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son frère. Il laut, dit-il, que tous les Trovens soient immolés jusqu’au dernier etsans recevoir de sépulture1.
La rançon du cadavre est encore plus rare dans Y Iliade. Elle ^t cependant mentionnée souvent2; elle se paye aussi au poids de l’or et de l’airain3. Tout n’est pas fini pour le -vaincu, quand il a reçu le coup de mort ; sou corps reste la possession du vainqueur, qui le dépouille et le réserve aux pires outrages. Achille dit à Hector, étendu mourant a ses pieds, qu’il regrette do ne pouvoir manger sa chair crue : « Du moins, ajoute-t-il, ta mère ne déposera pas en gémissant ton corps sur un bûcher, mais les chiens et les oiseaux feront de toi leur pâture4. » Patrocle fait les mêmes menaces à Sarpédon5 ; dans toute 1 Iliade, nous voyons les Grecs et les Troyens pratiquer la coutume de livrer le corps du vaincu aux oiseaux et aux bêtes de proie® ; les plus grands combats du poème se livrent autour des cadavres de Sarpédon et de I atrocle et ont pour objet de leur assurer les honneurs de la sépulture. G est seulement dans les parties du poème considérées comme récentes que nous voyons le vainqueur renoncer à ces atroces vengeances et respecter le cadavre d un ennemi. Achille n'outrage pas le corps d’Eétion ; il lui élève même un tombeau1. Enfin le poème se termine par une scène qui annonce un droit des gens plus humain et des mœurs moins cruelles 8. Achille se sent ému de pitié en voyant le vieux Priam venir, au péril de sa vie, le supplier de lui rendre le cadavre de son fils; il accorde à Priam sa demande, malgré l'émotion qu’il éprouve il n a garde de refuser la rançon infinie, que le poète a décrite avec de longs détails9 ; il supplie Patrocle mort de ne pas s’irriter contre lui s'il a rendu le corps d’Hector pour être enseveli, et il s’excuse en alléguant précisément cette riche rançon 10. Ce naïf égoïsme, loin de gâter cette scène, en fait mieux ressortir la vérité et le naturel.
Plus tard, il se forma, à propos de la rançon d’Hector, une tradition qui n est probablement que le développement d un passage de ce discours sauvage qu’Achille adresse à Hector mourant : « Il n est personne qui puisse écarter les chiens de ta tête, quand même il me paierait dix ou vingt rançons et qu'il en promettrait d’autres encore, quand même Priam ferait peser en or le poids de ton corps11. » Cette tradition, d’après laquelle Priam aurait racheté le cadavre de son fils au prix d’un poids égal d’or, est rapportée par des poètes postérieurs à Y Iliade 12 . Nous la trouvons reproduite sur un beau vase de la Bibliothèque nationale13. Le cadavre d’Hector est placé sur l’un des plateaux d'une grande balance ; un cratère lui fait équilibre sur l’autre plateau. Achille préside à la scène, entouré des héros grecs qui semblent délibérer sur le prix de la rançon. Priam est accompagné de quatre Troyens.
D autres monuments reproduisent plus fidèlement le récit de Ylliade. Nous citerons une table iliaque qui représente la scène de la rançon : Achille est assis dans sa tente, la main gauche sur le sceptre ; Priam est à genoux
* VI, 55-62. — 2 XXII, 3*?, XXIV, 276, 502, 555, 579, 594. — 3 XXII, 340; XXIV, 146, 175, 195. — 4 XXII, 335. — ü XVI, 836. — 6 I, 4 ; VII, 347; VIII, 379; XVI, 559, 751 ; XVIII, 540; XXIII, 21 ; XXIV, 15. - 7 Vl’ 416; il en est de même de la trêve pour l’enlèvement et la sépulture des morts au livre VII ; cf. la note suivante. — 8 Voir H. Weil, L’Iliade et le droit des gens dans l'ancienne Grèce, dans la Rev. de philologie, t. IX, 1885, p. 160. — 9 11. XXIV,
— *-235. 111 XXI\, 592. O D après Eustathe, tpû euebai aurait, dans ce passage (7/. XXII, 351), le sens de uauebai ; mais le plus grand nombre des éditeurs modernes acceptent l’explication de Didyme, tflweai — 12 D’après
les scoliastes A et T de 1 Iliade, ch. xxii, 351, Eschyle aurait le premier rapporté celte tradition dans la tragédie intitulée d>pyy.; r "Ex-copo; Xwxpa ; cf. Nauck, Trag . gr.
