‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 89 sur 281 · COLL · texte numérisé non relu

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foûte de Saint-Vital à Rafenne (cinquième siècle) (Ciampini. Fef. mon. ii. 65), il s'en trouve quelques-uns qui ont les ailes rouges. On pense que ce soDt les séraphins, dont le nom teraph signifie pléoilude d*amour (Dionys. Areop. De cœleêt. hitmtk. c. tu). C'est aussi le symbole de Tamour qu'il faut voir dans les Tètements sacrés, rouges en certaines solennités : i* aux fêtes des martyrs, dont le sanglant sacrifice n'est que la consommation de Tamour (Clément. Alexandr. Strom, lib. iTJ ; un décret du pape S. Eulychien interdit d'enserelir les restes des martyrs autrement que dans noe dalmalique ou un colobium rouge (Lupi. D/<teri n) : Vt quicumque fidelium martyrem tepeliret, une dalmatica aut colobto purpureo nuUa ratione tepdirei ; 2* à la Pentecôte, qui e$t la fête deTEspril-Saint, dans lequel se personnifie le divin amour ; 5* à la fête et à la bénédiction du S. Sacrement le rit ambrosien adopte le rouge, parce qu il considère ce mystère comme le chef-d'œuvre de Tamour de Jésus-Christ pour les hommes, tandis que le romain, qui y voit surtout mysterium fidei, se sert du blanc ; 4* à la fête de la Circoncision, Tambrosien, ainsi que le rit lyonnais, si vénérable aussi par son antiquité, emploient le rouge, parce qu'en ce mystère le Sauveur a donné anx hommes les prémices de son sang avec celles de son amour.

Si le rit romain, au contraire, emploie la couleur blanche, ce n*est pas sans un profond mystère. U a en vue d'honorer Marie ; car autrefois on célâ^rait deux messes en ce jour : Tune de la CtrcDjiditon, l'autre de la Sle Vierge, et il en était ainsi du temps de Durand, écrivain liturgiste du treixiéme siècle. Et bien qu'aujourd'hui il n'y en lit plus qu'une, celle de la Circoncision, néau- Jornas , pour nous approprier la pensée de Sandini {Hid. famil. uicr. cap. n. n. 4), Toffice et la messe appartiennent toujours, en partie, à la Sainte Vierge : Nunc quoque feili Circumciôonis officium et miuœ ex parte ad Virginem periind.

Les vêtanents des cardinaux sont rouges à cause de la charité et du souvenir de la passion de Notre-Seigneur dont leur cœur doit être toujours plein. Si les Grecs (Borgia. De cruce Yatic. p. 138. n. B) usent d'ornements rouges dans les solennités funèbres, ainsi que cela se pratiquait anciennement dans quelques Églises des Gaules ; si le pape s'en sert aussi le vendredi saint, c'est sans doute pour marquer que l'amour est la source de la tristesse : la cause se trouve ainsi exprimée au lieu de TefTet. La pensée est de Siméon de Thessaloniqae [Ub, sacram, quasst. 71) lOmamenta,,.. uqtnu jejuniorum tempore assumuntur purpurea^ et quod peceaiores oporteai lugere, et propter occi^ mm pro nobU Jesum Chrûtum.

Ul. — Le vert. Le vert est l'indice de la vie dans le règne végétal. Aussi les langues l'ontelles toujours employé par métaphore, et les arts figuratifs dans un sens symbolique, pour désigner la vie dans son état permanent. Cette couleur est

ARTIQ. CHRÊT.

assignée aux anges, parce que, étant de purs esprits, il y a en eux, selon l'expression de S. Denys l'Aréopagile {De cœlesl, hierarcL c. xv. § 7), fl quelque chose de juvénile et de verdoyant, • juvénile quidpiam et virens. One miniature d'une Bible latine de la Bibliothèque nationale de Paris (Portai. DeM couleun symbolique», p. 492) montre tout un ordre d'anges faisant cortège à Jésus-Christ avec des auréoles de couleur verte. Dante donne aussi des vêtements verts et des ailes vertes aux deux anges envoyés chaque nuit par Marie pour garder la vallée du Purgatoire contre le serpent infernal IPurgat, cant. vin. V. 28).

« VerJi, corne fogliette pur mo nale, Erano in veste, che da verdi penne Percosse traen dietro, e venUlate. »

« Vertes comme les petites feuilles nouvellement nées étaient leurs robes, qui, agitées par les plumes vertes de leurs ailes, flottaient par derrière et jouaient au vent. >

La couleur verte est employée pour signifier la vie de la grâce dont vivent les justes, de même que, par la raison des contraires, la couleur du feuillage sec est appliquée aux méchants (Ezech. XI. 47. — Apoc. IX. 4). Les artistes anciens et ceux du moyen âge ont très-souvent peint les Saints avec des robes vertes : c'est ce que Portai observe en particulier pour S. Jean TÉvangéliste (op.laud. p. 210). La Ste Vierge a été quelquefois aussi peinte avec des vêtements de cette couleur (Id. ibid.), pour indiquer soit la vie de la grâce qui ne s'éteignit jamais en elle, soit le privilège qui Taffranchit de la corruption du tombeau. Notre- Seigneur lui-même s'est servi du symbole de la couleur verte pour signifier la vie essentielle de la sainteté et de la justice : Si in viridi ligno hœc faciunty in arido quid fiet? (Luc. xxni. 51), t si l'on traite de la sorte le bois vert, que sera-t-il du bois sec? > Et les artistes lui ont quelquefois donné des vêtements verts, voulant indiquer qu'il est la vie par essence. Quelques plantes, qui demeurent toujours vertes, et particulièrement des branches de laurier, ont été quelquefois placées dans les urnes sépulcrales, sous le corps du défunt, non point dans l'intention de lui donner Tincomiptibilité, mais pour signifier, comme dit Durand (De rit. eccles. 1. vu. c. 25), « que ceux qui meurent dans le Christ ne cessent pas de reverdir, > qui moriuntur in Christo, virere non desinunt. Plusieurs verres peints (Buonar. tav. vu) et autres monuments font voir des arbres dans le sujet si fréquent de la résurrection de Lazare.

Le cyprès, étant toujours vert dans son feuillage et incorruptible dans sa partie ligneuse, a été souvent employé dans les monuments pour signifier tout ce qui est durable et immortel, entre autres Pâme et la résurrection des corps (Âringhi. n. p. 652). Le vert a toujours été le symbole de l'espérance, et Dante n'est que l'organe de l'antiquité quand il dit (Purgat. cant. xzix. vers. i2i),

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en personnifiant cette vertu, que ses chairs et ses os ressemblaient à l'émeraude.

L'altr era corne se le carni e l'ossa Fossero state di smeraldo fatle.

L^Ëglise romaine a adopté le vert pour les vêlements sacrés de ses ministres aux dimanches entre rËpiphanie et la Septuagésime, et depuis le troisième après la Pentecôte jusqu'à TA vent, parce que, de toute antiquité, ces dimanches furent consacrés à rappeler surtout les deux grands événements auxquels se rattache la vie du monde : à Tun la vie naturelle par la création qui commença en ce jour, à Tautre la vie de la grâce par la résurrection du Fils de Dieu qui eut lieu aussi à pareil jour.

La vénérable liturgie ambrosienne prescrit que le voile dont on recouvre les autels après la célé> bration des saints mystères, soit de couleur verte. On donne de ce respectueux usage deux raisons différentes : il fait allusion, ou à la vie de Jésus- Christ qui se perpétue dans la sainte eucharistie, ou à celle dont jouissent dans le ciel les martyrs dont les reliques reposent dans la pierre consacrée de Fautel. C'est sans doute pour des raisons analogues que, dans le même rit, la pierre sacrée est revêtue d'une toile cirée coloriée en vert.

IV. — Le violet. Mélange de rouge et de noir, le violet a été adopté dans l Église comme symbole de la pénitence, qui se compose d^un acte de douleur pour ce que nous souffrons (car le symbole de la douleur est le noir), et d'un acte d'amour dans le motif qui nous détermine à vouloir soufTrir (le symbole de Tamour est le rouge).

La vie de Jésus-Christ sur la terre n*ayant été qu'une longue pénitence, une respectable tradition, ainsi que quelques reliques qui se vénèrent en plusieurs lieux, tendent à prouver qu'il portait des vêtements violets. Les monuments anciens, entre autres la mosaïque de Saint-Michel de Ravenne (Ciampini. Vet, mon. n. p. 65. tav. xviii) el celle de Saint-Ambroise de Milan (Ferrari. Monum. délia basil. de S. Ambrogio, p. 156), le représentent avec des vêtements ou des attributs de cette couleur. Par la même raison, le violet a été quelquefois attribué à Marie, la mère de douleur, à Jean-Baptiste, le prédicateur du baptême de pénitence (Ciamp. Vet. mon, i. tav. lxx), et aux anges quand ils sont représentés comme envoyés de Dieu pour rappeler les hommes à la pénitence, ou dans l'attitude d'une respectueuse compassion autour du Verbe incarné, l'homme des douleurs. De respectables traditions nous apprennent que les premiers chrétiens s'habillaient d'étoffes violettes, en signe de pénitence; et on «ait que les ecclésiastiques portèrent des habits violets dès la plus haute antiquité (V. Amico caiiolico. guigno 4846. p. 408) ; les abbés de l'ordre de Saint-Benoit portèrent cette couleur jusqu à l'époque assez récente où ils adoptèrent le noir. Le voile des vierges dans l'antiquité était violet. Nous en avons pour témoin

S. Jérôme, qui, dans une de ses lettres à Euslochius (0pp. edit. Veron. 1. 1. p. 06), parle deœs voiles violets appelés maforle, qui flottaient sur les épaules : et super humeroê hyacinihina lama maforte volUans,

On teignait en violet les membranes à écrire dès le temps du même Père (Ad Eudoch. ep. xxu), et cet usage s'est maintenu dans les siècles suivants pour les évangiliaires, rituels et autres li\Tes liturgiques (Mabillon. Sœc. iv. Benedict, pars i). L'Église, qui dans tous ses rites parle aux yeui pour arriver au cœur, prescrit l'usage du violel pour ses ornements sacrés dans les temps consacrés par elle à la pénitence

COUROIWE. — Dans le style des saintes Écritures, dans celui des écrivains des premiers siècles, aussi bien que dans le langage ûguré des monuments primitifs, la couronne est un emblème de victoire et de récompense. Le point de départ de cetle doctrine est ce passage de V Apocalypse (n. 10) : Esto fidelis usque ad mortem, et dabo tibi coronam vitœ^ « sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. »

i" Le plus souvent la couronne désigne le martyre : c'est le langage habituel des actes et des martyrologes. Les actes de S. Polycarpe, monument si vénéré de l'antiquité, disent qu'il fut couroné de la couronnne incorruptible ; el ceux de S. Genès : Martyrii coronam capitis obtruncaiione promenât, « il gagna la couronne du martyre [}ar la décapitation. » S. Cyprien appelle constamment les martyrs coronandos^ coronœ pi'osàxm, coronatos. S. Gaudence de Bi*escia ( Serm. in il mart.) nous représente les quarante martyrs contemplant, pendant leur supplice, la cottronne qui brillait pour eux au ciel, et ajoute que l'un d'eux, manquant de courage, perdit la vie (étemelle) ei avec elle la couronne. Couronne et martyre étaient synonymes dans la primitive Église : si bien que Prudence, composant des poèmes sur les martyrs, les intitule Ilcpi aTt^avuv, De coroniSj et que ie pape Honorius 1*' donne le nom des Quatre-Couronnés à l'église qu'il élève à la gloire de quatre martyrs.

