‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 171 sur 275 · I XLIX, 7, § I · texte numérisé non relu

I XLIX, 7, § I

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,neurg de provinces auraient le droit de prêter • [es g0"'". r(ji L(iS le concours de travailleurs militaires 1 ; W,Xlll|"|l|'|lt jamais on ne devrait y faire appel pour le ser- I1"l'|l|'in particulier, fût-ce d’un général2. L’ordonnance VICC i \uguste et fut strictement maintenue dans la rtlU°'1 '('Vsl ce que confirme le témoignage des textes

suite

rtout des inscriptions : nous y voyons les

et suri

loupes de toutes sortes, légions et auxiliaires, employées

■ des constructions militaires dont le but est de défendre

■ territoire romain ou d’en faciliter l’occupation; à des

vs d’utilité publique, destinés surtout à assurer la V ilé ou ia bonne administration de l’Empire, comme Kssî à servir les intérêts de l’empereur et de la caisse impériale; enfin à des travaux qui devaient augmenter la ■ rospérilé des provinces ou celle des municipalités.

1 1» Travaux purement militaires. — Fortification des différentes frontières de l’Empire: limes de Bretagne4, llirnes du Rhin, de la Germanie et de la Rétie 5, limes du I Danube, depuis Passau jusqu’à son embouchure6, limes de

Syrie cl d’Arabie \ limes de Numidie, de Maurétanie et de Tripolitaine 8 [limes]; construction de routes9: voie

de Salona à Andetium par la légion VIIe l0, route d’Aquincum à Mursa par la légion IIe Adjutrix “, route de Dacie par la cohorte I11 Hispanorum 12, route de Berytos à Biblos en Syrie par la légion IIIe Gallica'3,

■ voie de The veste à Tacape 14 et de Carthage à Theveste 15 .par la légion IIP Auguste; percement d’une voie à tra- ; vers l’Aurès par un détachementde la légion VIe Ferrata16; [établissement de la voie de Coptos à la mer Rouge par des : troupes de l’armée d’Égyptesous Auguste, et construction d’un camp pour la défendre ainsi que de citernes échelonnées sur la voie 11 ; construction d’un practorium sur une route stratégique en Maurétanie Tingitane 18 ; percement d’un grand tunnel à Séleucie de Piérie 19 ; percement d un canal entre la Meuse et le Rhin, qua incerta |0cer//zi vitarentur 20 ; d’un autre canal entre la Moselle et la Saône, ut copiae per eam fossam in Rhenum exin Wceanum decurrerent2i ; construction d’une digue pour [contenir le Rhin22; d’une basilica equestris exercitatoria à Netherby par une cohorte d’Espagnols 23 et d une basilica semblable à Syène par une cohorte de Biliciens-1; adduction d’eau de source dans un camp légionnaire23; édification de temples26, de bains21, de I®agasins-S pour les besoins des soldats; d’un amphit éàtre pour 1 amusement des troupes et des vétérans I xés dans le voisinage29, de monuments divers dans les FJ es issues des camps (temples30, fontaines31, arcs de ■nomph,. fondation de colonies sur le territoire d’une I egion et en partie pour les vétérans 33 ; tombeaux élevés

en l'honneur de soldats morts sur le champ de bataille 34, ou même d’ennemis 3r\

2° Ouvrages (futilité publique , mais ayant quelque intérêt pour la sécurité de l’empire ou l'administration impériale. — Établissement de routes en Italie 36 ; dragage du Nil sous Auguste ut feraciorem habilioremque annonae urbicae redderet 31 ; réfection des murailles d une ville pour assurer la sécurité du pays 38 ; construction d’un pont à Simittu, pour faciliter l’exportation des marbres de la carrière impériale voisine 39 ; exploitation de carrières et de mines faisant partie du domaine impérial 40.

3° Travaux intéressant surtout les municipalités et la prospérité des provinces. — Curage du port de Séleucie41; aménagement de sources thermales42; construction d’amphithéâtres à Crémone et à Bologne, « en partie, dit Tacite, pour occuper les légions, en partie parce que les affaires n’absorbaient jamais assez Yitellins pour qu’il oubliât les plaisirs 43 » ; percement d'un long aqueduc à Bougie44; édification de ponts, temples, portiques, basiliques en Égypte 45 ; dessèchement de marais et assainissement des environs de Sirmium par Probus46; plantation de vignes dans la même région47 ; envoi de soldats pour obliger les paysans dé Syrie à combattre les sauterelles48.

Cette liste n’a point la prétention d’être complète, surtout pour les ouvrages purement militaires : elle ne contient qu’un certain nombre d’exemples caractéristiques fournis par des documents précis; il faudrait y ajouter toutes les constructions où ont été employées des briques ou des tuiles avec estampilles de légions ou de corps auxiliaires, ce qui prouve qu’elles ont été élevées par des soldats [tegula]. Mais les tuiles de cette sorte sont innombrables et se retrouvent dans toutes les parties du monde romain : un relevé de cette nature excéderait les limites de cet article49.

L’examen comparatif des textes ci-dessus réunis suffit à montrer que toutes les espèces de troupes n’étaient pas indifféremment affectées à chaque catégorie de travaux. Aux besognes purement militaires, fontaines, routes stratégiques, constructions de la frontière, les légions doivent faire face aussi bien que les auxiliaires, suivant que les nécessités locales le réclament. A Bohning, sur le limes de Germanie, c’est un détachement de la légion IIIe Italique qui élève le valluni , des postes et des tours; à Schwaderloch, en Suisse, la légion VIIIe Auguste est chargée de construire un burgus 50 ; le camp de Lambèse est l’oeuvre de la légion IIIe Auguste31 ; mais à Risingham, la porte et les murs du camp sont relevés par une cohorte de Vangiones52, et à Riechester une cohorte de Vardulli

§l.~3 ViV.'i’/'.’. S 1 :d' Liobcnam’ Stadteverwaltung, p. 141. — 2 Dig. XLIX, ’ BjWfalom 7 ü/‘ ’ clc' ' H. 19 : Siquidem incongruum videreti Ttt. Agric Z‘v"' VtiHtatibus vacare privatis. — 4 Suct. Oct. 18; Dio, Ll, 18 I gl, 172 i-ï “ Hüd' 11 ’ Vita Pii' CorP • inscr- lat • VII> 199-117, 14! I — o y IIX||v. ^ ^42, 312, 362, 401, etc.; cf. Indices , p. 34:

\nisch vaetisri^ V ^es Publications intitulées Limesblatt et Dcr obergernu

rM653t;r.lr;C'TaC: Anw*ï’ 33‘ — 6 Corp. inscr. lat. 111,3385, 338' archdol, en U0u ^ Cimes iR Oester reich) Tocilesco, Fouilles et recherc/it

i Wdington, ’ P' Ct suiv* “ 7 CorP • inscr- laL IlI> 88i 6658? 673î

P- oW et suiv • /y,' n ~ ^8C, p. 244. — S R. Cagnat, Armée d'Afriqu

-5"l, 257 » a'fta.r arch' du Co™ité, 1901, p. 429; C. i. I. VIII, 2532, 2546,254! -»c. i. / 1,1 , lilc- Ann • I. 20; Quint. Inst. or. II, 3; Vcgct. III, PI, 1001», ,00’23 " ' ~ 11 Ihid ■ 3708. — 12 Ibid. 1027. — 13 Ib. 208. — U /, - I#’ //( ~ l ,/6- d- 895, 977, 2092. — 10 Ib. n. 10230. — « Ib. Il