u i o 11 voilf,
sur tout son corps par derrière- il tenu , 1 qui s’élend
Achille; Hermès a l’air d’intercéder Püuh ma‘nS Vers Hprmio un cm„ti — -- . - P 1 Lui; derrière
Hermès, un serviteur porte un grand vase
un
autre serviteur tire d’un char un autre vase; au-dessous du char on lit Xuxpa ; derrière Achille, deux serviteurs portent le cadavre d’Hector (fig. 4735) ‘C On doit encore considérer comme une rançon l’indemnité que le meurtrier avait à payer aux parents’ de sa victime. « On accepte, dit Ajax pour fléchir Achille13, la rançon, TrotvVj, d’un frère ou d’un fils immolé ; le meurtrier, qui a sacrifié beaucoup de richesses, demeure au milieu du peuple, et le ressentiment de l’offensé s’apaise, après avoir reçu la rançon. » Sur le bouclier d’Achille était représenté un jugement pour une 7t&ivv) non payée 1C. A défaut de cette satisfaction, le meurtrier devait quitter le pays, même si la victime était un homme du peuple et ne laissait après lui que peu de défenseurs17. Les exemples de ces exilés pour meurtre sont nombreux18; presque toujours le meurtrier a tué un parent 19 ; c’était peut-être là une circonstance aggravante excluant la faculté de la rançon20. Dans la société homérique, la punition d’un meurtre est une affaire privée, qui ne regarde pas l’Etat, mais qui est un devoir imposé aux membres de la famille21. Mourir sans vengeance était a la fois un malheur et une honte ; Télémaque souhaite une telle mort aux prétendants22. Quand ceux-ci ont été immolés par Ulysse, leurs parents ne peuvent acceptei qu’ils ne soient pas vengés ; il faut que Zeus efface de leur esprit le souvenir du meurtre de leurs fils ou dej leurs frères23. Ce désir de vengeance provient del ancienne idée du talion, qui a persisté si longtemps dans 1 antiquité grecque; un meurtre doit être la rançon d un autre meurtre; il y a même, dans la compensation due a a victime, des comparaisons à établir, des valcuis,. o pourrait même dire des prix différents à fixer , c est ain
fr. 2" éd. p. 84; Denys le Tyran avait aussi composé une tragédie ayant , P°“ titre "Extofuî /.ùipa, Tzetzes, Chil. V, 180; Nauck, Op. laud. it C. Ho-
liabelon, Le Cabinet des antiques à la Biblioth. nat. pi. XLI’ P- ‘ ^ A. bort, Sarkophag. II, pl. xxi, n» 45; nous renvoyons à 1111 \aJahrb.
Briining, Ueber die bildlichen Verlagen der Ilischen Tuf < n, __ |5 //
d. k. d. arch. Inst. IX, 1394, p. 436-165, et à l’article 1U*C4® W"U.'.j "696= XV, IX, 632. — 16 XVIII, 498. — 17 Od. XXIII, H8. - 18 dl- H, 6Gj; ’ -, AU |, 335; XVI, 573; XXIII, 85. - 19 Sauf Od. XV, 22 4. — 20 Schoni < ^ ,43;
p. 49. — 21 Od. XV, 271 ; I, 40; III, 197-204, 307. — 22 «• ^ ^ XXIV,
cf. J. -J. Thonissen, Le droit pénal de la rép. athénienne, I>- ‘ •
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. n0le douze Troyens comme compensation qu’AcliiJ**’ patr0Cje . ji évalue la vie de Patrocle à de la 1110,1 ^',1 inaires, comme, dans d’autres circonsdouze glipUié une rançon de douze bœufs1,
lances, 1 ,l1 ‘ , étajt une indemnité représentant une Quand la epe était sans doute fixée à l’amiable
,(.,ord des’ deux partis 2 ; on ne trouve pas
valeur, une
par un d’exemple
un prix fixé à l’avance comme dans l’ancien
n* cette' 'idée de rançon, traduite aussi par le mot . ^/" appliquait à l’indemnité payée pour un dommage ^ ^C esi ainsi qu’Agamemnon, voulant se réconcilier r6?U Achille, propose non seulement de lui rendre l’esclave Briséis qu’il lui a enlevée ; il lui fait offrir aussi des présents magnifiques en dédommagement du tort Ü lui a causé3. Dans ce cas la caution était admise. Démodocus, chantant les amours d’Arès et d’Aphrodite, raconte que Poséidon se porte caution de la rançon qu’Arès doit payer à Héphaistos. Cette rançon pour
I adultère s’appelait p.oi/aYpi'«4 ; c’est la seule que nous trouvions mentionnée dans les poèmes homériques, pour un délit de droit commun.
