‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 70 sur 281 · OUI · texte numérisé non relu

OUI

ûéges de U Eorme des ch sires ipiscopalea; il en est de inèine de ceni qui se loîenl dam une ancienne mosaïque (Ciamp. Fet. mon. ii. lab. lu), derrière sept vieillards qui oITrent au Rédempteur SËMS des couronnes d'or, confonnémenl au texte àeVApocalypu[cip. ir). Hais rien n'en peut donner une idée aussi nette qu'un fond de coupe antique publié naguère par le P. Garnicci [Yelri in on. tav. xTin. V), où l'on voit Notre-Seigneiu* assis sur une chaire â tafpedanetan au milieu de huit martyrs occupant des chaires placées l'n piano. Nous reproduisons ici ce remarquable rrionumenl.

5* Il j avait aussi, dans les crjptes, des chaires mobiles, témoin celle sur laquelle fut martyrisé le pape S. Etienne -. cette ch;fire précieuse n'a été lii^ des catacombes de Saint-Sébastien que par Innocent SU, qui en fit don au grand duc Ûiùe III.

tf' Après les persécutions, et dans les basiliques bâties tub dio, on conserva l'usaga liturgique de Il chaire épiscopale au fond de l'abside. Elle s'élevail d'abord d'un seul degré au-dessus des sièges régnant des deui cAtés de l'hémicycle, afin de recevoir les prêtres, appelés pour ce motif pritrtt duuamd Irâne (Euseb. Hitt. eecl. vi. 5), ou du Kcond ordre (Augustin. In pialm. cuvi). Cette élévation de l'évéquc dans le lieu saint est ainsi décrite par Prudence [Periiltpk. hymn. 355) :

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Cei chaires, onHoairement de mari)re, étaient le plus souvent tirées des thermes , où elles se trouvaient en nombre infini; il j en avait sii cents dans ceux d'Antonin (Hontfaucon. lUr. liai. p. 137). Plusieurs de celles qui subsistent aujourd'hui encore à Borne, par exemple ISaint-Clément, J Sainte-Marie in C^osmedin, etc., n'ont pas une autre provenance. La chaire de Sainl-Gr^oire le Orand se conserve dans son église du Hont-Cœlius, et OB en montre plusieurs autres à Rome et 1 Sainte-Agnès hors des murs, oili ce saint pape prononça quelques-unes de ses bomêlies. La basilique de Saint-Ambroise i Uilan conserve encore une chaire antique qu'une tradition on ne peut plus plausible suppose être la même où s'est assis le grand docteur.

Plus lard, les chaires eurent plusieurs degrés et furent appelées gradala (Augustin, epitt. con. Ad Maxim.). On le peut induire aussi d'un passage de Sulpice-Sévère {DUtl. n. De nrtvt. S. Martàu), où il loue l'humilité de S. Martin qui refusait de se prêter à cet usage quand il présidait l'assemblée des fidèles. On voit une chaire élevée de cinq degrés, sans compter la plate-forme dans U décoration d'un arcoioliim du cimetière de Saint-Uermés, représentant un pontife conférant les saints ordres (Aringlii. u. 325. et notre art. Ordination). Mais les monuments d'une plus haute antiquité montrent, au contraire, les chaires tout à fait tn piano. telle par eiemple que celle où siège un ponlire donnant (on l'a supposé du moins avec toute

sorte de fondement) le voile i une vierge chré- 1 niches entre lesquelles se trouve une table soale-

tienne, au cimetière de SaintePriscille (Bott. tav. nantie livre des Evangiles ouvert, ont été employées

CLïxi. et notre art. Yiergei chréUennsi). quelquefois comme représentation hiéroglyphique

7* Deui chaires épiscopales, placéeà dans deux I d'un concile. Nous en avons un exemple dans une

CHAI —

mosiique du baptistère de Ravenne (V. Ciampini. fa. mm. I. lab. xiini, et notre art. Coneiia).

P L'élise de Santa Maria délia MeniortUa dans le Ijlium, possède un monument d'un intérêt et <rune signification tout exceptionnelle : c'est un hroftieaDtique, doré, où, an milieu des douae apôtres en buste, est sculptée une chaire sur laquelle njwse un livre ouïert, lequel sans iiucun doute toi la place de Hoire-Seigneur. Car an-dessus de (eméme sî^ est figurée une porte présde laquelle estanigneauslaurophore, avec cette t^ende : Ego «m Mfràm, et orile omum{V. Lupi. Dii«er(. ê UU. p.î63), • je suis la porte et le bercail des brebis. ■ Dne croix placée sur nn tr6ne était quelqueroij aiesi employée comme personniGcation du SauTeor. Cesl ce que nous voyons dans une mosaïque du siiième siècle de Téglise de Sainte-Marie in cosmedin de Ravenne. Aux calés de ce siège, se tiennent S. Pierre et S. Paul, présentant au diviu. nallre, Qgnré sous l'emblème de la croix gemmée, l'un sa def.rautre le livre de ses épllres. Le dessin est tiré de Ciampini (Krf. montm. n. tab. xim. — Y. fig. d-dessus, p. 160).

9* Severano avait trouvé dans le mausolée de Saîole-Béléne (Bosio. Roma loU. p. 337) un fragment de marbre antique sur lequel était sculptée une diaire épiscopale de forme lout i Tait primiliie avec un rideau à franges relevé de chaque cAté par un nœud. Sous savons, pnr le témoignage des Pére«, qu'ilyavait dans l'antiquité cbrétienne des chères voilas, eathedrœvelatit, comme les appelle en pinicnlier S. Augustin (EpUt. ad Maxim, cciv. — Cf. Baron. Not. ad martyroi). Bien que ces wrivains ne s'expliquent point à cet égard, nous devons penser qu'on tirait ces voiles devant la chaire, par respect, quand l'évèque n'y était pas. Ce cnrieui monument présente une autre circonstance intéressante : c'est que le dossier de la chaire est surmoaté d'une colombe nimbée, qui àgnifiait l'assistance du Saint-Esprit, à peu près comme celle qu'on représente è l'oreille de S. Grélioire le Grand, et qu'on appelle colombe itupira- Irfei!(î. Aringhi. i[. 667).

