III. Chaton de bague
MANDYAS ou MANDYÈ (Mxvoôx;, ji-avoÛT)). — Manteau que les auteurs assimilent au birrus, à la lacerna, à I’ephestris, à la chlamys, au sagem1 , c’est-à-dire à des vêtements faits pour résister aux intempéries2, qui se portaient par-dessus le costume et se fixaient sur l’épaule ou sur la poitrine au moyen d’une fibule ou d’une agrafe. E. Saglio.
MANES, MANIA. — La notion des Mânes, apparentée à celle des Génies, des Lares, des Pénates, des Larves et parfois confondue avec elles *, est, dans la religion romaine, celle qui exprime le mieux la croyance à une certaine immortalité de l’âme après la dissolution du corps. En expliquer les diverses nuances, c’est déterminer jusqu’à quel point cette conception d’ordre philosophique a fait partie de l'opinion populaire. Malheureusement, si l’emploi du mot est de plus en plus fréquent depuis la période littéraire où l’influence hellénique a tant de part, les documents qui nous permettent de remonter au delà sont très rares et ils ne nous sont guère arrivés que par le canal de la littérature.
Nous savons cependant que la religion des morts est bien antérieure, chez les Romains, à toute espèce de philosophie2; dès la plus haute antiquité, le sol même de la maison servait à l’ensevelissement, de sorte que les âmes des morts étaient censées habiter parmi leurs descendants et devenaient pour eux des esprits familiers : ces esprits étaient appelés DU parentes et Mânes 3. Ce dernier mot ne fut d’abord qu’un qualificatif, invariablement employé au pluriel et au masculin; l’interprétation la plus probable est celle qui l’oppose à immanes ; il signifie donc les bons ou les illustres, soit par antiphrase, soit sans restriction4. Il ne semble pas qu’il ait désigné, et cela pendant des siècles, tel défunt en particulier, avec les caractères de la personnalité, mais seulement une collection d'ombres ou de fantômes, sanctifiés par la mort, objets de vénération et de frayeur, qui ne gardaient de leur existence terrestre qu’un vague pouvoir d’agir sur les survivants. Il est donc moins une profession de foi en l’immortalité qu'un hommage à la
MANDRA. 1 Sopli. Frag. 587; Plut. Mor. 648 A; Callim. Cer. 106. — 2 Hesych. s. o.; cf. Juvcn. III, 237; Mart. V, 22, 7. — 3 Anthol, IX, 746 et 747 ; XI, 326.
MANDYAS ou MANDYÈ. 1 Artemid. Oneirocr. Il, 3 ; F.Ujm. magn. et Suid. s. v. Ephestris. Voir aussi Poilus, VII, 60, et Eustatli. Ad Odyss. p. 1854, 32, qui traduisent ce nom par çaivôkijî, c'est-à-dire pnenula; cf. San niai se, Ad Script, hist. Aug. éd. 1620, p. 6, 120, 343. — 2 Cf. Dio Cass. XLVII, 8.
MANES, MANIA. 1 Voir Genius, II, 2, p. 1490; lares, III, 1, p. 940; larvae. Ibid. p. 950. — 2 Schoemann, De diis Alanibus, Laribus et Geniis (dans les Opuscula Academ. I, p. 350 sq.), p. 359. — 3Serv. Aen. V, 64; VI, 151 ; XI, 206; Plant. Merc. V, 1, 5; Corn. Nep. Fragm. 12; cf. Penates lnferorum , désignant des conceptions analogues clici les Étrusques; Nigid. Figul. ap. Arnob. III, 40 et Miiller- Deecke, Die Etrusker, II, p. 89, 97. — 4 Hildebrand. Glossar. Lat. p. 205, n* 53; Serv. Aen. I, 139 ; II, 268 ; Varr. Lin g. lat. VI ,4; cf. Cerna manu» = creator bonus chei Fest. Ep. p. 122 ; Fest. p. 146, 20 ; 158, 30. .I/nnii au singulier ne se rencontre que chez Apulée, De deo Socrat. p. 79; au féminin chez Marini, Inscr. Alb. p. 127 ot Corp. inscr. lat. V, 6053, 6710. Marini, Arval. p. 500, n" 78, signale la forme archaïque do Maanes\ cf. Corp. inscr. lat. I, 1410; un vase en terre trouvé sur PEsquilin donne Manom. Voir Annal, d. Instit. 1880, p. 158, et tab. L. Pour le sens île manis = clarns, voir Non. Marc. p. 66; lsid. Orig. V, 30; cf. Preller, Roem. Mythol. p. 73.
