‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 172 sur 275 · XXXVI · texte numérisé non relu

XXXVI

d Aristote, Rev. des études gr. 1894, p. 181. — 2 Susemihl, 'dtei . in d. Alexandr. Zeit, I, p. 850 à 8G7. — 3 Plin. Hist.

. B, . ^ / ■ a llne Irace de ces fables dans Stat. Silv. i, 5, 37. — 4 Isid.

*'• rwi. Litter r! V, sur .Suétone, p. 3^8-329, rapproché de Teuffcl, Gesch. ^anssos Akad Abh''~' ' ^rnsl von La Saul*, Die Géologie d. Griech. u. Rôm.

y I * Rogensburg, 1854, p. 1-44; Lenz, Minéralogie d. Griech.

Naxos, célèbre, presque à l’égal de Paros, sa voisine, par ses beaux marbres8.

L’architecture mit plus de t«mps à adopter celle matière9. Jusqu’à la fin du vic siècle les monuments publics eux-mêmes furent toujours construits en tuf calcaire. A cette époque on commença « à tirer parti du marbre, tout au moins dans certaines parties de l’édifice, sur lesquelles se portait tout naturellement l’attention. Parmi les débris des temples que Pisistrate et ses (ils avaient élevés sur l’Acropole d’Athènes, on trouve à l’état de fragments des cimaises et des larmiers, qui sont faits soit de marbre du Pentélique, soit d'un marbre à gros grain que fournissent Paros et Naxos. C’est aussi dans ce marbre des îles qu’ont été taillées des tuiles, qui ont été trouvées avec ces morceaux de corniche et qui ont dû former la couverture de ces mêmes édifices10 ». Après les guerres médiques commencent, à Athènes, les grands travaux de restauration et d’embellissement; c’est alors que pour la première fois on construisit des monuments publics en blocs de marbre et qu’on mit largement à contribution les carrières de l’Attique. Cependant une matière si coûteuse n’entrait point encore dans Ja décoration des demeures privées, dont l’extrême simplicité contrasta longtemps avec la puissance et la grandeur de la nation [domus]. Vers le temps d’Alexandre 11 on commença à faire cas des marbres de couleur, des marbres veinés et tachetés; Ménandre, « très fidèle peintre du luxe », parlait de ce goût nouveau dans plusieurs passages de ses comédies 12. On les rechercha avec une curiosité toujours croissante après la conquête macédonienne, au me et au 11e siècle, lorsque l’Asie et l’Afrique mieux connues envoyèrent avec plus de facilité leurs richesses naturelles sur les marchés du monde hellénique. On peut considérer comme probable que les Alexandrins contribuèrent beaucoup à développer le trafic des marbres rares. Chez les Romains, nous en pouvons suivre les progrès pas à pas; au temps du vieux Caton, quelques riches personnages possédaient déjà dans leurs habitations de la ville et de la campagne des pavements en marbre de Numidie importés par les Carthaginois et appelés pour cette raison « pavimenta poenica », mais aussi faisaient-ils scandale13; il faut aller jusqu'à l’an 146 u, et même, suivant d’autres, jusqu’à l’an 103 13 pour voir le marbre entrer dans la construction ou la décoration des édifices publics. Encore est-il probable que les colonnes et autres pièces affectées à cet usage étaient des dépouilles de la Grèce, que des généraux romains transportèrent toutes taillées dans la capitale. Quand l’orateur Crassus, consul en 95, fit placer dans sa maison six colonnes en marbre de l’Hymelte, ce fut un événement16. Mais son exemple fut bientôt suivi et dépassé ; à la fin de

u. Rôm. Golha, 1 SG 1 ; J. Schwarcz, Géologie des Grecs avant Alexandre, Londres, 1862; Nies, Die Minéralogie des Plinins , Mayence, 1884. — 8 plin, XXXVI, 11. — 6 Ducmmler, Athen. Mitth. 1886, p. 35-36; Perrot, Hist. de l’art, VI, p. 733- 741, 909. — 7 Plin. XXXVI, 9-12. — 8 Ovcrbeck, Griecli. Plastik, 14, p. 85. Collignon, Hist. de la sculpt. gr. I, p. 129-133, a passé en revue les ouvrages de celte école naxienne. Les marbres des œuvres d’art que mentionne Pausanias sont énumérés par Schubart, Rhein. Mus., N. F. XV (1861), p. 85. — 9 Des pierres de couleur ont été trouvées dans les monuments mycéniens. Il est très douteux

que ce soient des marbres; Perrot, Hist. de l'art, VI, p. 477, note 1. 10 Anlik.

