‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 207 sur 275 · ME N · texte numérisé non relu

ME N

MEN

320000 bénéficiaires, chiffre qu’il mais qui remonta bientôt, puis-

César trouva sal .-. 150 000 *,

Bflu|B,v n(, réduction opérée par Auguste maintint q"’une a. On retrouve

qu 1,1,1 " . . Ls2. On retrouve le même çhiffre sous

20000» n egl probable que dans l’intervalle il

Seplh,U lé^cnsibiement le même, puisque sous Trajan, rlail rPS r la réduclj0n opérée par César, on se con-

C°rte de 'remplacer ceux- qui disparaissaient*. Devons- U>11 . 1er ces chiffres comme représentant le nombre

T^indigents officiellement secourus à Rome? Qu’ils L 0„ effet nombreux dans cette grande ville, il n’y (,n douter. Les témoignages abondent en ce sens, nt 'simple réflexion suffirait pour l’établir. S’il y a L^ralion, comme on l’a dit [annona], dans le mol du bun M. Philippus qui s’écriait, 1 an 104 av. J.-C., "-il ,,’v avait pas 2000 citoyens qui possédassent un n-itrimoine \ il n’en est pas moins significatif. Et quant ‘ témoignage terrible de C. Gracchus, rapporté par Plutarque 6 : « Les animaux ont une tanière pour y élever leurs petits; les citoyens romains qui prétendent régner sur les nations n’ont ni feu ni lieu, point d’asile pour reposer leur tête », nous verrons que ce n’est pas là une simple hyperbole pour signifier que beaucoup de citoyens romains avaient cessé d’être propriétaires. Cette allégation est littéralement confirmée par des textes postérieurs pour d’autres époques, et rien ne permet de poire que ce dénuement ne fût pas le partage d’un grand nombre, dès le temps où C. Gracchus le dénonçait. Mais lorsque l’on considère que César raya d’un seul coup (70000 participants, on est amené à penser que tous, dans cette plebs urbana , n’étaient pas indigents au point d’avoir absolument besoin pour vivre de recevoir les secours de l’annone. Il est vraisemblable que l’on raya d’une part ceux qui ne pouvaient établir leur droit de citoyen romain, et d’autre part ceux qui, tout en réunissant lesconditionsrequises sous ce rapport, pouvaient à la rigueur se passer de secours. Suétone dit que le questeur dut tirer au sort chaque année parmi ceux qui n avaient pas été inscrits pour remplacer les morts et les disparus7. 11 n’y a pas à s’étonner si les candidats à cette faveur étaient nombreux, mais comment était établie la liste sur laquelle on tirait au sort? Il ne paraît pas que personne en fût légalement exclu. Du moins, aucun document ne mentionne-t-il qu’une exception soit faite pour les sénateurs et les chevaliers. La moralité n’entrait pas non plus en ligne de compte 8. Mais il était obligat°iie de faire devant les magistrats la déclaration que l’on entendait être inscrit sur les listes de l’annone 9. Cela ressemble si fort à une demande de secours qu’il n’est, pas a missible que riches et nobles se soientabaissés à la faire, fus listes paraissent, en somme, avoir comporté la n,‘bcma tout entière, divisée en ses tribus. En * nombre de 320000 participants à l’annone, qui (|J. doit par César, est donné aussi par le monument ^ comme le nombre le plus considérable de q(i n> '1UI aient participé à un congiaire sous Auguste. jjlJ,1.1 mI Pas être là une simple coïncidence10, et l’on dï,sez généralement que la plebs urbana tout

1 *uet. ca

- s Son De L — 6 Plut. Gracch. 7. — 7 Suet. Caes. 41.

— 1(1 'rnim ,ne^' -®t 2. — 9 Lex Julia municip. 17. et cf. 1-19.

’ ‘ nCyr- U1' l5- — 11 Dion. liai. IV, 24. — 12 Dio. Cass, 43, 21.

1 Huet. Caes. Il ■> o

19. — ;) |jj0 Suet. Aug. 40; Dio. Cass. 35, 10; Monum. Ancyr. 111,

XXV, 3, 5 ... ass' (i’ G Marquardt, L. c. p. 149, n. 5. —4 Clin. Paneg.

entière comprenait 320000 citoyens. Quant aux riches, ils avaient, s’ils y tenaient, un moyen de tourner la difficulté et de profiter des largesses de I Liât : c était d’affranchir des esclaves, de les faire inscrire dans une tribu ou de leur acheter une tessère frumentaire", puis

de se faire apporter par eux le blé ainsi obtenu.

Néanmoins, cet abus devait être limité. Autrement on ne s’expliquerait pas les expressions dont se servent les auteurs en parlant de la plèbe frumentaire : oyXoç 1 2, 7r)i-qGoç,:i, et surtout irÉvqTeç u, iiropot ,J. Cependant quelque chose subsistait de la coutume primitive d où étaient sorties les distributions, en ce sens qu’on n’y appliquait pas nécessairement! idée d aumône. Ce qui se passait à Constantinople en est une preuve frappante. Pour encourager la construction dans celte ville, le droit

de tessera y fut accordé aux propriétaires de maisons neuves et à leurs successeurs, 1 héritage suivant la maison [anxona civica]. Mais en fait, il faut admettre que

les 200000 inscrits de Rome étaient bien des pauvres, avec cette réserve qu’il pouvait etqu il devait y avoir des exceptions dont il est impossible de fixer le chiffre, soit par suite d’abus, soit en vertu d’un droit reconnu.

Pouvons-nous donc dire qu il y avait à Rome 200000 pauvres? Il est probable qu’il y en avait davantage. En effet, si d’une part nous reconnaissons que parmi les participants quelques-uns n étaient point des indigents, d’autre part il y avait une liste de candidats toujours ouverte et en outre des étrangers qui n’étaient pas légalement admis aux distributions. Le nombre des étrangers est évalué à environ 60 000. Ils devaient apporter un assez fort appoint à la population indigente. Il y aurait donc eu à Rome deux cents et quelques milliers de pauvres.