" 21 Ib. xin S3 ’ “1820' ~ 19 Waddington, 27 1 4-2717. — 20 Tac. Ann. XI, 2' V,»i 2572. % Ib- - 23 C- «'• l ■ vil, 905. — 24 Ib. III, 002 5. — 25 /

, 3484 . 27 /b. VII, 273, 445 ; Bramhacl), I. Ith. 100

28 c. i. I. VII, 732. — 29 Jb. VIII, 2488. — 30 Ib. 2579 ct suiv. 2030, 2051, 2052,

2054. 31 Ib. 2057, 2058. — 32 Ib. 2098. — 33 Ib. 4203, 4204, 17842, 17843. — 34 Tocilesco, Fouilles en Roumanie , p. 03 cl suiv. — 35 Vil a Probi, 9, 2. — 30 C. i. I. V, 7989. — 37 Suet. Aug. 18. — 38 C. i. I. III, 8031. — 39 Ibid. VIH, 10117.

40 Tac. Ann. XV, 20; Letronne, liée. 11, p. 424 et suiv.; C. i. gr. p. 1191 ct suiv.; cf. n» 5042; Ann. épigr. 1889, n. 182; C. i. I. 111, 10117; Korrespondenzblatt d. Wcstd. Zeitschrift , 1880, p. 70 cl suiv. ; Freudenbcrg, Das Denkmal des Hercules Saxanus im Hrohlthal. — U l.ibanius, ’Avtio^uôç, I, p. 324, 5, éd. Reiske. — 42 C. i. I . VIII, 17727, 17728. - 43 Tac. Hist. II, 07. — *4 Corp.

inscr. lat. VIII, 18 122. — 45 Vila Probi, 9, 4. — 40 Ibid. 21, 2. Ou notera

cependant que Sirmium, à partir de la lin du m« siècle, servit de résidence aux

empereurs ; le travail pouvait être fait à leur intention aussi bien (pic pour le

bien-être des habitants de la ville. — 47 Ibid. 18, 8. — 48 piin. Hist. nat. XI, 408. Les soldats ne combattent pas eux-mêmes le lléau : « necare (locustas)et in Syria militari imperio coguntur ». — 49 Ann. épigr. 1899, 195. — 50 Ibid. 1893, 114. — 51 C. i. I. VIII, 2532 , 2540 , 2548 , 2571, 2572. — 52 C. i. I. VII,

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est chargée de réparer un ballistarium1. La légion IIP Auguste bâtit un temple à Esculape2; la cohorte des Belges en construit à Liber Pater3; la même légion IIIe Auguste amène l’eau dans son camp3 ; à Caernarvon c’est une cohorte de Sunuci qu’on occupe à un travail semblable 5.

1 ar contre, pour les autres travaux on s’abstenait presque toujours de faire appel aux légionnaires ; s’agitil de refaire une route italienne, on réquisitionne des t irones juventutis novae italicae 6 ; de relever les murs de Romula, une troupe de Syriens ‘ ; de percer un aqueduc à Bougie, des gésates et des marins8 ; d’agrandir le port de Séleucie, une aile de cavalerie9. Une seule fois nous trouvons mentionnés incontestablement des légionnaires à propos d'un travail de cette sorte, mais c’est après la victoire de ^ itellius, et les légionnaires font partie de légions qui viennent d’être vaincues : il y a là des conditions toutes particulières I0.

Dans l'exploitation des mines, cependant, les inscriptions citent des soldats ou des officiers appartenant à des légions, à côté de troupes auxiliaires et de marins11. Leur participation à des travaux aussi pénibles et presque serviles serait surprenante si l’on n’avait déjà signalé des faits analogues, par exemple, à propos de l’établissement’ de la route de Coptos à la mer Rouge. On a constaté 12 que lors de ce travail on avait détaché cent viugt-huit légionnaires seulement sur les dix ou douze mille que la garnison comportait, tandis qu’on avait mis en mouvement mille deux cent soixante-treize auxiliaires sur un effectif total de six ou sept mille hommes ; on en a conclu que, dans ce cas, les légionnaires ne pouvaient que faire l’office de surveillants, les auxiliaires de travailleurs effectifs. Il en était de même dans les carrières: les détachements légionnaires et les officiers qu’on y rencontre dirigeaient l’exploitation et le transport des pierres [legio, col. 1063] ou même se contentaient de faire la police, veillant à l’exécution des travaux par les condamnés 13. Un fait comme celui que rapporte Tacite lorsqu’il nous montre Curtius Rufus faisant ouvrir une mine d’argent dans le territoire des Mattiaci par la main-d’œuvre légionnaire, est une exception ; il ne pouvait se produire que dans un pays à peine soumis et en territoire militaire : c’est presque une opération de guerre13. R. Cagnat.

MANUTERGIUM [maxtele].

MAP ALI A. — Nom donné par les auteurs latins, d’après la dénomination indigène, aux habitations des tribus nomades de l’Afrique septentrionale. Hérodote, sans prononcer le nom de mapalia, dit que les Libyens nomades habitent des huttes mobiles, faites de joncs entrelacés de feuilles d’asphodèle1. Dans la littérature latine, le mot parait pour la première fois avec Caton2. Salluste l’explique lorsqu’il raconte que les Numides ruraux, dans leur langue, appellent leurs demeures des mapalia , et que le toit de ces maisons, de forme oblongue

et aux pentes incurvées, les fait ressemhl renversée d’un navire3. Pline donne Tl* habitations, faites de joncs tressés “ nom a»x m.des et Maures3 ; et de leur côté Tite U ades- Nunous représentent ces cabanes desparteri? dans les campagnes de l’Afrique, conuu* i , inées bergers. Au temps des guerre’ pu ”® ** M. «. dans leurs campements militaires, n’avaient " ' ,mides< abris que ces légères cabanes, soutenues int£, ^ par quelques pieux enfoncés dans le sol ■ • ement à Scïpion de prolitor d’un grand vent non', ,Zï*°ï ‘ mut, le feu dans le camp de Syphax et et..,. • f6 a sordre dans les quartiers de l’ennemi' Citons"’1 ' * témoignage de saint Jérôme, disant que l,.s demeures des Africains ressemblent à des fours ’

On peut rapprocher de ces divers textes ,„el(roes recentes decouvertes de l’archéologie africaine E mosaïques trouvées à El- ’ ux

