CENT
répoqoe des premiers Césars, alors que Rome
yrodoisait encore des poètes distingués (V. Fabric.
KèUM. IoIm.), et cette donnée pourrait peut-
tee autoriser à lui attribuer une origine plus an-
denoe encore. Nous savons par le même Tertul*
lien (iW. zxzn) qu*un poète nonmié • Hosidius
Gela (d'autres ont lu Nasidius et même Ovidius)
liait empnmté à Virgile la tragédie de Médée. i
^ f Un do mes proches, ajoute TertuJlien, entre
autres fantaisies de son style, a expliqué par le
même poète le Pinax de Cébês. »
lu quatrième siècle de notre ère, Ausone aTait mis à U naode ces sortes de mosaïques poétiques, qui supposent plus de mémoire et de patience que d'im^nation et de goût. 11 composa un centon nmpiial pour répondre à un déû que lui avait adressé l'empereur Valentinien, qui, ayant luimême oommis-une de ces débauches (f esprit, avait trouvé piquant d'entrer ainsi en lutte avec un poète de profession. Tous les vers ou portions de vers composant cette pièce sont empruntés à Yirgile« qui a partagé avec Homère le triste honneur de se voir dépecé et travesti par les faiseurs de oentons : Quasi mm legerimuSf dit S. Jérème (V. infra), HOHEiocEimwAS et virgiuocbhtonas. f On a coutume, ajoute encore TertuUien (loc. hud.), d'appeler homérocentonistes ceux qui, avec des vers d'Homère, en prenant çà et là beaucoup de dioses pour les disposer comme des pièces rapportées, cousent en un seul corps des œuvres à eux. 9 Voulant joindre le précepte à l'exemple, Ausone avait mis en tète de son œuvre une épitre on il trace les règles pour composer les ceiUons,
Sur la fin du même siècle vivait une femme qui s'est rendue célèbre par des compositions de ce genre. C'est Proba Faltonia, princesse qui eût pu se passer d'une telle illustration, car elle eut trob fils consuls, elle fut l'épouse d'Adelphius, proconsul romain, mère de Juliana et aïeule de Démétrius, tous loués par S. Jérôme. D'autres, et en particulier Baronius (Ad. an. 595), Aide Manuce le jeune et Cave {Script, eccL an. 371), pensent qu'il s'agit id de Proba, femme de Probus, préfi^ do prétoire, couple dont nous avons le tombeau dans la Rome êouterraine (Bosio. Rom. sotter. p. 49. ~- Cf. Aringhi. t. i. p. 281). On lui attribue un centon virgUien sur divers endroits de l'Ancien ti du Nouveau Testament (De rehus divinU). Ce poème, dont il nous reste quelques centaines de vers dans les Poetœ ecdenaetid (Gameraci. t. ni. p. 465), et dans la bibliothèque des Pères (t. v. edit. Logl. 1677. p. 1218), mérite de fixer ici noire attention, ainsi que quelques autres qui parurent vers la même époque, parce qu'ils avaient pour but de tirer des auteurs païens, dont on pressurait ainsi le texte, des prophéties relatives aux mystères et à la religion du Christ, absolument comme on le faisait pour les vers d'Orphée et ceux des sibylles. S. Jérûme, qui atteste avoir pris connaissance de ces diverses compilations, les traite d'enfantillages et de boufTonneries : Puerilia hœc, et circulatorum ludo iimilia (EpUt, im. Ad
Piudin. 0pp. t. I. 275). Quant à celui de Faltonia en particulier, il a été déclaré apocryphe par un décret du pape Gélase I (Dist. xv. c. S. Ramana Eccleeia).
U circulait aussi en ce temps-Ui un centon homérique auquel on donnait une signification analogue. Zonaras veut que, commencé et laissé impartit par un certain Patricius, ce centon ait été ensuite achevé et mis en ordre par l'impératrice Eudoxie, épouse de Théodose U. Mais le P. Rader ' (Act. sancL c. xxi. p. 227) fait observer que cette œuvre ne peut être de cette princesse, attendu que S. Jérôme l'avait lue avant qu'Eudoxie fût diretienne et impératrice; et Photius, qui a mis au jour les divers écrits et notamment les poèmes de cette femme illustre, ne fait nulle mention de oelui-d (V. Photii. Bihïiothec. clxxxiv. edit. Latin. 1606. p. 162).
On sait que Constantin, dans son discours Ad cœtum ianctorum (C. xx), cite, lui aussi, plusieurs vers de Virgile qui semblent se rapporter à notre Sauveur, et suppose que le poète ne pouvant, en sa qualité de païen, parler ouvertement du Christ, le désignait à demi-mots. Les vers auxquels l'empereur fait allusion avaient été tirés, au moins quant au sens, par le grand poète, des oracles sibyllins. Mais comme Virgile était né dans la cent soixantedix-septième olympiade, c'est-à-dire soixante-dix ans avant Jésus-Christ, et qu'il mourut à cinquantequatre ans, il est dair qu'il ne peut parler du Christ comme historien; on est réduit à lui attribuer le titre de prophète, si l'on tient absolument à entendre du Christ ces vers si souvents dtés (Eglog. iv) :
Jam redit et Virgo, redeunt Satnrnia régna, Jain noTa progenies cœlo dimittitur altol
La manie du centon s'est prolongée bien avant dans nos siédes modernes. En 1661, Alexandre Ross, d'Âberdeen, publia, sous le titre de Virgilitu evangeliians, un poème dont Jésus-Christ est le héros. Élienne Pleurre, chanoine régulier de Saint- Victor de Paris, a renouvelé l'épreuve ; et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que son ouvrage porte l'approbation de deux docteurs -de la faculté de théologie, lesquels disent que cet auteur a fait des couronnes à Jésus-Christ et aux saints martyrs avec For de l'idole de Moloch. Le P. Wolf, dans ses scholies sur le traité des /^resmp/tons de Tertullien (p. 600), mentionne un religieux de son ordre (les ermites de S. Augustin) qui avait écrit avec des vers de Virgile la vie de S. Thomas de Villeneuve.
Lelio Capiluppi a fait aussi plusieurs poèmes latins en centnos. Les Politiques de Juste-Lipse ne sont autre chose que des contons ; il n'a eu à suppléer que les conjonctions et les particules.
Pour donner une idée de ce singulier genre de poésie, nous citons ici deux fragments des centons de Proba Faltonia (V. Biblioth. PP. loc. laud.), en rapportant chaque vers ou hémistiche à l'endroit