‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 192 sur 275 · IV n qsi . ü ’1."’ ; XXV, 6 ; Tab. Bantina ap. Mém. Soc · texte numérisé non relu

IV n qsi . ü ’1."’ ; XXV, 6 ; Tab. Bantina ap. Mém. Soc

IVt », 1; lx[ ’ n"'U9\ Ann ■ 2W- — 2 dlev. arch. 1885, I, p. 390. — 3 Mart.

’ • - i Chnicus medicus, Orelli, 2933. — 4 Anth. Pal. II, 113.

Xoytaxpoç. L'iatrosophistc qui voyage <‘n enseignant rentre dans la classe des 7tEptooeuxat (circula tores), ou médecins ambulants, dont le nom ne se rencontre que dans Ja basse grécilé, mais dont la profession était très ancienne; on désignait aussi pur ce nom les cliniciens, qui visitaient leurs malades à domicile au lieu de les recevoir chez eux12. Le mot taxpoxéyvrjç, dans Aristophane, paraît employé avec une nuance de mépris13 ; en revanche, ystpoTÉyvTjÇ, dans un traité hippocratique désigne un médecin expérimenté, celui qui, de l’aveu de tous, possède son art (il ne s'agit pas d’un chirurgien, car tout le passage concerne exclusivement la diététique). Nous indiquerons plus loin (§ VI, IX, XIII) la terminologie concernant les spécialistes, les femmes vouées à la médecine et les médecins publics.

On ne trouvera, dans le présent article, ni l’histoire de la médecine antique et des doctrines médicales, ni la biographie des médecins, ni la bibliographie de leurs œuvres. Notre recueil a pour objet l’éclaircissement de la vie publique et privée des Grecs et des Romains ; l’histoire des sciences ne rentre pas plus dans son cadre que celle des savants. Nous chercherons donc surtout à rendre compte de la situation et du rôle des médecins dans les sociétés antiques, tant dans la vie civile et militaire qu'à la cour des princes, de la manière dont ils s'initiaient à leur art, le pratiquaient et en tiraient leur subsistance.

Il ne sera question qu'incidemment de la médecine sacerdotale, magique ou théurgique, pour laquelle nous renvoyons aux articles amuletum, incubàtio, magia, ainsi qu’aux noms des diverses divinités, aesculapius, apollo, diana, uygieia, etc., auxquelles on attribuait plus particulièrement le pouvoir de guérir les maladies. Toutefois, nous devons dire quelques mots, dès le début de ce travail, d’une question fort controversée, celle des relations de la médecine sacerdotale avec la médecine expérimentale ou rationnelle, ne fût-ce que pour définir la situation des médecins séculiers par rapport aux prêtres des dieux guérisseurs et, en particulier, d’Esculape.

I. Médecine sacerdotale et médecine laïque. — C'est une idée fort répandue que la médecine grecque du ve siècle est sortie des temples, où elle avait été cultivée surtout par les prêtres d’Esculape, et qu’Hippocrate, en sécularisant l’art de guérir, mérita d etre appelé le père de la médecine. L’étude des textes historiques et même légendaires ne confirme pas cette manière de voir. Elle nous montre, au contraire, que la médecine laïque, née de l’expérience 15 et du raisonnement, est aussi ancienne que la médecine théurgique, qu’elle se développa parallèlement à cette dernière et, sans échapper àson influence lui donna, en somme, plus quelle n'en reçut. Nous

— u Clin, Hist. nat. XXIX, 4. —

urem, sou/.

rim. tiisc. nat. XXIX,

— 8 Plin. Ad Traj. X, 4; Corp. inscr. lat. VI, 9476. — 9 Juv. III, 76; VI 422 • Cels. I, I. — 10 Hase, ap. Stepb. Thés. s. v. ; cf. magia, p. 1496. — 11 Aesch. Suppl. 266. Pour les rapports prétendus entre la médecine et la divination, voir Philoslr. Vit. Apoll. III, 4. — 12 AoyiuTfu;, verbis tenus medicus (Stcph. Thés. s. v.); cf Galen. XVIII B, 258. Adamantios, médecin juif d'Alexandrie au iv' siècle, est appelé par Socrate (Hist. Eccl. MI, 13) la-ijniSv lovw» aooiati f,;. Les larfouoiia byzantines sont des recueils de remèdes populaires ou magiques (Krumbacher, Gesch. derby: LU- 2> P- GR>, 619). Sur les périodeutes, voir LSwenfeld, Elxo<n.t.vTaro|f'lî toî 4>A<A. EiAAoyou, p. 338, 342. Démocédès, Hippocrate, Alexandre de Tralles, Paul d'Egineetbien d’autres ont été des médecins périodeutes. — 13 Aristoph Nub 331 14 Hippocr. éd. Littré, t. I, p. 584 : 5 xaX.ùg.v,, i,vpb? „) «..«!«« ■

cf. Soph. Trachin. 1002. - 15 Les anciens avaient déjà remarqué que les animaux possèdent ccrta.nes connaissances empiriques de médecine et ils pensaient que ces connaissances avaient été révélées aux hommes par leur exemple ; cf. Plin. Nat. Hist VIII, 97; Galen. I, p. 675. — Caractère empirique attribué à la médecine babylonienne, Herod. I, 197.

MED

MED

apprenons de même à considérer l’école hippocratique comme une étape dans le long développement de la médecine rationnelle, non pas « comme une oasis à l’extrémité du désert »., et nous renonçons à faire d’Hippocrate 1 auteur d une révolution scientifique dont il n’a jamais réclamé l’honneur*.

lhins les poèmes homériques 1 2, il n’est pas question île médecine sacerdotale. Si l’on a recours à des sacrifices pour fléchir les dieux qui déchaînent les épidémies, a des incantations et à des paroles magiques, la médecine et, en particulier, la chirurgie paraissent déjà fort de\ eloppées (chirurgia) 3 *. Les médecins ne sont pas des prêtres. Les « deux bons médecins », î-^x-qp àyaQt »\ Machaon et Podalire, sont les fils du prince de Trikka et d'Ithone, Asklépios, lui-même bon médecin (àpuïpwv et élève du centaure Chiron ; il y a aussi des médecins professionnels très estimés 5 qui, dans YOdys- •'>a c, sont comptés parmi les STjgioepyoi 6. Pteon lui-même, le médecin des dieux, emploie, pour panser leurs blessures , les mêmes procédés que les médecins militaires des brecs . On a constaté que chez les peuples primitifs, les Hottentots par exemple, l’habileté chirurgicale est souvent très développée, alors que la thérapeutique des maladies internes est dans l’enfance 3 * ; de même, dans la Grèce homérique, il y a déjà des chirurgiens habiles, tandis qu on a recours à la théurgie pour conjurer les épidémies *°. C’est par exception que, dans Homère, une blessure est traitée par une incantation11; partout ailleurs, la chirurgie remplit son office *2.

.Nous possédons peu d informations pour l’époque comprise entre 1 épopée homérique et Hippocrate ; cependant Daremberg a pu montrer que les témoignages épars des auteurs de cette période (Pindare, Eschyle, Sophocle, Euripide) attestent l’existence de la médecine naturelle à côté de la médecine théurgique *3.

L opinion vulgaire que nous avons rappelée au début de ce paragraphe se fonde surtout sur la confusion, dénoncée par Rosenbaum 14 et Daremberg15 * *, entre les Asclépiades et les prêtres d’Esculape. La légende même des Asclépiades n’autorise pas cette confusion"5. Le maître d’Esculape, Chiron, est, comme son nom l’indique, un chirurgien*1; c’est, en même temps, un connaisseur des vertus des simples *8. Esculape pratique la

médecine et reçoit même des honoraires.

lape, l’un médecin, l’autre chirurgien sV

le Péloponnèse, à Rhodes et à L.’.

Lesf5,s dW

- . Cos-t^Ï

constituent la classe des Asclépiades enfanls >’ transmettait de père en fils20 ma;e ’ asc'encese certaines conditions, être révélée à de aussG sous devenaient Asclépiades par adoption2* rP8 a ?”’ ^ n’etaient pas des prêtres22, bien qu’avant ,P‘ades liai commun, et ne traitaient pas les malacle"

l(Iues. On sait

temples, mais à domicile ou dans leurs clin,, que le grand Hippocrate était un Ascléobtln a r avait alors d'autres écoles médicales A Bhodesn “V' 5 * * * * * tone , a Cyrène25 et à Cnide2*5. Enfin dan* lV n ^ aux cours des princes, on rencontre, avant Hin.Tr T?1 des médecins publics ou pensionnés qui n’étaient' ! ' des prêtres d’Esculape, mais des laïques initiés à I..J “ par des médecins laïques comme eux.

