‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 200 sur 275 · XXIX. XX'X, 1.-6 Ibid. XXIX, 4. - 7 Ibid. XXIX. 5. - * Ibid · texte numérisé non relu

XXIX. XX'X, 1.-6 Ibid. XXIX, 4. - 7 Ibid. XXIX. 5. - * Ibid

“ ■ XXIX, i. 10 Ibid. XXIX, 8. — U Ibid. XXIX, 9. — ri Jbid.

pas besoin de prendre à la lettre les plaisanteries de Martial, qui prétend que ces hommes n'avaient guère changé de métier; mais elles n 'auraient pas été comprises si de tels abandons de la carrière médicale encombrée n’avaient pas été fréquents et notoires.

Nous avons vu que Septirne Sévère établit des traitements fixes, en argent ou en nature, pour les médecins du palais17. Les traitements en nature consistaient en deux ou trois annones , rations de farine qui pouvaient être vendues par les bénéficiaires. Dans les villes et bourgades, les traitements des médecins publics devaient être fixés par les conseils -municipaux ■*. Les archiâlres populaires des capitales percevaient des annones ( anno nnria ), variant suivant leur grade; ils pouvaient aussi recevoir des présents des malades guéris, mais il leur était interdit de rien accepter de ce qui leur aurait été promis pendant la crise ,,J. On n’est pas renseigné sur la valeur exacte des traitements ainsi concédés. Quant aux professeurs de médecine, dont les salaires ( salaria ) furent institués ou du moins consolidés par Alexandre Sévère20, nous ne savonsmême pas quelle sorLe de rémunération ils recevaient, en dehors des taxes perçues par eux sur les élèves aisés.

Suivant Y Histoire secrète , Justinien supprima les traitements des médecins et des professeurs d’arts libéraux21 ; mais ce témoignage isolé n'est guère digne de foi.

Les lois barbares de- la même époque fixent les honoraires des médecins ( medicatura ) suivant la gravité du mal : neuf sous pour le traitement d’une plaie 22, cinq sous pour la guérison d’une cataracte 23 .

Le médecin romain était protégé et même privilégié par la loi dans la réclamation de ses honoraires, qui étaient généralement payés le 1er janvier et dont la famille était tenue après le décès du patient2*. Lorsqu ils s’appliquaient à un esclave, considéré comme res, les services médicaux pouvaient être l’objet d un contrat de louage et le payement en était assuré par l’existence réelle ou implicite du contrat26. Mais s il s’agissait d un homme libre, la situation était plus difficile, car les Romains n’admettaient pas qu’un contrat pût avoir pour objet des services libéraux ; il n'y avait ni locatio opéra- # rum ni mandatum. Toutefois, en pareil cas, le droit prétorien eut recours au procédé de la cognitio extraordinaria 2(i. Le praeses dans les provinces, le préteur à Rome, jugèrent les actions relatives aux honoraires (jus dicere de mercedibus). La fixation du salaire litigieux incombait au magistrat, qui pouvait aussi réduire une rémunération excessive, lorsque le médecin 1 avait obtenue par extorsion.

On ne possède pas de données sur le salaire des sagesfemmes. En Égypte, il devait être faible, car, d’après le papyrus AVestcar, un père de famille paie une charge d’orge à quatre sages-femmes pour avoir opéré trois accouchements27. A Rome, les sages-femmes avaient, comme les médecins, une action pour réclamer leurs honoraires; seuls, les devins, magiciens, exorcistes et autres

XXIX, 22. — 13 Gale». XIV, 647. — U Orelli, 2983 ; Hernies, XIII, 120. — 13 Gale». XII, 910. 10 Mari. 1,31; VIII, 74.— n Lamprid. Al. Seu. 42.— 1 Dig. L.,30, 4,2; XXXIV,

1 10. — 19 Cod. Theod. XIII, 3, 8. — 2° l.amprid. Al. Se v. 46. — 41 Procop. Arcan. hist. 26. —22 Lex Salie. XIX, 6. — 23 Lex Visig. XI, 5. — 2V Dig. IX, 3, 7 ; XVII,

2 52; XIX, 5, 28 ; XXXIII, 1, 10, I ; L, 13, I ; cf. Jacquey, De la condition des médecins, Nancy, 1877; Th. Lôwcnfeld, Jnâslimabilitüt und Honorirung der actes ■liberales nacb rômischèn Rcchte, Munich, 18 87. — 25 Dig. L, 7, 8 ; Jacqucy, Op. I. p. 7i. 20 Dig. L, 13, 1. — 27 Ocfelc, Wiener klin. Wochenschrift, 1899, n” 27.

