‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 15 sur 275 · LEB · texte numérisé non relu

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LAVERNA. — Divinité de la plus ancienne religion des Romains, dont le nom n’a jamais été expliqué d’une façon satisfaisante1 et qui, après avoir fait partie des esprits souterrains, était devenue la protectrice spéciale des voleurs, sans doute parce qu’elle régnait dans les ténèbres et que ses sanctuaires étaient au fond des bois obscurs2. Elle en possédait un au nord de la ville, sur la Via Salaria , dans un endroit particulièrement mystérieux, où les voleurs se donnaient rendez-vous pour le partage de leur butin ; de là leur vint le nom de Laverniones ; et sans doute par le même biais, la déesse perdit sa signification première pour ne plus être, dans 1 opinion, que la patronne des scélérats qui volent dans l'ombre3. Elle avait aussi un autel sur les pentes de

I Aventin, au voisinage de la Porte qui lui était redevable de son nom [, lavernalis J ; la porte débouchait sur Y Emporium où il y avait de bons coups à faire4. Ces associations d'idées expliquent son rôle dans la littérature où elle n’est plus que la déesse des voleurs. Elle leur donne la ruse et, après le vol accompli, l’impunité avec une réputation de gens de bien6. Un aigrefin, chez Plaute, l’appelle à son aide pour qu’elle lui procure des profits malhonnêtes. La formule : lta me bene omet Laverna est spéciale aux voleurs, et la prière que lui adresse un de ces personnages chez Horace, l’appelant : pulchra Laverna , et la suppliant d’abriter ses larcins dans l'ombre et la nuit, est l’expression plaisante de sa double nature6. Une coupe, qui porte l’inscription lavehnalis pocolom, provenant d’un tombeau étrusque et contemporaine, suivant toute vraisemblance, de la première guerre punique, est une ofirande à Laverna1, déesse du monde des morts, proche parente de Lara appelée plus lard la mère des Lares 8. Nous savons que les libations en son honneur se faisaient avec la main gauche, alors que pour les dieux d’en haut on se servait de la droite 9. J . A. Hild.

LÉBÈS (A éêvjç OU Aéêetç 1 . Asêv^Ttov 2, Asê^Tocpiov 3, diminutifs). Chaudron. — Le lébès était généralement en métal (pour les vases de même forme en terre cuite, voir crater).

II y en avait d’or4 et d’argent6, mais la plupart étaient de bronze6. La forme du lébès est variable suivant la profondeur du récipient, la courbe de la panse, le profil de l'épaule et de l’embouchure. Certains ressemblaient tout à fait à nos chaudrons 7, mais le plus grand nombre étaient beaucoup moins hauts que larges, et le diamètre de la panse est généralement très supérieur à celui de l’embouchure : celle-ci, toujours dépourvue de col, est tantôt simple, tantôt à lèvres horizontales ou verticales. Le couvercle 8 était fixé par des clous9 ou posé simplement sur l’ouverture 10. Ces récipients, de dimensions souvent

LAVERNA. 1 Fcslus, X, ]). U", parait rattacher ce nom à luere ; le schol. Cruq. d Horace (Ep. I, 16, 60) fait dériver de latere et cite, pour lavernio = voleur, la variante laternio ; Acron au même passage en appelle à lavttre et dit que les voleurs étaient nommes lavalores. II est probable que Laverna est une doublure de Lara. Pour l'étymologie, cf. Curlius, Griech. Etyrnol. I, 329. — 2 Feslus, Ibid. : cf. une interprétation analogue du dieu Summanus, considéré comme un dieu des voleurs chez Plaute, Bacchid. IV, 8, 5, et le verbe summanare (Id. Curcul. III, 43) avec le sens de voler, ce qui le lit identifier avec Pluton ou Dis Pater (Arnob. 111, 26, et V, 34; Mart. Cap. 11, 161). — 3 Schol. Cruq. Hor. Loc. cit. : Est dea furum et simulacrum ejus fores cotant et qui consilia sua volant taxi ta ; nam preces ejus cum silentio exercent ur ; cl. Arnob. IV, 24, et Harlung, Belig. der Boemer, II, p. 54 suiv. — 4 Varr. Ling. lat. V, 163, et Festus, Loc. cit. — 6 Hor. Ep. I, 16, 60; cf. Novius, ap. Non. Marc. p. 483, 20, et Prudent. C. Symm.