Alia, à 24 kilomètres au sud de Mahdia (Tunisie), dans une villa romaine10, représentent des scènes pittoresques et champêtres que l’artiste parait avoir voulu placer sur les bords du Nil : on y remarque (fi g. 4828), entre autres choses, des gourbis en treillis, qui ont la forme de ruches d’abeilles, rondes, à tige conique, et dont la pointe, en sparterie souple, est inclinée11. Il est impossible de ne pas reconnaître ici les mapalia des auteurs latins. Une autre

mosaïque, trouvée à Oudna (l’ancienne Uthina), a pour sujet principal une ferme avec l’habitation des maîtres, et, devant celle-ci, une petite chaumière basse avec toit triangulaire en chaume12 : c’est la maison des esclaves; elle ressemble aux cabanes des charbonniers dans nos

Fig. 4828. — Hutte africaiuc.

forêts. Sur un sarcophage du musée de Philippeville, est figurée une petite chaumière d’un genre tout different : c’est (fig. 4829) une cabane circulaire, en treillis, surmontée d’un toit conique en chaume; une femme se tient devant la porte, ayant sur sa tète une corbeille et tenant une cruche de la main gauche Aujourd’hui, les gourbis mobiles et transportables des Berbères, qui affectent différentes formes, suivant les Lribus, nous représentent les anciens mapalia', Ch. Dsso^ signale même des tribus des environs de Tanger dont es gourbis, faits de nattes tressées, affectent encore la u»iu e des lianes d’un bateau renversé13. Cette dernière h" me

l Corp. inscr. lat. 1045, 1046. — 2 /6. VIII, 2570 et suiv. — 3 lb . III, 8484. — 4 VIH, 2658- —3 /6. VII, 142. - 6 lb. V, 7989. — 7 lb. III, 8031. — 8 Jb. VI 18122. — 9 Libanius, •A»Ti„z,*i4, L. c. —10 Tac. Hist. II, 67. — U Freud, berg, Pas üenkmal des Hercules Saxnnus im Brohlthal ; Bramb. 602, 680 ; l Robert, Insc. laissées dans une carrière de la haute Moselle (Mil. Graux, p. 3 et suiv.). 12 c. i. I. III, n. 6627; cf. le commentaire de M. Mommsen, p. 12 13 Passio sanciorum IV coronatorum dans Büdinger, Untersuchungen, I p. 324 et suiv. — n Tac. Ann. XI, 20. — B.buographie. W. Harster, Die Baut der romischen Soldaten :um à ffent lichen Nu t zen, Speier, 1873, in-4» ; Mar/(uar, Organisation militaire , p. 315 et suiv.

MAPALIA. I Herod. IV, 190, 2 :OI«^«t* Si rip.r,,™ « |,£p(M'yuv *

<r/otvou; e<m} xcci Ta’Jra icépisopni'à, - 2 Cat. ap. Fest. S. V. ■* / 6 \ irï*

Jug. XVIII. — 4 Plin. Nat. hist. V, 22 ; XVI, 178.-8 Tit. Liv. XXIX, 3 . ^ ^ Gcorg. III, 339-340. — 7 Tit. Liv. XXX, 3. - 8 Tit. Liv. XXX, 5. lu Prol. Amos : Agrestes quidem casas et furnorum similes, quas d

mapalia. — 10 p. Gaucklcr, dans C. B. des séances de IA"" ■ |i. 67,

B. Lettres, 1898, p. 828. — H Jahrb. d. arch. Instit. t. XV, 1600, ' ^ ^ ^ jqq

fig. 2 et p. G8, fig. 3. — p, Gauckler, dans les Monuments l u ^ j /usées d>' et pl. xxn. — ^3 Gsell, Musée de Philippeville (dans la r0* * ^ Qpcrep^ C Algérie et de la Tunisie ), p. 32 et pl. n, fig. i. Voir auss‘ Campa" ^ p r0,n. pl. exiv, relief de terre cuite. — 14 Cli. Tissot, Géogr. comp- ( j p. 70-71d'Afrique, t. I, p. 4SI ; cf. p. 302; Otto Mcltzer, Gesch. d. Kartharja ,

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['époque

Fig. 4829.

(li piutôt la chaumière de la mosaïque d’Oudna, r8pI)t "•■d'iaues coniques de la mosaïque d’El-Alia ou du quen„hage de Philippeville.

38 u de mapalia ou mappalia est demeuré attaché, LC l" "1 romaine, à des localités dans lesquelles se trouvait installée, à côté des colons romains, une agglomération plus ou moins considérable d’habitations indigènes. La grande inscription d’Henchir Mettich, en Tunisie, découverte en 1896, donne au domaine créé dans cette localité le nom de fundus Villae magnae Variant , id est Mappalia Siga1.

Cette dernière appellation représente évidemment le nom indigène, antérieur à l’installation du fundus romain et persistant à côté de lui, comme les gourbis des Numides à côté des maisons de pierre des colons. A Carthage même, il y avait la rue des Mappales, via Mappaliensis , où demeurait, au temps du martyre de saint Cyprien, le procurateur Macrobius Candidianus 2. Cette rue, assez éloignée du centre de la ville, parait avoir été tracée sur un emplacement qui n’était, à l’origine, qu’un faubourg extérieur. C’était probablement, dit M. P. Monceaux,

« cette grande voie carrossable qui, aujourd’hui encore, conduit de La Malga à Sidi-bou-Saïd3 ». Au v° siècle, l’une des basiliques de Carthage dédiée à saint Cyprien était sur l’emplacement de sa sépulture, aux Mappalia , près des Piscines, c’est-à-dire à proximité des grandes citernes du village de La Malga L Dans une glose sur Virgile, Servius signale l’existence, à Carthage, d’une zone extérieure à laquelle il donne, non pas le nom de Mappalia ou Mapalia , mais celui de il lagalia*. 11 est de toute évidence que Magalia n’est qu’une autre transcription du terme indigène ordinairement donné sous la forme mapalia. Il a persisté jusqu à nos jours dans le nom du village arabe de La Malga situé au pied de la colline de Saint-Louis, sur laquelle s élevait Byrsa. Le village de La Malga parait donc désigner à la fois à peu près l’endroit où passait la via Mapptdiensis et l’emplacement où, à l’époque punique prinntive, s’élevaient les mobiles et légers mapalia ou nurjulia des tribus libyennes, lorsque ces dernières 't'naient cultiver le sol de la banlieue de Carthage ou len’ u l’instar des tribus nègres dans nos colonies actuelles, trafiquer avec, les marchands carthaginois.

llM la'ns orientalistes ont proposé de faire dériver le mot aumidique ou berbère magalia , du terme sémitique

larac‘ne rouler IV’ cha- 0 ’ * 0a 1° sens de « maison qui roule, qu’on trans-

et

U (Ext, , "'aia, A ouv. observ. sur l’inscr. d'ffenchir Mettich , p. 2, 7 Uuinarl ' ^0BB’ rev‘ s de droit franç. et étranger , 1899). — 2 D. Carth ,,L Cl a ">artyr- P- 218 ! Ch. Tissot, O.l. t. 1, p.' 661; E. Babclon, V"'- ~ 3 P- Monceaux, Rev. arch. 1901, H, p. 185; Id. Hist. I, s) |f| ' ir,ue chrétienne, t. Il, p. 373. — 4 Victor de Vita, Persec. Vandal.

