement
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dtt cimetière connu sous le nom de ces deux martyrs, couTerlis et baptisés par S. Pierre dans la prison où ils le gardaient, et victimes, eux aussi, de la persécution de Néron (Act Proce$s. et Mar- Unùn, Ap. Surium. t. it. Ad àiemjuL xi).
D'après des données un peu vagues fournies par les actes du pape Libère, Panvinio avait déjà signalé, comme primant tous les autres par son ancienneté, un cimetière dit Ostrien, où S. Pierre avait administré le baptême (Panvin. De Ccmel. mi,). Celte conjecture est devenue aujourd'hui une certitude, grâce à la sagacité de M. De' Rossi. Il est bien constaté que ce cimetière, situé entre la voie Nomentane et la Salaria, entre le cimetière de Sainte-Agnès et celui de Sainte-Priscille, n'est autre que celui où S. Pierre siégea et enseigna pendant son premier séjour à Rome, et que les Tieux documents désignent sous les noms de cœmeterium iiW pritu sedit Petrui, — ubi Pelrtu haptizabaU — od nymphes sancii Peiri, etc. (V. Bulletin d*arcli. dirét., édit. française, 1867, p. 37 et suiv.).
L'antiquité des cimetières ci-dessus mentionnés et de quelques autres, tels que .ceux de Saint-Paulhors-des-murs, sur la voie d*Ostie, de Sainte-Priscille. sur Ja Salaria, de Sainte-Domitille, sur i'Ardéatine, se trouve enfin déterminée par la sépulture de plusieurs personnages contemporains des Flaviens et de Trajan, circonstance qui leur assigne la date certaine de l'âge apostolique. Le cimetière de Prétextât, graduellement découvert dans le cours de Tannée 1848 et des suivantes, sur la voie Appia, à peu près parallèlement à celui de Calliste, ne doit pas être beaucoup moins ancien que les précédents, car il fut, comme on Ta vu plus haut, le théâtre du martyre de S. Siite II, et reçut les restes de S. Janvier, fils aîné de Ste Félicité, et d'un grand nombre d'autres fidèles immolés en même temps que lui (V. De' Rossi. Rom, $ott. critt. 1. 1. cap. m. p. 185. segg.).
n faut éviter de prendre, en thèse générale, les noms des cimetières comme une indication précise de la date de leur fondation. S'il est vrai que quelques-uns, tel que celui de Sainte-Hélène, furent creusés du temps des Saints dont ils conservent le nom, il n'est pas moins certain que d'autres ont une existence antérieure, et ne doivent le nom sous lequel ils sont connus qu'à la plus grande célébrité des personnages qui le leur ont donné (V. plus haut, n. I).
Depuis le premier siècle jusqu*au commencement du quatrième, le travail de la Rome souterraine se poursuivit sans relâche, et on comprend quelle énergique activité dut lui être imprimée, eu égard aux innombrables victimes qui succombaient presque chaque jour, et à la sépulture desquelles il fallait pourvoir d*urgence. C'est dans l'enlace de temps compris entre ces deux termes que s'accomplit à peu près en totalité la formalion des catacombes, telles qu'elles existent aiïjourd*hni, et surtout celle du cimetière de Calliste, le plus célèbre de tous (V. Fart. Céciie [sainte]).
Sauf trois nouveaux cimetières que créa le pape S. Jules (de 556 à 547), l'un sur la voie Flaminia, un second sur la voie Aurélia, le troisième sur la voie de Porto (Anast. 50), il parait que, jusqu'à la fin du cinquième siècle, on se borna à agrandir les anciens, assez pour recevoir les corps des fidèles qui, par motif de dévotion, tenaient à se faire inhumer aux catacombes, dans le voisinage et sous la protection des martyrs ; et encore, bien souvent à cette époque se oontentait-on d'un tombeau creusé, non pas dans les parois, mais sous le sol des galeries. C'est dans cette position qu'ont été trouvées beaucoup de pierres tumulaires, portant pour la plupart des dates consulaires du quatrième siècle (V. l'art. Loculus).
Ce siècle et le suivant virent aussi, et à plus forte raison, s'accomplir de nombreuses réparations et des embellissements successifs dans les cimetières. Les réparations consistaient surtout à y pratiquer des entrées plus commodes et des escaliers plus faciles; à soutenir par des murailles et des voûtes les portions de galeries où avaient eu lieu des éboulements ou qui menaçaient ruine ; à ouvrir de distance en distance des luminaires pour faire pénétrer l'air et la lumière dans Tintérieur des cryptes (Voyez l'art. Luminare crypiœ). Les décorations étaient des peintures, des mosaïques, des revêtements de marbre dans les chapelles, etc. On verra de nombreux exemples des unes et des autres, en parcourant les Vies des papes par Anastase le Bibliothécaire.
Au sixième siècle (559), Jean lll se distingua par son zèle pour les cimetières des martyrs : Hic amavit et restauravit cœmeleria sanclorum mar^ iyrum. Il habita même quelque temps celui des Saints Tiburcius et Yaleriauus, et y ordonna plusieurs évêques (Anast. n. 110).
A son tour, S. Paul I", qui siégeait en 757, manifesta pour les saints cimetières une sollicitude incessante (Anast. n. 259). Mais comme plusieurs de ces hypogées, par suite des déprédations des barbares et des ravages qu'y avait exercés notamment Astolfe, roi des Ix)mbards (V. Panvin. De rit. sepeL mort. De cosmet. c. xii), étaient tombés dans un état de ruine complète, ce pape s'imposa surtout la tâche d'en retirer les corps saints, de les transférer dans la ville, et de les distribuer entre les divers litres, diaconies et monastères. I^ous voyons encore, sur la fin de ce siècle, c'est-à-dire en 795 à peu près, Léon III restaurer le cimetière de Saint-Sixte et de Saint-Corneille, qui n'est autre que cette partie de la catacombe de Saint-Callisle où ont été retrouvées naguère les cryptes des papes martyrs du troisième siècle, et, eu outre, celui de Saint-Zozime sur la voie Labicane (Anast. n. 561). C'est ici que s'arrête la série des travaux exécutés, depuis l'origine, dans la Rome souterraine , et tel est le terme de la période que nous avons appelée période de formation.
2" Période de visites pieuses, soit de pèlerinages. Nous avons parlé ailleurs (V. l'art. Stations) des
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stations qui se célébraient dés la première ère des martyrs dans les catacombes, près des tombeaux vénérés de ces héros de la foi. Hous n'avons pas à y revenir. Notre article Pèlerinages^ auquel nous prions le lecteur de se reporter, nous permettra aussi d*abréger celte partie de notre tâche. Ces visites pieuses, individuelles, ou tout au moins en dehoi^s des stations proprement dites, furent déjà en usage pendant les trois premiers siècles. Notre S. Grégoire de Toui^ (De glor, martyr, n. 38) nous a laissé les plus merveilleux récits des prodiges qui s'opéraient au tombeau des SS. Chrysanthus et Daria, en faveur des nombreux fidèles qui venaient implorer leur protection. Or ce pèlerinage florissait sous Numéhen, vers la fîn du troisième siècle.
