LAB
signalés, quelques-uns des labrn qu’on a conservés n’ont été faits que pour l’ornement de résidences princières1.
Ils pouvaient avoir encore une autre destination. Il y en avait qui étaient placés à l'entrée des temples et qui contenaient l'eau lustrale [luStratio]. Scipion en avait consacré deux de marbre devant un arc qu’il avait fait elever sur la pente du Capitole2. Cet usage remonte à la plus haute antiquité3 et s’est perpétué jusqu’à l’époque chrétienne. Les mêmes vases sont désignés par des noms très divers, cantiiàrus, concha, piiiala, lacus 4 , en même temps que celui de labrum restait attaché à toute espèce de récipients servant aux ablutions 5. La variété des noms est la preuve que la forme ne resta pas non plus invariable ; c’est ce qu’attestent aussi les monuments. Dans un bas-relief du Vatican6, on voit (fig. 4313), au bas des degrés d un temple païen, et protégés par des grilles, deux vases très différents de ceux qui ont été figurés plus haut; et dans une miniature du vie siècle7, où est représentée l’enceinte du tabernacle des Juifs, le vase destiné aux ablutions a la même forme se rapprochant de celle de 1 amphore, et cependant le nom qui est inscrit au-dessus est encore celui de labrum (fig. 4314).
E. Saglio.
LAB4 RIIYTIIUS (AaSûptvOoç). — [Jn pharaon de la XIIe dynastie, Amenemhat III, avait fait élever à l’est du lac Mœris une immense construction qui était à la fois son palais et son tombeau : après sa mort, il fut enseveli au centre des bâtiments sous une pyramide de briques revêtue de pierres sculptées. Les édifices et les voies qui s’enchevêtraient autour de ce centre, où l’on voyait, outre le tombeau du roi, douze grandes salles hypostyles, formaient un dédale inextricable pour quiconque s’y aventurait sans guide : c’étaient des milliers de petites chambres, toutes carrées, toutes recouvertes d’un seul bloc de pierre, reliées les unes aux auLres par des couloirs étroits, les unes souterraines, les autres au-dessus du sol. Le tout formait comme une cité à part, un massif quadrangulaire d’environ deux cents mètres de long sur cent soixante-dix de large ; la façade sur le Mœris était tout entière d’un calcaire blanc comme le marbre1. L’aspect en était grandiose et original. Il frappa d’étonnement et d’admiration Hérodote qui écrivit : « Si Ion rassemblait tous les édifices et toutes les constructions des Grecs, on les trouverait inférieurs comme travail et comme dépense à ce Labyrinthe2. » Il estima même que ce monument surpassait en beauté les Pyramides. On lui fit visiter les chambres supérieures, toutes ornées d un grand nombre de sculptures ; dans les chambres souterraines, qu’on ne montrait pas, étaient
enfermés, disait-on, les sarcophages et des crocodiles sacrés des rois fondateurs du Labyrinthe. Une mission allemande croit avoir retrouvé, de nosjours, ce majestueux édifice3. Bien que cette découverte ait été contestée4, elle parait définitivement démontrée par de récents travaux 8.
C’est sur cette donnée purement égyptienne que les Grecs ont, à leur tour, édifié le légendaire Labyrinthe de Crète, qui, d’après Pline 6, n’aurait été que la centième partie du labyrinthe égyptien, et qui pourtant finit par éclipser dans la mémoire des hommes le seul et véritable prototype. Construit par Dédale, sur l’ordre de Minos [daedalus], près de la ville de Cnossos, ce labyrinthe, perdu dans les profondeurs de la terre, aurait servi de repaire au Minotaure qui se nourrissaitde chair humaine ; on sait après quelle série d’aventures le grand héros attique, Thésée, conduit à travers les détours du chemin par le fil d Ariane, parvint jusqu’au monstre et le tuajAuxo- TAURUS, tüeseus]. On ditque pour fètercette heureuse délivrance, il institua avec les jeunes gens etles jeunes filles sauvés par lui une danse qui resta rituelle à Dc1os [géra- Nos],et qui reproduisait dans ses mouvements de farandole les crochets multiples des sentiers du Labyrinthe 1
La filiation avec l’édifice égyptien est certaine : le mot grec lui-même est dérivé d’une racine égyptienne, désignant le Temple de Rahounit8. Non seulement le plagiat est flagrant, mais on a même pu se demander si le labyrinthe de Crète a existé autrement que dans l’imagination des Grecs. Les études les plus récentes aboutissent sur ce point à une conclusion négative9 : même ceux qui cherchent à pallier le mensonge poétique des anciens, reconnaissent que le labyrinthe crétois pourrait tout au plus être représenté par une grotte profonde, remplie de cavités et de couloirs tortueux, creusée dans les flancs d'une montagne, aux environs de Gortyne (et non de Cnossos qui est spécifié par la majorité des auteurs anciens), ayant servi autrefois de carrière d'où l’on extrayait des pierres10. Peut-être ces « latomies», comme celles de Syracuse, avaient-elles, en quelque occasion', renfermé des prisonniers de guerre qui y seraient morts de faim, et cette circonstance aurait donné naissance au mythe des jeunes gens livrés en proie au monstrueux habitant de cette caverne. Mais on fait remarquer 11 que ni Homère, ni Hésiode, ni Hérodote ne parlent du labyrinthe crétois. Hérodote surtout devrait y faire au moins une allusion, en décrivant si attentivement celui d’Égypte. Les auteurs grecs d’époque romaine qui le mentionnent, comme Diodore12, Apollodore13, Plutarque u, donnent d’ailleurs à leur récit un caractère de mythe attique, et non pas proprement crétois. Diodore15 dit bien qu'il en subsistait encore des restes de son temps ; mais ce texte même a été contesté et corrigé, de telle sorte que certains historiens en tirent l’assertion tout opposée 16.
' 1 lusieurs proviennent de la villa d Hadrien, où abondaient les marbres précieux. - lit. Civ. XXX\ II, 3, 7. 3 Voir chatf.r, fig. 2038. Le labeltum mentionné
p. 882, note 8, élait placé à Ventrée d'un temple ; cf. Orelli, fnsc. 4517. — 4 Benndorf in Büdingers, Stud. III, 330. — 5 Le même nom labrum ou labium fut aussi donné à la cuve baptismale. Anastas, Bibl. De vitis pontif. Rom. 1718, p. 39 ; ci', lsidor. frloss. in sacr. script. Vil, p. 412. Arev. : « Labrum et Iabum unuin sunt, vas aencum quadrangulum in quo lavantur sacerdotes ». — C Gerhard, Arch. Zeit. 1847, pl. îv, p. 50. — 7 Garrucci, Storia d. arte crist. pl. cxxvi, 2.
I.ABYRIMTHUS. 1 Voir Maspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient, p. llfi- 117. — 2 Hcrodot. Il, 118. — 3 Lipsius, Briefe ans Aegypten, p. 05-81 ; Denkmaeler, I, pl. xlvi-xlvih. — 4 Perrot et Chipiez, Hist. de l'art , 1, p. 475-470. - S Maspero, Hist. anc. des peuples de l’Orient, I, p. 520, noie 3.-6 p|jn.
Hist. nat. XXXVI, 13. — 7 Plut. Thés. 21 ; Callim. Del. 311 ; Scliol. Iliad. XVIII, 590. — 8 Maspero, Ibid, note 2. Les étymologies grecques sont, comme toujours, imaginées d'après des analogies de mots ; cf. Suid. et Ilesych. s. v. D'autres étymologies grecques, proposées par des modernes, ne sont pas beaucoup plus acceptables ; cf. le Lerik. der Myth. de Roschcr, II, p. 1782. — 9 Voir les conclusions de Stoll, Fabricius, Hfifer, insérées dans le même article du Lexik. der Myth. de Rosclier,
au mot Labyrinthos, II, p. 1778-1783. — to Fabricius, !. c. p. 1780. U Hôck,
Kreta, p. 56-02; cf. Lexik. de Rosclier, p. 1783. — 12 I, f,i 97- [y 91 77.
— 13 III, I, 4 ; 15, 8. — U Thés. 15, 16, 19 ; cf. Hellanikos, Fragm. 73, ap. Fragm. hist. gr. I, p. 54, Millier ; Pherecyd. fr. 106, ib. p. 97 ; Paus. I, 27, 9 ; Virg. Aen. V, 588 et Serv. ad b. I. ; Iîyg. Fab. 40, 41, 42. — 13 I, 97, édit. Didot (C. Muller).
- 10 Hôck, l. c. Pline dit (Hist. nat. XXXVI, 90) « Cretici... nulla vestigia exstent ».
IAB
La réalité historique du plus célèbre des Labyrinthes reste donc tout à fait douteuse. Mais la légende n’en est pas moins ancienne et elle a du prendre naissance assez tôt en Grèce. Preller a eu tort de croire que l'on doit seulement à des mythographes de l'époque romaine l’idée
Fig. 4315. — Thésée sortant du Labyrinthe.
d’associer l'histoire du Minotaure au mythe du Labyrinthe1. Nous ne pouvons pas douter aujourd’hui que les Grecs n’aient les premiers et de bonne heure combiné ces deux éléments de la fable crétoise. Un très ancien
vase attique, datant au moins du début du vie siècle, montre, derrièreThésée en lutte avec le Minotaure, Ariane,
tenant dans ses mains le peloton de fil qui a guidé le héros à travers les détours de sa route ténébreuse2. Sur une autre peinture céramique, du ve siècle, on voit Thésée traînant le corps du monstre expirant en dehors d’un édifice figuré par un portique auquel est accolée une bande d'ornements en forme de méandre compliqué (fig. 4315) qui, par un symbole ingénieux, rappelle la structure intérieure du Labyrinthe3. Le même ornement apparaît sur des monnaies autonomes de Cnossos ayant au droit le Minotaure4. Sur d’autres monnaies (fig. 4316), le labyrinthe est représenté seul 8; les formes en sont variées1’.
I Article Labyrinthus dans Pauly's, Realencycl. 184G, p. 705-707. — 2 Gazette arch. 1884, pl. i-ii. — 3 Journ. ofi hell. Stud. U, pl. x, p. 60 (C. Smith). — 4 Duruy, Hist. des Grecs , I, p. 62 ; == Baumeister, Denkmaeler, II, p. 936, lig. 1011. — 5 Au Cabinet des Médailles de Paris, monnaie de Cnossos. — 6 Pellerin, Rec. 111, p. 05 ; Eckhel, Doct. I, 2, p. 308 ; Mionnet, II, p. 265 ; Hôck, Kreta, pl. n M. Iliick veut en tirer un argument contre la réalité du Labyrinthe. Mais ce serait une preuve bien faible. Le Capitole et d’autres monuments célèbres sont figurés sur les monnaies avec une diversité de formes aussi étonnanle. — 3 Oenochoé de Tra glialella ; Annal, dell' Inst. 1181, pl. l ; = S. Reinach, Répertoire des vases peints , 1, p. 345. —8 Museo Borbonico , XIV, pl. a; Niccolini, Case e monum. di Pompeji, Casa di Lucrezio , p. 12, pl. i, 6 ; Overbeck, Pompeji , 4' éd. p. 318. — 9 Revue crehéol. 1884, II, p. 107. — 10 Arch. Zeitung, 1848, p. 99, Anzeiger ; Sitzungsber. d. WUn. Akad. 1851, pl. v. — U Overbeck, Op. I. p. 345 ; Zahn, II, 50, dans la maison dite du Labyrinthe. La porte seule du Labyrinthe est figurée dans certaines peintures de Pompéi : Helbig, Wandgem. n«s 1213, 1214. — 12 S. Reinach, Pierres
LAC
Signalons encore, parmi les monuments de 1 epoqui* ancienne, une curieuse peinture de vase étrusque où. dans une scène encore mal expliquée, apparaît un dessin de labyrinthe h
A l’époque romaine, les monuments sont plus nom-
j IABYAvs T-j-ïyf
breux encore : graffite de Pompéi avec l’inscription : hic habitat Minotaur us (fig. 4317) 8, mosaïque de Brindisi9. mosaïque de Fribourgen Suisse lü, mosaïque de Pompéi ,
pierres gravées, etc.12. Les témoignages desauteurs deviennent aussi plus précis et plus abondants, à mesure que tous les détails de la légende sont mieux fixés dans l’imagination populaire13.
Outre le Labyrinthe de Crète, les auteurs mentionnent ailleurs des constructions du même genre. On cite en particulier celui de Lemnos (de Samos suivant d autres), qui aurait été construit par les célèbres artistes Rhœkos et Théodoros14. On en signale d’autres en Grèce, à Nauplie, en Sicile, en Italie13. Il semble que, dans la réalité, aucun de ces prétendus labyrinthes n'aient eu plus de droit que celui de Crète à prendre place dans l’histoire. Pline donne aussi le même nom au tombeau de Porsenna16, construit âClusium d’Etrurie, à cause de la multiplicité des cachettes et des détours aménagés dans l’intérieur du tumulus pour dépister les recherches. Mais c’est, dans ce sens, un simple abus de mot et une métaphore semblable à celle qui a passé dans le langage moderne n. E. Pottier.
LAC. PiXa, lait. — L’usage du lait et de ses produits [butyrum, caseus] remonte vraisemblablement aux plus anciens âges de l’humanité. Au témoignage des auteurs anciens, le lait constitue l’un des principaux éléments de la nourriture des peuples primitifs ou dontle mode d’existence se rapproche de celui de ces peuples. Polyphénie, chez Homère ‘, est un pasteur, et s’il ne dédaigne pas le vin, le lait est la boisson dont il accompagne ordinairement ses repas, sanglants ou non. Son antre est une véritable laiterie, pleine de pots, de seaux, etc. Il emploie
gravées {RM. des mon. figurés), pl. lvi^ (,5, 1), cxxxvi (51). — 13 Virg. Aen. 558; VI, 27, 29; Ovid. Metam. VIII, 167; Apollod. III, 1, 4 ; III, 15, 8 ; Etgm. magn.s.v .; Riod. I, 61, 97 ; IV, 61, 77; Plin. Hist. nat. XXXVI, 85; Plut. Thés. la, 16, 19 ; Slrab. X, p. 447; Dio Clirys. Or. 71, p. 626; Ael. Nat. ail. VI, 43. Claudien (VI Cons. Honor. Aug. v. 634) et Cedreuus (p. 98) seuls placent le Labyrinthe à Goi'tyne, au lieu de Cnossos. — 14 Plin. XXXVI, 13(86 el90). Mais comme il dit « indigenae « en parlant des deux architectes samiens, on a pensé qu'il fallait corriger Lemnos en Samos ; cl. Preller, Realencycl. de Paulv, s v. — 15 Strab. VIII, p. 369, 373 : cf. Preller, Op. I. p. 707 ; Zoega, Dcobeliscis, p. 315,347.-16 Plin. Hist. nat. XXXVI, 13(911. — n L’ornement en méandres compliqués, appelé labyrinthe, figure déjàsur les monuments antiques ; outre les monnaies, la coupe grecque et le graffite cités plus haut; cl'.une mosaïque de Pompéi (Overbeek.Op. L p. 344). — Bibliographie. Preller dans Realencycl. de Pauly, 1840, Stuttgart, IV, p. 705-707; Stoll, Fabricius, Hôfer, dans le Lcxilcon der Mythologie ie Roscher, 1897, Leipzig, II, p. 1778-1783.
