‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 142 sur 275 · IV. Machines servant au travail des miw< r · texte numérisé non relu

IV. Machines servant au travail des miw< r

) j M*CUWES ET »««* »E GUERRE [TOR,E„J EU1U]

.■«US brièvement, d'abord, 4, certains dispo“i"-f lra*^ sans etre a proprement parler des machines LJ,! cependant mécaniquement. ' ’ ,0nne«t

Tels sont, en premier lieu, les décors [theatriimI a

point de vue de la manœuvre, les Romains distingu tiem.

deux décors de fond : la scaena ductilis et la scaena vèn!

lis On donnait le premier de ces noms à un décor formé

de deux parties verticales exactement raccordées m

glissaient sur une coulisse : pour opérer un changement,

de scene, il suffisait de tirer une moitié à droite l’autre

à gauche ; derrière apparaissait le décor voulu, ônpou

vait de la sorte superposer autant de toiles qu’on voulait

La scaena versilis paraît avoir été composée d’un certain

nombre de panneaux mobiles, peints sur leurs deux

faces : au moment voulu ces panneaux, par l’effet d’un

mécanisme inconnu ( machinis quibusdam), tournaient

sur eux-mêmes et venaient offrir aux yeux un décor 11 ~

nouveau

Nous ne savons pas à quelle date remontent ces

inventions, ni même si elles étaient déjà en usage chez les Grecs. M. Dôrpfeld croit cependant avoir découvert au théâtre de Mégalopolis des traces de la scaena duc

tilis : il existait dans ce théâtre, au beau milieu de la paradas ouest, un long bâtiment (34m,70) appelé skeuol tlxèque , c'est-à-dire magasin des décors, où, selon M. Dôrpfeld, on remisait les toiles, en les tirant d’une seule pièce sur une coulisse 12 . Quoi qu’il en soit, il reste certain que chez les Grecs les changements du décorde fond ont toujours été fort rares. Non seulement on n’en connaît aucun exemple au cours d'une même pièce, mais encore on peut affirmer que le plus souvent la toile restait la même d’une pièce à l’autre. Ce qui le prouve à l’évidence, c’est que des trente-deux tragédies grecques qui nous sont parvenues, vingt-huit ont été jouées dans un cadre à peu près identique, palais ou temple à volonté:. en sorte que la même peinture suffisait, par exempt, pour les trois pièces de YOrestie. Ce qui avait été, dans Agamemnon et les Choèphores , le palais des Atridesl devenait ensuite, dans la première partie des Euménides, le temple d'Apollon Delphien, et, dans la seconde, celui d’Athéna à Athènes13. En variant les décors latéraux au moyen des périodes, on prêtait à cette archilc jllie abstraite autant de significations spéciales qu on mu al '

Dans le théâtre latin, il ne paraît pas que les changemcn 1

de décor entre deux pièces aient été beaucoup pl"'' 1 J quents : « La ville que vous voyez, dit le prologm ^1 Ménec limes, ce sera Épidamnc tant qu on joucm

. __ u Laplnpar*

traclis labulatis hue atqueilluc species piclurae nudabalur 1,1 ,CI 101 ‘ .^es y0jp par des savants identifient, au contraire, la scaena versilis avec les l> nalterth .

exemple Sommcrbrodt, Scaenica, p. 131 et 134; A. Müllei, " ( ^ ||aiglif^^,c

p. 402 et Philolog. XXIII, p. 323 ; Lohdc, Die S/cene der Allen, p. ‘ Eti Theat. p. 4SI. Mais le mot tota s’oppose absolument h colle è| ia

d’après les termes mômes de Scrvius, il est évident que la ^ •’adople est colrf scaena versilis ne diffèrent que par le mécanisme, b opinion | J c!|p„, !iï;hn> ■' (l’O. Müllcr, Kl. Schrift. I, p. 540 ; elle est suivie également par •’ » 1 ,

wesen der Griecli. n. Mimer, p p. 138; cf. Ibid. p. 75

244 12 IJ.'irpfekl-Heisell . Dns y<

13 O. Navarre, Dionysos, p. U4 Slb

et 123.

MAC

MAC

d on jouera la suivante, ce sera une autre P'"' r n autre nom1. »

ville | ration (le la scène grecque était complétée sur La t|(V par les périacles (îcspiaxToi)2. On appelait ainsi leS C" Usines triangulaires, égaux en hauteur au décor *“1 1" Tt établis à droite et à gauche de celui-ci, paralcentr:('ij|l(ll un peu en avant, de façon à former une sorte fm^e ou de coulisse (ai àvw irapoSot) 3. Ces prismes ; P'1^'^ sur Un axe, de là leur nom, et leurs trois faces portaient chacune un décor différent, exécuté a pUinière à se raccorder avec le sujet central ■*. On disir ià de deux changements à vue sur chaque côté. ■au reste, les deux périactes ne tournaient pas toujours '■ h fois'6 : on peut même croire que c’était là l'exception. Poil u x nous signale à ce propos une curieuse convention. Quand les deux périactes tournaient ensemble, on admettait que le lieu de la scène (/topa) était totalement changé. Lorsque au contraire la périacte de droite (il s’agit de la droite du spectateur) évoluait seule, le changement ne portait que sur une partie déterminée (totuoç) du lieu de l’action. Cette convention, évidemment, dévive de la signification locale, attribuée à Athènes aux entrées latérales: l'entrée del’Ouest symbolisait [uistrio] le voisinage immédiat, celle de l’Est l’étranger. Comme exemple du premier cas, on serait tenté de citer les Euménides, où l’action se transporte subitement de Delphes à Athènes0. Danslesecond genre on nommerait VAjax, dont une scène se passe en un bois solitaire, à quelque distance de la tente du héros, tandis que toutes les autres ont lieu devant celte tente7. Toutefois l’opinion à peu près unanime des savants, aujourd’hui, est que les périacles n’étaient pas encore connues à l’époque classique8. La principale raison qu’on avance, c’est qu’elles ne sontcitées que chez desécrivains très postérieurs, Vitruve et Pollux9. Cette raison, pourtant, n’est pas absolument décisive, car, sans une sèche mention d’Aristote, nous ne serions pas plus renseignés sur le décor de fond10. Ajoutons que plusieurs passages des tragiques impliquent l’existence, sinon de périactes proprement dites, du moins d’un décor latéral 11 .