porpcluite de la race. « Les Mânes, dit le commentateur de \ irgilequi nous a conservé sur ce sujet les traditions diverses sans les concilier, sont les âmes durant le temps où, s’étant retirées des corps auxquels elles étaient associées, elles n ont pas encore passé dans d’autres corps1. » Au déclin seulement de la République, grâce à la diffusion des doctrines de Pythagore et de Platon, qui des milieux cultivés ont pénétré parfois dans les couches populaires, grâce aussi à la pratique de l’apothéose qui, limitée d’abord aux morts illustres, gagna aussi d’autres classes de la société *, la religion des Mânes se précisa el les Mânes invoqués sur les tombes prirent à l’occasion un caractère plus personnel.
En rëallté’ la seule preuve de la haute antiquité du i ulte des Mânes chez les Romains est une preuve indirecte ; on peut la tirer tant des témoignages de piété dont on entourait les tombes et qui accompagnaient les funérailles, que de la religion de Mania, vieille divinité \ énérée au xCompitalia en compagnie des Lares et qui, du temps de \ arron, était considérée comme la mère du 1 aïeule des Mânes3. Quoiqu’il ne soit question nulle part ailleurs d'un culte formel de Mania, et que les actes des Arvales mentionnent simplement une mère des Lares, sans préciser s'il s’agit de Mania ou d Acca Larentia4, il est à peu près certain que Mania avait sa place dans la compagnie des Mânes ; on l'appelait aussi Muta ou Tacita et elle recevait à l’époque des Feralia des hommages superstitieux Dans la langue populaire on la confondait avec Larva prise dans l’acception la plus générale du mot; elle était une figure terrifiante dont les nourrices se servaient pour faire peur aux enfants ; et un philosophe la place, avec Furrina et les Intemperiae, parmi les divinités grotesques ( thripes deorum ) qui habitent le monde souterrain6.
Employé au pluriel, le mot Maniae s’applique ou aux représentations grotesques des morts, comme celui de Larvae , ou à des poupées de cire que l’on suspendait pendant les Compitalia aux portes des maisons, pour honorer les Lares, di^arron; en réalité, pour apaiser en faveur des vivants les esprits des morts, au sein de chaque famille '. Ces figurines, appelées encore pilae ou oscilla, s étaient substituées aux victimes humaines que 1 on immolait au temps de la barbarie primitive. Ln auteur dit qu’elles étaient en nombre égal à celui des habitants d’une maison et que, pour honorer les divinités infernales, on leur offrait une de ces images en rachat de chaque existence 8. Tel est le sens d’un passage curieux de Plutarque où, sous le mot grec de /pY,<7TÔî désignant le mort, on devine le vieux mot latin manus ou manis, synonyme de bonus 9 : on suppliait Mania, dit cet auteur, pour qu’aucun des membres de la famille ne devînt manis, c’est-à-dire ne mourût dans
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1 année. Cette Mania est surnommée r. ■ sacrifiait des chiens tout comme aux Lare^ -6t 011 lui que dans sa personne se confondent les i ' C esUa‘d're la naissance et de la mort, le génie ,1e T* noli°Ds<ie perpétue sur terre et celui qui se mole™/ ^ qui se dans le monde infernal : il n’y a ms d’n 8 es Milnes pl.,S fréquente dans la vieille ,Æon “17“°" **»
Les premiers texles qui nous renseignent ™01,"5' ,1