11. — Les chaires épiscapales étaient souvent décorées d'ornements symboliques, par exemple de deux têtes de lion, symbole de la force et de la ligilance, vertus essentielles a un évèque (V. Harangoni. DelU cote genliUtdtt.... c. Lxvni)-, de denitêlesde chien, autre symbole de la vigilance et de la fidélité : c'est ce que nous voyons dans la mosaïqae de Sainte-Harie Majeure (Ciamp. Vet. MOT. 1. 1. lab. d), et mieux encore sur le siège de lisUtue de marbre de S. Uippolyle, qui se trouve igjourd'bui au musée du Latran, et dont on peut *ciir on beau dessin dans l'ouvrage de M. Per- TCl (ùOae. V. 1). S. Augustin fait mention de cet *Mn»ent (Ad DioK. ep. lm). Baluie, dans ses DOles au Ctgritulaireê de Charles le Chauve (t. n. 1Î76), rapporte une peinture où ce prince est assis sur un trAne orne de deux chiens aboyant. Les dent bras de l'antique chaire épiscopale de Saiote-Marie in Trastevere sont supportés par deux ANTiQ. chb£t.

griffaqs ailés, à télés de lion e( cornes de chèvre, comme on le voit ici. Les mosaïques de HonMi pour

la plupart du cinquième et du sixième siècle, représentent des chairesdeboisou d'ivoire, ornées de . draperies, de croix, de pierres précieuses (Ciamp.- Yel. mon, i. tab. ilvh, et n. tab, lu) ; elles sont quelquefois vides, mais le plus souvent occupées par Noire-Seigneur ou la Ste îierge. Notrt&igneur enseignant, dans une fresque des catacombes [Bott. lav. iiï), est assis sur une chaire dont le dossier se termine par deux ailes en marqueterie ; et ailleurs le dossier est surmonté de deux têtes humaines [Id. lxhv).

IIL — Les premiers chrétiens i)roressaienl une grande vénération pour les cbairesdes anciens éïéques. On ensevelissait ordinairement lévêque assis sur sa chaire, comme cela eut lieu pourS. Pierre (Phœbeus. De catk. Pétri, identii. p.v) ; et quelque temps après on retirait ce siège du tombeau, et il servait pour la prise de possession des successeurs de ces évoques. Cet usage fut aussi en vigueur en France, surtout à Reims, à Autun, à Meli, à Arras, où de très-anciennes chaires épiscopales étaient conservées pour l'intronisai ion des évéques de ces différentes Églises. Eusèbe raconte que, de son temps (ffiaf. eecl. vn. 19. 32). on rendait un culte a" la chaire ije S. Jacques, premier évêque de Jérusalem ; et Valois, dans ses notes sur ce passage, ajoute, d'après les acte» de S. Marc, que la chaire de cet apôtre avait été longtemps conservée i Alexandrie. On sait qu'elle est aujourd'hui i Saint- Marc de Venise. De ce passage de Tertullien {Prœteript. ixivi) : Percurre eceleùat apotlolicai, apud qua$ ipia adhuc gitbedue apostO' LOBua nâi locit prtendent, t parcourez les églises apostoliques, dans lesquelles les chaires mêmes des apd très président encore h leur place, • on peut conclure que les chaires de tous les apAtret

CHAI — 1

étaient niligîeusement conserréea dans les églises qu*îls STaient fondées. #

Un sentiment de dévolion bien légitime inspira au^ Ddèles l'idée de se procurer des représentations de ces chaires, de celle de S. Pierre surtout, sculptées en marbre, et de porter sur eux des bijoux et des amulettes oii elles étaient gravées. Nous pouvons citer une calcédoine représentant une de ces chaires {Aceadem. di Cortona. tu. 45), sur le dossier de laquelle est écrit le mot 'ix»* pour 'lx''-'!i rapprochement touchant de la chaire qui e^t l'emblème de l'enseignement de l'Église et du divin poisson Jésus-Christ qui en est le fondement (Y. (ig. ci-dessus, p- 161.)

CHAIRE DE S. PIEKRE (fête di la). — V. l'art. Feu* immobilet, 11, 3*.

CUANAHEEnNE. — La touchante histoire de cette Temme qui vient demander au Sauveur la délivrance de sa fille de la possession du démon, et qui obtient cette faveur, grice à son humilité et à sa confiance sans bornes [Matth. iv et Marc, vu), se trouve représentée en bas-relief sur un sarcophage antique du cimetière du Vatican (Bo^io. Roma toUer. p. 65. — V. la gravure ci-aprês).

Les auteurs de Rome touterraine pensent que celle femme était Syro-phénicienne, c'est-à-dii-e de cette partie de la Phénicie que les anciens géographes nomment Pliénicie méditerranée. S. liaithieu l'appelle Cliananéenne, parce que les Phéniciens étaient Chananéens d'origine, Sidon, (ilsde Chanaan, passant pour être le fondateur de la capitale de cette contrée. Elle est nommée Grecque

dans S. Marc (cap. vu.

S6), à cause de sa religion, et on sait que les Juifs désignaient sous la dénomination de Grecs tous les gentils :

c'est pour cela que la Vulgate traduit ^ -^«n 'E.yjj.tii, t ftm me grecque, • par mulier genlilit, < femme appartenant à la gentililé. • Quand nous voyons dans le teile de S, Paul (flwn. I. 14 et alibi) le Juif opposé au Grec, il faut toujours entendre par Grec, païen ou idolâtre.