L Poil. Ouom. IV, 126 : zocç ÉxàxEja Sètûv Sûo HuçuivTülviEEçt tîjv [livr^v aXl.ai

JO E1£V «V, JJÎa £X«TEÇWÛEV, zgl; a; aî zEpiaxxoi *X'j;jLzÉzï]yaaiv, 7| atv 5e;..(X xà £;w zôVewç \ ^ xà Èx zoVeiu;, jiâ).i(TEa x& ex Xtjjfcgvoç ' xat OeoO? te DaXaxxtouç IzàyEi,

.j û T 'J tXX/OzTTEfa O’.Ta 7] OEÇiElV fcSlJV aTEÏ * êI S’IzZffTÇaçEÏEV aî ZEOtaXTOl,

( E.'ft |iîv à[EEtg,i tôxov, à^çÔTEçat Si /woav uzaV/.âxToyfftv ; Vitruv. V, G, 8 : Secun- '"'l"n sP»lia ad ornatus comparala, i|uac loca Graeci zEpiàxxouç dicunt ali 1 1 "i '".u liinae su ni in ljis locis versatiles trigonae liabentes singulae 1res spccies ’ (llmc> cum ;u|l fabularum nuilationes sunt fuUirae seu deorum adventus , " r::'us ropentinis, vcrscntùr mutentquc speciem ornalionis in froide.

IV , j ' 1 .H ; Schol. Aristoph. Lysist. 321 ; Atlicn. p. G22 c. — ■ * Poil.

ri^ /J/ j|[*a.a Se u saa;jaxa -y ztvaxE; x(aav ejtovxeç ypaxà; x/j ypEta xwv S^ajxàxüJV

' ' > J 11 “ E-i Ta; zEoiâxxouç, oçoç SEixvuvxa, r, Bàxaxxav. r, zoxajx&v, v,

brodi s ‘ ~ ^ ’ 1 (lexlc cité plus haut, note 2). — G Voir Soninier-

P- l’S s< — 7 Bethe, Proie gom. zur Gcsch. des Theat.im Alterth.

1 opinioi 1 ”a'° ll expliquer ce changement de scène par Yekkykléma. — 8 C'est 0»«„i7'ParllCUlier’ <r0<,||lll'<'l>cii. O. I. p. 243; Ilaigh, 0. I. p. 182; Niejahr, Keiscli ’<c"en' I1' S-t 2. A. Millier, O. I. p. 123, ne se prononce pas.

Périactes dès \ " ^!ea^' P‘ cl 270, admet la possibilité de l'existence dos

dans lo don ni \ ■'/ S'l'C*e' nl0mc P- Gardner, The scenery of tlie greelc stage, Anecd. /Vv. | s-"d- XIX, 2, p. 260-1 . — 9 Un grammairien anonyme {Cram.

c'est là U|J t, 111 al tribue, il est vrai, à Eschyle l’invention des périactes ; mais (?;«,„), 1(^,1™°^"^ SaUS Va,C1’r- — 10 Arist. Poet- 1V • TXr,voTfa=iav EosaxXSj; «mbrasser |es * ',UC le tern,e général dont se sert ici Aristote (crxvoyçafia) Pcut début de !'/.■,■ l< s ,1(' décors. — 11 Le plus probant de ces passages est le

' d'luac|ios; là «tir ^°Pll0ClC 1 « Voici l'antique Argos, la plaine boisée de !a fdle P v°'s à gauche ■ ' a'nc %c‘cnno consacrée à Apollon, tueur de loups; ce que lu arrivés, i l; |(S 1 " leraple fameux d’Héra. Quant à ces lieux où nous sommes

’Hopitlps, » D'„n llllais> c est la riche Mycènes, et voici le palais meurtrier des I ! 11,11 de l'action 1 1 ' * description, la toile de fond montrait l'acropole de Mycènes,

l"0 sur l'um, (|^ U l '' la Perspective d' Argos, elle ne pouvait guère être peinte Icléral ,|B'j| ccinvj|ii|'| ' 1 ,lr Los. Dans l'/on d'Euripide, c’est également sur le décor e placer ce bosquet de lauriers, voisin du temple delphique,

Au nombre des machines du théâtre, on peut encore ranger, en raison du mécanisme qui le mettait en mouvement, le rideau (en latin aulaeum , ou plus souvent au pluriel aulaea). Chez les Romains, il se manœuvrait en sens inverse de notre rideau moderne. Au début delà représentation, il descendait et s’enfoncait dans une crevasse longitudinale, pratiquée sur le devant du loç/éion ( aulaea premuntur) 13 . A la fin de la pièce, pour dissimuler la scène, on le relevait ( aulaea tolluntur ) *3. Selon Donat, le rideau n’aurait été introduit à Rome qu’en l’an 133 av. J .-C. ; on aurait utilisé pour cet emploi un des riches tapis provenant de la succession d’Attale, roi de Pergame, qui avait fait son héritier le peuple romain u. Sur cette tapisserie étaient brodés des personnages de grandeur naturelle ; on la faisait remonter avec une lenteur calculée, de façon que les figures se dressant peu à peu semblaient la soulever elles-mêmes de leurs bras15. Il reste dans plusieurs théâtres romains, en particulier à Ilerculanum, Pompéi, Arles, Orange, des vestiges de la crevasse dans laquelle disparaissait le rideau. Toutefois, on ignore absolument la nature du mécanisme à l’aide duquel il fonctionnait. Les hypothèses, hasardées à ce sujet, n’offrent point assez de probabilité pour qu’il y ait quelque intérêt à les relater ici 1 6 .

