GROS
CRDG
vieux oommentateur de ce Père, cité par Jul. Fulda [de cneu signaeuh preewn Chrûlian. comile, { n) ajoute : < Quand se lisait I*évangile, tous se ieiaient et faisaient le signe de la croix ; les évèqaes avant de prêcher, les chrétiens avant de discourir, se signaient du caractère de la croix ; et ceux qui priaient étendaient les mains en forme de croix. Dans quelques Églises on se signait du signe de la croix en prononçant, dans le symbole, rartide camù ruurrectionem » (G^hladni.)
Les anciens faisaient le signe de la ci'oix avec la main étendue, comme nous le faisons encore, mais arec un seul doigt de la main droite, le pouce probablement, quoique les textes ne Texpliquent pas, soit sur eux-mêmes, soit sur d*autres objets tChrjsost. Bom. ad. pop. antioch. xl. — Ilieron. Ep.ad Eutloch. loc. laud.). Sophrone (Pral. spirit, ix.edit. Coteler.) dit de Julien de Bosire qu*il signa trois fois son calice digito suo. Sozomène rapporte la même chose de Tévèque Donatus (Hi$l. eccl. m. ^7): Signum cruciê... digito aeri impreuit; et S. Êpipliane. Arrêt, xxx) d'un certain Joseph : Crticis signaadum proprio ïïuo digito vati imposuit.
Les Grecs font le signe de la croix avec trois doigts joints, qu^ils portent d'abord à la bouche, avec une profonde révérence en Thonneur de la Sainte Trinité, et de la bouche à l'estomac, pour marquer la descente du Fils dans les entrailles de la Ste Vierge ; puis de la droite à la gauche, pour signifier que Jésus-Christ est descendu aux enfers, est ressuscité, est assis à la droite du Père; au lieu que les Latins font le signe de la croix de l'épaole gauche à la droite (Y. Grancolas. Leê anr ànuiet Htwrg. p. 203).
Une question intéressante serait de savoir de quelle ancienneté est le signe de la croix tel que nous le faisons aujourd'hui, c'est-à-dire en portant la main droite du front à la poitrine, et d*une épaule à Tautre. Ce mode de signe de la croix a-t-il précédé ou suivi celui qui consiste à le tracer seulement avec le pouce? On regarde comme certain que le signe primitif est ce dernier. C'est ce qu'on peut conclure des formules dont se servent toujours les SS. Pères et qui supposent évidemment que le front est le siège naturel et unique du signe de \i croix. Ainsi Tertullien {^. laud.) : Frontem cv^ iignaculo teremus. Chrysostome [Id.) : Ft- ^ frontem illa communiunt) et encore [Corn- '^t. in p$. xi) : Crucem in frontem circumferimtu. f Jérôme (Id.) : Ad omnem actum et ad omnem ^eiram manuê pingat frontem. Quant à la forme aujourd'hui vulgaire, il serait difficile, faute de l&onuments, d'en assigner au juste l'origine Mais 'I ue parait pas qu'elle se soit produite avant le ^lûtiéme siècle; il est probable que ce sont les ^ines qui l'introduisirent alors dans la liturgie (^. Pelliccia. Polit, ecclei. t. rr. p. i9i), d'où elle ^ répandit parmi les fldèles. C est ce qu'on peut ^^cueiUir dans l'histoire des institutions et de la liie monastiques.
CEOBSE. — V. rart. Évêqueê.
ABnQ. CHB£r.
CRUCIFIX. ^ I. — La représentation du Sauveur crucifié offrait, dans les premiers siècles, des difficultés et des inconvénients de plus d'un genre. L'horreur et la répugnance qu'inspirait aux anciens, même convertis au christianisme, le bois infime de la croix, furent longtemps à se dissiper ; cette répulsion survécut même de beaucoup à l'aboUtion du supplice de la croix par Constantin (Aurel. Victor, p. 526). D'une autre part, le culte d'un Dieu crucifié, mal compris ou malicieusement travesti par les païens, était la source ou le prétexte de mille calomnies contre les fidèles (V. Part. Calomnies, II, 1*, B).
Ce double motif suffit donc à expliquer l'absence presque complète du crucifix dans les monuments tout à fait primitifs. Celte abstention, tout en ménageant la foi encore faible des catéchumènes et des néophytes, était aux impies railleries des idolâtres un de leurs thèmes les plus habituels. Et ne sait-on pas que, bien souvent, en ces temps mauvais, de la raillerie à la persécution il n'y avait qu'un pas T
Cependant, au milieu de ces obstacles, il fallait un aliment et une excitation à la piété des fidèles qui aima toujours à se préoccuper de la pensée des souffrances et de la mort du Rédempteur. Ne pouvant donc, eu égard à la contrainte dont elle était environnée, préenter ouvertement aux yeux de ses enfants l'image de ce Dieu attaché à la croix, l'Église eut recours à l'allégorie. Elle emprunta tour à tour les éléments de ce langage symbolique aux livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et, ce qui semblera plus étonnant encore, à la mythologie (V. les art. Orphée et Ulyue, figure du Sauveur). Elle se plut surtout à leur offrir l'image de l'ar gneau, qui est la plus ancienne comme la plus frappante des figures du Sauveur des hommes (1. notre Étude archéologique sur r Agneau et le Bon Pasteur. Paris-Lyon, 1860). Pour rendre l'allégorie plus sensible, on donna à l'agneau les attributs du Sauveur; et à mesure qu'une somme plus large de liberté était accordée à l'Église, ces attributs devinrent de plus en plus significatifs, jusqu'à ce qu'enfin ils reproduisirent ouvertement ceux du Crucifié lui-même, au quatrième siècle, le monogramme, et la croix nue au cinquième (V. les art. Monogramme du Christ, Croix et Agneau). Mais dès le commencement du sixième ces attributs prennent un caractère tout à fait prononcé. C'est d'abord un agneau portant sur son épaule une croix haslée ; puis un agneau couché sur un autel, au pied d'une croix, tamquam occisus; un peu plus tard, l'agneau a le flanc ouvert, et le sang coule de cette plaie, ainsi que de celles des pieds (Y. Ciampini. De sacr. cedif, tab. xin) ; enfin un agneau oeint au centre même de la croix, à la place même où bientôt va paraître Notre-Seigneur en personne (Borgia,De cruce Vatic.). Nous reproduisons ici ce précieux monument, p. 226.