L YC. 1 Hom. CJd. IX, 218-223, 244-249.
surtout le lait des chèvres et celui des brebis. Au temps de Théocrite, la nourriture des pâtres siciliens, anthropophagie à part, est la même b Dans le monde grec homérique, maîtres et pasteurs se nourrissent également de lait de brebis 2. Il en est de même en d’autres régions. Les Suèves, d’après César, vivent surtout de lait et de petit bétail 3. Partout le lait de la brebis et celui de la chèvre paraissent plus communément en usage que le lait de vache. On ne dédaignait pas celui de plusieurs autres animaux. On tirait parti du lait d’ànesse, surtout en médecine, comme il sera dit plus loin. Le lait de jument est le plus substantiel de tous, au dire de Yarron 4. Le même écrivain se contredit du reste ailleurs lorsqu’il place en première ligne le lait de brebis, puis celui de chèvre \ 11 se rencontre presque ici avec la science moderne qui donne le premier rang au lait de chèvre et le second au lait de brebis, le lait de la vache ne venant qu’en troisième lieu, puis ceux de la femme, de l’ânesse et de la jument0. En Thrace, les Ilippêmolgues consommaient le lait de leurs cavales 7. Plus tard, dans les mêmes contrées, on voit encore les Gélons boire du lait mêlé de sang de cheval 8. Le lait de truie était employé en médecine 9, mais Pusage habituel de cet aliment passait pour communiquer une sorte de lèpre 10. A Rome, le lait de chamelle, mêlé de trois parties d’eau, passait pour une boisson très agréable 11 . Le lait d’ànesse, en raison de son épaisseur, servait parfois en guise de présure pour faire cailler les autres laits 12. En Italie, alors que les raffinements de la bonne chère faisaient sans doute dédaigner aux riches le lait dans son état naturel, au moins comme aliment habituel, il reste au contraire, avec le fromage, la principale ressource des paysans 13. Toute maison rustique ayant de l’aisance en était pourvue abondamment, comme de miel et de quelques autres denrées u. Il importe de marquer ici qu’il est beaucoup plus fréquemment question dans les au teurs anciens de lait de chèvre et de brebis que de lait de vache. Ceux qui ont écrit sur l’agronomie traitent presque toujours du gros bétail au point de vue du labourage et de la reproduction. Il est vrai qu’ils ne parlent pas non plus de l’engraissement en vue de la boucherie, d'où il serait absurde de conclure que les anciens nemangeaientpointla chair du bœufet delà vache.
Nous savons qu’en Italie on considérait comme les meilleures laitières les vaches des Alpes que les habitants appelaient cevae 13. Notons qu’ici encore on les considère surtout comme nourrices, car non seulement on leur faisait nourrir leurs veaux, mais on leur en amenait qu’elles n’avaient pas portés. Virgile recommande que le lait des vaches soit de préférence réservé aux veaux et ne remplisse pas la laiterie, « comme chez nos pères », ajoute-t-il, ce qui indique à la fois l’usage et la restriction 10. Comme laitière, en raison de l’abondance de sa production, il préfère la chèvre à la brebis n. L’édit de Dioclétien, de son côté, ne mentionne que le lait de brebis. On voit, d’après ce qui précède, qu’il n’y a pas lieu d’en inférer, avec M. Waddington, un argument en faveur de la destination particulière decet édit aux provinces orientales de l’Empire 18.
! Tlieocr. Id. VIII, 42: XI, 34-35, etc. — 2 Hom. Od. IV, 86-89. — 3 Cacs. Bull. Gall. IV, 1. — 4 Varr. B. rust. II, 8. — 3 Ibid. II, 11. — 6 Dict.
eneyet. des sc. médic. 2" série, t. I, p. 166. — 7 Hom. 11. XIII, 5. — 8 Virg.
Geory. III, 462-3. — 9 Plin. Hist. nat. XXVIII, 33. — 10 plut. De Is.
et Os. 6. — n Plin. Hist. nat. XI, 96. — 12 Plin. XI, 96. — 13 Col. VII, 2.
— 14 Cic. De .S'en. XVI, 50. — 13 Col. VI, 24. '-=• 10 Virg. Geory. III, 176-177.
Les agronomes latins donnent des instructions détaillées sur la production du lait et les conditions nécessaires pour en obtenir d’une bonne qualité. Cette qualité, dit Varron, dépend de trois conditions : la nourriture donnée aux animaux ; l’orge, la paille, et en général, tout fourrage sec, pourvu qu’il soit substantiel, donne du lait nourrissant; ensuite il importe que le bétail soit sain et bien portant; enfin l’époque où l’on trait n’est pas indifférente. Le meilleur est le premier tiré du pis, et quand il V a déjà quelque temps que la bête a mis bas. Celui que l’on a trait avant ce moment, appelé colostra , est mis à part. C’était à Rome un objet de friandise 19. On recommandait aussi de garder pour faire le fromage le lait tiré le matin ou vers midi, tandis que le lait tiré le soir était dès le point du jour porté à la ville dans des pots d’airain 2Ü. D’après l’Édit de Dioclétien, le lait se vendait, ainsi que le fromage frais, dans les mêmes marchés que les fruits et les légumes 21, tandis que le fromage salé était débité au marché des salaisons 22. Le prix de ce lait nous paraîtfort élevé, car il est fixé à huit deniers le sextarius italique, ce qui équivaudrait à 49 centimes les 54 centilitres 23. Mais les savants sont loin d’être d’accord sur la valeur du denier au temps de Dioclétien 2V. Encore suivons-nous l’évaluation la moins élevée, qui est ici à coup sûr la moins invraisemblable.
Une certaine partie du lait recueilli revenait au propriétaire. Cela est vrai au moins pour l’époque où vivait Caton. Dans le contrat de louage d’un troupeau de brebis, on insérait cette clause que la moitié du lait tiré les jours de fêle, avec une urne en plus, lui appartiendrait 2a.
Le lait n’était pas seulement consommé pur. Les Grecs le trouvaient plus doux quand de la farine y était mêlée 26 . A Rome, les gourmets le faisaient bouillir avec des cailloux de mer 27. On conservait le lait par divers moyens. Virgile recommande de faire deux parts du lait recueilli. L’unesera utilisée immédiatement, l’autre sera salée pour l'hiver 28. Il est difficile de croire que le procédé fût aussi sommaire qu’il l’indique. On appelait oxygalci une autre préparation. Selon Pline, l’oxygala était simplement la partie caillée du lait à laquelle on ajoutait un peu de sel, ou encore un peu de lait aigre qu’on ajoutait au lait récent pour le faire aigrir. Le lait ainsi aigri passait pour fortifier l’estomac 20 . Coluinelle donne de l’oxygala une recette infiniment plus compliquée. Dans un vase de terre propre, on verse du lait de brebis très frais dans lequel on fait nager de petits bouquets de menthe, d’oignons, d’origan, de coriandre. Cinq jours après, on vide le petit-lait, puis, au bout de trois jours, on jette les bottes d’assaisonnement. On ajoute un peu de thym et d’origan secs, puis on mêle des poireaux, suivant telle quantité que l’on juge à propos. On les hache, on mêle le lait avec soin et après trois jours on vide encore le petitlait. Puis on sale, et on bouche le pot pour ne l’ouvrir que lorsqu’on veut y puiser 30. La recette varie d’ailleurs en ses détails suivant le goût de chacun. Galien mentionne d’autres laitages analogues : l’àcppoyxXa, sur lequel on n’a pas d’autres renseignements ; la melca, qui était un breuvage composé d’une manière analogue à l’oxygala.
— 17 Id. IV, 30-89. — 18 Waddington, Éd. de Diocl. p. 17, n. 95. — 19 Varr.
Il, 11, 22; Pliu. Hist. nat. XXVIII, 35; ci'. Plaut. Poen. I, 2, 177, cl Martial, XIII, 38. — 20 Virg. Geory. III, 400-403. — 21 Waddington, Éd. de Diocl. c. vi, 95. — 22 Ibid. c. v, I I. — 23 Jd. c. vu. 95. — . 24 Ibid. Introd. p. 2 et 3.
— 2b Cat. II. rust. 50. — 26 Aristot. Probl. XXI, 19. — 27 Plin. Hist. nat. XXVIII, 33.
— 28 Virg. Geory. III. 403. — 29 Plin. Hist. nat. XXVIII, 35, 36. - 30 Col. XII. 8.
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LAC
On le donnait comme fortiiiant et c’était en été un rafraîchissement apprécié. On pouvait le servir glacé 1 . On mêlait aussi le lait avec de la farine, du miel et des fruits pour faire une sorte d’entremets appelé lactarium opus.
Le pâtissier qui confectionnait ce mets était dit lactarius .
En certains cas, le lait était donné comme aliment a des animaux. Les chiens de bergers buvaient du peti tlait où l’on avait fait tremper de la farine d orge 3. Si leur mère venait à manquer de lait, on nourrissait les petits chiens avec du lait de chèvre *. Oppien recommande que les jeunes chiens de chasse ne sucent jamais le lait d’une chèvre ou d’unebrebis, même d’une chienne domestique, ce qui leur ôterait tout courage. Il vaut mieux les nourrir avec le lait d’une biche, ou d’une louve, ou d’une lionne apprivoisée 5 ! Xénophon est d’un avis contraire. Les jeunes chiens doivent être, selon lui, laissés à leur mère, qu’aucun autre animal ne Saurait remplacer avec avantage8. Mêlé avec de la farine de millet grillé, on l’administrait aux vaches qui n’avaient pas assez de lait, pour leur en faire produire davantage. Ici encore, l’auteur qui préconise ce moyen se place au point de vue de la nourriture du veau
Les anciens connaissaient la composition du lait s. Les propriétés curatives de cette substance n’avaient pas échappé à leur attention. Tous ceux qui ont écrit sur la médecine, Dioscoride, Hippocrate, Arétée, Galien, Cœlius Amelianus, Alexandre de Tralles, Amatus Lusitanus, etc., ont traité, avec plus ou moins de détails, des effets du lait dans les maladies ’. On faisait chaque jour, avant 1c. repas, boire du lait d’ânesse aux enfants qui avaient besoin d’un fortifiant10. Les Grecs employaient le lait, pris en grande quantité, comme purgatif. Le lait de cavale passait pour le plus efficace; puis venaient les laits d’àncsse, de vache et de chèvre u. Ün en usait sous forme de breuvage, de clystères12, d’injection dans la matrice11, de gargarismes, chauds ou tièdes,dans les maux de gorge inflammatoires, et en ce cas le lait de chèvre bouilli avec des mauves et une pincée de sel était préféré u. On endormait les enfants avec du lait tiède mêlé de suc de pavot15. Dans les maux de dents, on bassinait les gencives avec du lait16. D’une manière générale, le lait étail très employé en breuvage pour toute sorte d’ulcération, contre la phtisie, la consomption, la goutte, etc.11. Au contraire, on le déconseillait dans les affections telles que les maux de tète, du foie, de la rate, dans les fièvres aiguës, etc., à moins qu’on ne voulût purger le malade 18. On l’administrait tantôt pur, tantôt coupé d’eau19, ou d’eau et de vin20, mêlé de farine21, d’un vin astringent22, d’hydromel 23, etc.
Les Grecs et les Romains pratiquaient de véritables cures de lait. Dans les cas de lèpre, de paralysie, d’épilepsie, d’hypocondrie, etc., on faisait prendre au malade un breuvage appelé schiston. On l’obtenait en faisant bouillir du lait de chèvre que l’on agitait avec des branches de figuier fraîchement cueillies. On y ajoutait
l Galen. Al. Suce. H; Meth. med. Vil, 41 ; cl X, |). 408. külm ; Paul. Aegin. 111, 37. — 2 Lamprid. Elag. 27 el 32 ; Cels. Il, 28 : « Lac, mel, ideoque laclaria. atque oranc pistorium opus »; Apic. VU, 11 : « laclicinia ». — 3 Col. VII, 2. — 4 Col. Ibid. — 6 Oppian. De ven. I. — 0 Xcnopli. Cyneg. p. 370. — 7 Col. VI, 23. — 8 Aristot. p. 93t, 932 ; Galou. De alim. fac. 13. — 9 Dict. encycl. des sc. méd. 2U série, t. I, art. i.ait. — 19 Plin. Hist. nat. XXMIÏ, 33. — U Aristot. Probl. 1, 42 ; Varr. H. rust. II. 1 1. — 12 Plin. XXVIII, 33. — 13 Hippocr. trail. Littré, t. VIII, p. 449. — U- Plin. XXVIII, 31. — 13 Ovid. Fast. IV, 347 et 348. — 18 Plin. XXVIII, 49. — n Ibid. XXVIII. 33. — 18 Plin. XXVIII, 33 ; Cels. III. 22. — 19 Hippocr.
un eyatlie de vin miellé par hémine de lait. Luis, quand le sérum était isolé par refroidissement, on faisait cuire le liquide jusqu’à réduction d un tiers. On en buvait chaque jour et, après avoir bu, il était recommandé de prendre de l’exercice 2i. C’est, on le voit, un traitement suivi. On faisait aussi des cures de lait de jument. Chaque matin, pendant quarante ou quarante-cinq jours, on en buvait trois tasses2'. D’autres fois, on suivait le même régime avec du lait provenant d’une vache noire20, sans doute parce que l’animal de ce poil passait pour plus vigoureux. Ce traitement s’appliquait spécialement aux phtisiques. Dans certains cas, on avait recours au lait de femme27. Les Romains faisaient des cures du lait provenant des excellents pâturages du Lactarius Mons, près de Stabies, en Campanie28. Enfin le lail était reconnu comme l’antidote des empoisonnements par la ciguë, la colchique, et autres plantes vénéneuses. On se servait avec succès du lait d’ànesse dans les cas d’empoisonnement par la céruse, le soufre, le vifargent, etc. 29. Il semble que le lait soitentré aussi dans la composition de certains philtres. C estainsiqu aux fètesde la Fortune virile, les femmes absorbaient un breuvage fait de lait, de suc de pavots broyés et de miel 30.
On sait combien les femmes romaines usaient et abusaient des fards et cosmétiques de> toutes sortes. Il n’est donc pas surprenant qu’elles se soient avisées des ressources spéciales que leur offrait le lait. Certaines femmes, au dire de Pline, se frottaient le visage de lait d’ânesse sept cents fois par jour, pour effacer ou prévenir les rides, et, afin que l’on ne traite pas de fantaisiste un nombre si prodigieux, il a soin d’ajouter qu’elles l’observaient scrupuleusement31. D’autres s en baignaient complètement, et Poppée, femme de Néron, traînait partout à sa suite un troupeau de cinq cents ànesses nourrices, dans le lait desquelles elle plongeait tout son corps, croyant donner ainsi à sa peau plus de souplesse :ia.
Le lait était souvent employé dans les sacrifices. C’est d’abord, avec d’autres petits présents du même genre, le don le plus ordinaire des pauvres gens et des paysans, parce que l’offrande d’autres victimes eût dépassé leurs ressources33. Les anciens Romains en offraient à Silvain, en même temps qu’ils sacrifiaient un porc à la Terre37. Dans VÉnéide , on voit le héros et ses compagnons offrir deux libations devin, deux de lait, et deux de sang, suivant le rite, écrit Virgile, sur le tombeau d’Anchise33. Ils répandent de même sur la tombe de Polydore du lait et du sang36. Théocrite nous montre un berger offrant du lait aux Nymphes, un autre à Pan 3'.