Une tradition suspecte veut qu’Hippocrate ait dû J savoir aux steles et aux ex-voto déposés par des malades guéris dans le temple d’Esculape à Cos, avec l’indication de la nature de leur mal et du traitement qui en avait eu raison27 ; on ajoutait qu’Hippocrate, pour dissimuler son larcin, avait mis le feu au temple de Cos28. Cette histoire absurde a sans doute été inventée par les prêtres d’Esculape, jaloux des Asclépiades et désireux de faire passer leur maître pour un plagiaire. Depuis que nous connaissons, par les fouilles d’Épidaure, les récits des cures miraculeuses faits par des malades guéris [incubatio], nous ne pouvons plus prendre au sérieux la légende qui attribue à ces relations puériles une influence quelconque sur la constitution de la science médicale.

Enfin, la vaste collection des écrits hippocratiques est là pour attester l’ancienneté de la médecine laïque en Grèce. Nulle part, comme le remarquait Daremberg, les auteurs de cette collection ne se donnent comme les premiers qui aient défriché le champ de la médecine; presque tous parlent d’une médecine bien antérieure et quelques-uns renvoient à des livres aujourd’hui perdus29. « HippocraLe est né dans un pays et à un moment où la médecine intervient dans presque toutes les circonstances importantes de la vie publique et privée, où elle sert de terme de comparaison pour toutes sortes de préceptes moraux et de doctrines politiques.... 11 est temps

1 Daremberg, Rev. arch. 1808, H, p. 353. — 2 Daremberg, La médecine

dans Homère, Paris, 1805; H. Dunbar, The medicine and surycry of fl orner,

Uaus fin/. Med. Journ. Londres, 10 janv. 1880. — 3 Extraction des -pointes

de flèche cl de lance. 11. IV, 214; V, 112; XI, 829; blessures lavées à l’eau

chaude, U. XI. 846; blessures bandagées, 11. XIII. 599 ; Od. XIX, 457; sang de la

plaie sucé, H. 1\ , 218 ; xasà-Kotrzoï de simples écrasés ou pilés, 11. IV, 217 ; XI, 830 ; racine amère appliquée sur une blessure, 11. XI, 840; onctions, H. IV, 217 et le commentaire d’Eustathe; cf. Sprengcl, Gcsch. der Med. éd. Rosenbaum, p. 155.

7 4 Hom’ "■ ‘h 73*- - 5 Hom. II. XI, 514 : ’I^î T4? 4vi,f „Uïv

«U.wy; ibul. XVI, 28 : îyjtçoï — O/. U P U. 7. ■/ L ; cf. ibid. XIII, 213. — 6 Hom; Od.

XVII, 384 : ir,[ito£fvol IW.v | Màvriv t, i^Trjja xax,r,v vj téxtovgc SoéPo,v. — 7 Hom. II.

G 401, 899. — S Daremberg, Hist. des sciences médicales , 1. 1, p. 80. — 9 Sprengel-

Hosenbaum, p. 29 ; Plattner, I)e chirurgia artis medicae parente , Leipzig,

1 721. lu Hom. II. I, 314, 457. Hérodote (II, 117) est le plus ancien écrivain connu

qui ail attribué à une épidémie une cause naturelle; cf. Rev. arch. 1869, I, p. 200.

Iloin. Od. XIX, 457 : cttaoiSï, S’alaa xifaivov J "Eiryi 8ov. Il faut peut-être

entendre de même les Xi.o, par lesquels Patrocle soulage Eurypyle blessé, 11. XV,

29!. Dans les Tracliiniennes (v. 1002), Hercule souffrant fait appel à un enchan-

teui , iotSo;, ou à un médecin, ytijotî/v»;?. Sur les incantations, voir l’art, magia,

II. 1 498. - 12 Dans son mémoire La médecine dans Homère (1805), Daremberg a

du SS. un lexique des termes anatomiques qui ne comprend pas moins de 150 mots,

.a nomenclature des os est presque aussi indécise dans Hippocrate que dans Homère,

cl p us d une partie importante du corps n'y est pas mieux décrite. — 13 Daremberg,

Ihst des sciences médicales, t. I, p. 80. -14 Sprengel-Rosenbaum, p. 189.

arembeig, Op. cit. t. I, p. 81. — 16 Pour la généalogie des Asclépiades, voir

Th ramer ap. Pauly-Wissowa, Rcal-Encycl. t. II, p. 1684; Paton-Hicks, Cos ,

p. 34S ; Herzog, Koische Forschungcn , p. 200. — *7 Pind. Pyth. III, /!l» ^cw- ^*1 55. — Une piaule médicinale, le ckironium, a gardé son nom. Chiron op1’11' ’1II?SI I par incantation, Pind. Pyth. IV, 84. — 19 paus. II, H, 23, 38; K, 30; Arislui- Orat. p. 77, 78. Arclinos, dans son Éthiopide, fit de Machaon un cliinn "■ '*cl Podalire un médecin; cf. Welckcr, KL Schriften , t. III, p. 47. — ' I*'1 ■' '

p. 4G4, 599; Galen. Adm. anat. II, p. 128 K; Arislid. Orat. p. 80. — J ®l serment hippocratique, au t. IV de Y Hippocrate de Littré. De là, 1 emploi 'h>^ I Asclépiade pour désigner « celui qui pratique l’art d’ Asklépios », Gai* I

med. I, 1 (t. X, p. 0); cf. Rev. arch. 1869, I, p. 211. Le médecin M. Arlorius Asclépiades, élève d’Asclcpiadcs de Prusa, peut* élus 111 ( .on : exemple de l’usurpation du cognomen d’Asclcpiadcs, pour indique î Li | ^

médicale. — 22 Cf. Plat. Phaed. p. 270; Protag. p. 311. Platon et Y.\l\ 1 • exclusivement de descendants d’Esculapc, et non de prêtres du dû “ Théopompe, ap. Pliot. Bibl. 176; cf. Daremberg, Rev. arch ■ 1 MJt>J

— 23 Galen. t. X, p. 6 K. — 2; A cette école appartenait le célèbre

(Hcrod. III, 129-134) qui, d’après Suidas, était fils d un prèlie <11 ■■i|K*0gnisf

Asclépiade?) de Cnide. — 25 Herod. III, 131. II y en avait ailleurs cm ^ p,.,'.. 432). Le médaillon du médecin Aineias à Athènes (imago, fi.?- 3 11 ' lf rl, uber àH’ sencc d’Asclépiades dans cette ville vers 520. — 26 Conradi, Denu.it ^ ^ jg56.

medizinische Grundsaetzc der koischen und knidischèn Scinde, ,0^ ^ uitrè» Hippocrate reprochait aux Cnidiens le petit nombre de leurs i<"" ^ médecin

t. II, p. 227). C’est de l’école de Cnide qu’est sorti le célèbre *IIS,°

Clésias. —27 Strab.XIV, 622; Plin. Nat. Hist. XX IX, 2; Jam,,llC ' v'(|ans la Vic

— 28 Pün. L. c. d’après Varron. Suivant une variante c0lbCIV fraic aurait

d'Hippocrate do Soranos (Herzog, Koische Forsch. p. I ^ ^ j p. sî>.

bridé la bibliothèque de Cnide ! — 29 Daremberg, Hist. des *c.

le môme 262. | édès

MED

mslice

je la phrase stéréotypée : Hippocrate,

et d’en débarrasser l'histoire 1

de fa|r0 , , .

, (je la médecine , r |||(.M)I,ie qui veut que les philosophes, en parti-

l;1' tic l’Ionie et de la Grande-Grèce, aient

^iriUié puissamment aux premiers progrès de la C0"|rii"'2, ne paraît pas reposer davantage sur des ;iient; solides, bien qu’elle ait été admise, semble-

j'i 'nr un aussi excellent esprit que Celse3. Si les ^Hiphes ont fait avancer la médecine, c’est en prer n| conseil de ceux qui la pratiquaient4; ils ont pu niéiiecins en même temps que philosophes, mais Lin par l’effet des spéculations physiques ou physiologues auxquelles ils se livraient, ni des jongleries que des traditions d’ailleurs peu certaines attribuent à plusieurs d’entre eux3.

r On a cherché, de notre temps, à réhabiliter la médecine sacerdotale des Grecs et à montrer quelle s’inspirait souvent de principes rationnels6, tels que 1’inlluence salutaire de l’air pur, des bains, de la gymnastique, des jeûnes précédant le traitement médical1, etc. Il est certain, en effet, que l’inscription découverte à Épidaure, où Àpellas relate sa guérison, donne les détails d’un traitement diététique et psychique où le charlatanisme théurgique a peu de part8, et que nombre d’autres témoignages du même genre nous ont été conservés par 1rs auteurs, sans en excepter le névropathe Aristide. Mais ce qu’il y a de raisonnable dans la médecine sacerdotale est précisémentce qu’elle a emprunté à la médecine séculière9 ; le seul élément utile qu’elle y aitajouté est ce que nous appelons aujourd’hui la suggestion , méthode curative commune à tous les charlatanismes, même à ceux des sauvages les plus incultes, et qui ne peut être considérée comme scientifique dans son principe, bien qu’elle tende à le devenir de nos jours.

