GONFES8IO, MARTYRIUM, MEMORIA
— L — Dans les auteurs anciens, ces mots n'indiquent autre chose que le lieu où le corps d'un martyr avait été inhumé ; ils furent plus tard appliqués à l'autel bâti au-dessus de ce tombeau : c'était à proprement parler la confession souterraine {Ub, Ponlif. t. I. p. 155); mais, outre cet autel souterrain ou hypogée qui recouvrait immédiatement les ossements du martyr, il y en eut un autre au-dessus, dans la basilique, avec des proportions plus vastes : c'est la confession supérieure ; enûn, par extension, ces noms furent donnés à la basilique tout entière dont le tombeau du martyr avait servi à déterminer le point central.
Cependant le mot martyrium parait avoir été plus exclusivement affecté à la basilique : Marly" rittin, dit S. Isidore de Séville (Origin, 1. xv. c. 4), loctu martytwn^ grcBca derivaiione^ eo quodin memoriam martyris sit construeium, vel quodsepulcra sanctorum ibi sint martyrum, « Mariyriumy lieu des martyrs, mot de dérivation grecque, qui signifie un édifice construit sur la xtoonB d'un martyr, ou recouvrant des tombeaux de saints nurtyrs. • Ainsi nous trouvons dans E\isèhe(De Vit. Constant lin, ni. 48) et dans Socrate (Hist, eccl. iv. 18) martyrium 7%oma?, pour désigner l'église de Saint- Thomas à Edesse; ailleurs, martyrium Peiri et Paulij pour les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul à Rome. Les tombeaux des deux apôtres reçurent quelquefois le nom tout spécial de trophœa apostolorum (Éuseb. Hist, eccl. m. 4) ; martyrium Euphemiœ^ Téglise de Sainte-Euphémie à Chalcédoine, la même où se tint le concile de 451 , et dans les actes de ce concile celte église est toujours désignée ainsi : In martyrio sanctistimœ^ et pulchrœ^ victricis et martyris Euphemiœf c dans le martyr rium de la très-sainte, très-belle, victorieuse et martyre Euphémie. » C'est pour la même raison que l'église bâtie par Constantin sur le Calvaire en l'honneur de Jésus-Christ, le prince des martyrs, est appelée martyrium Salvatoris (Eusèb. op. laud.
c. XLIX).
Quant au mot memoria, il se rapporte au soin qu'avaient les premiers chrétiens de placer les restes des martyrs dans des loeuli particuliers, sur lesquels ils bâtissaient des édicules, cella memoriœ, de peur qu'à la longue on ne vînt k oublier le lieu où ils avaient été déposés, et qulls ne pussent être confondus avec les ossements communs : il s'agissait de sauver leur mémoire de Toublî. S. Augustin, dans son livre De curapro morimsge* renda (cap. iv), donne cette explication des mono* ments en général qu'on élève sur la cendre des morts : il attribue cette dénomination en particu-* lier aux mémoires des martyrs (L. xx. c.Sl.(fOil/r.
CONF
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Fatul. ~~ De ehU. Dei. 1. un. c. 10). Mais il est certain qu'elle s'appliquait à un tombeau quelconque, et en tous lieux, témoin une inscription de Rome de la fin du quatrième siècle (Rossi. i.p. 193. n. 443) : mbmoru ahastasiab, et celle-ci où il est dit que Suzanne acheta elle-même sa mémoire de son vivant : svssana (»ic) compara || vit sibi hemoriam (Id. 196. n. 448). Nous avons la même formule sur de simples pierres sépulcrales : ovirtuiaui mi- MORiA (Boldtlti. p. 341). L'abbé Ganera nous en fait connaître un autre exemple pour le Piémont (Gazzera. De Piem, p. 35) :
.... MATIR DULCISSIIIA m PACK Sri RECEPTA ITLITS nUTS MCMORUII PK OMIT lAL UPTEa.
C Mère trés-chère, n^ue dans la paix du Christ; Jaliut son flis lut a tkïi cette mémoire : elle expira aax calendes de septembre. >
D'autres monuments épigraphiques expliquent la raison et le sens du mot memoria; memobub
GAVSA ou XAPIlf MNHMHZ.
C'est donc à tort qu'on a prétendu que le mot memoria s'entendait de TÉglise elle-même. Une foule de textes anciens prouvent qu'il s'agit du tombeau, et entre autres celui de S. Augustin, où la distinction entre Fun et Tautre est nettement exprimée (De civU, Dei, xzn. 8) : Auduruê est nomen fundiy vhi ecclesia eêi, et in ea memoria Stephani martyriê; « Audurtu est le nom du fonds où est une église, et dans cette église la mémoire d'Etienne le martyr. S. Jérôme dit aussi du pape Clément : obiit tertio Trajani anno, et nominis ejus memo^ riam usque hodie extructam ecclesia custodit ; c il mourut la troisième année de Trajan et la mémoire de son nom construite à Rome est jusqu'à ce jour abritée par une église. • (Uieron. De viris illustr: c. XV. p. 853. edit. Martian.).