Ailleurs Cérès, au printemps38. Phébus39, reçoivent le même hommage. A Rome, à la fête des palilia, après avoir offert en sacrifices expiatoires à Paies, entre autres aliments, du lait qu’on venait de traire et tiède encore, les paysans buvaient du lait, puis du vin, dans un vase en bois40. Enfin, près du figuier Ruminai, on faisait à la déesse Rumina, pour les enfants en bas âge, des sacri-
t. V, p. 239, § 36 ; p. 433, § 73. — 29 ld. t. V. p. 129, § 4. — 21 ld. t. V, p. 373, S 4.
— 22 ld. t. V, p. 433, § 101. — 23 Id. t. VIII, p. 449. —2V Dioscor. II, 77 ; Plin. I.C., cf. Galen. S impi . med. X, 2, 19, t. XII, p. 292; Paul. Aeg. I, 88. — 23 Hippocr. t. VII, p. 81 et 177. — 28 Id. t. VII, p. 39b, § 32. — 27 Plin. XXVIII, 21.
— 28 Cass. Il ; Variai'. 10; Galen. Meth. med. V, 12, 1. X, p. 3G3 et s. — 29 Plin. XXVIII, 33. — 30 Ovid. Fast. IV, 131-132. — 31 Plin. XXVIII, 30. — 32 Ibid.
— 33 Ibid. Praef. I, 9. — 34 Horat. Ep. Il, I, 144. — 33 Vii-g. Aei i. V, 78.
— 38 Id. III, 00. — 37 Theocr. V, 33 , 34, 38. — 38 Yirg. Georg. I, 344. — ,M ld. Ecl. V, 67. — 49 Ovid. Fast. IV, 746 el 790.
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lices où le lail tenait la place du vin1. A Athènes, une lete de la grande déesse tirait son nom, yaXàç-.a, de ce qu’on y mangeait la ga/axia, c’est-à-dire une bouillie d’orge et de lait2. Parmi ces prodiges que les anciens relevaient avec une curiosité superstitieuse, on signale des pluies de lait 3.
Des sextarii de lait et d’autres denrées étaient, dans la Rome primitive, donnés en récompense aux soldats
Il existait a Rome, dans le Forum Olitorium, qui était le marché aux légumes, une colonne appelée columna /actarias, devant laquelle on amenait les enfants qui devaient être nourris avec du lait [lacté a/endos). Faut-il, avec le commentateur de Festus, interpréter cette dénomination en ce sens qu’on y exposait, pour les abandonner, les enfants en bas âge? Le détail fourni par l’Edit, de Dioclétien, à savoir que le lait, confondu dans le texte de l’Édit parmi les fruits et les légumes, se vendait au même marché, et d’autre part le fait que nous avons signalé des cures de lait ordonnées aux enfants débiles, nous conduisent plutôt à croire que les enfants /acte a f endos étaient amenés là pour boire le lait tout frais arrivé de la campagne. André Baudrillart.
LACEDAEMOXIORUM RESPUBLICA *. — Les mots Lacédémone et Sparte n’étaient pas exactement synonymes. Le nom officiel de la cité était Lacédémone ; Sparte était le nom de la ville. Dans les textes de traités qui sont cités par Thucydide, c’est toujours le nom de Lacédémone qui est employé2. Un traité commence par cette formule : « Voici ce qui a paru bon à l’assemblée des Lacédémoniens3. «Dans les discours qui étaient prononcés à Sparte, c’est par l’expression « O Lacédémoniens » qu’on s’adressait aux auditeurs4. Les inscriptions désignent aussi la cité par l’expression 7) ttôXiç vq AoouSaip.oviwv A
Au point de vue géographique, le mot Lacédémone désigna d’abord la région entière appelée Laconie, dont Sparte était le chef-lien e. Le nom de Lacédémoniens était appliqué à l’ensemble des habitants ; celui de Spartiates en désignait une partie7. Toutefois, comme c’était dans Sparte que s’était groupée la race maîtresse,, et comme la vie politique s’était concentrée dans cette ville, il arriva peu à peu que le nom de Sparte fut employé pour désigner l’Etat, et le nom de Spartiates pour désigner les citoyens actifs et les véritables membres de cet Etat. C’est ainsi qu’Hérodote dit indifféremment roi des Lacédémoniens ou roi des Spartiates, et que, voulant parler de l’Etat, il se sert de l’expression r'o xotvov tôv il-rcaf- Tcmôv8. D’ailleurs, le nom de Spartiates paraît avoir été réservé, non pas à tous les hommes qui étaient domiciliés dans la ville de Sparte, mais à ceux-là seuls qui jouissaient de tous les droits politiques, soit qu’ils habitassent à Sparte ou dans la campagne; c’est du moins en ce sens qu’il est employé dans un passage de Xénophon0.
Il est diflîcile de décrire la constitution de cet État
1 Varr. II, il ; Plut. Quaest.rom. LVI1. — 2Hesych. I. p. 794. — 3 Plin. Hisl. nat. II, 57. — 4 Plin. Ibid. XIV, 15. — 5 Fest. s. v. Lactaria.
I.ACEDALMONIORljM RESPUBLICA. 1 Nous publions sans v rien changer (sauf quelques indications bibliographiques) cet article écrit par Fustel de Coulanges pour le Dictionnaire, tableau d'ensemble des institutions de Sparte. Des articles spéciaux sont consacrés à chacune d’elles ; on y pourra trouver des opinions qui s'éloignent de la doctrine de l’auteur et aussi des faits nouveaux, qu’il y eut sans doute ajoutés lui-même. — 2Thuc. V, 18 ; V, 23 ; V, 79 ; VIII, 18 ; VIII, 37 ; VIII, 58. — 3 Thuc. V, 29. — 4 Thuc. I, 68 ; I, 76 ; I, 80 ; 1, 86 ; Herod. V, 92. — 5 Bocckh, Corp. inscr. yraec. u°* 1358, 1376, 1453. — 6 Herod. VII, 234 ; S<mv tv iji AocxeS«1;jlovi Hxàpï,; xoÀ.t; ; Id. VI, 58: 1* xàavjç Aaxe$atpovoç, y wpà ExapxiYjTÉwv ; cf. Iliad. II, 581 ; ijlrab. VIII, 5, 8 ; Pausanias, 111, 11, dit que Lacédémone fut d’abord le nom
lacédémonicn. Ce n'est pas que les anciens n’aient. beaucoup écrit sur ce sujet. Hérodote nous donne plus de renseignements sur Sparte que sur aucune autre cité grecque. Thucydide et Xénophon semblent avoir assez bien connu cette ville. Ilellanicus, Ëphore, Timée, Phylarque lui donnaient une grande place dans leurs histoires. Cliaron de Lampsaque 10 avait écrit ses annales. Aristote, Héraclide de Pont,Dicéarque, Sphaeros, Critias “, Sosibios, Perséos, Molpis, Aristocratès, avaient composé des traités spéciaux sur son gouvernement on sur ses usages, et ces traités étaient dans les mains de Plutarque et d’Athénée l2. Mais, outre que nous ne possédons qu’un très petit nombre de fragments de tous ces auteurs, il y a trois sources de renseignements qui nous font défaut: ce sont les lois, les orateurs et les inscriptions. Or, si nous songeons que c’est surtout par ces trois sortes de documents que nous saisissons le détail des institutions d’Athènes, nous comprendrons combien de lacunes ce manque de documents précis laisse dans notre connaissance du gouvernement de Sparte. A cela s’ajoute qu’il s’est établi dès l’antiquité une Légende admirative sur Sparte. Elle ne se voit pas encore chez Hérodote, chez Thucydide, chez Aristote; mais elle apparaît chez Xénophon et Platon et se développe d'àge en âge jusqu’à Polybe et Plutarque. Comme Sparte était devenue le point de ralliement des aristocraties grecques, il se forma une tradition d’éloge et d’enthousiasme convenue à son égard. Comme d’ailleurs il se trouvait parmi ses institutions quelques éléments qui avaient toutes les apparences de l'égalité et de la vertu, plusieurs philosophes s’éprirent d’elle comme d une cité idéale. Ces partis pris ont eu pour effet que les écrivains ont donné à certains côtés de sa constitution une importance exagérée et en ont laissé d’autres dans l’ombre; ils ont introduit dans cette élude des préoccupations morales ou philosophiques qui étaient de leur temps, mais qui avaient été étrangères aux âges antérieurs; ils ont par là revêtu certains faits d’une couleur qui, à leur insu, en altérait plus ou moins la réalité.
Nous allons essayer de tracer le tableau des institutions de cette ville, en nous plaçant à l’époque sur laquelle nous avons le plus de renseignements, c’està-dire entre le temps d'Hérodote et celui d’Aristote, au v° et au ivu siècle avant notre ère.
1° Etat des personnes. — Lacédémone, comme toutes les anciennes cités, avait des esclaves, ooûXoc, oixsTat. ivopa7rooa. Thucydide fait même observer que, parmi les cités grecques, celle qui possédait le plus d’esclaves était Lacédémone13. Plutarque rapporte que, dans une incursion qu’ils firent en Laconie, les Étoliens enlevèrent 50000 esclaves 14.
Dans un grand nombre de textes anciens, les hilotes sont assimilés aux esclaves 1:i. Le nom de 80QÀ01 leur est fréquemment appliqué16. La pratique même de
du pays, Sparte celui de la ville, et que plus tard Sparte s’appela aussi Lacédémone. — 7Thuc. IV, 38. — 8 Herod . VI. 50; VI, 58. —9 Xenoph. Bell. III, 3. 5-0. — Athen. XI, 49. — H Critias, AaxiSaijjiov.'iuv xoà'.te: « (Athen. XI, 66). - — 12 Athen. IV, 19 et 20 ; 111, 23; XV, 15. - 13 Thuc. VIII, 40. Platon dit aussi qu’aucune ville ne peut rivaliser avec Lacédémone pour le nombre des esclaves (Plat. Alcib. I, 18, éd. Didot, p. 480). — 14 Plut. Cleomen. 18. —13 Platon, Alcib. I, 18, compte les hilotes parmi les àv&çàxoSa, mais il montre en mémo temps que tous les ivSpàxo&ot de Sparte n’étaient pas des hilotes : âv$jaxdSo,v m,tv. SX. ).uv «al -rdC eIWixûv. Les deux classes étaient donc distinctes. — l6 Theopomp. ap. Athen. VI, 102. Harpocrale explique eI aejte j e : par Vajaejelv. Suivant une tradition vulgaire, le mot hilotes serait venu du nom de la ville d’Hélos; il est plus probable que ce terme est une forme passive de l’inusité e'au. prendre.
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l’affranchissement, que nous trouvons employée a leur égard, montre bien qu’ils étaient en dehors de la classe des hommes libres1. Ils avaient toutefois, au moins la plupart d’entre eux, une situation particu- , lière au milieu des autres esclaves. Ils habitaient les champs ; « c’est une race de paysans qui depuis une haute antiquité vit groupée dans des demeures
rurales2 ». Une famille d’hilotes occupait une terre de père en fils; elle n’en était pas propriétaire ; elle semait et récoltait en payant une redevance annuelle au propriétaire Spartiate 3. Cette redevance avait été fixée a l’origine et ne pouvait pas être augmentée4 ; « car le législateur avait voulu que les hilotes pussent faire quelques profits et se plaire dans leur service3 ». Ils pouvaient donc posséder un pécule et quelque fortune mobilière. Le roi Cléomène ayant offert la liberté à ceux qui voudraient l'acheter, il se trouva 6000 hilotes en état de payer immédiatement le prix fixé, qui était de cinq mines6. Ces faits nous permettent de nous représenter les hilotes, au moins la plupart d’entre eux, comme une sorte de tenanciers héréditaires non libres, c’est-à-dire comme des serfs de la glèbe, analogues aux pénestes de Thessalie, aux clérofes de la Crète, aux Maryandiniens de Bithynie, aux Gymnètes d’Argos ’. Leur servitude avait des limites; l’historien Éphore dit qu’ils étaient esclaves sous certaines conditions déterminées 8, et le lexicographe Pollux les place « à un rang intermédiaire entre les hommes libres et les esclaves0 ». Si mal traités qu’ils fussent dans certains cas111, et surtout quand on les jugeait redoutables11, il y a un trait qui les met audessus des esclaves ordinaires : c’est qu’ils servaient dans les armées et combattaient à côté des Spartiates12. Et ce qui permet de croire qu’ils ne formaient pas en général une population hostile, c'est qu’on les voit, en 418, se lever en masse pour porter secours à Sparte menacée 13 .
Pour les esclaves et pour les hilotes, il y avait plusieurs sortes d’affranchissement. Un historien ancien nous a conservé les noms des diverses classes d’affranchis, mais sans indiquer en quoi elles différaient. Les esclaves devenaient, les uns àtpetat, les autres àoÉffTtoTO!, d’autres encore lpuxT7|peç ou SîirTroctovauxat 14. Les hilotes s’élevaient par l’affranchissement au rang de Néodamodes, qui formaient la classe la plus haute au-dessous de l’ingénuité 1S. Mais aucune de ces classes ne se confondait avec celle des vrais citoyens 1G. L’affranchi avait le droit
l Thucyd. IV, 26; V, 34. — 2 Ti t. Liv. XXXIV, 27 : « Hi sunt jam incle antiquitus castcllani, agreste genus ». — 3 Myron Pricn. ap. Atlien. XIV, 74 : xai raçaSôvTêç aû-roT; Trjv yw'oàv exaSav [xoïçav vjv aÙTOÏ^ àvotffountv &ei. — 4 Plut. IllStit. Lacon. 40 : ot eiXojte; oc-jtoYç etçyàÇovro tvjv *y)v, aïtoçépovTEÇ à7côçopav tvjv àvcoOev iTTccjxévifjv ; cl. Ifl. Lyc. 24. — 5 Plut. Ibid. ïva exeTvoi xeoSûuvovte; vjSéwç uicvjçeTwtrt.
— 0 Plut. Cleom. 23. — 7 Athen. VI, 84; Pollux, III, 83; Stcph. Byz. v. yio;.
8 Ephor. ap. Strab. VIII, 5 : Soj^ouç èiu Taxtoï; tutu II ajoute que le maître, tov a jto jç e/ov-ca, ne pouvait ni les affranchir, ni les vendre en dehors des limites. Strabon conclut de là qu’ils étaient « en quelque façon esclaves de l’État, toôi:ov -tvà, 5r,|xé<riot àoOXoi ». Les mots d’Ephore xov é'/ovt a indiquent bien que chacun d’eux avait un maître; ce qui est probable, c’est qu’ils ne dépendaient pas absolument de la volonté de ce maître, et que l’État exerçait sur eux une sorte d’autorité qui pouvait être parfois une protection. 11 semble en tout cas qu’il fallut l’agrément de l’État pour affranchir un hilote. — 9 Poil. III, 83. — 10 Voir sur les mauvais traitements infligés aux hilotes un texte de Myron de Priène,ap. Athen. XIV, c. 74; mais Myron do Priéne a peu d’autorité ; Pausanias dit de lui (IV, 6) qu’il ne regardait pas à écrire des choses fausses et indignes de toute créance. Quant au passage de Plutarque sur la cryptie, il faut le rectifier par ce que dit Platon, Ley. I, p.633 ; VI, p. 763 [krypteiaA Le qui est certain, c’est que les lois de la cité ne les protégeaient pas; il était permis aux magistrats de les mettre à mort sans jugement (Isocrat. Panathen. 181). Aristote (ap. Plut. Lyc. 28) dit que les magistrats, chaque année, les déclaraient 1 ennemis publics, afin qu’on pût les tuer impunément. Tel était le droit : mais dans la pratique, il est clair que l’on n’avait aucun intérêt à tuer les hilotes. — il Thucydide I
« d’habiter où il voulait 11 »; il avait « 1 enlree des temples 18 » ; il est probable aussi <ju il jouissait des droits civils et pouvait paraître en justice; mais on ne voit à aucun signe que les droits politiques lui fussent communiqués ni qu’il entrât dans la classe des gouvernants; « d’hilote, on ne devenait jamais Spartiate19 ».