II, 869. — 0 Non. Marc. p. 134 : Plautus Cornicularia (pièce perdue) : militaveram Lavernae... furtis celcbrassit manus...; cf. Lucilius, Lib. XVII, fragm. la : si messes facis invisas, si rendis Lavernae ; Plaut. Aul. 111, 2, 24. Ausone, Ep.

III, 103, emploie laverna comme synonyme de fur. — 7 Corp. inscr. lat. I, 47 ; Annali d. Instit. 1884, 5 suiv. ; voir donabia, fig. 2535. — 8 Cl. Preller, Boeni.

très grandes11, étaient en bronze mince et battu au marteau. Parfois, dans les exemplaires archaïques, deux ou plusieurs lames de métal sont jointes par des rivets12. Comme les vases étaient exposés au feu, et que le poids du chaudron rempli d’eau devait être considérable par rapport à l’épaisseur, ils devenaient assez vite hors d’usage ; les lébès détériorés sont souvent mentionnés dans les inventaires des sanctuaires13. Ainsi s’explique qu’ils soient d’ordinaire mal conservés et que beaucoup ne soient parvenus qu’en fragments.

Le chaudron, lorsqu’il était de petites dimensions, n’avait que des anses mobiles, au nombre de deux ou de quatre, attachées d’ordinaire près de l’embouchure14. Les lébès ovoïdes, trouvés en Campanie, et dont plusieurs sont très richement décorés15, sont même généralement dépourvus d’anses et ne se portaient qu’à deux mains :

seul le couvercle avait une poignée fixe, formée d’un personnage ou d’un groupe16. Il n’en était pas de même lorsque le lébès était de grand diamètre. Les anses étaient alors circulaires, en forme de couronnes verticales, qu’un ruban métallique reliait à la panse11. Le décor en était purement géométrique, mais des figurines symétriquement dressées aidaient parfois à soutenir l’oreille 18 ; des chevaux étaient fixés à la partie supérieure19, et, lorsque l’espace resté vide au milieu était trop grand, de grandes Gorgones venaient le remplir 20. D'autres fois, les anses manquaient, remplacées par des poignées fixes 21 . De fortes protomes, en col de lions ou de bé-

Mythol. p. 218. — 9 Scplim. Seranus, ap. Schol. Sial. Theb, 1 V, 502 : laeru (pocula) quae vides Lavernae, Palladi sunt dextera.

LEBES. l Foi'ine béotienne, Eust. p. 1401, et Thésaurus, s. v. — - Poli. 6, 92

— 3 Poil. 10, 06. — 4 Ath. 9, 408 c; Piud. Isth. I, 19-20 (27-8). — P Horo. Od. P 137; * E © . ’A?Z. 1888, p. 44, 1. 63 (inscr. d’Eleusis). — «Ath. 9, 408 d-, Virg. Aeih 5, 266. — 7 Gerhard, A user l. Vascnb., II, pl. cxxvir. — 8 Poil. 10, 188. — 9 Bronzes du Polytechneion, 19, p. 9. — 10 Atll. Mittheil. 1893, pl. xiv. — H II y en a de conservés, ou de faciles à restituer, dont le diamètre est supérieur à un mètre. Le lébès où vogue Héraklès (Eust. Dionys. 558, voir suprà , III, p. 93, fig. 3763), celui où l’on voit assis Apollon (voir suprà, I, p. 315, fig. 370) n'avaient rien qui choqui'1 l'imagination des Grecs. — 12 Walters, Br. in Brit. Mus., 384, p. 57 (Vulci).

— 13 Bull, de corr. hell., VI, p. 47, 106, p. 51, 210 (Délos) ; cf., au contraire, les lébès en bon état, ibid. X, p. 466, 1. 138. — 1'* Br. du Polytechneion, 13 et sonp. 8-10. — « Walters, Br. in Brit. Mus., 560, p. 80-1. — 10 Liste dans Dulin, Annali, 1879, p. 119-157. - U Boem. Mittheil., H, p. 236. — 18 Br. du Pol’Jtechneion, 5-6, p. 4-5; Br. de V Acropole, 48-9, p. 19-20. — » Olympia, P', pl. xxvn, 016-7; Br. de l'Acropole , 50-1, fig. 1-2, p. 20-1. - 20 Br. de l'Acropok 500-1 , p. 181. — 21 Ibid. 451, p. 159.