Outre le rideau dont il vient d’être question, qui était le principal et fermait toute la scène, il y en eut, du moins à partir d’une certaine époque, un autre plus petit, appelé siparium, qui dissimulait le fond de la scène17. C’est devant ce rideau, par conséquent sur la partie antérieure du logéion , que se jouait le mime [mimus] 18. U servait aussi dans les autres genres dramatiques, pendant les entr’actes et les changements de décors 19. On le manœuvrait, semble-t-il, comme nos grands rideaux de fenêtre, qui se divisent par le milieu et se tirent de chaque côté20.

La question du rideau dans le théâtre grec est fort controversée 21 . D’une part, il n’existe, quoi qu'on en ait dit, aucun texte de l’époque classique qui y

dans lequel Hermès se dissimule (v. 76 : e’ç -po Sf,<ro^ai tw.Se). De

même enfin dans Y Hélène du môme auteur, qui se passe devant le palais du roi de Pharos, Théoclymène, le « cours du Nil », mentionné au v. 1, ne pouvait guère être représenté sur la toile de fond. — 12 Hor. Ep. II, 1, 189 : quattuor aut plures aulaea premuntur in horas. — 13 Ovid. Met. III, 111, voir plus bas. — Donat. De coin. : aulaea quoque in scaena intexta sternuntur, quod piclus ornatus ex altalica regia Romani usque perlalus est. — 13 Yirg. Georg. III, 25 : Purpurea intexti lollant aulaea Brilanni; Ovid. Met. III, 111 : Sic ubi tolluntur festis aulaea theatris, surgere signa soient, primumque oslendcre vultus, | cetera paulalim. placidoque cducta tcnorc tola patent, i moque pedes in margine ponunt. — lf* Voir A. Millier, Philol. XXIII, p. 327-8. — 17 Donat. De com. : Pro quibus (aulaeis) siparia aetas poslerior accepit ; est aiitem niinulum (mimicum ?) vélum, quod populo obsislit, dum fabularum actus commutantur ; Fcst. : Siparium, quo in scenis mimi utuntur, dictum ait Yerrius a velamcnlo, quod vocclur alias aulaeum. — 18 l'est. L. I. ; Juv. VIII, 185 sq. — 19 Donat. L. I. — 20 C’est du moins ce qu'on a conjecturé d'après le terme complicave , plusieurs fois employé par Apulée en parlant de la manœuvre du siparium ( Metam . I, 8 ; X, 29). A. Rich, Dict. des antiq. s. v. croit que le siparium se composait de plusieurs feuilles, que l'on pomail ouvrir ou replier sur elles-mêmes, à la façon de nos paravents modernes. — 21 Pour le rideau sc prononcent (ienelli, Theat . von Al/ien, p. 54; 0. Millier, Eumenid . p. 105; Schneider, Att. Tlteaterw. p. 81, n. 103; Lobdc, O. I. p. 12 sq. ; Wieselcr dans diverses publications (Ersch u. (îruber, Encycl. p. 216 sq. ; Gôtting. Prorectorats-Proyr. 48G6, p. 4 sq.). Contre le rideau sc déclarent Groddeck, De proedria et aulaeo (dans Seebode's miscell. crit. p. 299 sq.) ; Bôltiger, Kl. Schrift. I, p. 402; G. Hermann, Leipz. Litt. Zeit. 1818, p. 1906; Schonborn, Die Skene der Hellenen, p. 34 sq., et d’une façon générale la plupart des savants qui se sont occupés depuis une vingtaine d'années de la constitution matérielle du théâtre grec : A. Müllor, O. I. p. 168; Ilaigh, O. L p. 194; Oehmichen, O.l. p. 245 ; O. Navarre, O. I. p. 126. Cependant une réaction semble depuis quelque temps se dessiner contre cette opinion négative. Voir au sujet du rideau les recherches nouvelles de Weissniann, Milnch. Dissert. 1893, p. 33 sq.; Bethe, O. I. p. 168 sq. ; Ddrpfcld-Reisch, O. I. p. 253 sq.