Fort au-dessus des hilotes étaient placés les périèques laconiens. Ils étaient, pour la plupart, les descendants de l’ancienne population achéenne que les Doriens n’avaient soumise qu’après un siècle et demi de luttes, de victoires ou de traités20. La conquête achevée, le pays avait été divisé en six parts; l’une d’elles, où se trouvait la ville de Sparte, fut le lot des nouveaux venus ; les cinq autres furent laissées aux anciens habitants21. Il paraît, s’il faut en croire un texte d’Éphore, que pendant quelques années les deux populations vécurent sur un pied d’égalité et formèrent ensemble un même État22; mais le roi Agis Ier enleva aux Laconiens l’égalité politique, l’isotimie et les réduisit à l’état de sujets23. Ils avaient des villes, que Strabon dit avoir été au nombre de cent 2*, et dont plusieurs, comme Amyclae, Prasio, Cythère, avaient de l’importance. Ils étaient hommes libres. Ils possédaient leur sol en toute propriété. Ils se livraient en pleine liberté au commerce et à l’industrie. Entre les hilotes attachés à la glèbe et les Spartiates soumis aux dures obligations du citoyen, les périèques laconiens étaient peut-être ce qu’il y avait de plus libre23. Ils avaient leurs lois, leur justice, leur administration locale 26. Mais ils ne possédaient pas les droits politiques et n’étaient pas membres actifs de l’État Spartiate. Ils payaient des impôts et devaient le service militaire; mais, ce qui marque bien qu’ils étaient tenus pour hommes libres, c’est qu’ils servaient au rang des hoplites27, et pouvaient même obtenir des commandements28; une autre preuve de leur liberté est qu’ils étaient admis aux jeux olympiques et pouvaient figurer parmi les vainqueurs29. Les Spartiates étaient, pour la plupart, les descendants des conquérants doriens. Toutefois, quelques familles achéennes et cadméennes se trouvaient au milieu d’eux30. Hérodote indique, mais en termes assez vagues, que de son temps on pouvait compter 8000 Spartiates31. Plutarque donne à entendre qu’ils avaient été 9000 au temps de Lycurgue. Aristote rapporte comme une tradition qu’à l’origine leur nombre s’était élevé à 10 000 32 .
Le droit de cité, à Sparte comme dans les autres villes
VI, 80, montre bien i|ue c'est la crainte seule qui a rendu parfois les Spartiates cruels envers les hilotes: cf. I, 128. L'histoire mentionne des révoltes d'hilotes; mais il s'agit surtout d’hilotes messéniens, Paus. III, 11. — 12 Herod. IX, 10 ; Time. IV, 8. — 13 Time. V, 64. — H Myron Prien. ap. Athen. VI, 102.
— la Poil. III, 83; Time. XII, 38 : Suvaxat xo vsoSa|rülSEÇ èXeîjÔeoov ((Ski clvatt.
— 16 Xcnoph. Hell. III, 3, fi. - — U Tliuc. V, 34. — 18 Time. V, 80. — 19 OASi U-O.Q/ZI xot; ÊtXwffi yÉv£vOat Ex:apxtâxat;, Dio. Chrysost. XXXVI, 38. — '20 Pans.
III, 2. — 21 Ephor. ap. Strab. VIII, 3. — 2-2 Ibid. : toiî mçioÎxgjs SiuifxiaxSv tvovopou; Eivai [UTÉyovrv.; coXmîa;. — 23 Notons toutefois que l'assertion d'Ephore ne peut pas s'appliquer à la Laconie entière, dont la plus grande partie ne fut conquise que longtemps après le règne d'Agis I"r. L'histoire des villes laconiennes reste un problème fort obscur. — 24 Strab. VIII, 4, 11. — 23 Isocratc reproche aux Spartiates leur dureté cpvers les Laconiens [Panathen. 177-180) ; mais dans ce passage vague et déclamatoire, l'orateur paraît confondre les Laconiens avec les hilotes. — 26 Dans quelques villes, Sparte envoyait un magistrat ; par exemple, à Cythère. Tliuc. V, 33. — 27 Herod. IX, 7; IX, 11: Thuc. V, 18. A Platée, il y avait 10 000 Lacédémoniens, dont 5 000 seulement étaient Spartiates; 4 500 autres étaient des périèques (Herod. IX, 28). — 2S Thuc. VIII, 22. Xénophon signale des xaTiotziyaOoi parmi les périèques [Hcll. V, 3, 9). — 29 Pausanias en cite un exemple, III, 22,5. — 30 Par exemple, les Tallhyhiades (Herod. VI, 00 et VII, 134), les Aegides, de race cadmôenne (Aristot. fragm. éd. Didot, t. IV, p. 2G9) : cf. Herod.
IV, 149 ; les Minyens, Herod. IV, 145. — 31 Herod. VII, 231. — 32 Aristot. Polit. Il, 6 (Didot, p. 512).
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grecques, se transmettait par la naissance ou s’acquérail par une loi spéciale. Aristote dit que dans les premiers siècles, Sparte accordait volontiers ce droit à des étrangers, réparant ainsi les pertes que la guerre faisait subir à sa population1. Cette assertion est confirmée par Plutarque2, par Élien 3. Xénophon montre qu’il y avait de son temps des étrangers, £évot, qui étaient admis d’une certaine façon dans l’État Lacédémonien ; on peut induire de son récit qu’ils étaient en assez grand nombre et qu’ils formaient une classe réputée libre et assez considérée’. Mais il y a grande apparence qu’il y avait des degrés dans le droit de cité. On pouvait être admis dans la cité lacédémonienne sans devenir pour cela un citoyen complet, un Spartiate. Les droits politiques, et surtout le jus honorum, étaient mis à part. Un passage d’Hérodote est significatif : les Spartiates voulaient avoir avec eux le devin Tisamène qui était un Eléen ; celui-ci exigea « qu’ils le fissent citoyen », « qu'ils lui donnassent part à tous les droits », « qu’enfin il devînt, ainsi que son frère, un Spartiate 5 ». C’est de ce rang et de ce titre que Sparte était fort avare ; mais elle ne repoussait pas absolument les étrangers et les admettait volontiers, comme veooaaïoSstç, comme rfôcptgoi, ou comme mothaces6, soit dans ses murs, soit dans ses armées, et elle leur donnait, avec quelques droits civils, une place dans l’État.
Le titre de citoyen pouvait se perdre de deux façons, soit par la voôsla, soit par l’arigta. Était réputé vôOoç quiconque était né d’un Spartiate et d’une femme étrangère. Comme cette condition était héréditaire, on ne doit pas être surpris que les voOoi aient formé une classe assez nombreuse à Lacédémone 7 ; peut-être y faut-il faire entrer ceux qu'on appelait iTrsuvaxToc'8. Ceux qui étaient nés de pères Spartiates jouissaient d’un certain rang et de quelques droits dans la cité 9.
La peine de l’atimic était prodiguée à Sparte. Nous sommes loin d’avoir la liste des crimes et des délits qu’clle atteignait; nous savons qu’elle frappait tout homme qui avait reculé dans un combat10, tout homme qui ne se soumettait pas aux règles si rigoureuses de l’éducation et de la discipline intérieure de Sparte11, tout homme qui restait célibataire12, tout homme enfin qui ne pouvait ou ne voulait pas prendre part aux repas publics13. Celui qui était exclu du nombre des citoyens n’avait plus ni droits politiques ni droits civils ; il ne pouvait plus aspirer aux charges ; il ne pouvait contracter ni achat, ni vente, ni mariage régulier ; frappé et maltraité, il n’avait aucun recours en justice14. La religion même lui était interdite; il ne pouvait pas prendre part aux fêtes ; nul citoyen ne lui pouvait communiquer le feu sacré ni même avoir un entretien avec lui1”.
l Aristot. Polit. II, G, 12. — 2 Plut. Instit. Lacon. 22. — 3 Aelian. Hist. var. XII, 43 ; cf. Phylarch,ap. Alhen. VI, 102 ; Stob. Serm. XL, 8. — 4 Xen. Hell. V, 3, 1) : Eévot t5v tçobÎjxwv *a^oujjisvwv. Le mot xpôcpijxoi indique qu’ils avaient reçu l’éducation Spartiate. — G Herod. IX, 33: w; ito'XrqTYjv itonqixovTat, t<ov -nâvxwv 'AExaStSovTEÇ ...YtvsaOat £iraçTi-qTrv. Ibid. 35 : yevopievo; Eza^Tif.TYiç. — c Sur les mothaces, \ oir Phylarch. ap. Athen. VI, 102. Toutes ces classes étaient fort nombreuses ; on sait qu’ Agésilas emmena en Asie 30 Spartiates seulement et 2000 neodamodes ; ces chiffres ne nous donnent sans doute pas la proportion exacte entre les deux classes ; mais ils nous permettent de croire qu’au IVe siècle les néodamodes, ou nouveaux citoyens, étaient beaucoup plus nombreux que les Spartiates; cf. Xenopli. Hell. V, 3, 9. Suivant Phylarque, Lysandre aurait été un mothacc, et il se serait ensuite élevé au rang de izo\hrt;. — 7 On voit dans Xenoph. Hell. V, 3, 9, que l’élite des voôoi formait une partie de l’armée d'Agésilas. — 8 Athen. VI, 101. — 9 Xen. Hell. V, 3, 9 : xai vôOoi xwv E'rcaçxtaTwv [xà\v. eûeiSeï; xai [t«3v tv r>j r.ôXzi xeàSv oûx fimieoi. — 10 Herod. VII, 231; Thuc. V, 34; Plut. Afjesil. 30.
il Xen. Resp. Lac. 10; Plut. Instit. Lac. 21. — 12 Plut. Lyc. 15; Apophth. Lyc. 14. — 13 Aristot. Polit. Il, G. 21 (éd. Didol, p. 514). — 14 Thuc. V, 34;
Le corps des citoyens se divisait en un certain nombre de groupes que l’on appelait cpuXat et qui se divisaienl eux-mêmes en woa't16. Un a lieu de croire que les tribus étaient au nombre de trois et qu’elles portaient les mêmes noms que dans d’autres villes doriennes, ceux de Hylléens, Dymanes et Pamphyles17. Quant aux <L6aî, qui ont peut-être quelque analogie avec les phratries athéniennes, on est d’accord pour penser qu’elles étaient au nombre de trente.
Les citoyens de Sparte étaient-ils partagés en classes? Y distinguait-on des familles de naissance aristocratique, comme étaient les Eupatrides d’Athènes et les Patriciens de Rome? Y marquait-on des rangs suivant la richesse, comme étaient les classes de Rome et les x-.a-çg-axa d’Athènes? Il nous paraît impossible de répondre à ces questions. D’un côté, la tradition attribuait à Lycurgue d’avoir donné aux Spartiates l’égalité en toutes choses. D’autre part, ni Hérodote, ni Thucydide, qui sont les auteurs les plus anciens qui nous parlent de Sparte, ne font la moindre allusion à une pareille égalité. Quelques mots d'Hérodote semblent même indiquer qu’il y avait des Spartiates que l'on distinguait entre leurs concitoyens « pour leur naissance et pour leur richesse 18 ». Le même historien mentionne des hommes qu’il appelle ciXêioi 19, ooxig.01, ou qu’il désigne par l’expression oi Ttpwxoi 20. Aristote décrit la société Spartiate comme si elle était partagée en deux classes bien tranchées ; il les désigne par les expressions xaXoïxàyaôoi et 3^g.oç'2i. Xénophon emploie les deux termes ôgoï&i et Ù7rojjt.eioveç, les Égaux et les Inférieurs 22. Sur les différences qu’il y avait entre ces deux classes, on est à peu près réduit aux conjectures. Toutefois on remarque que Démosthène mentionne la première comme une classe très puissante23, et que Xénophon place la seconde au milieu d’autres classes déshéritées et opprimées24. On pourrait même conclure de deux passages de cet historien que les ôgoîoi jouissaient seuls de tous les droits politiques25. Parmi ces obscurités, ce qui ressort avec le plus de vraisemblance des textes et des faits, c’est que, même parmi les hommes de sang dorien, il y avait des rangs très distincts. En tête étaient les Spartiates ôg.oïoi, puis les Spartiates 67iog.£tovEç, puis les voôot STrapxiàxwv ; venaient ensuite les çévoi Tpocpig.oi, les mothaces, les néodamodes ; au-dessous étaient les périèques, et au dernier degré de l’échelle se trouvaient les hilotes et les esclaves.
2° Institutions sociales. La famille. — La famille était constituée à Sparte comme dans le reste de la Grèce. On ne voit à aucun signe certain que les relations entre l’époux et l’épouse, entre le père et les enfants, y aient été sensiblement différentes de ce qu’elles étaient ailleurs.
Plut. Agesil. 30. Peut-être y avait-il dos degrés dans l'alimie, ainsi qu'à Athènes ; mais nous manquons de renseignements sur ce point. — 13 Herod. VII, 231. — 13 Plut. Lyc. 0 : çuXàÇavTa xaî wGâçavTa ; Herod. \ I, 145, 140. - 13 \oir
Hoeckli, Co/y), inscr. graec. t. I, p. 009. — l8 Herod. VH, 134 : yeyovôîes s ù xat àv^xovxeç eïç zv. nçùizoï. — 19 Id. VI, 61. — 90 Jd. V I, 85; IV, 14G. — 21 Al’islot. Polit. Il, 6, 15. Ailleurs il appelle la première classe oî yvwji[uu cl il la peint comme une classe aristocratique (V, 0, 7). — 22 Xen. Ltesp. Lac. X, 7 et XIII, 1 ; Hell. III, 3, 5; Anab. IV, 0, 14. — 23 Demosth. in Leptin. 107. — 24 Xen. Hell. III, 3, G. — 23 Xen. Jtcsg. Lac. X, 7 ; on peut remarquer que ceux qui sont appelés ojjwïo! dans la seconde partie de la phrase sont les mêmes qui, dans la première, sont appelés ol tï;v xôVtv oîxEiav é//,vte; ■ Lie mémo, dans l’Anabase, IV, 6, 14, on voit que l'éducation Spartiate est donnée à ouoi i!,i ôjtofov; or, il faut avoir traversé cette éducation pour jouir du droil complet de la cité. Sur cette question toujours obscure, on peut consulter K. Fr. Hermann, I.ehrbuch der griech. Antiq. § 2G ; Schoemann, Opuscula acad. t. I, p. 108-148; Kopstadt, De constit. Lyc. indole, p. 82-88 ; Itieger, de Homoeorum el Hypom. origine., 1853.