Mais c*est surtout après les édits de tolérance, publiés par Constantin, que la piété des fidèles, jusque-là comprimée par des obstacles et des dangers de toute sorte, prit un essor extraordinaire. Les cimetières devinrent alors des centres de dévotion, où afOunicnt les pèlerins de tous les pays, avides de vénérer les restes des martyrs, d'entendre leur éloge prononcé dans les cryptes mêmes par la voix du pontife suprême, et d'assister au divin sacrifice qui se célébrait sur la pierre de leur tombeau, pu jour anniverseraire de leur déposition. Les calendriers et les martyrologes qui étaient lus dans les assemblées avertissaient les fidèles des lieux où ils devaient se rendre, et des jours consacrés à la commémoration de chaque martyr ; et r.ous regardons comme très-vraisemblable, ainsi que le fait observer le cardinal Wiseman (Fahiola, p. 208), que des tablettes contenant des indications précises à cet égard étaient distribuées aux étrangers qui se rendaient à Rome pour visiter les catacombes. El il y a ici plus qu'une simple conjecture; on verra au numéro suivant qu'il existe, en effet, des itinéraires et d'autres documents qui ont servi de guide aux pèlerins pendant tout le temps que les cimetières sont restés ouverts à la piété et à la curiosité publiques, et dont il est probable qu'on faisait des extraits et des abrégés pour les mettre à la portée de tous.
L'abandon des cimetières comme lieux de dévotion coïncide à peu prés avec l'époque où, à cause des ravages exercés dans les environs de Rome par les Lombards et, après un certain laps de temps, par les Sarrasins, les papes en firent extraire les reliques des plus illustres martyrs, pour les placer dans les basiliques urbaines (Y. fart. Translation de reliques). A partir de la première moitié du neuvième siècle jusqu'au treizième, où parut l'ouvrage Des merveilles de la ville de Rome, on n'entend plus guère parler des catacombes. Pendant cet intervalle, tout au plus, quelques-uns des fidèles qui se rendent en pèlerinage aux tombeaux des apôtres, descendent-ils dans les grottes Yaticanes et dans celte partie du cimetière de Saint-Sébastien, depuis longtemps dépounue de tout autre intérêt que celui des souvenirs, qui se trouve immédiatement ati-des-
sous de la basilique de ce nom, lieux qm n'ont jamais cessé d'être un but de dévotes pérégrinations.
On peut dire, en un mot, que jusqu'à l'époque de Bosio les hypogées sacrés des premiers chrétiens et des martyrs furent presque complètement oubliés. Nous avons dit presque, parce que quelques données extrêmement rares prouvent que, même dans ces temps de silence et d'oubli, il se trouva, par exception,- un certain nombre de personnes qui, soit par motif de curiosité, soit par un sentiment de dévotion, se risquèrent dans ces souterrains et en explorèrent quelques parties. Ainsi, en 1452, un Joannès Lonck, écrivait son nom dans une chambre du cimetière de Calliste. C'est le premier visiteur connu des catacombes au quinzième siècle ; il fut suivi, au même cimetière, par un certain nombre de frères mineurs. Hais ce qu'il est plus intéressant encore de noter, c'est que les hypogées suburbains furent aussi visités par le fameux Pomponius Letus et par les membres de l'Académie semi-païenne dont il s'intitulait le souverain pontife. C'est ce qu'attestent de curieuses inscriptions que rapporte M. De' Rossi {Rom. sott. crist. t. i. cap. i). Marangoni (Act. S. Victorin. Append. 114) avait transcrit et rapporté une inscription écrite au charbon dans une chambre du cimetière de Prétextât et datée de 1490 :
UIC D. RAYKVTIVS DE PARKESIO PVIT CVM S0DALIBV8 l
c'est, comme on voit, un Farnèse qui avait visité cette crypte avec ses amis. Dans une chambre voisine de celle-ci, se trouva tracé d'après le même procédé, sous la date de 1467^e nom d'un abbé de Saint-Hermès de Pise : dss abb. toest dxs SCI ERMETis, et ceux de huit de ses religieux. Mais encore une fois, ce ne sont là que des exceptions, et la règle c'est l'oubli, dans la sphère de la piélé, comme dans celle de la science. Cet oubli des saints lieux doit être altribué, pour le quatorzième siècle, à l'absence des papes, et aux troubles civils qui ne cessèrent d'agi 1er la ville de Rome pendant leur séjour à Avignon ; et pour l'époque suivante aux préoccupations exclusives des esprits cultivés pour Tantiquité païenne, dont les monuments et la littérature, renaissant de toute part, absorbaient toutes les pensées et jetaient sur les choses chrétiennes une défaveur qui, non sans quelque raison, a fait taxer celte époque de paganisnae.
5' Période d'exploration scientifique. Ici se présente tout d'abord à l'esprit du lecteur un nom dans lequel se personnifient, pour ainsi dire, les éludes de la Rome souterraine, le nom de l'immortel Bosio, le vrai Christophe-Colomb des cryptes sacrées des martyrs.
Kous ne devons pas néanmoins méconnaître les services de quelques hommes studieux qui l'ont précédé dans cette voie, et qui, en soulevant un coin du voile séculaire recouvrant ces régions mystérieuses, n'ont pas été sans quelque infiuence d'initiative sur la carrière qu'il a si noblement
fournie.
Sans doute, après le cours de quinxe, scixe
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même dix-sept siècles qui ne peuvent avoir passé sur les catacombes sans y laisser de nombreux désastres ; après les dévastations qu'elles subirent à diiïérentes époques de la part des Goths, des Yandales, des Sarrasins ; aprOs les translations de reliques commencées au huitième siècle et coiitiouées jusqu'à nos jours, ce n*élait pas une chose facile que de reconnaître exactement tous les lieux de la Rome souterraine ainsi que leurs dénomitialions.
Panvtnio est le premier parmi les modernes qui ait teniè cette entreprise, vers le milieu du seizième siècle. Prenant pour guide les Actes sincères des martifn^ le martyrologe, les }fies des papes, publiées sous le nom d*Anastase le Bibliothécaire, le litre du cens de FÉglise romaine, et peut-être aassi la compilation Mirabilia urbis Romœ, qui amt alors trois siècles de date, il fit un relevé des cimetières romains qu'il portait à quarantetrois (De ccaneierii* urbis Ilomœ, in Platinœ vitis rom. Tponiif; ou bien dans son ouvrage De rilu sepeliend. mort. cap. xii). Le Mirabilia urbis en avait dèjânommé violet un. Ce catalogue, qui n'est pas le résultat d'une exploration des lieux, mais seulement une compilation intelligente, est particulièrement précieux en ce qu'il note avec soin les noms des papes et des martyrs qui ont reçu la sépulture dans chacun des cimetières, annotations qui devaient être autant de traits de lumière pour les exfdorateurs futurs.