du mot Mânes sont la loi des Douze Tables et 1 6mploi par laquelle Decius et Curtius se dévouent pour 1 blique. Le premier nous a gardé l’affirmation * t anciens Romains considéraient les esprits 1 S comme des divinités; il y était recommandé daLl? eur culte de tout appareil lugubre comme de tout dispendieux11. Cicéron, qui nous l’a transmis, conchâde la célébration des Fenae denieales, épilogue rituel H toutes les funérailles, que les ancêtres avaient entendu mettre au nombre des dieux les âmes de ceux qui avaient enugre pour les régions de la mort**. Mais ces dieux dépourvus de toute personnalité, sont distincts de ceux] que 1 on vénérait dans les temples, et leur religion était limitée au cercle étroit de chaque famille. Cependant par leur destinée même, qui est d’habiter dans le monde souterrain, ces Mânes sont apparentés aux dieux infernaux proprement dits13; avec ce sens nous les trouvons dans l’acte de la devotio : Decius invoque les Mânes en même temps que la Terre Mère qui a reçu les morts dans son sein et il les nomme en compagnie des Lares, des Novensiles, des Indigetes, ce qui fait penser qu’à ses yeux ils représentent les puissances infernales14. Curtius, dans une circonstance identique, tend les mains tour à j tour vers le ciel et vers la terre entr’ouverte, celle-ci séjour des Mânes18. Le gouffre dans lequel il se précipite est identique au mundus, cette vaste fosse que le rituel de la fondation des villes recommandait d’ouvrir et où l’on entassait les prémices de toutes les productions de la vie16; l’extrémité inférieure en était fermée parla pierre appelée Manalis , expression dont la parenté avec le mot Mânes n’est pas douteuse [manalis lapis].
La notion des Mânes va se transformer en se précisant au contact de la littérature hellénique ; nous y voyons alors entrer peu à peu quelques-uns des éléments qui caractérisent chez les Grecs la notion du daemon ou celle du héros. Rien ne prouve que cette transformation soit antérieure au temps de Cicéron ; pour Caton17, les dieux Mânes sont encore les êtres indéterminés à qui la partie inférieure du mundus est consacrée; trois fois par an, dit-il, on faisait le simulacre de l’entr 'ouvrir, afin que cest j jours-là les mystères cachés de la religion des dieux j Mânes fussent mis au jour. Les comiques, qui onttrouxe le moyen de parler du Genius, des Lares et des Penate.N n'ont jamais fait d’allusion au culte des Mânes18, pl
l’on
1 Scrv. Aen. III, 03. — 2 Voir Stcuding, chez Roscher, Ausfuehrl. Lexikon, II, p. 2317, et 904 sq. — 3 Varr. Ling. lat. IX, 61; Macr. Sat. I, 7, 34; cf. Arnob. 111,41 ; Fest. p. 129. — 4 Henzen, Acta fratr. An. p. 145; cf. lares, p. 939 ; le culte d'Acca Larentia est mis en rapport avec celui des Mânes par un passage de Macrobc [Sat. I, 10, 13) où il est question d'un sacrifice fait sur sa tombe : Diis Manibus Senilibtis, sur la nature duquel nous ne sommes pas fixés. — « Plut. JVum. 8; Macr. L. c. ; cf. feralia, p. 1040; lf.mcbes, p. 1100; et Schoemann, Op. cil. p. 303. C Mari. Cap. Il, 102, 104; Aelius Stilo chez Fest. Ep. p. 129. Sinnius Capito, chez Fest. p. 145, dit qu'on appelait maniae les personnes difformes; Novius avait écrit une Atellane ayant pour titre ; Mania Medica (Ribbeek, Corn, fragm. p. 203). - 7 Varr. Sat. Men. fragm. 403; chez Nonius, p. 538; cf. Fest. Ep. 121, 238. - 8 Serv. Georg. Il, 389; Aen. VI, 741 ; II, 110; pour les substitutions de ce genre en général, voir Marquardt-Mommsen) Staa/serwaltung, III, p. 193, el Hild, Les Argées [Bull, de la Faculté des lettres de
, « , • »e minem-
Poitiers, 1889, p. 1 18 sq.). — 9 Quaest. rom. 52 : p»|Sév«i xî>l<rt°v ï£,î ® \ . ,|on
manem fieri. — 10 Pljn. Hist. nat. XXIX, 58; cf. lares, p. «3. Unc '™™rit<il. en langue osque d'Agnonc mentionne une Deiva Geneta (Mommsen, ganja- Dialekte, p. 137) qui a été (Müller-Deeke, Etrusker , II, 105) identifiée ai ^ ^ ,, voir cependant Wissowa, chez Roscher, Op. cil. I. P- HJ*- 11 1 ' 1 , .