Ainsi, dans Homère, l’idée de rançon, prise dans un sens très étendu, peut se rendre par deux mots qui ont la même racine : àirotvot etivoiv-q. Le mot à7toiva signifie proprement la rançon qu’on paie pour obtenir la liberté d’un prisonnier vivant ou la remise de son corps s’il a été tué; il désigne aussi l’indemnité qu’on paie pour un dommage causé, ce qui est aussi une sorte de rançon. Le mot Tcotvvq est employé aussi dans ce dernier sens, mais il désigne bien plus souvent l’indemnité payée pour un meurtre ou la compensation exigée pour un meurtre; chez les poètes lyriques, chez Eschyle et Hérodote, ce mot a déjà le sens de châtiment, et c’est avec ce sens que, dès une époque ancienne, il a fourni au latin le mot poena. C’est donc une évolution de la civilisation que nous montrent ici les poèmes homériques : par le développement des idées morales, surtout par un sens plus juste de la solidarité humaine, par une notion plus claire des droits de l’État qui doit protéger la vie de tous, cette rançon, cette indemnité, la Ttotvvj, est devenue le châtiment du crime; le droit pénal a été fondé.
Au \ siècle, les mots ohtoiva et Trotv-yj n’appartiennent P us qu à la langue poétique. L’idée de rançon s’est précisée et circonscrite ; du verbe Auw, employé dans °mère a côté de a7toivaB, on a formé un substantif 'VjV> qui, à son tour, a donné un autre verbe Xu-cpoto ; e tous ces mots ne servent plus qu’à rendre l’idée de [an(;,J" 1" 0Prement dite, c’est-à-dire une somme payée un oui, nir la liberté d’un prisonnier.
lHl'lue historique, le droit de la guerre est le Co ' ' époque homérique; le vaincu appartient,
’u ns’ au vainqueur ; le vainqueur peut le tuer,
' ,l- XXI, 28 2 « 1 «
PriiuMue, s’il " fiai ~ h0raann> °P- 1 P- *9; cf. H. XXIV, 086, Hermès dit à CcHd qu’il a donné ^ ^eS ^recs’ sa ranÇon serait trois fois plus forte que
Vin, 332. Un-T° a Achil,e p0ur avoir le corPs d’Hector. — 3 11. IX, 120. — 4 Od. *es poèmes hoimv"* ^ comme ÇwccY?ta, poay^a, àvSpayota, qu’on trouve dans s'8[|e lcsprtsenu 'lo"^ ^"e SeU*e f°'S ln Aphrod. 140) le mot Sitoiva dé-
^ Mage liomérinue°nil^S C°mme ^ P ü ,CS parents à la fiancée ; ce qui est contraire “‘«c, U. V|, 3g^e jf eSl, ,C Pianc^ fi11* donne des présents d’i'sSva aux parents de la ^supposent ni f • |’ ' *** ’ elc- L’étymologie d'înoiva est douteuse ; les mo-
à çovo-, ,, j ’ Ulle dérivation de l’idée de itovo;, novsTv ; Aristarquc rattache J*'11™. Anecrf. 428 g'™01 î’"Kva est encore employé par Solon, Plat. Leg. 862 c ;
II ; 9ittenlIWge|,’ / la lo‘ de Dracon sur le meurtre ( Corp . inscr. att. 1,61, P*s* *1 sert d„ vJr! /. *. nous trouvons le verbe àxoïvàw, qu’Homère n’emploie
y ' Hérodote emploie le mol uoivg dans le sens de peine, de
et il ne se fait pas faute de le faire ; des villes entières ont été ainsi condamnées à l’extermination. Cependant le plus souvent le vainqueur cherche à tirer profit de sa capture. Par le fait qu’il est pris, le vaincu tombe aussitôt dans l’esclavage; au point de vue légal, il n’y a pas de différence entre le prisonnier de guerre, ai/gâXojToç, captivus, et l’esclave, SoUXoç, servus. En fait, le prisonnier de guerre est considéré comme pouvant être racheté ; et il l’est souvent, à moins qu’il ne soit enveloppé dans la ruine totale de sa patrie, comme cela arriva, par exemple, quand les Macédoniens détruisirent Olynthe ou Thèbes ; s’il lui reste une patrie, une