En somme, l'histoire de la médecine grecque atteste, depuis la plus haute antiquité, la puissance bienfaisante du rationalisme, et si, depuis l’époque alexandrine, elle s est de plus en plus altérée par un mélange de moyens magiques et théurgiques, cela tient précisément aux atteintes profondes que reçut le génie hellénique du fait de sa diffusion dans des pays et chez des peuples où le utionalisme scientifique n’existait pas. Il faut également

— MED

tenir compte, depuis le ivc siècle, de l’influence du mystique chrétien ,0.

II. État civil et nationalité des médecins. — On peut dire, d’une manière générale, que les médecins grecs étaient pour la plupart des hommes libres, exerçant souvent en pays étranger ou dans des cités autres que la leur ; mais que les médecins romains, sous la République et le Haut-Empire, étaient d’ordinaire des affranchis ou des esclaves, de nationalité ou d’origine hellénique “.

A Athènes, l’exercice de la médecine parait avoir été, en principe, interdit aux esclaves12. Cependantles médecins libres avaient des esclaves, qualifiés eux-mêmes de médecins, qui leur servaient d’auxiliaires et qui donnaient leurs soins à d’autres esclaves13 ; des esclaves publics paraissent avoir été chargés des mêmes fonctions dans l’officine entretenue par la cité. D’autre part, il y avait des esclaves privés, possédant des connaissances spéciales, qui étaient les médecins de leurs maîtres; Diogène esclave disait à son maître Xéniadès : « Si j’étais médecin, tu serais bien obligé, bien que mon maître, de m’obéir u. » Un esclave du philosophe Chrysippe, Aristogène de Cnide, servit de médecin à Antigone Gonatas15. Une curieuse inscription de Delphes fait connaître le cas d’un esclave, affranchi sous forme de vente à la divinité, qui s’oblige à collaborer encore pendant cinq ans avec son maître dans l’exercice de la profession médicale, en recevant de lui le vêtement et le vivre16.

En dehors des médecins ambulants, qui voyageaient avec leurs auxiliaires de ville en ville, il y avait, en Grèce, beaucoup de médecins établis ailleurs que dans leur cité d’origine : tels furent l’Acarnanien Événor à Athènes17, le Mégalopolitain Melankomès à Delphes18, Onasilos de Kition à Idalion19, le Syrien Artémidore à Andros 20 . On semble avoir pensé que le médecin, comme le devin, a plus de prestige ailleurs que dans son pays ; telle est, du reste, la substance d’un logion attribué à Jésus-Christ qui a récemment été découvert en Égypte21.

Alors que les Grecs allaient souvent exercer dans les contrées voisines, on trouve, en Grèce, peu de médecins venus du dehors ; toutefois, dans une lettre supposée d’Anacharsis, il est question de médecins égyptiens accueillis avec bienveillance à Athènes22 . La renommée des

in mliorg, Rm. arc h. 1869, I, p. 72, 2GG. — 2 Cf. Sprengel-Rosenbaum, p. 2 : p iil"„ophio est la mère de la médecine... Les médecins ont généralement 'J 1 11 1' ms théories aux philosophes ». Sprengel a soutenu à tort (Ibid. p. 252] J) . * 4 théoriciens avaient, les premiers, sécularisé la médecine. — 3 Cels. , ' 111,0 m'-dendi scientia sapientiae pars habebatur, ut et morbonm

t naturalium contemplatio sub iisdem auctoribus nata sit.

Scrj i ' 'c "H lll:c‘n so‘t aussi philosophe, mais non réciproquement (Galen, Oiod si. ù, 1-8). — 4 Pythagore soigue son maître Phérécyde

■. p. ij ,"' fæC^rpt P’ 554 1 Jamblich. Vit. Pyth. 252. — 5 Rev. arch. 18G9 lcs p|us aiemberg, Hist. des sc. méd. 1, p. 83 : • C’est un des auteurs “ P faut il ”'' 'a co^eclIoa hippocratique, un déclamatcur, qui a écrit " la médeeii " ' °llci 'a '"édecine dans la philosophie et la philosophie dans Pas prendre 1,. ^ n"'l*ec‘n philosophe est égal aux dieux ». Encore ne faut-i de la philos,, il, C iail°e SUr CC lexl0 de la Bienséance (§ 5), car il s'agit surtou

— ® 11 , ' | moiale °i des qualités communes au médecin et au philosophe, s

les inlerdicti * piall'lucs des idées superstitieuses (comme la circoncision Del ; mais il 11(! mi0ula‘res) 'l11', avec le temps, prennent un caractère ration primitif, 7 ,,’lUl Ilas ouhüer, comme on l’a fait, que ce caractère n’est pa Plat. Q. Rom nj,1™”1'.0’ ^ev' a,ch- 1885, 11, p. 285 sq. Voir, en particulier Arislid. 0r„i ' ’ Pl,il°slr. Vit. Apoll. I, 8-10 ; Strab. XIV, 5S0 ; Paus. V, 34

ùyl/os, tsgj ! 1 ' S Ùclnach, Chron. d' Orient, t. 1, p. 96; Wilamowitz

— 9 Une insérât 0’ Puschmana> Juhresb. d'Iw. Muller, 1890, t. III, p. 285

®Mecin qui CS| ^i'die (Bull, de corr. hell. 1894, p. 160) mentionne ui

^ • p S(!mj I hsculape pour la seconde fois (taxfb; xat ïepeùs toS ’AaxXr.xto

Pleia. io qj. , '0 onc (lue la médecine séculière avait pénétré dans les Asclé l1, 1501, i ipQ | cx™iplc Plut. De fade in orbe lunae, p . 920 B et l’article magià

médecine astrologique, venue d’Égypte à Rome, était admis

même par Galien (IX, 910-913). La révélation du traitement des maladies par les songes (incubatio) fut en honneur, depuis le 11e siècle, daus les écoles de Pcrgamc et d’Alexandrie (Artemid. Oneirocr. IV, 22; Orig. C. Cels. III, 24; Arislid. Orat. I, 78). Galien vante la docilité des malades pour les remèdes prescrits en songe par les dieux (Galen. XVII, B, 135) et dit avoir été guéri lui-même d'un ulcère par Esculape (XIX, 19). Le premier médecin byzantin qui fasse une grande place à la magie proprement dite est Aetius, vers 530 (Puschmann, Handbuch, p. 533). Sur les survivances de la médecine sacerdotale, voir A. Marignan, La médecine dans l'église au vi° siècle, Paris, 1887 ; sur la médecine dans le christianisme primitif, A. Harnack, Medizinisches aus der ültesten Kirchengeschichte, Leipzig, 1892. Les saints 4vd cpyujoi, Cosmas et Damien, martyrs sous Dioclétieu, auxquels Justinien éleva une église à Constantinople (Procop. De aedif. I, 6), avaient exercé gratuitement la médecine eu Cilicie, guérissant, non par des remèdes, mais par des prières. Ils prirent, dans les légendes chrétiennes, la place d'EscuIapc. — H J. Jacquov, De la condition juridique des médecins privés et des médecins officiels à Rome, Paris, 1877 ; Revillout, De la profession médicale dans l’Empire romain, in Gazette des Hôpitaux, 1866, p. 285 sq. U y a une littérature considérable, remontant au xvill* siècle, sur la condition des médecins romains; on la trouvera indiquée par Spreugel-Rosenbaum, p. 221. — 12 Hygin. Fab. 274. — 13 Plat. Leg. IV, 720. Il ne

dit pas que ce soit un usage sans exceptions. — H Diog. Laert. VI, 2, 30. 15 Suid.

s. v. Aristogenes. — 16 Wescher et Foucart, Jnscr. de Delphes , n* 234; Wallon, Hist. de l'esclavage, t. I, p. 186, 342. — n Corp. inscr. att. 11, 186, 18/1 — 16 Wescher et Foucart, Inscr. de Delphes, u» 462. — 19 Curtius, Studien, VII, 240. 26 Athen. Mitth. I, 238. 21 Aéyu • oGx sVriv Snetti; 1* v*i

icatptSt aGto'3 (cf. Luc. Evany . IV, 24), o0 ül Iatç5; itotiT Otçocmlaç t !ç voùç ytvwuxovTa; alxov (Preusschen, Antilegomena, p. 43), — 22 Epist. graeci, éd. Hercher, p. 102,

MED

médecins égyptiens en Grèce remonte au delà de l’époque homérique 1 ; on a cependant exagéré leur influence sur les débuts de la médecine scientifique en Grèce.