Si, avec beaucoup d’historiens, nous adoptons pour la population de la Rome impériale un total approximatif de 1600000 à 2000000 d’habitants ,s, nous trouvons qu’un peu plus d’un dixième aurait été tout à fait pauvre, moyenne très acceptable. Remarquons même que celte proportion confirmerait l’opinion qui accepte pour la population de Rome le chiffre que nous avons admis. C’est en effet, à peu de chose près, celle que saint Jean Chrysostome déclare exister à Antioche 11 où il y avait, suivant lui, un dixième de pauvres. Elle serait un peu plus forte pour Rome, et il n’v a pas lieu d’en être surpris. La comparaison avec la ville de Paris, quelles que soient les différences sociales dont il faut tenir compte,

ne donne pas des résultats bien différents. En 1876, les seuls bureaux de bienfaisance ont secouru 140000 per sonnes, et plus de 160 000 loyers inférieurs à 400 franc ont été dispensés de la cote mobilière et personnelle. En 1881, il y avait 125000 inscrits aux bureaux de bienfaisance 1S. En 1899, nous trouvons 199530 secourus,

hospitalisés et enfants assistés compris, pour une population d’environ 2 millions et demi d habitants 1J. La proportion serait donc moindre qu’à Rome, mais ce n’es1 sans doute qu’une apparence, car il faut y ajouter la dispense de contributions locatives et mobilières accordée aux loyers inférieurs à 500 francs (soit

13 Id. 55, 10; Joseph. Bel. Jud. Il, 16, 4. — 14 Appiau. Bel. cir. Il, 120; IMul. C. Gracch. 5. — >3 Dio. Cass. 38, 13. — 16 Marquaydt, L. c. p. 151 et 152, n* 1.

17 g. Joli. Chrys. In Matth. Hom. 60. — 18 Chiffres cités par Üuruv, Uist . de

Boni. t. 111, p. 755 et suiv. ; t. V, p. 545, n. t. — 19 Compte moral de I Assistance publique pour 1899.

MEN

697 908 locaux d’habitation sur un total de 910504), et surtout tenir compte de la multitude des œuvres charitables non officielles, qui secourent ou hospitalisent bien des milliers de pauvres, dont un nombre considérable, mais difficile à apprécier, ne reçoit certainement rien de l'Assistance publique, ce qui remonte la proportion. Au total on ne doit pas s’écarter beaucoup du dixième. A supposer que nos conclusions, en ce qui concerne Home, soient exactes, l’avantage serait d’ailleurs en faveur de Paris, puisque 1 esclavage était dans l’antiquité un triste mais incontestable restrictif de l’indigence.

A part la sportule [sportula], qui est pour les clients pauvres une véritable aumône, à laquelle, il est vrai, les mœurs antiques n'attachaient aucune idée de honte, on ne voit pas qu’aucune œuvre de charité ait existé à Rome avant le christianisme. C’est à peine si avant 1 époque de Trajan on voit quelques particuliers faire des legs ou des donations en faveur d’enfants pauvres de différentes cités, comme le fit Pline le Jeune1. En revanche, les secours extraordinaires étaient assez fréquents, sous forme de congiaires [congiarium], de banquets donnés à l’occasion d’une solennité religieuse, des jeux, d’un triomphe, de grandes funérailles, événements les uns exceptionnels et les autres réguliers 2. Une somme d’argent était souvent offerte à la place du banquet, mais toujours en vue d’améliorer le repas ordinaire ou de faciliter l’organisation de festins particuliers3 epulae]. Les congiaires étaient donnés le plus souvent en signe de réjouissance, mais aussi en temps de disette. Les bénéficiaires étaient les mêmes qui recevaient l’annone, mais on y regardait de moins près et le nombre habituel était parfois de beaucoup dépassé, puisque le plus considérable que nous trouvions pour le règne d’Auguste atteint 320000, c’est-à-dire probablement le total de la plèbe urbaine. Par générosité, on put favoriser les familles nombreuses, en y admettant quelquefois les enfants au-dessous de onze ans L

11 nous faut maintenant examiner de quelle efficacité ces divers secours étaient aux indigents et quels sacrifices ils imppsaient à l’État. Les cinq modii de blé distribués chaque mois à chacun produisaient environ 38 kilogrammes de pain. Ils étaient donc tout juste suffisants pour un individu. Si celui-ci n’était pas seul, il n’était donc nullement dispensé de chercher d’autres moyens d’existence. Nous en avons d’ailleurs la preuve dans ce fait que., en un temps de disette, Auguste fit doubler la ration ordinaire. C'est donc que les pauvres étaient dans l’impossibilité de se procurer un surplus nécessaire et qu’en d’autres temps ils trouvaient par leurs propres ressources. En effet, le même empereur tenta de réduire les distributions à trois par an, le total du blé accordé restant le même « afin de ne pas détourner trop souvent les plébéiens de leurs travaux » 6. Cette double ration fut elle-même insuffisante, et Auguste y ajouta 60 sesterces par tête. En 28 ap. J .-C., la ration fut quadruplée 6. Sénèque disait que le peuple était moins bien traité que les prisonniers Le surplus, il le trouvait dans la sportule, dans les congiaires, les epulae et aussi dans un peu de travail; les professionnels de la mendicité, dans

• Plin. Ep. \ II, 18; ^f. Antiali d. Inst, di corr. arch. 1854. — 2 Marquardl, \ ie privée, t. I, p. 244 et suiv. ; Suet. Dora. 4; Plant. Trinum. 4087. Athen. V, p. 221 sq. ; Plut. Lucull. 37; ld. Caes. 55; Dio. Cass. 43, 21, 3; Tit. Liv. XXXIX, 46. — 3 Marquardt, L. c. p. 245. — 4 Suet. Aug. XU.

MEN

l’exercice de leur triste métier. Une partie urbana était d’ailleurs bien réellement m

urbana était d’ailleurs bien réellement pi0 ' ('.Cetle Pl*h extrême misère, au point même de n’avoir^. dilns l'ne ment fixe. On disposait des matelas grossir'* loge' grand cirque et sans doute en d’autres lieux si , ■ le venait coucher cette population errante* r , sorte d’hospitalité de nuit. Il y en avait qui co.uï ''Be au Eorum 9, sous les portiques1» dans h ! i • nl de la vilie H. Enfin les mille allumions misere et à la mendicité prouvent combien étaient ï„! * lisants les moyens d'assistance. La même preuve «Ji fourme par le nombre des pauvres nourris par l'E " des le milieu du m* siècle. Rome en cela subit le son toutes les grandes villes. ae