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Imposteurs étaient expressément exclus de ce droit1.

XVI. Privilèges des médecins. — Les villes grecques, comme nous le verrons plus loin (§ XVIII), ont souvent accordé à des médecins certains privilèges et honneurs i ndividuels ; mais elles ne semblent pas avoir concédé des avantages collectifs à la profession. Il n'en fut pas de même à Rome. .Iules César octroya le droit de cité aux médecins (libres ou affranchis) qui exerçaient à Rome même Auguste, reconnaissant envers son médecin, l’affranchi Antonius Musa, auquel il lit don de l’anneau d’or des chevaliers, accorda le privilège de Y immunité aux médecins libres1; celle immunité comprenait l’exemption de la tutelle4 et de quelques autres charges qu’il est difficile de préciser3. 11 est probable que les médecins résidant à Rome étaient seuls visés par cette mesure. Elle fut étendue dans la suite à ceux qui exerçaient la médecine à titre d’élus des représentants des villes 11 ; mais on a lieu de croire que les villes possédant des médecins publics leur avaient déjà accordé l’exemption des charges municipales. Vespasien et Hadrien confirmèrent le privilège accordé aux médecins par leurs prédécesseurs, d’être exempts du logement des militaires1; ce texte prouve qu’ils avaient reçu antérieurement cette faveur. D’ailleurs, comme nous l’avons dit, c’est parce qu’Antonin le Pieux trouva trop considérable le nombre des médecins soustraits aux charges publiques qu’il crut devoir le restreindre dans certaines limites8. A partir d’Antonin, les médecins privés semblent n’avoir plus joui d’aucun privilège. Modestin, en rapportant la constitution d’Antonin, ajoute que le nombre des médecins jouissant de l’immunité ne peut être augmenté par aucun moyen9, sans doute pour empêcher que des médecins privés n’essayassent de se faire assimiler, par des municipalités complaisantes, aux médecins publics désormais privilégiés. Un médecin delà deuxième légion ayant demandé à Caracalla l’exemption des munera civilia , l’empereur répondit qu’il jouirait de cette exemption tant qu'il s'acquitterait d’un service public, mais que, rendu à la vie privée, il n'en pourrait jouir qu’en tant qu’il serait in eorum numéro qui ad bénéficia medicis concessa pertinent, c’est-à-dire au nombre des médecins officiels 10 .

Comme les professeurs de lettres jouissaient des mêmes privilèges, il est probable qu’ils s’étendaient aussi à ceux qui enseignaient publiquement la médecine. Toutefois, la loi de Constantin qui confirma l’immunité des medici et prof essores l itterarum 11 ne dit pas expressément que ces medici donnassent un enseignement; ce mot, sans autre épithète, désigne souvent les médecins publics ou archiâtres, et nous avons déjà fait observer que l’existence d archiâtres scolaires , admise par le Dr Briau, n a pas encore été confirmée par les textes.

Les exemptions accordées aux archiâtres étaient celles de la tutelle 12, du ludorum publicum regimen (gynmasiarquie), de l’édili té municipale, de la prêtrise, du logement des soldats, de l’intendance des approvisionnements

1 Dig. L, 13, 1. — 2 Suet. Caes. 42. — 3 I)io Cass. LUI, 30. Deloclie prétend à tort qu' Auguste accorda l'anneau d'or à tous les médecins [Le port des anneaux dans l'antiq. rom. p. 19). — 4 Dig. XXVI 1, 1, G, 1. — 5 Jaequey, De la condition des médecins , p. 30-32. — G lnstit. I, 23, 15. — 7 Dig. L, 4, 11, 30. — * Jaequey, Op. I. p. 37. — » Dig. XXVII, 1, G, 3. — 10 Cod. Just. X, 52, 1. — H Cod. 'l'hcod. XIII, 3. — 12 Dig. XXVII , 1, G, 1. — 13 Dig. XXVII, 1, 6, 8 (éonstilution de Commode); cf. Jaequey, Op. I. p. 118-120. — 14 Cod. Theod. XIII, 3, 1. Comme exemple d'un médecin ayant néanmoins accepté un honos, il ne faut pas ciler, comme on l'a lait, l’inscription Orelli 3039, qui est évidemment fausse. — 15 Cod. Theod. XIII, 3, 3. — 16 Ibid. XIII, 3, 2. — u Jaequey, Op. I. p. 123. — 18 Cod. Theod. XIII, 3, 2, 3,

publics en blé munu

militaire ( militia ), enfin de vinciale munus ?) 13 de munera et exemption d 'h les médecins désiraient ceux-ci 14

de certains impôts, praestaliones

es en blé et en huile (emptio frurnenti et m , is judicandi , du munus legationis , e')- du