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.. , 4373), de serpents2, ou de grillons (üg. A3U)\

!‘er& sur le haut de la panse et pouvaient être

facilement saisies à pleines mains. Des tètes d’animaux 4, L monstres fantastiques aux ailes d oiseau, aux bras et buste de femme 8, s’appliquaient sur la même panse,

. ès de l’embouchure, et regardaient vers l’inte- I^eur au lieu qu’ailleurs les protomes de griffons ou de béliers sont tournées vers l’extérieur6. Leur destination était d’ailleurs la même que celle des anses verticales et des avant-corps d’animaux: elles servaient, en même temps qu’à orner, à soulever et transporter les

grands et lourds lébès. , . ,

Ceux-ci, étant convexes, avaient, de toute nécessité, un support. Il y en avait de formes différentes. Certains chaudrons reposaient sur des stèles1, d’autres sur des pieds coniques 8, des âYyuÔYixat 9, des bases de toute espèce [incitega] . Mais, le plus souvent, un trépied portait le lébès. L’association était même si étroite entre le vase et son support habituel, que l’on ne distinguait plus l’un de pautre : lébès et trépied formaient un tout que l’on désignait tantôt du nom de lébès 11 , tantôt, le plus souvent, de celui de trépied12. La confusion des termes est très antérieure aux grammairiens 13 et remonte aux poèmes homériques : la capacité du lébès semble bien, dans Homère, légèrement inférieure à celle du trépied1*, et par suite sa valeur est généralement moindre 1 ", mais rien ne prouve que cette distinction ait prévalu par la suite. Seul le contexte permet souvent, dans les auteurs et les inscriptions, de juger s’il est question du chaudron seul, ou, à la fois, du trépied qui le porte [tripus]. Il va sans dire que nous ne nous occuperons ici que du seul lébès.

I. Comme le trépied d’ailleurs, le lébès était souvent offert en prix dans les jeux. Il figure à ce litre dans des peintures de vases10 (fig. ±231). Il l’est aux jeux mythiques de Castor et d’Iolaos11, à ceux qu’offrent Achille dans Ylliade™ etEnée chez Virgile19, comme il l’estaux grands concours de la Grèce20 et aux combats de toute espèce que les agonistes se livrent entre eux21. Aussi des scènes empruntées aux luttes ou aux courses solennelles décorent parfois la panse des lébès22 ; des inscriptions, gravées sur le rebord du vase, désignent le concours pour lequel il est offert en prix. Nous en connaissons de relatives aux jeux d’Erétrie23, de Cumes 2l, d’Athènes28: peutêtre, parmi ces dernières, y en a-t-il qui se rapportent à des jeux funéraires26?

II. Les lébès servaient aussi d’offrandes dans les temples [donarium, p. 373]. Ils sont souvent mentionnés dans ms inventaires21, à Délos28, à Eleusis29. C’étaient, ou bien

Olympia , l. I \ , pl, xr v ; cf. II. Winnefold, Altgriech. Bronsebecken M eontini, dans le 59' Winckelmann's Progratnm, 1899, |>l. i cl u, ou csl, tuée la figure 4373. Pour les prolomes de liou, voir Mus. Greg. 1, pl .X1V’, ~ 2 Gerhard, Aus. Vas. t. II, pl. cxxvn. — 3 Mus. Gregor. I,

Cf L' 1 -.1 • °r’ de l AcroPole< *31-439, p. 147-133. Voir suprà, II, p. 1072, fig. 3060 ; àu M ' ■ °S |I0UV<? 1,105 t1c Châlillon, dans la Côte-d’Or; S. Reinach, Guide illustré Br hri ' aml-Germain , p. 33, fig. 18. — 4 Br. du Polytechneion, 8, p. 5; 380-39-; A.Cr0p°le’ 518’ P- 189- 538> P- 197, etc. — 3 Bull, de corr. hell. 1888, sont l ’à' XU’ ^ c l Acropole, 704, fig. 273, p. 287-8. Certains exemplaires