II. — Le mot confessio est celui qui s'emploie le plus communément pour désigner Tautel recouvrant, dans la cryple, le tombeau du martyr, et placé au point central de Tintersection de la nef et de la croisée. C'est là la confession proprement dite ; on y descendait par des degrés, et c'est ce qui lui a fait donner par les anciens auteurs le nom de xataSâma ou descensus (Borgia. De Vatic, confess. B, Pétri, p. xxxi). Au-dessus de la crypte, s'élevait, comme nous l'avons dit, au milieu du sanctuaire de l'église, un second autel en marbre, en granit, ou en porphyre, rappelant par sa forme, comme par sa position même, son origine sépulcrale et sa première destination. On voit encore à Rome plusieurs confessions de cette nature, par exemple dans réglisedeSainte-Prisque, dans celles de Saint -Silvestre, de Saint -Nartm a' Monti, de Saint-Laurent hors des murs. Mais, comme il n'était pas toujours possible d'avoir une crypte semblable à celle-là dans toutes les églises, on imagina d'établir un simulacre de crypte, auquel on donna aussi le nom de confessio, martyrium^ et qui ne consistait qu'en une cavité ménagée, pour recevoir
les reliques, au-dessous de l'autel, dans l'espace résultant de l'élévation du sol du sanctuaire audessus de celui de la nef. Cette espèce de châsse maçonnée était close sur le devant, par une grille, ou par une table de marbre perforée (V. l'art- Transennœ)^ et c'est encore dans les catacombes qu'avait été puisée l'idée de cette grille, témoin le tombeau d'un martyr inconnu du cimetière de Calliste, lequel est muni d'une dalle de marbre perforée, protégeant la relique (V. Boldetli. p. 35.
tav.xxxif). Un espace ménagé au milieu du sanctuaire permettait d'approcher des reliques pour les vénérer : l'église de Saint-Georges in Velabro présente une crypte de ce genre (V. notre art. Ciborium),
Enfin on se contenta plus tard de renfermer dans une cavité pratiquée au centre du sarcophage de Taulel lui-même des reliques de martyrs, e( l'autel devint ainsi comme un diminutif décrypte. Les reliques des Saints non martyrs et auxquels on a donné le nom de confesseurs^ ne furent admises à reposer sous l'autel qu'au sixième siècle, et S. Martin parait être le premier qui ait obtenu cet honneur (V. D. Gervaise. Vie de S Martin. IT'pa^ tie). Dans l'antiquité, le nom ée confessettr n'était attribué qu'à ceux qui, appelés devant les juges païens, avaient confessé la foi de Jésus-Christ; celui qui avait souffert quelques tourments pour cette sainte cause, sans y succomber, était appelé tantôt confesseur, tantôt martyr (V. Borgia. op. laud. p. xxxvni et notre art. Confesseurs),
De toutes les confessions antiques, la plus vénérable sans doute, et peut-être la plus somptueuse, fut celle de S. Pierre au Vatican, et nous ne saurions nous dispenser d'en donner une description succincte. On comprend assez qu'il ne s'agit pas ici de la confeuion telle qu'elle existe aujourd'hui: tout le monde connaît ce prodigieux monument au sein d'un édifice plus prodigieux encore. Si l'on en croit le catalogue des papes dressé au sixième siècle (Schelestrate. Aniiq, eccles. 1. 1. p. 406), et le Livre pontifical (t. i. p. 18), la première mémoire élevée sur les restes du prince des ap6(res serait due à S. Ânadet. Quoi qu'il en soit, il ^ pleinement démontré du moins qu'elle exista dès le deuxième siècle (Borgia. De Yatic, confeu- J^- Pétri, p. xxxvii). Les premières notions posiliws que nous possédions à cet égard nous ont ké transmises par notre S. Grégoire de Tours qui avait visité la confession de S. Pierre, et encore la description qu'il en donne (De gloria martyr, i. -^) et que nous ne faisons, pour ainsi dire, que reproduire, n'a-t-elle pour objet que la confession supérieure.
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Le tombeau du prince des apôtres, mémoire on cwfaùon iM*opreinent dite, était placé sous un autel orné de quatre colonnes d^argent, qui supportaient un âhcnma (V. ce mot). Cet autel était entoaré d*une grille, qui s'ouvrait pour ceux qui y albient prier. Us se plaçaient à une petite fenêtre pratiquée au-dessus du tombeau, et nommée juguiwR, et là demandaient les faveurs dont ils avaient besoin. Us faisaient ensuite descendre un linge, foUiotum, qui auparavant avait été pesé dans une balance. Ensuite Us jeûnaient et priaient jusqu'à ce qu*ils connussent qu'ils étaient exaucés, et ils le connaissaient au poids que le pai/to/tim avait acquis dans son séjour sur la sainte reUque (Y. Fart» FennieUa eanfeênoniê).
Telle était au sixième siècle la disposition de la cmftMtion de S. Pierre, et telles étaient les pratiques de dévotion qui y avaient lieu. Plus tard elle reçut des embellissements et des décorations d'une grande magnificence ; mais notre tâche ne va pas jasque-là. On trouvera dans l'ouvrage de Borgia tous les détails désirables sur les travaux qui y furent exécutés dans les siècles suivants, principalement au temps de Chariemagiie, c'est-à-<lire sous les pontificats d'Hadrien 1*' et de Léon 111.