'•in de tout autre famZ,^

H y n là, tout ensemble exeni ' Tl

eux-memes se soustr

Les archiâtres officiels furent encore (J"'" 4 impôts, praestaliones , et d’imptUa '.T* ture, ab omni functione 10. Certains archiâtres ,| "a' dilion curiale ou revêtus de certaines digniio ' ^ exemptés du décurionat et des charges que ces imposent10, comprenant l’obligation de recouvrer l'h 7 foncier et la capitation, de payer pour les insolvable's'd donner des jeux, etc. ”, ainsi que des charges' proLl ment sénatoriales, glebalis collatio , aurum oblatüiu2 Les exemptions accordées aux archiâtres le sont aussi à leurs femmes et à leurs enfants; ainsi, le fils d’un archiâtre ne doit pas le service militaire '8. En outre elles sont également valables pour les ex-archiàlres, c’est-à-dire pour ceux qui ont accompli leur temps de service, Les archiâtres jouissaient encore de privilèges actifs • i]s n'étaient pas obligés de comparaître en personne devant les tribunaux ; ils étaient protégés, par des peines très sévères, contre toute injure venant d’un homme libre ou d’un esclave19. Mais ce qui paraît avoir été particulière- I ment enviable danslacondition des archiâtres du iv siècle, c'est, qu’ils pouvaient parvenir à tous les honneurs et exercer toutes les fonctions sans en supporter les charges ! pécuniaires et autres. Les archiâtres palatins jouissaient de privilèges et d’honneurs spéciaux : ils devenaient comtes du premier ou du deuxième degré et prenaient rang parmi les vicaires 2Ü. Tout archiâtre palatin portait le titre de cornes archiatrorum 21 ; de ce nombre fut Vindicianus, proconsul d’Afrique en 380 '-b Sous Théodoric, il y eut un praesul architriarorum , qui avait toujours libre accès auprès de l’empereur 23 et était considéré comme le chef hiérarchique de tous les médecins de 1 Empire. I XVII. Situation morale des médecins. — la1 prix que les hommes attachent à la possession de la santé ' et, d’autre part, l’incertitude de l’art de guérir, si propice à l’étalage d’une fausse science, se reflètent dans les j jugements contradictoires que les anciens ontpoiUssur; les médecins; comme les modernes, et pat les lllf'me® motifs, ils ont tour à tour vu en eux des bienfaiteurs e

des exploiteurs de l’humanité.

Commençons par rappeler le bien qu on a dh 1 1 ■ “ decins. Pour Homère, le médecin vaut, à lui se" . ^ J coup d’autres hommes23. Empédocle prétem T14 *

âmes des devins, des poètes d’hymnes et ces 111 ^

s’élèvent après la mort au rang des dieu» • 11 ^

hippocratique assure que la médecine est a I .

des professions 21. Cependant Platon, malgn- son pour Hippocrate, ne semble pas considérer a comme un art libéral 28. Cicéron la range parmi honcslae « pour ceux à la situation

desquels ils convien-

VIII 1 I-, li'^‘ I

}, IG, 17, 19. - I» Ibid. XIII, 3,1. - » Ibid. J'’ ,’S6 G.-* H -21 Ibid. XI, 18. - 22 Tissot, Fastes de la prov. d A/ du c0|lègc M

od. Var. VI, 19. Le cornes archiatrorum n est pas L ' pauly wisso«a-

•ciliaires, mais cornes inter archiatros , cf. Sæcc , s„erandi tr0 s>'

J, 639. - 24 l»ü„. Nat. Hist. XXIX, 18 : -4*0 blanda e t , ^ tique dulcedo. - 26 lien. 11. XI, 514: «.USv *««■»' * ^ „ implique p»' [VII, 382), le médecin est nommé a côté du < cvl"’ stro». ' '

n manque de considération pour son état. f.*' ' parombergi d’1'" “,c

-27 Hippocr. IV, 039; cf. I, 571. - 28 Hat. Alcib. 131 , cf.

i6 i j II > 351 .

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MED

ordini conveniunt ) 1 ; mais, dans Testent » (?u0TLii des affranchis el des esclaves.

