‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 108 sur 275 · IV · texte numérisé non relu

IV

Fig. 451)9

59 Lampe chrétienne de bronze.

[des croix ou

Fig. 4600. — Lampe d’argile.

sous le nom de lampe du grand-duc nc lampe c"“"jiiverle à Rome au siècle dernier, sym- . Toscane, < ,M ];j forme d’une barque que conduit

saint Pierre ou peut-être Jésus lui-même, assis au gouvernail ; un autre personnage se tient debout à la proue dans l’attitude de la prière 1 . Comme les lampes de l’époque proprement païenne, les lampes chrétiennes étaient parfois décorées, en avant de l’anse, d’un ornement qui pouvait servir de manche ; la forme en était généralement cir- I. re Les reliefs qui ornent plusieurs de ces disques Egalement d’inspiration chrétienne : ils représentent des monogrammes, l’agneau pascal, le poisson, etc.2 Parfois ces disques sont évidés (hg. 4599); la croix ou le monogramme sont alors comme découpés dans la terre cuite ou le métal3. Enfin quelques lampes sont ornées de l’image du chandelier à sept branches (fig. 4600), motif d’origine juive et qui devint chrétien

De tout ce qui précède, il résulte que les fabricants de lampes, pendant plusieurs siècles, eurent à leur disposition un répertoire vraiment énorme de sujets, de motifs, de ligures extrêmement variés. Comment ce répertuireavail-ilété composé ?Dans quelle mine, à quelle source fut-il puisé? Une conclusion scientifique ne pourra être formulée cpie lorsqu’on aura retrouvé l’origine certaine d un grand nombre de ces motifs. Jusque-là, il faut se borner à signaler quelques ressemblances plus ou moins accentuées. Par exemple, Bircli a déjà remarqué l’analogie frappante qui existe entre le sujet relevé sur quelques lampes, cle la Ménade en furie portant un [chevreau à demi déchiré, et plusieurs bas-reliefs néoptiques, qui reproduisent un original attribué parfois à Scopav’ ; la même observation a été faite à propos une lampe trouvée à Rome 6. La Victoire debout sur Pn globe, tenant une couronne d’une main et une palme I c autre; la Fortune ayant comme attributs une corne

Bue 0.n^anCe et un gouvernail : ces deux motifs, si frél^en s sur les lampes antiques, ont été certainement ppas * après des œuvres de la statuaire. Il n’est pas non reconnaître dans les motifs de Vénus uneivi] d Une hydrie et de Vénus accroupie devant des a""11' *le’ des C0P*es> lointaines sans doute, à cause CPpt,n "S'0ns eb de l’imperfection du travail, mais luYém " lM Pr°bables de la Vénus de Praxitèle et de PPochor 1 louP*e Daedalos. Il est curieux de rapen faveur n°tifde ^'nerve déposant dans l’urneson vote ,leste 4601), traité sur plusieurs lampes,

. S’ Uailoli, O. i ni ,i

( 5 Rossi, Bull. ^ ’ P • Xxxu î Martin et Cahier, O. I. III , pl. i, p. 15;

-, 2 MUs : j le°l‘ C1 i8^' *^07 ; Martigny, Dict. des a nt. ohrét. au mot «6linonle, Not. de aV!9erir' Ul> P- « et s.; pl. x (n« 8-13). — 3 Trouvés à fc. Bari^u , ' 1882- § 32; Duruy, Hist. des Bomains, t. VII, p. 540;

«rloli, Le

a,llr /«cerne , III, pi.

xxm, xxiv'. — ’> De Kossi, Borna sot ter.

du même motif reproduit sur une gemme et sur plusieurs bas-reliefs [l. I, p. 398-399] ; la ressemblance présuppose un original commun. Les représentations si nombreuses de gladiateurs ont pu être empruntées par les fabricants de lampes aux fresques ou aux tableaux que les riches magistrats faisaient exécuter pour conserver le souvenir des jeux qu’ils avaient offerts à leurs concitoyens 7.