Toutes ces transformations se développent, comme nous l'avons dit, dans le cours du sixième siècle. Ce dernier type, qui est celui de la fameuse
croix vaticane, est orné en linut e( en bis d'un I main droite i la manière latiae, e( tient delà gii. buste de Tiolre- Seigneur : le premier bénit de la | che un livre, eodfx; celui d'en bas porte de li
droite un volume roulé, volumcn, et de la gauche une petite ltoIi. (Test uu essai timide, comme on voit, où l'opprobre est enoore effacé par la gloire, car la léte du Sauveur est décorée du nimbe et ne porte aucuue marque de douleur.
Quelques Tioles de Nonza, qui sont aussi du sixième siècle, puisqu'elles Turent oiïerles par S. Grégoire le Grand à la reine Théodelinde (V. l'art. Hialet taintei), nouR paraissent marquer un nouveau pas en avant dans cette voie. La tête du Christ s'y montre seule dans un nimbe crucifère, et placée au-dessus d'une pelile croix, grecque ou Intine, ou d'une croi» fleurie (V. Houoni. Tav. delta afor, eccl. vu. c. e. c. l). (Li mosaïque de
l'église de Saint-Etienne, à peu près de la même époque, la ûiil voir au-dessus d'une riche croix gemmée [Id. ib. p. 83]). A droite et à gauclie se trouvent les deui larrons, mais en croii, et de plus le soleil et la lune, accessoires habituels des représentations du crucifiement. L'un de ces intéressants monuments va plus loin encore : il Tait voir Notre-Seigneur en pied, la tète nimbée, vëlu de long, et les bras étendus en Tonne de croii, comme les oranU des catacombes, mais sans la croix ; toujours ii ses cMés les larrons crudflés, le
soleil et le lune, elc. Toutes ces images orTrealini souvenir aussi atténué que possible, plulit qu'une véritable repré^ntalion du cruciliemenl du Sauveur. Kl ce qui fait voir plus évidemment ercon avec quelle hésitation on se risquait dans la ifproduction figurée de ses liumi Mations et de hs douleurs, c'est que, immédiatement au-dessous du sujet que nous venons de décrire, et dans l'inteotion évidente d'en adoucir l'austérité telle quelle, on ne manque jamais de mettre en scène le lu)'^ Icre glorieux de la résurrection : le tombeau de Jésus-Christ y est figuré par un élégant édicule dont le fronton est surmonté d'une croit ; el d'nD cété l'an^je, de l'autre les saintes femmes porlul des aromates (V. la fig. ci-contre).
Voici un petit monument, plus ancien quelwi ce qui précède, et qui doit trouver id sa place. car nous croyons être fondé à y voir un cmcifij arcane, imaginé au commencement du qualriènie sièclcau moins. C'est une pierre annulaire du cabinet d'antiquités de Vienne (Autriche), où est gravée une ancre cruciforme, dont la hasie porte un petit poisson disposé transversalement ii son oii- Ijeu ; de plus, les lettres composant le mot luit sont tracées en légende tout à l'entour de l'aocrt. .^*ous avons ici la croix sous l'une de ses fortne^le^ plus archaïques (V. l'art. Ancrt), et le divin crucifié représenté par le /Ç^\ poisson qui, comme personne ne /«-a—i l'ignore, est son symbole le plus f si < vulgaire : Pitcis at$u$ Chritluapa»- l VlV/) «u (.Augustin. Tract, oiim in Joan. Vj^'*'^/ — Beda, in cap. lu Joan.). \JV
Cette curieuse gemme a été publiée ou mentionnée successivement par MM. Todkén, Kirchhoff, Becker, et en dernier lieu pJf H. de' Rossi (Bull. 1 870, pi. vu) ; mais aucun de œs savants n'en aborde l'interprétation. Celle que nous risquons ici n'est, bien entendu, qu'une simple conjecture que nous transmettons aux bommes compéUnts, et qui n'a de valeor <P^
CRl'C — SI
celle qui peut s'attacher i un objet unique dans 1 son genre.
II. — Hais i quelle époque commença-t-on à I reprfsenler Jésus en croiï ! en d'autres lernes, ! aqueile époque remonte l'usage du crucitii pro- |iremenl dit! fJous ne pensons pi<s que la science ;irchéol(^quc, au point où elle est arrivée .lujouril'hui, soit en mesure de donner à cette question une solution pleinement satisfaisante. On pourrait Ici, comme pour la croix simple (V. rart..Croû), distinguer enire le culte public et le culle privé. l' La piété inditiduelle éiait aiïranchie de la ptaparl desenlni*es que le culte de l'Ëgliserenconirait de toute pari au sein d'une société encore païenne, el nul doute que les chrétiens n'aient usé de cette liberté pour pratiquer, en particulier, des rites et porter des emblèmes religieux dont la prudence interdisait la manirestalion extérieure. Aussi, de iDénte que, dans toutes les circonstances de la vie commune, ils traçaient sur eux-mêmes le signe duChrbt (V. l'art. $ùfn« delà croix], et faisaient usage d'ottjels pieux, Tiiciles par leur peu de volume à soustraire aux regards des idolâtres (V. les ari. A/ntiltUet chrétien*, Encolpia, etc.), rien ne s'oppose à admettre la supposition qu'ils purent iTuir aussi des crucilix portatifs. Cette conjecture semble, f^ate de mieux, puiser une certaine probabilité dans un monument bîiarre, récemment découvert ï Borne. C'est un crucifix à léte d'onagre tV. r>an-ucci. Il crodfiuo graffUo m ccua dei Ce*ari) Iricê par une main païenne sur une muraille du palais des Césars au mont Palatin, traduction éviilente d'une calomnie attribuant aux chrétiens le culte d'une lêle d'âne (V. l'art. Calmniet, II, I*, El. Le cnici6x e^t liabilié : or on sait que, cliei lei Romains, on cruciliait les criminels dans un élat de nudité complète (Arlemidor Oneiroer. I. n. c- ti8. ap. Garniccl. ibid.). On a conclu de celte circoostance que celui qui grava cette grossière image n'aurait fait que copier quelque cruciGx chrétien, que la piété respectueuse de nos pères représentait vêtu (V. plus bas), et qu'il ne nt que diinger la tête en une tête d'ine, pour le rendre dénsoire. Si cette supposition était fondée (nous l'empnulons au P. Gtrrucci), le monument prouverait pour le troisième siècle, au commencement duquel on estime qu'il doit être placé.