Pline l’Ancien prétend que Rome a vécu, pendant six siècles, sans médecins, sinon sans médecine2. Cela signifie quelle ne possédait pas de médecins formés dans les ecoles grecques ; mais elle ne pouvait se passer ni d’empiriques3, ni de sages-femmes, ni de chirurgiens militaires, dont la condition nous est d’ailleurs inconnue4. D'autre part, les riches durent avoir de bonne heure des esclaves médecins d’origine grecque3. En 217 av. J.-C. arriva à Rome un médecin grec, le péloponnésien Archagathos, lils de Lysanias 6 ; le Sénat lui accorda le droit de cité et lui acheta, des deniers publics, une officine sur le carrefour acilien. Sa spécialité le fit qualifier de vulnerarius (médecin des plaies)7. Au début, son succès fut grand, mais sa hardiesse à couper et à brûler souleva bientôt une vive opposition, au point qu’on le traita de bourreau et qu il dut quitter la Aille. Archagathos, en sa qualité de Grec, était probablement un protégé de Scipion et, à ce titre, fort mal Amnu des vieux Romains, dont Caton était le porte-parole. Ce dernier, qui pratiquait la médecine dans sa famille à l’aide d’un vieux livre de recettes, rempli de formules absurdes et d’incantations, haïssait d’autant plus les médecins grecs qu’il les soupçonnait de ne pas vouloir donner leurs soins à des barbares, comme on le racontait d’Hippocrate, et d’avoir conjuré de les faire périr ». Il interdisait formellement à son fils de recourir à leurs conseils. Malgré ces résistances, l’afflux des médecins grecs s’accrut avec les progrès de l’hellénisme en Italie9 et, du temps de Pline, il y en avait un grand nombre. Mais cet écrivain nous dit expressément que la médecine est le seul art dont la gravité romaine se soit détournée, quelque lucratif qu’il soit, peu de Romains (c’est-à-dire de citoyens romains de naissance) s’en sont mêlés et ceux-là même se sont faits Grecs aussitôt. « Bien plus, ajoute-t-il, il n’y a d’autorité, même chez les ignorants et ceux qui ne savent pas le grec, que pour les médecins qui écrivent dans cette langue; et Ion a moins de confiance pour ce qui concerne la santé, si l’on comprend. »

Le fait qu’un médecin exerçant en Italie porte un nom romain ne prouve nullement son origine romaine, car il pouvait être un esclave grec affranchi qui avait pris le nom de son maître, ou un Grec libre qui avait adopté un

l Hom. Od. IV, 229. Dans le papyrus Ebers, manuel de thérapeutique compilé vers 1500 av. J.-C., d'après des sources plus anciennes, il est question de fèves de Kefto ( Kefto paraît désigner la Crète mycénienne) ; on peut donc supposer que les influences réciproques de la Grèce et de l'Égypte remontent au deuxième millenium av. J -C. Cf. Puschmann, Handbuch der Gesch. der Med. I, 91. 2 p|jn.

-Aat. Hist. XXIX, 11. — 3 Cf. Sen. Epist. 95 : Mcdicina quondam paucarum fui' scientia herbarum quibus sisteretur sanguis, ruinera coirent. — 4 Briau, Rev. arch. 1885, II, p. 202. Ce qu’on a écrit touchant la médecine étrusque à Rome ne repose sur aucun fondement, car on ne peut sérieusement invoquer à cet égard la légende de Circé (cf. O. Muller, Die Etrusker, l. II, p. 343). Les textes mentionnant des médecins à Rome axant l’arrivée des médecins grecs (par exemple Val. Max.

Il, 4; Dion. Hal. 1,79; X, 53 ; Sil. liai. VI, 90) n'ont pas la valeur qu’on leur a parfois attribuée. Toutefois, la lex Aquilia qui, au m» siècle av. J.-C. ouvrit une action contrôle médecin qui aurait mal opéré un esclave, attestp Texistencede la médecine a Rome des cette époque, à moins qu’il ne s'agisse d'une extension postérieure du principe édicté, par celle loi (tr.x, p. 1 130). - 5 Briau {Assist. médic. chez les Romains , p. 8) a conjecturé avec vraisemblance que l’exercice de l’art à Rome avait débuté par la médecine domestique. — 0 Cass. Domina ap. Plin. Nat. Hist. XXIX, 12.

— ■ lin emplastrum lene Archagathi est mentionné par Celse, V, 19, 27. — 8 p|„t. Cat. cens. 22, 23; Plin. Nat. Hist. XXIX, 78; XX, 14; Cat. Re Rust. 156, 100. Voir la prétendue lettre d’Hippocrate à Hyslanès, refusant d’aller soigner des Barbares, éd. Littré, t. IX, p. 317. — 9 Asclépiadc de Bithynie, qui s'établit à Rome du temps de Pompée, acquit une réputation extraordinaire et fut l’ami de tous les hommes célèbres de son temps (Plin. Nat. Hist. VII, 37; XXVI, 7-9; Cic. De oral.

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nom romain en recevant le droit de cité t reconnaît lui-même qu'il y eut quelques ”"l."ois’ WiJ ment romains ; mais le nombre ne d,,l L "‘"s siderabie, du moins jusqu’à la fin du î",êlre La majorité des médecins à Home sn„ i ,, iurenl, semble-t-il, des esclaves grecs ou des XT' Au moment d une famine, nous appreno“ guste expulsa de Rome tous les étrangers nombre d’esclaves, A f exception </« „,„•* " «

precemu-s ; c’est donc qu’il y avait beaucoup J parmi les médecins. Il y en avait c, , püesclaves familles (servi medici, domesliciet famdl~,nT ■nais la dépendance où ils se trouvaient dé™ nS'T' vent chez eux toute initiative et les poussait à (lai t désirs de leurs maîtres plutôt qu’à combattre leurs „ ies . En 49 av. J.-C„ L. Domitius Ahenobarbus a,* pour médecin un esclave". Les esclaves attachée™

grandes maisons, en particulier à la maison sont souvent mentionnés dans les textes épigraphiques' par exemple dans les épitaphes du Columbarium de JL qui nomment un médecin et un chirurgien. Los esclaves médecins de la familia avaient pour chefs des affranchis dits superpositus medicorum ou supra medicos Il v avait aussi parmi les médecins des esclaves publies auxquels était probablement confié le soin des autres esclaves de 1 État"1. Dans les exploitations agricoles considérables, on entretenait des esclaves médecins à demeure ; mais les petits propriétaires préféraient, du temps de Varron, en louer à l’année de leurs voisins1'.

Les affranchis médecins ( liberti medici ), comme les esclaves, étaient souvent attachés à des personnages de marque. Caton d’Utique avait pour médecin un affranchi 18 ; Antonius Musa, le médecin d’Auguste, était également un affranchi19. A Sidyma en Lycie, on lit sur un portique une dédicace de Tibère Claude Epagathos, médecin, affranchi de l’empereur20. Une inscription de Magnésie 21 a conservé le souvenir de Tvrannos, originaire de cette ville, qui a\rait été esclave de la famille impériale, attaché au service médical du palais, puis affranchi par Claude, dont il avait pris les noms. Il était probablement resté au serxûce de Néron, car l’inscription parle des témoignages que les empereurs lui accordèrent pour sa science médicale et pour son caractère. Revenu dans sa patrie, il y jouit d’une haute considération; la ville de Magnésie décida qu’il seraitreçu et traitéen hôte public -.1

I, 14; Apul. Flor. 19). — to Vetlius Valeus, médecin et amant de Mcssnliiic (Min.* Nat. Hist. XXIX, 8, 20), paraît avoir été un vrai Romain ; de même Scribonins Lai z médecin de Claude. Pline (XXIX, 7) connaît des médecins appartenant air. famille® des Cassii, Calpetani, Arruntii, Rubrii. Un médecin Cassius est cil.' i1" 1 Galien nomme Valerius Paulinus, Flavius Clemens, Pompeius Sabinus (Oab '■ - ’