Quant aux sacrifices qu’imposaient à l’État les distributions de blé et les congiaires, nous croyons que la meilleure méthode, pour nous rendre compte de leur importance relative, est d établir encore une comparaison entre le passé et le présent. Tant pour la période qui précède la réfection des listes que pour le reste de la durée de l’Empire, c’est-à-dire en prenant pour base 320 000 puis 200 000 participants à 5 modii par mois et en faisant ressortir le modius à un prix moyen de 4 sesterces, nous trouvons une dépense annuelle de 50 fr. 40 par tête. En ce qui concerne les congiaires en argent, les chiffres du monument d’Ancyre, en prenant une moyenne de 250000 participants, donnent 11 fr. 90 par an et par tête12. En additionnant les données du Clironographe de 354 pour la période de cinquante-six ans qui s’étend de Néron à la mort de Septime Sévère, nous trouvons une moyenne de 7 500 000 francs par an, soit 37 fr. 50 par tête13. Le total annuel des frumentations et des congiaires serait donc de 62 fr. 40 par tête sous Auguste et plus tard de 87 fr. 90. Ces chiffres ne peuvent évidemment être qu’approximatifs. 11 faudrait en tout cas y ajouter les congiaires en nature, huile, vin, viande, vêtements, etc. Admettons donc que chacun des 200 000 secourus coûtait annuellement à l’État une centaine de francs. A Paris, en 1876, les seuls bureaux de bienfaisance ont distribué 51 fr. Il par personne secourue. En 1899, l’Assistance publique a secouru en tout 199 530 personnes. La dépense totale a été de 47 288842 francs, soit 237 francs par tète. La dillcrence avec 1876 provient de ce que pour 1899 nous taisons entrer en ligne de compte, comme il est légitime, lesj malades des hôpitaux, les hospitalisés, les enfants plans à la campagne. Tout en tenant compte de la diinimdionl du pouvoir d’achat de l’argent, mais en nous soinenantl que la charité privée dispose à Paris d’un budget énorme! nous pouvons conclure que ni les distribution.-* dt > e gratuites ni les congiaires ne peuvent être taxés d< ll,ot I gai i té'. On ne saurait y voir davantage sans pm 11 I"1'’’ 1 I instrument de corruption aux mains du despotmnn.^ | vrai reproche que l’on peut adresser à l’assistanc 1 |,,,ih est d’avoir été faite d’une manière par trop ^ rudimentaire. Nul discernement n’y présidait. C°n^‘ ^ comme un droit acquis, assurée à vie, elle R'*1'1 . 1

défauts de toute espèce d’assistance, mais clk h ” ' ^

plus haut degré. C’est dans son application i 11 i 11 1 '

„ , » : Son- />>

— 3 Dio. Cass. LV, 20. Suet. Aug. 40. — » Dio. Cass, nui, -• ^ __,1Juï.

8 Id. De vita beata , 25. — 9 Clic. 1\ Dom. S. 30.

— lu Mart. X,

13-16. — 12 Mon. Ancyr. III, 7 cl suiv. — 13 Marquai’ p. 173 et suiv.

•dl, Orgnn. fi11-

rail, fr*

MEN

MEN

essence, qu’elle fut corruptrice à Rome plus Bon dan^0" s avons dit en commençant que ce vice gu'ai|lelin,y origines mêmes de l’institution, qui n’avait reIïl°nl(' l’idée d’assistance, mais celle du butin. Du Pasàsn ('"nombre des participants fut limité, on peut j°ur 0U t pa9Sistance publique est, en fait, née à Rome. ^ Tins cette limitation même, il n y avait qu’une idée *lalS’ ‘ J ic gi ie christianisme, dès le milieu du me siècle, (j’écono'm^om^ un pr0digieux changement dans l’assis- ^ Vour les siens d’abord, puis, dans la suite, pour laTh population pauvre, c’est parce que l’assistance T' hennc sortit de l’idée de charité, d’où le discernerai des divers besoins et l'adaptation de secours appro- D1Cn, ■ chacun de ces besoins. D’ailleurs la charité chrême emprunta aux mœurs du temps des usages sous lesquels elle put se dissimuler, tels que la sportule, les repas publics, etc. Mais nous ne saurions en traiter sans sortir de nos limites.

Les distributions furent faites en blé jusqu’à Aurélien: en pain de première qualité, en forme de couronne, à partir de ce prince1. A Aurélien aussi seraient dues les distributions de viande de porc 2 [laniusJ. Ceux qui avaient droit aux libéralités étaient appelés incisi , parce que leurs noms étaient inscrits sur des tables de bronze, et ils recevaient une fois pour toutes la tessera 3.

Le pain distribué est souvent désigné par l'épithète de gradilis, parce qu’on devait le recevoir sur les marches de la boulangerie ou les degrés de 1 estrade où siégeait le magistrat distributeur (fig.

4900) 4 . Il était interdit de le faire passer de main en main, d’une marche à l’autre, ni de le donner dans le sous-sol, afin d’éviter la confusion. Il était ainsi plus facile de voir si la tessère était présentée, et de s’assurer que la même personne ne la présentait pas deux fois. Il était interdit au peuple de descendre dans le sous-sol qui servau de refuge aux voleurs et aux courtisanes de bas étage. Tout devait se passer au grand jour et sur les marches6. La tessera pouvait être achetée à un précédent ayant droit6 ou léguée, et les maîtres n'aienl soin d’en pourvoir l’esclave en l’affranchissant. Les distributions avaient lieu au Portions Minucia dans neuvième région, qui comprenait quarante-cinq ostia"' . n tessera indiquait les jours et l 'ostium où devait se présenter le porteur. Il fallait pour l’obtenir avoir le 1 complet de cité, clause qui n’eut plus de raison I u ri à partir de l'édit de Caracalla conférant à tous les De ^'*3res de l’Empire le droit de cité romaine. (,"sar, on devait en outre faire une déclaration8.

!, a . p[jn ^ure^ 35. — 2 Lex Julia municip. 1. 15; Sen. De ben. 4, 220, i r , ane^‘ -8» 6; Lamprid. V. Diadum. 2, 10; Corp. inscr. lat. VI, ^ 4 Grand 1 ~ 3 Marquardl, Organ. fin. trad. fr. p. 160, n. 7.

• congiaril’m. — 5 Cod. Theod. 14, 71; 3 et 4 et le II, p. i(53 n a ^0<^efroid ; Prudent. II, 948 ; Id. Adv. Sym. 1, 582. — 6 Marquardt, ^vlia munici “ YT ‘ n* 2.-8 Lex Julia municip. L. c. — 9 Lex

-12 SjmnH i 1 C°d' Theod" X1V- ,7-~ *°Suet- Cacs ■ XLU- - 11 W. Aug. XLIV. ». Xxv. ... ’tt’r w p’ 7' ~ 13 Cod- TI>eod. 1. XIV, t. XVIII. - H Cod. Just. 1. XI, lXXx.c.V.lB ^ UXX’ Pracf- 8CI- ~ 16G- Nov. LXXX- c- 1V- - 11 G- Nov.

ibliographie. Boeckh, Econ. politique des Athéniens ; Schoemann

On exigeait le domicile réel à Rome [plebs urbana).C& n’est qu’à partir de Trajan que les enfants y furent admis. Des précautions étaient prises pour que les ayants droit seuls prissent part aux distributions : les magistrats chargés de cette fonction en étaient responsables sous peine d’amende9.