De là vient que nos pères ornaient de couronnes, d'abord la croix, cet étendard de la tictoire du chef divin de tous les martyrs (Paulin, ep. nu. Ad Sever.) :

Grucem corona lucido cingit globo ;

et que, voulant aussi désigner symboliquement le triomphe remporté par les héros chrétiens, ils suspendaient ou simplement représentaient sur leurs tombeaux des couronnes de laurier, de palmes, de fleurs ou de métaux précieux.

Il faut dire néanmoins que cet usage n'est pas tout à fait primitif dans le christianisme. Il ne fut adopté par nos pères que lorsqu'il ne put plus être regardé comme une imitation des supersti*

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tioQS idolâtnques. Auparavant les Pères, entre aotres S. Jostin et Tertullien, le réprouvent comme indigne d*an chrétien ; nous aimons surtout à dter ce curieux passage du dialogue de Wmàas Félix (pag. 347. edit. Ouzel. Lugd. Batav. 1672),oùÛcta¥ius répond àCectlius qui reprochait va fidèles cette abstention comme un crime : I Si nous ne couronnons pas .notre tête de fleurs, excoseHious, notre odorat n*est point dans nos cheveux; nous ne mettons pas de couronnes sur les morts, et nous avons lieu de nous étonner du reproche que vous nous en faites. A quoi leur serviraient les fleurs, s'ils n*ont point de sentiment ; et, s'ils en ont, pourquoi les livrez-vous aux flammes? Et d'ailleurs, qu*ils soient heureux ou malheureux, les fleurs leur sont également inutiles. Nos funérailles se font avec la nième simplicité qni nous a distingués durant la vie. Nous ne couronnons pas les morts de fleurs qui sont bientôt fanées, mais nous attendons de Dieu même une couronne incorruptible. » La simplicité des tombeaux chrétiens du premier âge est tout à fait en hannonie avec cette doctrine, qui ne devait se modifier qu*à la faveur de la paix. Alors seulement la piété pour les morts, et surtout pour les Tfêtes des martyrs, devait prendre un libre essor et se manifester par l'emploi des décorations triomphales qui font Tobjet de cet article.

â* On voit qudquefois, particulièrement dans les vieilles mosaïques, une main, qui est Thiérogltphe de Dieu le Père (Y. Part. Dieu), déposer ou tenir suspendue une couronne sur la tète d'un martyr, sur celle de Ste Euphémie par exemple (Qampini. Yei. mon^ n. tab. xxxv), ou sur celle

de Sie Agnès (Id. u. xxxn). Telle est aussi la fresque de Sainl-^ontien (Bottari. tav. xlv) qui représente Dieu oomonnant de fleurs S. Abdon et S. Sennen (V. la fig;iire de Tart. Abdon el Sennen) ; tels en-

core ces nombreux fonds de coupe où Notre- Seigneur dépose de chaque main une couronne sur la tète de deux Saints, de S. Pierre et de S. Paul par exemple, de S. Paul et de S. Timothée (V. Buonarr. passim. — Guarrucci. Vetri con figture in oro. tav. xxni et panim). Quelques monnaies byzantines, celles d'Arcadius par exemple, d'Euxodie, de Pulchérie et d'JElia Zénonide, font aussi voir une main tenant une couronne au-dessus du buste impérial.

Doit- on reconnaître un emblème analogue sur une pierre tumulaire (Aringhi. ii. 678) où un poisson porte à la bouche une couronne ? N'est-ce point Jésus-Christ, le divin poisson, qui présente la couronne au martyr enseveli sous cette pierre? M. Perret (m. pi. xxnr) donne après d'Agincourl une fresque flgurant le couronnement d'une martyre par deux personnages qui, selon toute probabilité, ne sont autres que Dieu le Père et Dieu le Fils. Dans ce dernier cas néanmoins, ces deux personnages pourraient représenter les saints qui avaient précédé la martyre dans le ciel. On observe aussi sur un médaillon de p1omb> publié par le P. Lupi [Diêêert. elett. 1. 197), un bras plaçant une couronne sur la tête d'une femme qui est le symbole de rame de S. Laurent s'échappant de son corps représenté expirant sur le gril (Y. cette figure à l'art. Ame). Quelquefois le buste même du martyr ou du fidèle est renfermé dans une couronne (V. Aringhi. n. 678) ; le buste d'un guerrier ainsi couronné (Id. p. 241) est, en outre, environné de deux Victoires ailées, et de deux jeunes gens dans des quadriges, portant aussi des couronnes et des palmes. On ne saurait exprimer plus énergiquement le triomphe d'un martyr. C'est quelquefois l'épilaphe qui est tracée au centre d'une couronne. Tel est le iittdtu d'une vierge nommée Victoria (Perret, v. pi. lx. 18); et ici la couronne pouvait renfermer une double allusion à son nom et à sa mort généreuse.

Ces emblèmes de victoire sont variés à l'infini. Ainsi la voûte d*une crypte du cimetière de Priscille (Bottari. tav. clxxiv) présente quatre couronnes au centre desquelles se trouve une colombe ayant à son bec une branche d'olivier : c^est l'union du symbole de la victoire avec celui de la paix qui en est le fruit ultérieur. 11 y a parfois une seule couronne, placée entre deux martyrs, S. Pierre et S. Paul par exemple (Buon. x. segg.), et, dans un fond de coupe fort curieux (Id. xvi. 1), les deux apôtres semblent s'entretenir de la couronne qui les attend, car ils fixent leurs regards sur celle qui est suspendue au milieu d'eux, selon le conseil que S. Paul donnait aux chrétiens d'avoir toujours, pour s'encourager dans les épreuves, les yeux dirigés vers la couronne immortelle (2 Tim. IV. 8 eipamm).

On rencontre de temps en temps la couronne accompagnée de la palme, comme sur les tombes deSabbatius (Buonar. Vetri. 167), d'Anlonia (Lupi. EpiL Sev.) d'Eucarpia (Perret, iv. 18); ou encore de la croix, et alors, selon S. Paulin (Ep. xxxn. Ad

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Sever.), Tunion de ces deux symboles exprime collectivement le mérite et la rÀ^mpense :

Sanctoram labor et merces sibi rite cohérent, Ardoa crui, pretiumque crucis sablime corona.

c Le labeur des Saints et leur récompense sont étroitement unis: la rude croix, et la couronne, prix sublime de la croix (constamment portée). >

Le même tombeau est parfois décoré de plusieurs couronnes, ce qui exprime les mérites divers acquis parle martyr, et semble la traduction figurée de ce curieux passage de S. Eucher au sujet des martyrs de Lyon (Homil. De S. Blandina) : Cruciaabus afflicti, suppliciit explorait^ sœvi» ignibut decodi, quarUas tusceperuni in corpore pœnat, ianta» in spiritu perceperunt coronas, « affligés par les tourments, éprouvés par les supplices, grillés par des feux cruels, autant ils ont supporté de peines dans leurs corps, autant ils ont reçu de couronnes dans leur Ame. > C'est ainsi que Ste Agnès est représentée dans un verre doré (Buonar. xvm. 3. — V. la figure à l'art. Agnès [Ste], p. 32), avec deux colombes qui lui offrent chacune une couronne, celle de la virginité et celle du martyre ; c'est ce qu'exprime Prudence dans de beaux vers (Peristeph. xiv. 7) que nous avons cités ailleurs.

3* On donnait aussi le nom de couronnes à certaines lampes qui en présentaient la forme et qu'on suspendait près des tombeaux des martyrs (Aringhi. n. 676). Telle était celle que Constantin avait placée devant le corps de S. Pierre (Anastas. In Sylvestr,), telles encore celles que l'on distingue au centre des arcs des basiliques, peintes en miniature dans le ménologe de Basile, et en particulier devant l'image de S. Vincent (MenoL Basil, xm jan.). Les anciennes mosaïques, entre autres celle de Saint -Apollinaire de Ravenne (Ciamp. Yet, mon. n. tab. xxiv), font voir des couronnes ou lampes de celte sorte suspendues sur la tète des Saints, placés eux-mêmes dans des

niches.

4* Il existe une classe de représentations à part, que les antiquaires appellent ohlations, et qui se voient dans une foule de mosaïques de la plus ancienne époque. Ce sont des martyrs, des apôtres ou d'autres personnages, qui portent dans le pan de leur manteau des couronnes d'or qu'ils offrent à TAgneau, ou au Rédempteur sous sa forme humaine, ou bien encore à un siège vide qui le représente. C'est ce qu'on peut voir notamment dans les mosaïques de Sainte-Marie in Cosmedin, et de Saint-Jean in Fonte de Ravenne (Ciamp. Yet. mon, n. tab. xxui. 1. p. 234).

5* Malgré tout ce que nous venons de dire, on ne saurait aflirmer que toutes les couronnes, qui se rencontrent en nombre infini sur les monuments funéraires de l'Église primitive ; désignent invariablement le tombeau d'un martyr. Elles sont souvent placées sur les restes de confesseurs et même de simples fidèles : car, même sans l'effusion du sang, la sainteté est une victoire, qui, elle

aussi, a sa couronne dans le ciel (Y. Fart. Confesseurs).

Non parla solo sanguine Omat bealos purpura :

Sunt incruenta, que suos Habent triumphos prœlia.

{Commun de» ju$te» dans le bréviaire.)

Ainsi, nous savons par S. Grégoire de Tours que des couronnes étaient fixées au tombeau de S. Martin (1. I. c. 2), et la Chronique du Mont-Cassin (lib. III. c. 3) mentionne un fait semblable pour le sépulcre de S. Benoit. Aussi, aux yeux des antiquaires les plus sûrs, ces couronnes ne valentelles, comme preuve du martyre, qu'autant qu'elles sont accompagnées d'autres marques incontestables, telles que des linges ou des éponges imprégnés de sang, ou les instruments de supplice, renfermés dans les tombeaux.

Les empereurs chrétiens distribuaient à leurs soldats des coiuronnes de laiurier, ornées du monogramme du Christ (Y. Aringhi. n. 672), pour leur faire comprendre (Baron. Ad ann, 351. n. 1) qu'ils recevaient des couronnes, non pas d'Apollon, comme le supposait l'ancienne superstition, mais de Jésus-Christ, seul dispensateur de la victoire. Presque partout dans nos monuments antiques le monogramme ^ est renfermé dans une couronne, et ici les citations seraient superflues.

COURONNEMENT D'£PINËS. — V. l'art.

Passion^ II, 2.

COUTEAU EUCHARISTIQUE.— Y. lart.

Lance*

CROIX. — I. — Les antiquaires distinguent trois principales formes de croix (Y. Bosio. De cmce tnwnphante) :

i* La croix qu'ils appellent decussata, en forme de X, et vulgairement connue sous le nom de croix de S. André, parce que la tradition rapporte que telle aurait été celle où fut crucifié cet apôtre (Sandini. Hist. apostolic. p. 130).