M Aen ^ v,r ^appa^a ; P. Monceaux, Op. cit. p. 195. — S Scrv.

Sichs. Ges ïi ;Cf ^ Tissot, Op. cit. p. 586; Th. Mommsen, in Berichte d. Op. cil | | U issenschaft . Phil. hist. Classe , 1854, p. 155; Otto McUzer, portaie„t| *' * 1 1 - <-42. Il paraît (|ue, dans les iles Baléares, certaines habitations

- G üesemus, Monu- 442. — 1 Servius, Aa

H’Jl fît 1011 1 1(> " 'luVj UclliS IBS llBs Del K 111 l

nenta, n Jj!" ® Mapales (Æ cv . arcli. 1901, 1, p. 46Ô). Aen. | ij, )ll° Mcltzer, Gesch. d. Karthager, t. I, p ’ *' • « Magalia - - - - ■

vero anlistoeclion est, uam debuit magaria dicerc, quia

porte0 ». D’autres, s’appuyant sur un passage de Servius, ont voulu voir dans Magalia une autre forme ou une altération du mot Megara1. Mais cette assimilation est peu probable. Il existait à la vérité, à Carthage, un quartier appelé Megara, représenté par le bourg actuel de La Marsa, entre Sidi-bou-Saïd et le cap Kamart®. Mais ce quartier est fort éloigné de celui où se trouvaient les Mappalia, et nous savons par Diodore de Sicile9 et Isidore de Séville 10 que le mot punique inagar signifiait « la nouvelle ville », le quartier neuf, né de l’extension normale de la cité carthaginoise11. Si donc le rapprochement entre Mappalia (ou Mapalia) et Magalia s'impose, il n'en est pas de même de celui qu’on a proposé entre Magalia et Megara , qui doit être abandonné. E. Babelon.

MAPPA. — I. — Serviette et nappe de table. On a vu à l’article coena (p. 1280) et à l’article mantele (p. 1379) que les mappae se confondent sans cesse avec les mantelia, pour désigner les serviettes de toilette ou de repas et les napperons que l’on plaçait sur les tables elles-mêmes.

C’est qu’en réalité la serviette, mantele , est devenue la nappe, à une époque assez basse *. On n’en voit pas trace à l’époque grecque. Même à l’époque romaine, l’usage ancien était de placer les mets directement sur la table : on l’essuyait avec un torchon [galsapa] entre les différents services2. Ce qu’on appelle les mappae , dans l’ordonnance des banquets, doit concerner souvent les linges et étoffes, plus ou moins ornés, qu'on plaçait sur les lits pour les draper3. Varron parle de mappae tricliniares L Nous avons vu, en effet (p. 1380), que mantele et mappa désignent non seulement des serviettes, mais toute espèce de linges, et même des parures de tête ou des vêtements.

Le luxe des nappes parait dater seulement des règnes de Titus et de Domitien ; le poète Martial fait allusion aux mappae qui couvrent le bois des tables 5. Il est probable que c’est alors une simple serviette jetée sur le meuble; on peut l'emporter et la voler facilement6. Sous Héliogabale et ses successeurs, on voit apparaître les nappes dorées ou rehaussées de couleurs; certaines étaient ornées de broderies qui représentaient les mets et les comestibles du repas7, comme on le voit dans certaines fresques de Pompéi (fîg. 1447 etsuiv.).

Il existait dans la maison impériale un service a map pis, c’est-à-dire des employés chargés de faire confectionner et de garder les serviettes et nappes destinées à la table de l’empereur 8.

C’est surtout sous les empereurs chrétiens et pendant le Bas-Empire que l’usage des nappes se répand de plus en plus, sous le couvert d’une idée religieuse. Les objets sacrés ne doivent être touchés qu'avec des mains pures, enveloppées de linges blancs [voir mantele, p. 1581 ; l’autel, pour être plus pur, sera aussi recouvert d'une étoffe blanche. De là les nappes d'autel et les nappes de communion dans la liturgie chrétienne. Les iVotitiae dignitatum de l'Empire nous font voir, recouvertes d'une

magar non magal, Poenorum lingua villain signilîcat ». — 8 Ch. Tissot, O. c. t. I, p. 586; cf. p. 569. — 2 Diod. Sic. XXII, 7. — i«Isid. Hisp. Orig. XV, 12. — n On a proposé de faire venir Mqafu, de n*7VCJ. « grotte, butte de terre ». Quatremère, dans le Journal des Savants, 1857, p. 133; Schrôder, Die Phônis. Spraclie, p. 104.

MAPPA. 1 Voir le texte d'Isidore, Orig. XIX, 26, ci-dessus p. 1580, note 11. — 2 Hor. Sat. II, 8, 10; l'iaut-. Menoechm. I, 1; Lucil. Sat. Fragm. XX, 1. 3 Hor. Ep. I, 5, 21. — 4 Varr. Ling. lut. IX, 47. Je crois queMarquardt interprète mal co texte ( Vie privée des Romains, trad. fr. I, p. 367). Les mappae tricliniares ne peuvent être que les draperies qu’on mettait sur le triclinium, et non des serviettes individuelles. — 5 Mart. XIV, 138. — «ld. XII, 29, 11. — 7 Lainprid. Elagab. 27 ; Alex. Sev. 37 ; Trcbcll. Gall. 16. — 8 Corp. inscr. lat. Vis, 8892.

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— lo9i

nappe, les petites estrades qui portaient les portraits des empereurs entourés d'objets du culte (fig. 2860, 3980, i80.'i) ; les armoiries impériales étaient parfois brodées sur la nappe elle-même (fig. 3981). Or, dans toute l'antiquité, le repas est un acte religieux [coena, p. 1269] et le christianisme a recueilli cette tradition en lui imprimant un carac 1ère plus pieux encore. La table est donc, en quelque façon, un autel. De même que chaque convive emploiera une serviette pour avoir les mains plus pures, de même chaque table sera recouverte d'une nappe blanche.

Voilà pourquoi la nappe est un accessoire beaucoup plus moderne qu'antique. On suit . fort bien, dans h‘s monuments de 1 art chrétien, sur les mosaïques et les fresques, le passage du repas ancien au repas moderne, de la petite table sans nappe posée devant le lit circulaire sur lequel s'étendent les invités (fig. 1703, 1704), à la table drapée devant laquelle prennent place les convives assis sur des sièges isolés (fig. 4830) 1 . On peut même se demander si ce ne sont pas les draperies du lit antique qui ont passé sur la table pour former la nappe (voir les fig. 4055 et 4398). Nous possédons d’ailleurs le type de transition, qui est la Cène représentée à l’antique, sur un lit circulaire, mais où la table centrale est recouverte d'une nappe (fig. 4831) 2. Fig. 483t. — Table

U- Dans 1 antiquité romaine, le mot s’applique à un objet très particulier : c est la serviette ou le mouchoir que le président des jeux jetait dans l’arène pour faire ouvrir les carceres [circus, p. 1195].