MAC

MAC

laisse clairement allusion Et ce silence constitue à lui seul une présomption négative des plus fortes*. 1) autre part, le théâtre grec renferme maintes scènes, ilonl la représentation, aux yeux d’un moderne, exigerait impérieusement le rideau. De ce genre sont, par exemple, tous les débuts de tragédies ou de comédies, dans lesquels l’attitude des personnages est la prolongation d un état antérieur. C est ainsi que, dansl’Mndrowiérfe d’Euripide, l’héroïne apparaissait dès le début de la pièce attachée à son rocher3. Dans YOreste du même poète, nous voyons le héros de ce nom étendu « depuis six jours » sur son lit de douleur. De même, dès le premier vers des Ailées, Strepsiade et Phidippide sont couchés et ronflent. Qu on imagine ce que pouvait être la représentation de telles scènes en l’absence de rideau. Il fallait nécessairement que l’acteur prit sous les yeux mêmes du public 1 attitude requise. Dans YOreste, par exemple, un lit était d abord apporté sur la scène ; puis arrivait Oreste qui s’y couchait; ensuite survenait sa sœur Éleclre, qui s asseyait à son chevet. Tous ces préparatifs terminés, celle-ci prenait enfin la parole pour déclarer qu’ils étaient tous les deux, « depuis sixjoursentiers», dans cettesitualion. Le public du vc siècle conservait-il assez de naïveté pouracceptersansprotestations une pareille accumulation d invraisemblances? C’est ce qu’il est bien difficile de décider : 1 imagination du public a, en effet, des exigences ou des complaisances qui varient extrêmement selon les lieux et selon les temps. Récemment, M. Bethe a repris 1 argumentation en faveur du rideau. Il a fait remarquer d’abord qu’aucun des drames grecs antérieurs aux trente dernières années du ve siècle ne présente l’invraisemblance signalée plus haut L Tout au contraire, elle devient fréquente après cette date °, et, ce qui est plus significatif encore, on la rencontre même dans des drames où un très léger changement de structure eût permis au poète de l’éviter". Qu'en conclure, sinon que dans l’intervalle le rideau avait été inventé? Mais, malgré tout, un doute subsiste, qui tient sans doute, en partie, à ce que la question est mal posée. Il n’est pas probable, en effet, que le rideau de théâtre ait été adopté à une date précise et une fois pour toutes. Avant qu’il y eût un rideau permanent, le besoin a dû plus d’une fois suggérer l’idée d’un voile ou écran provisoire, dissimulant jusqu’au commencement de la représentation tout ou partie du décor. Qu’on suppose au début de YOreste un écran de ce genre, placé devant le lit qui sera le centre de l’action, puis enlevé au dernier moment, est-ce que les invraisemblances dont nous avons parlé ne seront pas du coup sensiblement atténuées? Là est peut-être la vraie solution7. Quoi qu’il en soit, il convient de remarquer qu’à Rome même le nom que porte le rideau de théâtre est grec (aùXou'a), ce qui semble bien prouver que les Latins ne l’ont pas

1 \ oir une discussion complèledes textes où l’on a cru, à tort, voir une indication du rideau dans A. Mii lier, Philol. XXIII, p. 327; XXXV, p. 310sq. et Gr. Bïihnenalt. p. 168, n. 3. — 2 Perrot, Le théâtre grec[Journ. des sav. 1898, p. 515). — 3 Voir Nauck, Trag. grâce, fragm. p. 393, fr. 114. — 4 M. Bethe croit môme constater dans la constitution de certaines tragédiesde ce temps, en particulier dans celle des Phéniciennes de Phrynichoset du Prométhée enchaîné d’Eschyle, un eff or t manifeste pour échapper à cette invraisemblance. Mais sa démonstration ne me paraît nullement convaincante sur ce point ( O . I. p. 189). — 5 Exemples : Oreste (408), Troycnnes (415), Suppliantes (421?), Oedipc-Boi (430?), Héraclès furieux (entre 424-420), Andromaque (430-124), Acharniens (423), Guêpes (422). — 6 Bethe, O. I. p. 196. — 7 Üôrpfeld- Keisch, L.l. — 8 Bas Ekkykléma ( Friedl . Gymnasialpj'ogr.) 1890. — 9 Berlin, philol. W ochenschr. 189u, p. 1434, 15-17 ; cf. Capps, The stage in the gr. theat. according to the extant dram. 1891, p. 38. — 10 Bas gr. Theat. p. 234 sq. A la place de Y ekkykléma , M. Rcisch admet, selon les cas, ou le transport des cadavres

i mente», et qu il est d'origine

Arrivons aux machines Il a été traité déjà dans un t

;i» moins alexandr ’ proprement dites.

llil*.

ekky-

1890 M- Neckel s’est donné pour tâche

n i Es

ni Sophocle n'avai

de

prouver

klkma. Mais cane machine a, d“'„t £ ,

pensable de dire „„ mou Dans une

r que

et que c’est une invention des tragiques Euripide et Agathon : invention où se trahit du résiné mauvais goût du temps. L 'Héraclès furieux d’IW senul, au dire de M. Neckel, la seule de toutes’ le, «ed.es subsistantes qui en offre un exemple certain. Dans la plupart des scènes ou on admet communément Per

de la machine, les cadavres

emploi

. . , auraient été simplement

apportes sur la scene par des serviteurs. M. Dôrpfeld non seulement a approuvé les conclusions de M. Neckel mais incline pour sa part à une solution plus radicale’ V ekkykléma, à ses yeux, est un appareil ridicule et tout à fait indigne du sérieux de la tragédie attique II suffisait, pense-t-il, que, les portes du fond étant ouvertes, les acteurs et le chœur vissent, ou plutôt eussent l’air de voir ce qui se passait à l’intérieur du palais9. La thèse I absolue de M. Dôrpfeld a été reprise depuis, avec développements et preuves à l’appui, par son collaborateur M. Reisoh"1. Revue faite de toutes les scènes tragiques* alléguées en faveur de Y ekkykléma, celui-ci conclut sans hésiter par la négative. Restent, il est vrai, les deux passages connus d’Aristophane (Acharn., 404 sq. ; Thesmophor., 9o sq.), où tout le monde jusqu’à ce jour, y compris M. Neckel lui-même, a vu une parodie de Yekkykléma. Pour échapper à la difficulté, M. Reisch hasarde une interprétation toute nouvelle de ces passages ; selon lui, il n’y est nullement question de Yekkykléma ; les verbes sxxuxXeïv et s’taxuxÀEïv y désignent simplement un lit de repos à roulettes sur lequel Agathon et Euripide se font transporter en vue du public, et ce lit roulant serait une parodie de la mollesse et des habitudes efféminées des deux personnages u. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner par le menu ces assertions, qui nous semblent fort hasardeuses. Bornons-nous à dire qu’à nos yeux l’existence de Yekkykléma dès le ve siècle demeure hors de doute12. L interprétation des deux textes d’Aristophane qu imagine M. Reisch est inacceptable13; il reconnaît lui-même qu’elle ne rend pas compte de tous les détails de laj scène des Acharniens 14 . Nous œadmettons pas davantage la thèse plus modérée de M. Neckel ; il n’existe aucune raison de ramener aussi bas qu’il le veut la date de 1 in j vention de Yekkykléma. Tout au contraire, cai ce appareil, bien loin d’être un raffinement de décadence, témoigne, chez les auteurs et le public, d’une naneh i d’une complaisance d’imagination toutes primitif 1 s