XIV r, in'! T" AI us. etr. Gregoriano , I, pl. xiv, 1.— 7 Ath. Mittheil.,

p. 193, A 59, B 13 (Eleusis). -

9g(li|l - ™;. — 8 Marllia, L'Art étrusq., fig. 101, p. 109.

soi' un fn.) ' 10 Jahrb ., 1899, p. 131-2 (Wolters). ’ — U Inscription XéSeç

1892-3 ni b 1UM1 1 l1e vase archaïque trouvé sur l’Acropole, Journ. hell. st. Hesychius s ! !’ 12 T?'1'°S’ ûtùîïTa, Hom. II. 23, 264. — 13 Pour

■'{MtoSodSr y ^ esl un trépied; pour Euslathe (p. 1312), c’est un vase 15 F,,!!’ <Juatrc l*h?« au lieu de vingt-quatre, Hoin. II. 23, 259-204.

1,1 Gerhard, Auserl. Vas., IV, pl. cclvii. 18 Hom. II. 23, 259. — 19 Virg. Aen. 5, 266. Tliraceetde l'Acer CX''°S<’S 00111,110 P>’i* des concours, sur des médailles delà ' S‘° 1 lncurc> 11 • lle Longpérier, lie v. archéol. t. XIX, 1809, p. 139 (la

- ,„P"ld- hth- h 4 0-20 (27-8).

’ oir les vec..n r

des ex-voto de luxe, ou des meubles d usage, nécessaires aux sacrifices et aux diverses cérémonies du culte.

III. Les poèmes homériques font à propos des lébès, comme d’ailleurs aussi des trépieds, une distinction essentielle. Ou bien le vase va au feu, aÏTrwv30, ég.0u ptêijTYjç 3I, ou bien, au contraire, il est anupoc32. Dans ce dernier cas, il remplit, semble-t-il, l’office du crater33 et nous n’avons pas à nous en occuper ici. Sauf quelques exceptions que nous verrons, le lébès est pour nous un vase de métal qui sert à faire chauffer de l’eau ou tout au moins à en contenir. Il se distingue par là, non seulement du crater , où l’on préparait le vin, mais du kothon , ou vase à parfum, dont la forme est à peu près la même, mais dont les dimensions sont plus réduites34.

IV. Les textes mentionnent souvent le lébès avec le sens de bassin à aiguière. C’est le récipient qui reçoit, G7too£/&g£Vûv3ii, l’eau versée par la prochoos. On s’en servait pour la toilette du matin 30, mais surtout au commencement des repas. La religion voulant qu on eût les mains pures avant de faire les libations aux dieux3', le xaxà ystpwv était le signal du festin 3S : les hérauts39, les jeunes esclaves40, les femmes41 versaient de 1 eau sur les mains des convives qui pouvaient ainsi toucher aux mets sans impiété. L’usage était le même à la fin des repas*-, mais l’observance en était moins fréquente. A ce double titre, le lébès fait partie, chez Pollux, des objets nécessaires au service43 de la table.

V. Il servait aussi à laver les pieds des hôtes et des convives44. C’est un lébès que, dans Y Odyssée, Euryclée apporte à Ulysse et les suivantes versent l’eau dans le bassin d’airain48.

VI. Le lébès était par suite indispensable dans les bains46. Non seulement on y chauffait l’eau41, mais certains grands chaudrons, de taille exceptionnelle, pouvaient servir de baignoires. C’est dans un lébès qu’Eschyle fait

surprendre Agamemnon par Clytemnestre48. De même, chez

Pindare, Klotho sort Pélops du lébès où les dieux ont plongé les membres de Pélops49.

VII. Il y aurait lieu de parler ici du XéS-qç yagtxdç que mentionne une inscription d’Eleusis80 et du Xéër,ç vug^txôçdont parle un autre texte épigraphique51. On sait qu’un bain nuptial précédait, chez les Grecs, la cérémonie du mariage. De fait, aux noces de Zeus etd’Hera, nous voyons, sur une amphore à figures noires de Londres, une déesse (Aphrodite?) portant sur sa tète un lébès 52 : il contenait sans doute l’eau lustrale. La forme habituelle du lébès gamikos parait, à Athènes du moins, un peu différente, et se rapproche du loutrophoros53. M. Wolters, qui a