Fig. 4830. — La nappe chrétienne.

Cassiodore raconte que cet usage date H Néron : un jour que l’empereur était encore , !! ^ de les cris de la foule impatiente montaient l ,etH l’heure de l’ouverture des jeux, il flt jeter D.' qu à lui- à sa serviette {/nappa) comme signal et ‘ Une fenêlr« perpétué3. La plupart des auteurs’ q! j ^ v ^

tel!

®ent ciue cette historiette est sans valeur et que cette coutume est beaucoup plus andemie ‘ rclR.

Cüs> P- 1195], Mais, en réahlé, aucun des textes invoqués à l’appui de cette opinion n’est probant, car tous parlent d’une façon générale de tnitteresif/num etaucun ne désigne la map- ■ pa \ On ne ' trouve cet accessoire clairement nommé que dans les auteurs contemporains de Néron ou postérieurs à son règne6. Quintilien dit, il est vrai, que les Carthaginois revendiquaient pour eux l’origine de la /nappa employée au cirque7, mais i

nous n’avons actuellement aucune donnée sur l’étymo¬

logie sémitique de ce mot* et nous ne pouvons pas en tirer argument pour la date de cette coutume à Rome.

C’est également sur des monuments d’époque basse, marbres 9, mosaïques et diptyques d’ivoire, que nous voyons la représentation du magistrat tenant en main la /nappa qu’il va jeter dans ,’arène (fig. 4832 1 0 ; cf. fig- 1523, 1532,1907,1909,2455,

l’habitude

antique avec nappe. 9456)

La /nappa donna sans doute naissance à d’agiter, dans le public, des mouchoirs en signe de .joie et de félicitation 1J [acclamatio, fig. 36; cf. fig- *'1- ’ 3848], Aurélien fit distribuer aux spectateurs des onnM

1 Garrucci. Arte enstiana, pl. cclxvi; cf. pl. lvii, lx, cxxv, n» 5, et pl. ccxv où on voit réunis la scène de repas à l'antique et le repas à la chrétienne. - 2 Ibid. pl. CCI.,'.’ 2:cf. p|. cdxxxix, n- 6, cdxlii, cnxuv, cdxcix (tables rondes avec nappes).

. ' ' ' ' ' Forccllini, Lexicon , s. v. J lappa; cf. Dezobry, Rome au

Y . . , * II, p. 359 et 49o ; Friedlaender, Mœurs romaines , trad.

ogel, 11, p. 83-84. 5 Ennius, cité par Cic. De divinat. I, 48 : « consul quom "l" vq v 6'8"""' lul1 ’r,t- ['iv. VIII, 40 : .< signum mitlendis quadrigis darct .. ; " ' ' C“nSul‘ a,J quadrigas mittendas esccndcnti ; cf. la série des textes

rassembles par Henzen, Acta fratr. Arval. p. 3G. - « Suet. Ner. 22 : „ aliquo liberto m.lten le mappam » ; Juv. Sat. XI, 194 : « Megalesiacae speclacula mappae » ; T ar. j. 'P"f' - ’ 0 : * C'ctatam praetor cura vellet mittere mappam »; cf.

Tertull. De spectac. 10. Sous Justinien (Novell, CV), , nappa désigne la course

elle-même: « spectaculum certanlium equorum (quam mappatn . cô

n’y a pas à tenir compte de l'opinion de Silvius qui rapportait lougmc . signal au roi Tarquin; cf. du Gange, Glossarium lat. s. v. Mappu. * ^ 1,5, 57. — 8 Gescnius, Scripturae linguaeque phoeniciae monument ^

rejette, malgré le texte de Quintilien. l’origine punique du m°L ^ mapp^ relief de la collection Barberini, représentant un homme qui iJI aM< 1 ^ xX,n

derrière un char de courses; Bartoli, Admiranda Romanar. an^^'^r * |7 ;

et deux statues du musée du Capitole, Bull. Comun. XI, 1883, p ^ ^ 7 Iielbig, Führer, 2° éd. II, p. 395 = Reinach, Répertoire , II» I’ p,.csCia; et 8 ; un relief, Mus. Pio Clam. V, pl. 42. - ™ Diptyque de Boellniw. » )list. voir Consul, fig. 1913. — il Euseb. Eccl. histor. VII, 30; Ni( < p VI, 30, p. 424; Rufinus Tur. VII, .26 : « thcatrali more oraria moven ».

MAR

MAR

ilVslor ainsi leur satisfaction C’est aussi avec p0Ul1 et des étoffes de couleur rouge que les linl 111111 i ne l’arène excitaient les animaux, comme

tMiinjreS (lall>

kuî le toréador .

de Rome, située dans le quartier de l’Aventin, près du Cir-

he.sii;>i'rS aqjourd Une boutique

fi». 4832. — La mappa consulaire.

que, avait pour enseigne : Ad Mappam Auream 3, probablement par allusion à la mappa des jeux.

III. — Les tibri lintei , les livres ou les édits écrits sur des rouleaux de toile [liber, p. 1177 et 1185; libri, p. 1236], ont parfois porté le nom de mappae, surLout au Bas- Empire 4. On traçait aussi sur la toile les cadastres de propriétés rurales 5, les cartes de géographie employées dans les écoles [luth s, p. 1381] ; de là notre mot de « mappemonde », mappa mundi s. E. Pottier.

MARCELLEA. — Fêtes syracusaines en l'honneur de C. Claudius Marcellus, qui avait gouverné la Sicile vers 79 av. J.-C. Ces fêtes duraient un jour. Verrès les supprima et leur substitua d’autres fêtes en son honneur, nommées Verrea 1 . J. Toutain.

MARCUS, MARCULUS [malleus].

MARGARITA. Mapyaptrçç XîOoç, jj.apyaptT7]. — Les plus anciens souvenirs historiques de l'Inde nous montrent le luxe des perles comme très répandu dans cette contrée. Criclma, un des grands dieux de l'Inde, ayant trouvé une perle dans l'Océan, l'apporta pour en parer sa sœur Pandaia'.Mégasthène, qui a recueilli cette fable indienne, la met au compte d’IIercule 2. Nous savons, notamment par les récits du voyageur français Tavernier, au xvnc siècle, jusqu à quel point, même dans les temps modernes, était prodigué 1 usage des perles dans le luxe public et privé de 1 Inde 3. Le livre de J ob 4 et les Proverbes de Salomon 5 mentionnent les perles comme un élément très recherché de la parure personnelle. Les anciens Égyptiens, les tmldéo-Assyriens, les Élamites ont aussi connu et quelquefois employé la perle comme un joyau décoratif plus précieux6. Ni Homère, ni les autres anciens auti ms grecs ne parlent des perles, et les fouilles archéo- °giqii( s qui ont fait connaître le mobilier des premiers

^ opisc. Aurel Lft o o r, .

excitât UPso 2 ^en. D e ira, III» 30 : « Tau ram color rubicundus

là l’origine onosiIue maPPa irritât ». On peut se demander si ce n’est pas Est-ce là aussjM| ' l^C *a maPPa jetée par le président des jeux dans l’arène? Cf. du Can ,r(. (-J ^ens ces maPpo,rli que nomment des textes d'époque basse? (voir p. us] ,l l|' S- mul-.l les rapprocher des fonctionnaires a mnppis

Stadt nr,m 1 ‘ ) — 3 Curios. Urb. reg. XIII ; voir Preller, Die Regionen der p. 289-21H). c ri ' arcb- comm. di Roma, 1887, p. 205; cf.