2* La croix dite commissa, ou patibulata (Gallonius. De martyr, cruciat. — Lips. et Gretzer. De crucé), imitant la lettre T, qui, chez les gentils, était un symbole de vie, de félicité, de salut. Ce motif a pu contribuer à faire adopter cette forme dans quelques monuments antiques ; mais la principale raison de cette préférence, c'est que» d'après une tradition fort accréditée, la croix du Sauvair aurait été une croix en T, et qu'en effet les écrivains anciens la désignent fréquemment sous le nom de tau (Paulin. Epist. xxiv. 23. et Nat. IIS Rosweid.). Des reliquaires du sixième siècle, du trésor de Monza (V. Mozzoni. Tav. cran. tu. 79), sont ornés de crucifix émaillés dont la croix est en T* La croix d'un christ dérisoire, tracé par la main d'un païen sur une muraille du palais des Césars au Palatin, et récemment découvert, affecte aussi cette forme, et ime petite ixiguette est plan*

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tée aa milieu de la trayerse pour soutenir le iUre (Y. Fart. Crucifix^ et la figure de Tart. Calomnie). Ce singulier monument, qui date, pense-t-on, du troisième siècle, confirme jusqu*à un certain point h tradition dont nous venons de parler. On trouve des croix de cette espèce tracées sur des tombeaux antiques, et quelquefois le T est accosté de Ta et de r». On voit quelquefois la croix eu T employée comme symbole au milieu du nom d*un défunt dans les inscriptions sépulcrales, comme on y rencontre aussi le ^. Ainsi en est-il sur un marbre du troisième siècle trouTé naguère au cimetière de Gailiste : nETRB (De' Rossi. BuUeU 1863. p. 35).

Nous ne saurions pourtant dissimuler que, adop* tant en cela le langage figuré des anciens, et des Égyptiens en particulier, les premiers chrétiens niaient pu quelquefois employer le T sur les sépulcres comme le signe hiéroglyphique de la vie future. On sait que ce signe était fixé sur la penula de S. Antoine, qui florissait déjà avant la conversion de Constantin. Or S. Antoine était Égyptien. Cet emprunt est d'autant plus certain que, dans d''antiques églises et sur des inscriptions sépulcrales chrétiennes observées en Egypte, on trouve des croix surmontées d^une espèce d'anneau qui leur donne une ressemblance parfaite avec la croix ansée des divinités égyptiennes et des textes hiéroglyphiques (Y. Letronne. Matériaux pour Vhist, du (kriMiionisme en Egypte^ en Nubie et en Aby$sinie. p. 92). Le même fait a été observé par GhampoliioD sur plusieurs points de TÉgypte et de la Nubie, et notamment dans les grottes de Béni-Hassan, et par Cb. Lenormant sur les inscriptions qu'il avait copiées dans la chapelle que les premiers chrétiens avaient formée d*une portion du pronaot d'un temple païen à Philœ (Y. Greppo, De la figure de la croix tur le» monum. païens^ p. ^27).

5* La croix dite tmmtMa, |, qui est la forme vulgaire, la seule qui ait prévalu jusqu'à nos jours dans les pratiques de l'art et du culte.

L'opinion la plus commune est que l'instrument de notre rédemption fut une croix immiMu, et cette opinion s'appuie sur le témoignage d'un grand nombre de Pères. S. Irénée décrit ainsi la croix (1. n. c. 24) : Uabitus, fines, et iummitatet habet <pànque; dûaê in longitudine, duas in latiiudine, wam m mecffo. S. Augustin (Enarrat, inpMalm, ciu) est plus explicite encore : Erai latitudo, in qua porrectœ $unt manus : longitudo a terra surgenSj in qua erat corpui infixum; altitudo ab illo divexo ligno tunum quod eminet^ « il y avait la largeur, sur laquelle les mains étaient étendues; la longueur s'élevant de terre, où le corps était fixé ; la hauteur qui domine au sommet de ce bois croisé. • Nonnus dit (Ap. Lips.) que le Christ mourut in ligno tpadrilaiero, ti; ^opu TirpairXtupov. On trouvera dans Gretier beaucoup d'autres passages de Pères des deux Ë^ises attestant le même fait.

Dans l'antiquité, la croix, comme instrument de supplice, était généralement basse (Y. 2 Reg, xxi. iO. — Yopisc. In Aurelian, Uitl. aug, t. m. —

Apul. De asin. aur. 1. vi. — Euseb. Hi9t, eccl, v. 20). Cependant, par exception, il y en eut quelquefois d'une grande élévation, par exemple celle de Mardochée (Esther, vi. 7), qui avait cinquante coudées de haut. Suétone atteste aussi que Galba faisait attacher certains criminels à des croix fort élevées. Il n'est donc pas étonnant que quelques Pères aient enseigné que la croix de Notre-Seigneur était plus haute que celle des larrons. C'était une ancienne tradition dont S. Jean Chrysostome est l'un des principaux organes (Homil. v. In cap. i. Epist. 1 . ad Cor.), et à laquelle les artistes anciens se sont constamment conformés. On le peut voir en particulier dans quelques vieilles mosaïques et sur une antique colonne qui se trouve près de la basilique de Saint-Paul hors des murs, et qui, dans les premiers siècles, était destinée à soutenir le cierge pascal (Y. Ciampini. Vet. mon. i. tab. xiv. H). Il faut dire cependant que ce système, s'il était adopté, rendrait un peu inexplicable l'hésitation de Ste Hélène à discerner l'instrument de notre rédemption parmi les trois croix qu'elle découvrit sur le Calvaire.

II. — Dès l'origine de l'Eglise, les chrétiens pro fessèrent pour la croix une profonde vénération, et lui rendirent un véritable culte, cruciê religioêi (Tertull. ApoL xvi). Mal interprété, ce culte fit accuser les disciples de Jé&us-Christ de regarder la croix elle-même comme une divinité qu'ils adoraient, ainsi que les païens adoraient leurs idoles (Minut. Fel. Octav. p. 86. edit. 1672. — Y. l'art. Calomnies, n. II. G). (Y. notre art. spécial Croix [Culte de la]. )

11 est surabondamment démontré que la croix est le véritable signe du Christ^ dont les chrétiens se munissaient dans toutes les circonstances de la vie (V. Tart. Signe de la croix) ^ et qui était employé surtout dans l'administration des sacrements, dans la confirmation en particulier, dont la formule sacramentelle, remontant à la plus haute antiquité, siGHUM CHRisTi in vitoM œlcmam, s'est conservée jusqu'à nos jours (5acram. Gelas, ap. Thomas. 0pp. t. VI. p. 76).

Mais les chrétiens eurent-ils dès les premiers temps des représentations matérielles de la croix, ou bien à quelle époque commencèrent-ils à s'en faire des images peintes ou sculptées? Yoilà une double question à laquelle il serait difficile de répondre avec quelque précision.

Il faudrait, selon nous, distinguer entre les objets portatifs et les monuments proprement dits. Quant aux premiers, peu volumineux de leur nature, faciles à soustraire aux recherches et aux profanations des païens, tels que reliquaires, bijoux, lampes, etc., il nous parait difficile de supposer que les fidèles se soient abstenus d'y retracer la figure de la croix, si chère à leurs cœurs, si vulgaire dans les rites du culte public, comme dans les pratiques de la piété privée. Mamachi (ni. 47) affirme, malheureusement sans donner ses preuves, que, du temps de Sept ime -Sévère, de riches chrétiens portaient déjà des anneaux ornés

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du monogramme du Christ et de la croix; il existe des pierres annulaires antiques où la croix est gravée (V. Perret, iv. pi. xvi. 74), et le style de plusieurs semble les faire remonter bien avant Constantin.

Nous savons, par les actes du second concile de Nicée (Act. iv], ainsi que par le témoignage de Nicéphore (1. vu. c. 15), que le martyr Procope, qui a soufTerl sous Dioclélien, se fit faire par un orrévre de Scylhopolis une croix moitié or et argent, qu'il portait suspendue à son cou. On cite un fait analogue du soldat chrétien Oreste, qui vivait sous le même empereur (Âct. ap, Surium. xm dec).

S'il s'agit des monuments publics, voici Je résultat des observations de M. le chevalier de' Rossi {De lit. Carthags), l'homme le mieux placé pour être bien renseigné sur cette question. Aucun monument daté ne présente, avant le cinquième siècle, la croix immissa^ *{*, non plus que celle que Ton appelle grecque ou équilatérale, -h. Un seul exemple de la croix en tau, et rapporté par Boldetti, se rencontre sous la date, marquée par les consuls, de 370. L*antiquaire romain a trouvé cependant des monuments qui, bien qu'ils ne portent pas de date explicite, peuvent ^tre reconnus par certains indices topographiques et autres pour appartenir au deuxième ou au troisième siècle, et qui sont ornés de la croix f (V. Roma loti. 1. 1. p. 545 et alibi).

Sur les sépultures spécialement, la croix nue ne paraît pas avant le milieu du même siècle^: celles qui s'observent si fréquemment dans les catacombes avaient été, toujours d'après le savant antiquaire romain, tracées dans des temps reliitivement modernes par la main plus pieuse qu'intelligente des pèlerins qui allaient en ces lieux sacrés vénérer les tombeaux des martyrs. Cependant les catacombes n'ont pas encore dit leur dernier mot à cet égard, et le cimetière de Saint-Calliste en particulier semble réserver à son illustre explorateur des données propres à modifier son opinion. C'est là tout ce que d'amicales confidences nous permettent de dire, jusqu'au jour où M. de' Rossi publiera lui-même ses découvertes, qui lui appartiennent par droit de conquête. Que si Ton prend le sigkum christi dans un sens plus large, et qu'on y comprenne les divers monogrammes, qui ne sont que des formes plus ou moins dissimulées delà croix, il faudra remonter jusqu'à Constantin (Y. Tart. Monogramme du Chriii), et souvent les textes anciens désignent le monogramme sous le nom de croix, ce qui peut donner lieu à bien des méprises.

On veiTa à l'article Monogramme du Chri»l par combien de phases la croix passa avant de pouvoir p^HM m se montrer ouvertement. Elle ^ I I revêtit successivement des formes ^^JmJ plus ou moins dissimulées, dont ^^^^^^ celle-ci est probablement l'une des I ^^J plus anciennes. Elle se compose de quatre gammas r croisés, et les antiquaires lui ont donné le nom de croix gammée.

En fixant le cinquième siècle comme Tépoque où la croix proprement dite commença à être d'un usage habituel, l'illustre chevalier de' Rossi a sans doute voulu parler des monuments encore subsistants aujourd'hui; car, si nous ne nous abusons, nous croyons qu'il existe des textes qui en relatent des exemples plus anciens. Ainsi, S. Zenon de Vérone (lib. I. tract. 14. n. 3), qui monta sur le siège de celte ville en 362, atteste avoir placé une croix en forme de tau sur le faite d'une basilique qu'il avait bâtie : in modum tau litlerœ prominens lignum. Dans un dialogue pastoral, Endelechius, poète aquitain de la fin du quatrième siècle, fait dire à un berger chrétien que le moyen le plus siHr de garantir les animaux de la peste, c'est de placer entre leurs cornes la croix du Dieu qui est danê les grandes villes l'objet d'un culte exclusif:

Signum, quod perhibent esse crucis Dei, Magnis qui colitur solus in urbibus.

(Y. Collombet. Hist des lettr. lai. aux quatrième et cinquième siècl. p. 44.) Peut-être faut-il dire que la croix parut plus tôt dans certaines provinces où le christianisme fut plus tôt émancipé qu'à Rome, et M. de' Rossi le fait remarquer pour TAfrique, et pour Carthage en particulier, qui, dés le quatrième siècle, fournit des marbres munis de cet auguste signe (op. laud,).