Pour revenir à notre figure, qui est extrêmement rare dans les monuments du premier âge, ia scène est prise au moment où les disciples priaient le divin Maître de renvoyer celte femme : Dimitle eam (Matth. iv. 25), et où en effet il la renvoie, mais avec pleine satisfaction : i Va, te démon est sorti de ta tille, » vade, exiit dœmonium a filia tua (Marc, vu, 25). On voit un apWre qui

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lui touche l'épaule comme pour la présenter au Rédempteur ; Jésus lui tend sa main, que l'heureuse mère saisit de la sienne enveloppée, par respect, dans un pan de son manteau, et baise avec reconnaissance. Baiser la main équivalait, dans l'antiquité, à une formule de prière : Priam baise la main d'Achille, bien qu'il eût tué son Gis Hector, aQn de le déterminer par cet acte de soumission i lui rendre sa dépouille (Homer. Hiad. iiiv. vers. 478).

Conformément aui principes de la modestie chrétienne, inculqués par S. I^ul et souvent développés dans les CotulUution* apotloliquet, l'artiste a eu l'idée de voiler la tète de cette femme : • Dans les places, couvre ta tète comme il convient à une femme, i obvoltilo capite, guemadmodMm tnuliarei dteet {Cotulil. apoit. lib. i. cap. 8, trad. Coleler).

CHANOmEB [cLEBia caso.mci) . — Pendant les quatre premierssiècles, les clercs vivaient au milieu de la multitude des fidèles, c'est-à-dire charun dans le sein de sa famille, l'n multiplia hominum geiifre (Aug. De mor. Ecckt. i. 31). S. Augustin, évèque d'Hippone, est le premier qui astreignit ceux de son Ëglise à la vie commune, • et constitua un monastère au sein de l'Église (Possidon. In Vit. Aug. lu] ; > ceux qui se refusaient à embrasser ce genre de vie étaient par lui éloignés des ordres sacrés (Id. ibid. ixv. — Augustin. Serm. iliv. De

Ces clercs qui menaient, conformément aux canon* ou règles, une vie commune, s'appelaient clercs canoniques, d'où l'on a fait chanoines, cUriet canonici. Bientôt les èvëques s'empressèrent de toute part d'adopter cette sage institution, d'abord dans les autres parties de l'ifrique (Aug. Epiil. ad Sever. Novat. et Etod.), et ensuite en Espagne [Conc. ToUt. a. 1), où les évèques rivaient en communauté avec les prêtres et les clercs inférieurs (Conc. ToM.iy. 31-33). Dans les Gaules (Conc. Turon. n. 12), là où ce genre de vie était adopté, l'évëque avait avec son clergé une même table, que, selon S. Grégoire de Tours, on appelait table des chanoines, canonieonan meniam {Hitt- 1. x). Cette discipline relative aux clercs canoniques fut introduite vers le même temps par le moine Augustin en Angleterre, où l'avait envoyé S. Grégoire le Grand (Beda. Uitt. Angl. i. 37), qui l'avait lui-même établie à Home (Joan. Diac. /a «fut YUa. H. 11).

La maison où les clercs vivaient réunis prît plus tard le nom d'école, tdiola, et les clercs celui de Kholaitiei (Capit. Caroli Magni. in addit. n. 5), sans doute parce que dans cet asile ils cultivaient les sciences sous la direction de l'ëvêque, qui • régissait leur vie comme l'abbé d'un monastère * (Conc. AquUgr. an. 879. c. 73.) La ix^Ison du clergé était, à l'instar des cloîtres, placée prés de l'église. Cette rie commua entre l'évèque et son clergé se mainlint en vigueur dans la plupart des Eglises d'Occidentjusqu'au neuvième siècle.

CHAN

CHAN

CflABTT ECCLCSMlSTIQUE (omgini du).

— I. — Dés le berceau de l*Églîse, il fut d'usage de chanter des psaumes dans les assemblées des fidèles. S. Paul parle de psaumes et de cantiques spiritoels {Epkeê. t. 19), ce qui suppose que, en ootre des psaumes de Dand, il y avait encore des chants improvisés que cliacun donnait instantanément sous une inspiration spéciale du Saint-Esprit, conune les prophètes de TAncien Testament, et à Tinstar des cantiques de Moïse, de sa sœur Marie, de Débora, d'Anne, femme d'Elcana, dlsaîe, de la S(e Tierge, de Zacbarie, du vieillard Siméon, etc. Tels divent être le cantique que Notre-Seigneur chanta avec ses apôtres après la cène, et ceux dont S. Paol et Silas firent retentir les voûtes de leur prison de Philippes (Act. ivi. S5). Le quatorzième chapitre de la première ÊpUre aux Corinthiens (surtout à |>artir du verset 26) contient les plus corienx détails sur les dons précieux et notamment sur Tesprit prophétique, qui se révélaient dans les fidèles au milieu de leurs assemblées, aussi bien que sur le saint enthousiasme dont quelques-uns étaient saisis et qui leur inspirait des chants merveilleux.

Cette pratique de la primitive liiglise était une de celles qu'il était le plus dilïicile de dissimuler : aussi était-elle à la connaissance des païens, et Pline le leune, au rapport de Tertullien (Apologet. u), écrit à Trajan qu*il ne sait rien autre des mystères des chrétiens, sinon quils se rassemblaient avant le jour pour louer le Christ qu'ils regardaient comme leur Dieu. Le même apologiste mentionne ailleurs (Ad uxar. ix) la psalmodie alternative : Sonani inier duos psalmi et hymni ; et le texte de la lettre de Pline (lib. x. epist. 97) semble aussi le supposer : Carmen,,., dicere secum imieem, Ens^ relate plusieurs fois le même fait, et il rapporte [Hist, eccL n, 17) un fragment d'un ancien auteur qui, pour prouver la divinité de Jésus^hrist, alléguait les cantiques que les fidèles avaient composés à sa louange. On sait que le concile d'Ântioche (Euseb. v. 25) reprocha à Paul de Samosate d'avoir aboli les cantiques qu'on avait coutume de chanter à Jésus-Christ, et d'y en avoir substitué d'autres à sa propre louange.