L Btttlim. ,)miACad' ^ InSCr' 1887, P' 220> 22U ~ 4 Cod- Theod- XI> 27- — 5 Sur la °IS lnaPP*s scripta per omnes civitates Ilaliae proponalur lex ».

>. p. lu- .. "m f-tiensium, voir Gramatici veter., édit. Rudorff, Berlin, 1818,

Bcck<

er-Gôli ç », G Cf** du Gange, Gloss, lat. s. v. — Bibliographie.

fanains, trad f i' ',n’ 1^2, III» P- 387 et suiv. ; Marquardt, Vie privée des "^cellea'i r 3U,C; p- 118-

MAft('\RlT,V , hr" '. In Verr- actio II. oral. U, §§ 21 et 03.

Rwids unit jyaj ' *'■ Môbius, Die cchlcn Perlen ., Ein Ueitrag zur Luxas - N*turtoiftl,n '!,(*clu'ehte derselben, p. t (dans les Abhandl. ans dem Gebiete *• ~ 3 Tavemier .8, 7!™’ Bambur9> t. IV, 1858, in-**). - 2 Arr. Indica, VIII, 1 ^°L XXVlli ... ' 0,Jn9es en Turquie, en Perse et aux Rides, t. II, p. 339, etc. ’ — 6 Prov. —

15; VIII, H; XX, 15; XXXI, 10. Le terme

temps de la civilisation hellénique, celles de Schliemann, par exemple, ne contenaient point de perles au milieu des grains ou coulants d’or, d’electrum, d’argent, de gemmes, de pâles vitreuses et même d’ambre qu’on a, au contraire, recueillis en abondance, comme éléments de colliers ou de pendants d’oreilles7. Le premier qui mentionne les perles et les pêcheries de perles est Théophraste, disciple d’Aristote : au milieu de fables sans portée, il dit que cet ornement des colliers se trouve dans un coquillage de la mer des Indes et de la mer Érythrée®. Le nom grec de la perle, [2.7.pyapo;, gapyocpirq, viendrait, d après Lassen, l’ott et d'autres indianistes, du sanscrit mangara 9. Les extraits de Néarque, conservés par Arrien, mentionnent aussi les pêcheries de l’huître perlière, dans le golfe Persique10. Dans le Périple de la mer Érythrée, il est raconté que dans la baie de Colchos, à Argalos, on exécutait des broderies en perles". S'il faut en croire Philostrate12, les plongeurs de ces mers avaient 1 art, repris par les modernes, de provoquer la formation des perles en ouvrant et en perçant les coquilles, mais son récit est mêlé de détails invraisemblables.

Les bijoux grecs, lydiens, cariens, phéniciens, cypriotes, étrusques, carthaginois, anlérieursàl’époque d'Alexandre et découverts dans tout le bassin méditerranéen, ne comprennent pas la perle naturelle parmi leurs éléments décoratifs: on n’y rencontre que des perles de métal précieux, de pierres dures ou de verre13. C’est seulement après la conquête de l’Orient par Alexandre que le luxe des perles envahit le monde hellénique, et cette mode atteignit son apogée en Égypte sous les Ptolémées. L’hypogée que Cléopâtre s’était fait construire était garni de perles et de pierres précieuses 1 4, et Pline nous apprend que cette fastueuse reine possédait les deux plus grosses perles qu’on eût jamais vues : elle les tenait de rois de l’Orient qui se les étaient passées de père en fils15.

A Rome, le goût des perles dans la parure se développa, dit Pline, au temps de Sylla, c’est-à-dire après la conquête de la Grèce. Le naturaliste romain met les perles au premier rang de tous les joyaux; il sait qu’on les pèche dans 1 Océan indien et sur la côte d’Arabie, dans le golfe Persique16. Les fables puériles qu’il raconte sur la formation des perles et la manière de les pêcher, sont répétées par Solin, Élien et quelques autres 17. On pêchait également l’huitre perlière dans la mer Rouge, ainsi que sur les côtes de l’Acarnanie, de la Thrace, de la Maurétanie et de la Bretagne18. Les poètes désignent parfois les perles sous le nom de bacae l9. Les plus belles et les plus grosses s’appelaient uniones (sans pareilles); on

pour désigner la perle dans ces passages bihliipies a donné lieu ides iulerprélations différentes. — S H. Weiss, Kostümkunde, p. Ai ; K. Môbius, Dp. cit. p. 4 ; G. Perrot et Chipiez, Uist. de l'art dans l'antiquité, t. II, p. 708 ; I.ayard, ûiscoveries iu the ruins of Nineveli and Babylon, p. 597 ; J. de Morgan, Mémoires de la délégation en Perse, t. I, Rech. archéol. I rc série, Pouilles à Suse de 1897 à 1899, p. 121 . — 7 Voir par exemple, Schliemann, /lios, trad. Eggcr, p. 620, 622 ; Tirynthe, p. 76, 164, 352, Perrot et Chipiez, Op. L, t. VI, p. 943 et suiv. — 8 Theophr. De lapid. p. 396 (éd. Heiusius); cf. Athen. Deipnos. III, 45 et suiv.; III, 93 et 94

(éd. Meineke). — 9 MSbius, Op. cit. p. 5. — 1® Arr. Indica, XXXVIII, 3. il A no».

Peripl. mar. Eryth. 59 ; cf. Ch. de Linas, Les origines de l'orfèvrerie cloisonnée, t. III, p. 61. — 12 Philos tr. V. Apoll. III, 57. — 13 Voir, par exemple, Perrot et Chipiez, Hisl. de l'art, t. III, p. 818 et passim dans les volumes suivants.

— 14 Plut. Ant. 9G. — t» Plin. Hist. nat. IX, 58. — 16 Ibid. IX, 54. 17 Soliu.

54, ad fin. ; Aelian. Nat. anim. XV, 8. — 18 Plin. IX, 56 ; Solin, L. c. ;

Aluni. Marcel). XXIII, 6; S. Micron. De virg. sera. Ep. 130, 7. 19 Hor.

Sut. il, 3, 241; Ovid. Metam. X, 264; d où le nom de quadribacium donné à la réunion de quatre bacae ou de quatre rangées de perles, Hübncr, Ornamenta muliebria, in Hernies , I, p. 346, 350 ; voir aussi Petron. ; « margarita eara Iribaca indica ».