Dcnkm. d. arch. Inst. I, pl. xxxvm et l; Lcpsius, Marmorstud. p. 123; Perrot, O. L, VII, p. 320. — n Avant cette date des échanges de marbres entre la Grèce et l’Égypte (Plin. XXXVI, 86; Iîruzza, L. c. p. 158) sont tout à fait improbables: Bliimner, III, p. 32, note 5. 12 Plin, XXXVI, 44, où sont allégués encore d’autres

faits notables. — <3 Fest. p. 242b, 17.— 14 Vell. Pat, I, 11,5. — 1S Plin. XVII, 6; Jordan, Vopogr. d. Stadt Rom. I, p. 17. —16 Plin, XXXVI, 7 ; Val. Max. IX, 1, 4.

MAR

la République, Rome comptait plusieurs édifices où l’on pouvait admirer le même genre de décoration1. 11 devint plus commun encore sous l’Empire, après qu’Auguste eut fait elever les temples de Jupiter Tonnant et d’Apollon 1 alalin, 1 un et 1 autre entièrement en marbre2. 11 sub- ."i>tt‘ actuellement dans la ville de Rome environ neuf mille fûts de colonnes antiques, les uns intacts, les autres plus ou moins détériorés ; en tenant compte de tout ce <l»> a été exporté ou détruit, M. Lanciani estime qu’à la fm de 1 Empire le nombre total devait être à peu près de cinquante mille 3.

Mais ce qui charma surtout les Romains, ce furent les revêtements de marbre appliqués sur les murailles [rruslae); de là une industrie florissante qui s’exerça sans interruption pendant plusieurs siècles. 11 n’est pas douteux quelle venait d’Asie, où elle était en honneur depuis longtemps. A Halicarnasse, en Carie, on montrait encore les applications en marbre de Proconnèse, qui ornaient les murs du palais de Mausole, mort cil .h>3 av. J.-C. Pline lui-même, qui cite le fait, se demande si l'invention date bien de cette époque *, et il est possible, en effet, qu'il faille remonter plus haut ».

A Rome, le premier qui revêtit de marbre les murs de sa maison fut le fameux Mamurra, si fort maltraité par

MAU

t.alulle pour ses exactions et ses prodigalités6. Il trouva bien vite des imitateurs chez les plus illustres citoyens, sans doute encouragés par Auguste lui-même; le Panthéon, dédié en 1 an 27, offrait sur ses parois de beaux spécimens des marbres étrangers \ et l’on saitqu’Auguste, parlant de Rome, se vantait d'avoir fait d’une ville de briques une ville de marbre •; sans compter les monuments nouveaux construits par ses ordres, il avait fait recouvrir d'une parure de marbre les murs des anciens9, s il faut en croire Pline10, cette forme du luxe serait devenue si générale qu’elle aurait de son temps fait tort a la peinture murale et même l’aurait complètement supplantée. C est une assertion qui ne se trouve pas justifiée a Pompéi ; M. Mau n’y a observé qu’un très petit nombre de revêtements en marbre, et précisément dans les maih0ns CIUI paraissent les plus anciennes11. Ce témoignage de Pline ne peut s’appliquer qu’à des demeures pnncières, auprès desquelles les maisons bourgeoises de Pompé i eussent paru bien modestes. Il n’en est pas moins Mai que jusqu à la lin de 1 Empire la passion des marbres subsista aussi vive chez les Romains, procurant un thème de déclamations faciles aux rhéteurs moralistes, d’ingénieuses et brillantes peintures aux poètes descriptifs12.

Ce que nous lisons sur ce sujet dans leurs écrits est confirmé par les découvertes des archéologues; d'un bout à l’autre de l’ancien monde romain, il n’est point d’édifice de quelque importance dont les ruines n’aient livre une quantité de marbres de couleurs différentes; parfois même des fragments sont encore adhérents aux murs ; les yeux les moins exercés sont frappés de la

JJvï'n XfVI’ 3’. 6' W’ ”• n i- - 2 pl">- XXXVI, 50; Serv. ad Virg.