On a observé, non sans raison, que la croix fait son apparition sur la monnaie publique dès le quatrième siècle, sur les médailles de Yalentinien 1", par exemple, qui mourut en 375, et nous l'avons remarquée nous-même sur des pièces bien antérieures, c'est-à-dire sur des petits bronzes de Constantin frappés à Aquilée et à Trêves (Y. notre Étude archéol. sur V Agneau et le Bon Pasteur. p. 8). Mais c'est, dit-on, la croix ansée égyptienne: de l'Egypte où les chrétiens en adoptèrent de bonne heure la forme, elle se serait répandue dans les villes qui, comme Aquilée, avaient de fréquentes relations avec cette contrée (Y. Cavedoni. Medaglie Constant, con Veffigie délia croce). C'est bien aussi, pensons-nous, une croix proprement dite, et une croix d'or, que le même Constantin fit placer sur le tombeau de S. Pierre au Yatican : Fecit crucem ex auro purissimo pensantem libras cl (Anastas. In Sylvestr. xxxvm. 10). Ne décora-t-il pas encore le plafond de la principale pièce de son palais de Constantinople d'une croix d'or ornée de pierreries? (Euseb. De vit. Const. 1. m. c. 49). Enfin on voit Notre-Seigneur appuyé sur une croix gem< mée dans les sculptures des sarcophages de Probus et de Proba, monument qui doit être un peu antérieur au cinquième siècle, Probus étant mort vers Tan 395) (Y. Rottari. tav. xvi. — Y. la gravure de notre art. Apôtres, p. 53). Deux croix gemmées et fleuries peintes dans une crypte du cimetière de Saint-Pontien (Bottari. tav. xliv-xl>i) passent pour dater du règne de Constantin (Boldetti. 353), ou de l'époque de peu postérieure où Ton transféra en ce lieu les restes des SS Abdon^

Sernien el Pi^cmeirius, qui iTaient MmlTeii scnu

Du temps de S. Paulia de Noie, il y avait déjà dans les églises des couronnes au milieu desquelles de croii étaient peintes (Epùt. ad Sever. m); il en eilile dans les vieilles mosaïques, dans celle de Siint'Vital de Ravenne, par exemple {Vet. numim. n. p. 69) : au sommet de l'arc sont deux anges au vol. tenaot une couronne, au centre de laquelle brille une croix gemmée. D en est de même sur cfrtiiiu diptyques du cinquième siècle (V, Calogera. Raccolta di Opute. tcienlii'. t. il. p. 394). An roiiimencemmt de ce même siècle, on portait déjà la croix dans les processions, témoin In cérémonie de ce genre qui eut lieu à Constantinople en l'honneur de S. Pierre, ïous le pape Jean, qui vinit taMÙ (Anaslns. Bibiioih. In Joan. /.— Y. la pnmre de noire art. PTOce$*iont). Yalenlinien III ri son épouse Licinia Eudoire, un peu avant le milieu du cinquième siècle, parlent la croti sur leur diadème. comme on le voit dans les médailles (Banduri.n p. 556]. C'est, il notre connaissance, le premier exemple qu'on puisse ciler en ce genre (V. la médaille dXudoxie à l'art. iVumûmafifiie. n. III).

Tés le siiiérne siècle, les consuls commencèrent i porter la croix sur leur sceptre : l'un des plus

martyrs, puisque mourut, comme son nultn, surlaeroii.

Les premiers chrétiens voulaient avoir des iin.iges de la croix par (oui :

Non dettilsrunl pingere tomum G (Pnidem. Perùl. bjinn. i.

nm).

t a. lab. IX),

La cnnx sur les iwDbeauz Tut it bonne heure nn allribut du __^^ martyre (que les J J

croii qui a'y 'lOQient tracées l'aient été du temps des perséculioDs, ou après, peu importe). Cela ne signifiai! pas que tous les Saints auxquels on décernait cet honwur eussent soufTert le supplice de la croix, mais seulrmenl que tous, quel qu'eût été leur genre de mort, avaient soulTert pour l'amour de la croix el duCruciOé. Ainsi les monuments antiques représentant S. Laurent (Bottari. tav. cxcvm. n. i. — Cumpini. Yet. mon. i. tab. lxvi. fig. 3), el d'autres nuiljTS encore, portant une croix, bien qu'ib eurent trouvé la mort dans un autre supplice. C'est te qu'expriment très-bien ces vers de S. Paulin [Ip. luu. Ad Sever. 7) :

(^' la Sravnre k l'art. Saint Laurent.)

La croix est un des principaux attributs de S. Pifrre, notamment sur les sarcophages (Foggini- Dt Homan. Uin. D. Pétri, p. 178), mais probablemeu dans un sens plus étroit que pour les autres

Runin (Bût eccl. I. n. c. S9) dit que les habitants d'Alexandrie, à la place des images de Sèrapis qu'ils avaient détruites, peignaient le signe de la croix sur les portes, les fenêtres, les murailles, les colonnes de leurs maisons. Julien l'Apostat ayant reproché cette pralique comme un acte d'idolâtrie à S. Cyrille d'Alexandrie, celui-ci lui en expliqua le vèriUble sens {Contr. Julian. 1. ii. p. 196. edit. lips.}. H. Melchior de Vogué a naguère vérifié le fait dans un grand nombre de villes el de villages s'élendant dans un espace de trente à quarante lieues eatre Antiochc, Alep et Apamée. Ces villes, qui probablement furent abandonnées toutes à la fois à l'époque de l'invasion musulmane, portent toutes l'empreinte de la civilisation chrétienne primitive. Le savant archéologue y a retrouvé partout la croix et le monogramme (V. de Vogué, Syrie centrale. Architecture civile et retigieuu du premier au leplième I lièc/e.— Passim.)

Ces croix présentent les formes les plus élégantes. En voici une (pi. 49) qui est ornée de \'x et de l'w, et le disque qui la renferme est encadré par deux feuilles d'acanthe.

Un bas-relief sculpté sur la façade d'une maison d'habitation à Deir Sanbil (de Vogué, op. laud. pi. 48, n. 5) offre un intérêt tout spécial. C'est l'agneau de Dieu dont l'attribution est déterminée d'une manière indubitable par une croix soudée sur son échine. Nous ne connaissons ailleurs rien d'analogue, et c'est aussi le seul exemple de ce genre

qui se trouve dans le bel ouvrage de M. le comte de Vogué sur la Syrie centrale.

CROI — S

On plaçait ce sigae sacré comme une prolwtion sur les navires (Y. Grelier. De entée, c. hit). C'est ce que nous apprenons notamment de S. Paulin (Carm. in redit. aattUe) qui, dans une pièce de poésie qu'il adresseâNicetas, évoque destbces, au moment où il reparlait de l'Ilalie pour sa pairie, lui souhaite une heureuse narigalioD sous les auspices de la croix :

La croix figurait souvent sur des objets domestiques, par exemple sur des poids (Cruler. 232), sur des vases, des meubles, des Tèlements (V. Boldetli. p. 3â5).

III. — Croix ^alionmlet. On appelait ainsi dans l'aitliquité les croix qui te portaient dans les processions dirigées vers l'église oà ayait lieu, à des jours donnés, la célébration des saints mystères, et qui se nommait tUUion (Tertull. I. a Ad uxor.). A Rome, le diacre ou l'autre clerc qui h portait en avant de ta procession s'appelait (froconariuê, comme, dans les armées, le soldat qui portait les enseignes militaires , lesquelles ordinairement araienl la Cgure d'uu dragon. Lorsque Constantin eut substitué ï ce dragon le signe auguste de la vision miraculeuse, le poi te-enseigne ne changea pas de nom, et il est probable que le draeonariiu ecclêsiasiique porlait, dans le principe. Bon pas une croix proprement dite, mais le labai-um constanIinien,qui avait pris un caracJ ère lout chrétien {V. les art. Draconariu» et Stauropkore). Aujourd'hui encore, ce qu'on appelle en Italie gonfalon ressemble tout à Tait au labarum tel quil se voit d«ns les médailles des premiers empereurs chrétiens {V. une pièce de ce genre à l'art. Serpent].

Us enseignes devinrent bientôt de vèriiables croiï, toées au bout d'une hampe, croii gemmées d'abord et ornées de fleurs, comme la première des deui croii peintes dans le baptistère de Ponlien (Bottari. tav. ilit), et que nous donnons ici pour modèle :

la traverse était ordinairement munie de deux flambeaux allumés (/fcid.), circonstance mentionnée par Socrale [Uûl.

eecl. Ti. 8). et audessous de caie même traverse étaient attachées des cbalnelles soutenant, l'une Vk, l'autre l'en (Botlari.

iUd.). Peu après

ces croii furent décorées avec une grande magnificence, comme celle qui passe pour être l'œuvre

de S. Agnellns, évèque de Ravenoe (Qam|nm. fd. mon. a. tab. ut), et qui probablaoent lai est poi-

térieure;elle se compose de vingt médai lions ^e1ll«^ mantles bustes d'autant de personnagesnimbés que l'on croit être la série des évèques de celle ville )iuqu'i l'époque de la confection de cette cra:i. Il » fut de même en Orient. Dans le chœur d'une trèsvieille église byianline, aia mont Ossa, dans l'ail' cien ne Magnésie, existe encore une croii sculpiw, d'un curieux travail, mais qui ne parait pasiotérieure au huitième siècle. K. Uézières, qui l'iviK et décrite, dit que diverses scènes de la pa^sicnj sont représentées.

Enfin, elles »

çoivent l'imam da Sauveur crudfi* (Ciampini- i^ ui]i.xm}etdiieKa scènes de l'Awioi et du Nouveau Testament ciselée oo peintes. Telle «1 encore la fameuse croix de Velletri, illustrée par k cardinal Etienne Borgiaetqueioici.

Quelquefois , 1»

croix slaliooDite étaient ornées de médaillons dem^ tal représentant en bas-relief divers sujets sacréS' Ces médaillons s'appelaient numaita (V.Du Canje.

CROI

CROI

ad h. Mc.); Baonamioti en publie un fort curieux [Yebri. Uy. i. n. i), au centre duquel est le Bon Pasteur, et, tout autour de lui, Adam et Eve, Noé dins l'arche, Jonas dans ses trois principales positions, Daniel dans la fosse aux lions, le sacriCce d'AlNrabam, Samson emportant les portes de Gaza, et Moïse frappant le rocher.

Nous n'avons pas à nous occuper ici des formes nombreuses et variées qui ont été successivement donoées i lacroiz. Ceci est Taffaire du moyen âge. Quelques-unes cependant sont mentionnées à la partie de l'article Numwnatique qui concerne la monnaie byzantine.