Ce qu'il y a de ceriain.c'est que tes plus anciens crndiix connus se rangent dans la classe des objets de piété privée; ainsi celui qui est peint dans un évangèllaire s]rriaque de l'an 5S6, appartenant à la biblioiliéque Laorenlienne de Florence (Assemani. BitfwU. Laurent. Uedic. catalog. tab. xxm. p. 194) : *^i qui néanmoins peut, par sa nature, être du domaine de la liturgie -, ainsi ta croix pectorale des prévAts de Vonia, qui passe pour être un don pape S. Grégoire h Théodelinde (Frisi. Mem. délia cUcH IfoDieM. p. 53. tav. i. Voir ci-après te mooumenl). Les figures j sont exécutées en émail ^f or. lais il paraît constant que, en général, les pius anciens cniciflx portatifs étaient tracés à la prnnte sur des ereti d'or, d'ai^ent ou d'airain-, on
les pagnil un peu plus tard sur des croix de bois (Borgia. De cruce Yalie. 45) ; c'est au neuriéme siècle, sous le pontificat de Léon III, que la fignre du Sauveur y parut sculptée en bas-relief : c'ed du moins ce qui semble ressortir du texte d'Anastase (InlAon.lll.n.'îW).
Cependant, si l'on prend à la lettre l^es expressions de Ruinart [De Tfgal.abbat. S.Germ. a PratU. Appmd. in. Greg. Turon. p. 1^30) au sujet d'un crucilix de bronze trouvé en 1G43 dans le tombeau de Ctiilpéric, à Saint-Germain des Prés, il semblerait que l'image élail en ronde bosse et appliquée sur ta croix : Crux.... in qua Chriiti pend£ntit imago affixa erat.
1* Dans le culte public, le crucifix apparaît plus lard (nous en avons dit la raison), c'est-à-dire vers la fm du sixième siècle. Le plus ancien exemple connu appartient à notre Gaule : c'est un cniciflx qui, au témoignage de S. lîr^oire de Toura (Ile glor. martyr. I. i. u. 33), était peint dans une église de Narbonne. Ce monument doit remonter au moins vers le milieu du sixième siècle, car il est probable qu'il existait depuis quelque temps déjà lorsque ce Père en faisait mention dans un écrit publié, selon son propre témoignage [Hiit. Fram. 1. 1. infin.), la vingt et unième année de soa épiscopat, qui correspond à l'an 593 de notre ère. Cette priorité, si honorable pour la France, s'explique par son étoignement du principal foyer du paganisme, de Rome, où les vieilles Iradîtions d'intolérance furent plus tenaces à se maintenir. Hais quoi qu'il en soit de quelques faits isolés, ce n'est guère qu'après le concile quiniseite (693), leque ordonna de préférer la peinture historique aux emblèmes, que les images de Jésus crucifié codbmencèrenl î se multiplier. It y a tout lies de croire (Emeric David. Hitt. de la peint, p. HO) que les Grecs le peignirent alors pour la première fois. C'est Jean VII, Grec de naissance.iélupapeen 70S, qui parait avoir le premier consacré le crucifix dans l'église de Saint-Pierre. Deux fois, ea 706, il fit représenter ce sujet dans les mosaïques dont il couvrit la chapelle dédiée i, la Ste Vierge daos la basilique vaticane, au-dessus de l'arc ipii en formait l'entrée, et en!.uite sur les murailles int^ rieures. En seul crucifix se rencontre dans les catacombes; il est peint dam le dmelièn des
cnut — i
Sainls-Iules-el-Valentin (Boltari. lav. auziii). Un l'attribue généralement au temps du pape Hadrien, qui florissait lers la fin du huitième siècle (Gori. De mitmto cap. c. vm).
III. — Il n'est pas douteux que notre Sauveur, selon la coutume romaine, n'ait été cruciûé nu (V. Calmel. In Matih. uti. 35). S. Ambroise l'affirme nettement d'après la tradition constante [h Imc. I. 100), et S. Augustin le suppose, quand il dit que la nudité de Noé fut la figure de celle de Jésus-Christ {De cicit. Dei. xtt. 2. — Contr. FaïuL \u. 33). Cependant, par un sentiment de respect et de pudeui', les pasteurs de l'Église primitive exigèrent, selon loule --:- y,' probabilité, qu'il fût re-
présenté Têtu. En effet, touteslesplusanciennes images de Jésus en croii parvenues jusqu'à nous, presque sans exception, nous leroon- I irent couvert d'uncoJoi bium, ou tunique sans ' manches, descendant ; jusque sur les pieds.
Tel est le cruciHx du cimetière de SainUules, celui de la croix pectorale de Honia, celui du reliquaire de Théodelinde de la même provenance, et dont Yoici la reproduction, celui du manuscrit de la bibliothèque Laurenlienne, les deux du Vatican, monuments cités plus haut; tels sont enfin les crucifix anciens qui se conservent dans diverses églises de l'Occident, à Lucques, à Louvain, à ftalisbonne, et d'autres encore à Iteims, à Fabbaje de Saint-Denis, à Sentis, a Langri's (Cornel. Curli. De clav. Domini. p. 65. — Gretxer. De eruet. ii. 3. — Mabillon. Prœf. ad Sœc. IV Bénédictin, n. 47), tans pai'Ier de plusieurs que noire Habillon avait vus dans quelques églises de Itome [JUr. liât. i. 13S xxx). Le Christ de Téglise de Saint-Genès, il Narbonne (V. Greg. Turon. loc. laud.], constitue cependant une exception fort tranchée à celte régie. Car il n'avait qu'une ceinture roulée autour des reins, comme le type moderne : Hdura quœ Dominum nottrum quati prœciiiclum linteo ijtdieat citicifixum. Mais cette exception même confirme la règle ; en efTel, sans parler m^me de la vision où le prêtre Basile reçut de Notre-Seigneur l'ordre de lui donner un vêlemenl, il est certain que dés lors on le couvrit d'un mile, et ce fait prouve que la discipline du temps réprouvait de telles nudilés.