^ ^ xïîvf «• ,H* -P’.,W-IWV3W' - *

fi r v F aXXM, 47. — o i>emper, Der Stil, 12, p. 45G

SûÏ' rP aP‘ ?"• XXXV’’ 48' ~ 7 °- **»db. d. Archaeol.

S IJ. b, Gilbert, Topoyr. d. Stadt Itom. III, p. iio. - 8 Suel. Oct 28 9

* [a.DS ori"allon du voir au surplus Plin. XXXVI, 109-110 : « compulcl

nr 'zzz ■■ - “ *. - ” *««. 71 z

<n l’ompei, Ml,,, ,.ÏS, ‘

Me./. III, IS, 1 ; Vilr. vil 5 1 Sen J r , ^ P' “°- ~ “ ^

2 ; Epist. LXXX VI, C ; CXI v' 9 • CX V y | p'i *’ *1? Senec- De bmef- IV- c>

Sial SV,. I s. p „ ®> Lu«an. Phart. X, 114; Plin. XXXVI, 1-3; but. s, h. I, 5, Ep.ct. Fragm. »2; Slob. Floril. XLVI, 82; LXVII, 24; Clem. Alex.

richesse et de la variété de ces maté •. apportés de contrées lointaines, et leur nr^^’ SOuveRt

terrain est un des indices les plus sûrs d’y retrouver des vestiges de l’épotme qU‘ Permelle"t marbres destinés à cet emploi étaient débité??!"6' Les la scie en plaques de O m. 015 à 0 m 025 p •' d aide les sectores serrarti [serrarius] ou pari,. b"'

[marmorarhjs]. Pour faciliter le travail de dans son sillon un sable fin, qu’on faisnii ’ °njetait exprès de Naxos, de l’Égypte, de l’Éthiopie «T ^

1 Inde. « Plus récemment, dit Pline, on a trouvé T,u non moins bon dans un bas-fond de la mer \ , le

qui est à sec à marée basse seulement ce au ^ 1 difficile à découvrir. Au reste, la fraude des ouvrièV'"'^ enhardie a scier indifféremment avec toutes sortes d sable de riviere. Très peu de propriétaires reconnu d le tort qu’on leur fait ainsi. En effet, un sable plusgrôs produi par le frottement un trait plus large, usc de marbre et laisse plus de travail ' * ■ 1

• , , - faire au polissaae

qui, de la sorte, enlève aux plaques trop d’épaisseur On donne le dernier poli avec le sable Ihébalque etm* „» sable fait de la pierre poreuse ou de la pierre ponce13. „ Certains amateurs ne se contentaient pas d’appliquer les marbres tels que la nature les leur fournissait; mais sur le revêtement ils faisaient incruster un marbre d’une autre couleur, taillé en forme d’animaux et d’objets diverscette invention datait du principat de Claude. Sous Néron on imagina de fabriquer des marbres composites par un travail de marqueterie analogue; ainsi, par exemple, sur un fond de marbre de Numidie, lequel était jaune et veiné de rouge, on incrustait des fragments d’une autre vaiiété offrant des taches ovales; ou bien on rehaussait par des applications de marbre rouge le marbre blanc de Synnada l\ Aux yeux des gens sévères, c’était là le comble de la recherche dans le luxe. Au contraire, si on reculait devant 1 emploi du marbre parce qu’on le trouvait trop coûteux, on pouvait le remplacer par du stuc, fait avec J de la chaux, du sable et de la poussière de marbre (opus albarium ); à Pompéi notamment, on a trouvé sur les murs de plusieurs maisons des panneaux de stuc qui imitent manifestement les crustae rnarmoreae et sont destinés à en tenir lieu ; aussi suppose-t-on que ce genre ( de décoration^ apprécié surtout par les gens de condition j modeste, a dû naître après l’autre. [paries]13.