Cest une opinion vulgaire que la croix grecque diifère de la latine en ce que la première a ses deux parties égales, c'est-à-dire que la traverse y est placée exactement au milieu de la hampe, tandis que la seconde est plus haute que large. Cette opinion n*a aucun fondement dans les monuments des deux nations, où les deux formes se produisent indifféremment. Les monuments anciens encore subsistants nous autorisent à conclure que la croix appelée latine n'a point été exclue de la construction des églises grecques. Ajoutons que, dans les Constitutions apostoliques (lib. n. cap. 57), où la forme des églises se trouve déierminée, c'est la forme oblongue qui est prescrite, œdet sit oblonga,

CROIX (culte de la). — I. — Quand les païens reprochaient aux chrétiens le culte qu'ils rendaient à la croix, ils ne se méprenaient que sur la nature de ce culte (V. Tart. Calomniée, H, C) ; ils constataient un fait très- réel, mais en le dénaturant. Aussi les dénégations des apologistes (Tertullien. ApologeL xvi. — Hinucius Félix. Octav. ix-xii, etc.) ne portaient que sur les fausses interprétations dont ces hommages étaient l'objet ; ce qu'ils repoussaient, c'était l'idée d'un culte idolâtrique. Le culte rendu à la croix dans TËglise chrétienne n'était point un culte de latrie, comme parlent les théologiens, mais un culte relatif, l'objet matériel ne servant ici qu'à élever les esprits et les cœurs ^ers le divin prototype, qui est Jésus crucifié. De iDéme, à l'accusation de n'avoir pas de temples, accusation emportant avec elle celle d'athéisme (▼. ViTi.Nonu de9 première chrétiens, 2. — Noms injmeuxy k, i«), les Pères ne se donnaient point la peine de répondre; ils acceptaient le grief dans le sens de ceux qui l'articulaient, car il n'y avait pas chez eux de temples voués aux idoles, non plus qu'aux sacrifices sanglants pratiqués chez les Jtufs et les païens. Ils possédaient néanmoins des ^lises et rendaient un culte à la croix; mais la prudence leur interdisait de découvrir aux idoi^res la nature de celui-ci, comme l'existence de celles-là.

Us premières et les plus irrécusables preuves du culte de la croix dans l'antiquité chrétienne nous viennent donc du témoignage indirect et involontaire des ennemis du christianisme. Plus lard, Julien l'Apostat, au rapport de S. Cyrille

d'Alexandrie {Conir. Julian. vi. 0pp. tom. vi. p 494), faisait également un crime aux fidèles d'adorer le bois de la oroix, d'en tracer la figure sur leurs fronts et de la graver aussi à l'entrée de leurs demeures.

IL — Les témoignages directs datent surtout de la pacification de TËglise par Constantin, et notamment de la découverte du bois sacré de la vraie croix par Ste Hélène. Le culte de la croix prit dès lors de tels développements, que les fidèles retraçaient partout ce signe auguste; si bien qu'il devint bientôt nécessaire de porter des lois pour défendre de le représenter en des lieux et des positions peu convenables. Ainsi, une loi de Théodose et de Yalentinien 111 (Cod. Justin, 1. 1. tit. 7) interdit, sous les peines les plus graves, de le peindre, sculpter ou graver sur le pavé des temples. Cette loi fut inspirée par les sentiments de piété de Ste Hélène, qui, après la découverte du titre de la croix, prit toutes les précautions imaginables pour ne point feuler aux pieds la terre où l'on sup< posait que 1 instrument de notre salut était enfoui (Ambros. De obituTheodos, sen.)^ metuebal calcare sacramentum saîutis. Le concile in Trulio, tenu en 691, renouvela celte loi (can. Lxxn) : Crucis figu" ras, quœ a nonnuUis in solo ac pavimento fiunif omnino deleri jubemus, ne incedenttum concul" catione vicloriœ nobis tropœum injuria affidatttr, Eos itaque qui deinceps crucis signum in soh construunt, segregari decernimus, « les figures de la croix, que quelques-uns retracent sur 'le sol ou sur le pavé, nous ordonnons absolument qu'elles soient effacées, de peur que les pieds des passants ne profanent le trophée de notre victoire. Ceux donc qui, à l'avenir, se permettraient de représenter le signe de la croix sur le sol, nous' décrétons qu'ils doivent être séparés (excommuniés). »

Une chose digne de remarque, c*est que les iconoclastes, qui s^élevèrenl avec tant d'ardeur contre le culte des images en général, firent néanmoins une exception en faveur de la croix. Nous la voyons, en effet, briller sur les monnaies des empereurs infectés de cette erreur, par exemple sur celles de Léon l'Isaurien, de Constantin lY Copronyme, de Léon lY, de Nicéphore, de Michel II Balbus, de Théophile (Y. Banduri. Numism. imp, t. u. p. 702. segg.). Les iconoclastes, si l'on en excepte Claude de Turin et les Pauiiniens, livrés aux erreurs du manichéisme, furent si peu ennemis du culte de la croix, que, si l'on en croit Nicéphore (EccL hist, liv. xviii. c. 54), plusieurs le portèrent jusqu'à l'idolâtrie. Cet historien rappelle notamment les sfaurolàtres, soit Chazingarii, secte d'Arméniens dont le nom vient de chazus, croix (Niceph. ibid.), qui avaient coutume d'adorer la croix matérielle sans direction d'intention au Dieu crucifié.

Le deuxième concile de Nicée, réprimant les excès de part et d'autre, fixa, sur ce point important de doctrine, la foi et la pratique catholiques. Nous devons traduire ici, pour nos lecteurs, ce

CROl

CROI

décret vénérable (Act. tii) : t Nous définissons, en toute certitude et diligence, que Ton doit proposer (à la vénération des fidèles), de même que la figure de la précieuse et vivifiante croix, aussi les vénérables et saintes images, soit qu*elles soient figurées par couleur, ou des mosaïques, ou d'autres matières, d*une manière convenable, dans les saintes églises de Dieu, sur les vases et les vêtements sacrés, sur les murailles et les tableaux, dans les maisons et les chemins : à savoir l'image du divin Sauveur et maître Jésus-Christ, celle de notre sainte et immaculée Dame, mère de Dieu; celles des saints anges et de tous les saints, et des hommes vénérables. Plus, en effet, ils se présentent fréquemment à nos yeux par des images sensibles, plus, nous qui les contemplons, nous sommes, portés parla vivacité du souvenir et des exemples de ceux qui nous ont précédés dans la vie, à baiser pieusement leurs images, et à leur rendre une adoration d'honneur, honorariam adoraiio" nem. Non point que nous devions leur rendre un vrai culte de latrie, lequel, selon renseignement de la foi, n'appartient qu'à la seule nature divine... L'honneur rendu à l'image passe au prototype, ad primiiivum transit ; et celui qui adore l'image, adore la personne de celui qui y est dépeint. Ainsi subsiste dans toute sa force la doctrine de nos saints fères, c'est-à-dire la tradition de la sainte Église catholique, qui, d une extrémité à l'autre de la terre, a reçu l'Évangile. > Ce décret fut adopté et renouvelé par le huitième concile général, tenu en 869 (can. ui. act. 10).

m. — Il serait aisé de ressaisir les fils divers des traditions que rappelle le concile de Nicée, et de faire passer sous les yeux du lecteur les témoignages de leurs principaux organes. Mais ce serait un travail infini.

Pour rendre leurs hommages au signe auguste de la rédemption, les premiers chrétiens n'attendirent point que le bois sacré du calvaire fût retrouvé. Bien avant Ste Hélène, ils aimèrent à s'en faire des représentations pour exciter leur piété, images dissimulées d'abord sous diverses formes de monogrammes, puis sans voiles, croix gemmées, croix fleuries, etc. (V. l'art, précédent et Tart. Monogramme du Christ). Des exemples de cette vénération nous sont même fournis, pour les temps de persécution, par les actes des martyrs, notamment par ceux de S. Théodote et des sept vierges. Sur le théâtre même de leur martyre, une croix leur étant apparue à l'Orient, croix magnifique tout entourée de rayons lumineux, « à cette apparition, la joie vint se mêler à leur crainte, et, fléchissant les genoux, ils adorèrent dans la direction ou la croix se faisait voir, • genibtis flexis, adoraverunt versus locum unde crux apparehat.

Les preuves deviennent de plus en plus nombreuses dans les temps postérieurs. Dans son homélie , — quod Christus sit Deus, — S. Chrysostome affirme que partout de son temps l'effigie de la croix était adorée, et employée par les fidèles

comme ornement, comme remède, comme protection : « Les rois, dit-il, déposant leurs diadèmes, prennent la croix, symbole de la mort du Sauveur. Sur la pourpre, la croix ; dans les prières, la croix ; sur les armes, la croix ; sur la table sacrée, la croix; dans tout l'univers, la croix; la croix brille plus que le soleil. » S. Asterius, évèque d'Amasée, faisant l'éloge de Ste Euphémie, enseigne formellement que l'adoration de la croix était prescrite aux chrétiens par une loi : « La Vierge vénérable est assise seule, couverte de vêtements obscurs, les mains étendues vers le ciel, invoquant le Dieu qui nous secourt dans nos maox. Pendant qu'elle prie, un signe apparaît sur sa tête, que, par une prescription légale, les chrétiens adorent et tracent sur leurs personnes, > tigmm quod ex prœscripto legis chrisliani adorant^ H inscrihunt sibi. Les hommages rendus à la croix dans le cinquième siècle nous sont révélés par ces paroles de Théodorel (Serm. vi. contr, Grœc. versus finem) : « Les Grecs et les Romains, et les Darbares, confessent la divinité du crucifié, et vénèrent le signe de la croix. • Des choses semblables se lisent en cent endroits des œuvres de Sedolius, et en particulier dans le V* livre de ses poésies (De salutif. crucis quadripariita posilione). Soient, par exemple, ces deux vers :

Neve quis ignoret speciem crucis esse colendam. Quse Dominum portavit ovans ratione potenli.

f Que nul n*ignore que l'image de la crois doit être adorée, — laquelle porta le Seigneur, triomphante d'un si précieux fardeau. »

(Sur le culte de la croix, on peut voir Gretxer, De cruce ; et Venuti, De inventione et cuUu verœ crucis D. N,J.C.t adcalcem dissert, de ceocb oob-

TONEHSI.)

IV. — Cette ferveur religieuse s'accrut beaucoup, dés qu'elle eut la possibilité de s'adresser, non plus seulement à des représentations, mais au bois lui-même qui avait été arrosé et sanctiûé par le sang adorable du Sauveur.

!• A l'article Pèlerinages, nous parlerons avec quelque détail de l'empressement des fidèles de toutes les contrées de l'univers à visiter les saints lieux et à vénérer les reliques augustes qu^ils renfermaient. Rappelons ici l'exemple de Ste HéléDe et de Ste Paule, lesquelles, au témoignage de S. Ambroise et de S. Jérôme, furent les premières à adorer le bois sacré de la croix. Le saint évoque de Milan, après avoir raconté les détails de l'invention de ce bois sacré (Orat. de ohitu Théodos. sen.), ajoute ces paroles ; « Hélène trouva donc le titre (de la croix) et adora le Roi, non point le bois, ce qui est l'erreur des gentils et la vanité des impies ; mais elle adora celui qui fut suspendu sur ce bois, dont le nom était écrit sur ce titre, celui-là, dis-je, qui cria comme le scarabée, pour remettre les péchés de ses persécuteurs, » Invenit ergo tHulum (Helena), lùgem adorant, non lignum utique : quia hic gentUis est errofi ^ vanitas impiorum; sedadoravit illum quipependii

CROI

CROI

in ligno^ teriphu in tUulOy illum, inquam, gui nnd tcarabetu elamavity ut persecutoribus gui* j^cala danaret,

Uaos son épitre à Eustochius {Episi. crin. part. II. t. 0pp. p. 697. Yenet. 1766), S. Jérôme décrit le pèlerinage qae ût aux lieux saints Paula, mère de cette ?ierge; il insiste d'une manière toute spéciale snr Tadoration qu'elle rendit à la croix où s'accomplit notre rédemption, ainsi qu'aux autres reliques de la passion du l^'auveur : « Elle parcou* rat tous ces lieux avec tant d'ardeur et de zèle, que si elle n'eût dû se hâter Ters les derniers, die n'eût pu se détacher des premiers. Prosternée deTant la croix, elle l'adorait, comme si elle y eût TU le Seigneur suspendu. Ayant pénétré dans le sépulcre, elle baisait la pierre de la résurrection, que l'ange avait enlevée de l'entrée du monument. Et le lieu même où avait reposé le corps du Seigneur» elle y attachnit sa bouche pieuse, comme celui qui a soif approche sa bouclie de l'eau désirée. » cuncta loca tanio ardore ac iiuiio drcuivit, ut nisi ad reliqua festinaret, a primU non potset abduci. Prosirataque ante crucent, quasi pendeniem Dominum cemeret^ adorabai, Ingressa sepulcrum^ resurrectionis osculahaiur lapidem, quem ab OMtio monumenti amoverat angélus. Et ipsum corporis locum, in quo Dominus jacuerat, quasi sitiens desideratas aquas, fideli ore lambebat.