Nuratori a publié dans ses Anecdota latina (t. it), sous la rubrique Hilarii hymnus, une pièce que plusieurs critiques, entre autres le P. Giovenani, ont cru être la traduction de l'hymne des chrétiens du temps de Pline. La pièce conunence par ces roots : Hymnum dicat turba fratrum, et sur la fin on remarque les vers suivants :

Galli canins, galli pbusas, Prozimum sentit diem Et ante Incem nuntiemas Chrâtum regem saeculo.

La dissertation du P. Giovenazxî s'est perdue, et il est ai^jounThui impossible de juger de la valeur des arguments qui Tont autorisé à attribuer à l*hynme de S. Hilaire une si vénérable origine (V. de'Rossi. Bullet. 1866, p. 55).

Le martyr S. Ignace, au rapport de rhistorien Socrate (vi. 8), institua à Antioche, d'où il se répandit dans toute l'Église, un chant alternatif tel que celui qu'il lui avait été donné d'entendre dans une vision, exécuté par la voix des anges. S. Basile ayant, lui aussi, introduit le chant dans son église de C^arée, en Cappadooe, ceux de Néocésarée le lui reprochèrent comme une nouveauté; le grand évêque repondit (Epist. lxu. Ad Neocœsar.) qu'il suivait en cela l'exemple des Églises d'Egypte, de Libye, de la Thébaîde, de la Palestine, de TArabie, de la Phénide et de beaucoup d'autres qui avaient adopté et pratiquaient le chant à deux chœurs : In duos partes divisi altemi succinenies psalhmt. On sait qu'aux ftmérailles de Ste Paule des psaumes furent chantés parles évêques alternativement, en quatre langues, en hébreu, en grec, en latin et en syriaque, hebrœo^ grœcoy latino, syroque sermons psalmi in ordine personabant (episcopi) — (Hieron. ep. Lxxxvi. ad Eustoch. — Opp, edit. Martianay. 2. IV. p. 688).

Dans les Églises où la coutume ne s'était pas encore introduite de chanter les psaumes en chœur, les clercs auxquels étaient dévolues les fonctions de chantres, les chantaient seuls; le peupie répondait à la fin de chaque psaume {ConciL Laodic. c, xvi. — Euseb. Hist, eccL n. 17. vu. 30). Peut-être est-ce là le genre de psalmodie auquel font allusion les Pères antérieurs au quatrième siècle. Nous savons par Gassien (1. ii. 5) que, parmi les moines, un seul chantait un psaume entier, debout, tandis que les autres écoutaient et méditaient. Dans les communautés nombreuses, un certain nombre de moines, quatre ordinairement, étaient désignés pour chanter en chœtu* ; tous les autres écoutaient en silence.

Il ne parait pas que le chant, du moins celu auquel le peuple prenait part, se soit établi en Occident avant la fin du quatrième siècle. S. Ambroise est le premier qui fit chanter le peuple à Milan, pour charmer les longues heures qu'il passait dans l'église pendant la persécution deTimpé* ratrice Justine. Ce fait nous est révélé par S. Augustin (Confeu. u. 7), qui en avait été témoin oculaire : « Pour charmer l'ennui qui aurait pu accabler le peuple, on établit le chant des hymnes et des psaumes selon l'usage des Églises d'Orient. Excellente pratique qui dure encore, et que presque toutes les Églises du monde observent à l'imitation de celle de Milan. »

On voit donc que le chant à deux chonirs passa des Églises d'Orient à celles d'Occident, et que, parmi celles-ci, ce fut celle de Milan qui eut Tiuitiative ; c'est ce qu'explique clairement le prêtre Paulin, auteur d'une Vie de 5. Ambroise : < Ce fut en ce temps que pour la première fois les antiennes, les hymnes et les vigiles commencèrent à être célébrées à Milan. > Dans sa première signification le mot antienne ne désigne pas autre chose qu'un chant alternatif; c'est ce que S. Basile explique ahisi {Epist. Lxm) : In duos choros divisi aUema^ tim psallunt.

CUâN

CHAN

En associant les peuples aux chants d'église, les Pères eurent éminemment un but moral. Us savaient, et S. Ghrysostome le dit formellement (In ptalm, iLi), que le chant a la vertu de charmer les passions, de dégager notre âme de Tentrave des sens, de lui faire goûter les chastes délices de la yérité. Pour ce qui est du chant des psaumes en particulier, il fui institué, dit S. Basile (In ptalm, i), pour enflammer notre cœur, et nous élever à Dieu par celte sainte harmonie, pour égayer nos esprits, pour nous fortifier dans nos faiblesses, et nous consoler dans nos peines. S. Âmbroise nous apprend (Prœfat. in ptalm.) qu'à l'exemple de David qui chantait dans le temple, les rois, de son temps, chantaient avec le peuple, les empereurs mêlaient leur voix dans l'église à celles de leurs sujets : Psalmus canlatur àb imperatoribus^ jubilaiur a populit.

L'évèque de Milan compare le chant de Téglise aux flots de la mer, dont le flux et le reflux nous est représenté par celle multitude inflnie de peuples qui viennent à l'église ; le bruit des vagues par les voix des hommes et des femmes, des vierges et des jeunes gens (Hexam. m. 5). S. Augustin, tout plein encore des émotions de son baptême, exprime ainsi TelTet que les chants sacrés produisaient sur son âme (Confess. ix. 9) : c Pénétré jusqu'au fond de l'âme des doux accents dont votre église retentissait, combien ai- je versé de larmes au chant des hymnes et des canliques qu'elle a consacrés à votre nom ! car votre vérité s'insinuant dans mon cœur à mesure que le chant frappait mon oreille, je me sentais rempli d'une si ardente piété , que je fondais en larmes , et ces larmes étaient mon bonheur : currebant lacrymœ, et bene mihi erat cum eis. i S. Isidore de Se ville dit que le chant à deux chœurs a été institué à l'imitation de celai des séraphins qui chantaient tour à tour, aller ad alterum.