On trouvera à l’article metalla tout ce qui concerne le travail dans les carrières et le personnel qui en était | chargé. Une fois que les colonnes et les blocs de marbre I avaient été extraits du sol, on les expédiait dans les villes I où ils devaient être mis en œuvre. Si le trajet pouvait I s’exécuter entièrement par terre, on les chargeait sui j des chariots; Juvénal a décrit, en termes plaisants, les dangers qu’ils faisaient courir aux passants dans les I rues de Rome10. Mais bien souvent ils devaient traverser I la mer, et c.e fut même le cas le plus fréquent lorsqm I

Paedag. III, 4, p. 22 P; Sid. Apoll. Ep. II, 2; Carm. XXII, 1*0 1 D‘S- Vi1, I

2, 13; XIX, 1, 17, 3; L, 16, 79, § 2; Hieron. Ep. 130, 14; Corp. <»*'] “/ I III, GG71; Blümner, II, p. 183- 186. Pour l’époque byzantine, voir Agal lia ^ ^ I

3, p. 284 et surtout la description de Sainte-Sophie de Constantinopl< I1 1 ^ I

le Silentiaire, Descr. S. Sophiae , éd. Bekkcr; Marquardt-Mau, \ ^ p> ^ ^

Hom. trad. Henry. II, p. 2G7-268. - 13 Plin. XXXVI, 51-54; cf. BIiin’”erJ||i J I p. 198. On a trouvé à Pompéi des plaques qui n’avaient pas encou ^ ^ en place. Overbeck-Mau, Pompeii, p. 133. — *4 Plin. XXXV, -•

Wandbild.y Rhein.

p. 184-18G. Helbig Beitr. z. Erklüruny d. cainpan.

XXV (1870) p. 397. — 15 Mau, Bull. d. Jst. 1878, p. 241-254 p. G; Gcsch. d. ducor. Wandmal. in Pomp. p. 7, II. Ih Tibull. II, 3, 45..

Pomp

Mm.

Beih'- 237 : cf'

MAR

MAR

l’Italie on sc fut passionné pour les marbres dan* ' " il et de l’Afrique. On avait construit des navires tout exprès pour répondre à ce besoin *. Nous anl"i lV • les obélisques que les Romains ont enlevés Tn"l!'(iuels monolithes ils pouvaient faire voyager h* Méditerranée *. Lorsque les marbres étaient dessur '! ,.qriitale, le navire les déposait à Osti'e, à l’em-

lino S « tar ' * i

de là des bateaux, ayant un plus

tines s

|, .gloire du libre .

|blc lirant d’eau, leur faisaient remonter le fleuve jus- ' 'à Rome ; il y avait une corporation d’ouvriers spécialement chargés de ce travail, le corpus (rajectus marmo- [ rariorum3- Des blocs trouvés sur la rive opposée du libre , à Porto, près de Fiumicino, prouvent qu’il y existait aussi un dépôt, le long du port de TrajanL Ceux qui continuaient jusqu’à Rome y étaient débarqués à l’Emporium, où se trouvaient les docks ; l'emplacement de l’Emporium est parfaitement connu ; il était . situé au sud de Rome, dans l’espace compris entre l'Aventin, le Tibre et le mont Testaccio : le dépôt des [marbres occupait la berge même du fleuve, à l’ouest de l’Emporium5. De son ancienne affectation ce quartier I avait gardé à travers tout le moyen âge le nom de la Marmorata 0 ; depuis, on en avait tiré à diverses époques

fig. 1833. — Emporium des marbres à Rome.

es marbres d’Une grande beauté7; en 1868, des fouilles éiioi'1'" 'rD,es °nt ramené à la lumière une quantité PO,.;'1" '^e blocs qui gisaient encore sous terre; ils de| n ' 'nscriptions gravées à leur surface au sortir prêtées T| lère' P' ^ruzza les a rassemblées et intertout in ' n> "n trava^ 9U* a éclairé le sujet d’un jour n,m\eau; elles nous font connaître le nom de la

1 Clin. XXXVI a

il:Lelronne II ’ C'' 4; Pet|,on- 1 17. -SPlin. XXXVI, 69-74; Amm. Marc. L, 17,

ïv« marque^ Osf ! ! L' c ' P- i3G- ~ 3 C- «'«*«•. lat. XIV, 425. - 4 Blocs

SU-C.); l.a'iiHaJ,01 * Porto* ,bid- xlv. ,65> 2011 à 2026, 4169 54174 (ans 82 à 133 * P0.iftor ap. ç ■ 'CS 4 nna^ d- ht . di Borna, 1868, p. 180 ; inscription fausse

~ 6 Document de !• fll^s<ze, 31*.— 6 Lanciani, Forma urhis Bomae, pl. xi .