1027). Les inscriptions fournissent quelques exemples de médecins ingc’i inscr. lat. IX, 1715; Orelli, 7246). Un chevalier romain est archi&tre de ( Corp . ins-r. Int. IX, 1055). Quant à Aldus Cornélius Celsus (Celse), il "’’l"9^ I blement jamais exercé la médecine ; il écrivit sur ce sujet, comme sur 1'" 11 ' ^ ^

avec une information exacte et de la facilité (Laboulbène, <h'u: )’ 1

— U Orosc, VII, 3. — 12 Sen. De benef. III, 24; Suet. Calig. S ; 2Ve>’. 2 : ^ »' •

inscr. lat. II, 3118 ; V, 869 ; VI, 4350, etc. ; cf. Wallon, Hist. de l'esclac- I ■ F ^ Jacquey, De la condition des médecins, p. 15. — 13 Sen. De const. ^ ^

fere domestici et familiares medici, aegris corporibus non qua oji I

celerrimum est medentur , sed qua licet ; cf. Plin. Nat. Hist. XXIX, - ■ { 1

Ner. 2. — 13 Wallon, Hist. de l’esclav. t. Il, p. 145. 16 I’: 1:1 J

médicale chez les Romains, p. 46 ; Marquardt, Privatleben dm /'1' I

Superpositus medicorum e ratione patrimonii, C. 1. L. VI, 85m. ^ I

Anguslianae, Palatinac, C. 1. L. VI, 8C47, 8656. Dans le Code. In-11 ^ 4:1,3). I

des esclaves médecins atteint 60 pièces d’or (C'od. Just. VIL , ’ ' jjj 5(1; I

— h Varr. Re Rust. I, 16. — 18 Plut. Cat. min. 70. - 19 1)10 2j K<,rll, I

Suet. Aug. 59. — 20 Benndorf et Niomann, Reiscn in Lykien, L ® ^ f XII> I

Inschriften von Magnesia, n° 113. — 22 Foucart, Bull, de cou

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( | K • i n o besoin de dire que beaucoup de Grecs

| " ' i-rnt exercer la médecine à Rome; nous verrons ^'"'l ^ -, quelles hautes situations quelques-uns Pjll!’ , n\ sont parvenus. Jules César conféra le droit ! ,' (.(,s étrangers reconnus indispensables- et dont

le nombre s’accrût encore1; plus tard, on désirait que r

”, )aI.ticipèrent aux privilèges et aux exemptions de

| harpes accordés aux médecins publics et aux professeurs (voir § XVI).

l'n principe, un médecin allranchi ne doit ses soins I luits qU’à son patron. Toutefois, le patron peut employer son affranchi médecin à soigner gratuitement ses amis2 et, s’il est pauvre, il peut louer les services médicaux de son affranchi 3. Enfin, si le patron est médecin, il peut se faire accompagner et aider par son affranchi; il peut aussi lui interdire l’exercice de la médecine pour éviter une concurrence préjudiciable4.

Les médecins grecs de Rome étaient surtout originaires de Grèce et d’Asie Mineure, où les écoles de Pergame et de Smyrne brillaient d’un vif éclat; il est cependant aussi question de médecins d’Égypte, comme celui que Néron fît venir pour traiter Son ami le chevalier Cossinus, qui était attaqué du lichen5, et le médecin-masseur de Pline le Jeune, Harpocras °. L’école médicale d’Alexandrie conserva sa haute réputation pendant tout l’Empire et l’on voit, par l’exemple de Galien, que les jeunes médecins allaient y compléter leur éducation. Au ive siècle encore, le fait d’avoir étudié à Alexandrie suffisait à recommander un médecin7.

III. Éducation et formation des médecins. — Nous avons vu que la science médicale avait d’abord été héréditaire dans le yÉvoç des Asclépiades ; il en fut probablement de même dans d’autres familles, où se transmettaient, de père en fds, des connaissances empiriques relatives à l’art de guérir. De cette hérédité de la profession médicale, il y a des traces même à une époque tardive. La grande famille hippocratique des Asclépiades de Cos subsista pendant trois siècles (583-286) 8. Le | médecin Andromaque le jeune était fils d’Andromaque Ier, archiàtre de Néron9. Le médecin Ménocrite, honoré à Carpathos10, et le médecin Attale, honoré à Éphèse11, appartenaient a des familles médicales. Une inscription e GaLitie fait connaître un archiàtre fils d’un médecin estime, wpo ^dvtwv a-rcouSaïoç12. Glycon, médecin de Pergame, olèbre en vers pompeux la mémoire de son père ! m,ul" l’idladelphos ; Alexandre de Tralles était fils un (P t jn g^phanos 'L Toutefois, dès avant l’époque 'pp'iuate, comme l’atteste le fameux Serment u, les d' ' 11 'des d’ Asclépiades avaient admis, à titre

parle'' Ml °U ^ é^ves Payants, des hommes libres n’apdeVai,:;'?as au ï^voç (’^w vou yévo'jç) 15. Ces derniers à conshU ' n^a®er a °^server la piété envers leur maître, uor >ses enfants comme leurs frères et à leur 1 Suet. Caes. 4., ■ .

libres et aux afj- . !* 01 de César 11e s'applique sans doule qu'aux hommes Con,lilion an.C "S’ r®serve l*'t® des droils du patron (Jacquey, De la

ttxvm,, ZTTT' P’.:6)- ~ 2 Diÿ- XXXV1"’ *. »• - » Dig.

cili8'P. 50, fiq Co __ .iÿ;,XXXV ai, 1, 2G ; cf. Jacquey, De la condition des méde-

’^re|H avec les mal I * H>st- XXIX, 93. Les médecins exotiques arri-

Hr C“l aussi dos n ^ l'°S dC. ICUrS ,>ayS d’orig'ne- — 6 PI in . Epist. X, 5, 6, 7, 10. Sit,mgesch ] ‘ CC‘"9 ■iuifs dès lo Haut-Empire, Ccls. V. 19, 22 ; FriedlSnder,

%/iol . | „ ’ ' “ (a,'cl"âtre juif à Ve p'rtfs, p ’8p : Amm'an. XXII,

ienousc). — 7 Oalen. II, 220 : Fulgcnt. 16; cf. Puschmann, Gesch. des medic. Unter-

dans Pauly.VVis^''C"SC,'I)"s™l)a>im, p. 329. - 9 Wellmann, art. akdroma-

H, n» 57g . ^'ssi<>n de Galatie , n» 27.

10 Cfeu. arch. 1880. I, p. 321. — il Corp. inscr. gr.

13 Inschriftcn von Pergamon, Husclupaqu, f(, 139, — U Hippocrate, éd. Litlré,

enseigner la médecine sans rétribution. Ainsi la confrérie se substitua de bonne heure à la famille; l’apprenti agréé, reçu dans la communauté professionnelle, devenait un frère adoptif des Asclépiades, Y)8£À^l<7[A.évO; ixrpôç.

Dans la Grèce moderne, suivant le témoignage de M. Alex. Rertrand, il y avait encore récemment des vestiges de l’hérédité de la profession médicale et de la méthode d’enseignement domestique, comme aussi de la médecine ambulante des périodeutes lf\ Les habitants d’une vallée du Pinde, le Zagori , passaient pour naître médecins et chirurgiens à la fois ; les fils succédaient aux pères et, à défaut des fils, des parents ou des étrangers s’engageaient dans la famille à titre d’élèves ou de domestiques, ce qui revenait à peu près au même. De ces médecins, les uns étaient rebouteurs, les autres herniaires; il y en avait qui pratiquaient avec succès les opérations de la cataracte ou de la pierre On les trouvait parcourant les villes de l'Orient, où ils se créaient rapidement une clientèle. Après avoir travaillé de la sorte en divers pays, ils revenaient se reposer et vieillir, riches souvent, dans le village qui les avait vus naître.