.A Il

donnait le nom d elenchi à celles qui étaient piriformes, celui de crotalia à celles qui, groupées par le bijoutier à l’aide de petites chaînettes, imitaient en se heurtant le bruit des castagnettes pour l’oreille à laquelle elles étaient suspendues On en estimait aussi la couleur, et il semble que les perles les plus appréciées aient été celles qui avaient une blancheur parfaite2. On savait les percer pour les suspendre en pendants d’oreilles ou les cnldtM- en chapelet comme grains de colliers ; le collier simple avait le nom de tnonile ; celui qui était à double rangée [linea, linum, filum) de perles s’appelait dilin"n ' î celui 9ui avait trois rangs, était le trilinam3. On embatait parfois les perles dans des alvéoles sur les parois des produits les plus précieux de la bijouterie ; un les cousait sur les tissus. Les anciens savaient aussi les scier en deux parties pour enchâsser chaque hémisphère sui le métal. La perle était traitée comme une gemme, et Isidore de Séville la définit encore : prima candidarurn gemmarum *.

Cicéron reproche à Verrès d’avoir fait main basse en Sicile sur toutes les gemmes et sur toutes les perles 5. Jules César consacra à Vénus Genitrix une cuirasse constellée de perles de Bretagne6. Néron poussa la folie jusqu’à garnir d'uniones des lits qu’il emportait en ' a^i. . Sur Ils murs de sa maison dorée la nacre de P* i lt unionum conchis) et les pierres précieuses étaient partout mêlées à l’or8. Lollia Paulina, femme de Caligula, était couverte de perles et d’émeraudes, parure evaluee à 40 millions de sesterces9. Les dames romaines avaient des perles sur leurs vêtements, à leurs colliers a leurs épingles de cheveux, à leurs diadèmes, à leurs pendants d oreilles et jusque sur leurs chaussures ; les courroies de leurs crepidae en étaient ornées ; ce luxe prit les proportions dune passion désordonnée contre laquelle fulminent les moralistes10. Les Perses, au temps de Julien l’Apostat, portaient, comme les matrones romaines, des colliers, des pendants d’oreilles et des bracelets enrichis de perles et de pierreries11. Le mot margarita était employé hyperboliquement pour désigner tout ce qu'on avait de plus cher au monde, un enfant préféré par exemple12. Sur la valeur des perles et ceux qui ne la savaient pas apprécier on connaît le mot proverbial et souvent cité de saint Mathieu13 : Neqae mütatis margaritas vestras ante porcos.

Il nous est parvenu un très grand nombre de bijoux romains dans l’agencement desquels entrent des perles : ce sont le plus souvent des colliers, des pendants d’oreilles, des ornements pour les cheveux. Il serait superflu d’en citer des exemples ; tous les grands musées en possèdent14.

On décorait de perles jusqu’aux statues15. Latiaredes rois

flp Pline r» A toit J „ li • i

MAR

de Perse était ornée de multiples rangs de perles

1 Plin. IX, 54et5G;Senec. De benef. VII, 9; Dig. 31, 2, G ; Juven. VI, 439. - 2 plin. , 5G:« Summa laits coloris est eraluminatos vocari »; cf. Môbius, On. cit. p. 6. - -‘Saumaise, A cl script, hist. Aurj. éd. IG20, p. 255; Casaubon, Ibid. p. 187

, DS'd' XVI» 10- ~ ' Cic- Verr ■ VI, I. 6 Plin. ]X> 57; Sol in. 54.

' Plin. XXXVII, G. — 8 Sud. Nero, 3). 9 pi;n. IX, 58. )0 p]in L c .

4m *T°n- °Cvv'7' Ep- ,3°’ 7 Ct ,07’ 5: Tcrtu11- De eullu fem- 13 ; Martial.’

il; XX m« .Jn ’ 4ft’ ê 2 : cr' c,‘- de Linas’ 0p- cil- 1 ■ ' p- ,C7- - 11 Am"’- .iarc. aaiii, g 12 Dans une inscription publiée par Fabrdti, p. 44, n» 253, le mol

27.T0 3 ,mêm,e Se,1? : Bruttidio juveni margaritioni carissimo, vixit

cordon d "T l ’ dielUS XVI11- ~ '3 V"’ U Voir- entre autres, un

VI ni ’ P rS’ Ann ■ d ■ Instit- ,840’ tav- B- 12 et Caylus, Dec. d'antiq.

, pi. I.XXXT,, G. - 15 Corp. mser. lat. t. II, n» 3386 ; Hübner, Loc. cit. ; Edm. Le

filant, ,50 mscnpt. de pu erres gravées, p. 3. - 16 Imhoof-Blumer, Portrâtkôpfe auf antiken Munzen, pi. vu, fig. 12 et suiv. - n Eug. Fontenay, Les bijoL anciens et modernes, p. 12t. .8 Orolli, 2828 = Corp. inscr. lat. VI, 7884-

commença à en être de même du dhdi™ partir de Caracalla [diadema, et fig. ooxai ".l' lmP<H*tl ; le plus ordinaire après Constantin- J\Ce fullW

la

■sur |es

difficile de dire, d’après les effigies monétl -1’ Ü « bules dont le diadème impérial est orné son! T’ lcsgl°' perles ou des pierres précieuses : c’étnii 1 7 rital)Ies un agencement des unes et des autres \ ■ Probablementi tude règne sur la nature de la décoratioiT^ 'llCerlilolc el du buste de l'impératrice TheodtC i * célébrés mosaïques de Saint-Vital de Ra,e„„ “il

Dans les grandes maisons romaines, le soin

!er et de bmtérieur des appartements était

I atnensis, intendant qui avait sous ses ordèl * à

tam nombre d'esclaves inférieurs, au nombre de? T figurait le surveillant ad margarita c’est -ï r , qU6s dien des perles et joyaux 18. d'd're le H

Le commerce des perles à Rome étaii ; flufil formait la corporation des officinae margantariorum étaient installées SUP 1 Forum, dans le voisinage des tabernae argentameil y en avait aussi sur la voie Sacrée15. D'ailleurs lÀ mot margaritarius ne désignait pas seulement ie joailliers, marchands et monteurs de perles, il s’apt.li 1 quait aussi aux pêcheurs et aux gardiens des joyaux et ■ bijoux perlés20. E. Babelon.