Tout ceci donne une haute idée des chants de rËglise primitive et de la manière dont ils étaient exécutés. Mais plus tard des abus se glissèrent dans cette louable pratique; la piété s'aflaiblissant, le zèle des peuples pour les saints cantiques se ralentit aussi ; l'ignorance du chant, l'inégalité des voix vinrent bientôt détruire cette belle harmonie. Alors l'Église se vit dans la nécessité d'interdire le chant au peuple, et d'instituer des chantres, qui paraissent même avoir constitué un des ordres mineurs. Car, en outre des noms de pialmUtei et de diantres, ils eurent aussi celui de confetteurê, comme on le voit dans le onzième canon du concile de Garthage ; et ils sont désignés sous ce nom dans l'antique oraison du vendredi saint, immédiatement après les portiers : OremiM,.. pro ledoribus, otUariis, confessoiubus.

On les appela ainsi, selon toute apparence, parce que chanter les psaumes, c'est confesser le nom de Dieu en publiant ses louanges : ConfUemini Domino quoniam bonus (Pê.cv. l).Ges psalmistes sont aussi appelés confesseurs dans le sixième canon du premier concile de Tolède tenu en 400, lequel leur

défend d'aller dans la maison des vierges et des veuves, sous prétexte dé chanter avec elles à deux chœurs, si ce n'est en présence de Tévêque ou du prêtre : Nulla professa vel vidua, absente épiscopo vel presbytero, in domo sua axtiphonas cum confessore.., facial. On voit qu'ici encore le mot d'antienne est employé pour exprimer un chant en chœur. Nous savons par S. Sidoine Apollinaire (1. IV. ep. Il) que Glaudien, frère de S. Mamert, évêque de Vienne, exerçait l'office de chantre; il entonnait les psaumes, et marquait les leçons qui devaient être chantées en chœur : Psalmorum kie modukUor et phonascus.

Quoi qu'il en soit, nous voyons que cet ordre des chantres est institué par le concile de Laodicée (can. xv) : Non oportere amplius prœter eos qui regular'àer cantores existunt^ et qui de codice canunt, alios in pulpitum conscendere^ et in ecclesia psallerey c en dehors de ceux qui sont régulièrement établis chantres, et qui diantent sur le livre, il ne faut pas que d'autres montent au pupitre, et chantent dans l'église, i

Cependant l'usage opposé à ce règlement se maintint quelque temps encore en Occident ; on le voit par les témoignages, que nous avons cités plus haut, de S. Âmbroise, de S. Augustin, et ansfd de S. Jérôme qui (Epist. ad Sabin.) nous représente les peuples accourant et chantant dans les églises aux vigiles des fêtes solennelles. Mais enfln, le chant exclusivement exécuté par les chantres ecclésiastiques ne tarda pas à prévaloir même dans les Églises occidentales. S. Grégoire alla roêine jusqu'à l'interdire à la masse des prêtres et des diacres, et ordonna qu'à l'avenir les clercs inférieurs seraient seuls employés à cette fonction, de sorte que les chantres en titre cliantaient les hymnes et les psaumes, tandis que tout le reste de l'assemblée écoutait en silence. G'est encore ainsi que le chant s'exécute dans la chapelle du souverain pontife et au chœur des grandes basiliques romaines.

It. -^ Les savants pensent (V. Millin. Dictionn. des beaux^rls, n. &I0) que la musique d'alise, dans son origine et même dans son état actuel chez les Latins, est un reste, défiguré, il est vrai, mais bien intéressant encore, de la musique grecque. Elle ofl're de précieux fragments de l'ancirane mélodie et de ses divers modes. Ces divers modes, tels qu'ils nous ont été transmis dans les anciens chants ecclésiastiques, y conservent une beauté de caractère et une variété d'affection bien sensible aux connaisseurs non prévenus et qui ont quelque jugement d'oreille pour les systèmes mélodieux établis sur des principes différents des nôtres. On doit savoir gré (Millin. ib,) à ceux qui jusqu'ici se sont opposés au mélange ridicnledenolre sy^tème harmonique avec celui des modes anciens. La simplicité et la gravité constituaient donc le caractère essentiel du chant ecclésiastique primitif. Socrate nous l'indique lorsqu'il dit (Hist. eccl, n. 13) que S Athanase, réprouvant une certaine mollesse qui s'élait introduite dans la psalmodie, s'é-

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tudia à rexdure de TÉglise d'Alexandrie où elle s*éUit glissée, pour y rappeler le chant à sa gravité primitiTe, si bien qu'ensuite les Alexandrins semblaient réciter les psaumes plutôt que les chanter. C'est S. Augustin qui nous fournit ce renseignement si précis (L. x. Conf, 33) : Tarn moikoflexu vocis faciehai sonore lectarem ptalmi, ut frommdanti vicinioresëet quam canenli, S. Isidorie de SéTille parle dans le même sens (Of/ic. i. 5). On sait que les donatistes faisaient aux catholiques un grief de cette modestie du chant, et, en effet, celui de ces hérétiques imitait, par la violence des éclats de Toix, le bruit assourdissant des trompettes, dit encore S. Augustin (Epist. cxa) : Quasi tubas in- Pommantes. Le chant devint donc si simple, qull excluait presque toute espèce d*art. Mais cette discipline dura peu chez les Grecs.

Les Latins, eux aussi, observèrent jusqu*au quatrième siècle la même simplicité dans le chant des psaumes, et S. Ambroise passe pour être le premier qui I ait alors introduit une certaine modulation. Mab, au temps de S. Ambroise, comme nous Tavons ru» le chant s'était déjà répandu partout dans TÉglise latine; et S. Jérôme se plaint (Comment, epist. ad Epkes. v) que déjà alors les chantres eusisent introduit dans l'Ëglise les modulations théâtrales. Nous devons conclure de ce témoignage que S. Ambroise ne 6t que réprimer cette mollesse efféminée; autrement on ne s'expliquerait pas les pieuses émotions que S. Augustin éprouvait à entendre le chant dans Téglise de Milan.