figure 1333, art. oehtamina) et une médaille de Gordien avec inscr. n r 0 1 A , reproduite par Rich.Za'ct.tfes Ant. s. v. Lebcs\ Piud. Ol. G, 152, scli. (jeux’d’Argos).— 21 Course, Allien. p. 408 d (Eupolis) ; Walters, Br. in Brit. Mus. 257, p. 28; Lutte, Tanis , pl. evi, 7 ; Exercice du javelot, J. hell. st. 1892-3, pl. xn-i ; Course de chars, Walters, Loc. cil. 500, p. 80, etc. ; cf. Anllt. Pal. 9, 391, 3. — 22 Walters, Br. in Brit. Mus. 257, p. 28 ; 560, p. 80. — 23 Br. du Polytechneion, 18, p. 9. — 24 Walters, Br. in Brit. Mus. 257, p. 28. — 23 J. hell. st. 1892-3, p. 129, pl. vu, 02-4, p. 233,

nole. 20 Ibid. p. 2 3 3. — 27 Corp. inscr. att. II, 01, 778, 810; cf. Anth. Pal.

6, 153. — 28 Bull. corr. hell. VI, p. 47, 51; X, p. 406; XV, p. 104. — 29 Atli. Mittlieil. XIX, p. 193 A, 59; B, 13. — 30 Hom. 11. 9, 123, 265. — 31 Hom. II. 23,

7p2 32 Hom. II. 23, 207 ; cf. la aiiXiri w-j f wtoç du v. 270. — 33 Athen. I, p. 37-8.

3 S Jahrb. 1889, p. 00-73 (Pcrnice) ; voir contra Robinson, dans les Trustées o,

the Muséum Boston, 1899, p. 74-76. — 33 Poli. 6, 92. — 36 p0U. 10, 46. — 37 Eusl. p. 1401 ; Hom. II. 24, 302-5. — 38 Athen. 4, p. 156 e, etc. — 39 Athen. 9, p. 408 f.

40 Athen. 15, p. 685 d (Philoxenos). — 41 Hom. 11. 24 , 304. — 42 Athen. 9.

p, 408 f. 43 poil. 10, 90. — 44 Hesych. s. v. El. Mayn. 559. — 43 Hom. Od. 19,

386 et suiv. — *0 Poil. 10, 63. — 47 Poil. 10 , 60. — 48 Aesch. Ag. 1128-9.

49 Pind, Ol. I, 20 ( 40). — 60 ’E?. ’Aç/otioX. 1888, p. 44, 1. 63. — 31 Corp. inscr.

att. H, 720, 1. 36, 721, 1. 4. — 62 Walters, Vas. in Br. Mus. H, B 197, pl. v. - 63 C. Smith, Vas. in Br. Mus. IH,E774, p. 366-7 ; Jahrb. 1899, p. 129 elpassim.

récemment étudié ces vases, a fait connaître aussi une i sorte de lébès à pied, dont la destination serait plus spécialement funéraire 1 : il servirait aux ablutions du mort hëroïsé et se rattacherait toujours à la même conception du récipient balnéaire.

^ III. Le lébès est aussi un vase de cuisine 2. Le yu tpotîoûç, auquel Hésiode défend de puiser, n’est qu’un chaudron chytraj monté sur pieds On cuisait la viande dans ces vases \ d où 1 épithète de XeêTqToyàpwv donnée à un gourmand \ Un camée nous montre un porc cuisant dans un lébès qui repose sur de grosses pierres 6, et l’on connaît les peint ures de vases où parait Mëdée avec le bélier 7.

IX. Je réunis ici quelques acceptions particulières du mot. C’est, chez Pollux, le Xexav/ov qui sert aux usages les plus divers des convives 8 ; chez Hérodote, la cloche que les femmes de Sparte font retentir à la mort des rois chez Lucien, le chaudron dont se servent les teinturiers 10. Un texte obscur des Problèmes appelle de ce nom une sorte de cloche qui « conservait de l’air » aux plongeurs : tout ce que nous en dit le Pseudo- Aristote est qu’il fallait faire descendre verticalement l’appareil; s’il penchait quelque peu, l’air pur s’en échappait et il s’emplissait d’eau : c’était sans doute une cage analogue à celle où entre aujourd’hui la tète des scaphandriers11. Enfin, le Sé-rca; /puffïïov du Soleil, dans lequel Héraklès traverse les mers, n’est, suivant certains textes, qu’un lébès de bronze12.