sur la scène, ou la simple ouverture des portes. De P*IIS’ '* 1 gur „nc impossible qu’on ait parfois, à titre exceptionnel, tiré (^au* ^ public tiw

coulisse) quelque partie de la façade ou du toit pour penmHi^*^ faveur de vue de l'intérieur (O. I. p. 247). — *1 Ibid. p. 237 sq. 0 fragen (danfc»

Yekkykléma les études récentes de E. Bodeustcincr, j, pcll«e»

les Jahrbüch. f. class. Philol. 19 Suppllband, 1893), p. 9 \\XI1I (1897), 1 O. L p. 100 sq.; C. Robert, Zur Theatcrfragc, dans r/fcriw<w, xXXW,

p. 434 sq. ; cf. Ibid. XXXI, p. 543, 571. - « C.

p. 430. — H II s’agit du mot aa-caÇàSr.v du v. 41 1 . “ 10 1 i|)iair jc|i freilich

der in den Worten i;ôv xa:a liegt, zu vers U' lien il. ^ a°eC infiniment

nicht anzugcbcn » (O. I. p. 239). — Contrairement à N< 1 ' » r usage de l 'ekky plus de vraisemblance, Bethe, O. I. p. 106, essaie d < ,a 11 I n,^me complèteklêma devint de plus en plus rare au cours du v® siècle H < ,sI,a ment vers 420.

MAC

MAC

On a vU

plus haut [ekkyklema] que, si le but de Yekky-

l , l iir rien ne l’est moins que sa construction

Truisme qui le faisait mouvoir. Or une théorie

etle ll||, ' tout récemment proposée parM. Exon, apporte

"“'V h- lumière sur ces obscurités1. Dans quatre des

."•'uiciens relatifs àl 'ekkykléma, un mot jusqu’alors

lt'X| v(;"a attiré l’attention de ce savant : c’est le verbe

D .l-îOai ou (TTpsœeffOaC2. Ce mot décrit assez claire-

^ïmanœuvre de Yekkykléma : il ne s’agit pas,

miuiir' on l’avait cru jusqu’ici, d’une poussée en avant,

I C0'ni mouvement rotatoire autour d’un pivot. Parmais a un 111 . , i . .

, , „„ M. Exon reconstruit la machine ainsi

tant ce et/

il suit ' un axe vertical fixé dans le seuil du mur de fond (une partie de ce mur, qui, à 1 epoque classique, n’était qu’une simple cloison de bois3, mobile autour dudit axe) ; derrière elle, une plate-forme semi-circulaire, y attenante, et roulant sur des roues basses. Faites décrire à ce dispositif un demi-cercle, et la partie mobile découpée dans le mur de fond viendra présenter aux spectateurs, au lieu de la paroi externe qu’ils avaient tout à l’heure sous les yeux, sa face interne ainsi que la plate-forme qui y est lixée. Quels sont les avantages de cette nouvelle théorie? Il y en a plusieurs. D’abord, et c’est là l’essentiel, nous y gagnons de l’espace. La théorie traditionnelle, en effet, qui faisait de Y ekkykléma une plate-forme, poussée en avant hors d’une des. portes de la skénè, ne permettait de lui attribuer que des dimensions fort restreintes ; de sorte que l’emploi de cette machine, en bien des cas où il est expressément attesté par les scoliastcs, devenait singulièrement invraisemblable : en particulier dans les Euménides , où douze Furies y doivent trouver place à la fois, dans VA jax, dans F Héraclès furieux, etc. Or l’hypothèse de M. Exon lève cette difficulté : rien de plus facile que de calculer exactement les dimensions de la plate-forme semi-circulaire qu’il suppose. Le rayon nous est donné par la profondeur du logeion , soit 2m. 35 à Athènes, etle diamètre sera naturellement double, c’est-à-dire de 4 m. 70. Or une surface semi-circulaire de 2 m. 35 sur 4 m. 70 est certainement suffisante et au delà pour tous les tableaux vivants qui doivent paraître sur Y ekkykléma, même pour le plus embarrassant et le plus compliqué de tous, celui des Euménides. Un second avantage, c’est que la manœuvre pouvait se faire avec infiniment plus de sûreté, d’un mouvement doux et régulier, sans bruit ni secousse de nature à déranger l’ordonnance savante du tableau.

Enfin, il faul accorder à M. Exon que Y ekkykléma , tel qu’il le décrit, donne lieu à des effets scéniques beaucoup plus heureux el plus saisissants que dans la conception ancienne : c’est, à la lettre, la chambre du crime qui, soudain, comme au coup de baguette d’une fée, tourne sur elle-même et vient s’offrir aux regards du public. Est-ce à dire que nous devions accepter intégralement et dans tous ses détails cette reconstitution? L’auteur luimême ne le prétend fias : il a voulu exposer, dit-il, « non pas ce qu’a été exactement Y ekkykléma , mais ce qu’il a pu être ». Un fait reste acquis : c'est que la machine connue sous ce nom évoluait autour d’un axe 4.