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Hérodote, observateur si curieux des mœurs intimes, ne signale rien dans celles des Spartiates qui s éloigne de celles des autres Grecs. Ni Thucydide ni Aristote ne font aucune remarque de cette nature. A Sparte comme paitout, le mariage était un acte sacré qui s accomplissait suivant des rites. Plutarque rapporte, à la vérité, que l’époux devait enlever l’épouse 1 ", mais il y a grande apparence qu il indique là, sans y penser, un rite antiqm du mariage, lequel se retrouve dans une grande paitit de la race indo-européenne et se voit aussi à Rome. Le même historien semble croire que le lien du mariage était peu respecté à Lacédémone et que les femmes y étaient à tous, ainsi que les enfants -. Mais cela est démenti par beaucoup d’anecdotes que racontent Hérodote et Plutarque lui-même 3. il est vraisemblable que Plutarque s’est mépris sur le sens d’une institution dont Polybe avait parlé avant lui : « Trois ou quatre maris, dit-il, pouvaient avoir une même femme, pourvu qu ils fussent frères L » Ce vieil usage ne serait autre que le lévirat, qui fut pratiqué par presque toute l’antiquité dans l’intérêt de la conservation des familles. Dans la pensée des vieux âges, toute considération morale cédait devant la nécessité de donner un descendant à une lignée d’ancêtres. De là cette loi étrange; de là aussi la règle du divorce en cas de stérilité de la femme. Quelques faits de cette nature ne doivent pas nous induire en erreur sur le caractère général de la famille à Sparte. La monogamie y était la règle absolue5, et l’adultère y était réputé l’un des plus grands crimes °.
Il ne paraît pas que la puissance paternelle ait été différente à Sparte de ce qu’elle était dans le reste de la Grèce. 11 est vrai que le père était obligé de soumettre son fils aux prescriptions quotidiennes de l’éducation publique; mais le fds rentrait chaque jour dans la maison, et beaucoup d’anecdotes montrent que le lien était assez étroit entre le fils d’une part, le père et la mère de l’autre7. Dire que les enfants n’appartenaient pas à la famille serait une exagération et une inexactitude.
La vie intime dans la famille n’était pas inconnue de Sparte. La maison avait, comme partout, son foyer sacré, son dieu intérieur. Nous lisons dans Hérodote que Démarate entre dans sa maison, y immole un bœuf à Jupiter et, s’adressant à sa mère : « Je te supplie, lui dit-il, au nom de notre dieu domestique dont je touche l’autel. » Hérodote et Plutarque mentionnent des sacrifices privés, ce qui suppose 8 des fêtes domestiques et des anniversaires 9. Aristote et Platon assurent qu’à Sparte les femmes jouissaient d’une plus grande liberté que dans la plupart des villes grecques10. Denys d’Halicarnasse, comparantles trois grandes cités, Rome, Athènes et Sparte, au point de vue de l’ingérence des pouvoirs publics dans
1 Plut . Lyc. 15 : ouv St' àçitayri;. Denys d’Halicar nasse explique cet usage, àç-scay?); oùx eç u'6 pet &Xk’ etz\ yà|up yevojiivY);, 'éT^yjvixbv xai àpy/xïo v e6o; xat xçôirov o-ujAiEàvxwv KaO ou; CTUvâ-rexovrat yà[xot Ta?; yuvatS'iv eiciçavéffTaxov ( Aht . TOm. 11, 30). — - Plut. Lyc. 15, va fine, — 3 Voir par exemple les Apophth. Laconarum, édit. Tauclrailz, p. 187-188. — 4 Polyb. XII, G B, 8, édit. Didot, p, 508 : icaçà AaxE8at[xoviot; zàxçiov îjv tçeT; av8ça; Ê^etv yuvaïxa xai TExxaçaç, àSEXœoù; ovxa;. — 5 Herod. V, 39-40, raconte l’histoire d’un roi de Sparte que les épliores voulurent contraindre à renvoyer sa femme qui était stérile ; sur son refus, ils imaginèrent l’expédient, de l’obliger à en épouser une autre sans renvoyer la première; il eut ainsi deux femmes et deux foyers, mais, ajoute l’historien, « cela était contraire aux ^nœurs des Spartiates ». — fi Plut. Lyc. 15 in fine. — 1 On peut remarquer l'habitude qu’avaient les riches de Sparte de faire accompagner leurs enfants dans les gymnases par deux ou trois enfants de leur propre domesticité, pour adoucir leurs fatigues (Athen. VI, 102; Aelian. XII, 43). — H Herod. VI, 68 : TOU eçxeiou Al b; toù8e xaxaicTÔ|Aevo; cre Ixeteûw. — 9 Herod, VI, 57 ; Plut. Lyc. 12. - 10 Aristot. Polit. II, 6 (éd. Didot, p. 512); Plat. Leg. I,
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la vie privée, dit que Sparte (Hait celle où la vie pii\cc avait le plus d’indépendance: « Toute infraction au bon ordre, si elle est commise en un lieu public, est passible d’une peine ; mais de ce qui se fait dans 1 intérieur de la maison, l'État n’a nul souci ; la porte de la cour est la limite où finit l’assujettissement et où commence la liberté 11. »
2° La propriété. — Les Spartiates ont pratiqué de tout temps, ainsi que les autres Grecs, le régime de la propriété privée. L’étude des documents et des faits ne peut laisser aucun doute sur ce point. 11 n’y a pas un seul texte, parmi tant de descriptions et de récits, qui indique que les terres y aient été communes Platon rapporte que, dès le premier établissement, la terre fut partagée en lots de propriété 12. Suivant Plutarque, l’inégalité des fortunes se serait d’abord fait sentir; « les uns devinrent très riches, les autres très pauvres et sans ressources >». C’est pour remédier à cette inégalité trop profonde que « Lycurgue aurait persuadé aux Lacédémoniens de mettre pour un moment la terre en commun et de procéder à un nouveau partage 13 ». Il aurait alors, d après le même historien, divisé le territoire de Sparte en 9000 lots égaux, dont chacun pouvait produire environ 80 médimnes de grains. Il y a des raisons de douter de cette égalité des parts, égalité dont il n'est lait mention que dans des historiens très postérieurs à Lycurgue et dont Hérodote ne parle pas ; mais ce dont ôn ne peut pas douter, c’est que la terre n'ait été possédée en propre par chaque Spartiate. La propriété du sol était héréditaire Elle passait nécessairement du père au fils, sans que celui-ci pût être déshérité par un testament ; cette règle dura jusqu’à la loi d’Epitadéos qui ne fut portée qu après la guerre du Péloponnèse 15. La terre était tellement attachée à la famille que, suivant une règle que nous retrouvons dans beaucoup d’anciennes cités grecques, il n’était pas permis de se séparer d’elle par la vente 16.
Le Spartiate ne cultivait pas lui-même son champ ; il le faisait cultiver par un hilote qui en était comme le fermier et qui lui en payait une redevance annuelle. Le chiffre de cette redevance avait été fixé à 1 origine 1 ‘ . Il était interdit au propriétaire de louer sa terre a un prix plus élevé, « la loi visant à ce que l’hilote pût faire quelques profits et à ce que le propriétaire ne s’enrichît pas outre mesure 18 ».
Beaucoup de faits montrent, non seulement que la propriété privée existait à Sparte, mais qu'elle y fut même de bonne heure fort inégale. Déjà avant Lycurgue, Plutarque signale une grande disproportion dans la richesse 19. Au siècle qui suit, nous voyons la guerre de Messénie éclater à l'occasion d'un crime commis par un Spartiate qui est un propriétaire de vastes pâturages20.
p. G37 ; VI, p. 781 ; Aristote, II, G, 8, rapporte une tradition suivant laquelle Lycurgue aurait renoncé à faire des lois pour les femmes ; cf. Dion. Halic. II, 24 : oute àsftxav îooirsp oî AaxeSatixôviot xà; xùjv yuvatxwv ©uÀaxa;. — H Dion. liai. XX, 2 (XX, 13, édit. Kiessling, t. IV, p. 167) : Aaxe8at|xovioi 8è, ote toi; itçE<xouxâTot; Ltéxoeitov -où; àxoffjxouvxa; xulv toXixùIv Èv ôx<;>8^xtvt xwv 3rjjAO<rtu>v xôiti» Ta"; Baxxr.çiat; -rateiv, x«*»v $è xaxotxiav yEvojxÉvwv oute xrçovotav oute ©uXaxr.v troiouvxo, *c$jv auÀEtov 0upav Exa<rxtu oçiov tlvai xt}; IXeuOEçia; tou p?ou. — 12 Plat. Leg. 111, p. G84. A Sparte, comme a Athènes, la propriété privée avait son dieu protecteur, Zeù; eoxeto;. Herod. NI. (58. — 13 Plut. Lyc. 8. — 14 Plut. Agis , 5 : ev 8ia8o-/a?;, ï:axçb; icai8i xbv x^tJçov àro- )*eucovtq;. — 15 Ibid. — 16 Heraclid. Pont, dans les Fragmenta de Didot, t. II. p. 211 : ‘kwAeïv yrjv AaxE3aip.ovtoi; al<ryçbv vevo|Ju*<rxat* xîj; 8 àçyata; |xoc?a; ou8 e;e<tti. Ci. Aristot. Polit. II, 6 (Didot, p. 512). — 11 Plut. Inst. Lac. 40 : ot eeXwxe; aûxot; eiyyâ
Covxo x?qv yyjv àx:o®éçovTs; Ôltz oipoçàv xrtv avwôev tffxajilvTjv. — 1® Ibid . : ticàoaxov 8 r,v irXetovô; xivà puo-Owirat, iva ot ê'.Xwxe; jaèv xEçSatvtoirtv, ouxoi 8e (les Spartiates) ïc'aéov It: iÇqtâffi. — Plut. Lyc. 8. — 20 Pans. IV, 4.
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A la fin de celte même guerre, la propriété est devenue à tel point inégale qu'un parti demande, sans d’ailleurs l'obtenir, un partage du sol 1 . Un siècle après, Hérodote montre que l'on distinguait à Sparte des hommes « qui s'élevaient au-dessus des autres par la naissance et par la richesse 2 ». Plus tard encore, Thucydide fait la remarque que tous les Spartiates avaient un vêtement uniforme, bien qu’il y eût parmi eux des hommes plus riches que les autres3. Aristote affirme que de son temps la richesse était si inégalement répartie que « les uns possédaient des biens énormes, les autres n’avaient presque rien, on sorte que le sol est en un petit nombre de mains * ». Cette disproportion ne fit que s'accroître avec le temps ; à l'avènement d’Agis 111, tout le territoire de Sparte appartenait à cent propriétaires6.
La richesse mobilière n’était pas inconnue à Sparte, Plutarque, au milieu même des peintures qu'il fait de la pauvreté Spartiate, laisse échapper une foule de traits qui marquent une société où l’argent tient une grande place. Il mentionne, dès une époque très ancienne, des débiteurs et des créanciers, et la question des dettes était déjà assez grave pour troubler l’État®. Il montre à tout moment la passion du lucre. Un ancien oracle avait déjà dit : « C’est l’amour de l’argent qui perdra Sparte 7. » On répète, à la vérité, que les Spartiates ne possédaient ni or ni argent ; mais les textes disent seulement qu’ils ne possédaient pas d’or monnayé, pas d'argent monnayé ; ils se servaient de lingots8. Cette absence de monnaie d'or et d’argent, au milieu même de l’affluence de ces métaux, est un fait assez fréquent dans l'antiquité ; on la remarque dans l’ancienne Rome jusqu'au temps des guerres puniques, bien que Rome fût déjà fort riche et qu’elle connût depuis longtemps le commerce et même la spéculation. Apparemment les Spartiates, comme les Romains, aimaient mieux peser l'or que le compter. L’argent ne manquait pas, puisqu’une des peines les plus souvent infligées était l’amende ; Plistoanax, en 445, fut condamné à payer 15 talents9, et Agis, en 418, faillit être condamné à payer 100000 drachmes 10. Le commerce cîe l’argent parait avoir été interdit par quelque vieille loi ; mais un historien cité par Athénée nous renseigne sur l’un des moyens par lesquels la loi était éludée : les Spartiates plaçaient leur argent chez les Arcadiens ou prenaient pour prête-noms des hommes de ce pays11. Voici un autre trait de mœurs qui nous est fourni par Aristote et Plutarque : Les éphores, disent-ils, siègent tous les jours et séparément pour juger les procès relatifs aux obligations i2. Ce grand nombre de procès donne une idée du mouvement d’affaires et de la complexité des spéculations qu’il y
1 A ris tôt. Polit. V, G (Didot, p. 573-574) : une cause de révolution, dit le philosophe, est otccv o\ jxèv àiïoçojirt Xtav O* S’eüTCoçîSffi ; or, c est précisément Sparte cpi il choisit comme exemple : ouvêSri xouxo lv AaxeSaqAovi uuo xov METirrçvtaxbv tcôXejaov* OAiSojaevoi yào 8ià xbv icôXejxov ^çtouv àvaSaorbv tcoieïv xv]v y wçàv. — - Hcrod. \ II. 134 : oùiji te YEyovôxEÇ eu xa: yor\ [xafft àvqxovxeç éç xà icpiuTa. — 3TllUCyd. I,G lot xà jaeîÇyijàexext v$. — h Al'istot. Polit. 11,6, 10 (Didot, p. 512) : xoTç jjlèv yàç auto Sv ffujx?eS-/)XE xexxvjffOat •rcoXtojv Xtav oùofav, xoYç 8i itàjXTîav [juxpâv &to’7;sp elç 6‘kiyo’jq yjxev vj £tôpa. — S Plut. Afjis , 5. — G Plut. LlJC. 0-1 I . — 7 'H oiAo/oTi|xaTta -"àoTo.v oAst, Diod. E xccrpta \ aticanaf\ II, 14, 5 (éd. Didot) : Plut. Proverb. 43; Cic. De off. II, il. L’oracle avait été rendu au temps des rois Alcamèneet Théopompe, c’est-à-dire au vin" siècle avant notre ère (Plut. Inst. Lac. 41). Il correspondait sans doute à un effort qui fut fait à cette époque pour réfrénez le goût de la richesse. — 8 Pausanias, parlant d’un fait du vme siècle avant notre èl’C, dit : oùx r,v xôxs ^pùirou voja tajxa^ xaxà xpoiiov 8i xhv àjyarov àvxe8t8o<xc/.v flouç xat àv SpàicoSa xat àpyov tov àpyuçov xat ypuirov (Paus. III, 12). — 0 Ephor. ap. Schol . Aristoph. JVub. 858. — 10 Thucyd. V, 63. Autres exemples de fortes amendes, Plut. Pelopicl. G et 13 ; cf. Xenoph. liesp. Lacaed. 8. — n Posidon. ap. Athen. VJ, 24:
AaxeSaijAÔvcot uirb xùîv e0wv xwÂuôjj.evoi el<r«6petv e; tvjv Eràpxvjv xat xxâirûai açyupov xa: jrpuoov, IxTwvto ;*iv où$*v yjxtov, ic«oaxaxETt0EvTo 8è xoY; oaciçot; Mpxàatv. ' - Al’istot.
avait à Sparte. Xénophon et Aristote disent expressément que « la richesse était fort, estimée dans cette ville », et « qu’on s'y faisait gloire d’être riche13 ». 11 n’y a guère de ville où l’accusation de corruption à prix d'argent ait été aussi fréquente qu’à Sparte. On connaît l’histoire de Cléomène qui avait reçu de l’argent des Argiens pour ne pas assiéger leur ville u, d’Eurybiade qui reçut cinq talents de Thémistocle pour changer le plan de son expédition 1B, des éphores que, suivant quelques historiens, Thémistocle gagna à prix d’argent pour obtenir la permission de rebâtir les murs d’Athènes16, de Plistoanax et de Cléandridas qui se firent acheter par Périclès ”, du roi Léotychide qui fut pris sur le fait, « assis sur une bourse pleine » qu’il venait de recevoir des ennemis de Sparte 18, de Gylippe qui essaya de voler 300 talents à l’État 10. Aristote parle de la vénalité des éphores en général et même de beaucoup de sénateurs20. Les Spartiates savaient aussi se servir de l'argent pour se faire des intelligences chez leurs adversaires; Pausanias fait observer qu’ils ont été les premiers qui aient su acheter les généraux ennemis et il cite deux exemples dont l’un remonte à la guerre de Messénie21 ; il ajoute qu'ils furent les seuls qui aient osé corrompre la Pythie à prix d'or 22. Tous ces faits prouvent que les Spartiates avaient l'usage de l’argent et qu’ils en connaissaient le prix.