On pourrait citer en entier l'homélie de S. Ghrysostome De cruce et latrone, où se remarquent surtout ces paroles : « La croix autrefois était le nom de la condamnation et du supplice ; aujourd'hui die est une chose vénérable et désirable. Li croix auparavant était un objet de déshonneur et de peine ; maintenant elle est une occasion de gloire et d'honneur . > A son tour, S. Léon (Serm. Tui. De Passione Domini. c. 4) appelle la croix • le signe du salut que doivent adorer tous les royaumes de la terre >. Le passage suivant du diacre Rusticus (Dialog. contr. Acephalos) est encore plus formel, s'il est possible : « Les clous avec ksquds le Christ fut crucifié et le bois de la vénérable croix, l'Église universelle, par le monde entier, les adop^ sans aucune contradiction... Et nous AD0RO.1 stous la croix, et par elle celui de qui est la croix, » clavos quibus cruxifixus est Christus d lignum venerabilis cruciSj omnis per totum mun.dwn Ecclesia ahsque ulla contradictione adorai... Et adoramus amnes crucem, et per ipsam illtan cujus est crux.

A ces témoignages de la piété privée nous ajouterons seulement trois vers du poème intitulé : De Passione Domini Mostri iesu Christi, que plusieurs critiques ont attribué à Lactance, qui fut contemporain du fait de la découverte de la croix-, mais l'ouvrage, ne fût-il pas du célèbre apologiste, porte, du consentement de tous, les caractères de la plus haute et la plus incontestable antiquité. Dans tous les cas, il s'agit ici, non point de l'image de la croix, mais du bois sacré du calvaire:

Flecte genu, lignumqae crncis venerabile adora FlebJlis, innocuo terramque cruore madeutem Ore petens humilî, Ucrimis sufTunde subortis.

« Fléchis le genou, et adore avec componction le bois vénérable de la croix, et l'inclinant d'un visage humiUé vers la terre moite d'un sang innocent, arrose-la de larmes abondantes. >

2* Mais c'est surtout dans la liturgie que nous devons chercher les plus éclatantes manifestations du culte de l'Ëglise pour le bois sacré de la croix.

C'est un fait historiquement établi que, aussitôt après sa découverte, l'Église de Jérusalem consacra à l'adoration de la vraie croix le jour de Parasceve, soit le vendredi de la semaine sainte, jour où, de toute antiquité, l'Église universelle avait déjà proposé aux fidèles la contemplation des mystères douloureux de notre Sauveur. Constantin le Grand (V. Sozomen. Hist. eccl. t. i. c. 8) avait même ordonné que, en mémoire de la salutaire passion du Seigneur, tous les vendredis de l'année fussent honorés comme les dimanches ; mais cette disposition légale dura peu, car il n'est fait aucune mention de son observance dans les historiens. Nous savons, au contraire, que S. Auxentins, abbé d'un monastère près de Constantinople, lequel vivait vers le milieu du cinquième siècle (Ad. SS. Bolland. xiv febr.), s'efforça vainement d'amener les fidèles à sanctifier ce jour par l'abstention de l'exercice de la justice et des affaires. 11 obtint simplement, et cette pratique s'est maintenue dans les pays catholiques, que, non-seuloment le vendredi saint, mais tous les vendredis de l'année, fussent regardés comme voués au culte de la croix et à la méditation des souffrances de l'horome-Dieu, mais sans obligation de chômage.

Quant à la solennité du vendredi saint à Jérusalem, laquelle consistait surtout dans l'exposition de la vraie croix aux yeux des fidèles, elle est attestée, entre autres témoignages, par un trèsremarquable passage de S. Paulin (Epist. xxxi. alias. XI. ad. Sever.), où sont décrits les rites qui s'observaient pour l'adoration de la croix, en ce jour qu'il appelle Pascha crucis. Un autre jour dut lui être ajouté plus tard (le texte cité le suppose évidemment), afin que l'on pût donner satisfaction à la dévotion des fidèles qui se rendaient de toutes parts aux lieux saints pour vénérer l'instrument de notre salut. S. Grégoire de Tours, qui mourut en 585, c'est-à-dire 164 ans après S. Paulin, nous apprend que, de son temps, ce jour supplémentaire était le mercredi : Crux dominica^ quœ ab Helena Augusta reperta est Hierosolymis^ ita quarta et sexta feria adorabatur (De glor. MM. t. I. c. 5). 11 est vrai que le langage de ce Père n'est pas assez explicite pour que l'on puisse savoir au juste s'il veut parler de toutes les semaines de l'année ou seulement de la semaine sainte. Bède nous fournit une donnée plus positive (De loc. sanct. c. xx) : il affirme que, lorsque, sous l'enipire d'Héraclius. une notable portion de la vraie croix eut été transférée de Jérusalem à Sainte- Sophie de Constantinople, cetlec érémonie fut répé-

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lée trois fois dans la semaine sainte «i liiTeur des pèlerin», c'est-à-dire le jeudi, le vendredi et le samedi. Adamninus, suqael Bède s emprunté h plupart des matériaux de son livre, donne luimâme, â propos de la description de Sainte- Sophie, de curieui détails sur les rites qui accompt^aienl t'adoralion de la croix dans cette célèbre église [I. m. c- i. De illa ecclnia, in qua crux DonÙTii habetur. Ap. Habillon. Ad. SS. Bmedict. toc, ui. p. 11).

Le ménologe de Basile, au 4 septembre, porie que, après l'invention de la croix par Sle Hélène, l'impéralrice vint avec toute sa cour l'adorer et la baiser. Hais le peuple, avide de s'associer i, ces hommages, et ne le pouvant ii cause de l'immense adluence qui se succédait autour du boi^ sacré, demanda que le bonheur de le contempler lui fût accordé, et dès qu'il se montra à ses yeux, l'acclamation Kyrie eleiton s'édiappa spontanément de toutes les bouches. Celte ostension de la croii est représentée dans une magnirique miniature du ménologe, dont nous donnons ici un croquis fidèle, d'après l'édition du cardinal Albani (I" part., p. 37). Du haut de l'ambon, le patriarche, entouré de ses ministres, expose le bois sacré à l'adoration du peuple.

Cet usage per-

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peu i peu chez les Grecs l'usage de radonlion de la croix le vendredi saint. Car il n'en est plut fait mention désormais dans leurs livret liturgiques. Ils lui ont substitué une autre cérémonie en l'honneur de la sépulture du Sauveur, leo ill»tius en donne la description (Diitert. De Domiitie. el hebdom. Crac. Cf..Borgii,i)«cn(ce Vatk. p. 98).

Il n'en est pas de même chei les Syriens, les Coptes et les Arméniens. Les Syriens ont mène, pour cette circonstance, des formules de prières empreintes d'une piété et d'une éloquence vraiment sublimes. Nous en citerons quelques fragments à la (In de cet article.

Quoiqu'il ensoil, c'est donc de l'Eglise orientale que les Latins ont reçu cette discipline d'eiposer, au jour du vendredi saint, le bois sacré de la vraie croix, là aii on en possède des fragments, ou seulement l'image de la croix quand on n'enapas, discipline qui est encore religieusement observé» de nos jours : Qai vero non pomnt habere, dit Alcutfl {De divin, offic, 1. i. c. 14), dt lipo Domini, ealva fide, adorant illam qvain habent Elle remonte certainement chet nous i la plus haute antiquité, car les rites s'en trouvent eiposis l'n exUnio dans le sacramenlaire gélasien, dans l'antiphonaire de S. Grégoire et dans tous les plus andens moDit-

chei les Grecs à pratiquer celte cérémonie le troisième dimanche de carême qui est le deuxième chei les Latms

Dès la mime époque, une autre coutume respeclueuse s'introduisit, au même jour el encore aux calendes d'août : elle consistait à oindre les croix avec du baume avant de les exposer à la vénération des fidèles. Elle se pratiqua aussi dans l'Eglise romaine, le jour de l'ex^illaiion de la sainte croix {Johan.Diac.fleeccfM. Lateian. Ap. Mabilion. Mut. Hal. t. n. p. S72) ; le pape, avec ses cardinaux, se rendait processionnel lem eut de l'oratoire de Saint-Laurent, où les croix précieuses étaient conservées, à la basilique du Sauveur, soit Saint- Jean de Latran. On oignait aussi les images des saints, au lêmoignage du pape Hadrien I {Epitt. ad. Carol. Nagn.Ap. Labbe.Concil. I.viii.p.l571).

C'est pour cela, rense-t-on, que cessa dés lors

(De axtet ofltc I i c 1*). Parmi cellw qM renferme le livre De Dttmu offîcii», ™igairenMiil attribue à Alcuin nous aimons à citer celle-ci [cap. ïïHi. de feria vi, qute eil paraiceve. Edit. Mignc.l. II. col. nos. B).

Le collecteur explique comme il suit la cérémonie, qui ne s'éloigne pas beaucoup de celle qui i lieu aujourd'hui dans l'Église romaine :

• Versl'heure des vêpres, dans toutes les églises presbylérales, ou épiscopales, ou monastiques, une croix est préparée devant l'autel el elle «t soutenue à ses deux extrémités par deux acolytes, recouverte d'un orarium; le pontife vient seul et adore et baise la croix. Ensuite viennent les prêtres et les diacres, et les autres clercs selon leur ordre, et enfin le peuple. Le pontife alors esl assis sur sa chaire, pendant que tout le monde passe. '

( Lorsque nous adorons celle croix, que tool

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notre corps soit prosterné à terre ; et celui que nous adorons, représenlons*]e à notre esprit comme suspendu à la croix, et que notre adoration s'adresse à la vertu qu'elle a reçue de son contact avec le Fils de Dieu. Nous nous prosternons de corps devant la croii, et d'esprit devant le Seigneur ; nous vénérons la croix, par laquelle nous avons été rachetés, et nous prions celui qui nous a rachetés.

c Entre autres salutations à la croix, en voici quelques-unes que nous trouvons dans S. Ghrysostome (Ibid. G) : Croix^ fondement de VÉglhe et protection du monde entier. — Croix, annonàa-- (Km des apôtres, glorification des martyrs, espoir des chrétiens. — Croix, joie des prêtres, chasteté des vierges, abstinence des moines. — Croix, philotophie des empereurs et magnificence des rois, et destruction des impies. — Crotx, médecin des malades, gouvernail des navigateurs, et port de ceux qui sont en danger. — Croix, sagesse des insensés, et liberté des esclaves. — Croix, scandale des Juifs, et pei'ditton des impies. — Croix, destruction des temples et répulsion des idoles ! »

Le ménologe des Grecs (xm septembre) contient celJes-ci : « Salut, croix qui poites la vie, invincible trophée de la foi, porte du paradis, appui des fidèies! 9

Hais rien n^égale en ce genre la touchante magnificence de la liturgie des Syriens, telle qu'elle s'ol^rvait dans l'Église d'Antioche.