X. Sur un certain nombre de monnaies de Crète est frappée une contremarque qui représente, à n’en pas douter, un chaudron vu d’en haut u. M. Svoronos, rapprochant d'anciennes inscriptions de Gortyneoù les amendes sont évaluées en lebesn, a cru que le mot s’appliquait aux pièces ainsi contresignées u. Certaines difficultés chronologiques, exagérées semble-t-il16, n’ont pas empêché que la théorie fût généralement admise par les numismates 17 .

XI. La dernière acception du terme est celle du vase funéraire. Les cendres, avec quelques ossements du mort, étaient enfermés dans une kalpé ou un lébès de bronze 'kalpis]. On les y déposait avec soin18, après les avoir, dans certains cas, entourés d’une étoffe qui remplaçait le linceul19 ; d’autres fois, c’était le vase même que, sans doute pour mieux assurer l’adhérence du couvercle ou pour une raison de piété, on enveloppait ainsi d'un voile20. La kalpé, une fois parée, était placée, soit dans une cuve de pierre, généralement rectangulaire21, soit dans un manchon cylindrique22, dans un cadre en bois23, ou simplement dans une cavité de même forme creusée dans le sol24. Assez souvent des plaques de pierre posées sur le chaudron assuraient la fermeture du vase et le protc-

1 Jahrb . 1899, p. I2G, fig. 29, sqq, — 2 Athen. 9, p. 408 d (Epicharmc); Excorp» Apionis, éd. Slurz, p. 608, 8; Poil. 10, 95. — 3 Hcs. Opcr. 748.

— 4 Suid. 8. v. — » Athen. 8, p. 347 d (Cercidas). — G Camée de Bcverley (Inpr. d. Inst. p. 24, IV, 535 e?; Panofka, Bild. ant. Leb. pl. xii, 0 ; ef. les figures 1935, 1938 de l'art, coquüs). — 7 Gerhard, Ans. Vas. II, pl. clvh. — 8 Poil. 10, 76.

9 Her. 6, 58. — 10 Luc. Bis. acc. 8. — - H Ps. Arist. Probl. 32, 5, p. 960.

— 12 Texte de Gerhard, Ans. Vas. II, p. 85, 10. — 13 Bull. corr. hell. 1888, fig. 1-4, p. 413. Neuf a illes différentes de Crète possèdent des pièces ainsi marquées (Ibid. p. 409-412), mais aucune n’est antérieure au milieu du vc siècle. — 14 Bull. corr. hell. 1887, XI, p. 114; 1888, p. 406. — 13 Bull. corr. hell. 1888, p. 405-418.

— IG Th. Rcinach, Bev. d. et. gr. I, 1888, p. 354-6. — 17 Babelon, Orig. de la monnaie , p. 71 [voir incusa signa, p. 4G7 et fig. 4046]. — 1# Acsch. Ag. 443-4; Choepk. 686-7 ;Soph. El. 1401-2. — 19 Ath. Mittheil. 1893, p. 160, 185. — 20 Hom.

U. 23, 252 ; 24, 795 ; Mon. gr. I, 2, p. 2 (Cap Zoster, lettre de Fauvcl) ; ’Eç. 'Apyam).. 1898, p. 1 14 (Eleusis). — 21 Ath. Mittheil. 1893, p. 92-3, fig. 4-5 (Dipylon); Roem. MittheiL II, p. 236, fig. 1, p. 241, fig. (Suessula); Mon. Anticlii , I, p. 900, fig. (Mcgara Hyblaea), etc. — 22 Ath. Mittheil. 1893, p. 160, fig. 32. — 23 Ibid. n° 22, p. 160. — 24 Exemplaire à Daphni. Un autre à Eleusis, *Eç. ’AoyatoX. 1898, p. 114.

— 25 'Es. ‘Ap/atoX. 1898, p. 114. — 20 Bibl. d. Br. du Polytechneion, p. 7.