èce, <’('1

ord<> le plus de cas de la profession

■jndece"* 1 ”‘è ^ qui ia compte parmi les artes

mpdicalo es ^ Qn doit au médecin, dit-il, plus

\beraliSSm<'liy\VQ^ car il donne non seulement sa peine, que dos h°n01 •' ^ ’ drQjl aureSpect et à l’amour; comme

nia'S ■!! ^'('■"philosophie, c’est un ami, non un mercelemaf .e progrès que fit, au i" siècle de 1 Empire, nil"r ' " ^cordée aux médecins est bien marqué ll,St""1 controverse de Quintilien *, où l’on demande J®"* l orateur, du philosophe et du médecin, rend leql ’ ice6 à l’État. Plutarque range également la plUllr parmi les èXeuOepfet xéXv«t. Dans les derniers île 1 Empire, la considération accordée aux méde- ■P%e traduit tant par les privilèges assurés aux ar- C'l ‘.vires (Ü XVI) que par la brillante carrière de quelques Sobres du corps médical, comme le père du poète Ausom-qui, praticien estimé à Bordeaux, devint sénateur romain el préfet d’illyrie 8.

Quelques écrivains, sans s’attaquer aux médecins en général, raillent la confiance un peu puérile qu’ils inspirent, les prières qu’on leur adresse de rendre la santé aux malades, comme si cela dépendait de leur bon vouloir*'. D’autres, au contraire, les défendent contre 1 injustice du public qui, si le malade guérit, attribue la guérison aux dieux, et, s'il ne guérit pas, en accuse le médecin 7.

Que les reproches adressés aux médecins grecs fussent souvent légitimes, c’est ce que démontrent d’abord de nombreux passages des écrits hippocratiques. Il y est question de l’ignorance de la plupart des médecins ”, de la légèreté de leurs jugements, de leur indifférence au mépris public, pourvu qu’ils ne soient pas atteints dans leurs intérêts9, de leur tendance à tromper le monde par des procédés de charlatan qui sont souvent récompensés par lesuccès ‘“.Delà, l’opinion répandue qu’il n’existe réellement pas de médecins, d'autant plus que les médecins, en présence de maladies aiguës, se contredisent comme des augures". A bien des égards, les écrivains hippocratiques ne sont pas moins sévères que les poètes comiques, et leur sévérité est motivée par les mêmes abus. « Il y a un an, dit un personnage d’Aristophane, j’avais mal aux yeux ; j'ai eu le malheur d’aller trouver un médecin, et maintenant je vais plus mal12. » Aristophane met sur le même rang les devins, les médecins et les prodigues la. Aristophane, Aristophon, Philémon, Théophile avaient écrit des comédies sur les médecins1*. Ceux qu’on bafouait le plus volontiers étaient les médecins à la modo, charlatans élégants (xopuj/of, Xaptevxs;) 13, qui essayaient d’en imposer par le luxe de leur personne, de ,eui enl°urage et de leurs instruments, coffrets d’ivoire, ancettes incrustées d’or, ventouses d’argent, alors qu’ils savaient à peine s’en servir 10. Un auteur hippocratique,

— Ml °//- I, 42, 151. — 2 Sen. Ep. 95. — 3 Sen. De Benef. VI, 15-17.

4 5 tjv| \ll, \ 38. — 5 Plut. Alor. 122 d ; Gilson. Adlect. 1 3 ; Epiced.

P- :}07 ? 8,0V ^ al ' Epict. III, 10, 15. — 1 Episl. graec. éd. Hercher,

1—9 ..r I, ’^OO : oi xaxot te x«i icXelertot III, 414; IV, 198.

üe » V63°’~10 719; III, 414; IV, 198. — H Ibid. II, 240, 242 ; cf.

.1869’ I, 68. — Il Arisloph

^Meinck F ** ”” J- Arisiopn. Fragm. 181. — 13 Arisloph. Nub. 331-334. III, ,2f) J com ■ </>•- I, I). 336, 410, 435, 582 ; cf. Welckcr, Kl. Schriften ,

Plut.fljp lu" A**ï»**;«. Athen. IX, 377 ; XV, 666; Dio, XXXIII, 6, p. 395 ; xop-W, îlùmncr Cri T' • A''St' 48° ^ ’ ^0?rls’ 20fl> 8 ; 7.l?'tvTE5> Arist. 463 A :cf. Hermann-

— il Hi,i,,0ci. l u ,ltallerlh. p. 358. — IG Luc. Adv. indoct. 29 ; Galou. XIV, 600. quel,,,*, pi,,';,’. "6C' ~ 18 Plin- Aaf. Hist. XXIX, 9, il, 18, 20-23. Il y a déjà