Borgia a publié in extenso cette formule en syriaque et en latin à la fin de son traité De cruce Vetieana. Nous allons en donner quelques extraits en faveur de ceux de nos lecteurs qui n'auraient pas la facilité de lire l'original en entier. Yoici le titre :

Orio fui tervatur in adoratione crucis sarct^ et viTiric^, quœ fit feria texta crucifixionU.

t Ordre qui est observé pour radoralion de la crois uinte a vîTifiante, laqueUe a lieu le vendredi de la crucifixion. >

Le prêtre, après l'oraison de none, place un siège en avant de l'autel couvert d'une draperie rouge (Y. Fart. Couleurs, II), et sur lequel il doit y avoir une croix et deux chandelles, l'une à la droite de la croix, l'autre à sa gauche; il allume seulement celle de droite (on pense que le cierge allumé est le symbole de la divinité de Jésus-Christ, et celui qui ne l'est pas représente rhumanité qui succomba. Peut-être doit-on y voir l'image des deux larrons, dont l'un pria le Sauveur crucifié au milieu d'eux, et l'autre l'insulta). Ensuite le prêtre prononce des oraisons, dont la première se rapporte à cette dernière interprétation.

Suivent des répons et des invocations. Puis on

apporte lencens, et, après de nouvelles invoca-

^ioQSi le prêtre saisit la croix et fait trois fois le

tour de Véglise, avec les diacres, et ils disent le

chant suivant sur un ton grave :

< Alléluia, le Fils de Dieu rendit son âme sur ce

bois, et livra son esprit entre les mains de son Père, lui le Seigneur des siècles ; et les sépulcres s'ouvrirent, et les rochers se fendirent, et la terreur saisit toutes les créatures, et avec la lance ils ouvrirent le sein du Gréateur de tous, et de ce sein s'échappèrent du sang et de l'eau, l'expiation du siècle.

fl Sur le bois de la croix, l'Église vit ce soleil de justice qui éclaire le monde. Elle vit ses plaies, et elle fut grandement contrite, les clous dans ses mains et la lance dans son flanc, et elle s'approcha de lui et l'adora, et lui dit- : Moi et mes fils, nous t'adorons, toi qui es mort pour nous.

c Notre Seigneur dit à sa mère et à TËglise son épouse : Venez, voyez le traitement que j'ai subi dans la maison de mes amis ; car ceux de la maison d'Abraham m'ont suspendu sur ce bois, et ceux de la maison de Jacob ont souflleté mes joues, et m ont cruellement percé d'une lance, et ont accompli leur volonté. Malheur à eux, au jour où je viendrai leur donner ce qu'ils méritent !

« L'odeur de la myrrhe échappée de tes blessures m'a embaumé, et tes lèvres sont semblables à une bandelette de pourpre; je suis allé à toi, et les gardes m'ont pris, et j'ai fui de leurs mains jusqu'au calvaire ; là, j'ai vu ton flanc ouvert et tes mains percées, et j'ai baisé tes plaies et j'ai crié à toi : Louange, Seigneur. >

Après la procession, trois fois renouvelée dans l'église, on pose la croix sur le siège, et autour d'elle, aux quatre extrémités, se tiennent quatre d'entre les prêtres et les ministres en forme de croix, et ils disent sur un ton doux :

i Tu es saint, ô Dieu ; tu es saint, toi, le Fort ; tu es saint, toi, l'Inunortel. Ghrisl, qui fus crucifié pour nous, aie pitié de nous. > (V. l'art. Trisagion.)

Ils disent trois fois ces paroles en circulant autour du siège, et ils fléchissent le genou à ces mots : Christ, qui fus crucifié pour noiM, etc.; et après celte triple procession, les autres diacres et le peuple s'approchent et baisent la croix, puis ils entonnent les strophes de la passion :

« L'Ëglise a vu au sommet du bois l'Agneau vivaut de la divinité, et elle s*est approchée de lui, disant : Je t'adore, grand Rédempteur, qui as délivré mes enfants de l'erreur. ■

c Au jour du couchant (occasus, le déclin de la semaine, le vendredi), Adam étendit sa main et reçut la pomme, où gisait la mort ; et c'est aussi au jour de ïoccaeus que Notre-Seigneur étendit ses mains sur le bois, et devint le fruit renfermant la vie pour tous les peuples. ■

Vient ensuite un chant plaintif où sont énumérées les principales circonstances de la passion.

Puis ce répons vraiment sublime où sont tour à tour évoqués les patriarches, les prophètes et tous les personnages historiques de l'Ancien Testament, afin qu'ils viennent contempler l'amère passion de Notre-Sauveur. Le verset correspondant à chacun de ces personnages renferme une allusion, soit aux prédictions qu'il avait faites des diverses pha-

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ses de la passion, soit aux drconstances de sa Vie qui en élaienl Tannonce figurative.

i Dans la passion du Sauveur fut la passion, in pauione Domini fuit pauio, la terreur saisit les gardes et les hommes. Les morts ensevelis furent réveillés et sortirent de leurs tombeaux en

criant :

fl Gloire au Fils, qui s'est livré lui-même, et pour notre salut a été suspendu sur le bois, et de sa voix éclatante a crié et a ébranlé le ciel et la

terre.

« Réveille-loi, Adam, le premier des hommes, et vois le Fils unique qui souffre à Tinstar des pécheurs de la main du peuple juif.

i Réveille-toi et léve-toi, Abel Topprimé, qui fus tué par ton frère l'oppresseur, et vois le Fils du Très-Haut qui pàtit pour le salut du monde.

f Réveille-toi et lève-toi, Noé Tinnocent, Télu du Dieu Très*Haut, et vois le Rédempteur du monde, qui, en ce jour, est suspendu sur le bois.

c Réveillez-vous, fils des bénédictions, Sem et Japhet, pleins de chasteté, qui avez couvert la nudité de votre père enseveli dans le sommeil.

f Venez, voyez le soleil brillant, et la lune le beau flambeau, qui sont enveloppés dans une passion lugubre, afin de voiler à tous les yeux leur Seigneur couvert d'ignominie.

tf Réveille-toi, Melchisédech pontife, qui n*as pas oITert de la chair sur Tautel. Viens, vois aujourd'hui le Fils qui a donné ses mystères, le pain et le vin.

f Réveille-toi, Abraham, et vois le Fils qui s'est découvert à loi, parce qu'il est aujourd'hui suspendu sur le bois selon le type qui te fut montré.

i Réveille-loi, Isaac le bienheureux, qui, dans Fagneau (le bélier) immolé sur Tautel, as vu la figure du mystère vivifiant de celui qui est mort pour nous tous aujourd'hui.

i Réveille-toi, Jacob-Israêl, qui vis, à Béthel, réchelle où montaient vers le ciel les gardes (WgileSf les anges] pour le ministère d'Emmanuel.

i Réveille-toi, Joseph le juste, qui souffris tribulations de la part de tes frères, et vois Jésus le Sauveur, qui , de leurs fils , reçoit l'injure (iputum).

c Reveille-toi, Job le juste, et vois qu'il s'est enfin montré ce Sauveur, qui t'apparut dans le lointain, au meurtre duquel la terre s'entr'ouvre.

fl Réveille-toi, Moïse, prince des prophètes, et vois le maître des prophètes qui soufîre de la part des fils des prophètes, comme les prophètes l'ont prédit.

f Réveille-toi et lève-toi, Aaron le prêtre, et vois la semence pernicieuse, car aujourd'hui, au lieu de froment, ton champ produit la zizanie.

fl Réveille-toi, vaillant Josué, qui arrêtas le soleil et la lune, vois comme ils (ces astres) se sont couverts de ténèbres et de deuil à la mort du Fils premier-né.

fl Réveill^toi, Nephtali (Jephté), qui sacriGas ta fille unique ; vois le Fils, au sommet du Calvaire, qui s'est offert lui-même en sacrifice.

« Réveille-toi, Samuel, fils du prêtre, et considère et vois le maître des prêtres, parce que, aujourd'hui, les prêtres contre lui se sont soulevés et l'ont crucifié entre les criminels.

f Réveille-toi, David le psalmiste, et viens et sors aujourd'hui du sépulcre; prends ta lyre et ta cynare (cynaram) et élève la voix, et entonne le psaume (die in pialmo) :

i Un peuple sans pitié a cloué impitoyablement les mains du Fils qui est venu d'en haut pour racheter ce peuple et les peuples.

i Ils ont partagé ses vêtements entre eux et ont tiré au sort sur la robe, et comme des chiens ils ont tous environné le lion qui ne leur adressait pas une parole. •

(Ce psaume, où le Roi-prophète produit n l'avance les plaintes et les prières que le Christ adressera à son Père du haut de la croix, est le vingt et unième dans la Vulgate, et le vingt-deaxième dans la version des Septante et dans la Syriaque. Les versets cités sont les dix-septième, diihuitième et dix-neuvième, ils sont fort reconnaissablés, bien que les termes et l'ordre des versets soient ici un peu différents : c Des chiens dévorants m'ont environné, le conseil des méchants m'a assiégé. Ils ont percé mes mains et mes pieds; ils ont compté tous mes os. Ils m'ont regardé, ils m'ont considéré attentivement ; ils se sont partagé mes vêtements, ils ont tiré ma robe au sort > . )

« Réveille-toi, 6 mer des sagesses, Salomon, et viens, et vois le prodige : le Fils duquel tu as parlé dans ta sagesse, comment Tinsensée (Sion) l'a traité.

i Réveille-toi et lève-toi d'entre les morts, prophète, qui ressuscitas deux morts ; vois qu'ils conduisent dans la maison des morts le Seigneur des vivants et des morts.

i Réveille-toi, Isaïe le glorieux, et considère; et vois le Roi-Christ qui est mené au sacrifice et à l'immolation, et qui n*a pas ouvert sa bouche.

i Réveille-toi, Hosée, et vois ton peuple, rejeté par le Seigneur, qui lui dit : Tu n'es pas mon peuple.

« Réveille-toi, Joël le bienheureux, et vois l'obscurité et les ténèbres qui recouvrirent le monde en ce jour, et le sang et la fumée et la vapeur.