Le dominicain Alphonse Giaoconio, plein de zèle pour tout ce qui tient à l'antiquité chrétienne, ayant appris qu^in cimetière, auquel on donnait le nom de Friscille, venait de se révéler sur la voie Salaria, par le fait d'un éboulement de terrain (c était en 1578), se hâta d'y descendre et de le Tisiter dans toutes ses parties accessibles. Le fruit de cette exploration fut un intéressant album où il réunit les copies, exécutées sur place, de toutes les peintures qu'il y avait rencontrées ; il joignit à celte collection des dessins de tous les sarcophages et autres sculptures qui étaient venus à sa connaissance.
Ters le même temps, un jeune gentilhomme de Lon^ûn vint à Rome, attiré par un amour ardent de ranliquitè : c'était Philippe de Winghe , digne neveu de Vanliquaire Antoine Morisson. Son premier soin fut de se mettre en rapport avec Ciacconio, et bientôt une étroite amitié se noua entre eux, fondée sur la conformité des goûts et la communauté des études. Winghe voulut visiter à son tour le cimetière reconnu par son ami, afin de relever ce qui avait échappé à celui-ci, et de reproduire les peintures plus fidèlement et avec leur couleur natorelle. On ne sait ce que sont devenus ces dessins. Rosweid parait les avoir eus entre les mains, car, dans ses notes sur le texte de S. Paulin (p. 812. n. 157. edit. Murât.), il cite un sarcophage tiré des grottes vaticanes, en 1590, dont il dit posséder le dessin de la main de^finghe. Celui-d a laissé mie collection d'inscriptioDS païennes et qui est en manuscrit & Bruxdlea. On
ne peut dire jusqu'où l'amour de la science eût conduit ce noble jeune homme, si une mort prématurée ne Peut enlevé dès ses débuts. Cette mort dut être regardée comme une grande perte pour les bonnes études, puisqu'elle mérita, non-seulement d'être pleuréepar Ciacconio, mais amèrement regrettée par des hommes tels que Baronius et le cardinal Frédéric Borromée.
Tels sont les vrais précurseurs de Bosio . Panvinio, Ciacconio et de Winghe.
Nous savons par Bosio lui-même qu'il se servit des dessins de ce dernier (Roma soUenanea. I. m. c. 53. p. 489. edit. Severan. 1650). Il n'est pas douteux dès lors qu'il fut mis sur la trace des catacombes par la découverte de celle de Sainte- Priscille ; et que, dans la recherche des divers cimetières, il prit pour guides, non-seulement les Actes des martyrs et les calendriers, mais aussi ïltinéraire de Panvinio, rédigé lui-même d'après ces documents originaux.
Bosio (Antoine) était Maltais de naissance, avocat de profession et résidait à Rome, vers le milieu du seizième siècle, en qualité d'agent de l'ordre de Malte. Jamais vocation d'antiquaire ne fut si fortement prononcée, ni plus chèrement suivie que la sienne. Cet homme de génie, dont les forces physiques durent égaler l'énergie morale, consacra trente-cinq ans de sa vie et des sommes considérables à fouiller les catacombes dans tous les sens. A l'aide des documents qu'il avait entre les mains, il se mettait d'abord à la recherche de l'emplacement où, selon les probabilités les plus plausibles, chaque cimetière devait être retrouvé ; il saisissait avec empressement, et exploitait avec la plus rare sagacité, tous les indices que le hasard venait lui fournir, tels qu'un éboulement de terrain, l'excavation d'un puits ou d'une cave, etc. Et lorsque enfin un acrès quelconque lui était ouvert, il n'y avait plus ni danger ni obstacle qui pût l'empêcher de descendre dans la catacombe. 11 dut plus d'une fois s'ouvrir de ses propres mains, et au péril de sa vie, un passage pour pénétrer dans des galeries qui se trouvaient bouchées par des alluvions ou des éboulements séculaires. Il raconte lui-même que, voulant visiter avec quelque sécurité le cimetière de Saint-CalHste, il se munit d'un peloton de fil dont il attacha un bout à l'entrée, s'arma de pelles et de pioches, et, avec une abondante provision de bougies et de comestibles, s'enfonça dans ces immenses labyrinthes, pour n'en sortir qu'après plusieurs jours et plusieurs nuits d'incessantes explorations. 11 ne laissait rien échapper de ce qui offrait quelque intérêt ; il copiait toutes les inscriptions, relevait toutes les peintures, traçait des plans avec une fidélité à laquelle les savants modernes, entre autres d'Agincourt et le P. Marchî, ne se lassent pas de rendre ' hommage.
Un monument incomparable devait être le fruit de tant et de si persévérants labeurs, un monument que rien n'égale pour l'abondance et la sûreté des renseignements, pour le nombre des
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objets reproduits, et Texactitude, vraiment remarquable pour l*époque, avec laquelle ils sont dessinés.
Ce livre étonnant, qui sera toujours la base indispensable des études d'antiquité chrétienne, ne vit pas le jour du vivant de son auteur. Le manuscrit, en langue italienne, intitulé Homa soUerra" neoy fut imprimé trente ans après la mort de Bosio, par les soins de Toratorien Jean Severano, en un volume grand in-folio. L'édition prmc^ps romaine est de 1652. L'édition latine d'Aringhi ne vint que trente ans après, et c'est la plus répandue. Le manuscrit, ainsi que tous les biens de Bosio, étant échu aux chevaliers de Malte qu'il avait faits ses héritiers, ce fut Charles Âldobrandini, ambassadeur de l'ordre à Rome, qui le céda nu cardinal François Barberini, bibliothécaire de la Vaticane» lequel à son tour en confia la publication à Severano.
Le but que Bosio s'est proposé principalement, c'est l'histoire et la topographie des catacombes, plutôt que l'illustration critique des monuments de l'art qui s y rencontrent. Il ne s'applique pas non plus à donner la raison de la diversité des constructions pratiquées dans les cimetières, ni des difiérents usages auxquels elles étaient affectées, questions importantes, qui sont du ressort d'une science qui n'était pas née à cette époque, l'archéologie.
Mais le livre de ce père de l'antiquité chrétienne ne nous est pas parvenu complet : il devait se composer de trois parties, dont celle que nous possédons n'est que la seconde. La première, dont on ne saurait trop déplorer la perte, devait nous initier aux usages et à la discipline de la primitive église dans l'administration des sacrements, les prières pour les mourants et pour les morts, les rites de la sépulture chrétienne, etc., etc.