De Yexostra (s^arpa), laquelle n’était, selon Dollux et Ilésyehius, qu’une variété de Y ekkykléma, il a été parlé plus haut [ekkyklema] 5.

Après Y ekkykléma, la plus importante des machines était la vvj6. Elle servait, dit Pollux,« à faire voir dans les airs les dieux et les héros, les Bellérophons et les Persées7 ». A propos d’une machine qu'il nomme sùjpY.gY ou aiojpYjga, Suidas donne une définition analogue et répète l’exemple de Bellérophon 8 : d’où on peut conclure que le mot éoréma n’étaitqu’un autre nom delà méchanè. Enfin, un troisième nom que porte dans certains textes lexicographiques la « machine à voler », est celui de yspocvoç 9. Cette dernière dénomination a l’avantage d’être plus précise que les deux précédentes. Les anciens, en effet, appelaient ÿmmos l’appareil que, par une métaphore toute semblable, nous nommons grue. D’après cette seule indication, il est possible de reconstruire, au moins dans ses grandes lignes, l’aspect de la méchanè : elle devait se composer essentiellement d’un ou plusieurs câbles, glissant sur une moufle et actionnés par un treuil, avec un crochet à leur extrémité pour y attacher les fardeaux. Telle est bien, en effet, l’idée qu’on arrive à se faire de la méchanè, en combinant les détails qui nous sont parvenus isolément à son sujet. Dans plusieurs textes relatifs à la méchanè, il est question de l’àyxuptç, c’est-à-dire du crochet en forme d’ancre auquel était suspendu l’acteur10. Pollux parle, en outre, « des câbles (oùwpat), qui pendent d’en haut pour supporter les héros et les dieux, qui semblent se mouvoir dans les airs11 ». Enfin, il est fait mention dans un fragment du Daedalos d’Aristophane de l’un des organes de la méchanè, appelé xpo/ôç12 : ce mot désigne soit la poulie, soit plus probablement le treuil ou cabestan, autour duquel s’enroulaient et se déroulaient les cordages. Nous retrouvons là, comme on

' 1 new Vieory of the eccyclema, dans Y Hermatliena, vol. XI, n" 26

ir. p.

(l90ü)'P'.U2 ~ 2 Schol. A ris top h. Acharn. 408 : IxxuxXyma Si Xlye t<

T?0yo-

*«: TOÏ;

AEyExat [Ar,yavY];Aa

oittç lïepuTTçeoôjAEvov xà Soxoùvxa ÉvSov û>; iv otxta itpâxxEaÔat ?l}rr t0iUVUE> Si xoY; ôéaxafç ; Schol. Aristoph. Nub. 184: opà Si d>; W Kloi/1 a? Eno ç xoù lxxuxVq[ji.atoç ; Schol. Clem. Alex. Protrept. tôôzn-fc A. . tl U1™T9°X°V Èxxoç (leg. ivxb;) xi); <xxY)vyj;, ou <xx p e © o jx é v o y

-'T“ e;w «avEpà yîvEoOat; Schol. Aescliyl. Elim. 64 : xat SEUTÉoa Si

~~ :1 Dfi> fii T'-? W.^axa ÉvS.Xa tcoieï xà xaxà xb jtavxsïov û>; e/ei.

anc. III (him ^SC^’ ^aS Qr‘ P- 32-33. — 4 0. Navarre, Rev. des H.

Scra pas iiuilil ^ ^ ^CS ^ox^es rclatifs à l exostra sont si rares, qu’il ne

figHrc |)a|( | ‘ (*e mentionner ici une inscription récemment retrouvée, où ce mot M. Ilomolle i7,S °,np^cs à la construction du théâtre de Délos, publiés par

l'an 274 av ) ' [■' °orr‘ ^le^‘ janvier-juillet 1894, p. 161-168) on lit à la date de >«tv» » Vai trcàvw «rxnjyàç xatvà; TEotvityat Sûo xat xà iraoao-xrvia xà avw

Wt xoù; |pe,,0 1 < ‘0l’ niva-t itEot. .. «rat xat xà; È;u><rxpa; xat xr,v xXtjjiaxa

la suite dos Comme on voit, les exostrai sont mentionnées ici à

^escalier et sos ^ h(Ll,t, des parascénies d'en haut} et immédiatement avant

KKKvki.ema S ( e ^mo*Snagc confirme donc l'opinion émise par M. S. Reinach

Virement pai* (°f C'roslra située à l’étage supérieur. — 6 On entend ordi- A. MüHer (;,• /, " "in * niacl1*iac» par excellence ». Avec plus de raison peut-être lrcu'l 'pii aclioim ^ i n‘ cro^ fiuc 1° terme s’est appliqué d’abord au

111,1 * aPPareil, puis à l’appareil tout entier. —1 IV, 128 : f; jATj/avri

Si Oeoùç Sstxvuai xat Tjçtoa; xoù; Iv àiçt, I3£AAe.^030vxa; yj IlEpaET;. S feuid. S. V. liipYuxa • o IlEVAepoidvxïi; Stà xou nr.vdi.Tou xou TrxEpwxoù IneOûnr.crEv e{;tov oûpavbv 4vea0eTv" xat or.fftv EuçitciSyi; « ay' Z> ot'Xov jaoi ÏTTjyâaou layu Trxcpôv » * [aexéw^o; Sè af^ixat lx\ [jtriyav^; * toùxo Si xaXeïxat lii{.y,;Aa * èv auxrj Si xaxîjyov xoù; 6eoù; xat xoù; ly aE*pi TCoAoùvxa;. Le mot è<.'.pY)|jta signifie littéralement un appareil élévatoirc (a’wçÉw). Dans tous les mots de cette famille la forme Iwo. alterne avec la forme atwç. ; cf. (Hesvch.