el 25, 02; cf. Schoemann, Op. cit. p. 300. — )2 Cic. Leg. H,
Aen. III, 03. - 14 Tit. Liv. VIII, 0, 10; 9, G sq. — « Ibid. VH, ,nPa^‘ Qd ,jT, rae hiatus ad deos Mânes; cf. Val. Max. V, 0, 2; Deu. liai. XI\,
— 16 Varr. Ling. lat. V, 143; Fest. p. 285 et Plut Rom. 1°. " “ rpâr un
d'après un passage des Origines. — 18 Piaule [Merc. V, 1, •>) ai ^ ^mlie le® de ses personnages les dii Pénates meum parentum, ce q"1 P[ de la
Mânes que si l'on rapproche cette locution du verbe rituel depuis recommandation de Cornelia à son fils ; cf. Parentes Mânes , u I VIII, 2185.
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ce elle se après
ve pas davantage leur nom dans les fragments m '.oètes épiques et tragiques de la première période. tllS. '"lie Cornelia, la mère des Gracques, dans une lettre |.ajt à gon (ils les recommandations suprêmes, ' " borne à employer, pour les honneurs à rendre i mort, le verbe rituel de parentare et à invoquer ]j(,(| pr0tecteur de la race : parentabis mihi et invo- 1 deum parentem ', expression que nous rencontrons li(i/’ piaute, déterminée non par Mânes mais par pena(es ; c’est-à-dire que le culte des morts reste enveloppé toujours des vagues formules qui sont propres à la religion primitive.
Chez Cicéron, qui n’a d’ailleurs jamais employé le mot (.enius et qui traduit Saigtov par /ar*, si nous mettons ■ï part les textes empruntés à la loi des Douze Tables, nous rencontrons un passage où les esprits des conjurés de Catilina, qu’il a fait mettre à mort, sont appelés Mânes3 ce qui équivaut au oodgoveç aXcnjctot ou irposTpcJm0i des Grecs, à l’idée d’un esprit vengeur qui reviendrait de l’autre monde pour punir le meurtrier A Dans le même temps, Lucrèce considère comme une manifestation de banale superstition les cérémonies funèbres, les victimes noires immolées sur les tombes et les offrandes aux Mânes divinisés. Ailleurs il proteste contre la croyance qui veut que, vers les rives de l’Achéron, les dieux Mânes conduisent les âmes par la porte des enfers '. En fait, le poète distingue ainsi les âmes des morts de ce qu’il appelle les Mânes, puisque ceux-ci se trouvent identifiés avec les divinités psychopompes des enfers. Tous ces textes, les seuls qui survivent de la littérature sous la République, démontrent que, même pour des intelligences pénétrées de poésie et de philosophie grecques, les Mânes ne sont autre chose que la vague appellation par qui les divinités infernales et les esprits des morts sont confondus dans un vocable collectif.