— I® Mari. V| -j, ' "ISJ Uc6r0“, Pro Cluent. 16; ad Brut. 16 ; ait l'iron. IV, 9.

ld. X, 77; même reproche dans Plin. Nat. Hist. XXIX, 21,

tout en recommandant aux médecins une tenue propre et soignée, les met en garde contre tout luxe inutile A Home, les médecins grecs, objet des invectives du censeur Caton (§ II), furent durement pris à partie par Pline le Naturaliste. Il leur reprocha de porter le désordre dans les familles, de capter les testaments, de se faire les complices de crimes, empoisonnements et adultères, de se diffamer entre eux sans scrupules, d elever systèmes contre systèmes pour se faire valoir, d cire les vils complaisants de ceux qu'ils prétendaient traiter et guérir, enfin d’étaler une vanité sans bornes et une scandaleuse avidité18. Martial ne les juge pas avec plus d’indulgence: ils séduisent les femmes *9, exploitent les maladies en les faisant durer20; ils vont jusqu’à voler les objets mobiliers chez leurs malades21 ; ils les tuent en prétendant les soigner 22. Le même reproche est adresse par J m enai au célèbre médecin Thémison 23. Ce sont là, sans doute, des exagérations comiques; mais Celse, savant en médecine sinon médecin lui-même, s’élève contre les praticiens intéressés qui,. uniquement avides de gain, visitent trop de malades 2l, et blâme sévèrement le charlatan ( histi'io , opposé au prudens) qui exagère la maladie d un client pour mieux faire valoir ses services - . Du temps d’Epictète, certains médecins ne craignaient pas de solliciter eux-mêmes les clients, alors qu autrefois c étaient les clients qui sollicitaient les médecins Un autre procédé de ces charlatans consistait à exécuter des opérations en public, comme les dentistes dans nos campagnes Il y avait aussi des médecins thaumaturges, comme cet Antigonos qui, au dire de Lucien, se vantait d avoir ressuscité un homme enterré depuis vingt jours28. Calien reproche aux médecins de son temps leur vanité, leurs querelles scandaleuses, leurs lâches complaisances, el va jusqu’à comparer les praticiens de Rome à des brigands qui opèrent, non sur la montagne, mais en ville

On aurait tort, cependant, de généraliser ces critiques et de les étendre à toute la profession médicale. A côté de charlatans et de gens indélicats, comme il en a existe de tout temps, l’antiquité a compté nombre de médecins d’un dévouement admirable ; chose plus importante encore, elle leur a fait une loi du dévouement et de la charité. C’est ce qu’il nous reste à montrer en traitant des honneurs rendus aux médecins et de la déontologie médicale.

XVIII. Honneurs publics rendus aux médecins. — De bonne heure, la reconnaissance publique a divinisé les médecins : Esculape, Podalire30, Machaon, Chiron 31, le Thrace Zalmoxis32, le Scythe Toxaris, auquel Athènes rendait un culte33, le 7jpi»; iarpôç honoré à Athènes et a Éleusis, où Ton ignorait son nom, el à Marathon sous le nom d’Aristomachos 3U Le plus ancien témoignage authentique que nous possédions des honneurs publics rendus à un médecin est un disque de marbre de la fin du

à propos d une opération à l’œil laissée à dessein imparfaite. — 21 Ibid. IX, 97.

— 22 Ibid. I 31, 48; VIII, 74. — 23 Juv. X, 22t. Hadrien écrivit contre les médecins d'Alexandrie qui l avaient traité sans le guérir, ap. Epiplian. niP'< ixétjuv, éd. Pctav. p. 170 A. — 24 Cels. III, 4. — 23 ld. V, 26. — 26 Epict. 111, 24t 27. — 27 Plut. De adul. et amico, 32. — 28 Luc. Pliilops. 21, 25, 26.

29 Gale». VU, 419; VIII, 357, 495; X, t; XIV, 599, 602, 619, 621, 623, 625,

660 (passage capital); XIX, 15. — 30 $trab. VI, 302; Lycophr. 1046. - 31 pans. IX, 31; Plut. Symp. III, 4; Ovid. East. V, 397. — 32 llerod. IV, 95; Pial. Charmid. 244. — 33 On l'honorail comme $£•,■>; Uctço; (Luc. Tox. 2, p. 404).

— 34 Corp. inscr. att. Il, 404; 1893, p. 113; Hernies , VIII, 350,

358. Sur Aristomachos, v. Bekker, Anecd. I, 262; Scliol. Dem. XIX, 249; Hernies, XX, 43. Alkon était probablement aussi un héros-médecin [Atlien. Mitth. X. 97).