Ce pieux usage persévérait encore à Rome vers le commencement du huitième siècle : témoin le crucifix en mosaïque du pape Jean VU cité plus haut, et qu'on peut voir dans Ciampini {De tacr. adif. lab. xxiuj. Sur la fin de ce siècle, et plus encore dans les suivants, cette pratique commença i se modifier. Le vêtement qui jusqu'alors couirait l« corps entier se réduisit à une tunique ou jupon,
partant de la ceinture, et tantdl plus, tanlAt nKtint allongée par le bas. Le Christ tracé sur un verre orbiculaire de la collection du P. Garrucci se trouve dans ces conditions ; mais il est d'une antiquité fort douteuse {Vetri. ii. n. 1). Enfin, l'horreur qu'éprouvaient les fidèles pour la nudité du Sauveur s'étant peu à peu dissipée, il ne resta bienlèt plus de son vêlement que cette étroite t>aode d'étoffe que portent nos crucifix modernes. Cest ce dont on peut se convaincre en examinant ceui des neuvième et dixième siècles, par exemple celui que Charlemagne donna â la basilique de Saintl'ierre (Angelo Rocca. lab. u. Departicul. lacrat. cntcit], et encore ceux qui figurent soit sur le dipljque de Rambona illuslré par Buunarruoti (à la suite de ses Velri), soit dans un célèbre missel de Bobbio [Cad. Bibliolh. Ambroe. o. 8ii, etc. Ce n'est pas que, même pendant ces deiii siècles, il ne se rencontre encore en certains lieue des crucifix habillés : comme par exemple dans le mènologe de Basile, imprimé i UrLin, d'après un manuscrit du dixième siècle ; mab ce ne sont que des exceptions.
IV. — Détail* du cruci/iemenl. — 1* Le* clou*. Les èrudils ne sont pas d'accord sur le nombre des clous qui fixèrent no're Sauveur à la croix. Les uns pensent qu'il n'y en avait que trois, les autres en portent le nombre a quatre. Hais ce dernier senliment est le plus communément admis. Ou sait par les auteurs anciens (V. De Corrierb. De teuorion.... paition. D. N. J. C. leliq. p. 176) que tel était l'usage chei les Romains, et S. Cy prien, qui avait vu le supplice de la croix encore eu vigueur {De paition. Domini. inler opuscula. p. 85. edit. Oxon.), met au pluriel lu clou* qui perçaient les pieds de Noire-Seigneur, c/ûdii tacroe pedet lerebi'aniibui ; et S. Grégoire de Tours l'attinne d'une manière formelle, ce qui prouve que c'ét.-iit l'opinion reçue au sixième siècle : Ciacomin domi~ nicoi-um,.,. quod quiituot fuerint, kœe eit ratio : duo ittnt afliii in pabnie el duo in planUt, • que les clous de Noire-Seigneur aient été au nombre de quatre, en voici la raison : deux sont fixés dans les mains, et deux dans les pieds > {De glor. Mit. 1. I. c. 6.). Innocent Ul, dont on cotinait l'autoriié en ces matières, résume ainsi les témoignages des ancie's : Fuenmt clavi quatuor quibui manut confijœ iunt et pedee adfixi [Biblioth. PP. ixv. 231). Les plus anciens crucifix sont conformes à celle doctrine (V. Baron. Ad ann. 54. g 118); CurU {De clav. dominie.) en ènumére plusieurs. On en peut voir d'autres exemples dans les miniatures anciennes publiées par Lambèce (Cf. Buonarruoli. Vetri. p. 363). Tels sont encore le crucifix du trésor de Monza, celui qui se conserve à Pise (Martini. Theatr. Batilie. Pitaa. lab. xn), et l'opinion émise d'une manière générale par S. Grégoire de Tours ne permet pas de douter que la peinlurede l'église de Narbonne, dont ce Père nous révèle l'eiislence, ne présentât aussi les quatre clous. Les èrudils qui se sont occupés de celte question pensent que l'usage de faire des crucifix avec le»
deux pieds superposés et fixés par un seul clou 1 s'introduisit à Tépoque de la renaissance des arts (Baonarr. ibid.) : Gimahue et Margaritone paraissent être les premiers qui se soient donné cette licence dans leurs grands christs peints qui subsistent encore à Sainte^Iroix de Florence. Un antique médaillon d*argent, appartenant au cabinet du séminaire de Milan, représente un christ dont les pieds sont croisés et non superposés. C*est une circon5tance peut-être unique (Y. Anùco cattoL Toi. m. pag. 183) •
2* Le mppedaneum. Dans un certain nombre di; monuments, les pieds de notre Sauveur reposent sur one tablette fixée à la croit, et que les archéologues appellent êuppedaneum. Juste-Lipse, Gretzer et quelques autres savants ont affirmé que telle ('(ait la position du divin Crucifié. Mais les passages des Pères sur lesquels ils fondent cette opinion, ^oumis au contrôle d*une sage critique, ne nous fhiraissent nullement concluants. Le premier écrivain ecclésiastique qui ait parlé du tuppedaneum est encore notre Grégoire de Tours ( loc, laud.) ; après avoir expliqué comment il était fixé au bas de la croix, il ajoute : Super hane tero tabulam, tanqttam itoHiië hominis, sacras adfixœ tuntplan- (œ, c sur cette tibletle, les pieds sacrés (du Sauveur) sont fixés, comme ceux d'un homme debout. » Souvent les artistes se sont écartés de C'tle opinion, la supposant peut-être jusqu'à un certain point en opposition avec les passages du Nouveau Testament, et ceux de S. Paul en particulier {Ad. V. 50. — Galat, m 13). où il est dit que iViire-Seigneur était suspendu sur le bois de la croix, ce qui ne serait pas rigoureusement exact, s'il eût eu un sotitien pour ses pieds. Nous croyons cepoidant que le système du suppedaneum est le plus ancien dans l»s pratiques de l'iconographie. Cette tablette se voit sur la croix pectorale de Monza, déjà plusieurs fois citée, et aussi sur ces petites cassettes d'or qui passent pour être de la inême provenance (V. Mozzoni. Tav. cronoL vn. 79. ■• c.) et do même âge. La célèbre croix de Ydletri, et celle que Charlemagne avait offerte à Léon III, à Toccasion de son couronnement, en 815, en présentent de nouveaux exemples ; mais le crucifix sculpté sur le diptyque de Rambooa, et qui date à peu près de la même époque, n'a pas le suppedaneum. Dans le graffito du palais des Césars publié par le P. Garrucci (Y. la figure de Fart. Calomnies), on remarque une barre transversale sous les pieds du patient, très-écartés Tun de Taulre. On en peut conclure, pensons-nous, que \t tuppedaneum était en usage chez les Romains. 11 parait bien avéré que la croix éiait munie d'un autre support, passant entre les jambes du patient pour soutenir le poids de son corps. S. Justin, qui écrivait au deuxième siècle, TafQrme d'une manière on ne peut plus positive (Dialog^ cnaTrypAon. c. xa. Opp, p. 188) : Ulud quod in "lofio pgiiwr^ ut et insideani qui crucifiguntur. Bien qoe cette donnée soit appuyée par une autorité si vcspedable, nous ne sachons pas qu'aucun artiste
ancien ou moderne en ait tenu compte dans la représentation du crucifiement de Jésus-Christ.
