C. But ET EFFETS DU MARIAGE
I. — Il a pour but essentiel la procréation des enfants [liberum quaesundum , quaerendorum gratia)^ . Théoriquement et dans le droit primitif, il est conclu à vie.
Il exclut la polygamie. La femme qui vit avec un homme marié ( paelex , pelex , pellex ) est frappée de réprobation par le vieux droit pontifical qui lui interdit de toucher à l’autel de Juno Lucina , sous peine de lui offrir un sacrifice expiatoire i6.
II. — Il y a d’abord un certain nombre d’effets généraux communs aux deux formes du mariage.
Les justae nuptiae impliquent une association pleine et entière, l’égalité de droit divin et humain Au point de vue social, les époux ont le même rang, la même dignitas ; la femme ( uxor ) s’élève ou s’abaisse par le mariage, et la situation qu elle acquiert subsiste mèmi quand il est dissous, à moins quelle ne contracte un second mariage de rang inférieur 18 ; sous l’Empire, la femme entre dans la classe sénatoriale quand son mari en fait partie; et alors elle porte dès Hadrien, régulièrement depuis Marc-Aurèle, l’épithète de clarissima ; la femme d’un vir consulats porte aussi le titre de consulats , titre que l’empereur peut également décerner à des femmes, surtout de sa famille, par faveur spéciale19. La femme garde sa condition quand elle épouse, ingénut un affranchi, affranchie un ingénu, patricienne un plébéien, plébéienne un praticien. Elle a de plein droit le domicile légal du mari et le garde après la dissolution du mariage, à moins qu’un second mariage ne lui en donne un autre90. Dans la maison, elle participe aux cultes particuliers du mari, à ses sacra privata. Elle tient le premier rang au foyer domestique [gynaeceum] ; elle exerce sur ses enfants
Xov 18 4, § l. 13 Dig. 23, 2, 5. Celle matière était très controversée: voir
Accarias, Précis de droit romain, 4* éd. p. 194-197.— '4 Dig. 1,5,11; Frag.Vat. lOj. — 18 Gell. 4, 3, 2; 17, 21, 44; Fest. s. v. Quaeso ; Plaut. Capt. 4, 2, 109; Aul. 2, 1, 25 ; Val. Max. 7, 7, 4 ; Horat. Ep. 1, 2, 44 ; Suet. Cpes. 52. — 1« Gell. 4 3 • Fest. Ep. s. v. Paelices-, Dig. 50, 16, 144. Ce sens de pellex est un sens dérivé • au début, ce mot signifie simplement concuhiuc : voir Paul Meyer, Der rôm. Konkubinat, p. 7-14. — U Instit. I, 9, 1 ; Dig. 23, 2, 1 ; C. Just. 9, 32, 2; Dionys. Haï. 2, 25. — 18 Dig. i, 9, 1, § 2, 8, 12; C. Just. 12, 1, 13 ; Corp. insc, \ qr 5404. — 19 Dig. I, 9, 1 et 12; Dio Cass. 79, 15; Corp. inter, lat. 2, 1174 ; 8, 8993 ; Corp. inscr. gr. 3104, 3908. — 20 Dig. 5, 1, 65: 50, 1,22, § I.
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la même autorité morale que le mari1, elle dirige leur première éducation [educatio]. Elle a droit à la rcverentia de la part des affranchis du mari2. Le mari lui doit protection ; elle lui doit respect3. Ils se doivent réciproquement fidélité [adulterium]. Un second mariage, contracté avant la dissolution du premier, est nul, et s’il y a eu mauvaise foi, entraîne, comme stuprum , l’infamie et une peine corporelle, plus tard même, dans le droit de Justinien, la mort, contre le coupable, mari ou femme4.
Le mariage engendre l’alliance ou l’affinité, c’est-àdire la relation qui se forme entre les deux époux, entre chaque époux et les parents de son conjoint, entre les parents des deux époux c. Sauf quelques exceptions,
I affinité ne produit plus d'effets juridiques après la dissolution du mariage6.