C’est aux poètes et aux historiens du règne d’Auguste0, a Virgile en première ligne, qu’il faut faire honneur de la vulgarisation du culte des Mânes, considérés enfin comme lésâmes des ancêtres apaisées, rendues bienveillantes et devenues pour les descendants des divinités au caractère vaguement personnel1. Dans cette tâche, la littéral ure est aidée par la pratique de l’apothéose à la b' on des Grecs, pratique dont la divinité de César mort G le ùenius d Auguste vivant sont les manifestations les plim anciennes et les plus solennelles. Mais cette signifier ion 11 exclut pas les autres, et l’on ne saurait dire qu’elle cGeni dominante. Chez Virgile, qui de tous les écri- 'al'ns a employé le plus fréquemment le mot rï désigne tour à tour, par métonymie, la région f miniers où résident les morts8, les ombres de ces na]',S *U'Ses collectivement, l’être des divinités inferl11 ' posées au royaume des morts, le plus souvent
7 : B*MnjÎCP' Fra°m' lâ- - * Cic. Tim. il, 38 ; cl. i.ares, p.940. — 3InPis.
- * Cf r. u m ' 'u" Os7,s> Quibtts conjuratorum mânes mortuorum expiaretis. pas d'iiiscrinli ’ ’ ’ V * ’ 7jUcr- ÙI, ; VI, 739, 7C3. — 0 Nous n'avons
ancienne par °,'IS, * " ' '10nnpur c'cs Mânes Calant d’avant cette époque; la plus ajuste; cfaviUr C°rp- in*cr ■ laL [’ «39 = XIV, 2404, qui est du règne hommage i* sa f0 ' *' " °ù un mari, sans invoquer les Mânes, rend
»vec le fonds „ *’cs mon»menls épigraphiques sont d'accord sur ce point
25 ; 1 4, 21 ol s °'|la 'a littérature. Voir surtout les Odes d'Horace, I, 24; II, f p. 83; |p p ' S’ cl s-> G', 7, 21, etc. — 7 Preller-Jordan, Roem. Mythol.
30,ï ; |v ° ' 7'0scI,p>'> Lcxikon, art. Kaiserkultus, p. 904 sq. — 8 Aen. *«». IV, 34 490 ■ VI ’ ,81; Xl1, m- ~ 9 Gcor9- b 243; IV, 409, 489, 505; “A IV, 427; V'„ „’ m' Vlll-240; X, 34, 39, 820; XII, 040. - 10 Aen. III, 03, 53i, 828 • vj A,, ’ “ comParor avec Hom. 11. XXIII, 221 ; VI, 119, 500, X, 524, Yl ,1’ : Quisque suos palimur Mânes. Cf. Servius ad
ces divinités associées aux morts dont elles ont la garde9 et, par exception seulement, soit l’dme d’un mort déterminé, soitle groupe d’ancêtres défunts d'une race ,0. l"n passage isolé est celui où .1 lunes s’identifie avec la destinée que font aux morts dans les enfers les actions bonnes ou mauvaises accomplies durant la vie". De toute façon, chez Virgile, surabonde la nuance spiritualiste du mot, lequel s’adapte à l’expression des doctrines de Pythagore et de Platon ; ses contemporains, au contraire, et la plupart des écrivains du Ier siècle ont une propension à l’appliquer de préférence, par une sorte de métaphore, ou à la région infernale ou aux restes matériels des morts, cadavres, cendres et ossements ; un philosophe dirait qu'ils sont matérialistes ii. Cependant la religion traditionnelle garde ses droits chez la plupart (il n y a guère à excepter que Pline l’Ancien . en ce que ces restes sont sacrés et qu’il y a impiété à les souiller, à les déranger dans la paix de l’au-delà, sans que d’ailleurs ce respect implique ni l’idée d’une divinité formelle du mort, ni même la foi en une immortalité soit collective, soit encore moins personnelle; c'est un hommage au mystère de la tombe, comme le culte du génie est un hommage au principe de la perpétuité de la race11.