« Tu te crois bien riche, dit Socrate à Alcibiade, dans Platon; mais regarde Lacédémone, et tu verras que les richesses d’ici sont peu de chose auprès de celles qu’il y a dans cette ville. Je ne parle pas seulement des terres qu’ils possèdent en Laconie et en Messénie, du grand nombre de leurs esclaves, de leurs chevaux et de leurs troupeaux; je laisse cela de côté; je parle de l’or et de l’argent; il y en a plus à Lacédémone chez les particuliers que dans tout le reste de la Grèce ; car, depuis un grand nombre de générations d’hommes, l’argent y aftlue de chez les Grecs et de chez les Barbares, et il n’en sort, jamais. C’est comme dans la fable de l’antre du lion: on voit bien les traces de ce qui entre, on ne voit pas les traces de ce qui sort. Aussi faut-il reconnaître que par l’or et l’argent, les hommes de cette ville sont les plus riches de tous les Grecs23. »
3° Les institutions de discipline. — Ce qui distinguait le plus Lacédémone des autres cités grecques, c’est la discipline qu’elle imposait à ses citoyens. Encore y aurait-il de l’exagération à dire que l’assujettissement de l’individu à l’égard de la cité ait été une chose particulière à Lacédémone. Les prescriptions dont nous allons parler, telles que l’éducation en commun, les exercices gymnastiques, les devoirs de l’éphébie, les repas publics,
Polit. III, 1, 7 : xàç (£txà;) rapt x<uv o-ujjlSoWkov Sixà^Et Eipopoç iïXkoç a/Aaç ; Plut. Apopllth. 1(IC., Euvycvntidcis : rept xà Twv <ru;jtfio).a»ov Stxata Éxàorr,; r,;AÉoa; xp tvouenv ot Ê'çopot. — 13 Aristot. Polit. II, G, 5; Xcn. Jlesp. Lac. 14: xaAAwiciÇojxévouç lx\ xy> xEXTrjorôat. — P»- Hcrod. VI, 82. — 15 Hcrod. VIII, 5. — 16 Plut. Themist. 19, d'après Théopompe. — 17 Ephor. Frayai. 118; Plut. Per ici. 22. — 13 Hcrod. Vf, 72. — 19 Diod. XIII, 106 ; Athen. VI, 24. Ajoutcz-y l'histoire du Spartiate Glaucus qui voulut s’approprier un dépôt d’argent qu’un Milésicn lui avait confié, mais chez qui la superstition se trouva plus forte que la cupidité (Herod. VI, 86). — 20 Aristot. Polit. II, G, 18. Pausanias (IV, 5) dit que dans la guerre sacrée, les rois, les éphores et les sénateurs furent gagnés à prix d’argent. Aristote (. Rhètor . Ilf, 18) rapporte une anecdote qui montre quatre éphores sur cinq qui reçoivent de l’argent pour trahir les intérêts de l'État. — 21 Paus. IV, 17. — 22 Paus. III, 4.
— 23 Plat. Alcib. I, 18, éd. Di^lol, t. I, p. 480-481 : e! ÈQsXeiç toù; Aaxs- SatjAovtwv itX^ûxou; îSeYv, yvworei oxt icoXu xà evOaSe xù>v IxeY iXkt'.Kii... joùn tov Sè xa: àpY’uptov oùx l'axiv lv iraaxv EXXvjatv octov lv AaxeoatjAûvi tdta * iroXXà; yàç tJSyj 'yevéa;
« Veo/exx: jaèv au xôa il âûàvxwv xSv ’E^X^vjov, tco^X&xt; Si xa: ex xwv papSâotov, l^spysxat 8 oùSajAÔaE..., u>(tce eu ypv} EtSsvat oxi xat jrpucS xa: àçyupoî ot exêï îtAouauâxaxot eîo-t XtZv *E ),),/• vin v.
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les obligations imposées à chaque âge de la vie, se retrouvent dans beaucoup d'autres villes doriennes, ioniennes ou éoliennes. Les différences n’étaient que dans la mesure. Partout, avec plus ou moins de rigueur, le principe éminemment grec était « que le citoyen dût mettre toute son application à garder et entretenir 1 ordre établi pour tous par la cité, cwÇetv xbv xotvbv rr^ TioXewç xbfffxov 1 ». Ce qui est particulier à Sparte, c’est que la discipline sociale y fut plus sévère qu’ailleurs et s’y mai ntint plus longtemps.
La cité interdisait au Spartiate de faire le commerce ou d’exercer un métier; « il lui était absolument défendu de mettre la main à aucun travail 2 ». Il ne lui était même pas permis de cultiver sa propre terre ni d’en augmenter le produit par son labeur. La règle était qu’il eût abondance d’inoccupation, à^Ô&viav ayolr^ 3 ; par quoi nous devons entendre qu’il était tenu de donner tout son temps et tous ses soins, non à ses intérêts personnels, mais à l’État. Il n’avait pas le droit de rester célibataire, et le sévère châtiment que les Grecs appelaient àx’.fju'a frappait celui qui ne se mariait pas +. L’habillement était soumis à des règles, et il était le même pour les riches et pour les pauvres L Le Spartiate ne pouvait pas porter des bijoux6, et une vieille loi, peu observée peut-être, mais toujours rappelée d année en année, lui ordonnait de se raser la moustache 1
L’éducation de l’enfant n’appartenait pas au père. On n’était pas libre d’élever son fils chez soi et de l’instruire ou de lui donner un précepteur. Dès l’âge de sept ans, les enfants étaient pris par l’État, distribués en classes et élevés en commun sous des maîtres choisis par la cité8. Bien qu’il y eût des riches et des pauvres dans la société Spartiate, l’éducation était la même pour tous, et Aristote remarque que tous étaient élevés comme s’ils eussent été pauvres9. Elle se composait d’exercices gymniques et musicaux, tous également obligatoires et fixés invariablement par l’État. Dans les uns comme dans les autres, ce qu’on enseignait le plus à l’enfant, c’était à obéir lü. La discipline, qui s étaitemparée de l’enfant, gardait l’homme fait, et sc prolongeait toute la vie. « L’éducation, à Sparte, soumettait tous les citoyens à ses règles ; on ne laissait à personne la liberté de vivre à son gré; la ville était comme un camp ; chacun y menait le genre de vie déterminé parla loi ; toutes les occupations avaient en vue la communaùté, et l’on devait savoir qu’on ne s’appartenait pas, mais qu’on était tout à l’État H. »
Les repas en commun faisaient partie de cette discipline qui s’étendait à tous les actes de la vie [syssitia]. « Le législateur avait mis les citoyens en état de ne pas même savoir vivre isolément, mais d’être toujours
1 Plat. Leg. VIII, p. 846. Platon dit cela du citoyen grec eu général, et non pas seulement du Spartiate ; c’est môme dans la bouche d’un Athénien qu’il place cette maxime. — 2 Plut.. Lyc . 24 : xé^vïjç atî/atrOai pavaiaou xb itàpaitav oux IçEtxo ; cf. Aelian. VI, 6. — 3 Plut. Ibid. — 4 plut. Lyc. 15 ; Lysand. in fine. — 3 Thuc. I, G ; Xen. Besp. Lac. 7. — 6 Plut. Lyc. 9. — 7 Plut. Cleom. 9. — 8 Plut. Lyc. 16. — 9 A ris toi. Polit. IV, 7 (Didot, p. 553) : ô|Aotüj; oî xtbv “Aouofwv xj>ésovxat xoïç xù>v Tcev^xwv xaî raiS&ûovxai xçôiïov xoCxov ov av Suvaïvxo oî izt vqxwv TcatSlç. Toutefois, l’usage s’ôtait établi que les riches fissent accompagner leurs fils dans les gymnases par deux ou trois enfants de leur domesticité qui allégeaient apparemment les fatigues et les sévérités de cette éducation (Aelian. XII, 43; Athen. VI, 102). — 10 Plut. Ages. 1. — 11 Plut. Lyc. 24. — 12 Ibid. 25.. — 13 Ibid. 24 : ireçà yu|Avâ<xta xa\ *aî(t///ç xbv ara vxa yçovov IrE^wçtaÇov. Sur les longues conversations des tables communes, voir Plut. Lyc.. 12 et Xen. Besp. Lac. 5; Plut. Apopnth. lac. (éd. Tauchnitz, l. II, p. 149) ; xb t;).eY<7xov x?i; r,|iiçaç ffuveïvat xoV; rfkiv. uôxat;. — 14 Plut.. ibid. xd.ç vuxxaç o'Xaç ffuvavaiïaûeirOat xoïç i] Aixuôxaiç. — P* Al’istot. Polit. II, G, 13, signale les ççouçai ; Plut. Lyc. 28. et Plat. L>eg. I, p. G33 et VI, p. 7G3, décri-
ensemble, comme les abeilles dans une ruche, toujours groupés et rangés sous l’œil de quelque chef1-. » Les Spartiates vivaient donc peu dans leur maison ; ils passaient le jour dans les gymnases ou dans les Xea/ai, la soirée à des tables communes où se prolongeait la conversation l3, toujours sous la surveillance les uns des autres ou sous celle des chefs. La nuit même, jusqu’à un certain âge, ils dormaient en commun u, ou bien ils veillaient occupés à faire la garde ou à parcourir la campagne19. On était soldat presque toute la vie16, et, à la différence des autres cités grecques, on était soldat même en temps de paix; tous les citoyens étaient distribués en petits groupes qu’on appelait des énomoties17, et qui étaient composés d’hommes du même âge unis par un serment18. Plusieurs énomoties formaient un Xbyo; ; quatre Àôyoi formaient une gôpa19. Tous ces corps étaient commandés par des énomotarques, des lochages, des polémarques. Les 300 cavaliers étaient commandés par trois hippagrètes. Par ce système, le Spartiate était toujours a l’état de soldat, toujours en exercices militaires ou en expéditions, toujours enserré entre deux camarades toujours sous le commandement d’un chef. Aussi les écrivains athéniens remarquaient-ils que Sparte ressemblait à un camp 21. Comme le mariage devait avoir lieu bien avant l’âge où cessait le service journalier, il ne fallait pourtant pas que les devoirs du soldat tussent négligés, et le jeune époux ne pouvait que se dérober pour quelques heures à la caserne22. C’était seulement lorsqu’il avait donné trois fils à l’État qu il était exempt des gardes; il l’était de tout service quand il en avait donné quatre 23 .
Il y avait à Sparte quelque chose que l’on appelait « la vertu ». Quand on lit les Apophthegmes de Plutarque et sa vie de Lycurgue, on est frappé de rencontrer sans cesse ce mot, et l’on entrevoit que les documents dont l’historien se servait lui parlaient sans cesse de « la vertu » à Sparte. Il a pu comprendre ces textes imparfaitement ; il a pu surtout les interpréter en moraliste ; il a pu croire que « la vertu » de ces anciens Spartiates était la même chose que ce que ses contemporains entendaient par le même mot ; du moins ne nous trompe-t-il pas sur la place que « la vertu » tenait dans la vie civile et même dans le gouvernement de Sparte. C’est ici, en effet, l’un des points capitaux de l’histoire de cette société. Xénophon consacre un long chapitre au même objet24 Platon, quand il parle de Sparte, ne manque guère de parler en même temps de vertu. L'historien voudrait savoir avec quelque précision ce qu’il doit entendre par ce mot et quelles idées les Spartiates y attachaient. On distingue assez bien que cette vertu
vent les expéditions nocturnes., connues, sous le nom de cryplics et parfois mal comprises [krypteia]. — Thuc. V, G4; Xen. Hell. VI, 4, 17 : [aé/qi x«ov xexxaçaxôvxa àcp'^Yi;. — *7 Thuc. V, G7-68 ; Xen. Hell. VI, 4, 12. — 18 Hcsych. : Ivojgoxta, xtç St à crœaytwv èvio[i.oxôç ; Suidas : eéçyjxat ex xoij 6 -Avivai aixoj; jat, Xsitcêiv xrjv xà;tv. — 19 HarpOCl’. v° jaoçwv : ’Aç'ixoxÉAYjç ovj<r: u>; état jAÔçai c!; «bvojAaaiAÉvai, xaî St^çîîvxat il' xà; [AÔoa; AaxESatjAovioi tcôvxeç. On les appelait [AÔçat -noTwtxixat, mores composés de citoyens, pour les distinguer des corps laconiens ou alliés, Xen. Besp. Lac. XI, 4. — 20 Plut. Loc. cit. xoïç VjXixtwxaiç «ruvsVvai ; Isocr. Panai h. 217 : xà -çb; xr,v ôjAovoîav. — 21 Plat. Leg. II, p. 66G : oxçaxoTrlbou uo).ixEtav e/exe ; IsoCl*. Arcliedam. 81 : xoaixe îa o|aoi« «rrçaxozÉSf;» xaAùi; Siotxou|AÉv(.j . Cette pratique constante de la vie militaire a fait des Spartiates les premiers soldats de la Grèce el a fait dire qu’ils étaient des artistes en matière de guerre, xe/vïx a-, xal aosiaxat x.bv uo'Xe[Aixwv ; Plut. Pelop. 23; Xen. Besp. Lac. 14. — 22 PIul. Lyc. 15 ; Apophth. p. 149. — 23 Aristot. Polit. 11. 6, 13 (éd. Didot, p. 512) : sort vÔ;aq; xbv yEVv^aravxa toeïç utoù; asço uçov etvat*'’ xov xlxx aça; axîA/j
21 Xen Besp. Lac. X, 4-7.
tkavxwv.
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a'était pas une qualité purement morale et personnelle. Elle ne se composait pas non plus uniquement de courage militaire et de force d’àmc. Ce qu’ils appelaient la vertu ducitoyen, rt ttoXitlxt] apex-/,, était l’observance exacte et continue de toutes les lois et de toutes les règles que la cité imposait à ses membres. Elle consistait, suivant 1 expression de Xénophon, « à peiner pour les lois », xb xi vôjxtax otaTtoveïffôai *. Dur travail de l’éducation, exactitude aux exercices gymnastiques et musicaux, assouplissement du caractère, patience dans les fatigues ou sous les coups du maître, adresse à ne pas se laisser surprendre en faute, plus tard fréquentation des gymnases « ou la vie était plus dure que dans les camps2 », mariage au temps voulu, habillement conforme à l'ordonnance, assiduité aux syssities, ponctualité au service militaire, bravoure au combat, éloignement pour tout travail manuel et tout commerce, respect constant pour la loi et pour les chefs, tels étaient les éléments dont se composait la vertu. Elle était de tous les âges et de tous les jours ; elle commençait à sept ans et ne (inissait qu’avec la vie.
Cette vertu était la condition des droits politiques. « Car le législateur, dit Xénophon, a exigé du citoyen sans nulle rémission la pratique de la vertu tout entière qui convient au citoyen ; à ceux qui remplissent toutes les obligations, il donne la cité avec les droits complets ; mais ceux qui n'ont pas la force de supporter tous les travaux prescrits par la loi, il neveutpas qu’ils soientcomptés parmi les citoyens 3. » Ainsi, une peine sévère, l’àxigia, était suspendue sur la tète de quiconque s’écartait de « la vertu ». Le Spartiate qui ne l’observait pas tout entière perdait par cela seul son rang de Spartiate.