1 daminio Va. I'" ^ans ^or<*an, Topogr. d. Stadt I)om, II, p. 317. M'Xell. |, p (jj , ., a' -'remor. 95-98, ap. Nardini, Borna ant. t. IV, p. 38; Fea, P *04 ; llonzen Ann r ^eschr. d. Stadt Bom. III A, p. 432; Becker, Handbueh , 106 et suiv ' 1 f' d* ^oma< 1843, p. 333. — 8 Bruzza, Annali d. ht. Ce*0/'. p. 88-89. ii T~ BrUZZa’ c ' P- ,38' - 10 Hirschfeld, Boem. Verwalt.

•snciani, Bains and excav. p, 533. — 12 O. Ricbter, Topogr.

carrière d’où chaque bloc a été tiré, celui de l’empereur qui en était propriétaire, le numéro d’ordre du bloc, la date de l’extraction, etc. L’ensemble de ces documents nous renseigne de la manière la plus précise sur l’administration et l’exploitation des carrières impériales [metallaj 8. Ils s’étendent sur une période comprise entre les années 17 et 206 de notre ère ; nous savons que le luxe des marbres étrangers a commencé plus tôt et fini beaucoup plus tard 3 ; mais il faut supposer que ce dépôt a été abandonné pour un autre, ou enfoui sous terre à la suite d’une crue du Meuve l0. Il est probable aussi que les blocs découverts, dont quelques-uns sont restés en place depuis le Ier siècle sans avoir jamais été ulilisés, présentaient des défauts qui avaient rebuté le sculpteur". La figure 1833 représente l'aspect actuel de la rive de l’Emporium; on y voit taillées dans la pierre les ouvertures circulaires où étaient fixées les amarres des bateaux12.

Un second dépota été trouvé, en 1891, à l’autre exfrémité de la ville ; il était situé sur la rive gauche du Tibre, un peu en amont du pont Saint-Ange ; on en a exhumé les restes en démolissant le théâtre de l’Apollo, construit exactement au-dessus. On y voit13 un môle large de 14 mètres, s’avançant de 26 mètres dans le lit du Memre et formant un angle de 40° avec .la direction du courant. Au-dessous du môle s’étend de chaque côté un terre-plein protégé par une palissade de pieux en chêne, longs de 6 à 8 mètres ; ils sont armés à leur extrémité inférieure d’une énorme pointe de fer et s’engagent les uns dans les autres sur leurs faces latérales de façon à former une muraille de bois impénétrable. Les blocs do marbre étaient débarqués sur les terre-pleins, hissés, avec des grues sur le môle et de là poussés à l’aide de rouleaux jusqu’aux chariots qui devaient les conduire à destination. Il est assez probable que ce port a été ouvert plus tard que le port du Sud. Lorsque le Champ-de-Mars s’est couvert d’édilices somptueux, on a trouvé gênant et même dangereux pour la sécurité publique de faire passer les blocs de marbre nécessaires aux constructions nouvelles par les rues très populeuses des bas quartiers avoisinant le forum ; il a paru plus simple de les amener par eau jusque sur la rive du Champ-de-Mars lui-même u.

On ne croit pas que l’administration des carrières impériales, lesquelles formaient la majorité, fût centralisée à Rome dans un service distinct metalla'. Elle était rattachée à l’administration du patrimoine impérial ( ratio patrimonii ); mais sous cette réserve on ne saurait douter qu’elle eût à Rome même un bureau important ( ratio marmorum), dont la fonction propre était de veiller à la réception et à la répartition des marbres envoyés par le personnel des carrières. Elle comprenait des comptables chargés des écritures, esclaves ou affranchis de l’empereur ( tabularii a marmoribus ), assistés par des adjoints ( optiones , adjutores), et ayant au-dessus d’eux un procurator , qui lui-même était géné-