Les lois agraires n’avaient eu en somme d autre but que de diminuer la plebsurbana. César, comme corollaire à la radiation de 170000 participants, leur proposa de s’établir dans des colonies qui furent formées à cet eflet. Quatre-vingt mille acceptèrent 1#. Il exigea que les propriétaires employassent au moins un tiers de travailleurs libres11. C’était un moyen efficace d’empêcher la population rurale dépourvue de ressources, en partie à cause de l’esclavage, d’affluer à Rome. Auguste s'inspira des mêmes principes. Dans un moment de disette il renvoya de Rome tous les étrangers à l'exception des médecins et des professeurs, et lorsque l’abondance fut revenue, il conçut le projet d’abolir les distributions de grain qui, pensait-il, nuisaient à l’agriculture, et par conséquent entretenaient le paupérisme. Mais des raisons politiques le firent renoncer à ce projet, d'ailleurs impraticable et même inhumain par son radicalisme. Mais ce n est que fort tard que l’on voit l’administration prendre des mesures contre la mendicité proprement dite. Symmaque expulsa de Rome une foule d’intrus attirés uniquement par l’appât des distributions 12.

Les empereurs Gratien, Valentinien et Théodose font procéder à un examen de tous les mendiants13. Mais ici l’humanité ne perd plus ses droits. Tous ceux qui sont reconnus infirmes ou trop âgés pour gagner leur vie gardent le bénéfice de l’assistance publique et l'on doit les laisser mendier en paix. Au contraire, les mendiants valides ( mendicantes validi) doivent, s'ils sont de condition libre, être adjugés comme colons perpétuels à ceux qui les auront signalés ; s’ils sont esclaves, ils appartiendront à leur dénonciateur. Le code Justinien reprend à son compte et applique à la ville de Constantinople la même mesure **. Il y ajoute tout un ensemble de prescriptions concernant les étrangers vivant à Constantinople ou de passage dans cette ville, et qui ont pour objet d’empêcher les campagnes de se dépeupler au détriment des villes encombrées et de l’annone15. Les étrangers, s’ils n’ont pas de moyen d'existence suffisant et se rendent en outre coupables de quelque délit, doivent être expulsés. S’ils sont esclaves, on recherchera leurs maîtres à qui ils seront rendus. S’ils sont libres, on les rapatriera même malgré eux 16. Quant aux mendiants proprement dits, s'ils sont valides et ont le droit d’habiter Constantinople, on les emploiera de force aux travaux publics, tels que jardins, boulangeries, etc. Les mendiants étrangers seront expédiés dans leur province d’origine n. André Baudrillart.

MÉNÉLAS. — Ménélas était, en Laconie, l’objet d’un

Antiquités helléniques, trad. Galuski; Lorenz, Publicae pauperum ap. veteres curae specimina, Altenburg, 1797; Van Lennep, Disputatio juridica ad Valentiniani constitutionem de mendicantibus validis, Lugd. Bat. 1824; Teuffel, in Pauly's Realencyclopaedie, IV, art. mendici et pauperes; Drumann, Die Arbeiter und die Communisten in Griech. und Rom, Kônigsberg, 1860; Serrignv, Droit public etadministratif des Romains, Paris, 1862, t. I, n. 357; II, n. 779, 836, 840, 1183 et suiv. ; Naudet, Des secours publics chez les Romains, Acad, des Inscr. t. XIII; Marquardt, Manuel des antiquités romaines, t. X; De l’organisation financière chez les Romains, trad. fr. ; Mommsen, M an. des Antiq. Rom. t. VI, Droit public ; Lallemand, Hist. de la charité, t. I, 1902.

Fig. 1900. — Distribution d’un congiaire.

MEN

culte, ainsi qu’Hélène1. Le centre de ce culte était la montagne située à l'est de Sparte, et appelée Ménélaïon-. Le bourg de Thérapné y possédait le tombeau et les temples de Ménélas3 et d'Hélène1. On montrait aussi, en sortant du Dromos, à Sparte, l’ancienne maison de Ménélas, près d’une statue d’Hercule B. Hélène et Ménélas étaient adorés, à Thérapné, non comme des héros, mais comme des dieux6. On leur offrait des sacrifices, on célébrait des fêtes en leur honneur1. La fête d’Hélène s’appelait EXév(e)ias; Hopr/j de Ménélas nous est seulement signalée9, sans que son nom soit spécifié. Mannhardt suppose que Ménélas et Hélène étaient originairement, en Laconie, deux divinités locales en rapport avec le culte des arbres10. Ce culte aurait ensuite passé en Arcadie, où 1 on retrouve, près de Kaphyai, un platane sacré appelé MeveAaiç 1 ‘ , et, sans doute, colporté par quelque colonie très ancienne12, en Égypte13 et en Cyrénaïque u. L'épopée homérique et les récits post-homériques, en racontant le séjour du couple Ménélas-Hélène en Égypte avant son retour à Sparte, n'auraient fait que consacrer le souvenir de ces anciens rapports entre l’Égypte et le Péloponèse et donner une explication légendaire de la présence de ces cultes arcadico-laconiens en Afrique.

G. Fougères.

MKlMSKOS (My)vi<txoç). — Les mots {xv^ vvj et p.7)vî<7xo; désignent le croissant de lune, par opposition à aeXvjv-r] qui désigne la lune pleine. Mais le mot p.T|Vi<7xoç a été employé une fois par Aristophane 1 en un sens figuré : il s'agit là d’un objet destiné à garantir les statues contre les saletés que pouvaient faire sur elles les oiseaux. C’est à ce point de vue seulement que le mot nous intéresse.

Les commentaires du scoliaste d’ Aristophane, de Suidas2 et d’Hésychios3 ne sont guère qu’une paraphrase du texte du poète et ne, fournissent pas une description précise de l’objet. D'autre part, les fouilles n’en ont fait retrouver jusqu’ici aucun échantillon. Pour nous le représenter, il faut déterminer d'abord à quels besoins réels il répondait dans les sanctuaires de l’antiquité.