Il y avait encore cette singularité dans l’existence de Sparte qu'elle avait des concours où on luttait de vertu. Ces concours se renouvelaient à tous les âges de la vie : concours entre les enfants et concours entre les hommes faits ; concours après chaque bataille pour désigner le plus brave et concours en temps de paix pour le plus obéissant ; concours pour être dans les 300 premiers \ et plus tard « concours de vertu » pour être sénateur. Plutarque marque bien cette habitude de concurrence constante :
« Le législateur, comme pour attirer la vertu, a mis dans la vie du citoyen l’esprit d’émulation et de rivalité ; il a voulu que les bons citoyens fussent toujours en lutte et en combat les uns vis-à-vis des autres 5. » Ces concours avaient des prix divers qui étaient décernés soit par le choix des chefs, soit par l'élection 6. Quelquefois c’était une couronne d’olivier7, ou une place d’honneur à la fête sacrée des Gymnopédies. Le jeune homme qui, sur l’autel de' Diane, avait supporté le plus de coups sans
1 Xen. Resp. Lac. X, 7. — 2 Plut. Lyc. 2. — 3Xen. Resp. Lac. 10 ; lirlôvjxe xal Tr,v
àvuicôffTaxov àvàyxrjv à<rxe Yv auaaav xîjv itoAixixîjv àçexrçv * xoïç jxâv yàç xà vôjAijxa exxeAouaiv ô;xotu>; au a ai xîjv icOAtv otxeiav eitotYjae. , el Se xiç àuaSciXiàaeie xo'j xà vô;xt|xa StauovsYffOai, xo’jxov exeïvoç àiréSeiEe |xv;Sè vojjuÇsffQat ett xwv o(xotb)v elvai ; cf. Ibid. 3 : èotOel; xal ef xtç xaffxa ©ûyot, {AvjSévoç ett xa»v xaASSv xuyyàveiv. — 4 Voir dans les Apophtli. de Plutarque l'histoire de Pédarète. — S Plut. Ages. 5 : eotxev ô Aaxwvixb; vojxoOéxyjç juéxxaujA.* xîfc àpexî;; èjxSaXetv eîç xtjv uoXtxetav xb cptAbxijAov xal «ptAôveixov àet xtva xoïç àyaOofç Siaooçàv xal ajxtAAav etvat Tpbç àAAvjAouç ^ouXdjxevoç. Aussi Aristote remarquet-il que les Spartiates sont ©iAôxijaoi. C’est encore la remarque que fait Platon, Alcib.
I, 18 : cptAovetxta val ©iXott[xia. — ® Plut. Lyc. 24 : al eu àpexîjç ttjxat. — 7 Hcrod. VIII, 124. — 8 Herod. VIII, 124 : xçtaxôatoi AoyaSeç; cf. Plut. Apoplith. Pédarète, et Lycurgue, 25. — 9 Ibid. : Oluep val îuuetç xaAeuvxa’. ; finie. V, 72 : ol xçtaxôaioi fmcciç vaÀoujxevot. Ces luueiç n’étaient pas seulement des cavaliers ; Ephore (ap.
rah. X. 4, 18, éd. Didot, p. 513) appelle leur dignité une àçyîj, et Plutanpie dit d un .* vjxt; vjv ev xîj uoXei Kçioxeûoufra xi|x/r — 10 Herod. I, 07. — •• Plut. Lyc. 22.
— 12 Aristot. Polit. II, 0, 15 : yepooafa aOAov xîfc àpexîjç ; Xen. Itcsp. Lac. 10: ulyoi I
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pousser un cri, recevait le titre de et le portait
avec orgueil toute sa vie. C’était aussi par concours que l’on était admis parmi les 300 soldats d’élite8 qui formaient comme un ordre équestre dans la cité9. On sortait de ce corps à un âge déterminé et les cinq premiers chaque année recevaient le titre d’àyaQdspyot avec des prérogatives particulières 10. Un honneur encore plus grand consistait à occuper, au jour du combat, ce qu’on appelait la première place, celle où l’on se trouvait devant le roi H. Venait enfin, mais seulement à l’âge de soixante ans, ce que Sparte appelait par excellence « le prix de la vertu » et qui n'était autre que le titre et le rang de sénateur l2.
Ces habitudes et ces pratiques ont eu sans nul doute une grande importance dans la vie de Sparte. Nous ne devons pas les juger d’après nos idées modernes, ni attribuer au mot vertu la signification qui s’y attacherait aujourd’hui. Mais ce qui ressort de ces faits, c’est que la société Spartiate formait une sorte d’échelle hiérarchique, dont l’homme montait quelque degré d’âge en âge à la suite de certains concours, et où les rangs elles honneurs étaient déterminés par « la vertu », au moins en théorie.
i° Institutions politiques. — La royauté. — Sparte a toujours eu des rois ; toujours aussi elle en a eu deux en même temps. Ces rois appartenaient à deux familles,' oîxot, qui se rattachaient l’une et l’autre au yévoç des Héraclides et qui étaient les deux branches principales de ce yévoç 13. L’historien ne peut pas donner la raison de ce partage de la royauté. L’attribuer à un calcul de politique est une pure hypothèse. Il date des premiers âges; on disait qu il avait été institué en vertu d’un oracle u, et les Spartiates le conservaient avec un soin religieux. Il est digne de remarque que la loi s’opposait a ce que les deux rois appartinssent à la même branche l:i. Il semble que la branche des Agides ait eu sur celle des Eurypontides une sorte de primauté d’honneur et comme un droit d’ainesse 10 ; mais on ne voit pas qu’il y ait eu entre elles aucune différence d’autorité.
Les rois étaient très vénérés à Sparte. On les croyait issus du grand dieu national ’HpaxX-7,ç 17. Leur lignée était sainte et divine. Ils étaient chers aux dieux, Oeoï'ji cptXoi, dit Tyrlée, et honorés par les dieux mêmes, OeoTtgYjToi 18 . Aussi devaient-ils assurer la protection divine à la cité. Intermédiaires naturels entre les dieux et les hommes, ils étaient chargés de tout ce qui concernait le culte 19. Leur principal devoir était d'accomplir les rites et de se conserver purs de toute faute qui eût attiré la colère divine sur eux et sur la ville. Aussi Sparte tenait-elle beaucoup à être sûre que ses rois étaient en règle avec la divinité. A cet effet, tous les neuf ans, elle interrogeait les dieux mêmes en leur
yqpwç àoxoTx av àçexïj * Iicl xÇ xe'p|/.axt xou 6iou xrjv xçtatv xîj; yeçovxcaç îcpoffOetç.,.. Oel; xoèç yéçovxaç xuçtouç xoo itepï xyjç àySvoç... xat (Tiïoudà’Çexat ouxo; o àyîov piàWxa
X«5v àvOçwitwv ; plut. Lyc. 26 : «xaSe Auxoffçyo; yeçovxa xafhirxàvat xbv açurxov àçsx/j xotôévxa... xat |i.eyi(rxoç èooxei xu>v Iv &v8çûitotç àyûvwv ouxoç eïvai. Ull peu plus loin. Plutarque appelle cette dignité vixTjxfjçtov àpexîj;. — 13 Plut. Lysand. 24 : xwv 'HçaxAetSwv yévoç Iv Eïcàpx-rj iîoAù plv xal AâjMtçov ^vOirjffS, oy *xvxl SI aûxwv tîj; PaaiAtxîJç (aetîJv XiaSo^ç, ccAA eoaatAeuov ev Suetv otxwv jaûvov ÊùpuiîwvxtSai xal AyiàSat, xoïç 3è aAXoïç ouSèv txépou icAtov êjteiv Iv ty) icoAixeta S tà tîjv eùyeveiav
— 14 Herod. VI, 52; Paus. III, 1. — 15 Corn. Nepos, Ages. I. Cela est confirmé par tous les faits de l’histoire. — L’oracle de Delphes avait ordonné, disait-on, xtjxâv jxaAAov xbv yeçaixeçov (Herod. VI, 52). Pausanias aussi présente les Agides comme une branche aînée (III, 2). — il Thucyd. V, 16: «Tite'çjia Aib; uîoff VjfxtOéou ; Xen. Resp. Lac. 15 : ànb ÔeoO' ; Plat. Alcib. I, 17 (éd. Didot, p. 470) : 'HoaxAsou; exyovet. — 18 Tyrlée ap. Paus. IV, 6, et Plul. Lyc. 6. — 19 Aristot. Polit. III, 0, 2 (éd. Didot, p. 537) : x* ™bç xoû? Oeoù^
à^oSsSoxat xoeç paatAeym.
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demandant « un signe ». Voici, suivant Plutarque, en quoi consistait cette cérémonie : « Par une nuit claire et sans lune, les éphores, assis en silence, tenaient les yeux fixés vers le ciel; s’ils voyaient une étoile traverser le ciel dans un certain sens, c’était le signe que les rois avaient commis quelque manquement à l’égard de la divinité; ils les suspendaient donc de la royauté, jusqu’à ce qu'un oracle venu de Delphes ou d Olympie ordonnât leur i établissement1. » Une telle pratique nous instruit des idées des vieux âges et du caractère primitif d une institution.
Ces rois avaient surtout des attributions religieuses.
« Ils ont, dit Hérodote, deux sacerdoces, celui de Jupiter Lacédémonien et celui de Jupiter Céleste. On leur fournit autant de victimes qu’ils en veulent pour les sacrifices. Les peaux des victimes ainsi que les meilleurs morceaux de la chair leur appartiennent. S il se fait un sacrifice au nom de la cité, ils ont la première place au repas, et dans la distribution des viandes on commence par eux ; ils ont double part, et ce sont eux qui font les libations... 'Chaque mois, le jour de la nouvelle lune et le septième jour, l’État leur fournit une victime parfaite qu’ils immolent dans le temple d’Apollon, et on leur procure en outre un médimne de farine et une mesure de vin. Dans tous les jeux sacrés, ils ont les places d’honneur. Ils ont le droit de nommer les deux Pythiens, qui sont chargés d’aller consulter le dieu de Delphes. Ils ont enfin la garde des oracles et le droit d’en prendre connaissance de concert avec les Pythiens2. »
Leur personne était inviolable ; mais c’était surtout au moment de leur mort que la vénération des hommes se montrait. La perte d’un de ces êtres sacrés funestait la cité et l’obligeait au deuil: « Quand un roi meurt, des cavaliers courent annoncer l’événement dans toute la Laconie et les femmes parcourent la ville en faisant résonner une sorte de tambour. Dans chaque famille, deux personnes de condition libre, un homme et une femme, doivent se couvrir des souillures du deuil. De tout le pays accourent les Spartiates, les Laconiens, les hilotes même, et, au nombre de plusieurs milliers, le jour des funérailles, tous se frappent le corps de grands coups et font entendre une immense lamentation. Puis on ensevelit le corps et, durant dix jours, il ne se tient ni tribunaux ni assemblées; ces dix jours entiers sont donnés au deuil » Xénoplion présente la royauté Spartiate sous les mêmes traits: « Elle est restée telle qu’elle était aux temps antiques, et voici les relations que le législateur a établies entre elle et la cité: les rois accomplissent tous les sacrifices publics, ce qui est naturel puisqu’ils sont issus du dieu ; ils ont double portion ; l’État lçur fournit autant de victimes qu’ils en ont besoin... Quand ils meurent, les honneurs qu'on leur rend sont tels qu’on semble honorer non des hommes, mais des dieux5. » Beaucoup de respects, peu de pou-
1 Plut. Agis , 11 . Plutarque ne parle de cet usage qu’au temps d’Agis III et lorsqu’il n’était plus qu’une arme de guerre entre les mains des éphores ; il a assurément le caractère d’un rite très antique et il répondait à une croyance religieuse. — 2 Herod. VI, 56-57. — ^ Plut. Agis , in fine. — 4 Herod. Ibid. — a Xeu. Iîesp. Lac. 15 (14) ; cf. Hcll. III, l : <TE|AvoTÉça; ^ v.u.-ù. avOoiuTCov xaçîjç. — 6 ’ASoouooçyjtoi, Plut. Apophlh. lac. 1, -. — 7 Herod. VI, 57 : x6tra.Sc [loiTva. — 8 Plat. Alcib. 1, 18 : 6 f3acrt).txoç çôçoç oux oXtyoç
yiveT at ov xeXoQifftv ot A.<y.xE$ai[Jiôvt.oi toIç paciAEffo-t. — 9 Plat. AlciO. I, |S, éd. Didot, t. I, p. 481. L’auteur dit que c’est surtout par ce pamAixo; œôço; que les rois sont devenus les plus riches des Spartiates. — 10 Herod. VI, 59 : oemç Suaç-rtYiTÉtav 7<'> paatXEï r\ tw Sy][/.o<tio) wcdeiXe. - — H Plutarque dit que les Lacédémoniens n’avaienl pas de trésor public ( Apophth . Lac. Anaxaud.) ; mais Hérodote parle de sommes
voir. Aussi Xénophon fait-il en même temps cette remarque que, pendant leur vie, « ils ne sont guère audessus des simples particuliers et qu ils ne peuvent pas avoir même la pensée du pouvoir absolu ».
Les rois deSparte n’avaient pas même de garde 11 ; l’iularque l’affirme, et, en effet, parmi les nombreuses anecdotes qui nous renseignent sur la vie de Sparte, nous ne voyons jamais que les rois, dans l’intérieur de la ville, disposent d’une force militaire. Ils n'avaient aucun moyen matériel ni de garantir leurs personnes ni de contraindre à exécuter leurs ordres.
L'autorité judiciaire qu’on leur accordait était très bornée, lis jugeaient, dit Hérodote, les procès jydatifs aux chemins publics; et, lorsqu il se trouvait une fille épielère, c’est-à-dire lorsqu’une famille n'était plus représentée que par une tille et menaçait de s'éteindre, il appartenaitaux rois, si le père était mort sans faire choix d’un mari, de décider par qui la fille serait épousée et par qui se perpétuerait la famille. Toute adoption se faisait aussi devant les rois. « Ces trois sortes d’affaires, dit Hérodote, étaient les seules qui leur fussent soumises ‘. »
Il ne semble pas qu’ils eussent en mains l’administration financière. Platon parle, à la vérité, d'une contribution que les Lacédémoniens payaient à leurs rois 8 ; mais il ressort de ce passage qu'il s'agit, ‘là de revenus annuellement accordés aux rois pour leurs dépenses personnelles, d’une sorte de liste civile sur les profits de laquelle les deux maisons royales devinrent fort riches 9. La distinction entre le tribut payé aux rois et le tribut payé à l'État est signalée aussi par Hérodote10. Quant au trésor public, il ne paraît pas qu’ils en eussent la gestion11. Jamais ils n'établissent un impôt de leur propre autorité. On ne les voit jamais disposer de la fortune publique. Enfin, ce n’est pas à eux, c'est aux éphores que tous les magistrats inférieurs rendent leurs comptes
Les rois prenaient part aux séances du sénat. « Ils sont assis, dit Hérodote, à côté des sénateurs dans les délibérations ; s’ils sont absents, ceux des sénateurs qui sont leurs plus proches parents votent pour eux et. donnent deux suffrages u. » Ce passage d’Hérodote est significatif. Si les rois n'avaient pas assisté aux séances, nous pourrions supposer qu’ils formaient un pouvoir à part, audessus ou à côté du sénat ; si du moins ils n'y avaient pas voté, nous pourrions encore conjecturer qu'ils auraient eu une sorte de droit de véto à l'égard des décisions de ce corps. Aucune de ces hypothèses n’est possible. Les deux rois ont les mêmes suffrages que les autres sénateurs ; ils sont semblables aux autres; ils sont, en matière politique, deux sénateurs au milieu de vingt-huit autres sénateurs u.