s. v. ; Diod. Sic. XV11I, 42), Upa (Sopli. Oed. r. 1264) et les composés jaexéu>?o;, (Asxewot^w. — 9 Poil. IV, 130 : ÿj Si yÉçavo; |A>iyàvr,jAà èaxtv Ix jaexewçou xaxaçEçôjitvov i-s' aç^ay/j a.i^taxo;, S xe'/^xai ’IIù»; àçiîà^ouaa xb aw^a Me'javovo; ; Bekker, Aliecd. gr. p. 232, 5 : yÉoavo; xat Iv xyj axr.vîj àpra; xaxeiixEuaaji.Évo; u r.b xoù lAr.^avonoioù, t; où ô itrxEuairjjtÉvo; (x^ejAâffjJtEvo; ? Crusius) uTioxpixtxw; xpaytoSeï. — 10 Plut. Prov. 1 16 : xçàSr,; çayEi'iTyi; * vùv o ù>r o aùxtvo; xXâSo;, àXX‘ ^ àyxu^t; às ît; ot uitoxçtxal ev xaï; xçaytxa?; o-xyjvaï; l;apxwvxat Oeoù |AtjJ.où^.Evot liîtœàvEiav Cwax9Jo<rt xat xatvtat; xaxuXtjp.ptévot ; Hesych. S. t1. xçàSïj * «ruxîî; x).àSo;, xat àyxupt; Il r,; àvérxovxo ot iv xpaytxaT; jiTi/avaT; lut®atvo{JiEvot cf. O. Crusius, Pliilol. XLVIII, p. 69S. Le terme àyxupt'; était apparemment un mot technique, car il ne se rencontre nulle part ailleurs, mais il est étroitement apparenté avec à yxupa, ancre, croc, mot très courant. Dans la définition de la yépavo; donnée par Bekker, Anecd. gr. p. 232, o, le terme àprca; est évidemment un synonyme d’ àyxupt';. Voir Crusius, L. I. et Dorpfeld-Reisch, O. I. p. 232. — il IV, 131 : atwpa; S’àv sum; xoù; xàXw; ol’ xax^pxyjvxat e; ù'4ou; àvlyttv xoù; iict xoù àépo; ©ÉpeaOat Soxoùvxa; V,pw; tj Oeoù;. 12 Fl’agm. 188, éd. Kock : ô jx^yavoTtoto;, onoxe poûXti xbv xpoybv îj*àv (làv niSS.) àvtxâ;, Aeye, y.alpe «é^Yo; VjXtou.

MAC

voit, à pou près au complet les organes essentiels de la grue moderne *. C'est à tort pourtant, si je ne me trompe, qu on a parfois admis que la méchanè tournait, comme nos grues actuelles, autour d'un pivot, de façon à exécuter, outre le mouvement vertical de descente et d’ascension, un mouvement horizontal de translation. Vitruve luiUnême ne semble pas connaître ce perfectionnement2.

Sur 1 emplacement de la méchanè , Pollux et le scoliaste de Lucien sont d’accord. Elle était située, dit le premier, « du côté de la parodos de gauche, en haut, au-dessus de la skénè 3 ». D’autre part, le scoliaste de Lucien s'exprime ainsi : « En haut, au-dessus des portes qui sont de chaque côté de la porte centrale du. théâtre (entendez Plus exactement de la skéne ) étaient deux machines : celle de gauche faisait paraître soudain les dieux et les héros*. » Ces deux textesse précisent l'un l'autre. Si l’on s’en tenait au premier, on pourrait, comme l’ont fait du reste plusieurs érudits, situer l’appareil dans ou derrière l'aile latérale de gauche5. Mais c’est ce que le second texte interdit absolument. On doit se représenter le corps de la machine établi derrière le mur de fond, et le bras qui portait la poulie passant par une ouverture de l’étage supérieur, à gauche. Au théâtre d’Aspendos on trouve effectivement deux larges baies, à droite et à gauche, juste aux endroits désignés par le scoliaste de Lucien *. Par quel moyen dissimulait-on aux yeux du public le bras saillant et la poulie de la méchanè ? Cela pouvait se faire de diverses façons ', dont la plus simple était d’établir à l’étage supérieur un avant-toit, suffisamment saillant et incliné. Quant aux câbles, il y a quelque raison de croire qu’ils étaient peints en noir ou plutôt en gris . du moins savons-nous, par Héron d’Alexandrie, que dans les théâtres de marionnettes de son temps on usait, pour dissimuler les ficelles, de cet artifice8.

L’extrémité inférieure de la méchanè, destinée à supporter les personnages, prenait selon les circonstances les formes les plus diverses. Souvent elle figurait un char ailé . c est sur un véhicule de ce genre, attelé de dragons, que Médée, dans la pièce d’Euripide, échappe à la poursuite de Jason et emporte les cadavres de ses deux enfants9. Iris et Lyssa, dans 1 Héraclès furieux du même poète, apparaissent également dans un char10, et de même encore Athéna à la fin de 1 Ion 1 1 . Parfois aussi l’extrémité du câble offrait l’aspect d’un animal fantastique. Euripide, par exemple, avait montré Bellérophon s’élançant vers l’Olympe, monté sur Pégase1’2. Et on se rappelle de quelle divertissante façon Aristophane, dans la Paix , a parodié cette scène : nous y voyons Trvgée, nouveau Bellérophon, enfourchant, pour se rendre

1 On peut ajouter que le nom même de ylpxvo; implique une pièce de bois inclinée, car il n'a été donné à l'appareil qu'en raison de la ressemblance de ce bras incliné avec le long col de la grue. — 2 Voir plus haut p. 1465 et noie 2.- 3 p0U. IV, 128 : ,at ri)»