Un grand sanctuaire était fréquenté fatalement par des oiseaux en grand nombre, non pas seulement par des petits oiseaux, mais par des corneilles, des milans, des éperviers, etc. Ceux-ci étaient attirés par les sacrifices qui étaient faits journellement sur tes autels; après le dépeçage de la victime, il traînait toujours à terre quelques débris dont ils faisaient leur proie. L’habitude les rendait même très familiers, au point qu’ils n’attendaient pas la fin de la cérémonie pour venir happer un morceau. Pausanias * assure qu’à Olympie leur voracité était relativement discrète et que les sacrificateurs n’en étaient importunés que rarement, mais il présente cela comme un fait merveilleux : c’est donc que

MESIELAS. l Voir les testes réunis par Wide, La/e. Kulte, p. 340-346, et Roscher, Lexic. dur Myth. art. mbnelaos. — 2 Polyb. 111, 18, 3; V, 18, 21 22- Civ. XXXIX, 28; Et. Byz. s. v. McvlXao;. Voir les fouilles exécutées par Ross en 1833-1834 : Ross, Arch. Aufscltze, 1, C; II, p. 341 ; Drcssel-Milcbbôfer, Ath. Mith.

Il, p. 321 sq. Des fouilles récentes (1900; ont dégagé le monument d une manière plus complète (Kastriolis, UçaxTix* TJ[; à?/. tTotipiia;, 1900, p. 74). Sur les figurines d homme et de femme découvertes à cet endroit, voir Perdrizet, Hep. archéol. 1897, I, p. 8. Le Ménélaïon était un céuotaphe constitué par trois terrasses rectangulaires superposées et soutenues par de gros murs d’appareil quadrangulaire ; la terrasse inférieure mesure 23 m. 70 sur 16 m. 50; la terrasse supérieure (8 m.’fO sur 5 m. 50) est remplie intérieurement par un blocage. — 3 paus. III, 19, 9.

- 4 Herod. VI, 61 ; Paus. 111, 7, 7 et 15, 3 ; Tryphiodor. 518. - 5 Paus. III, 14, fi. Wide (La/c. Kulte , p. 346) suppose que le culte d’Hercule étouffa celui de Ménélas et se substitua partiellement à lui dans ses rapports avec Hélène. — 6 Isocr. Encom ffclcn. 63. - Aen. Gaza. Theotbr. 046 (Mignc) ; Oenomaos ap. Euseb. Praep.

MEN

règle ailleurs. Lucrèce6

me légende a‘L

corneilles n’approchaient point d’un

part, raconte, d’après une légende athénienne’

le fait contraire était la

J aulJ

, i . que les

'Acropole, « non pas même quand les ^crir" ‘!ndroil de sur les autels » : cela prouve, tout au moins ^ f"7aient enfices avaient pour effet ordinaire Sa'

neifies. Tous ces oiseaux effrontés, en raison' 'i ** COr' qu’ils déposaientpartout, étaient un tourment ! qui avaient charge de l’entretien et de la bonneT' ^ sanctuaire. Le jeune Ion, dans la tragédie ,rp ®du se montre fort irrité contre les « oiseaux^du Parnasse’,6’ .1 les menace de ses flèches; il veut les écarter à iJ prix, parce qu’ils souillent les offrandes sacrées 1 parce qu ,1s essaient d’établir leurs nids sous la co ni. he du temple. Mais il ressort des paroles d’ion nue certains oiseaux ne devaient pas être tués, du mZ dans un sanctuaire divin, puisque l’on se servait de JL vol et de leurs cris pour connaître la volonté des dieux. L on peut supposer aussi que, bien souvent, les oiseaux habitants d’un sanctuaire devaient être considérés comme la propriété du dieu et bénéficier d’une sorte de droit d’asile (un peu comme les pigeons de Saint-Marc à Venise ou comme ceux qui peuplent la cour intérieure de certaines mosquées à Stamboul).

Il fallait donc subir leur présence et se borner à prendre les précautions voulues pour écarter ou atténuer les fâcheuses conséquences qui en résultaient.

Les métopes sculptées du grand temple d'Olympie fournissent le meilleur exemple des moyens employés pour empêcher le nichage

des oiseaux. Partout où les fortes saillies de la sculpture offraient une place propice à l’établissement d’un nid, des fiches de fer ou de bronze, enfoncées dans le marbre, mettaient un obstacle à la gent ailée. Ces fiches n’existent plus; mais les trous où elles étaient plantées, profonds de 0 m. 03 à 0 m. 043, existent toujours, et l’explication que M. Petersen a été le premier à en donner ne saurait être sérieusement contestée1. On peut différer d’avis seulement sur la forme exacte de l’objet, mais non sur sa destination. M. Treu a adopté la forme la plus simple, une tige droite 8, suivant le modèle constaté sur le Triton du temple de Locres9 ; M. Petersen préférait la

Fig. 4901. — Ménisque sur une antéfixe.

ev. \, 28, p. 223. — 8 Hesych. s. v. rE).cvta et xâwaflça ; cf. Plut. Ages. 1 •* > J" 11 X VIII , 43 sq. — 9 Athenagor. Presb. 14 : AaxeSaijJtôvioi MevéXewv, *a‘ aÙTS xat £oçTàÇou<Ttv. Les érudits modernes ont adopté, après Meursius >( ^ ^ feriata , p. 201), le nom de Mcnelaeia ou Menelaia. — 10 Mannhardt, Antike ^ ^ u. Feldkulte , p. 22; Wide, Lak. Kulte , p. 317 et 343; cf. Theocr. XV , l’Hélène $ev$PïTtç de Rhodes (Paus. III, 19, 10); Kaibel, Bernes, XXVII, ’

— H Paus. VIII, 23, 4. — 12 Pind. Pxjtli. V, 83; Boeckh, Expl. Pwd. P- ,-^j

— 13 plut. De Herod. malign. 12 ; Scylax. ap. Geogr. Min. de Müllei, L P- ^

Strab. XVII, 801; Tac. Ann. II, 60. - i* Herod. IV, 169; Pind. Pyth. V,

MEIVISKOS. 1 Av. 1114. — 2 Lex. s.v. —3Lex. s. v. — * V, 1*. >■ j33

rer., VI, 752-3.— 6 Ion, 102 sqq. - 1 Cf. Petersen, Athen. Mittheil., XIV, sqq. ; Treu, Olympia, III, Die üildwerke in Stein und TVzon (1897), R ^ Jbid.f. détail des trous constatés dans les parties subsistantes des métopes, < I 1 ’