A Athènes, au ve siècle et plus tard, le médecin, public ou privé, a des apprentis et des auxiliaires libres, [i.a07]Tat, Û7tvjp6Tai, outre les esclaves qui le secondent également17. Pour faire l’éducation médicale d’un jeune homme, on le plaçait chez un médecin habile auquel il payait une redevance18; tel fut le cas de Timarque, qu’Eschine nous montre allant s’installer dans l’officine d'Euthydique au Pirée, absolument comme un interne des hôpitaux actuels19. L’apprenti accompagnait son maître dans ses visites, devenait son remplaçant (BtiSoyoç) en cas d'absence, pouvait même être délégué par lui en temps d’épidémie20; surtout il se formait sous ses yeux, dans l’officine, au diagnostic et au pronostic, à toutes les opérations manuelles, telles que saignées, pose de ventouses 21 , applications de clystères, ainsi qu’à celles de la chirurgie proprement dite22. Comme de nos jours, le médecin pouvait confier à un élève avancé la garde d’un malade, pour surveiller et diriger le traitement23. Un passage assez obscur d’Aristote24 désigne sous le nom d’àpy.iTEXTovtxoç le médecin qui a des auxiliaires, le médecin dirigeant; il le distingue du Sr.utoupydç, simple praticien (?) et du 7T£7raiS£upuvoç 7T£p'[ TTjv t éyvr,v, qui serait plutôt un médecin amateur25. Galien se sert aussi de l’expression àpyixb; ’taTpôç et compare le médecin en chef à l’architecte qui dirige une construction23. Les médecins grecs à Rome avaient également des affranchis qui étaient leurs apprentis et leurs auxiliaires, et qu'ils conduisaient, parfois en trop grand nombre, au chevet des malades. Martial se plaint d’avoir été non seulement visité, mais touché par cent mains glacées d’élèves qui accompagnaient Symmachus : « Je n’avais pas la fièvre,

t. IV, p. 628. — 15 Galen. De adm. anal. H, p. 281. — 16 Bertrand, Études de mythologie et d'archéologie , Rennes, 1858, p. 14-i ; cf. Rev. arch. 1880, I, p. 362.

— 17 Plat. Leg. IV, 720. Le médecin public a également des disciples auxiliaires (Aristoph. Acharn. 1032); cf. Rev. arch. 1880, I, p. 311. Au temps do Galien (XVII, B, 229), les ùr.r^hai du médecin soûl les masseurs, les ventouseurs, les rhizotonios, etc. — 18 Plat. Afenon, p. 90 b ; cf. Rev. arch. 1869, I, p. 265. — 19 Aescli.

I, 40 (in Timarch. 124). — 20 Hippocr. éd. Littré, t. IX, p. 401, 424; cf. Herzog, Koisclie Eorsch. p. 207. — 21 Cf. Anagnostakis, Dut!, corr. hell. t. I, p. 212; Lambros, Iltji eixuSiv xal aixuizetoi; itafd.Tor5 àpyafon. Athènes, 1895. Il \ avait des ventouses en verre, en corne, en bronze, que l’on appliquait avec ou sans scarification (Oribase, éd. Daremberg, II, 58-61). — 22 Hippocr. éd. Littré, t. IX, p. 216. —23 Hippocr. éd. Littré, t. IX, p. 243. — Arist. Polit. III, H, p. 44»!

— 33 Sprcngol-Iloscnbaum, p. 321. — Galen. Comm. in lib. VI Epid. p. 507.

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dit-il; je l’ai maintenant1. » Philostrate raconte que Philiscus, étant malade, reçut la visite de deux médecins, Séleucus et Stratoclès, qui n’amenèrent pas moins de trente étudiants auprès de son lit Aussi Galien recommandait-il à ses élèves d’éviter tout bruit de pieds ou île conversation qui pourrait gêner ou énerver le malade, ils devaient veiller aussi a ne pas 1 incommoder par une haleine trop forte et, à cet effet, s’abstenir d’oignon ou d ail et ne pas boire trop de vin avant la visite3.

La nature et la durée de l’enseignement (StSowxxÀia) que les élèves recevaient de leurs maîtres nous sont egalement mal connues. Hippocrate distingue trois espèces d enseignement0, qu il appelle TtapayYsXtY) (les préceptes, sans doute la médecine et la chirurgie usuelles), àxpoaTtç (l’enseignement oral) et Xonrq gaO-qc-t; (le reste de l’enseignement). Aristote dit que ceux qui abordent les études nu dicales dans un esprit philosophique (oc ^[Xooo^coTsptoç rr,v T£/vr,v [astiovtsç) commencent par l’étude des sciences naturelles6; ce qui implique que la plupart des médecins ne s’imposaient pas cet apprentissage. Galien raconte que Thessalus de Tralles, sous Claude, prétendait pouvoir former un médecin en six mois, d’après les principes de l’école méthodique ; pendant ce laps de temps, il se faisait accompagner d’une troupe d’élèves sans préparation scientifique, auxquels il permettait ensuite d’exercer leur art '. Mais il est évident qu’une éducation médicale ainsi donnée et reçue semblait tout à fait insuffisante; Galien avait lui-même poursuivi ses études pendant onze ans8. Sous le Bas-Empire, la durée normale des études médicales parait avoir été de cinq ans : c’est ce qu’on peut conclure de Ylsagoge in artem medicam attribuée à Soranus3 qui fait commencer les études médicales à quinze ans, alors qu’on sait que l’étudiant d’alors était censé avoir terminé son apprentissage à vingt ans ,0.

De ce qu’Athènes et d’autres villes possédaient des médecins publics rétribués, il ne s’ensuit pas qu’elles rétribuassent leur enseignement. Nous savons très peu de chose touchant l’organisation des grandes écoles médicales de l’antiquité. 11 y avait peut-être à Cos, depuis l’époque de Ptolémée Philadelphe, une sorte d’université ayant pour noyau l’école de médecine, qui fut le séminaire de celle d’Alexandrie11. Cette dernière fut particulièrement tlorissante au ne siècle av. J.-C. Ptolémée Evergète II (Physcon, 171-167), par haine de son frère Philométor, chassa d’Alexandrie beaucoup de savants, entre autres des médecins, qui serépandirent en Grèce, en Asie Mineure et dans les îles, où ils fondèrent de véritables colonies de l’école d’Alexandrie12. Vers le 1er siècle av. J.-C., Ilikésios fonda une école à Smyrne 13 ; d’autres Alexandrins émigrés en établirent une autre à Laodicée qui, du temps de Strabon u, avait pour centre le temple de Mên Karou et pour chef Zeuxis, commentateur d Hippocrate ls. L’école de Pergame, à laquelle

l Mart. V, 9. — 2 Philostr. Vit. Apoll. VIII, 7. — 3 Galen. XVII B, 144-152.

— 4 Le médecin Thrason de Corcyre éleva une slatue à son maître 4vx’ àyaOS; SiSnnMm (C. inscr. yr. 1897). — 5 Hippocr. éd. Littré, t. IV, p. 613. — 6 Arisl. De senau, p. 430. — 7 Galen. Meth. med. I, 83; X, 5, 19. —8 Th. Puschmann, (iesch. des medic. ünterrichts, p. 80. — 9 Rose, Anecdota, t. II. — i« Puschmann,

O. !.. p. 117-118. Oribase ( Synops . V, 14) conseille de commencer l'étude de la médecine à quatorze ans. — U Herzog, Koische Forsch. p. 200. — 12 Athen. IV,

83, p. 194. — 13 Strab. XII, p. 245. — 14 Slrab. XII, p. 244. - 15 Galen. Comm. in libr. Kar Ihtçsïgv, p. 662. — 16 Pour la réputation de cette école sous l’Empire, voir plus haut, p. 1073, note 7. — 17 Médecins marseillais célèbres sous l’Empire : Charmis (Plin. Nat. Hisl. XXIX, 9),Crinas (Ibid.), DémosthènesPhilalethes, oculiste distingué (Galen. \ III, 727; XIII, 855). De l’école de Lyon sortirent Abascantus et Elpidius; decelle de Bordeaux, Eutrope, Marcellus Empiricus, Siburius. A Césaréc (Chcr-

appartenait Galien, se rattache également \

UHe '« ; il en est probablement ,1e même de? d'A1«*

CIO I nnnmm n .. d

époque romaine, celles d'Antioi-iT T'08 écol<* Albènos, de Marseille, de Lyon, de Bor’dcl^H A Rome, les premiers maîtres de médecine ! C’'7’