àpnrcEpàv itàjoSov juif t»)v OTnjvjjvrt Cio;. —hSehol. Luc. Philops. VU, p. 357, Lelunann:

Svufcvûari ?Tà;sap' UàTijavij; psV,; toJ tii-oaa Oiça; ...MZavS» S i» gm<»eiÇo|Mv<ov Vj i;

ÎEOÙÇ *«. ÊvEStmÇE raÇvMqXZcr.iç Xùff.V oépovra; -ü.y àpn/àv U». Dans

ce texte la droite cl la gauche doivent s’entendre de l’acteur faisant face au public. Le scoliaste ne dit point quelle était la machine située à droite. — 3 Par exemple,

C. Robert, Hermès. XXXIII (1897), p. 430; Perrot, O. I. p. 513 (voir cependant le même. p. 420) ; Schneider, AU. Theat. p. 97, et Dôrpfeld-Keisch, O. I. p. 108 (fig. 42) et - f ^ ' -^1 aller, Gr. Bühnenalt. p. 155, n. 3. — 7 Hypothèses à ce sujet

dans A. Muller, O. I. p. 153-154, et Dôrpfeld-Reisch, O. I. p. 232. C. Robert, L. I. est d avis, au contraire, que l'extrémité supérieure de la méchanè restait visible au public, sans que celui-ci en fût choqué. Peut-être a-t-il raison. Qu’on se rappelle la façon rudimentaire dont étaient représentées encore au siècle dernier dans nos théâtres les appaiilions divines :« Les chars des dieux et des déesses sont composés de quatre solives encadrées et suspendues à une grosse corde en forme d'escarpolette; entre ces solives est une planche en travers, sur laquelle le dieu s'asseye, et

MA G

auprès du maître des dieux, un escarboi . v. doute la maladresse voulue de la manteuv " ' ’ Sillls burlesque de cette ascension, car Trvm* ^.ajoulailatt dain la terreur, s’écriait : « 0 machiniste aÊT, moi . » C est également sur des chevaux ’aij ou T Dioscures apparaissent dans Y Hélène 14 p 0s

cas, l’acteur était suspendu directement au . U-rminait la méchanè « au moyan.da cuinl„“ courroies », semblant ainsi planer, sans secours ét, au milieu des airs15. Il va de soi qu’une telle situation 5^* des pins fatigantes et ne pouvait être gardée longtem*

éesl ce qu indique, du reste, un fragment du pi J eoiiiiq ne Alexis : il y est question d'une loi portée pu ut certain Anstonicos, aux termes de laquelle les marchand de poisson étaient tenus désormais d’exercer leur com merce debout, et non assis. « L’an prochain, ajoute plaisamment le poète, il fera passer une autre loi pour qu’ils ne puissent vendre leur marchandise que suspendus en l’air (xpsgagévonç), du haut de la méchanè, comme des dieux : de cette façon ils ne retiendront pas longuement les clients. »

On a cru longtemps, sur la foi de Pollux, que la machine a x oler s appelait dans la comédie xpdco7|, au lieu de P7)Xav7l 1 • Et, comme il serait étrange qu’il y eût eu deux noms distincts pour une même chose, Wecklein a soutenu que 1 appareil à voler usité dans la comédie avait sa forme propre, qui en faisait une caricature de l’appareil tragique 18. A l’appui de son opinion il croit pouvoir alléguer la scène connue de la Paix d’Aristophane, où Trygée parodie l’ascension aérienne du Bellérophon d’Euripide. Mais le plaisant de cette scène consiste, non pas dans l’emploi d’une machine spéciale, mais dans le fonctionnement volontairement gauche et mal réglé de la machine ordinaire. C’est à peu près de la même façon que, dans les Acharniens et dansles Thesmophoriazousai, Aristophane a parodié l’emploi tragique de Yekkykléma , en étalant tout crûment aux yeux ce que cet appareil comporte de convention et d’invraisemblance. La vraie explication du texte de Pollux nous paraît avoir été donnée par Crusius19. Nous possédons un groupe de gloses, se rapportant à l’expression xpxoTjç paysiffï);, dans lesquelles le terme xpàÔT) est défini « l’ancre ou harpon, auquel les acteurs dans la tragédie étaient attachés, pour simuler 1 apparition d’un dieu 20 ». Or ces mots xpaSv); payetVçç forment le début d’un trimètre iambique: de là M. Crusius conjecture assez vraisemblablement que quelque porte comique avait dû raconter la mésaventure d un acteur qui, par suite de la rupture du crochet auquel il étai attaché, avait été précipité du haut de la médiane- Mais

sur le devant pend un morceau de grosse toile barbouillée qui soi t de magnifique char. On voit vers le bas de la machine 1 illumination 1 j3 ell bran- 1 1

chandelles puantes et mat mouchées qui, tandis que le personnage si < i ^ (iivinilé ! » lantdans son escarpolette, l’enfument tout à son aise. Encens digue c e (

(J. J. Rousseau, La noue. Héloïse, part. Il, loft. 22). - » P- «3 ,

éd. Thévcnot, Paris, 1593); cf. Prou, Les théâtres d automat. en j

Mèm. présentés par div. sac. 'à l’Acad. des Inscr. ln 5tllL’ ' ’. . . I

- 3 V. 1317 sq. - 10 V. 812 sq. 872 sq. - « V. 1549 sq. - 12 /lU"P,Ji3 V. 76, ck ; Suid. s. v. Ë»?r,;xa (tcxle cité plus liant p. I O > "j ^ ,5 p|ut.

jolies; cf. Dôrpfeld-Reisch, O. I. p- 227-8. — ■ 1 • polll I

Page 1