Il n’y a, au point de vue artistique, aucun parallèle à établir entre ces produits communs, souvent grossiers, de l’industrie romaine, et les œuvres de la céramique grecque. Toute proportion gardée cependant, et sans oublier les réserves nécessaires, nous pensons qu’on peut dire de ces reliefs ce qu’on a dit des peintures de -vases qui nous conservent l’image lointaine de chefs d’œuvre disparus, qu’ils « sont à peu près pour nous ce que serait l’imagerie de nos revues et de nos journaux illustrés, si notre art périssait tout entier d’un seul coup... 8 ». En second lieu, ces innombrables documents, recueillis dans presque toutes les provinces du monde romain, placent sous nos yeux, nous font connaître les sujets, les motifs préférés, populaires, dont on aimait, aux premiers siècles de notre ère, chez les païens et chez les chrétiens, à décorer le mobilier usuel. Avec eux et par eux, nous pouvons pénétrer dans un domaine reculé, encore un peu obscur, de l’histoire de la civilisation antique.

Outre les sujets figurés et les reliefs, les lampes antiques portaient fréquemment des inscriptions, soit imprimées à l’aide d’une matrice, d’un timbre, soit gravées à la pointe avant la cuisson. Il est nécessaire de répartir ces inscriptions en plusieurs catégories très distinctes. Les unes sont destinées à rappeler les circonstances dans lesquelles ou pour lesquelles la lampe a été fabriquée. D’autres sont les légendes de l’image ; elles indiquent avec précision à l’acheteur le sujet représenté sur la lampe. D’autres sont des acclamations ou des formules par lesquelles soit le fabricant, soit la lampe ellemême, s’adressaient au public. D’autres enfin, et ce sont de beaucoup les plus nombreuses, sont des signatures de potiers, de véritables marques de fabrique.

A la première catégorie appartiennent les lampes où se lisent tantôt en toutes lettres, tantôt abrégées, certaines formules bien connues, telles que celles-ci : Annum novum, faustum, felicem mihi(o\i tibi). — Genio populi Romani féliciter , G. P. R. F. — Ob cives servatos , Ob. civ.Serv .° Souvent ces inscriptions sont gravées sur un bouclier rond tenu par une Victoire. Les deux premières formules expriment des souhaits; la troisième

p. 010 ; Cotai, du Musée d'Oran, I, p. 125, n“ 300 ; La Blanclièrc et Gauckler, O. c. p. 201, n. 589-591. — s Bircli, O. e. 2' 6d. p. 131. — 6 Bull, comun. 1887, p. 300, D. 8. — 1 Gladiator, p. 1599, xxiv. — 8 H. Potlicr, Calai, des vases antiques de terre, cuite du Musée du Louvre , 1, p. 14-15. — 9 En particulier, C. inscr. lut. XV, 2e part. t. I, ii"> 0195-6220.

LUC

rappelle au contraire des services rendus. Sur d’autres lampes, on lit Saeculi, Saeculo, Saecul ; ce mot est gravé tantôt sur le liane du récipient, tantôt au revers de la lampe. Diessel pense qu il fait allusion aux jeux sécu- Ieiies . De même le terme Publica inscrit sur quelques lampes à la suite d’un nom de potier : Clemenlis Puht ica, Hernioti(s) publicu , signifierait que la lampe a été fabriquée spécialement pour une cérémonie ou une illumination publique.-. Sur d autres lampes sont inscrits des noms de divinités, Pallas Victrix, Artémis Ephesiorum ; ces lampes étaient votives, et on les déposait dans les sanctuaires de ces déesses 3.