La bibliotlièque de la Vallicella possède un certain nombre des dessins coloriés que Bosio avait recueillis pour son ouvrage. Cependant, du vivant même de Bosio, sous ses yeux, comme sous ceux de César Baronius, d'Alphonse Ciacconio, de Frédéric Borromée, un essai d^explication des peintures et des sculptures cliréliennes alors connues fut tenté par un de ses amis, Jean THeureux (Macarius), Belge de naissance, et l'un des hommes les plus savants de ce temps. Par suite de nombreuses et singulières péripéties dont nous devons épargner le détail au lecteur (Y. UagiogL prœfat, Garrucci)^ son ouvrage intitulé : Hagioglypta, sive pkturœ et sculpturœ sacrœ antiquiores, prœ^ serlim quœ Romœ reperiuntur eaplicatœ, devait rester en manuscrit jusqu'à nos jours. Il a été publié en 1856, à Paris, par le R. P. Garrucci, qui l'a enrichi de quelques figures, de notes érudites et de dissertations explicatives. Macarius est le premier qui se soit risqué dans la voie périlleuse de l'interprétation de nos monuments : il serait donc peu équitable de juger ces débuts au point de vue du progrès actuel des études archéobgiques. Ce livre n'en renferme pas moins une
foule d'explications, qui sont restées, et de rensei* gnements utiles, qui justifient pleinement l'estime qu'en ont fait beaucoup d'hommes éminents desquels le manuscrit a été connu.
Les découvertes de Bosio furent comme la révélation d'un monde inconnu; la primitive Église reparaissait au grand jour avec ses dogmes, sa discipline, ses symboles, peints sur les murailles et burinés sur les tombeaux. Or, comme cette image des anciens jours se trouvait reproduire trait pour trait celle de FÉglise catholique, les dissidents s'émurent, et cherchèrent à jeter le doute sur l'authenticité des monuments de la Rome souterraine, ou à leur donner une interprétation conforme à leurs innovations. Sur la fin du dix-septième siècle, deux voyageurs anglais qui visitèrent successivement l'Italie, à quelques années d'intervalle, Tévèque anglican Bumetet Maxn milieu Misson, se signalèrent surtout par une polémique sans bonne foi, et affectèrent de ne voir dans les catacombes que des cimetières à l'usage du bas peuple de Rome et où païens et clirétiens étaient ensevelis pèle-mèle. Cette lutte provoqua de nouvelles études, et bientôt de nouveaux champions de rÉgtise de Jésus-Christ se décidèrent à demander de nouveaux arguments à ces cryptes sacrées que, depuis les travaux de leur premier explorateur, on n avait plus songé à interroger.
En 1688, Raphaël Fabretti fut nommé gardien des catacombes, et des fouilles exécutées sous sa direction résulta la découverte de deux nouveaux cimetières, l'un sur la voie Latine, l'autre sur la Labicane, qui n'est antre que celui de Castulus. Aux chapitres vin etx de son précieux recueil d'inscriptions (Romae,1699), il donna un certain nombre d'épitaphes chrétiennes, et c'est le principal service que cet antiquaire ait rendu à la science.
Antoine Boldetti, chanoine de Sainte-Marie in Trastevere, et gardien des saints cimetières, fut le premier à redescendre dans les catacombes, en compagnie du docte Marangoni. Ces deux hommes infatigables consacrèrent près de trente ans à l'étude des cimetières, et leur souvenir y est toujours vivant. Ce n'est pas sans une vive émotion que celui qui écrit ces lignes, visitant, en 1854, au cimetière de Saint-Calliste, la célèbre chambre connue aujourd'hui sous le nom de chambre de$ Sacrements, découvrit dans un coin reculé ces noms vénérables tracés sur le stuc : bvldetvs cv»-
T08. Il MAAANGOItlVS SECRET, jj CAR0LV8 SALUn. || iAjU-
ntt, 1736.
Le livre de BoMetti ne parut qu'un siècle après la Roma sotterranea, c'est-à-dire en 1720 ; il est écrit en italien et a pour titre : t Observations sur les cimetières des saints martyrs et des anciens chrétiens de Rome. • C'est un riche supplément à l'œuvre de Bosio; malheureusement, il règne dans cet ouvrage, si admirable sous beaucoup de rapports et si indispensable à l'antiquaire chrétien, un peu de la confusion qui alors présidait aux fouilles. Ce savant ecclésiastique raconte avec une incroyable naïveté que les ouvriers allaient, à leur
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gré, deçà, delà, faisant un trou dans la terre aux endroits où ils pensaient qu'on trouverait des sépultures, car la principale préoccupation du moment était de se procurer des reliques de martyrs. Et Boldetti hii-même, en dépit de sa haute piété et de U lîTacité de ses goûts, ne se croyait nullement obligé dMmprimeraux trayauz une direction plus intelligente.
Marangoni, fldéle compagnon de Boldetti, avait réuni une riche moisson d'illustrations archéologiques ; mais nous sommes réduits à déplorer la peke de la plus grande partie de ses manuscrits, qui périrent dans un incendie où fut détruite son habitation elle-nième. Le savant auteur ne put arracher aux flammes que deux opuscules, bien faits pour augmenter les regrets des hommes studieux ti'antiquités chrétiennes. L*un est intitulé : De cotmeterio sanciorum Thrasonis et ScUumini ; Tantre : Ada Sancti Yictorini. Ds furent imprimés en un seul volume en 1740 et forment un digne appendice à Tœuvre de Bosio.
Le grand ouvrage du prélat Botlari, mis au jour en 1737, 1746, 1154, en trois volumes tn-/b/to, est un savant commentaire de la Rome souter^ raine, aussi remarquable sous le rapport de Térudition eocJésiastique que sous celui de Tantiquité prorane. C'est un vrai chef-d'œuvre de savoir et de critique qu'on ne saurait trop consulter, mais où l'on pourrait désirer plus d'ordre et de méthode. Les planches ont été exécutées, comme celles dTAhnghi, d'après les cuivres de Bosio.
Notre d'Agincourt connut aussi les catacombes et leur consacra une bonne partie des cinquante années qu'il passa à Rome, oiî il s'était rendu avec l'intention d*y passer quelques mois ; il assigne aux antiquités dûrétiennes de Rome une assez large place dans son Histoire de Part par les monuments, ouvrage posthume de ce laborieux antiquaire. Il revit ce qu'avait vu Bosio et eut cent occasions de reconnaître son exactitude ; il dessina de nouveau et quelquefois plus fidèlement quelques-uns des mêmes monuments ; mais il ajouta peu de chose au trésor incomparable amassé par ce grand homme. Malheureusement il ne sut pas résister à la tentation de détacher, pour se les approprier, plusieurs des fresques dont ces hypogées étaient ornés ; et ce funeste exemple suscita une légion de dévastateurs qui, du quinzième an seizième siècle, ont exercé dans les catacombes les phis déplorables ravages.
Nous void arrivés à une pouvelle phase d'obscurité, i mesure que le dix-huitième siècle s'écoule, malgré l'éclat que jetait l'érudition ecclésiastique représentée par des hommes tels que les Mabillon et les Fabretti, malgré le zèle qui continuait à s'eiercer sur les monuments copiés précédemment dans les catacombes, le silence, un silence d'un siècle, s'empare de nouveau de la Rome souterraine, les souvenirs topographiques s'en oblitèrent, Texploration des lieux est totalement abandonnée.