famille, des amis, il a l’espoir d’être racheté. Après une victoire ou la prise d’une ville, le butin est réuni par le vainqueur et vendu. Des troupes de marchands suivent les armées et se présentent à la vente ; le vainqueur, de son côté, a des sortes de commissaires-priseurs, chargés de fixer la valeur des prisonniers ; c’est là un métier qui est généralement méprisé ; Hypéride reproche à Démade d’avoir fait nommer proxène un individu qui avait accepté ce rôle pour les captifs d’Olynthe 6. Les Spartiates semblent avoir apporté un soin particulier à la vente du butin : ils avaient des magistrats appelés Xacpupo7r<nXai, qui étaient chargés de cette opération7. La vente du butin et le règlement des rançons étaient très probablement confiés aux mêmes personnages. C’étaient des opérations délicates; il fallait déjouer les ruses et empêcher les fraudes. Un témoignage suspect attribue à Aristote un stratagème habile qu’il aurait indiqué à Philippe pour reconnaître les Olynthiens riches8. Une ruse du même genre aurait été imaginée par Denys le Tyran, au moment de la prise de Rhégium9. Il arrivait aussi que les vainqueurs se volaient entre eux. Au milieu du désordre d’une bataille ou de la prise d’une ville, les fraudes étaient faciles; des soldats qui avaient fait des prisonniers, au lieu de les conduire à la masse commune, les emmenaient ou les cachaient pour avoir seuls le bénéfice de la rançon 10.
Souvent aussi le règlement des rançons était une opération distincte de la vente du butin ; il donnait lieu à des négociations parfois assez longues, qui étaient traitées par des ambassadeurs. Philippe envoie aux Athéniens son agent Ampliilochos pour régler la rançon des Macédoniens pris par les Athéniens11; quelques années plus tard, les Athéniens ont à faire la même demande à Philippe au sujet de leurs concitoyens pris dans Olynthe ; c’est le comédien Aristodème qui fut chargé de cette mission ; on sait que les débats pour le rachat des prisonniers furent l’occasion de longues négociations qui aboutirent à la paix de Philocrate 12. Quand il fallait traverser la mer pour aller trouver le vainqueur, c’était la Paralos qui transportait les ambassadeurs athéniens13. Une inscription de l’ile de Naxos nous fait connaître les noms de cinq ambassadeurs envoyés aux Étoliens pour
compensation pour un tort, surtout pour un meurtre (II, 134- ; VU, 136 ; IX, 27, )20) ; pour désigner la rançon, nous trouvons le motXùrjov, V, 77 ; au c VI, 79, il y a le mot arcoiva, mais le mot semble pris ici au dialecte lacédémouien , n Piudare, sc trouve le singulier Xùrpov, 01. II, 106 ; VII, 77 ; Isth. VII, 1 ; Pyth. IV, 1 12 ; de même Esch. Choeph. 48 ; partout ailleurs on trouve le pluriel Xùrpu. — 6 Ed. Blass, XIV, f. 76 : oTt aXoOfftiç ’OXûvflou ^ar.Tr; tyivsTo t5v alyixaXciTiov. — 7 Xen. Ages. I, 18; Ilesp. Lac. XIII, tl ; Belle n. IV, t, 26. Les Dix Mille pratiquèrent le même système, Anab. VI, 6, 38 ; VII, 7, 56 ; Alexandre avait en Asie un Ui -rSv fapSàpuy,
Arrien, Anab. III, 6, 0. — 8 Aristoclès, d'après Eusèbe, Praep. ev. XV, 2, 6, p. 792 ; Grote, Bist. gr. XVII, p. 186, n. 2. — 9 Arislot. Oecon. 1349 b, 21 ; Diodore, XIV, 3, 4, raconte le fait d’une autre façon. — 10 Thuc. VII, 85 ; cf. encore le cas de Callias Laccoploutos à Marathon, Plut. Arist. 5. — il Dem. Epist. Pliilipp. 3. — 12 Acsch. De falsa leg. 15-20. — 13 Arrian. Anab. III, 6, 2.