A la belle conception du mariage qu’on a vue répondent le rôle et le caractère de la matrone romaine à l’époque ancienne 1 : elle n’est point enfermée dans un gynécée comme la femme grecque; exempte, au moins dans les grandes familles, de tout travail servile8, elle est occupée à filer et à tisser avec ses esclaves9, à administrer la maison, à nourrir et à élever ses enfants10. Elle ne doit pas boire de vin. Elle n’a de relations que celles de son mari11. Elle reçoit les souhaits et les' présents de sa famille au 1" mars, jour des Matronalia. Elle conseille son mari dans toutes ses affaires12. Au dehors elle porte la stola matronalis ; on lui cède le pas dans la rue13 ; on ne doit pas la toucher, même pour une citation en justice14. Elle peut paraître devant les tribunaux, soitcomme demanderesse, sauf, à partir d’une certaine époque, pour autrui, soit comme témoin, et dans les procès criminels pour intercéder en faveur de parents15. Elle assiste aux repas solennels, à un certain nombre de spectacles publics, aux fêtes des femmes mariées (les Carmentalia , les Matronalia , la fête de la Fortuna virilis, les Matralia , le sacrum Cereris , la fête de la Bona Dca). Les mères de trois enfants ont, sans doute depuis Auguste, une stola particulière : ce sont les stolatae matronae 10 [stola].
II y eut à Rome, probablement depuis une époque très ancienne, un conventus matronarum, collège sans doute religieux, dont nous ne connaissons presque rien ; il avait son local, sa curia, sur le Quirinal et peut-être un second lieu de réunion au Forum de Trajan. On sait qu’il se réunissait pour certaines fêtes et quand une femme entrait par le mariage dans la classe des consulaires. Elagabal en fil un senaculum auquel il donna un nouveau local sur le Quirinal, et toutes sortes de règlements sur le costume, la préséance, les différentes formes de véhicules. Aurélien paraît l’avoir rétabli dans son état primitif, en donnant le premier rang aux femmes qui avaient été prêtresses1'.
1 Gell. 5, 13; Corn. Nep. Praef. ; Dionys. Hal. 2, 25; Horat. Od. 3, 6, 39-40; Tac. Dr ornt. 28. — 2 ('. Just. 2, 2, 1. — 3 Dig. 47, 10, 2; 24, 3, 14, 1. — ’> C. Just. 9, 9, 18: Instit. 4, 18, 4.-5 Dig. 38, 10, 4, § 3-8; Frag.Vat. 218, 302.
— f' Dig. 3, , 1, § ni; 3, 1, 3, § 1; Imlit. 1, 10, 7; Frag.Vat. 303, 218, 219.
— 7 Voir Marquardl, L. c. p. 09-70. — * Plut. Quaest. rom. 85; Corn. Nep .Pracf.
— 9 Arnob. 2, 07 ; Ascon. In Mil. p. 43 ; Liv. 1, 57 ; Corp. inter, lat. 0, 1527,
1. 30; 11002; 1. 1007.. — 10 Colum. De re rust. 12 pr. ; Cic. Ad Fam. 10,20,2; Plant. Meneclt. 12t! ; Plut. Cat. maj. 20 ; Tac. Dial. 28 ; Agric. 4 ; Plin. Ep. 3, 3, 3.
— H Plut. Conj. praec. 19, p. 100 ; Plin. Hist. nat. 14, 90; Val. Max. G, 3, 9; Terlull. Afiol. 6; Gell. 10, 23, 1; Serr. ad Aen. 1, 737; Dionys. Hal. 2, 25.
— 12 Liv. 6, 34; 39, 11 ; 38, 57, 7. — 13 Val. Max. 0, 1 pr. ; 15, 2, 1 ; Horat. Sat. 1,
2, 94; Plut. Rom. 20. — 14 Val. Max. 2, 1, 5. — 15 Dig. 3, 1, 1, § 5; 22, 5, 18; 28, 1, 20, jï 0 ; Val. Max. 8, 3, 2; Cic. In Verr. 1, 37, 94 ; Ascon. In Mil. p. 41; Suet. Caes. 74; Tac. Ann. 2, 34; 3, 49; Caton. Fragm. p. 28. — 16 Le Bas-Waddington, As. Min. add. 1000 ; voir iluebner, Commentât . in honor. Mommsenii. p. 104.
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