U renaissance de ces études devait être provo-
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quée par une précieuse série de documents anciens que ni Bosio, ni Boldetti, ni Marangoni, n'avaient mis à profit, soit parce qu'une partie d'entre eux ne fut publiée qu'après rachévement des œuvres de ces savants antiquaires, soit parce qu'ils ne connurent pas à temps ceux qui avaient déjà paru, mais qui ont attiré Tattention et fixé l'intérêt des savants de nos jours.
Parmi ces documents se placent en première ligne les ampoules d'huiles saintes (V. notre art. HtUles saintes) envoyées à la reine des Lombards Théodelinde par le pape S. Grégoire le Grand, et surtout le catalogue de ces huiles écrit sur papyrus par un personnage nommé Jean. Ce précieux monument, qui se conserve dans le trésor de la basilique de S. Jean-Baptiste de Monza, et dont l'importance n'a été vraiment appréciée que de notre lemps,*est un véritable itinéraire des catacombes à la fin du sixième siècle.
Nous citerons en second lieu le martyrologe dont on attribue la première rédaction à S. Jérôme, mais qui a été souvent remanié depuis, et les Vies des papes ou L'ber pontificalis, dont le dernier compilateur est Ânastase le Bibliothécaire; puis trois opuscules publiés par le P. Boucher (iEgid. Bucherii. S. J. Dedoctrina temporum, etc. Antuerp. f^ 1654, p. 266. seqq.), qui sont : 1** un catalogue des pontifes romains, de S. Pierre à S. Jules; 2* une indication des sépultures des pontifes romains, de S. Lucien jusqu'à S. Jules ; 5* une énumération des sépultures des martyrs. C'est sons le pontificat de Libère et l'empire de Constance que ces mémoires furent rédigés d'après des documents très-sûrs, tels qu'il était encore possible de s'en procurer vers le milieu du quatrième siècle.
A la première moitié du septième siècle, et au pontificat d'Honorius, appartiennent deux autres opuscules bien plus riches encore que ceux du P. Boucher. Le premier est une Notice des églises de la ville de Rome, et c'est un véritable itinéraire, ou guide du pèlerin aux environs de la ville, partant de Saint-Valentin, se dirigeant à l'orient et au midi jusqu'au Tibre, jusqu'à Saint-Paul, et, sur la rive opposée, commençant par les Saints Abdon et Sennen, aboutit en tournant à Saint-Pierre. Le second est intitulé : Des lieux saints des martyrs, qui sont hors de la ville de Rome : c'est un autre itinéraire qui parcourt les environs de Rome en sens inverse. En effet, de la voie Comelia où le premier termine sa course, celui-ci monte vers l'Aurélia et de là au cimetière de la voie de Porto ; de là, traversant le Tibre, il reprend par la voie d'Ostie, et ne s'arrête plus avant d'avoir rejoint la Flaminia. Pour se faire une idée juste de l'importance de ce dernier document, il faut se rappeler qu'il fut rédigé avant l'époque des translations, c'est-à-dire alors que les corps des martyrs occupaient encore leurs tombes primitives. Ces deux itinéraires sont restés inconnus jusqu'à la fin du siècle dernier. Us furent retrouvés dans un manuscrit de Salsbourg des œuvres d'Alcuin, à lasuitedesquelles ils furent imprimés (V. le P. Marchi. p. 60).
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De son côté, Mabillon arait découvert dans un manuiscrit d'Ëinsidlen, et publié un recueil d'inscriptions romaines et une description des régions de Rome, où se trouvent beaucoup d'indications de lieux divers de la Rome souterraine (Mabili. Vet.analec. t. iv. — Marchi. ib.).
Le cardinal Tomasi (Opp.edit. Rom. 1747. t. ni. p. 491. th.), se servant surtout des missels des onzième et douzième siècles , publia les oraisons que rÉglise récite aux anniversaires des Saints, en y joignant l'indication des lieux des catacombes où, antérieurement à leur translation, on célébrait les fêtes et stations de ces mêmes martyrs. Il est vrai que ces indications et oraisons portent, dans les missels d'où les a tirées le savant cardinal, l'empreinte extrinsèque des onzième et douzième siècles; mais, comme elles se trouvent déjà dans les liturgies de S. Gélase et de S. Grégoire le Grand, on ne saurait les regarder comme postérieures au cinquième ou au sixième.
Le même onzième siècle a fourni l'histoire d'un anonyme de Halmesbury, et, dans cette histoire, une énumération et description topographique dez cimetières des Saints aux alentours de Rome, qui a été réimprimée par Blanchini {In Anast. t. n. 1. 2. p. 141). On dirait cette description empruntée aux deux manuscrits de Salsbourg,si ces documents ne suivaient une direction si diflérente l'une de l'autre. En effet, après avoir parcouru quelque temps le voie Cornelia, cet auteur passe le fleuve près du pont Molle et se dirige vers la voie Fiaminia et Saint-Yalentin, d'où il s'avance jusqu'à la voie d'Ostie et à Saint-Paul. Là il traverse ime seconde fois le Tibre, monte la voie de Porto au Mont- Vert, et de ces cimetières passe à ceux de la voie Aurélia, et aboutit de nouveau à la Cornelia d'où il était parti. Bosio connut cet auteur, mais n'en fit pas le cas qu'il méritait.
Nous avons dû donner ces détails, afin que le lecteur puisse se rendre compte des bases sur lesquelles reposent les nouvelles investigations. Le P. Marchi, à qui nous en avons emprunté la substance, fait observer que les documents divers dont il s'agit présentent un ensemble de témoignages tel, qu'il serait difficile d'en trouver d'aussi unanimes sur un autre point quelconque de Tliistoire ecclésiastique. L'un dit plus, l'autre moins, mais on ne saurait surprendre entre eux la moindre contradiction.
Et c'est le savant jésuite qui le premier a mis en œuvre ces précieuses ressources.