158, 160,162, 164, 165, 169, 170,173, 174, 176, 178. — 8 Cf. Olympia. ^’r| pi. xlv, — 9 Cf. Roem. Mitth., V, 1890, pl. ix Ant. Denkmaeler, I, P • ul

MEN

MEN

(rident *, qu’il retrouvait sur une tuile antéfixo forme r" __ ^ ggl remarquable que, tandis que les mé- JeC<l] 'ms le temple d’Olympie étaient si bien protégées, l°Pes retrouvé trace de précautions pareilles pour

onn/' P sauf peut-être dans le Pélops du fronton les fronton») r

or;;1,;l;;e se préoccupait pas seulement d’empêcher les I. n . nicher autour du temple, mais même de se

tic ii*1" i • i •

,,,• sur le temple. Pour cela, on dressait des pointes f Ill!nl sur les acrotères, les antéfixes et sur le faite de l’édifice. Des antéfixes ainsi protégées ont été retrouvées 6 pâlie (fig. 4901) 4- L’historien Josèphe 5 mentionne , le faite du grand temple de Jérusalem était garni, à 'cet usage, dofcW dorés; il n’est pas improbable que ces ôêsXot étaient réunis par petits groupes, lesquels ressemblaient à nos paratonnerres à pointes multiples. Pour les acrotères enfin, je citerai seulement deux exemples empruntés à deux époques différentes : un Sphinx archaïque, de l’ Acropole d’Athènes6, et les trois petites Nikès du temple d’Artémis, au Iliéron d’Épidaure1.

Après le temple, il restait à protéger les offrandes disséminées tout autour, dans le téménos. Le second grief du jeune Ion contre les « oiseaux du Parnasse » est qu’ils souillent, on devine comment, les saintes offrandes («p' àvaO-qgaTa). Ces offrandes étaient principalement des statpes. Il s'agissait de faire en sorte que les oiseaux ne pussent se poser dessus8. On s’y prenait comme pour les figures d'acrotères et les tuiles antéfixes :

on fixait dans la tête de la statue une pointe de métal. Certaines des figures archaïques de l’Acropole d’Athènes9 ont gardé cette pointe intacte (fig. 4902) ; chez la plupart, elle est cassée au ras du crâne; à tout le moins, le trou où elle était plantée oblige à en admettre l’existence autrefois. C’est une règle générale qui souffrait cependant maintes exceptions :

par exemple, les têtes archaïques u 'h‘sée de 1 Acropole qui ne montrent pas trace de appai cil défensif sont environ dans la proportion d’une 111 (inq ■ Cet appareil n’existe que sur la tête ; si l’on d ^hicé quelquefois aussi sur les épaules, le cas doit rt ''ùi finement rare et n’a pas encore été signalé. Les Qu dux l,0uvaient donc se poser librement sur les épaules jjUSUI ^)ras’ quand un des bras était tendu en avant11, du'br 'n la*S°n ^ 1 étroitesse relative de l’épaule et si b T8 ava^ ^ celft un moindre inconvénient que I '* ' 11 rn^me eht été prise pour perchoir.

Dous pUeSt'0n Princ*Pale est si la tige de métal, telle que a'ons conservée, constituait à elle seule toutl’ap-

F'g. 4902. — Ménisque sur une statue.

1 *-f- fctersen, h. /

p. 2 eUi TreU’ °'ymP‘a, III, p.

Dl etpl- XLI; éeterse pi- xii, A. 7 statue

-37. — 2 Cf. Monum. del Ist., Suppl, pl. n, 3. p. 46, fig. 56. — 4 Adler, Arch. Zeitg. 1874, ,(9en’ 1 ■ l- P- 328. — S V, 5, C. — 6 Cf. ’EW. à,*., 1883, élevée s * Cavvadias, Calai. Mus. nat., 159-161. — S Une grande P'wes pour nichei. "" pi^eslal haut, pouvait offrir aux oiseaux de bonnes Pourquoi des pré " 60 61a*1 ams‘ de la Nike de Paeouios à Olympie ; c’est Otftipia, lu p t ' T ava‘eul été prises pour elle contre le nichage : cf. Trou, te^i lue nous av S'S Un lel cas esl exceptionnel pour les statues el rentre dans d Collignon, 5,s/ txam‘n^ Pour les temples. — 9 Cf. Musées d’Athènes , pl. ui-iv, ^ai>s noire ’xtulpt. gr 1, p|. i (c’est la statue dont la tête est reproduite

i Cf. encore Mus. d’A th .. pl. vu-vin (la tige est ployée, mais elle est

pareil défensif, ou bien si elle n’était que le support d'un autre objet, disparu aujourd’hui, lequel aurait été la partie essentielle. On a penché d’abord vers cette seconde hypothèse. M. Petersen1’ proposait un disque rond, posé horizontalement au-dessus de la tête ; d’autres préféraient une demi-lune ou un croissant posé également à plat13. Ces opinions paraissent aujourd’hui erronées : la simple tige de métal, plantée au milieu de la tète, était d’une efficacité suffisante; car l'oiseau ne pouvait, naturellement, se poser sur la pointe, et il ne trouvait libres que les pentes du crâne, sur lesquelles il lui était impossible de se tenir (ne pas oublier qu’il s'agit d’oiseaux assez gros), ou du moins de se tenir tranquillement, sans un effort et une gêne qui le décidaient vile à chercher ailleurs une place plus confortable. Pratiquement, une tête de dimensions naturelles, munie d'une tige droite au milieu du crâne, devenait pour les corneilles, milans, etc., un perchoir interdit11. Il semble bien, en effet, que les tiges encore existantes sur les statues de l'Acropole n’ont jamais servi à porter un objet quelconque : leur extrémité est légèrement effilée, et on n'y voit point trace de soudure, ni de l’insertion d’une plaque, de quelque forme qu’elle fût, en métal ou en bois. Même, dans deux cas au moins 1S, la tige unique, qui est d'ordinaire forte et carrée, est remplacée par trois minces baguettes, ici de bronze, là de fer, enfoncées ensemble dans le trou ; ce serait là un bien mauvais travail pour une tige de support. Enfin, M.Trendelenburg16atrèsjustement appelé l’attention, à ce propos, sur des vers, jusqu’alors mal expliqués, d’une satire d’Horace1’ : Priape, dieu protecteur d’un jardin, dit de lui-même que, pour effrayer les oiseaux, il a un roseau planté sur le crâne. Le motif de cette précaution nous apparaît clairement : Priape, qui prétend être l’épouvante des oiseaux ( avium maxima formido ), prêterait à rire si, sur sa tête même, quelque corneille venait se poser et y prendre ses libertés. Le roseau planté verticalement le garantissait contre l’outrage 18. Or cette pointe de roseau sur la tête d'un Priape en bois correspond exactement à la pointe de métal sur les statues en marbre ou en bronze.