Sous le bénéfice de cette restriction, on peut dire que le culte grec des héros a déteint fortement sur la religion des Mânes. Dans la littérature surtout, tous les sens dont le mot -qpoiç a été susceptible ont été suivant les occasions traduites par le mot Mânes, devenu une appellation honorifique; chez Virgile, les ombres d’Anchise, d’Hector, de Polydore, d’Eurydice sont désignées par ce mot, avec tous les caractères de la personnalité qui sont la conscience et le souvenir u ; de même celles de Virginie chez Tite-Live et plus tard de Galba chez Suétone13. Remarquons toutefois que dans tous ces passages il s’agit de personnalités qui ont péri de mort violente, de sorte que la notion de héros s’y complique de celle du daetnon, avec la nuance spéciale d’un esprit irrité qui sort de 1 autre monde pour se plaindre ou se venger ; à ce titre elles affirment beaucoup plus les droits à l’éternelle justice que la foi en l’immortalité. Sous l’influence du néo-platonisme, cette conception inspirera plus tard des histoires terrifiantes dont le type nous est fourni par Apulée10; il s'agiL de l’ombre d’un mari qui, tué traîtreusement par l’amoureux de sa femme, revient de l'autre monde pour persuader à celle-ci de crever les yeux du meurtrier. En exécutant l'ordre du mort, la femme se vante de rendre les devoirs funèbres aux mânes sacrés du mort, avec les yeux de celui qui a voulu prendre sa place : sanctis manibus ejus istis oculis parentabo. De même Agrippine, animée contre Néron, invoque contre lui, en même temps que le souvenir de ses propres crimes, les Mânes infernaux des Silanus qu’il
.Aen. III, C3 ; sur celte fausse extension du seus de Mânes , vov. S. Kcinacli, C. Rendus Acad. /user. 1900, p. 398. — 12 lit. Liv XXXI, 30; l'rop. 111. 5, 32; Phacd. I, 27; Pers. I, 38; Plin. Hist.nat. XI, 55, I; XVI, 85, 1 ; XXXIII, 1cf. les inscriptions, C. inscr. lat. XI, 1024; XII, 340; 4 IX, 2893 ; tôt Mânes jacent. — 13 C'est ainsi qu'il faut interpréter Cicéron, Le y. II, 22 et autres passages; Harlung, Religion der Roemer , I, p. 43 sq., Schoemann, Op. cil. et Prellcr, Roem. Mythol. I. c. ont mêlé à tort au culte des Mânes des idées
philosophiques qui furent à peine celles do quelques lettrés. 14 Aen. III
63, 303; IV, 427 ; V, 99; VI, 119; de même l'âme de Déipliohe, VI, 500; X, 524. Deux fois seulement Virgile invoque les Mânes des ancêtres en général,
X, 828 et XI, 689; cf. Ov. Fast. V, 443: Mânes... patenii. — 16 Tit. Liv, III, 58, II; Suct. Oth. 7; cf. Tit. Liv. XXI, 10. 3 : non mânes, non stirpem ejus conquiescere viri (d'Hamilcar qui revit dans Hannibal). — lo Met. VIH, 9,
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;i fait périr1. Mais si celte assimilation a pénétré dans l'opinion populaire, comme il est possible de l’induire de certaines inscriptions, ce fut sous l’influence de la litté¬
rature savante. 1) autres, qui semblaient cependant s'offrir d elles-mêmes, sont restées isolées : ainsi l'expression de (h cuit M unes appliquée par un écrivain du temps de ( .lande a la personnalité divinisée d’un empereur 2 ; ainsi encore, chez Ausone, celle de Mânes heroici , désignant les ombres des Grecs illustres, réunis dans les enfers autour dAgamemnon3. D’une façon générale, quand le mot Mmies ne se matérialise pas pour désigner les restes enfermés dans la tombe, il se volatilise en quelque sorte pour n’ètre que l’expression d’une ombre vaine, objet de vagues rumeurs. Tel est le sens de l’apposition, chez Horace, de fabulae Mânes , que Perse développe en disant de 1 homme qu'il deviendra cinis et mânes et /abu/a Mânes synonyme de cinis, non seulement chez les poètes mais sur les inscriptions, est encore une preuve manifeste que dans la conception des Mânes il y a moins de philosophie que de superstition6.