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payer la rançon de deux cent quatre-vingts citoyens faits prisonniers1. Ces négociations offraient aux proxènes une occasion de montrer leur zèle et de chercher des moyens de conciliation entre leur patrie et la ville qu’ils représentaient. C'est ce que firent les proxènes de Coreyre à Corinthe ; ils se portèrent garants du paiement de la rançon des Corcyréens faits prisonniers; il est vrai qu’il y avait dans toute cette affaire une manœuvre politique*. Ces prisonniers corcyréens étaient au nombre de deux cent cinquante ; le chiffre total de la rançon fut fixé à «00 talents, ce qui donne par tète 10200 drachmes, soit 3 talents 1 200 drachmes. Ce chiffre a paru exagéré3 ; nous en trouvons cependant de plus élevés ; ainsi cet Amphilochos, qui, comme nous 1 avons vu, fut envoyé aux Athéniens en qualité d ambassadeur, fut pris par Diopeithès et soumis a une rançon de 9 talents*. De tels prix étaient assurément exceptionnels. A l'époque d'Hérodote, le prix de la rançon des prisonniers de guerre dans le Péloponèse était de 'deux mines5. Aristote indique comme chiffre normal de la rançon, vop.xôv otxatov, une mine, to gvaç Xuxpouaôai6. Mais Eschine porte ce chiffre à un talent et cela pour un homme d’une fortune moyenne 7 ; c’est aussi le prix que nous trouvons pour la caution d’un citoyen 8. Démosthène dit que les citoyens athéniens faits prisonniers par Philippe se rachetèrent au prix de trois ou de cinq mines9; Platon aurait été vendu vingt ou trente mines 10 ; àl’époquè des Diadoques, une convention, conclue entre Démétrius et les Rhodiens, à l'époque du fameux siège, fixa à dix mines la rançon des hommes libres faits prisonniers11.
Nous trouvons donc plusieurs fois la tendance à établir un prix normal pour la rançon d’un homme libre. Eschine, Aristote indiquent formellement ce prix normal, mais leurs évaluations varient dans de fortes proportions : c est un talent, d après Eschine ; c’est soixante fois moins, ou une mine, d’après Aristote. Des écarts si considérables ne doivent pas surprendre. Sans parler des différences causées par les variations du prix de l’argent aux diverses époques, il faut tenir compte de ce fait, qu’ici une des plus violentes des passions humaines pouvait se donner libre jeu, la cupidité, le désir de tirer d’une capture le plus de profit possible. Il y avait là un danger si grand, que des tentatives sérieuses furent faites pour empêcher les surenchères et les taxations arbitraires. C’est là assurément un des côtés les plus intéressants de la question. Des États s’entendent pour fixer le prix de la rançon d'un prisonnier. D'après Hérodote, ce prix était de deux mines pour les États du Péloponèse12; les communes Mégariennes, avant d’ètre réunies en une seule cité, auraient fait entre elles une convention de ce genre13; enfin le fait est assuré d’une façon certaine pour Démétrius et les habitants de Rhodes14 : on fut d’accord des deux côtés à fixer la rançon d’un homme libre à 1 000 drachmes, celle d’un esclave à 500. Nous avons, dans ces conventions, à la fois un des plus anciens exemples du système du prix fixe, et aussi une des plus
1 Cf. Michel, Recueil, 410; Ditlcnberger, Syll. 244; cf. encore une inscription de Théra dans les Inscr. gr. ins. mar. Aeg. III, n« 328 = Ditlcnberger, 921.
- Tliuc. 111, ,0, 1 ; Diod. XII, 57, 2; sur le rôle des proiènes, cf. Monceaux, Les proxénies grecques, p. 17, 27, 72, 75, 77. - 3 La plupart des éditeurs de Thucydide proposent de corriger le passage ; Classen le garde eu faisant remarquer que, si la rançon est si élevée, c'est que les prisonniers étaient les premiers de la cité.
— 4 Epist. Phil. 3. — o Hcr. VI, 79. — 6 Et h. Nicom. V, 10, p. 1134 4, 22.