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vi" siècle, découvert à Athènes, sur lequel est peinte la silhouette du médecin Aïneias, appartenant à la famille des Asclépiades de Cos1 imago, fig. 396.V. L’inscription se lit ainsi : MvŸqu.ac toô Aîveiom «rocpiaç txxsoCi àptoroo2. A en croire les anciens, la reconnaissance des Athéniens envers I fippocrate, qui avait combattu avec succès la grande épidémie de peste, se traduisit par des mesures extraordinaires : il recul le droit de cité, fut initié aux mystères d’Éleusis, et l’on décida que lui et ses descendants seraient entretenus au Prytanée 3. Mais le texte du décret qui aurait été rendu à cette occasion est certainement apocryphe4 et aucune inscription n'est encore venue confirmer le rôle attribué, lors de la peste d’Athènes, au médecin de Cos. En revanche, à partir du ivc siècle av. J.-C., nous possédons une série d’inscriptions, tant d’Athènes que de la Grèce continentale, des îles et de l’Asie Mineure, qui attestent la gratitude des cités grecques pour leurs médecins. En 322, l’Acarnanien Événor est loué pour avoir dirigé avec zèle le ixxpEîov public d’Athènes, dépensé de sa bourse des sommes considérables et soigné gratuitement les malades ’. En 303, un autre médecin public, Phidias, est loué et couronné pour avoir longtemps soigné avec zèle ceux des Athéniens qui réclamaient son concours; puis il a décidé de donner ses soins pour rien, en conséquence de quoi on lui décerne des honneurs publics G. A Élatée, un médecin venu de l’étranger, Asclépiodore, a mérité divers privilèges par sa sollicitude pour les malades et son désintéressement7. Le Lacédémonien Damiadas, médecin public à Gythium, a rempli ses devoirs avec zèle à un moment où la ville manquait de ressources et a consenti à la servir sans traitement 8. Un décret d’Amphissa honore Menophantos, lydien d’origine macédonienne, qui est venu s’établir à Amphissa et a assuré à lui seul l’entreprise des soins médicaux, dont il s’est acquitLé à la satisfaction de tous0. A Andros, le médecin Artémidore reçoit une couronne d'or 10. Le médecin Ouliadès est honoré à Minoa d'Amorgos par la communauté samienne11. Archippos de Céos est nommé proxène et bienfaiteur de Délos pour avoir soigné beaucoup de citoyens 12. Garpathos eut pour médecin public, pendant plus de vingt ans, au 11e siècle av. J.-C., Menocritos le Samien ; autrefois, exerçant son art à Rhodes, il avait traité gratuitement beaucoup de Carpathiens; àCarpaLhos, il s’est distingué dans une épidémie et reçoit des récompenses appropriées13. Chatalas est honoré à Calymnos en qualité d’archiâtre et comme bienfaiteur de nombreux citoyens14. A Cos, au me siècle av. J.-C., pendant une épidémie, tous les médecins étaient tombés malades; l’un d'eux, Xénotimos, s’imposa spontanément la tâche de les remplacer et soigna sans distinction tous les habitants 13. La même île a encore fourni deux inscriptions en l'honneur des médecins Isidoros et Satyros16. A Smyrne, on élève une statue à

1 Stepli. Byz. s. v. K5,*. — 2 Jahrb. d. Inst. 1897, pl.i; Hoffmann. Syllo'/e, p. 23, 30 ; Corp. inscr. ait. IV, 4221^, p. 185. — 3 Sorau. III, 853; Plin. Nat. Hist. VII, 37. — 4 Hippocr. IX, 401 ; cf. l'inlrod. de Littré, t. I, p. 39. — 3 Corp. inscr. att. II, 187. — G Ibid. 256 b. — 7 Bail. corr. hell. X, 365. — # Brit . Mus. Inscr. t43 ; cf. pour un autre médecin de Gythium, E=r([x. à?y« to)i. 1891, p. 191. — 9 Bull, corr. hell. 1901, p. 234. — 10 Athen. Milth. I, 236. — H Bull. corr. hell. 1894, p. 161. — 12 Ibid. 1880, p. 349. — 13 Brit. Mus. Inscr. 364; Bev. arch. 1860, I, p. 317. — *'♦ Brit. Mus. Inscr. 258. — *5 Bull. corr. hell. 1881, p. 201 ; Paton-Hicks, Cos, 5. — 10 Paton-Hicks, C’os, 341, 409. — 17 Corp. inscr. yr. 3311. Cet Hermogène est probablement identique à un médecin de l’école d’Érasistrale dont parle Galien, De sirnplic. medic. I, 29. — 18 Corp. inscr. yr. add. 4315 n. — 19 Bull. corr. hell. X, 60. — 20 Corp. inscr. yr. 4289; Waddinglon-Lc Bas, 1297.

