‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 126 sur 275 · II. Ludimagister, maître d’école · texte numérisé non relu

II. Ludimagister, maître d’école

C’est le maître indispensable, celui qui apprend à lire, écrire et compter3, qui donne des connaissances modestes, mais utiles entre toutes. Il correspond à notre instituteur primaire. Du reste, il porte, lui aussi, le nom de premier maître (primas magister ) b On l’appelle encore (les appellations sont nombreuses et celle-ci est plus archaïque, il est vrai6) le litteratorR , le maître qui enseigne les lettres de l’alphabet. Enfin, dans une ville qui a subi autant que Rome l’influence hellénique, comment le terme grec grammatista n'aurait-il pas été employé3? 11 le fut, moins souvent toutefois.

En principe, c’était le père de famille lui-même qui servait d’instituteur : sans cuique parens pro magistro 8. Le vieux Caton restait donc fidèle à la coutume des ancêtres, au mos majorum , en donnant, lui seul, des leçons à son fils9. Bientôt tous les pères ou ne voulurent plus se charger de ce soin, ou ne le purent, à cause des exigences sans cesse accrues de la vie politique. Ce fut un esclave lettré ( litteratus ) ou le paedagogus qui remplit alors les fonctions de maître élémentaire10; et jusqu’à la fin de l’Empire cet usage persista dans la plupart des maisons riches. Mais les familles riches sont l’exception. Les gens de médiocre fortune et les pauvres, qui forment la grande masse du peuple, sentirent le besoin de confier leurs enfants à des maîtres dont chacun grouperait autour de lui un certain nombre d’élèves en vue d'un enseignement public. Les écoles furent créées, et le ludimagister apparut. A quelle époque ? 11 est impossible de le dire, mais l’institution doit remonter assez haut. Sans ajouter foi au récit de Plutarque qui nous parle d'une école de Gabies fréquentée par Romulus et Rémus 11 , il faut bien admettre pourtant que, dès le ve siècle avant notre ère, des maîtres élémentaires enseignaient parmi les boutiques du Forum. L’histoire de Virginie est là pour le prouver12 : elle se rendait précisément à l’école quand Appius Claudius la rencontra et conçut pour elle la violente passion que l’on sait. Un peu plus tard, au temps de Camille, nous trouvons aussi des maîtres instruisant la jeunesse de Faléries 13 et de Tusculum 11 : je rappelle seulement pour mémoire la trahison bien connue de celui des Falisques. De ces faits il y a deux conclusions à tirer: l’enseignement était commun aux deux sexes, ce qu'il semble être resté, même sous l’Empire, dans les écoles du premier degré ls, et d’autre

l Capilol. Marc. Ant. 10. — 2 Senec. Ep. 15, 0. — 3 Aug. Conf . I, 13. — 4 Ibid. — * Suet. Degrammat. ;4Mart. Capella, III, 229. — 6 Apul. Flor. 20. — 7 Ussing, O. I. p. 101. — 8 Plin. Ep. VIII, 14, 0. — 9 Plut. Cat. moj. 20.

10 Ibid . ; Cic .Pro Rose. Am. 41, 120. — H Plut. Rornul. 6. — 12 Liv. 3, 44; Dion.

liai. 11, 28. — 13 Liv. 5, 27. — 14 Liv. 6, 25. — 15 Mart. VIII, 3, 16; IX, 68.

part cette instruction primaire fut de bonne 1 répandue, puisque au début du iv° siècle ,>11,/'^° ilsseî usuelle dans de petites villes étrusques et h'u' ^ Choa® Naturellement les écoles, dans la suite, se JuliLencore, et les ludimagisïri devinre-1 ’ ' " r|,||t

nombreux. Il ne faudrait donc pas croire que, "us fl

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fût restée très en arrière de

rapport de la lecture, de l’écriture et du calo.il 1 , .

, . uu, 1 antique ,

la civilisation moderrm ni M. Mommsen proteste avec raison contre ce préjugé'» ’ii détail, petit en apparence, mais qui a ici une très grajl valeur, prouve l’étonnante diffusion des connaissance] ! élémentaires jusque dans les basses classes delà société'! le mot d’ordre à l’armée, et cela dès l’époque de Pohbe au lieu d’être donné de vive voix, était écrit sur des! tablettes qui passaient de rang en rang11 ; il fallait <]onc que chacun fût capable de le lire. On s’explique alors comment tant d’affiches couvraient les murs des rues de Pompéi, comment tant d’inscriptions gravées sur les ruines révèlent, par leur grossièreté même, une main populaire. En réalité, il devait y avoir fort peu d’illettrés dans l’Empire. Au fur et à mesure que les légions faisaient des conquêtes, l’instruction romaine pénétrait à leur suite. Un ludimagister s’installait et ouvrait une école. 11 en ouvrait non seulement dans les villes ou les villages anciens, mais partout où se formait quelque nouvelle agglomération d’habitants. Ainsi, en Portugal, des mines étaient exploitées dans la région montagneuse d’Aljuslrel; une table de bronze qu’on y a découverte signale, parmi d’autres marchands que les ouvriers attiraient, la présence de plusieurs instituteurs18. Et notez que l’État ne se mêlait en rien de l’enseignement, surtout de l’enseignement primaire, ne s’occupait pas d’en favoriser l’essor, de soutenir les maîtres, d’encourager les parents : il s en remettait à l’initiative individuelle. U fallaitque laideur de savoi r fût bien forte pour avoir développé ainsi I instruction. Mais cette instruction, on ne pouvait s en passée dans l’usage de la vie. Et le sens pratique des Humains! le goût de l’utile, qui leur a fai l faire tant dautrel bonnes choses, les a, une fois de plus, bien sen U. il Ie® a permis de suppléer à l’intervention du gou\einemenl Ces maîtres si nécessaires n’étaient pourtam P ^ ' • niés. 11 s’attachait d’abord à eux cette défaveur qui env® loppait d’une façon générale les fonctions rétuluu - ^ enseignaient pour de l’argent. Sous quell* 11 Ij recevaient ce salaire, nous le verrons loui Mais tout salaire, quel qu’il fût, était dégrat a... 1

des Romains et leur semblait « un gage de . 1 n juS On sait combien ils méprisaient le commerce • <

trie. « Une boutique, disait Cicéron, ne P1 11 mme

d’honorable an. » Or une école est une bon u ^ & les autres, dès qu’on y paye la maie an j droit aux mêmes dédains. Et Sénèque, ai au rang refusait de mettre la profession d m> ( onViennent à des professions libérales, de celles toujours

l’homme libre21. De plus, le ludimagis ei lernpS 0u d’humble condition, étranger la p llPar . juj aussi affranchi22. Sans doute le grammaticus ^ I

VP S* - lui aussi avait as

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souvent un ancien esclave-

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- 16 Mommsen, Bût. rom. trac!. Alexan.lre, l\ , P-J» ' „ (suppO-

Mar, mardi, Organn. milit. p. 130. - « Corp.mc^ __ „ Ibli I, «-

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.. Senec, En B 8. 1. - « Marquardt, Vie privée,

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21 Senec. Ep. 88, 1.

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