3* Le titre de la croix. Il n*est pas identique dans les quatre Évangiles. S. Matthieu dit (xxvn. 37) : Hic est Jésus rex Juiœorum; S. Marc (xv. 36) : Rex Jwlœorum; S. Luc (xxni. 38) : Hic est rexJudœorum; S. Jean (xix. i9) : Jésus Nazarenus rex Judceorum. Les deux derniers évan^'élistes rappellent que le titre fut écrit en trois langues : en hébreu, pour le pays où eut lieu le crucifiement; en grec, pour les Grecs qui étaient mêlés aux Juifs ; en latin, parce que c'était la langue oflicielle de Tempireet celle du procurateur. Quoiqu*il en soit, la version de S. Jean est la plus sûre, parce que cet apôtre avait assisté à la passion du Sauveur : Qui vidit, testimonium perhibuit; et c*est bien son texte qui était écrit sur la tablette trouvée par Ste Hellène, et qui était encore très-lisible à cette époque (V. De Corrieris. op. laud. p. 75). Ce titre était sur une tablette fixée à la partie supérieure de la croix, et quand celle-ci était en forme de T, une baguette y était attachée et élevait le titre audessus de la tête du patient. Il parait certain que, dans les représentations du crucifiement, usitées aux premiers siJdes, on inscrivait le titre au sommet de la croix ; mais, faute de monuments, on ne saurait dire si on T^ivait dans les trois langues. Un seul crucifix existe dans ces conditions c'est celui que possède Téglise des Carmélites de Florence, mais il est évidemment moderne (Manni. De tit. D. crucis. Archetyp. c. xv). Le crucifix du diptyque de Rambona porte ce titre exceptionnel : EGO svM JBSV8 NAZARBNvs. Pour retrouvcr ce texte intégralement dans le Nouveau Testament, il faut se reporter à la réponse que Notre-Seigneur adresse à S. Paul terrassé sur le chemin de Damas (Act. ix. 5) : Quis es y Domine?.., Ego sum Jésus.
Pour un motif quelconque, et probablement par le besoin de brièveté, les artistes, tant anciens que modernes, n*ont jamais inscrit ce titre in extenso, mais seulement par des sigles; les Latins l'ont même fréquemment omis : ainsi le crucifix de Yelletri n'a pas de titre, et Borgia (p. 39 et suiv.) en cite beaucoup d'autres à peu près de la même époque qui ne Tout pas d'avantage; les Grecs, plus fidèles à cette pratique, ont quelquefois réduit le titrera ces abréviations du nom de Jésus- Christ : ic xc (Borgia. De cruce Yatic. p. 45), ou même Font remplacé par la première et la dernière lettre de Talphabet, a et », comme on le voit sur un très-ancien crucifix de bois conservé à Lucques (Id. De cruce Velit. p. 33). Un crucifix trouvé dans le tombeau de S. Celse à Milan (Bugati. Memor. di S. Celso. p. 241 Qg. 1), (ait lire, à la place du titre ordinaire, ces sigles »c, que l'on ne peut guère interpréter autrement que par «uc, lumière, dénomination qui convient admirablement à Jésus-Christ, qui, en vingt endroits de TËvangile, est appelé lux vera, la lumière par excellence (Joan. 1. 9). D'autres crucifix portent cette même inscription en latin et en toutes lettres : lvx mviidi (Giulini. Memorie di Milano. m. 4 1 0) . Et nous ne devons
CRDC
pas ometlre une circonstance fort significative, c*est que, soit les sigles grecs, soit l'inscription latine, se trouvent placés entre le soleil et la lune, obscurcis à la mort du Sauveur; ce qui fait sans doute allusion à ce texte de S. Jean (i. 5) : «H était la lumière qui brille dans les ténèbres. » Et en elfel, Tobscurcissement des deux astres servit à faire briller la divinité du Sauveur aux yeux de tout le peuple, et des bourreaux eux-mêmes, auxquels le prodige arracha cet aveu : « Celui-ci était véritablement le fils de Dieu! > (Luc. xxxn. 48.)
Y. — Accesgoire$ du crucifienieni. Les principaux sont ceux dont le type est fourni par Thistoire de la passion.
1" Le soleil et la lune, comme on vient de rindiquer déjà. Ces deux astres sont ûgurés, dans les peintures, dans les bas-reliefs des diptyques, dans les mosaïques, etc., des deux côtés de la tète du Sauveur : le soleil sous la forme d'une figure radieuse, la lune sous celle d'un croissant : c'est le type ordinaire. D autres fois ce sont deux demi-figures humaines, coiffées, Tune d*un diadème royal, l'autre d'un croissant, comme sur Tune des ampoules de Monza (Mozzoni. vu. 84), ou bien portant d'une main un flambeau, tandis qu'elles tiennent l'autre appuyée à leur joue, en signe de douleur : exemple le diptyque de Rambona (Buonarr. Yetii. in fine. — Sur ce geste, voyez notre art. Mains). Sur les croix portatives, ces emblèmes figurent ordinairement au sommet de la tige verticale. Souvent ils sont accompagnés de leurs noms : sol-luna ; dans le crucifix du cimetière de Saint-Jules, ce dernier nom est écrit perpendiculairement derrière le croissant :
On croit vulgairement que les images du soleil et de la lune sont placées sur les crucifix pour rappeler l'obscurité simultanée dont ces deux astres furent atteints au moment de la mort du Rédempteur. Mais nous regardons comme plus probable qu'on a eu l'intention d'exprimer ainsi les deux natures de Jésus-Christ, la divinité par le soleil qui brille de sa propre lumière, l'humanité par la lune , corps opaque qui , ne brillant que d'une lumière réfléchie, est sujet à diverses phases d'éclat et d'obscurcissement, tout comme la nature humaine qui, unie dans la personne du Christ à la nature divine, participait à la splendeur de celleci, sans être cependant aflranchie des défectuosités qui lui sont propres, en tant que nature finie ou bornée : c Uina, dit S. Grégoire le Grand (Homil. Il Jn Evang,), in sacro eloquio pro defedu carnis ponitur; quia dum menslruis momentis decrescil, defedum nostrœ mortalitatis désignât. »
L'interprétation ici proposée puise une grande force dans cette circonstance que les deux astres ne paraissem nullement voilés sur les crucifix, et que quelques-uns même, comme par exemple la
fresque du cimetière de Saint-Jules, les montrent dans tout leur éclat, dirigeant leurs rayons sur la croix. On en peut dire autant de ceux où le soleil et la lune sont représentés sous figure humaine, avec des flambeaux à la main. Mais ce qui nous parait plus décisif encore, c'est que ce n*est pas seulement dms la scène du crucifiement que les monuments chrétiens montrent Notre -Seigneur accosté du soleil et de la lune, mais dans d'autres circonstances encore, par exemple dans le sujel de la résurrection de Lazare : c'est ce que nous montrent notanunent les peintures d'une intéressante catacombe de Milan, découverte en 1845. Enfin l'adjonctii n à ces emblèmes des sigles a et w, qui est assez commune dans les diverses représentations du crucifiement, achève à nos yeux la démonstration.