Il n’est donc pas douteux que la tige de métal suffisait, à elle seule, pour constituer l’appareil de protection, que l’on peut appeler le « gêne-corneilles » ou le « chasse-milans19 «.Mais cetappareil si simple a pu quelquefois prendre un aspect différent, soit qu’on voulût le rendre plus efficace encore, soit qu'on essayât d'en tirer un parti décoratif. Ainsi M. Studniczka, dans sa restauration de la grande statue signée d'Anténor 20, lui a donné la forme d’une fleur de lotus qui s'épanouit au-dessus de la tête, à l’extrémité de la tige; et il est possible, en effet, que la tige se soit terminée quelquefois par un fleuron de ce genre, pourvu que le fleuron ail été hérissé d'une ou plusieurs pointes qui empêchassent les oiseaux de s’y poser. Ce fleuron, par sa forme, et aussi par son

restée entière). — 40 Cf. Léchât, Bull. corr. hell ., XIV, 1890, p. 349. — 44 Cf. Lecliat, Ibid. — 12 Athen. Mit t! œil., XIV, 1889. p. 235 et notel. — 13 Cf. Léchât, L. I. p. 348 et note 5. - 44 Cf. Trendelenburg, Arch. Ançeiger, 1898, p. 230 sqq.

— 4ü Statues publiées dans A th. Mitth.. XIII, 1888, p. 135, et dans Bull. corr. hell. XIV, 1890, pl. vi-vi bis; cf. Léchât, L. I. p. 339. — 46 Cf. Arch. Anzeig., 1898, p. 230.

— 47 Sat., I, 8, 6-7. — 48 Cf. iiorat. Ibid. 37-38. — Peu importe le nom de l’oiseau, pourvu qu’on choisisse une espèce assez grosse parmi celles qui habitaient les sanctuaires. M. Salomou Reiuach ( Bev . arch., 1890, l, p. 287> a eu tort d’employer le mot « chasse-moineau i » ; pour les oiseaux de petite taille, ( appareil, tel que nous le connaissons, n’eût pas été du tout un obstacle. — 20 Jahrbuch arch. Inst., llt 1887, p. 141.

MEN

éclat (s'il était doré), était capable d’ajouter un ornement à la statue, tout en gardant son rôle utile. Enfin, le passage cité d’Aristophane témoigne que la tige se terminait quelquefois par un croissant, qu’il faut se représenter posé, non pas horizontalement, mais verticalement, de façon que les deux pointes en fussent dressées vers le ciel. Blaydes 1 a très bien traduit le mot pTpiérxot par lunulae cornutae sive curvatae. Les oiseaux ne pouvaient, naturellement, se percher sur les pointes, ni davantage sur le creux du croissant, qui était en métal mince à bords coupants, et la tige de support les empêchait de se poser sur la tète même. Henri Leciiat.

MENS. — Les calendriers romains, à la date du 8 juin, font mention de la dédicace sur le Capitole, en l’an 217 av. J.-C., d’un temple en l’honneur d’une divinité de ce nom1 ; ce temple avait été voué deux ans auparavant par le préteur T. Otacilius2, en même temps que Fabius Maximus en vouait un autre à Vénus Érycine et que le Sénat ordonnait des démonstrations de piété extraordinaire à l’adresse des Douze Grands Dieux, le tout à l'instigation des duumviri saci'is faciundis qui avaient consulté les livres Sibyllins 3. Il s’agissait de conjurer la colère céleste qui s’était manifestée dans les premiers désastres de la seconde guerre punique. Les deux temples de Mens et de Vénus Erycine étaient voisins, séparés seulement par un fossé ; l’emplacement choisi, qui était en dehors du pomoerium , et les circonstances où ils furent voués leur donnent un caractère de religion exotique4. Cependant Mens parait avoir figuré de toute antiquité parmi les divinités des indigitamenta, mais le sens en était différent5. Elle n’est plus seulement désormais celle qui préside à l’éclosion de l'intelligence chez l’enfant, mais la personnification du bon sens réfléchi qui, ayant fait défaut au consul Flaminius, causa la perte des Romains au lac Trasimène6. Son temple fut restauré vers 120 par Aemilius Scaurus, vainqueur des Cimbres7; à partir de cette époque, Mens prend place avec Fides, Salus , Concordia, etc., parmi les abstractions divinisées, avec le qualificatif de Bona ; on lui opposait une Métis Laeva ou Mala 8 qui correspondait à YAtè des Grecs; celle-ci représentant l’esprit d’imprudence et d’erreur. Bona Mens , qui figure sur les inscriptions 9 et chez les auteurs de l’Empire, a souvent une signification politique, celle du dévouement loyal; d’autres la réclament avec la santé du corps, pour que leur union fasse l’homme complet; le mens sana in corpore sano de Juvénal en est une variante10. J. -A. Hild.

MENSA, Tpi-rceÇa, table. — 11 est difficile, et inutile, d'indiquer tous les emplois auxquels pouvait servir ce meuble, qui n’était pas moins nécessaire aux anciens qu'il ne l’est à nous-mêmes. Nous rappellerons simplement les principaux de ces usages, nous proposant

1 Ap. Aristoph. Av. 1114. — Bibliographie. E. Petersen, Vogelabwelir, dans Athen. Mittheil., XIV, 1889, p. 233-239 et 328; H. Léchât, Mr,vhn<o;, dans Bull, corr. hell., XIV, 1890, p. 337-350 ; A. Trendelenburg, dans Jahrbuch , arch. Inst., XIII, 1898, Arch. Anzeigcr, p. 230-234.

MENS. 1 Menti in Capitolio. — 2 Tit. Liv. XXII, 10, 10. — 3 Id. XXVIII, 31, 9.

— 4 Cf. Jordan, Topographie , I, 2, p. 42; Gilbert, Geschichte und Topographie , III, p. 101, 399. — 5 Aug. Civ. Div. IV, 21 ; indigitamenta, p. 470. — 6 Ov. Fast. VI, 241, s.; cf. Preller-Jordan, Roem. Mythol. II, p. 266 et le dicton connu ; Quos Vult perdere Jupiter dementat. —7 Cic. Divin. II, 23, 61 ; Plut. Fort. Rom. 5, 10.