médecins grecs immigrés, qui professaient et des apprentis moyennant salaire. On 7 „ , °''maiet>t lait sous l’Empire une schola medicoru», ''U ‘‘ exis’ un édifice à elle sur l’Esquilinet dont une vienne mentionne le secrétaire, tùbularius'^n °'1 lg0' que l’inscription est suspecte, le rôle de cette ,T'i °Ull'e pouvait être un simple lieu de réunion ? *' q,li l'on n’est nullement autorisé à 7^ on l’ acuité de médecine. C’est à partir de Vespasitmso f® ment que les professeurs de médecine furent rétrih par l’Etat ; encore cela n’est-il pas dit e x pressé, ne t! le passage de Suétone qui parle de l’institution 7 prince, de salaires pour les rhéteurs grecs et ronW» Mais on peut croire, avec Brian, que Vespasien en fil autant pour les médecins, car une loi du Digeste atteste] que cet empereur confirma les privilèges accordés aux grammairiens, aux rhéteurs, aux médecins et aux philo] sophes, qu’il mettait, par conséquent, sur le même rang et qu il honorait d’une égale bienveillance20. Hadrien” au dire d’Aurelius Victor21, institua une école des arts libéraux dite Athenaeum; mais il n’est pas certain que la médecine y fût représentée. Il faut aller jusqu’à Alexandre Sévère (225-235) pour trouver la preuve formelle d’un enseignement de la médecine à Rome. L’empereur attribua des traitements aux rhéteurs, aux grammairiens, aux médecins, leur fournit des locaux

pour faire leurs cours et décida que des enfants pauvres] de condition libre, les suivraient en qualité de boursiers?. On a prétendu, mais sans preuve, que ces professeurs de médecine étaient des archiàtres; la désignation d’archiâtres scolaires , proposée par R. Briau, est forl sujette à caution. De même, il est possible, mais nullement certain, que les médecins publics des villes de l’Empire, rétribués en qualité d’archiàtres, fussent chargés d’un enseignement officiel. Ce qui parait bien avéré, toutefois, c’est qu’ils enseignaient ; on en trouve la preuve dans une loi de Constantin, insérée au Code théodosien, qui, confirmant les bienfaits d’empereurs précédents, exempte de charges les médecins et professeurs de lettres, afin qu’ils puissent plus aisément former de nombreux élèves aux études libérales et aux arts qu'ils pratiquaient (quo facilius liberalibus stucliis et memoratis artibus multos instituant V23. Ainsi l’enseignement existait, et n’existait pas seulement à Rome2* ; il était aussi encouragé par l’Etat ; mais le doute subsiste sur la natuie e l’étendue de ce patronage officiel.

Il ne peut guère être question d’un enseignement e la médecine sacerdotale, car on ne saurait qualifiai ainsi

chcll), Euphorbe, médecin de Juba II et G. Terenlius Asthencs, oculish J )iajcni

bilingue a été découverte à Chcrchell (Gaucklcr, Bull, du Comité, l'i-.l | ^ijanus I formé des élèves indigènes : on connaît la stèle funéraire d un >" <l '

S 18 Wilmanns, I

| . , visieiice |

Bubbal (Gauckler, Musée de Cherchell, p. 93-94). -

5, n“ 978, parmi les Falsae). L’original esl inconnu. Est-il aullienlù|u il0iamtÿ*

même de lasrAohz medicorum est atlestéc par l'inscription i ^ ^ ser^ameii-

corum sur labase do l’Amazone Mattéi au Vatican (C. l.L. \ I. -3-11,1 ' ^ . |S Corum est mentionné, Jb. VI, 9566. — 19 Suet. Vesp. Xt HL 1 ^ , mprid. A1-

Jaci|uey, De la condition des médecins, p. 112. — 21 Aur. Vict. IL ^ surveillance

Sev. 46. Sous Valentinien, lesétudiants en médecine firent placés s"" ;,p.lH des préfets ( Cod . Theod. XIV, 1,1). — 23 lb. 1.3 , De med.', ,Momins«i

— 24 A Aventicum, un affranchi fait une dédicace médias et professa1 Inscr. Helvet. 164); il était peut-être l’élève des uns et des autu

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.admission de il semble bien, la médecine

! la b' Mais ! que Je temi,s

I supp°sl' [d’avoir à

clans

certaines pratiques théurgiques, comme nous l’avons dit plus haut, > scientifique et rationnelle pénétra avec . ies Asclépieia. M. Herzog 1 a récemment

3é que, sous l’Empire,

lorsqu’on sentit le besoin Home des médecins romains et non plus jpg Grecs, des Romains de bonne famille SC" "T étudier à l’Asclépieion de Cos et y constituer vl"" 'niirrie religieuse. Cela est possible; mais le caracl'"!(l 'irli-ieux d’une confrérie d’étudiants à Cos ne pré- Ière 'eil rien celui de l’enseignement qu’ils y recevaient. J"îy Insuffisance des études anatomiques. — Aujour- (Pluii, comme depuis deux siècles au moins, l’enseignei ment ' de la médecine a pour condition essentielle la pratique de la dissection, la fréquentation des amphithéâtres. Dans l’antiquité, les mœurs et les préjugés religieux, a défaut des lois, rendaient la dissection des cadavres humains très difficile 2 ; on se contentait presque partout de disséquer des animaux3. Ainsi s’explique l'insuffisance des connaissances anatomiques chez les anciens et les erreurs que les plus illustres représentants de la science grecque ont accréditées sur ce sujet.

Il était plus facile de se procurer des squelettes que des cadavres, et c’est pourquoi l’ostéologie des anciens vaut mieux que leur anatomie. On montrait à Delphes un squelette de bronze dédié par Hippocrate4 ; des modèles semblables devaient être employés dans les écoles, et nous on possédons quelques exemplaires dont la destination pouvait d'ailleurs être différente3. Le Musée du Vatican conserve deux modèles en marbre, représentant, l’un, la partie antérieure d’un thorax, l’autre, l’intérieur d’un corps humain6. Ce dernier est d’une inexactitude anato¬

mique vraiment monstrueuse ; il est évident que le sculpteur n’avait vu et n’a'reproduit que l’intérieur du corps dun ruminant. Les ex-voto en bronze ou en terre cuite, qui représentent des viscères ou des parties internes du corps humain, témoignent de connaissances anatomiques '«gués ou erronées. De même, les auteurs de squelettes, tant sculpteurs que ciseleurs et mosaïstes, ont commis es Lin i es qui accusent l’insuffisance de leurs éludes7, pous ignorons de quelles connaissances disposait Cléarque d( Soli, élève d’Aristote, qui avait écrit un ouvrage ostéologie (nepl o-xsAsxwv) 8 ; mais les détails où entre a ,en sur ^es quelques squelettes qu’il a pu étudier ^ es circonstances qui les ont mis à sa disposition P ni qu à son époque encore la manipulation des p’T 1 11 K humains soulevait de sérieuses difficultés 9. . , .^Us oTave : le squelette décrit par lui dans son

1 i iiien taire sur les os paraît être, en partie du “b’ Celu‘ d’llu s'nge et non d’un homme10 !

En ce qui concerne les recherches anatomiques, on a fait valoir que tous les cadavres, chez les anciens, n’étaient pas protégés par une sorte d’inviolabilité religieuse : il y avait des esclaves, des étrangers, des criminels, des inconnus décédés en plein air, des enfants exposés, des gladiateurs blessés, enfin des ennemis tombés sur les champs de bataille, dont les restes pouvaient être traités avec moins de ménagement11. Mais le fait qu’il était possible de disséquer des hommes n’implique nullement qu’on ait souvenl profité des occasions qui s’offraient. Hérodote12 parle bien d’observations ostéologiques faites à Platées longtemps après la bataille, lorsque les corps étaient déjà réduits à l’état de squelettes ; mais la trouvaille de ces ossements fut due au hasard et personne ne songea à disséquer des Perses au lendemain de la tuerie qui en avait été faite. Les auteurs hippocratiques ont certainement disséqué des animaux en grand nombre et tenté, de loin en loin, quelques recherches sur les hommes; ainsi il est question d’une opération de la moelle épinière qu’il est possible, au dire de l’écrivain médical, d’exécuter sur le mort, mais non sur le vivant13 ; on trouve aussi la mention d’un cœur humain extrait d’un cadavre et même d’une recherche instituée in morluo pour établir le siège et la nature d’une maladie14. Ce sont là, d’ailleurs, des témoignages exceptionnels. On a cité à tort un texte de Chalcidius, pour alléguer qu’Alcméon, élève de Pythagore, avait le premier osé pratiquer une dissection15; il s’agit de l 'exsectio de l’œil, et les études anatomiques d’Alcméon, attestées d’autre part, n’ont dû porter que sur des animaux16. Un médecin de l’école hippocratique du ive siècle, Dioclès de Caryste, avait écrit sur la dissection; Galien lui reproche d’avoir commis à ce sujet de nombreuses erreurs 17, et les fragments qui nous restent de ses œuvres semblent établir qu’il n’avait guère disséqué que des animaux18. Il en fut probablement de même d’Aristote, bien que les comparaisons, assez fréquentes et parfois exactes, qu’il fait entre le corps des animaux et celui des hommes, inclinent à croire qu’il ait vu disséquer quelques cadavres *9. On a aussi insisté sur un passage de ce philosophe 2#, d’où il ressort, comme nous l’avons vu plus haut, que l’on ouvrait parfois les corps de personnes mortes de certaines maladies à la fin d’en rechercher la nature; mais cela ne veut pas dire qu’on poussât cette étude toujours répugnante au delà de ce qu’imposait la nécessité immédiate du diagnostic. Rien ne peut prévaloir contre le témoignage d’Aristote lui-même, suivant lequel les parties internes du corps humain sont moins connues que celles des animaux (ayvioffxa yip èffxi jxxAiçxa xà twv àvôçcuTrtüv) 2I.