A Rome, plusieurs abus s'étaient glissés dans la modulation des psaumes : le pape Gélase les corrigea au cinquième siècle (Concil, Rom. ann. 494).

Mais, au sixième siècle, S. Grégoire inventa un nouveau genre de chaut, inconnu aux anciens, et qui fut appelé plain-chant et plus tard chant grégorien, du nom de son auteur. Ce. chant, si nous en croyons Kircher (De ant. mus. 1. i), était noté par les sept premières lettres de Talphabet a, ft, c, d, e, /; g. C^était par la répétition de ces lettres que ce pape avait formé une échelle musicale, indiquant le ton de chacune des syllabes qui devaient se chanter.

Ce pontife voulut que les chants liturgiques fussent exécutés sur un ton grave et naturel, et en exclut les modulations théâtrales qui s*y étaient introduites, car avant lui il n'y avait pas de règles, et les chantres se livraient complètement à leurs capricieuses inspirations (Joan. Diac. In ya. S. Greg. 1. iv. 10. 19). Il établit donc à Rome ane école de chantres, et ne négligea aucune occasion de faire adopter son cliant et sa méthode à toules les Églises d'Occident. Celles d'Italie furent les premières à le recevoir; et au huitième siècle il fut répandu dans toutes les Églises de l'empire d'Occident en vertu d'un décret de Charlemagne (CoptUc/. an. 705. cap. 80), à qui le pape Hadrien 1 avait envoyé un antiphonaire romain noté de la main de S. Grégoire lui-même, et de plus deux clercs de l'école des chantres de Rome,

Théodore et Benoit, qui enseignèrent à Soissons et à Metz le chant grégorien dans toute sa pureté. Car, introduit déjà précédemment en France parle pape Etienne III, à la prière du roi Pépin, il s'était corrompu par le peu d'habilejé et d'aptitude des chantres français, comme Longueval en fait l'aveu (Hisi, de V Église gallic. t. iv. p. 444). Une mission analogue à celle de Théodore et de Benoît fut remplie pour TAngleterre par un archichantre de Fécole romaine, que le pape Âgathon avait envoyé dans cette lie pour enseigner aux clercs anglais le cours annuel du chant, cursum annuum canendi (Kircher. De aniiq. mus. 1. i. c. 9. — Beda. Hist. eccl. Angl. 1. i. c. 18).

III. — Un passage de Cassien, cité plus haut, prouve que le chant des psaumes était en usasse dans les monastères, comme dans les églises du clergé. Nous pouvons emprunter une autre donnée à cet égard à une lettre de S. Paulin à Yictrice de Rouen : Vbi quotidiano psalleniium per fréquentes ecclesias et monasteria conceniu.,, et cordibus delectantur et voâbus. Quelqu'efois les clercs et les moines chantaient ensemble le même office : c*est S. Sidoiue|qui nous rapprend (v. 1 7) : Monachi clericique psalmieines vigilias concelebraverant, 11 loue aussi (ix. 3) Fauste, évèque de Riez, d*avoir transporté dans son Église le chant qui s'observait à Lérins. Dans sa lettre au moine Ruslicus, S. Jérôme lui recommande de dire le psaume à son rang, et d'y rechercher plutôt la dévotion du cœur que la douceur de la voix. Un tel avis est conforme aux règles de S. Hilarion, de S. Macaire, de Sérapion; qui défendent à tout moine de chanter sans en avoir reçu Tordre de l'abbé. D'après la règle de Saint- Aurélien, les moines doivent chanter l'un après l'autre. Bientôt le chant à deux chœurs fut aussi adopté dans les monastères; c'est d'après cette méthode, qui était suivie à Lérins, que S. Agricole, qui avait été tiré de cette abbaye pour être placé sur le siège épiscopal d'Avignon, régla le chant de son Église (V. pour plus de détails Grancolas. Traité de V office divin, p. 257).

Il ne parait pas que le précepte de S. Paul, interdisant aux femmes de faire entendre leur voix dans l'église pour instruire, ait jamais été appliqué au chant. Car nous voyons dans S. Isidore de Damiette qu'elles y chantaient, et S. Grégoire de Nazianze loue sa mère de ce qu'elle garde un silence absolu pendant roi'ûce, et n'ouvre la bouche que pour chanter et pour répondre au prêtre qui célébrait : cette réponse n'est autre chose que l'acclamation Amen, chantée par tout le peuple.

Les Capitulaires (n. 76) donnent encore aux femmes la permission de clianter aux inhumations, alternativement avec les hommes : les hommes entonnaient Kyrie, et les femmes répondaient (vi. 1 94) : viris inchoantibus mulieribusque respondentibuSj alla voce canere siudeant.

Quant aux religieuses, S. Augustin (Epist, ccnr), dans sa règle, leur recommande de chanter dans leur oratoire, c Dans Toratoire, quand par des hymnes et des psaumes vous priez Dieu, ayez dans

CHAN

CHAN

le cœur ce que tous prononcez de bouche, et ne dianlei que ce que vous lisez devoir être chanté ; mais ce que la règle ne prescrit pas, ne le chantez pai. ■ Plus tard, les canons de l'Ëglise réglèrent cette matière : le second concile de Chalon-sur- Saône, en 813, prescrit aux religieuses le diant de rbffice, de même que celui d'Aix-la-Chapelle, tenu en 816, Tordonne aux chanoines : SanctinuH niâtes in monasterio contiiiuiœ habeant ttuditan in legendo, in cantandOy in psalmorum celebralione, et hara» canonicas célèbrent, » que les religieuses constituées en monastère s'appliquent à la lecture, au chant, à la célébralion des psaumes, et qu^elles célèbrent les heures canoniques. »

fioiu ne devons pas pousser plus loin ce coup d*œîl historique qui a déjà franchi les limites qui nous sont prescrites.