Ailleurs les inscriptions se rapportent directement au sujet représenté : ce sont, par exemple, des noms de gladiateurs sur des lampes où l’on voit des gladiateurs combattant Afer-Helenos, Sabinus-Popillius , etc. 4 ; ce sont, à côté de scènes du cirque, des noms de chevaux ou de cochers, probablement vainqueurs, quelquefois précédés du mot ccilos, quelquefois suivis des lettres VA, que l’on interprète va(de féliciter) 5 ; c’est le nom du ou des principaux personnages de la scène figurée, ainsi sur quelques lampes déjà citées : Ganymedes 6, Diogenes 7, TU y rus 8 ; c’est encore Aen(eas), An(chises), Asc(anius), sur une lampe qui représente la fuite d’Ënée2; c’est enfin un mot ou une phrase qui illustre le sujet, comme Adj uvale sodales, sous un groupe de petits Amours s’essayant à manier les armes d’IIercule 10 ; Luyeo auprès d'un Génie funèbre qui pleure11; Plus fecisses si plus liceret, sur une lampe trouvée à Carthage, autour d’un guerrier 12.

Parmi les acclamations ou les formules gravées sur les lampes et qui s’adressent soit à l’acheteur, soit au public en général, les plus curieuses ont été relevées d’une part sur quelques lampes très anciennes trouvées à Rome, en particulier dans la nécropole de l'Esquilin, d’autre part sur une série de lampes africaines qui proviennent presque toutes de Caesarea (Cherchell) et de la région environnante. Les lampes de Rome, couvertes d’un vernis noir brillant, portent en graffites sur le disque supérieur ou sur le flanc, des phrases comme celles-ci : Porte, fur; — Ne at/yas, non sum tua, M. sum ; — Sotae sum, noli me tanyere ; — Nie) atiga(s) me, Gemuci sum; — Sum Valeri; — Speri sum13. Sur une lampe grecque d Athènes, on lit de même Mr, cctït-ou11. Ces inscriptions ne se retrouvent pas sur les lampes de l’époque impériale ; il est possible qu’elles soient spéciales aux lampes grecques ou de fabrication grecque. Les inscriptions des 1 lampes africaines de Caesarea occupent le pourtour du disque ; elles sont moulées. La formule générale est : E mite (ou eme) lucernas ab asse colatas. On lit aussi Lucernas colatas de officina asse ne, sans doute pour asse eme, ou bien Lucernas colatas ex oficina Donati 15. Sur un moule de lampe du musée d’Oran, on lit : Qui fecerit vivat et q(ui) emerit. Les fabricants de lampes chrétiennes imprimaient parfois sur leurs produits des

phrases du môme genre, par exemple : Bonn

Donm,.

-nr

mie

Omnia Bonn 16 ; peut-être aussi dest des conseils, si l’on doit lire ûona/o Vita(e), au lieu de Vita Donato Cor(o) inscription moulée sur une lampe africaine do r Ces deux premières catégories d’inscrimin , refl du sujet représenté, formules diverse.

public, doivent être, selon nous, nettement dVTl des signatures de potiers. Elles font partie d ngUéef lion de la lampe. Les autres inscription, ni 7"

maintenant étudier, sont des marques de fal,„„ " Les potiers antiques signaient leurs produits n ■ donc pas étonnant que les lampes portent très ^ ment des signatures. En général ces signatures rJ!"^ le centre du disque inférieur de la lampe. Tantôt élit J été gravées à la pointe dans l’argile encore molle aj la cuisson; ce sont alors de vrais graffites; tantôt' elk ont été imprimées à l’aide d’un timbre; dans ce cas elle! sont en creux ou en relief; les signatures en relief sont) parfois encadrées d’un cartouche cà queues d'aronde ou enfermées dans l’image d’une plante de pied [vestigium planta pedis). Exceptionnellement dans les lampes munies d’un manche triangulaire, la signature est parfois aurevers du manche18. Très rarement, elle peut se lire sur le. disque supérieur ou sur le flanc du récipient19.