< Réveille-toi et lève-toi, porphète Aman, et considère le Fils de Dieu, parce que, aujourd'hui, la foule s'est ameutée contre lui, et qu'ils l'ont crucifié par l'ordre de Pilate.

i Réveille-toi, prophète Abdias, et vois la rédemption que le Seigneur a faite à la nature humaine sur la montagne de Jérusalem.

i Réveille-toi, Jonas, qui fus trois jours comme mort, et viens, montre au judaïsme la résurrection arrivée le troisième jour.

fl Réveille-toi, Michée, vois le Pasteur qui est

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venu pour ramener les errants ; et les fils des Hébreux se sont insurgés contre lui et Font crucifié comme un pécheur.

c RéTeille4oi et lève-toi, prophète d*E1cesé (Xahum), et considère et vois le Fils vivant, qui a annoncé le salut aux réprouvés, et ceux-ci Font tenu lui-même pour réprouvé.

c Réveille-toi, Sophonie, vois TÉglise que, dans (a prophétie tu as dit avoir été abandonnée; voisla rachetée, tant celle qui est proche que celle qui est éloignée.

c Réveille-loi, Âggée le bienheureux, qui as parlé avec tant de sagesse, de TédiGce divin, et viens et vois le temple propitiatoire, dont la porte (le voile) est aujourd'hui déchirée.

• Réveille- toi, Malachie Félu, et viens et confonds le peuple judaïque : ils ont crucifié le Fils unique et se disent purs.

< Réveille-toi, Zacharie, et vois les trente deniers, prix de ton Seigneur, payés et donnés au Hgulus, et le champ acheté de cet argent.

• Reveille-toi, Jérémie le prêtre, qui fus précipité dans le lac de la fange (m lacum luti), et viens et vois ton Seigneur, qui aujourd'hui a pour couche un tombeau.

« Réveille-toi, prophète, fils de Buzi, et viens de Babel; considère et vois celui qui t'apparut sur le chérubin, et qui, dans sa chair, a été suspendu sur le bois.

t Réveille-loi, prophète Daniel, considère et vois Emmanuel, qui, comme Gabriel te l'avait annoncé, esttortorè par les enfants d'Israël.

« Réveillez-vous et levez- vous. Pères qui êtes morts dans Tespérance de la résurrection; venez et Toyei le Fils mourant sur le Calvaire pour vous doter de la résurrection.

< Réveillez-vous, morts anciens, et sortez de vos sépulcres profonds, et voyez au milieu des oppresseurs celui qui justifie les calomniés (oppreuos).

< Réveillez-vous, morts qui êtes proches, ensevelis au milieu de Jérusalem ; car, si ceux qui sont éloignés peuvent passer pour menteurs, peut-être croira-t-on à la véracité de ceux qui sont proches.

< Réveillez-vous et levez-vous, ô morts, qui que vous soyez, et considérez et voyez les vivants ^ les morts qui conduisent dans la maison des morts levivificateur de tous les morts.

« Réveillez-vous et sortez de vos sépulcres, et adressez vos justes objurgations à vos fils, à vos frères, à vos héritiers qui crucifient votre Seigneur et le Fils de votre Seigneur.

t Réveillez-vous, morts du siècle, et voyez le Fils qui, dans le siècle, a voulu, par amour, être ùii semblable à vous, et qui, par sa mort, a fermé la bouche de la mort.

• Réveillez-vous, morts dans le péché ; voyez le Fils qui ne connut point le péché et qui souffre avec les pécheurs pour tuer la mort et le péché.

• Réveillez-vous, morts ; voyez le prodige du Fils premier-né sur la croix : par sa voix il a déchiré la terre et par sa mort il a vaincu la mort.

i Malheur au peuple incrédule, car le soleil et la lune se sont obscurcis, et le cœur aveuglé n'a pas cru ce qui est véritablement arrivé.

c Malheur au peuple judaïque qui s'est éloigné de son Seigneur ; à lui plus de prêtres ni de prophètes, ni de roi, ni de seigneur.

« Malheur a frappé le judaïsme, qui a été repoussé par l'humanité, et bienheureuse l'Église fidèle qui est devenue l'épouse sainte (du Seigneur).

« Bénie ta mort, 6 Roi-Christ, et bénie ta résurrection glorieuse; fais-nous dignes du règne et nous rendrons gloire à ta grâce. »

Ensuite ils prennent la croix et avec elle font trois fois le tour de l'autel et disent sur un ton modéré :

« Marie s'est approchée du bois et a incliné sa tête sur le Calvaire : elle a vu son Fils suspendu sur le bois, et ses larmes ont coulé avec ses gémissements.

c Et elle s'est mise à chanter en hébreu des lamentations et des paroles plaintives. Avec elle ont pleuré ses compagnes, et elles ont donné des soupirs à sa passion.

« Par des paroles amères et plaintives elle accompagnait ses pleurs amers; avec elle ont pleuré aussi les créatures, et elles ont revêtu sa passion et sa tristesse. Marie dit, avec des pleurs à émouvoir la nature muette : Qui me fera aigle, 6 mon Fils, pour que je vole aux quatre confins?

i Et j'inviterai et j'appellerai tous les peuples au lit de ton grand sacrifice, afin qu'ils composent un chant lamentable sur ta passion trésamère.

c Aujourd'hui, mon Fils, je pleurerai et je me réjouirai de ton entrée au tombeau. Je pleurerai la synagogue qui a succombé, et je me réjouirai pour rËglise qui est fondée.

i Ton sépulcre est semblable à un lit (nuptial), et, sur ce lit, 6 mon Fils, tu es semblable à un époux, et les monuments (les tombeaux) ressemblent à des couches autour desquelles les anges s'empressent à te servir.

c Qu'est-ce qui t'est arrivé, 6 mon Fils, et quelle suave nouvelle m'arrive à ton sujet? nuntium de ie wave? Et qu'a découvert en toi l'insensée Sion, qui a eu soif de ta crucifixion?

c C'est parce que tu l'as tirée de l'Egypte, parce que tu l'as fait passer à travers la mer terrible : du fiel et du vinaigre dans une éponge, voilà ce qu'elle t'a donné celle qui avait soif de ton sang. »

i Pour avoir préparé le remède aux infirmes et la parfaite guérison aux malades, voilà ce qu'elle t'a donné en échange, celle qui inflige le supplice de la croix : la dérision, i'ii^ure, la croix !

c Que la ville, à l'extrémité de laquelle ils t'ont donné en spectacle, tombe aussitôt en ruine ; que ta croix lui soit un marteau et la disperse aux quatre vents. »

a Sur le tribunal où ils t'ont jugé, qu'aucun juge ne s'assoie; dans le temple saint, où ils t'ont

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condamné, qu'il n'y ait plus de propitiation. Les mains qui t*ont imposé la couronne d'épines, qu'elles ne s'étendent point pour receToir tes dons; la bouche même qui a craché à ta face, qu'elle ne se rassasie pas de tes biens.

fl Les yeux cruels qui t'ont aas\égé(lacetsiverunt) quMls ne voient jamais la lumière, et les pieds qui ont couru à ton crucifiement, qu'ils trouvent sous tous leurs pas des pierres d'achoppement. »

CROIIK (siGiiB DB la). — Les anciens Pères attestent que le signe de la croix est de tradition apostolique. Les chrétiens, au témoignage de Tertullien (De corona milit. m), le faisaient dans lou* tes les circonstances de la vie, même les moins importantes : quand ils sortaient du lit, quand ils commençaient à s'habiller, quand ils se chaussaient ; dans cet te dernière circonstance, ils avaient probablement Tinlenlion de protester contre les superstitions dont elle était accompagnée chez les païens. Ils se signaient en sortant de la maison, en y rentrant, en se mettant au bain, au lit, à table, en allumant la lampe, en s'asseyant, enOn au commencement de toutes leurs actions. Mais au début de leurs repas ils faisaient le signe de la croix, non-seulement sur eux-mêmes, mais encore sur les aliments (tireg. Turon. De mirac. S. Martini. I. 80.) Un poète anonyme du quatrième siècle, cité par Pelliccia (EccL polit, iv. 190), nous apprend qu'ils le faisaient sur leurs animaux domestiques, pour chasser les maladies dont ils étaient atteints. Jacques Gualter ajoute une circonstance omise par Tertuilien (Gualt. Annal, an. 590) : c'est que, quand ils étemuaient, les dirétiens se signaient la bouche.

Dans les actes de Ste Afra, publiés par Yelser (cf. Bottari. m. 25), un païen dit de S. Narcisse et de son diacre • Je sais qu'ils étaient chrétiens, car à tout instant ils marquaient leur front du signe de la croix. » Beaucoup de témoignages pareils se trouvent dans les actes des martyrs, et en particulier dans ceux de S. Théodote et des sept vierges (Ruinart. edit. Yeron. p. 302), qui, saisis de frayeur sur le lieu de leur supplice, se munirent du signe de la croix pour fortifier leur àme : perterriti, crucis iignum ntœ quisque fronii impreuit. Un fond de tasse recueilli et publié avec toute confiance par Boldetti (1. i. c. 15). mais dont le P. Garrucci suspecte l'authenticité (Vetri. p. 84), fait voir le buste d'un jeune homme du nom de LiBsRNiCA, sur Ic front duquel est tracée une croix de la forme dite grecque. On peut aussi lire cette légende en deux mots : liber nica, vince, souhait de victoire qui aurait la croix pour base. C'est probablement une allusion à l'usage dont nous venons de parler, ou bien peut-être à la sainteté de ce personnage qu'on supposait dans le ciel associé à ceux qui, selon V Apocalypse (xiv. i), suivent l'Agneau, ayant sur le front son signe, habenieesignum ejus scriptum.... in froniibus suis. M. de' Rossi propose (Bullet. 1868. Edit. franc, p. 20) une autre interprétation de ce sujet. U pense.

sans l'affirmer néanmoins d'une manière positiTe, que ce ubeb pourrait être un de ces chrétiens

condamnés ad metalla» sur le front desquels on imprimait une croix, comme marque de leur condamnation : confessores, dit Pontius (In vit. Cfprian.\ii)jfronlium notatamm secunda inscriptione signâtes. Ces derniers mots se rapporteraient au deux inscriptions tracées sur le front de ces confesseurs : la première du signum Christi dans la confirmation; la seconde, de la note infamante de la condamnation aux travaux des mines.

Les soldats chrétiens ne manquaient jamais de tracer le signe de la croix sur leur front avant une bataille ; ce n'est qu'après cet acte religieux qae les trompettes donnaient le signal du combat (Prodent. Adv. Symm. u. 712) :

Hujug adoratis altaribus, et cnice frocU Inscripta, cecinere tabae.

S. Jérôme, écrivant à Dérnétrias (Episi. cm. n. 9. Epist. XXII. n. 37) et à Eustochius, ra(H pelle l'usage de se signer souvent. On se signait sur la poitrine, surtout au moment de se mettre au lit (Prudent. Cath. hymm. vi. 129) :

Pac, quum Tocante somno Castum peiis cubile.

Fronlem locumque eordit Gnicig figura signes.

• N'oublie pas, quand, pressé par le sommeil, tu pçati ta chaste couche, de marquer de la figure de la croix too nont et la place de ton cœur. »

Il est remarquable que ceci se pratique encore dans rËglise au commencement de l'heure de complies, qui anciennement se disaient immédiatement avant le coucher.

Mais c'était surtout dans Tadministration des choses saintes, et des sacrements en particulier, que rÉglise, dès son origine, avait adopté le signe de la croix. S. Augustin nous rapprend dans le plus grand détail (Serm. clxxxi. De temp.): « C'est par le signe de la croix, dit-il, que se consacre le corps du Seigneur, que les fonts du baptême sont sanctifiés, que les prêtres et les autres gardes de rkglise sont initiés ; et tout ce qui doit être sanctifié est consacré par ce signe de la croix du Seigneur avec l'invocation du nom du Christ, t Un

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