CHARTRES. — I. ^ Il y eut, dans l'fislise primitive, des chantres, autrement dits psalmistes, qui paraissent avoir été regardés en certains lieux comme constituant un ordre mineur à part. Il est avéré que cette qualité ne leur fut pas reconnue universellement, et que là même où elle Télait, ce ne fut que pour un temps; autrement, cet ordre aurait persévéré comme les autres. Quelques savants, entre autres Bellarmin (De clericiê. 1. i. c. il), ont confondu les chantres avec les lecteurs. Mais ce sentiment ne parait pas fondé, car les documents anciens qui font mention des chantres, entre autres les Canon» apostoliques (can. lxix), les Constitutions apostoliques (1. ii. c. 57), le coudle de Laodicée (can. xxiv), S. Ephrem (xcm. De secund.àdvent.], la liturgie de S. Marc (Apud Fabric. Cod. Apocr. part. m. p. 288), les distinguent nettement les uns des autres. Juslinien établit aussi œtte distinction (Novell, m. c. 1), quand il atteste que de son temps TÉglise grecque de Constantinople comptait vingt -si]& chantres et cent dix lecteurs.

La nature des fonctions que les diantres exerçaient dans rËglise est exprimée par le mot grec {mcSoXnç (Socrat. Hist, eccl. 1. v. c. 22), qui veut dire monitores ou inspiratores ou encore sugges^ tores, psalmi pramuntiaiores; ils entonnaient les psaumes, c'est-à-dire qu'ils prononçaient isolément la première moitié du verset, et que le peuple Tachevait. Prcecinebant cantores, dit Cotelier \ln Const. apost. loc. laud.), populus veto succinebat. Le nom de moniteur était donné, dans l'antiquité profane, à ceux qui prononçaient la prière à haute voix« au nom de tous» et nous voyons Tertullien, dans son Apologétique (c. xzx), faire aux fidèles un mérite de^ prier sans moniteur, parce que leur prière, étant toute dans le cœur et spontanée, n'avait pas besoin d'interprète.

II. — L'institution des chantres, comme ordre dans rËglise, n'arriva guère que vers le commencement du quatrième siècle. Car si la liturgie de 8. Harc qui en fait mention est antérieure à celte époque, comme Tobserve fiergier (au mot Chant ecelésiastique), elle ne peut l'être de beaucoup.

Quoi qu'il en soit, c'est assurément le relâchement et la négligence qui s'étaient introduits dans l'exercice de la psahnodie, qui rendirent cette institution nécessaire. Etablir des chefis de chant, c'était le meilleur moyen de rappeler la psalmodie ecclé* siastique à sa pureté primitive. Les chantres reçurent alors le nom de cantores canonici, xsvcvum (j^aXTou, ce qui indique qu'ils furent inscrits dans le canon (Y. l'art. Canon) ou catalogue des clercs, et séparés ainsi du reste du corps de l'Église (V. aussi l'art. Matricule).

11 devint quelquefois nécessaire, en certains lieux, de faire exécuter le chant par les seules voix des chantres, afin de rétablir plus facilement l'ancienne harmonie, en forçant pour un temps ceux qui n'étaient pas exercés à écouter en sUence, et à se former ainsi sur ceux qui étaient habiles dans l'art de la musique. C'est dans ce sens qu'on doit sans doute entendre ce canon du concile de Laodicée (can. xv) : c 11 ne faut pas que d'autres que les chantres canoniques, qui montent sur l'ambon et lisent sur le parchemin, se permettent de chanter dans l'église, i Bingham insiste beaucoup là-dessus, afin d'établir les droits du peuple chrétien dans la maison de Dieu ; mais nous n'avons aucune raison de nous inscrire en faux contre la coutume où furent toujours les fidèles de s'associer aux chants de l'église. Tous les Pères attestent cet usage.

111. — Quelle que fût l'importance de la fonction de chantre dans la primitive Église, elle fut néanmoins toujours inférieure à celle des ordres mineurs proprement dits. Elle n'eut avec ceux-ci d'autres points de conformité que l'imposition des mains par laquelle elle était conférée. Mais elle en différait en ce que cette espèce d'ordination était administrée par un simple prêtre, tandis que les ordres mineurs avaient pour ministre ordinaire l'évèque ou le chorévèque. Ceci fut réglé par le quatrième condle de Carthage (can. x) : c Le psalmlste peut, à l'insu de l'évèque, et par le seul ordre du prêtre, recevoir TofOce de chanter. Le prêtre se sert pour cela de cette simple formule: c Fais en sorte que ce que tu chantes de ta bouche, c tu le croies du cœur, et que ce que tu crois du « cœur, tu le montres dans tes œuvres. » Cette faculté donnée au prêtre d'ordonner les diantres à rinsu de l'évèque fut néanmoins, selon toute apparence, particulière à l'Église d'Afrique.

Il ne parait pas non plus que la fonction de chanter à l'église, même comme moniteur, ait toujours été exclusivement réservée aux dercs constitués ad hoc. Les monuments épigraphiques nous font connaître un certain nombre de diacres qui l'avaient exercée avec honneur. Nous empruntons ces citations au Bulletin archéologique de M. de' Rossi (1863. p. 88). Tel est le diacre be- DBMPTvs du titre de Tigris, dans l'épitapbe duqud le pape Damase a introduit cet éioge :

OTLCU RECTAREO PROlIBBAr HILLA CAXOAE rROPHETAM CEI.EBRA1I8 PLACIDO MMTLAIIIIIS SEUtU.

CHâN

CHIP

Yoîd l'éloge funèbre d^un archidiacre de TËglise romaine nommé Densdedit, qui vivait vers le cinquième siècle :

UIC LITITARTII PRTIITS 01 ORDIlfB TITEICS AATroiCI CARTOR CARXDOS 1STE rVIT.