— » Voir entre autres Virg. Aen. Il, 54 : si mens non laeva finisset.

— 9 Corp. inscr. lat. I, 1237, 1167 ; Bull, dell Instit. 1859, p. 85, et 1862, p. 48.

— 10 Prop. III, 24, 19; Ov. Amor. I, 2, 31 ; Pers. II, 8; Petron. p. 61 ; Scn. Kp. X, 4; Juv. X, 355.

MENSA. 1 Poil. On. 6, 83; 10, 09. — Varr. De 1. 1. 5, 26-7. Aux exemples cités

MEN

d’étudier la forme des tables et non d’en f ■ détaillée ; on trouvera aux mots AimTs'"1'0 ' llisloire coena, ce qui regarde l’organisation du L , AHTIBtILH romain, que la’ mensa soit une vraie Srec el

(p-ayt'c) *, un simple guéridon posé devant * man8er ou un dressoir, portant de la vaisselle prôei ^°nviVes, mets et des vins ( tabula vinaria, cihjbathu^ ' ^ bulum, urnarium) 2. Les tables à calculer h!’ Tt les mensae lusoriae [lusoria tabula], consistant li 61 souvent en simples tablettes, ne sont pas à'nrnJo parler des tables. * lment

Il est parlé ailleurs [argentarii, trapezitae] du toir des changeurs et banquiers, des tables étalons^ poids et mesures [ponderarium], des estrades [catast.ô sur lesquelles étaient exposés les esclaves mis en vente» de l’étal (mensa lanionia) 1 dont se servaient les bouchers " [laniarium, lanius] et de celui sur lequel toutes sortes de marchandises étaient exposées [mercator].

Il faut insister sur la table-autel et sur sa présence presque obligatoire, dans les sanctuaires [sacripicium]'. On y plaçait soit les instruments du culte (Fig. 133, 317) soit les offrandes dédiées, qu’elles fussent des mets réels ou de simples simulacres auxquels étaient censés goûter les héros et les divinités (fig. 417, 449, 2438, 4380). C’est là une conception primitive que l’on retrouve en tout pays et au fond de toutes les religions. Le téménos deZeusLykaios dans l’agora de Mégalopolis [lykaia] contenait à la fois deux tables el deux autels5. C’étaient les ûuwpol TpMCE^t donlparle Hésychius “ou les mensae afeocwm de l’Énéide1. Chaque divinité a la sienne8. Nous en connaissons par les textes de Zeus Pelor 9, de Jupiter10, d’Heraklès ll, d’Apollon 12, surtout d’Asklépios13 : ce dieu en possède trois au moins à Cos, une pour le grand prêtre, deux autres pour les hiéropes14; d’autres lui sont consacrées à Épidaure *5, à Panticapée 16, à Syracuse 11 et à Athènes1*. L’une des prêtresses attiques est aussi bien la frapézophore l9. Les médaillons d’Asie Mineure représentent des tables chargées de couronnes destinées aux vainqueurs des grands jeux (fig. 1333, 1334, 1337), récompenses honorifiques, auxquelles se joignaient parfois des prix plus substantiels, tels qu’une bourse remplie de pièces d argent Ces tables agonistiques, placées sans doute dans les temples ou dans l’enceinte du stade, faisaient, elles aussi, partie du matériel sacré. Au lieu d être dediees a es dieux, les mensae pouvaient l’être à de simples mode s. Elles figurent dans des enterrements21 [funus, hg- •’ ,J1 ' elles servaient aussi de stèles funéraires 1 1 11 ’

semble-t-il, de forme rectangulaire, allongé' s sens horizontal22. Une loi de Démétrios de 1 ia ^eg comprise ou mal traduite par Cicéron23, et h s orateurs attiques 24 attestent que ce genie e 0 était très usité à Athènes vers la fin du iV s"M 11

les articles abacus et cartibulum ajoutez Bail. 001 ^ e ’ g08, fig- 51,

Dent tiré du Trésor de Bosco-Reale, Monuments i », ^ ^ 15;

Poil. On. 7, 2, 11 ; Cic. Pis. 15; Apul. Met. S, P- 1-^ ^ ^ culle,

en-Orelli, Inscript. 6602. — B Pans. 8, 3°, -, , 8 Cic . De»“t-

liens, p. 87-8. — 6 Hes. s. v. !»■[•:■ — 7 Virg' , „ ’ ", At|,en XIV, P- 640 3, 34 ; Aristoph. Plut. 176, schol. Marin. Procl. 3-^ ^ ^ ^ ^ lsj!, Plin. 25, 59, 1. — U Corp. inscr. att. II, 602, 5-6. - Pai0n, inscr.

i. 13 Ibid. 1877, p. 162; 1878, p. 76-8 (P. Girard>- Mittheil 1898, P-1'** 36 c. 27, p. 69 ; 36 d. U, p. 70 ; 37, 9-10, p. 78.- » e „ Athen. 15, «93 &

tenberg). — )6 Slepliani, C. rendu, 1873, p. 59-60,

e/ .... .n TA. . QiliH. X. V

N. S. 1869, p. 139, fig. 1-3 (monnaie de Byzance, ^ /«Y. 188*, P-

Vase d’Archémoros, Gerhard, Akad. Abhandl. pl. '• g:!8 c, P- 84il1,

joc.chcke). — 23 Cic. I.eg. 2, 26, 66.-9* Vit. X Oral. P-

MEN

MEN

, funéraires étaient aussi connues à Rome1. 1<* mCina ggf.jons de curieux exemplaires découverts en N0"S.V dont deux trouvés à Lambessa 2 (fig. 4903) : sur ^jg(,ne, ure est sculptée en creux toute une série de

vases et de plats,

la face sapé'

patères à manches, coupes, cuillers, passoires, aiguières, cratères, plats à poissons. II faut y voir la représentation symbolique d’un repas offert au défunt : peut-être, au jour anniversaire, versait-on du laiton du miel dans les récipients figurés sur

ces monuments. Dans des cas exceptionnels, la table pouvait être offerte du vivant même du personnage, qu’on honorait ainsi comme un héros : telle était la mensa dont les trapézophores onL été retrouvés sur l’Esquilin et que la province d’Asie donnait à son « patron », l’ancien questeur P. Numicius Pica Caesianus3.

Page 1