d. Stadt Bom. 2» Ad. 1901, p. 196; Schneider, Bas alte Bom , Leipz. 1896, pl. x-, n» 18. Autre vue dans Lanciani, Ane. Bom. p. 250 ; ld. Bull, comunal, 1891, p. 23 et s. Voir encore do Rossi, Bull. di arc h. crist. 1868, p. 17, 47 ; 1870. p. 7 ; 1873, p. 1 17 ; 1876, p. 113; 1883, p. 81; Nardoni. Bull. d. I st . di Borna, 1872, p. 72; Bruzza, Ibd. 1870, p. 9, 37; 1871, p. 68; 1872, p. 134; 1873, p. 108; Bull. d. commise, munie ip. di archeol. 1886, p. 34. — 13 Lanciani, Bains and excav. p. 528, fig. 203 ; Forma urbis, pl. xiv; cf. Marchetti, Bull. d. commiss. municip.di arch. 1891, p. 45, pl. ni et îv. — U Sur cctle découverte, voir encore Notizic degli scavi, mai 1890 ; Lanciani, Bull. d. commiss. municip. di arch. 1891, p. 23; Hiilsen, Mittheil. d. kais. Inst, in Bom , 1892, p. 322; Azzurri, Bull, d. commiss. municip. di arch, 1892, p. 175, pl. ix.

MAR

râlement un affranchi impérial Le bureau des marbres parait avoir été partagé en deux sections, ayant pour attributions de faire construire et entretenir, l’une [ratio itrbica) les monuments publics de la ville de Rome qui étaient à la charge de l’empereur, l’autre ( ratio douais Augusti) les palais impériaux2. Il est possible qu’une partie des employés fût spécialement attachée à l’Emporium ; mais le siège principal de cette administration, la statio marmonna 3, se trouvait, suivant toute apparence, au Champ-de-Mars, à peu de distance du port. M. Laneiani 1 identifie avec l’église Sainte-Apollinaire4; ainsi s expliquent très aisément les découvertes que l’on a faites a diverses reprises près de Sainte-Marie-de-l’Ame, du théâtre de la Paix et de la rue du Parione, en un mot dans tout le quartier qui s’étend entre le port et Sainte-Apollinaire; on y a trouvé du sable pour le travail de la scie, des ciseaux, des marteaux, des éclats de marbre et des morceaux dégrossis qui n’ont pas été achevés. Il y avait donc la, a proximité du Tibre, des ateliers et des magasins où on sculptait les marbres livrés par l’administration 5.

Il s’en faut de beaucoup que nous connaissions toutes les espèces de marbres employées par les anciens ; parmi celles que mentionnent les textes, il en est qu’on n’a pu jusqu’ici identifier, et, d’autrô part, les fouilles en ont fait découvrir un très grand nombre dont la provenance et les noms antiques sont inconnus. Avec des échantillons recueillis dans le sol de Rome, les marchands de curiosités composent des tables en marqueterie, qu’ils vendent aux étrangers; c’est un commerce qui dure depuis longtemps sans que la matière fasse jamais défaut. Beaucoup de collections d étude ont été formées en Italie et au dehors; celle de PUniversité de Rome compte seize cents pièces. Une des plus intéressantes est celle du Musée de Bruxelles. On aura une idée de la difficulté que présente le classement, quand on saura qu’il y a quarantetrois variétés de marbre gris0. Le meilleur moyen d arriver a des résultats précis serait d’étudier chaque variété au microscope et d en faire l’analyse chimique. Ce travail a été exécuté pour la-Grèce propre par M. Lepsius ; après avoir examiné sur les lieux mêmes la formation géologique des marbres, il a catalogué les œuvres de l’art antique conservées dans les musées grecs en les classant d'après la nature du marbre dont elles sont faites 7. C’est une méthode qu’il faudrait étendre à toutes les parties de l'ancien monde. Aous ne pouvons entrer ici dans des développements qui sont plutôt du domaine des sciences naturelles, mais leurs observations, auxquelles, quand il y a lieu, nous renvoyons le lecteur, seront pour l’archéologie le guide le plus sur.

Aujourd’hui on appelle marbre un carbonate de chaux cristallisé, assez dur pour recevoir le poli. Les anciens n’ont jamais attaché un sens aussi précis et aussi cons-

l Corp. inscr. lat. VI, 301, 410, 8482 à 8480; cf. 111. 348; Bruzza, L. c. p. 122; Inscriptions fausses à rejeter ; Corp. inscr. lat. VI, falsae 684*, 1288*. - 2 Benndoif Schocne, Lateran. Muséum, p. 353-355; Henzen, Annali d. ist. di Homo, 1843, p. 340; Wilmanns, Inscr. 2771, p. 1; MafTei, Mus. Véron. 310, 7; Bruzza!