MED

Hermogène, ci ne, plu villes d'Europe et d’Asie, sur 11 polis en

raclite le Rhodien18

;ene qui avait écrit soixante-deux liVre* , us des ouvrages sur l’histoire de 1, ,, méd«1 Enroue et d’Asie en. ' U1e, sur I.-

,ycie5 une inscription a conservé le

raclite le Rhodien'8, qui fut également i,n . iléd Rhodiens, les Alexandrins, les Athéniens " l" VT 'eS sacré de l’Aréopage et les philosophes ■ H"’al d’Athènes ; il était célèbre non seulement r P‘CllI'lens decin (TTfcotov àn’ itûvo; iatodv), mais comme'? .J d’œuvres médicales et philosophiques ; on disùi , T qu’il était l’Homère des poèmes mé,ti,a„,. ..." ,elui

etail t

no-

poèmes médicaux et

très fréquent dans ces textes honorifiques - il i ses soins gratuitement (iocTfEusavro- ^oùa). CadVa , élève aussi une statue de bronze à son médecin mT pluie, praticien heureux et expérimenté'9. Apeides bono i Lysandre, appartenant à une famille de Lyciarques W àptcxov vsvogEvov". Ameinias Aristoboulos, médecin accompli et philologue (iarpov etov xal r.XdXoTov,, Ti honoré d’une statue à Lydae -1.

On pourrait ajouter à ces textes ceux qui témoignent de la reconnaissance des villes à l’égard de médecins qui ont soigné et guéri de grands personnages, bien qu’icila part de la flatterie intéressée puisse l’emporter sur c de la gratitude. Le sénat et le peuple d’Ilion comblent d’honneurs Métrodore, qui a guéri Antiochus 1er d’une blessure22. Délos honore Papias d’Ainisos, médecin et ami de Mithridate 23. Artorius Asclépiades, qui avait sauvé la vie d’Auguste, est l’objet d’un culte à Smyrne en qualité de -qpto; 24. Statilius Attalus, àpyyaTpo; i^Çoturfiv, est honoré ù lléraclée Salbacé, où sou nom figure aussi sur les monnaies20. Ménécrate, médecin des Césars, plusieurs fois nommé par Galien 2G, est honoré d’un héroon à Rome par ses élèves et sectateurs (oî Yvt0?;N1 xw éqcjtwv aîpEtnâpyq) ; l'inscription2, rappelle qu il élai l’auteur d’une Logique médicale en cent cinquante-six livres, qui lui a valu de nombreux décrets honorifiques de diverses cités. Nous avons déjà mentionné les honneurs rendus à Anlonius Musa, le médecin d Auguste, et au trop fameux médecin de Claude, Sterlinius Xénophon (§ XII) 28.

XIX. Déontologie médicale. — Si les médecins gi|>cs n’ont pas tous été des gens de bien, ce n est pas taule d’avoir reçu de nobles conseils. De toutes les parties e la science médicale, la déontologie est la seule qm «s Grecs aient portée du premier coup à la perleclmm Au égard, l’école hippocratique a enseigné et legih'i I""' tous les temps. Il suffit, pour en fournir la 1 ’ 1 ‘ 11X1 transcrire la traduction du fameux Serment lui1! ^ tique, telle qu’elle a été donnée par Littré • J ^ par Apollon médecin, par Esculape, l,ai ^

Panacée, par tous les dieux et toutes les d< VTforeef prenant à témoin, que je remplirai, suivant im ■ ^

et mes capacités, le serment et 1 engagent ni

21 Journ. of hell. Slud. 1889, p. 72. Ajoutez

lull. corr. hell. 1900, p. .223), de Delphes ( -

'.orp. inscr. gr. sept. 510, 517), de Magnésie du Méandre t • ^ r|,0„„euf

328), de lasos (Rev. des études gr. 1893, p. 180)- La IS 1 " jncornp1*10'