— ‘ De /ah. leg. 100. — 8 Thuc. VII, 83 ; quand Denys prit Rhégium, il mit les habitants à rançon ; d'après Aristote, Oecon. II, p. 1349 a, 21, il aurait fixé comme prix trois mines ; d’après Diodore, XIV, 111, 4, il aurait exigé une mine pour les
anciennes tentalives d'assurance muiupll cnlre doux partis en lutte. 1 ""“tracté,
de
Nous avons dit qu’en droit la condition d„ guerre, at^gaWoç , était la mènie P"Sonn‘ei
l’esclave, SoüXo?; qu’en fait une différent ^ Celle de
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racheté au moyen d’une rançon. Cette"difr°l
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• i . ovil^icu in sfn»!
mer plus misérable que celui de l'esclave x parlons pas de certains cas où un désir qr,i ' f ,°US ne geance, et aussi la nécessité d’avoir à .ardt dc ven' nombre de prisonniers ont amené lev-ll grand traiter avec cruauté. C’est ainsi, par exemnîpUr * les conduisirent les Syracusains envers les An ’ .que se l’armée dc Ntcias. Nous voulons p^d, ^ * generale, de la façon dont étaient traités le, pi” ',M dans des conditions ordinaires. L'usage était T maltraiter, de leur rendre la vie pénible, «6„, sans dou® de les obliger a se racheter au plus tôt. Le prisonnier 2 guerre était tenu aux fers et d’une façon très étroite II suffira de rappeler combien furent gardés durement par les Athéniens les Spartiates pris à Pylos15 Dans uni discours attribué à Démosthène, il est question ’ d’un prisonnier qui, longtemps après sa délivrance, portait sur son corps les traces des blessures que lui avaient faites les entraves dont on l’avait chargé 16. Agésilas était obligé de rappeler à ses soldats que les prisonniers étaient des hommes qu’il fallait garder, et non des criminels qu’il fallait punir17.
Les discours des orateurs et les textes épigraphiques nous font le mieux connaître la vie des prisonniers et les conséquences qu avaient pour eux et pour leur famille cet état de servitude et la nécessité d’avoir à payer une forte rançon. Un Athénien est pris dans la guerre de Décélie, et vendu; il rencontre enfin le comédien Cléandre ; sa rançon est payée, il revient dans Athènes ; mais il est resté si longtemps à l’étranger qu’il a perdu l’accent attique, ce qui lui cause mille ennuis; on va même jusqu’à rayer son fils, Euxithée, des registres du dême ; c’était lui faire perdre ses droits civiques, et cela parce qu’il a pour père un homme qui, avec un si mauvais accent, ne peut être un véritable Athénien 18.
Le cas de Nicostratos est encore plus intéressant. 11 est parti d’Athènes à la recherche d’esclaves fugitifs10; il est pris par l’ennemi, amené à Égine et mis en vente. Il s’occupe aussitôt de se racheter; sa rançon est tixee à 27 mines : il écrit lettres sur lettres à son frère binon, à Athènes ; il dit dans ces lettres qu’il est dans un état affreux ; en effet, il pouvait encore, au moment du procès, montrer la trace des blessures que lui avaient faites ses
Dinon, n’ayant pas à Apollodore et
des
chaînes. Le frère de Nicostratos, d’argent, emprunte 300 drachmes
part pour Égine. Nicostratos obtient alors que 1
signant
étrangers lui avancent le prix de sa rançon, en un contrat, çuyypaçat, d’après lequel il seLD-„
. “J De leS' J69,
citoyens riches, et il aurait vendu les pauvres avec le butin.
- n Diod. XX, 84. — 12 VI, 79 : 'Axoïva Si Ht
, rnlvuv. Il est regrettable que nousn ayoa»
10 Diog. Laert. II, 20.
Syo (xvéai ztzay;xévai xkt ' avSpa atxf*àWcov éx-ctvetv. n vai icg»«-w » ^ ^
pas d’autre renseignement sur un fait si intéressant. — 13 ^ nicttre
pas d autre renseignement sur un fait si intéressant. ' o-e dc mettra
- 14 Diod. XX, 84. — 13 Thuc. IV, 48, 1 ; Aristoph. Nub. 186. Cet |cJ
aux fers les prisonniers élait ancien : les Athéniens consaerèrcod -'O^^^ ^ ^
entraves qui avaient servi à enchaîner les Chalcidiens pris ?» 1 „ rubul
. r «ai 18 Hnin. LMl»'-'*
entraves qui avaient - - -
— 16 Dem. LIII, C. Nicostr. 4. — « Xen. Ages. I, 21 ; cf. Haussoullier, La vie municipale en Attique , p. 41
18 Dcm. LVdl
19 Dcm.