2' La Sle Vierge et S. Jean, debout des deux côtés de la croix, selon le récit évangélique (Joas. xn. 25), et appuyant leur joue sur leur main, geste de convention dans l'antiquité 'pour manifester une grande douleur (S. Cyprian. EpisL xij.Dans les croix mobiles, ces deux saints personnages, toujours avec le même geste d'aflliction, figurent, soit en pied, soit en buste, aux deux extrémités de la traverse (V. Borgia. De cruce Yaiic, p, 45), avec leurs noms à côté m-p. er, mater Dei, et HOANA, Joannes, Ailleurs on lit, en toutes lettres ou en abrégé, les paroles mêmes adressées du haut de la croix, par le Sauveur, à Marie et à Jeaii (Joan. ib. 26. 27), tantôt en latin, comme sur l'ivoire de Rambona : mvlier em filius tms; wssi- PVLE EccE mater tua, ou en grec, exemple la croix pectorale des arcbiprètres de Monza : us ecce, orc Filiui, coT tuus : uor ecix, mhtbp mater, cot t«a.
3' Les deux soldats, l'un avec l'éponge imprégnée de vinaigre, l'autre avec sa lance (Joan. M- 29. 34). Ce sujet se rencontre rarement sur les monuments les plus anciens; Tun des reliquoii^ de Monza en offre pourtant un exemple (Mozxoni. vu. 79. b). Plus tard, il devient commun; wosi les deux soldats se voient sur un ivoire du huitième siècle de Cividale en Frioul (Id. vni. p. 89).
4* y intéressant monument que nous venons de citer présente une circonstance plus inusitée encore, et dont nous n'avons pas vu d'exemples ailleurs: ce sont deux soldats, l'un assis, l'autre debout, qui tirent au sort la tunique de Notre- Seigneur représentée entre eux (Joan. ihid. 24).
5* D'autres accessoires sont quelquefois joints aux crucifix, lesquels, sans être tirés directemait du texte sacré, en sont néanmoins évidemment inspirés. Ainsi, au bas d'un très-ancien cruciûx donné par Ves>trini (Academ, di Cortona. t. twp. 148), se voit un homme nu, à demi couche, ou plutôt se relevant de terre. C'est l'image de l'humanité tombée par le péché originel, et qui se relève par la grâce de la rédemption, figurée par une main isolée. Le même sujet était représente d'une manière plus complète, dans une mosaïque de l'ancienne Yaticane (Cîampini. De sacr. adif. tab. xxiu. p. 75). Ici il y a deux personnages,
GRDC -.!
l'ualout à fait coud]£; l'aulre, qui parait èlre une Itatae, un genou seulement en (erre, saisit la main que lui tend Notre- Seigneur apparaissaDi dans une wré<^. Ces deux personnages sont sans doute Adim et Eve, que nous voyons ailleurs (ïoaoni. Aid. p. S4. c. E. c. l) ageDDuillés au pied de la croit. La vénérable croix slalionale de Saint-Jean deUtran (Ciampiai. Yel. mon. n. lab. i) présente quelque diose d'analogue. D'un cOlé de Jésus en croix est une porte, qui n'est autre que celle du pindis terrestre, de l'autre un arbre, l'arbre du bien et du mal : rapprochement qui rappelle que rhaminité, perdue par le Trait déTendu, a été rébaUlitée par la croii de Jésus-Christ.
6* La Jitrwet emblimatiquet de* quatre évangélida M voient au revers de la croit de Velletri, et sur beaucoup d'autres monuments du même genre; d'autres craciGi ont deux anges se tenant en adoration. Tel était celui de l'intérieur de l'oratoire de la Sainte-Vierge à Saint-Pierre au Vatican (V. ci-dessus).
7* L'usage de placer aux pieds du cruciQi un crâne, wA seul, soit accompagné de deux os croisés, est relativement moderne. On suppose que c'est on crine d'agneau , destiné à remplacer l'agneau lui-m&ne, qu'on représentait dans celte position pendant la première période du crucifix proprement dit.
S* Le crucifix du diptyque de Hambons (Ap. Baonarroli) présente celle circonstance particu- Uére que, au bas de la croix, Ee voit la louve allaitant RomuJns et Remus. Cet emblème signifie, pense-l-on, que le Christ, par sa croix, a conquis tout l'univers dont Rome est la t£le. Celte idée est complétée par le sujet qui fait pendant à cdoi-d sur l'autre tablette, et qui, contrairement à l'opinion de Buonarraoli, nous paraît être une Victmre ou un ange portant d'une main une palme, symbole de la victoire du Christ, et de Tautre un flambeau allumé, symbole de la lumière énogèlique qui allait illuminer toute la terre; peut-être encore a-l-on voulu indiquer ainsi que (elle ville fut établie par le Rédempteur, en tant que siège du prince de ses apôtres, la base et le tondement de son Eglise.
VL — Représentait-on le Christ en croix vivant on mort! Vivant jusqu'au oniiéme siècle, mort de|mis celte époque [V. Borgia. De cruce Velil. p. 191). C'est ce qui résulte de l'ensemble des moaiunents écrits ou Bgurés, réunis par les satants spéciaux. Le premier exemple de Christ représenté mort est fourni pas un manuscrit in-4' de la btbLiothëque Laurentienne de Florence, datant ï peu pr^ de 1059 {Borgia. ibid. p. 191). Auparavant, l'Homme-Dieu, sur la croix, ne paraissait point souffiir : sa tète était droite; ses yeux ouverts orrraient en quelque sorte un emblème de ton immortalité.
1^ monuments relatifs au crudOement de ^'otre-Seigneur rommençanl & peu prés où finit le domaine de l'anliquitè proprement dite, nous avons dû, pour traiter cet important stget, qui a
1 — CRYP
sa place obligée dans un dictionnaire d'archéologie, anticiper sur le moyen âge. Le lecteur nous le pardonnera : cette notice ne pouvait être un pâu complète qu'à celte condition.