— 27 Ajouter aux exemples que j'ai donnés, *Ec. ’ A oya 1898, p. 114 Eleusis);

geaient contre la chute des terres23. Un a trouvé de (.f, lébès dans presque toutes les nécropoles helléniques^ on particulier en Attique27. Un vase de même forme en terre cuite, conservé au Musée Britannique, était, l0rg qu'il a été découvert, rempli d’ossements28 : il avait du servir au même usage funéraire. A. de Ridder.

LECTICA. — Litière ou lit portatif d’origine orientale et d’un usage très ancien. Les Égyptiens connaissaient déjà la litière, ou plutôt une sorte de chaise que portaient sur leurs épaules, à l’aide de brancards, des serviteurs pins ou moins nombreux. Nous possédons plusieurs représentations du palanquin royal dans lequel les pharaons conduisaient certaines processions religieuses : c’était un trône magnifiquement orné autour duquel l’air était rafraîchi par des fiabellifères [flabellum] ; le roi y était assis, le plus souvent, sous un dais qui le défendait des ardeurs du soleil ; le nombre des porteurs variait do six à huit1. Une chaise plus simple, à quatre porteurs seulement, servait aux riches particuliers pour se rendre à de faibles distances ; les tableaux peints des tombes de Béni- Ilassan nous en ont conservé un curieux spécimen 2. Une peinture de la nécropole de Thèbes nous montre un palanquin dans lequel deux personnes pouvaient prendre place l’une à côté de l’autre ; point de toiture, mais, audessus du siège, une large touffe de lotus. La même peinture représente un autre palanquin pourvu d’un toit que supportent des colonnettes; l’ensemble n'est pas sans analogie avec nos chaises à porteurs du xvn° et du xvine siècle 3. Certaines divinités comme Cybèle [cybele étaient promenées en litière à travers les villes d’Asie; la même coutume existait à Carthage 4. Les Assyriens ne semblent pourtant pas avoir pratiqué la litière. Sur un bas-relief de Nimroud, on voit une procession où des statues de divinités sont portées à bras, mais les civières sur lesquelles elles reposent rappellent plutôt le ferculum des Romains que la litière à proprement parler6. Il n’est pas douteux que la litière n’ait été de bonne heure employée chez les Perses : Plutarque conte l’histoire d’un certain Timagoras, ambassadeur des Atliéniens auprès d’Artaxerxès Mnémon, qui s’attira les critiques de ses compatriotes pour les faveurs dont l’avait comblé le Grand Roi ; celui-ci, notamment, l’avait fait reconduire jusqu’à la mer dans une litière somptueuse, aux porteurs de laquelle il avait donné quatre talents H est question de litière dans la Bible : le Cantique des cantiques décrit la litière que Salomon s’était faite de bois du Liban, et où il avait prodigué l’or, l’argent, lapourpre, la mosaïque7. Le palanquin était également usité dans

Mon. Gr. I, S, p. 2 (Cnp Zoster) ; lier. Arch. 1 8 !) 7 , II, p. 93 (llissus). — -8 -C. N'iilE Vas. in Brit. Mus. III, E 811, p. 383.

LECTICA. l Prisse d’ Avelines, Monuments égyptiens , pl. xxviii et xxix (pals"' quiu d'Ainénophis I", à huit porteurs) ; Wilkinson, Manners and customs o/ H11 ancient Egyptians, III, pl. lx (palanquin de Ramsès II, à six porteurs; cf. 1 ’eri ol et Chipiez, Hist. de l'art, I, p. 207, fig. 172). On ne peut guère assimiler au pal-"1 quiu royal le siège qu’occupe, sur uu monument de la XIX' dynastie, le roi Hainl liahi, porté en triomphe, à la suite de ses succès militaires, par douze servilei11"" tandis que deux fiabellifères, l'un derrière lui, l'autre devant, agitent autour de ^ tète de larges éventails de plumes. Voir Maspero, Hist. ancienne des peuple* < 1 l’Orient classique, II (1897), p. 351. — 2 Wilkinson, Op. cit. I, p. 421, üg- 1

— 3 Prisse d’ Avenues, Hist. de l’art égyptien d'après les monuments, II, p'- ''' des Monuments de l’art industriel. — '* Serv. ad Virg. A en. VI, 08; Augu?l 1 civ. Bei, II, 4; cf. Heuzey, Catal. des fig. ant. de terre cuite du musée du Lo""^ j I, p. 45, pl. ni, 4. — 0 Layard Niniveh and ils remains, II, p. 451 ; cf. Pcrro1 ^ Chipiez, Op. cit. II, p. 70-77, fig. 13 et 14. — « Plut. Artax. 22; Petop •

— 7 Sept. Cant. III, 9 sqq. Dans un passage d’Isaïe (LXVI, 20), la version V introduit le mot lectica, mais l’expression grecque, Iv koqiitiivan donne plutôt l’idée de chariots couverts d’une banne et traînés Par mulets [cAltPENTCHf..