Il y a vingt-trois ans que, après deux siècles écoulés depuis la mort du grand explorateur maltais, étant encore dans toute la vigueur de l'âge, le P. Marchi, surmontant, non sans quelque peine, les craintes qui dominaient alors les natures même les plus énergiques, se décida à entreprendre un véritable voyage dans les catacombes; et pendant près de dix ans, on le vit, véritable Bosio, se livrer avec une ardeur quelquefois imprudente à de périlleuses recherches que vint seule interrompre une maladie, où il pensa trouver la mort. Le principal théâtre de ses travaux fut le cime-
tière de Sainte-Agnès, auquel il s'était attaché avec amour, et plusieurs milliers d'étrangers conservent encore le souvenir des démonstrations pleines d'un charme presque poétique, mais trop souvent conjecturales, il faut l'avouer, qu'il ne se lassait jamais d'exposer au sein de sa catacombe chérie. Une de ses principales conquêtes, c'est la découverte des reliques des illustres niartyrs Protus et Hyacinthe au cimetière de Saint-Hermès, découverte opérée avec un soin et une sagacité à imposer silence aux sévérités de critique des Mabilious présents et futurs. Le système que nous exposons plus loin sur l'origine exclusivement chrétienne des catacombes, et sur la prt>priété également exclusive que les fidèles ont toujours eue de leurs cimetières, système aujourd'hui consacré par le suffrage de tous les savants, lui appartient en propre. L'ouvrage que le P. Marclii nous a laissé est incomplet ; il devait se composer de trois volumes : l'un sur l'architecture des catacombes, l'autre sur les peintures, le dernier sur les sculptures. Le premier a seul paru, il a pour titre : Monumenti délie arti cristiane primitive,... Architettura. Mais la plus grande gloire du P. Marchi, c*est d'avoir initié un élève tel que le chevalier J. 6. De' Rossi.
Des travaux épigraphiques de la plus haute importance heureusement accomplis par le jeune archéologue (Y. l'art. Inscriptions, i.) avaient déjà révélé au savant religieux tout ce qu'il y avait d'avenir dans un tel élève ; aussi l'encouragea-t-il de toutes ses forces à poursuivre la noble carrière pour laquelle il avait découvert en lui de si merveilleuse aptitudes. M. De' Rossi n'eut garde de résister à l'impulsion de son vénérable ami, et bientôt le disciple dépassa le maître.
Les travaux qui ont précédé cet antiquaire avaient quelque chose d'incomplet, et de peu satisfaisant pour les esprits sérieux, parce que les données positives de l'histoire ne leur servaient pas toujours de base. C'est à M. De' Rossi que revient l'honneur d'avoir le premier apporté cet élément dans l'étude des catacombes, parce que, dès sa première jeunesse, il s'était accoutumé à faire constanunent marcher de front la pratique des livres avec celle des monuments. Il comprit surtout toute l'importance des itinéraires dont il a été parlé plus haut, et ces documents, qui ont manqué aux anciens explorateurs et dont le P. Marchi lui-même n'avait pas tiré tout le parti possible, le mirent tout d'abord en garde contre les attributions populaires, qui avaient profondément altéré la notion exacte des divisions et des dénominations originaires des cimetières. El bientôt il arriva à faire justice d'une erreur capitale, supposant que ces cimetières constituaient autour de Rome, dans un système d'unité préconçue, un vaste réseau, avec des communications de l'un à l'autre. Il se convainquit, au contraire, que chaque cimetière avait son existence à part, parce que chacun était dû à une cause déteroiinée, et partait d'un centre propre.
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L^histoire de l*architecture chrétienne doit subir aassi, par le fait des découvertes de M. De' Rossi, les modifications les plus considérables. C'est ce savant qui le premier a su distinguer des basiliques du troisième ou du commencement du quatrième siècle, dans de petits édifices à trois absides qui se trouvent construits au-dessus de quelques catacombes, entre autres celui qui domine la crypte de S. Sixte et de Ste Cécile, au cimetière de Saint-Calliste (Y. Tart. BoiUiques). C'est lui encore qui a restitué à Tarchitecture dirâienne un oratoire que jusqu'alors tous les savants avait pris pour un temple païen : c*est à rentrée du cimetière de Prétextât, une rotonde surmontée d*une coupole, et munie de six absides, dont la première s^ouvrait poiu* donner accès à rédifioe.
Mais la plus remarquable conquête qui ait marqué les brillants débuts de Téminent antiquaire, c'est la découverte au cimetière de CaDble, qui est surtout son domaine, comme celui de Sainte- Agnès ètût l'apanage préféré du P. Marchi, du tomlieau de Ste Cécile et de ceux des papes martyrs du trobième et du quatrième siècle, découverte capitale, qui eut dans le temps un si grand et si légitime retentissement. Le 1*' mai 185i, ayant été admis, par une faveur tout amicale, à visiter, seul avec M. De' Rossi, ce célèbre cimetière, il nous fut donné d'être témoin d'une de ces joies d'antiquaire qui n'ont d'égale que celle dune mère contemplant pour la première fois son enfant nouveau-né. La pierre sépulcrale de S. Antére venait d'être retrouvée, et, à notre entrée dans la crypte, le nom de ce pape, enfoui depuis tant de siècles, vint frapper nos regards. Ce n'est pas tout : le vieillard qui dirigeait les fouilles nous conduisit dans une chambre où notre savant guide eut encore la satisfaction de voir, étendus sur le sol et rangés dans leur ordre, la plupart des fragments de la fameuse inscription damasienne qui attestait la sépulture des pontifes dans ce lieu, et par conséquent venait mettre le sceau aux découvertes de M. He* Rossi et donner raison à toutes ses assertions. Cette excellente journée archéologique ne s'efTacera jamais de notre mémoire.
Les eiplorations dirigées par H. De' Ro3si ont amené jusqu'ici d'autres découvertes d'un grand intérêt, entre autres celle de six ou sept cryptes historiques. Depuis Bosio jusqu'au P. Marchi, trois seulement avaient été retrouvées.
Mais l'esprit éminemment synthétique de M. De' Rossi ne pouvait se renfermer dans des études de détail. Aussi ses longues et intelligentes redierches sur les catacombes ne tardèrent-^lles pas à lui faire concevoir le plan d'une nouvelle Rome^ souterraine, qui doit embrasser tout l'ensemble des voies romaines, rayonnant autour de la ville dans une circonférence de trois milles. On ne saurait prévoir au juste quelles proportions prendra un tel ouvrage, et nous devons ardemment souhaiter à l'auteur d'assez longs jours pour
le mener à bonne fin. Deux volumes ont déjà paru : le premier, qui est de 1864, est comme la préface de l'oeuvre; il traite des catacombes en général, de leur origine, et s'ouvre par la nomenclature savante des auteurs qui s'en sont occupés dans les temps modernes et des documents anciens qui constituent les sources de leur histoire. Dans le second, imprimé trois années plus tard, c'est-à-dire en 1867, l'auteur décrit son cher cimetière de CalUste ; il .développe l'histoire de sa découverte, donne une description détaillée de la fameuse crypte papale, de celle de Sainte-Cécile et des différentes parties de cette illustre nécropole. On troisième volume est aujourd'hui (1876) en voie de publication.