CRYPTES. — Ce mot, dans son acception générale, dèïiigne un lieu souterrain et obscur, au-dessous d'une maison ou d'un édifice quelconque. Hais quand il s'agit des catacombes, les antiquaires qui ont écrit sur celte matière, et en particulier le P. Marchi (p. 168), distinguent les cryptes des eubicula. Les cryptes sont relativement aux ctibieuia ce que le tout est à la partie. Cette
distinction est fondée s
(1 passage on ne peut
plus clair d'Anastase le Bibliothécaire (/n S. Marcellin.), où il dit que H^rcellus ensevelit le corps de S. Harcellin, pape, et de ses compagnons : • sur la voie Salaria, au cimetière de Priscille. dans la chambre claire, in cuhiculo claro, qui s'ouvre jusqu'à ce jour dans la crypte près du corps de S. Crescention, in c»ink jiûia corpiu S. Critcentionii. Selon toute apparence, la crypte en question se composait de deux eubicida, l'un dans lequel Marcellus ensevelit Harcellin et ses compagnons de martyre, l'autre où reposait précédemment le corps de S. Crescenlion. Le mot de crypU employé dans ce sens se rencontre aussi dans les monuments épigraphiques (Uai'clii. p. 102] : ur. CBTPïi.HOBi.aKTRû.e»ii||cTvp; M. Perrel (t. xiix, 67) en donne une. d'après Settele, où il est dit aussi qu'une crypte nouvelle, cavnx hov*. avait été pratiquée au cimetière de Balbine pour la sépulture d'un nommé iibinvs, et de sa femme probablement, car le tombeau est bisome.
Il y a encore celle différence entre l'un el l'autre que les a^icula étaient en général des sépultures de famille, établies .n leurs frais et de dimensions étroites, tandis que les crypUt, qui au fond n'étaient autre chose que de petites églises munies A'arcotolia, servaient aux réunions des fidèles et à la célébration des saints mystères, et pour cela étaient plus spacieus<^s, plus élevées el toujours doubles, pour la séparation des deux sexes (Y. Narchi.
p. 161). Elles ont quelquefois une entrée en cintre ornée de deux pilastres (V. Marchi. lav.
XI x), avec des chapiteaux d'une certaine élégance; la Hgure ci -contre peut en donner une idée. Souvent encore on
gonds des portes
qui séparaient li crypte proprement dite d'un
vestibule qui était destiné aux caléchumënes.
CDBI
CUBI
Boldettî atteste avoir encore tu en place une de ces portes qui était en fer (V. les art. Cubicula Basiliques chrétiennes^ Confessio^, On trouvera beaucoup de plans de cryptes des catacombes dans l*ouvrage du P. Marchi, et dans celui de M. Perret (t. ui. pi. ixix. XXX. xxxi). U y a des cryptes qui reçoivent du jour par une ouverture donnant sur la campagne romaine (Y. Tart. htminare cryptœ). 11 y a des cryptes à trois chambres (Marchi. tav. xxxni) : la plus ornée, qui est en vue des deux autres, était probablemeiit réservée au clergé.
Beaucoup d^anciennes églises de la Gaule possèdent des cryptes remontant à Tépoque de la première prédication de rÊvangile dans nos contrées. On y voit un modeste autel de pierre, autour duquel sont des sièges grossièrement taillés dans le roc. Quelquefois des restes de peintures paraissent encore sur les murailles. Les plus belles cryptes de Franje sont celles de Chartres, de Bourges, de Saint-Denis. Celle de Saint-Mellon de Rouen présente tous les caractères d^une construction du quatrième siècle. Les corps de S. Mellon et de S. Yiclrice y reposent dans des tombeaux surmontés d'ouvertures cintrées qui rappellent tout à fait les arcosa-' lia des catacombes. Nous ne devons pas oublier la crypte de Saintes, où le tombeau de S.Eutrope fut retrouvé le 19 mai 1843 (Y. Recueil des pièces relatives à la reconnaissance des reUqttes de S. Eutrope de Saintes, — Saint-Jean-d'Ângély, in-4*).
CUBICULA. — Ce sont des chambres sépulcrales dans les catacombes, et, dans cette acception, le mot cubiculum est exclusivement chrétien ; les païens ne Tont jamais appliqué qu'aux chambres où dormaient les vivants (Marchi. p. 100). Les monuments lapidaires établissent le fait de la manière la plus incontestab'e : Bosio avait trouvé dans Vatrium de Tantique monastère de Sainte-Agnès une pierre écornée que sa vieille expérience n'hésita pas à reconnafire pour avoir servi d'architrave à la porte d'une chambre funéraire; on y lisait : cvbic\xvm DOMinARi; et le P. Marchi a vérifié la justesse de cette attribution dans un certain nombre d'autres marbres découverts par lui. Ainsi, au cimetière de Caliiste : cvbicvlvs FAL GAVDFRTi ARGENTARi. ctc. Une iuscriptlon de 1 an 336 (de' Rossi. n. 45) indique le cvbicvlvn.
ATREUAB MARTniAB.
La forme de ces chambres est très-variée : il y en a de circulaires et de demi-cîrculaii*es ; d'autres sont carrées, triangulaires, pentagones, hexagones, octogones. Quelques-unes recevaient le jour par une ouverture donnant sur la campagne, mais la plupart sont obscures, et n'étaient éclairées que par des lampes, suspendues h la voûte et dont plusieurs ont été retrouvées en place (Bottari. i. 17), ou insérées dans de petites niches, ou bien encore posées sur des consoles de marbre ou de terre cuite.
Les cubicula dont nous nous occupons, et qui étaient en si grand nombre, qu'il s'en est trouvé plus de soixante dans la huitième partie du cime-
tière de Sainte-Agnès (Nafdii, p. lOi), n'étaient à proprement parler que des sépultures de famille [Y. le plan à la fin de l'art. Catacombes). Au fond de la chambre, ordinairement terminée en abside, comme une chapelle, est un tombeau de martyr dans un arcosolium (Y. l'art. Arcoioliwn] ; et c'est la pieuse ambition de reposer près de ces reliques vénérées qui déterminait les fidèles à s'imposer des dépenses quelquefois très-considérables pour se préparer ce tombeau, à eux, à leurs parents et à leurs amis. Et tel était cet empressement, que quand le cubictdum n'était pas assez spacieux pour recevoir tous les membres de la famille, on creusait, en dehors de son enceinte, un certain nombre de loculiy en ayant soin d'indiquer par une inscription qu'ils appartenaient à la sépulture collectiTe du cubiculum voisin : par exemple (Marchi. p. 101):
LOCA ADPERTINBRTIS AD CVBICVLVH GERM\XAHt. D'aulrCS
fois, quand tout l'espace était occupé dans ces chambres funéraires, s'il survenait d'autres morts dans la même famille, on ouvrait pour eux de nouveaux loculi, sans avoir égard aux peintures dont ces hypogées étaient décorés. C'est ainsi qu'ont péri les décorations les plus remarquables de quelques chambres, et notanunent dans le cimetière de Prétextât nouvellement découvert (Y. à ce sujet notre art. Ad Sanctos et la gravure qui y est annexée).