Les lampes les plus anciennes, en forme d’écuelle à

un ou deux becs, ne sont jamais signées. Les lampes, que nous avons cru pouvoir appeler lampes grecques, c'est-àdire les lampes rondes, sans anse, à vernis noir métallique, et les lampes delphiniformes, le sont rarement. Au contraire, les lampes de l’époque impériale le sont très souvent. Sur les lampes chrétiennes, les marques de fabrique sont exceptionnelles. Les plus anciennes marques que nous connaissions ont été relevées sur quelques lampes trouvées dans la nécropole de l'Esquilin : l’une se lit PraeseQitis ?), l’autre est un monogramme qui n’a pas été déchiffré 20. A Carthage, sur l’une des lampes néo-puniques trouvées par le P. Delattre au fond du cimetière des Officiales, se lit la marque Vibia ou

Elbial (FLBIA21)- Au revers d’une lampe delpluniforme recueillie dans la nécropole de Bulla Regia, la signature du potier grec est formée de deux lettres, un a et un * entrelacés22. Sur un certain nombre de lampes, les signatures sont réduites à une seule lettre : A, L H, R' etc. 21 ; parfojsj plusieurs lettres sont groupées en un monogramme Le plus souvent les signatures sont écrites en ;d,1,‘8ej mais les noms sont en général reconnaissables, giace aa quelques exemplaires qui les donnent entiers ou Pies^| entiers. La formule complète de la signature était. Exof J cina illius, par exemple : Ex officina Felicis , b-1 uPl 2 1 Kapitonis. Le mot officina est souvent réduit à que q>* lettres ou même à une seule : Ex offici. Nundu'111 o fi. Germani ; ex of. Gargili ; ex o. Pullaeni . E» ^ j était la fabrique d’où sortait la lampe, et b* jçja qui suit au génitif désigne soit le propriétaire m

1 C. i. lat. I. I. 6221. — 2 Ibid. 6223-6229. — 3 Monlfaucon, O. c. t. V,

2e part. pl. clxvii; S. Bartoli, Lucern. Il, pl. xxxv. — 4 C. i. lat. XV, 2“ part, t. I, 6241-6249. — 6 Ibid. 6250-6261 ; cl. Delattre, Marques céramiques ijr. et romaines, p. 21, n. 95. — 6 C. i. lat. XV, 2' part. t. I, n. 6239. — 7 Ibid. 6238.

— 8 Musée du Louvre, salle des vases à reliefs trouvés en Italie; C. i. lat. XV, 2' part. t. 1, n. 6240 ; X, 8053. 9.- 9 C. i. lat. XV, i‘ part. t. I, n. 6236.

— 10 Ibid. 6230; et X, 8053, n. 8. — H Q. i. lat. XV, 1« part. t. II, n. 6234.

— 12 Delattre, Marques céram. p. 15, n. 20. — 13 Ann. d. Istit. 1880, p. 266 et s. C. i. lat. XV, 2« part. t. 1, n«» 6899 et s. - 14 Bull. d. Istit. 1868, p. 59,

/ \V, pal^‘

n. 37. — 13 I*. Gaucklcr, Musée de Cherchell, p. ^V/-/ de i École fri,ni-'

t. I, n. 6752, 6753. — n P. Gaucklcr, O. c. p. 71. — 18 "'"j XV, 2* Parl*

de Home, t. XII, 1892, p. 118, n. 31-33, pl. iv, n. 5. — 19 • (81, n-3®9'

t. I, n. 6520; La Blanchére et Gaucklcr, Catal. du Musu ■ ^ pc|aiire,

— 20 Ann. d. Istit. 1880, p. 91, n. 77 et p. 295, n» 86. - " ' 23 ç, i. W-

céram. p. 19. — 22 La Blanchère et Gaucklcr, O. c. p )■')'’ n‘ (jji l, 6433 , 6466, 8053, 209-214; XII, 5682, 131 ; XV, 2* part. 1. 1, 6266, 633 lat.SW - l,ar*

6569, 6570, 6598, 6651, 6702; cf. Delaltre, O. c. p. 17. —

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