La Roma soiterranea cristiana se complète tous les Jours par des travaux accessoires, par des mémoires sur toutes les parties de l'antiquité chrétienne, mais surtout par une publication périodique que l'auteur fait marcher de front avec son ouvrage monumental, et qui a pour titre Bu/letino di archeologia cristiana. Ce recueil, commencé en 1865, a pour but d'annoncer et d'illustrer d'une manière succincte, et au fur et à mesure qu'elles parviennent à la connaissance de l'auteur, toutes les découvertes intéressant nos origines sacrées, de quelque provenance qu'elles soient, mnis plus spécialement celles que fournissent les nouvelles fouilles pratiquées dans les catacombes de Rome. Les matériaux, qui viennent s'y accumuler successivement, sont un vrai trésor pour l'histoire du christianisme primitif, et jettent une lumière souvent inattendue sur une foule de questions vitales qui, jamais plus qu'à notre époque, n'eurent besoin d'appeler à elles tous les tributs de rérudition. Une édition française du Bulletino, avec notes et éclaircissements, se fait à Bellay par les soins et sous la direction de l'auteur de ce Dictionnaire.
Pour faire marcher plus rapidement et plus sûrement l'œuvre de H. De* Rossi, la Providence a voulu lui donner un frère digne de le comprendre et de le seconder. Le dévouement et la sollicitude fraternelle ont engagé M. Michel De' Rossi à descendre dans les catacombes avec son illustre frère, et là sa vocation s'est révélée et le feu sacré s'est pris à son âme. Mais laissant à son aine la partie purement archéologique, où celui-ci n'a pas besoin d'auxiliaire, M. Michel a pris pour sa part la géographie et la topographie des catacombes. Déjà il a dressé des plans qui surpassent en valeur tout ce qui a paru jusqu'ici ; ses éludes persévérantes t'amènent chaque jour à des résultats de plus en plus positifs, et la nécessité d'apporter en de tels travaux toute la précision désirable vient de lui suggérer l'invention d'une machine ichnographique et orthographique pour relever les plans et niveaux des cimetières. Un mémoire dont nous donnons plus loin la substance, et qui est comme le préliminaire obligé de Texplication de son ingénieux appareil, montrera par quelle série de raisonnements il est arrivé à appre-
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cier, autant que possible, l'élendue des catacombes.
Parmi les hommes qui, dans ces derniers temps, ont bien mérité de Tarchéologie des catacombes romaines, nous ne saurions sans injustice oublier M. Louis Perret. La valeur de son grand et bel ouvrage est surtout artistique; Tauleur se défend lui-même de toute prétention à la science proprement dite, et le texte de Touvrage qui occupe, avec les tables, tout le sixième volume, n'est qu'une courte et souvent trés-insuffisante explication des planches. Tout en assignant aux beaux dessins de M. Savinien Petit une large part du mérite et du succès de ce livre, nous devons savoir gré à M. Perret d'avoir, ne fût-ce que par sa laborieuse initiative, doté la France d'une publication où, pour la première fois, a été tentée la reproduction fidèle de ces ébauches négligées, mais pleines de style et de vie, qui constituent les premiers essais de la peinture clirétienne. Mais les magnifiques dessins, dont un certain nombre font connaître des monuments inédits et fort intéressants au double point de vue de fart et de farchéologie, ne forment pas le seul mérite du livre : le cinquième volume renferme une collection de quatre cent trente inscriptions chrétiennes romaines, reproduites d'après des calques fidèles, et qui n'a perdu son importance que par l'apparition de rinconiparable recueil du chevalier De' Rossi, dont nous avons déjà le premier volume (V. l'art. Imcriptiom). Pour juger de l'estime que mérite la collection donnée par notre compatriote, il suffit de savoir que cette partie de l'œuvre a été confiée à M. Léon Renier de flnstitut. L'explication des pierres gravées offre aussi les meilleures garanties, puisqu'elle est due à M. Edmond Le Blant, dont la collaboration, en se prolongeant, eût pu donner tant de prix à l'ouvrage.
III. — Les catacombes sont-elles l'œuvre exclusive DES CBRéTiEiïs? Cette question a fait, au siècle dernier, l'objet d'une longue controverse. Des savants fort recommandables, au nombre desquels il faut placer les premiers explorateurs de la Rome souterraine, ont affirmé, sur la foi de quelques textes équivoques, que les catacombes avaient été d'abord des excavations pratiquées par les païens dans le but d*en extraire le sable et le^s autres matériaux nécessaires aux constructions de la ville. D'après cette opinion, qui fut depuis acceptée de confiance et s'est propagée jusqu'à nos jours, les chrétiens n'auraient fait que s'approprier ces sablonnières et ces latomies pour y ensevelir leurs morts^ et y tenir leurs assemblées pendant les persécutions. Celte théorie est aujourd'hui abandonnée, elle s'est évanouie devant un examen plus attentif et plus scientifique, dont l'initiative et le principal honneur appartiennent au célèbre P. Marchi.
Le savant Jésuite expose son système dans la préface de son ouvrage, et ce système se formule ainsi : Les chrétiens tout seuls ont creusé les catacombes, dans le but prémédité d'y ensevelir leurs
morts et d'y pratiquer leur culte dans certaines parties plus spacieuses disposées à cet effet.
Cette vérité s'établit par deux arguments de fait, dont l'un est tiré de la nature du terrain, l'autre des formes architectoniques de l'œuvre.
i' Le sol originaire de Rome et de ses environs est couvert, à une assez grande profondeur, de roches, soit volcaniques, provenant des irruptions qui désolèrent ces contrées dans des temps trèsreculés; soit marines, déposées par les flots de la mer; soit fluviales, produites par le courant des fleuves. Quelques cimetières chrétiens se rencontrent encore dans des gisements de ces deux dernières natures : celui de Saint-Pontien , au Mont-Vert, et ceux qui portent les noms de Saint-Jules et de Saint-Yalentin, sur la colline que longe la voie Flaminienne, entre le Tibre et l'antique voie Salaria. Or il n'y a nulle probabilité que les païens aient exploité ces espèces de roches, attendu que la matière dont elles se composent est peu propre aux constructions, et par là même n^oiîrait aucun appât à l'amour du gain.
Pour ce qui est des roches volcaniques, elles se divisent en trois classes, selon les trois conditions où s'y trouve la pouzzolane, matière terreuse vomie par les volcans, et qui, bien que sous différents modes de composition, est la base commune des trois espèces de roclies en question, lesquelles, pour ce motif, se distinguent entre elles par trois noms dirférents. On appelle pouzzolane pure les roches où elle est à l'état sablonneux et dégagée de toute substance étrangère propre à en tenir les molécules réunies. Que si, au contraire, elle se trouve légèrement mêlée d'une espèce de ciment naturel qui lui donne une solidité médiocre et comme l'apparence d'une pierre, cette composition prend le nom de tuf granulaire. Enfin on nomme ces roches tuf Ztï/ioufe, quand la pouzzalane y est pénétrée d'un ciment tenace, au point de fournir des masses solides pour la construction des murailles.