U y a des cubicula qui comprennent jusqu'à soixante-dix loculi d'inégales grandeurs, rangés en dix étages, et plus de cent corps, tant d'enfants que d'adultes, pouvaient y recevoir la sépulture- Celui que le P. Marchi donne dans sa planche xvii^ et dont voici le plan est, ainsi que quelques autres,
d'une architecture tellement correcte et élégante, qu'on croit pouvoir l'attribuer au deuxième siècle. Il est de forme circulaire, et a une voûte spbéri-
CIW ~ 2
qne, ippuyëe sur une archilnve drculaîre que SMilKniteat six pilastres Irés-saillinls.
nus Urd, selon S. Paulin de Me (Ep. in. Ad Snn-.). ou donna le nom de evbievla à certaines pièces ménagées dans l'intérieur du portique des builtqnes, et où se retiraient ceui qui voulaient, en particulier, vaquer à la lecture, à la médilatioD e( à 11 prière.
CUBICVLAIUI. — Clercs préposes dans l'anliquilé i la garde des tombeaux des marlyrâ. Jmslase le Bibliothécaire semble attribuer leur première ioslîlution à S. Léon le Grand (Anast. /n Lton. \), à moins qu'il ne s'agisse ici spécialement des gardiens de la confe»*ion des ap4tres S. Pierre et S. PjdI : Hic conttituil, et addidit tupra tepulrra apoitoionim ex clero Romano cuilodet, qui dinafar eubicuhrii. Nous ne sachons pas qu'il existe aiicone diiïérence entre ces fonctionnaires ecclésiastiques et ceux qui étaient appelés nuirljirani(V. cemol). tluratori(p. 341) donne l' inscription suivante d'un cubicularitu, mort sous le consulat de Probianus, c'est-à-dire en 471 :
Dans le pavé de Saint-Paul hors des tnurs fut trati«èe l'épitaphe d'un deccvs qui probablement anit été eiibiculaire de cette basilique : deci. cdbi- OLui. KTiti) Batitica (Restitution de II. de' Itossi. huer. Ckritt. I. p. 4U7). Nous avons aussi dans borgia {Yalican. Confeit. p. liv) les épilaplies de plusieurs nfti'cufarii de la conression de S. Pierre. Il j avail les eiAieutarii des empereurs, et nous savons que des chrétiens remplirent ces fondions domestiques (Lami. Detrudit.apoel.p.Zbi); mais quaod il s'agit de ceui-ci. le rnot iveuilj est toujours le complément de cubiculariut et en détermine le sens. Théonas, évéque d'Aleiandrie à la un du troisiètne siècle, nous a laissé une lettre adres- ^ au préfet des cybicularii, dans laquelle il leur p escril la manière d'eiercer ces hautes fonctions auprès de l'empereur, sans manquer à leurs devoirs de chrétiens (V. Galland. Bibliolb. PP. I. vi. p. 69). I^iand l'épitaphe porle cubiculariut tint addilo, il n'j t pas d'invraisemblance a l'allnbuer â un cubicitlnriiu ecclésiaslique. Le martyr Ujacinlbe, qui mourut à Césarée en Cappadoce du supplice de la faim, atait été ndiicularia* de Trajan (Maiigrol. fin*. iujul.).Kous avons dans le recueil de M. de' Roui (I. I. p. 9) l'épilaplie d'un chrétien nommé Fuwiu, qui fut affranchi des empereurs Marc- .^aréle et l^idus Verus, et cubieulariia de Comnnde, * ctbicvio «tg. Le:> SS. Aérée et Achillée étaient cvbieuiarii de Flavia Domitilh, femme de flaiius Clemens, consul et martyr sous Domitien, MO cousin (Id. Bvli. 1865, p. 2S). On doit citer OKore le martyr Gorgonius qui, étant euiicuJariuj de biodétien, avait converti  la foi, avec l'aide de wn (ollégue Dorothée, tous les ministres de la cliambre de cet empereur. Des femmes rem-
1 — CUIL
plissaient ces fonctions auprès des princesses ou des personnes de condition élevée (Id. p. 263. n. 613). Nous avons une épilaphe de la fin du quatrième siècle qui mentionne une cuh'cHlaria chrétienne: cvbicvurue RBowiB.... (V. l'art. Profemoju exercieë par le» premieri dirétient).
CUCURBITE. — Y. l'art Jonoi.
CUILLER LITURGIQUE (uscc, cocklear).
— De temps immémorial,les Grecs se servent d'une petite cuiller d'or ou d'ai^enl pour distribuer la sjinte commuinion. On peut voir ici la forme de cet instrument ; nous le reproduisons d'après Goar (KTxOÀorioH. p. 153). Avec celte cuiller, on donne
aui ecclésiastiques du second ordre quelques gouttes du précieux sang, et aux laïques une particule trempée dans le calice. L'usage du calice est réservé aux seuls prêtres. Le root )^;, qui est son nom grec, répond au latin forcepi ; et ceci fait allusion à la vision dlsaîe, où un séraphin tire de l'autel avec un forcepi un charbon ardent, dont il louche les lèvres du prophète pour les purifier. Or, selon la mystique interprétation du patriarche S. Germain, laquelle est familière à tous les Orientaux, le Christ est un charbon divin et spirituel qui brille ceux qui s'approchent de lui, indignes ou téméraires. Voici, d'après Arevalo, dans son commentaire à Sedulius [Carmen paicale, lib. lu, V. 300), une cuiller qne l'on croit avoir ansai servi dans les synaxes. Elle représente Notre-Seigneur à cheval sur Tânesse, sujet souvent reproduit dans nos monuments chrétiens (V. l'art. JinaaUm], mais qui aurait ici une signiHcation toute spéciale
à la sainte eucfaarislie. Il rappel erail en effet au fidèle qui s'approche de ce divin mystère les paroles
CUIL