talion de | Anthol II P 229, ~ 2 Par exemple, Auson. Epigr. 72, imi-

Ifgo ; un cadavre d 9clei uu ca‘^ou contre un crâne semblait une impiété sacristie à une seule cor ^ l0"10uis 01ro rec°uvert de terre. — 3 Anaxagore disséqua un disséqué des ca„Hq^C t,U,ava|t «W amené à Périclès (Plut. Pcricl. 6). Démocrite avait (i’Iin. K, ii ujst 1 1 1 Cl ü à ce sujet un livre dont l'authenticité était contestée ~ 6 Voir LAnvAF. v ’ 1 ’ Ge"' X’ 12 ’ Ammian.' XXVIII, 4). — 4 Paus. X, 2, 4.

Hfcophagede ( vu '!*!'!*' r aux Cïcmples cités un squelette sculpté en relief sur un "■ 40 I» P. 28). (AU"“"" "

, tr" 236

6 "lunu, De archit. et ornam. sarcophagorum, Halle, 1902, 237- n deU hUt' i8U’ p- 18 ; 1885’ P' 147 i Helbig, Führcr, 30 — 7 Le foie , 'l^01 et Dccl>ambre, Gaz. hebdom. de méd. 1857, n»> 25, ‘ mouton. p0je (| l0llzecie Plaisance (Deecke, Etr. Forsch. 11, p. G5) est celui •Pimum. babyl se mouton babylonien dans la collection budge, A. Boissicr,

Oenève, ton) < ® i extispicinc, Genève, 1899 ; Nouveau document,

vojr |c - orch. 1902, I, p. 137). Sur les ex-voto en terre cuite

üfil theil. I89çi ''"i (,l4cen4 <le Stieda, Alt-italische Weihgeschenke , in p. -30 . les viscères ainsi figurés sont les plus anciennes

représentations connues de l’intérieur du corps. On possède des ex-voto île ce genre de .Verni, de Veii, de Rome (île du Tibre), de Srnyrne, etc. Cf. encore Kôrlc, Athen. Mittli. 1893, p. 231; L. Stieda, Anatomische arthüol. Studien , Wiesbaden, 1901. Sur les représentations de squelettes, voir Helbig, Führer, t. II, n» 1 100. — » Athen. IX, 59. — 9 L'un était celui d'un brigand mort et abandonné en plein champ, l’autre avait été arraché d'une tombe par une rivière débordée; cf. Galcn. 11, 221. — 10 Laboulbène, Œuvres, p. 240 ; Puschmann, Gesch. des medic. ünterrichts, p. 80. Galien insiste sur la ressemblance du singe avec l'homme (II, 223); cf. J. Soury, Le système nerveux, histoire critique des théories, p. 205. — il Galcn. II, 218, 385, XIII, 604. — 12 Herod. IX, 83. — 13 Ilippocr. IV, 198. — 14 [d. V, 224. — 13 Chalcidius, Comm. in Plat. Tim. éd. Meursius, p. 430. Voir J. Waclitler, De Alcmaeone Crotoniata, Leipzig, 1896. — IG Cf. Arist. Hist. anim. I, 11. — 17 Galcn. Il, 282, 710. — 18 Sprcngel- Rosenbaum, p. 404. — 19 Arist. Hist. anim. 1, 9; 11, 12; cf. A. Weslphal, De anutomia Aristotelis... num cadarera secucrit humana, Greifswald, 1745. — 20 Arist. Départ, anim. IV, 2. — 21 Arist. Hist. anim. I, 16; cf. J Soury, Le système nerveux, histoire critique des théories, p 204.

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L’anatomie lit des progrès considérables à Alexandrie sous Ptolémée Philadelphe, grâce surtout à Êrasistrate et à Hérophile, l’un et l’autre élèves de Chrysippe de (.uide. Hérophile donna le premier manuel opératoire pour les dissections ; c'est à lui aussi que la science grecque est redevable d une connaissance assez précise du système nerveux1. Non seulement Êrasistrate et Hérophile purent librement disséquer des cadavres, mais Celse assure qu'IIérophile obtint la permission d’ouvrir le corps de criminels vivants2; Tertullien s’en indigne 3 et se demande s il faut qualifier un tel homme de médecin ou de boucher (, lanius ). Mais il ne semble pas que les gi ands anatomistes d Alexandrie aient trouvé beaucoup de continuateurs. A Alexandrie même, l’art de la dissection resta en honneur jusqu’à l'époque de Galien; toutefois, la dissection des cadavres humains n’était nullement encouragée*. L école empirique, contemporaine (les débuts de l'ère chrétienne, contestait en principe l’utilité des vivisections et des dissections B. Daremberg, à l'exemple de Cuvier et d’autres savants, n’a pas hésité à affirmer sans réserves que Galien n’a jamais décrit, d après nature, un cadavre humain, mais qu’il a toujours reproduit 1 anatomie d un autre animal, en particulier du singe. Ce sont des singes qui lui ont fourni ses descriptions ostéologiques et myologiques ; pour la splanchnologie, il a combiné les informations que lui fournissaient les carnassiers et les ruminants. Il est avéré que Galien a disséqué des singes, des ours, des porcs, des solipèdes, des ruminants, un éléphant, des oiseaux, des poissons et des serpents ; il avait aussi pratiqué des vivisections sur des animaux et fondé ainsi la médecine expérimentale1’. Du reste, Galien essaie si peu de dissimuler 1 origine de son savoir anatomique qu'il recommande de noyer (au lieu d'égorger ou d’étrangler) les animaux destinés aux recherches de ce genre.

L’enseignement de l’anatomie consistait à montrer aux etudiants un homme nu et à leur désigner l’emplacement des organes et des viscères ; après quoi, pour préciser la leçon, on disséquait des animaux 7. Rufus d’Éphèse reconnaît que cette méthode expose à des erreurs et que la dissection des cadavres humains fournissait autrefois (c est-à-dire à 1 époque d Hérophile) des connaissances plus exactes8. Même les exercices pratiques de pansement se faisaient d'ordinaire, dans les écoles, sur des mannequins de bois plutôt que sur le vivant ou le cadavre'. Celse considérait la dissection des cadavres comme indispensable à la science, mais protestait, avec raison, contre les vivisections qu’Hérophile avait pratiquées à Alexandrie et qo’il trouvait à la fois cruelles et inutiles10. On semble s’être inspiré, à Rome, des scrupules de Celse plutôt que de ses conseils. Galien raconte que les médecins qui accompagnaient l’armée romaine dans la guerre contre les Marcomans furent autorisés à

1 Pusclunann, Gesch. des medic. U nterrichts, p. 64 ;J .Soury, Le système nerveux, histoire critique des théories, Paris, 1899, p. 253, 255. Voir aussi Rufus d’Ephèsc, Œuvres, éd. Daremberg, p. 153. Sur l'anatomie d'Erasislrate, cf. Hernies, t. XXIX, p. 173. 2 Gels. Praef. I. — 3 Tcrtull. De anim. 10. — 4 Galen., II, 220, 385.

5 Cels. Praef. I : Neque quicquam esse stultius quam quale quid vivo homini esse, taie existimare esse moriente, immo jatn mortuo. — 6 Daremberg, Exposition des connaissances de Galien sur l' anatomie et le système nerveux, Paris, 1841; Hist. des sciences médicales, t. I, p. 210, 224; Puscbmann, Gesch. des medic. Unterrichts, p. 88 ; Laboulbènc, Œuvres, p. 105 ; J. Soury, Op. cit. p. 265. Onbase expérimenta aussi sur des singes (éd. Daremberg, II, 34). — 7 Peutélre mettait-on aussi entre les mains des étudiants des dessins anatomiques coloriés , oii a pensé qu Aristote désigne ainsi les àvaioga; auxquels il se réfère fréquemment (J. Soury, Le système nerveux, histoire critique des théories, p. 204).

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