Les païens n'exploitaient que les premières et les troisièmes : les premières pour y trouver de la matière à ciment, les autres pour en tirer des moellons. Les chrétiens, au contraire, négligèrent constamment les unes et les autres : les roches de pouzzolane pure, vu le défaut d'adhérence de leurs parties qui les rendait impropres à l'usage auquel ils destinaient leurs souterrains; et celles de tuf lithoïde, parce que, à raison de leur excessive dureté, elles exigeaient un travail trop long et trop pénible. Aussi leur préférence exclusive se fixa-t-elle sur les roches de tuf granulaire. Car, en outre de la facilité qu'elles offraient pour y ouvrir des grottes, l'action de l'air qui pénétrait par les ouvertures leur donnait, en peu de temps, une solidité telle, qu'elles ont été en état de soutenir, non-seulement les voûtes des corridors et* des loculi, séparés les uns des autres et superposés, souvent jusqu'au nombre de treize, mais encore ces espèces de consoles sur lesquelles on appuyait, tantôt des briques, tantôt des tablettes de
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marbre, pour ; enftirmer les cadavres, de sorte que l'odeur résutlsut de leur pulréraction ne pût s'en édupper, inconTénienl auquel on obviait encore en enreloppanl le corps dans une couche de chaoï. (T. l'art. Chaux [Son emploi dont Uttipvtbrt* tàrHientiea] .)
lious devons dire cependant que ce dernier mode de sépulture ii'élait employé que dans les os de nécessilé. Toutes les Tois que le lemps et tes iDojens pécuniaires des Tidèles le permettaient, on embaumait tes corps avec des aromates, qui ont i un degrj éminenl, comme chacun sait, h propriété d'«npécher la putréfaction. Entre mille autres témoignages, nous aimons à citer celui de Tertullieo (Aptdogei. xlu) : ■ Nous o'achetons pas d'encens; si l'Arabie s'en plaint, que les Sabéens sscbeol que les chrétiens consument leurs parfaros avec plus de profusion et de dépense pour enserdir Ifurs morts que pour enfumer vos dieux. * L'emploi de la myrrhe, pour cet usage, était surtout fréquent au dédin de l'empire, cMome l'atteste le poète Prudence :
PnrltDdnii linlu moi Ht, AdtpcreiqiK mjrrfaa Sahso Corpu mnlicaniiDe icrvat.
[CaOumtT. hymn-, i, i«r> bO-Si.)
(T. l'art. SiptUturet.)-^ H. Michel De' Rossi a déieloppé et complété le système du P. Harchi dans âne savante dissertation qui sert d'appendice au prenùer Totune de la Roma toUerranta trittiana, et dont nous donnons un résumé aussi complet que possible ci-après, n* nu.
!' Li forme architecionique des catacombes proute encore jusqu'à l'évidence qu'elles n'ont pu élre creusées que par les chrétiens et pour l'usage loal spécial auquel ils les destinaient. Celte forme étant la Eoème partout, atteste qu'une seule pensée dirigea la main des (idéles, à savoir, de ménager d'étroils corridors, dans les parois desquels ib pussent creuser plusieurs rangs de tombeaux, et d'ouvrir d'espace en espace des chambres plus ou moins spacieuses, lantdt rondes, tanldl octogones, ou en fiHnne de carré long, pour servir d'asile aux cropnts qui venaient entendre la parole du satul, el assister aux divins mystères. Ce cai'actére arcbitedoniqae est tellement propre aux catacombes, qu'il ne laisse pas la possibilité de les confondre soj't avec les arenariœ , soit avec les iatomkt, les deux seuls genres de fouilles auxquelles se soient livrés les païens, afin de tirer des premières de la pouxwlane pure, et des secondes du tuf lithoidt, c'est-à-^ire de la pierre à Utir.
Koos ne devons pas iimetire une autre observalion importante à ce sujet : c'est que, soit dans les anciennes areaaria, soit dans les latonuei, on n'observe jamais de formes reclilignes ou verticales, parce qu'on ne creusait que dans des lieux pouvant fournir des matériaux propres à être utilisés et à procurer du gain aux travailleurs. Solons en outre, que les espaces sont largement
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ouverts, el tels qu'il les fallait pour donner une entière liberté d'action aux nombreuses personnes employées à ces travaux, et livrer un passage facile aux bétes de somme et aux chariots qui transportaient les matériaux.
Les catacombes, au contraire, ne présentent que des passages reclilignes, des parois verticales : ainsi l'exigeait l'établissement des foculi où les corps sont placés complètement étendus et non repliés sur eux-mêmes; des corridors étroits, qui en moyenne ne dépassent pas huit décimètres et demi de largeur ; enfin des souterrains profonds, quelquefois à quatre et cinq étages de galeries : toutes circonstances qui révèlent avec évidence dans quelles vues el pour quel usage on creusa ces souterrains. Que si l'on veut se faire une idée juste de la dilférence des caractères distinguant les catacombes chrétiennes d'avec les souterrains creusés pour l'extraction des matériaux, il suffira de visiter le cimetière de Sainte-Agnès et d'en confronter les travaux avec la lalomie qui le domine. Le lecteur pourra faire celte comparaison plus facilement encore, en examinant la planche ci-jointe qui représente la lalomie, et le plan que nous reproduisons à la fin de cet article, et qui est celui d'une partie du cimetière.
Nous devons dire néanmoins que quelques len latives furent faites dans les premiers siècles pour convertir les arénaires en cimetières chrétiens. Hais une telle appropriation ne pouvait se réaliser qu'au moyen de conslructious destinées à corriger l'irrégularité de ces carrières, à leur donner, aillant que possible, les formes reclilignes des calacombes et une solidité telle quelle et dont l'insuffisance ne permit jamais ï ce système de se développer : aussi, après des essais infructueux, ne lardait-i pas à être abandonné. Quoi qu'il en soil, voici un exemple qui donnera au lecteur une idée juste de ces sortes de transformations el des ditlicultès
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qu'elles présentaient. Sous l'empranlons à l'appendice de H. Michel De' Rossi au premier ToUirae de la Rome touterraine de son frère, p. 31. H est pris au premier étage du cimetière de Saint-Hermès, nOD loin du lombeau de S. llyacintlic trouvé par le P. Harchi. Le premier dessin présente de làce les murailles de remplissage avec les loculi pratiqués dans leur épaisseur; dans la seconde,
on voit les contre-forts destinés à soutenir la voùle de tuf légèrement cinlrie ; enfin celle Toùle elie-
mèiue est étalée de distance en dislance par de larges et solides piliers en maçonnerie : c'est ce que vous montre le troisième dessin. On comprend
que de tels travaux constituent une imitation qui fournit une nouvells preuve de Torigine chi'étienne des catacombes en général.
On a demandé par qui étaient exécutés les travaux des catacombes. Cette ceuvre éminemment chrétienne n'était point livrée à des mercenaires, mais exécutée avec foi et avec léle par de pieux chrétiens appelés /oworM, et qui, selon toute probabilité, appartenaient à la cléricature. On trouvera dans un article spécial, Foiurt; des délaits intéressants sur ces humbles fonctionnaires de l'Église primitive.