! médecins, publiée dans le Rull. corr. hell. 1991, I 21 Coi

22 Corp. inscr. gr. 3590. — 23 Bull, de corr. lu • j 2;, Waddingl"11'

.. 3283; cf. Ihid. 2203, et Corp. inscr. att. NI, ' ‘ „mDi0Vé aujourd’hui

Bas 1095. — 2ii 11 était l'inventeur d’un emplâtre enroi ^ //„/. i ,;i

hell-

’llOI ■umplê

diacliylon (Rev. arch. 1882, I, p. 203). - 27 ^ jrcstôs fui ll0n^ 28 Au v» siècle ap. J.-C. encore, le médecin Jakob» ' 2* Hippocr. !'•

ine statue à Athènes (Pliot. Riblioth. God. 242, p. 344

MED

MED

de médecine au même rang que les

nr'ii mon mailre

1 de mes jours, je partager

aute"1 " nnnpvoirai à ses besoins; je tiendrai

irai avec lui mon avoir et,

111 irinl je pourvoirai à ses besoins; je tiendrai leCaSf'1 .s pour des frères et, s’ils désirent apprendre la sl'ÿl" " é la leur enseignerai sans salaire ni engage-

éceplcs, des leçons orales et du

médecine, je *'

i |(> ferai part des prece ’ [ , renseignement à mes fils, à ceux de mon maître

rlSU "disciples liés par un engagement et un serment el |, loi médicale, mais à nul autre. Je dirigerai le S“'V , des malades à leur avantage, suivant mes forces Xn jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de ï i justice Je ne remettrai à personne du poison, si iTin’èn demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille iceestion Semblablement, Je ne remettrai a aucune femme un pessaire abortif1. Je passerai ma vie et j’exeri mon art dans l’innocence et la pureté. Je ne pratinuerai pas l’opératiom de la taille (?)2, je la laisserai aux Lsiiui s’en occupent. Dans quelque maison que j’entre, j'y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtoutde la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves. Quoi que je voie ou j’entende dans la société pendant l’exercice ou même hors de l’exercice 'de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas3. Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donne de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes; si je le viole et que je me parjure, puisséje avoir un sort contraire! » i « On peut affirmer, dit Littré, que ce serment a exercé une influence salutaire et perpétuelle sur la profession piédicale. Libanius écrivait, au déclin de la civilisation antique : « Vous qui, désireux d’entrer dans la profession «médicale, avez trouvé des maîtres pour vous instruire,

« adonnez-vous diligemment à l’étude ; soyez humain ; «que l’amour de vos semblables vous inspire; appelé « près d’un malade, courez; arrivé près de lui, examinez- « le avec toute l’attention dont vous êtes capable ; compa- « tissez à ses souffrances, réjouissez-vous de son réta- « blissement et intervenez de tout votre pouvoir entre le « patient et la maladie4. »

Littré rappelle que le Serment avait pénétré aussi chez Arabes. Un médecin sicilien, Ilonain, s’autorisa de ce lexte respecté pour refuser de fournir du poison à un (‘dÜe Aujourd'hui encore, grâce à la tradition hippocral|(I"c, ceux mêmes qui ne l’ont jamais lu en subissent i nll uence et se dirigent dans la voie qu’il a tracée, pie manque pas, ditencore un médecin hippocratique, e sec°arir un étranger et un pauvre, car là où il y a de

pari" *avor^cmenl criminel, non de celui auquel l'obstétrique est

ni | i ,,ccourii\ Platon sait que les sages-femmes peuvent être

'j'."1 Pratiquer l’avortement ( lheaet . 149 D) et Aristote le permet avant H| ' 111,11 \on n aj| reçu le sentiment de la vie [Polit. VII, 4). Voir Littré, sur ^ ^ plus haut, ambloseos dikè. — 2 Voir plus haut, §G. — 3 On

frrnnm *la^ ^ ^ 'luc ^(! secret professionnel était également imposé aux sages- | ' l'H’auius, îatpoj çaçjxa x£mç, I, 52 M. — 5 Casiri, Biblioth. arab.

2(„; Bippocr. IV, p. G25. — G llippocr. IX, 258. — 7 Ibid. IX,

~~ 8 Ibid- VI, 11. — 9 Ibid. VI, 91.-10 Ibid. IX, 207. - H Ibid.

— 13 Gels. VII, abcs (Daremberg, lfi Luc. Abdic. 29. — n Dion, VIII, 131. — i#Ccls.

IX, 207, 269 — io n » . . . . .

l. ,(( p " daremberg, Flist. des sc. rnêd . I, p. 95, 9G.

On / i UccPl(' hippocratique, que l'on retrouve chez les Ara

Jll *- >’ OS). — iSCcis. v 2G ■ 6! Cale,,, j

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