Cependant, la philosophie s’en empara avec Varron, beaucoup plus préoccupé de l’accommoder à des spéculations savantes que de l'éclairer à la lumière des textes anciens et des usages traditionnels. C’est ainsi que, pour interpréter 1 être des Lares, le polygraphe commence par le confondre avec celui des Mânes ; puis il voit dans les uns et les autres des figures aériennes et finalement il se réfugie, pour leur donner une physionomie précise, dans 1 idée grecque des héros6; ailleurs, il confond les Lares avec les Larves et voit dans ces personnifications ou des espèces de génies ou les âmes des défunts, c’esta-dire des Mânes' ; il était difficile d’être plus confus et moins exact. Apulée, selon l’esprit des doctrines platoniciennes, cherche à fonder la distinction des Lemures, des Larves et des Lares sur la qualité morale des esprits qui survivent au corps ; il fait rentrer les Mânes dans celle hiérarchie systématique, les considérant comme les esprits ni bons ni mauvais, analogues au daernon abstrait des Grecs8; en inventant le Mâne Dieu ( Manem Deum), il donne même un pendant au daemon unique, incarnation du monothéisme, suivant les idées des derniers stoïciens ou du néo-platonisme9; saint Augustin fait sienne cette interprétation en la rattachant à Platon10. Le commentateur de Virgile, Servius, nous fournit dans une note très développée la synthèse des explications variées dont les Mânes ont été l’objet depuis Virgile11 ; pour les uns, ils sont les esprits des morts, appelés les bienveillants par antiphrase, leur nature les disposant à tourmenter les vivants12 : à ce titre, ils peuvent être confondus avec les divinités infernales, quoique le plus souvent
■Tac. Ann. XIII, 14, inferi Silanorum Mânes. — 2 De composit . medic. praef. 2+. — 3 Auson. Perioch. Od. 2*. — i Hor. Od. I, 4, IC ; Pcrs. V, 152. — 5 Virg. Aen. 11. 587 cl IV, 427; Pcrs. I, 3G ; cf. Prop. III, 5, 31. — 6Arnob. 111, 41 ; cf.Marl. Cap. Il, 9, i : Serv. Aen. III, 03; FesI .Ep. p. 122. — 7 Ling. lat. IX, 38, 61 ; VI, .. 24, ap. Non., 358, 0; Aug. Civ. Dei, VII, C ; cf. lares, p. 940. — 8 Apul. De deo Socr. p. ,9 ; cf. Ov. East. V,434, 443,483. — 9 Pour Manem Deum, cf. daemon, p. 15 S<|. — 10 Civ. Dei. IX, 11 ; cf.Marc. Sat.l, 7, p. 241. — U Serv. Aen. 111,63; cf. I, 1 39 ; II, 268. La longue note au premier deccs passages est fort mêlée: la théorie de la métempsycose y est entrée sur le tard, par la plume de Pancratius Mascivius. Voir Sleuding, chez Itoscher, Op. cit. Il,2320.-120na supposé que tel élaitlesensde l'inscription Dits Propitiis, sur une pierre sépulcrale, chez Visconti, Museo Pio Clement. II, p. 82; voir Schocmann, Op. cit. p. 359.— 13 Cf. Isid. Orig.8, H.— H Voir gf.nics, p. I 4JÜ arec les notes 14 et suiv. — 1, Sur cette identification, voir Steuding, chez Koscher, Op. cit. II, p. 243 (art. inferi); les Mânes sont les W|MveS *aT«xOim«t; cf. l'expression de Genius infernus, Inscr. Orelli, 4577; Bull. arch. 1860, p. 70; Arch. Zeit. 1861, p. 107. — 16 Fesl. Ep. p. 122, 125, et Serv. L. c. : humoris quod noctu cadit potestatem habere (Mânes). Pour l’étymologie de Mânes , rapproché de
on les en distingue, et ils règnenUur le mondc comme les dieux célestes président à celui j, ‘ , Lue autre opinion confond les Mânes — •
des morts
ïnts ‘a
distingue entre les bons et les mauvais déti m 'meS et par la valeur morale des hommes dont il . ""T ainsi l’être après la mort11. Ils continuent à habiter p 0"86"1
eres, ce qui les fait identifier avec les ossem.m ^ cendres, parfois avec les sépulcres eux-mêmes s°" ** les divers points de vue, le séjour des Mânes est ZT région infernale ou dans les, espaces sublunaires où IZ ! les esprits en général, particulièrement les -ënies 1 nnles aux daemons des Grecs16. Avec cette dernière ™!!' ception s’accorde l’étymologie qui rattache man , moue, matutinus et même maturus, étymologie „ui ! été reprise par des linguistes contemporains : les ancien! disaient que ces esprits agissaient sur le monde des vivants par l’intermédiaire de la rosée matinale16 • Ce| fantaisies se compliquaient de la croyance à la mé’tem psycose ; elles invitaient d’autre part à rapprocher mam du verbe manare , les esprits subtils ayant la propriété de pénétrer partout17.