Aussi les rois de Sparte n’avaient-ils pas la direction des affaires. Ce n'étaient pas eux qui concluaient les traités. Thucydide donne le texte d’un traité entre Sparte
dues à l’Étal (VI, 59) ; Aristote signale aussi les impôts auxquels les Spartiates étaient soumis, tout en ajoutant qu'ils étaient peu exacts à les payer (Polit. II. H, 23, éd. Didot, p. 514). Thucydide, dans un passage qui a etc souvent mal interprété (I, 111), ne dit pas que Lacédémone n’ait aucun trésor public ; il dit que les l’éloponnésicns en général, et comparés aux Athéniens, ont des finances en mauvais élal — 12 Aristot. Polit. II, 0, 18. — 13 Herod. VI, 57 : — 7. Ç L 7 L V pouAsûouai vottri ysçou<n... Ç, 5= eXOtoffl, toù; pâAujta <T3i -ù.v yeoôvTMv - qitv T'i -tuv PotaiXfuv yiç.a Sjîi ir.svj; tiOe[Uvo-j;. Quoique Hérodote dise seulement ntcçîïtiv, nous pouvons admettre que l’un d’eux avait la présidence ; c’est ce que parait indiquer ce vers de Tyrtée : âoyn.v psv PojX^; ttoTqi^Tra; pcccnAïia;. — H Thucydide, .1, 20, a combattu l’erreur de quelques Grecs qui pensaient que les rois avaient double vote. Chacun deux n’avait qu’un suffrage.
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ot Argos ; il n y est pas fait mention des rois, et le commencement est ainsi conçu : « Voici ce qui a semblé bon a rassemblée des Lacédémoniens L » Le même historien rapporte un autre traité conclu entre Sparte et Athènes, et il en donne ainsi la teneur : « Les Athéniens et les Lacédémoniens ont fait la paix aux conditions suivantes. » La encore il n est pas iail mention des rois ; l’historien donne la liste « de ceux qui ont fait la libation », c’està-dire de ceux qui ont signé le traité ; il cite quinze noms parmi les Spartiates; le premier est celui d'un éphore ; le nom des rois ne s’y trouve pas2. Plus tard, quand les Athéniens assiégés adressent des envoyés au roi Agis pour demander la paix, le roi leur répond qu'ils doivent s adresser à SparLe ; « il n’a pas, lui, les pouvoirs requis pour traiter 3 ». Agésilas fait une réponse semblable aux envoyés du satrape Tissapherne 4.
Les rois de Sparte n’avaient pas davantage le droit d'entreprendre une guerre. Hérodote raconte une expédition que le roi Cléomène fit contre Pile d’Ëgine; cette expédition était illégale « parce qu’elle avait été entreprise sans l’assentiment de l’État Spartiate 5 » ; aussi Cléomène ne put-il la mener à fin. Le même historien nous montre des députés ioniens allant solliciter des secours a Sparte ; ce n est pas aux rois qu ils s’adressent, c’està une assemblée0. On peut voir dans Thucydide comment et par qui la guerre du Péloponnèse fut décidée : une assemblée de Spartiates est réunie ; les députés de Corinthe y sont i ntroduits et demandent la guerre ; les députés d’Athènes parlent ensuite en faveur de la paix ; puis, tous les étrangers s’étant retirés, l’assemblée des Spartiates délibère; plusieurs avis sont exprimés ; un roi parle contre la guerre; un éphore parle dans le sens opposé: l’assemblée vote enfin et la guerre est résolue à la majorité des voix. Les rois ont pu donner leur opinion et leur suffrage, ils n’ont rien décidé1.
Mais, une fois que la guerre avait été décrétée, c’était aux rois qu appartenait le commandement. « Dès qu’on est sorti du pays, dit Aristote, ce sont les rois qui ont la direction de la guerre8. » Ainsi, ces rois, qui n’avaient aucun pouvoir militaire à l'intérieur de la Laconie, et qui n’étaient même pas chargés du recrutement de l’armée, soin qui regardait les éphores9, avaient l’autorité militaire en dehors des limites de l’État. C’est ce qu indique aussi Xénophon : « Ils commandent l’armée partout où la ville les envoie 10. » Il fallait donc un ordre spécial de la cité pour qu’ils fussent investis du commandement. Le même historien montre nettement quelle était la nature de cette autorité : « Prenons les faits, dit-il, au moment où le roi se met en marche. 11 commence par offrir dans la ville un sacrifice à Zeus conducteur de 1 armée. Si les victimes donnent des signes favorables, le pyrophore prenant le feu de l’autel marche en tète de l’armée jusqu’à la frontière 11 . Là, le roi offre un nouveau sacrifice à Zeus et à Athéné. Si ces
1 I hue. 4, 77. - Thuc. V, 18 et 19. Il ne faut pas conclure de là
que le nom des rois lût toujours écarté; ailleurs, en effet, nous voyons les deux rois signer les premiers (Thuc. V, 24). Ce qui est certain, c'est quq leur nom n'est pas nécessaire, et qu’ils ne sont pas les vrais auteurs des traités.
— 3 Xen. Bell. Il, 2, 12. — 4 Plut. Ages. 10 ; Apophth. p. 100. — 3 Herod. VI,
50 : £v su tou xoivo-J EirapTii]T£Üv. — 6 Herod. I, 152; III, 45; IX, 6-10; VI. 106.
- 7 Thuc ], 67-87. — 8 Aristot. Polit. III, 9, éd. Üidot, p. 537 : St«v {£1x63
xf,v f,yê[xo>v in, Twv xeexoe itAEpov. — 9 Xen. Resp. Lac. II : o\ éeopoi x:poxr,pÙTTou»T..
Tà ex») e!s 'à Xsl «Tp«T£Ù£ff8ou xaî ïiuietuin xod oitXi'xat? ; cf. Herod. IX, 9-10. — 10 Xen. Resp. Lac. 13: xai oxpaxtav, oteol -Ai; IxitÉpu»;, Hérodote dit aussi que
Léonidas « fut envoyé ». aux Thermopyles (Vil, 206) ; il en est de même pour Pau sanias (IX. 6-10 cl Plul. Lyc. 28). Le roi Agésilas ne dirige pas l'expédition d'Asie
deux divinités donnent d’heureux présages, il franchit la frontière. En campagne, chaque matin, il fait le sacrifice, et il le lait avant l’aube, afin de saisir plus vite que 1 ennemi la faveur des dieux. Le sacrifice terminé, il donne a chacun ses ordres12. » De même avant chaque bataille, c’est lui qui immole les victimes, inspecte les entrailles, dit si les auspices sont favorables et donne alors le signal de combattre13. Comme dépositaire des auspices et intermédiaire entre les dieux et les hommes, il possède, à la guerre, un pouvoir fort étendu : « Les rois, dit Hérodote, conduisent 1 armée du côté où ils veulent; quiconque leur ferait obstacle serait sacrilège. » « En campagne, dit-il encore, ils marchent les premiers, ayant autour d eux cent guerriers choisis, et on leur fournit autant de victimes qu ils veulent pour les sacrifices u. » De tels faits ne doivent pas être appréciés d’après nos idées modernes. L’autorité militaire des rois de Sparte ressemblait peu à ce que nous entendons aujourd’hui par les mêmes mots. Elle était, à certains égards, très absolue, puisque celui qui osait y résister encourait les peines dues au sacrilège et que le roi pouvait de sa main le frapper de mort10. Sûr de la volonté des dieux, garant de leur bienveillance, le roi marchait en tète et il fallait le suivre où il savait que les dieux le menaient. « Prêtre vis-à-vis des dieux, il était général vis^à-vis des hommes » Mais la direction stratégique ne lui était pas complètement livrée. « Les polémarques sont toujours auprès de lui et logent dans la même tente, afin de 1 aider toujours de leurs conseils ; avec eux se trouvent aussi toujours trois citoyens de la première classe. »
G étaient autant de surveillants. Parfois même deux éphores les accompagnaient17. A partir de l’an -417, on imposa au roi la présence permanente d’un conseil de dix membres 18. Aussi voyons-nous que, même à la tète de l’armée, il s’en fallait beaucoup que les rois eussent la pleine liberté de leursmouvements. Le roi Cléombrote étant avcc un g armée en Phocide « envoie demander aux magistrats de Sparte ce qu’il doit faire 19 ». Le roi Agésilas est rappelé d’Asie par un ordre formel des éphores, et Plutarque cite la lettre où il leur répond que « son devoir est d obéir aux lois, aux éphores et aux autres magistrats 20 ».
Le pouvoir militaire des rois deSparte était donc d’une nature assez particulière et avait des limites. Quant à I leur pouvoir politique, il était à peu près nul. « Chaque mois, dit Xénophon, il se prête un double serment, l’un de la part des rois, 1 autre de la part des éphores au nom de la cité; les rois jurent d’observer les lois, la cité promet, àcette condition, de conserver la royauté 21 . Plusieurs rois de Sparte ont été mis en accusation, jugés, déposés, non par acte révolutionnaire, mais par acte légal22. Les éphores avaient le droit d’infliger des amendes aux rois pour les plus petites fautes23. Ils pouvaient même les mettre en prison sans jugement24. Un fait entre beaucoup
de son plein droit ; il faut que le sénat et les éphores lui décernent ce commandement (Plut. Lysand. 23). Voir Plut. Apophth. lac. éd. Tauchnitz, t. Il, p. ne, ou 1 on voit les éphores donner des ordres au roj Agis. — Il Cf. Nicol. Damasc., coll. Didot, Lragm. hist. t. III, p. 458. : X îuùpxopo; «tùveitxi x»r, p«7iXer. 12 Xen.
Resp. Lac. 13. —13 Voir dans Hérodote le récit de la bataillede Platée. Voir aussi
Polit. III, 9 : xxeïviei OÙ xûpto;, d py iv xaï; xoXEpuxotr; UoXoïs ev yjTpoç vop,,,. — 16 Xen. Itesp. Lac. 13 : PouxtAEt oùXiv «IXo spyov xonx’i.eixtxat rj 'eoeî pUv xà npo'ç xoùç 8to0; elvou, trxpaxx.YÇi X! Xà itpô; xoùs «vOpùxoup. — 17 Xen. Ibid. — 18 Thuc. V, 63. — 19 Xen Hell. VI, 4, I : ÈiiEpaxiz xi oixoi te'Xij xi jr p») ieoieïv. — 20 Plut. Apophth. (t. II, p. |05 éd. Tauchnitz). — 21 Xen. Resp. Lac. 15(14). - 22 Herod. VI, 85 ; plul. Lysand'. 29-30 ; Paus. III, 5, 3. — 23 Plut.Zÿc. 12 ; De fratemo amore, 9. — 24Thucyd. I, 13]
d’autres suffini à montrer combien les rois avaient peu d’autorité dans la ville : le roi Cléomène Ier voulait faire, sortir de Sparte un étranger dont la présence lui semblait dangereuse ; il dut s’adresser aux éphores et obtenir d’eux un arrêt d’expulsion1.
En résumé, la royauté de Sparte était une autorité religieuse en temps de paix, une autorité religieuse et militaire à la fois en temps de guerre, mais elle n’était pas un pouvoir politique Le gouvernement ne résidait pas en elle. Aussi Thucydide a-t-il pu dire que Sparte n’avait jamais connu le pouvoir absolu 2. Dans Hérodote, le Corinthien Sosiclès, s’adressant aux Lacédémoniens, leur dit qu’ils ne savent pas ce que c’est que la monarchie 3. Enfin Xénoplion fait la remarque que Sparte « n’envia jamais à ses rois leur supériorité d’honneur, mais que les rois ne cherchèrent jamais non plus à augmenter leur pouvoir 4 ».
5° Le peuple. — Le principe du gouvernement, à Sparte comme dans toutes les cités grecques, était que le vrai souverain était le peuple. Hérodote, voulant désigner la puissance suprême à Sparte, emploie les mots xb xcivbv twv Ü7rapxiax(ov s. Ailleurs, il énumère les attributions des rois et il ajoute : tels sont les privilèges que la communauté des Spartiates a donnés aux rois r>. La rliètra , que Lycurgue était allé chercher à Delphes et qui fut le premier fondement de sa constitution, portait que le peuple o oY|goç serait le maître et aurait la décision des affaires7. Tel était au moins le principe ; nous verrons que la pratique n’y répondait pas exactement.
Le peuple exerçait sa souveraineté légale dans des assemblées. Il paraît, d’après un passage d’Hérodote, que dans le langage de Sparte l’assemblée s’appelait âXia8. Les écrivains athéniens traduisent ce mot par celui qui était usité dans leur langue, éjcxXr,<7ta9. Parfois aussi ils le rendent par celui qui signifie au sens littéral la multitude, wX^Qo;10. Thucydide nous a donné la description d’une de ces assemblées; on y voit que les rois et les sénateurs y assistaient et y pouvaient donner leur avis, qu’un éphore présidait, que c’était cet éphore qui faisait voter et qui posait les questions, qu’enfin le vote s’exprimait ordinairement, non par des suffrages écrits ou par la levée des mains comme à Athènes, mais par une simple acclamation collective, (îoÿj ; quelquefois néanmoins, si l’on ne pouvait pas discerner le cri le plus fort, le président pouvait faire voter par discession 11 . Il n’y a pas apparence que les citoyens fussent distribués par groupes et émissent des votes collectifs, ainsi que cela se passait dans les comices curiates et centuriates des Romains. Cette assemblée décidait de la paix et de la guerre12. Les traités de paix étaient conclus en son nom et portaient que c’était elle qui les avait voulus 13 . C’était elle enfin qui faisait les lois 14
Ane regarder que ces faits, il semblerait que l’assemblée Spartiate fût composée démocratiquement et qu’elle
1 Herod. III, 148. Le môme historien cite un autre roi de Sparte que les éphores obligèrent ou à renvoyer sa femme, ou à en avoir deux, contrairement auv mœurs de Sparte (V, 39-40). Ailleurs, on voit un roi recevoir un ordre des éphores et l’exécuter en maugréant, Plut. Apophth. lac. (éd. Tauchnitz, t. II, p. y j o) . — 2 Thuc. I, 18. — 3 Herod. V, 92. — 4 Xen. Ages. I, 4 : <j ro/.i; nù ftov^mura -où TipoTETiurjcrtlai «ÙTou;... oï te fairUtT? o-l (JisiÇovwv <’o çt/8r,<rav ï| lo'ohritEp l; àpjrjj; tîjv aarrUtiav naféXaSov. — 5 Herod. VI, 50. — <> Id. VI, 58 : roiù-a Toi; pamXiùm SiS otgu èx toù xoivoù TÉov EitaçTtï|TÔ)v. — Plut. Lyc. fi : SâjjLo» Tr,v xupt'av xat xpàvo;. — 8 Herod. VII, 134 : âXt«; (tj),4eyo;xévtiç ; cf. hl. [, 123; V, 29; V, 79; Plut. Lyc. 6: ineXXàÇEiv’ TôSt’lrriv IxrXr.iTià^Eiv. Le mot 47. îa se retrouve dans les inscriptions. Boeckh. n“s 1841, 1844. — 9 Thuc. I, 87; V, 77; Xen. Bell. III, 3 ; V, 2, 11; Aeschin. in Timarch. 173; Plut. Ages. 30; Agis, 9; Diod. XI, 50. — to Thuc. I, 72; Polyb.