MARICA. — Divinité qui figure dans les traditions primitives de Rome et du Latium, comme amante de- Faunus et mère par lui du roi Latinus1. Elle était particulièrement vénérée à Minturnes, en Campanie, où elle I avait un temple et où l’on montrait même son tombeau2; I mats on trouve des traces de son culte à Pisaurum, en Ombrie, et peut-être à Laurente, sur la côte du Latium septentrional3. Le temple de Minturnes était bâti non loin de la mer, sur les bords du Liris qui s’y perd dans un xaste marécage; tout auprès était un sanctuaire de Vénus, invoquée sous le vocable de jRdvna/ce qui fut cause que Marica fut quelquefois confondue avec cette déesse *. Le bois sacré qui entourait ces sanctuaires avait cette particularité, d’ailleurs commune à d’autres lieux où 1 on vénérait des divinités silvestres, que ce qui y était une fois entré n’en devait plus jamais sortir5. Marica, le temple et les marais voisins devinrent célèbres par le refuge qu’y chercha Marius poursuivi par les Syllaniens. Lorcju’en 87 le grand homme rentra victorieux dans Rome, il fit peindre son aventure et fit hommage de la peinture au temple de Marica6.

II est vraisemblable que Marica, ainsi que l’indique son nom, est une personnification des accidents topographiques, peut-être de leurs rapports avec la santé, tris qu’ils résultent, au voisinage de la mer, de la formation des marécages, quand les eaux douces du continent se

19 Voir

cf. J. Marquardt, La vie privée des Do n. trad. Vigié, t. I, p. 1 00. l’épitaphe funéraire de Tutieliylas, qui fuit margaritarius (Orolli, 40, b) d : ^ ^ inscriptions : Corp. inscr. lat. VI, G4I, 1925, 5972, 9544 à 9549 ; X, 6492 ; d- 1 '■ Linas, Op. cit. t. I, p. 199. — 20 Celeutbus Liriae margaritarius, Inscr. U»" j ratori, 892, 2 ; Cruter, 1 11 G, 9. qlrtb.

MARICA. 1 Virg. Aen. VII, 47, ct Serv. Ad h. I. ; cf. XII, 164. 0

V. G, p. 321 ; PorphjT. Hor. Od. III, 17, 7; Lucan. Il, 424 cl le Scliol.. '

30, 8, avec les commentateurs, ct XIII, 83; Vib. Seq . s. v. Liris, Marica. ^ ^ .

inscr. lat. I, 175. - 4 Hor. Od. I. c. : innantem Maricae littoribus-

Serv. Aen. XII, 1G4. Le texte de Servius porte généralement X'11-

k ru i lUnr 39 Voir, P0111

AtPOAITHE, qu'il faut lire : nONTIU A<l>POAITU. - 5 Plut. Mai. ■ ■ utire la particularité curieuse citée par Plutarque, l’inscription relative J "J XXVII> de Silvanus, Orelli, Inscr. 1015. — C Id. 37-39 ; Vcll. Pat. Il, 19, 2. Tito- p’ol.|ance 37, 2, parmi les prodiges de l’an 207, avait déjà cité, cc qui P10"'* 1

du culte de Marica à Minturnes : lucum Maricae ... de caelo tuch

MAR

MAR

m'irais salants1. Pisaurum et Laurente sont iw|Ui , j„„s ]es mêmes conditions que Minturnes.

3 divinité maritime qu’elle futidentiliée,

à cet égard dans

C’esl. 1 v'.'c Vénus, tantôt avec Circé, la légende de la tB"ll!1.-.'niie jouissant sur la côte des Aurunces, jusqu’au

'ïïï dii cap qu' Porte son nom> d’une grande popularité2. “1‘ nivsse on peut expliquer comment elle fut

Par Circé ei t i

r Mi\ fables sur les origines de la nation romaine. Hlradition hésiodique faisait d’Ulysse le père de Latinus, 'ios cl de Télégonos, rois des Tyrrhéniens, et de ; leur mère3. A celle-ci se substitua Marica, divinité

lD

Circé

indigène,

L Ulysse fut supplanté par Faunus, ce qui mena à considérer Marica .elle-même comme une doublure de Fauna ou Bona Dca. Sur la ciste prénestine que nous avons discutée à l’article latinus (p. 981), on a cru reconnaître Marica dans la divinité féminine qui fait pendant à Juturna et parle à l’oreille de Latinus4. J. -A. Hild.

MVIt.MOR. Màpgapoç. Marbre. — Les anciens avaient beaucoup écrit sur les minéraux; ce sujet, auquel a touché Théophraste1, fut repris à l’époque alexandrine parles auteurs de traités sur les Pierres , tels que Sotakos et Sudines 2 ; il est vrai qu’ils semblent avoir étudié plus particulièrement les pierres précieuses; cependant il est possible qu’ils eussent consacré une section aux marbres proprement dits, si l’on en juge par le livre XXXVI de Pline l’Ancien, où sont résumés leurs travaux souvent mêlés de beaucoup de fables3. Au viic siècle, Isidore de Séville a écrit un chapitre de Marmoribus d’après des sources antiques, parmi lesquelles il faut peut-être ranger les Prêta de Suétone 4.

; Chez les Grecs, l’emploi du marbre dans la sculpture a Commencé de très bonne heure. Suivant Pline, il daterait des premières Olympiades, c’est-à-dire de l’an 775 environ . Les récentes découvertes de l’archéologie ont permis de déterminer avec plus d’ordre et de précision les origines de cette partie de la technique. Il est établi aujourd hui que les marbres des Cyclacles, notamment ceux de Paros et de Naxos, furent mis en œuvre dès 1 époque dite mycénienne pour fabriquer des idoles et des vases grossiers, que l’on taillait sur place et qu’on expédiail ensuite dans la Grèce continentale; on en a trouvé i meme a Troie. Ce ne sont là que des essais informes ; mais ils ont duré plusieurs siècles et nous font pénétrer uen au delà de l’ère des Olympiades6. En revanche, lne s os*- trompé dans le calcul des dates quand il place au d< but du vin® siècle, et dans l’ile de Chios, les premiers soi pleurs qui aient laissé un nom7. C’est en réalité à ^ ni du vip siècle que l’on a commencé à tailler dans I2']m de véritables œuvres d’art, et la plus ancienne L /’ "u au moins une des plus anciennes, dont Pline 1WI 1 pas, naquit au milieu des Cyclades, dans l’île de

p. 83o et su i v ' f * p* ° ' al ioils diverses données par Klausen, Aeneas und die Penciten, Rosclicr Jrrii 1 c^er“^orrïan, Roem. Myth. I, 380; 412 et ReifFerscheid, chez jtoirServ. y r ^ II» 2373 et suiv. (art. de Peter). — 2 Pour Vénus,

Tlieog, loi|-,,| ^°U1 Lact. I, 21, 23, et Serv. Aen. XII, 1G4. — 3 Hesiod.

1° culte de iMar ATIXUS’ P* 980, et les textes cités. — 4 On a cru pouvoir signaler toais les inscri il ^ a'^0,UPs fIu au ^°r(^ de la mer, à Tortona et sur le mont Cassin ;

MARMon i j|01? 0Ù °^e ®8l,re sont Fausses ( Corp . inscr. lat. V, 7303 ; X, 04-7). Aristote ; (]c ^j(1i ^ et avant lui Platon ( Timée p. 58 D-G1 C) et pcut-ôlrc P- >03; ie r . J \ ^ 1,1,011 et l'origine des minéraux , Revue de philologie 1001,

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