La preuve que les théories philosophiques sur la nature des Mânes ont à peine effleuré l’opinion populaire nous est fournie par les innombrables inscriptions tombales qui, depuis les commencements du Ier siècle de notreère, affirment leur divinité sans la préciser, et cela dqns toutes! les parties du monde romain18. Les formules qui altos- 1 Lent le culte des Mânes sont aussi monotones que la mort elle-même, aussi banales que le deuil ou le respect j dont elles sont l’expression. L’hommage aux dieux Mânes ou aux Mânes divins est tantôt inscrit en toutes lettres : diis manibx's, jamais divis Manibus ; le plus sou-i vent figuré à l’aide du sigle D. M. qui est tantôt précédé, tantôt suivi du nom des défunts au génitif; quelquefois les noms sans la formule rituelle et s’en détachant, au nominatif; des épithètes sont l’exception. On rencontre toutefois inferi' d’ordinaire à l’aide du sigle 1 19 ; rarement sanctus , sucer, pins, caslus 20, etc. Plus fréquentes que les épithètes, qu’exclut a priori la formule rituelle dits. Manibus, laquelle suffit à tout, sont les expressions memoriae , quiet i , securitati, soit seules, soit avec des qualificatifs comme aeternus, perpetuus, perennis2'.W\ y a des inscriptions où sont confondus ou associés, ïnèniç en dehors de l’Italie, les vocables de Mânes et de <7enù/sJ celui de Juno et même de Venus prenant la place dul Genius quand il s’agit d’une femme22. Une inscription I de la Gaule Lyonnaise invoque séparément le Genius dul mari et la Juno de la femme23; ailleurs, le mot implique tous les morts d’une même famille et non Je I défunt en particulier; il semble d’ordinaire que lapât!
maturus ( zeitig - angemessen, gut), voir Vaniçek, Etymol. Woer Ici biicl I
— 17 Pour mânes a manando , voir outre Servius, III, 63, Fest. p. 1 |e9
— 18 L'importance de la place que tiennent dans les rnonumenls épif-rap^l^^
inscriptions funéraires est suffisamment établie par ce fait que, pour l < ^ ^ I
Rome, il y en a plus de 15000 au tome VI (3' et 4' parties) du Corp. "‘s . ^ I La grande majorité ne va pas sans l'invocation aux Mânes. jg IBS ; Ii
238, 1424; Dei Inferi Mânes, 2464, 2640, 2722, 2725 ; VI, 1- 31 - 3 0' J | 138, 2322, 2565, 2699, 2936; cf. Fest. Ep. p. 128, 156, 158; Pelr0" ^ Ro’solicr, I
— 20 Voir la liste des épithètes données aux Mânes par les Poctc*’ c “.. ,iu,ioe)ï
Op. cit. II, 2319; C. i. I. VI, 29 856, 29 875; XIV, 704, etc. ; ntes sur