Sur une inscription trouvée il y a peu d^années dans la basilique constantinienne de Saint-Laurent, le défunt dit de lui-même :

TOCB PSALMOS MODTLATyS ET ARTS DIVXRSIS CBOia TBBBA SACBATA SOIOS.

Il parait qu'au temps de S. Grégoire le Grand des abus s'étaient introduits dans cette pratique, que ce pape appelle c très-répréhensible 9, cotirndudo vaide repreheruibilU. A ses yeux» les fonctions de chantre étaient peu compatibles avec le ministère du diaconat; il exigeait tout au moins que dans le dioix des diacres Ton en vint à prendre en considération les agréments de la voix, plutôt que rintégrité de la vie. Aussi par un décret spécial ordonna-t-il que les ministres de Faute] s'abstinssent de chanter auti*e chose que la leçon de l'évangile pendant les solennités de la messe : 911a de re prœsenti decrelo constituo ut in ude hac tacra aiiaris miniêiri eantare non debeani solumque evangelU lecUanU offichan inter mtssantm âolemnia exsolvant (Candi, edit. Manzi. 1. x. p. 454).

On vit des chantres qui, parvenus à Tépiscopat, voulurent continuer à édifier le peuple par l'exercice de cet art dans lequel ils excellaient. Une épitaphe métrique, qui parait être l'œuvre de S. Damase, fait lire au sujet d'un évéque animé d'un tel zèle :

PSALUBK 9^,15 P0PTL19 ▼OLTI MOBTURTE PROPHETA SIC MBRTI PLBRBII CHRISTI RETOURS SACBRBOS.

lY. — Dés le sixième siècle, nous voyons les évèques instruire leurs chantres, soit par euxmêmes, soit par des hommes habiles dans l'art de la musique ; et ceci donne la mesure de l'importance qu'ils attachaient à cette partie si essentielle du culte extérieur. S. Grégoire de Tours avait établi dans son église une école de chant ; c'est lui-même qui nous l'apprend {De mirac, S. Martin, i. 5&). Mais personne n'égala en ceci le zèle de S. Grégoire le Grand. L'école de chant qu'il avait fondée à Rome et qui n'eut pas d'abord d'autre maître que lui-même, existait encore du temps de son historien Jean Diacre (In Vit. S. Greg. 1. 11. 6), et on peut dire qu'elle n'a pas cesssé d'exister, bien qu'elle ait subi de nombreuses modifications. C'est le collège de chantres qui exécute aujourd'hui encore le chant soit à la chapelle Sixtine, soit dans {es grandes basiliques, quand le souverain pontife y célèbre les saints mystères (V. l'art. Livres liturgiques, 6*). Ce grand pape avait invité à son école tous les clercs des Églises d'Occident, afin qu'ils vinssent étudier sous sa direction et celle de son archichantre l'art de chanter les psaumes. Et comme il s'y rendit des élèves de l'Angleterre,

des Gaules, des Espagnes, de Htalie, le chant de tout l'Occident fut bientôt modelé sur celui de Rome (V. l'art. Écoles^ à la fin).

U y eut en Espagne des chantres qui s'abstenaient de toute nourriture avant de chanter, et qui ne mangeaient que des légumes, ce qui leur fit donner le nom de Fàbarii.

En Orient, ce furent d'abord les prêtres qui exercèrent les fonctions de chantres; mais au moyen âge on finit, dans ces contrées, par ordonner des eunuques lecteurs ou plutôt chantres, avec la charge d'exécuter la psalmodie dans les églises (Balsam. In c. concil. TrulL et in c. xiu syn, œcum» vu).

CHAPE. — Ce vêtement, appelé aussi pluvial^ parce qu'il fut adopté par les prêtres pour se préserver de la pluie dans les processions, est très-ancien dans l'Église. La chape n'était autre chose, dans le principe, que cette lacetTia à capuchon ouverte par devant, et fixée sur la poitrine par une fibule, que les gens du peuple portaient à la pluie dans l'antiquité, et telle qu^un artiste du sixième siècle l'a donnée à S. Abdon et à S. Sennen dans une fresque du cimetière de Ponlien (Bottari. Rom, sott. tav. Lxv. — Y. aussi l'art. Abdon et Sennen). Bien que fort défiguré dans les chapes actuelles, le capuchon est encore reconnaissable. Comme les autres vêtements vulgaires, celui-ci, en passant aux usages du culte, reçut des modifications et des embellissements successifs, mais qui n'ont rien de commun avec l'antiquité.

CHAPELET. — I. — Dès les temps les plus reculés, et dans toutes les religions (Cicer. De nat deor. lib. u), nous retrouvons l'usage de répéter souvent la même prière. C'est qu*il est instinctif à l'homme de supposer qu'une prière insistante a plus de pouvoir pour fléchir la Divinité qu'une prière isolée. Les enseignements du christianisme sont venus donner raison à cet instinct ; en vingt endroits de TËvangile, Jésus-Christ assure que le cœur qui ne se lasse pas de prier obtient tout ce qu'il demande.

L'honune qui, au milieu de la nuit, va demander trois pains à son voisin pour apaiser la faim de l'hôte qui lui arrive, n'obtient ce service qu'à force de persévérance et d'tmportunité (Luc. xi. 8) : i Et si cet homme continue de frapper, je vous assure que quand son voisin ne se lèverait pas pour lui donner du pain parce qu'il est son ami, il se lèverait du moins à cause de son importunité, et lui accorderait tout le pain qui lui est nécessaire. » Au jardin des Oliviers, le Sauveur lui-même répéta trois fois la même prière, et dans les mêmes termes— Eumdem sermonem dicens (Matlh. xvi. 44). U n'est pas douteux que les apôtres et les premiers chrétiens répétaient souvent l'oraison dominicale, puisque, interrogé par eux, le Sauveur ne leur avait pas enseigné d'autres formules : Sic ergo vos orabitis : Pater noster.... (Matth. vi. 9). C'était as , sûrement la prière que, selon une antique tradition-

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