L. c. p. 125; Hirscbfcld, Boem. Verwalt. Gesch. p. 87-88. — 3 C. inscr. lat. VI, 410. — t Lanciani, Forma urbis, pl. xv. — K Lanciani, Bull. d. commiss. municip. 1891, p. 23; Forma urbis, pl. xiv; Buins and excav. p. 529. — 6 Lanciani, Buins and excar. p. 43. — 7 Lepsius, Griech. Marmorstud., dans les Abhandl d Akad d. Wissensch. zu Berlin, 1890. 11 convient d'ajouter cependant qu'il a eludie surtout les marbres statuaires, qu'il n’a pas visité toutes les îles et que 1 époque romaine est restée en dehors de ses recherches. Les conclusions mômes sont attaquées par Wasington, Op. cit. Suivant ce géologue, des marbres statuaires ,d une compost lion identique se rencontrent dans les contrées les plus éloignées les unes dps antres pl par conséquent l'analyse ne peut conduire qu’à des hypo-

MAR

taul aux mots ^pgapoç et marmor ; la Dpinp. en est dans l’état rudimentaire de leurs ,"Pu ° cailse minéralogiques; ils confondaient sous lo ' !,Unaissancjs minéraux d’espèces différentes, parce q n°m de1

les éléments constitutifs». Mipu«poç dm« u D°raienl désigne pas autre chose qu’un gros bloc T' n« quoique Pline soit d’une opinion contraire- À classique, on appelait encore très souvent P°qUe blanche, ÀtOoç Asuxb; » le marbre blanc enmln ■ P'erre architectes et les sculpteurs'1. Même les autour' P* 'Cs eu soin d’établir une distinction entre la pierre dT °nl la piet-t-e de taille et le marbre», ont classé ^ marbres des minéraux qui ne sont nullement ,| “' S caires13 ; .1 „ est pas rare de voir, par exemple, le 1„ i et le porphyre appelés marmora [lapides1. En ne r< durant que les marbres proprement dits, il serait encore impossible den donner une nomenclature coriX'l meme si les documents positifs ne nous faisaient J defaut. Pline, qui en était mieux pourvu que nous -, reculé devant cette tâche : « Les variétés et les couleurs dit-il, sont en si grande quantité qu’il n’est pas facile dè les énumérer toutes ; quel est le pays qui n’ait pas son marbre particulier14? » Ainsi, parmi les marbres recueillis dans les provinces de l’empire romain, une bonne partie doit provenir de carrières voisines, dont le renom ne s’est étendu que dans un rayon très restreint. Il y avait au contraire des carrières qui étaient connues du monde entier 15 et qui envoyaient leurs marbres partout, principalement à Rome ; le nombre en était encore considérable. Plusieurs des savants qui se sont occupés du sujet ont catalogué et classé d’après leur couleur et leur aspect extérieur toutes les variétés dont il subsiste des échantillons quelque part10; en cela ils ont rendu service; ils ont fait connaître ainsi plusieurs centaines de marbres ; ils ont délimité le champ sur lequel doivent porter les recherches , mais leur œuvre est toute provisoire et n’a pas de caractère scientifique. Comme les plus belles collections ont été formées en Italie, on a pris l’habitude de désigner chaque variété parles noms en usage chez les marbriers italiens; ces noms sont tirés de la couleur : marbre gris ( bigio ), violet (pavonazso), etc., ou de la configuration des veines et des marbrures : le cipollino , par exemple, est ainsi nommé parce qu'on en a comparé les stries aux tuniques superposées du bulbe de l’oignon (■ cipolla ). Mais il y a des cipollini verts, il y en a de gris, il y en a de rouges, et il n’est pas sur qu ils viennent tous du même lieu, Les seules appellations qui devraient subsister sont celles qui correspondent a des différences dans la formation géologique des marbres .11 brèches, brocatelles, lumachelles, etc. 11 Toute clas- I sification fondée sur un autre système de noms cstl artificielle et on ne saurait s’en contenter. Ce qui

9 Hom. U. XVI, 735. - "> ,

24',’ 3595,’ 3:.!*»,. 3«*>; de Pausauias dans Schuhart, XXXVI, 126; Vif !'■ U- ' • .

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