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de ancienne1. C est donc d’Orient que la litière a passé 1 ” jgg Grecs et plus tard chez les Romains, qui en ont f h un si grand usage ; voyons ce que les textes, et aussi ]es monuments trop rares qui la reproduisent, nous apprennent sur son histoire.

< 'Grèce. — De bonne heure, sans qu’il y ait lieu de faire intervenir aucune influence étrangère, l’usage paraît s’être établi en Grèce de transporter les blessés et les morts par accident sur des espèces de civières dont nous ignorons la forme, mais qui étaient probablement fort simples. Dans Y Andromaque d’Euripide, le cadavre de Néoptolème est ramené de Delphes «fopào-rçv, c’est-à-dire sur une couchette portative, peut-être protégée par une sorle de baldaquin2. Était-on, dans la rue, victime d’une agression, faisait-on une chute de cheval, on était reconduit chez soi en litière (èv xXlV/|, èlù 3cXlV7]Ç,

(f0fâôï)v)3. Mais bientôt, grâce aux relations des Grecs avec l’Orient, particulièrement avecla Perse, la litière devint chez eux un moyen de transport à l’usage des délicats. Au temps de Périclès, l’architecte-mécani cien Artémon, qui vivait dans la mollesse et qui, d’ailleurs, était boiteux, se rendait à ses affaires couché sur

un lit porté presque au ras du sol (Iv xXtvtBiw xpegarfTùj Ttap* TY|V yrjv auxvjv), disposition peu commune, à ce qu’il semble, très différente, dans tous les cas, de celle de la litière ordinaire (cpopeïov) 4, que soutenaient des brancards reposant directement sur les épaules des porteurs.

tait-ce cette disposition spéciale, ou le fait qu’ Artémon ne quittait guère sa litière, ou encore la rareté des litières i cette époque ? Toujours est-il que ce personnage jouissai à Athènes dune certaine popularité, qui l’avait fait surnommer 6 7reptcpop-/jxoç ’Aexégiov 8. Au ive siècle, la i îere est un luxe généralement réservé aux femmes, i mos^ 'éne, pour avoir été rencontré en litière sur roule du Pirée, est violemment pris à partie par hon^r<^Ue ",^0ur|anL 1 habitude se répand, même pour les dresmeS- *1 ^ a' °'r recours- On a des esclaves spécialement 1(1 s,"' S 'l d Porter’ et n°us voyons le philosophe Lycon, deux 0SSf Ur ^b’aton au Lycée, affranchir par testament service^ ^r^1 SOnt depuis quatre années à son

ronsqueiéhVinCtl°nu étaienttrès pénibles 9. Nous ignodeï nnio i ' nom^re habituel des porteurs; au temps ’ 1 ne semble pas qu’ils fussent plus de quatre 10.

109. —2 Eurip .Andr0mtY\Rr'enJnUbeS°ndererIiilcksichtaufAegVPten, II, P- 108- De mW- 01 ; Demos,!, ' ) J Cf’ F™US ,P' l374> et LECTCS- ~ 3 lYs- 1V< 9 ! Andoc. x", P- 533 E-F ; Ephor i”,. on‘ 4 Poil. III, 94. — 5 Anacr. ap. Athen.

! ophane ( Acharn . 850) ■ • °' a°'’ Pon^ aP- Plut. Pericl. 27. Cf. la parodie d'Aris- ~ 3 On trouve aussi Dolll, ’,tyinov,i904 ’Açxtpuv. — fi Dinarch. In Demosth. 36. — ’ Poil. Ill, 94 8 ces porteurs, le mot çooer? ; voir Plut. Artax.

t rv- puituus, îe moi cooeï.

D,0?- Laert- V, 73. - 9 Lucian.

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