La table pouvait n’avoir qu’un pied. C’était alors
une sorte de gué-
Fig. 4903. — Table funéraire.
Fig. 4904. — Table romaine à un pied.
ridon, qu’on posait devant les mortels ou devant les statues des dieux (fig.
1691, 4379). Il semble que cette forme ait été particulièrementusitée en Égypte 4, mais nous la retrouvons sur les patères « phéniciennes », telles que la phi ale d'Olympia, conservée
au Musée d’Athènes 5. On en voit une à pied très massif, sur un vase de style corinthien au Louvre (fig. 1690) : elle se>t a découper des viandes. Les potiers de Corinthe modelaient leurs vases sur une table à peu près sem- ' a 1'' 3033), mais dont le pied paraît massif et fixé
oo teire6. Dune manière générale, les Grecs et les omains semblent avoir préféré des formes plus solides et e^nl 1 assiette était plus stable. On trouve pourtant des eMp es de tables à un seul pied à Pompéi1 jusqu’au ’Mpsde l’Empire (fig.4904; voir fig. 446, 1200 et 1201).
Los Grecs, et sans doute aussi les Romains, préfé¬
raient la table pleine et basse, qui servait au besoin de banc et dont les monuments du Ve et du iv,: siècle nous montrent des représentations fréquentes*. Le cube plein qui sépare les héros jouant aux dés dans un motif bien connu des céramographes n'est autre chose qu’une mensa de cette forme. Un bas-relief de Merbaka, près d’Argos, est de structure un peu plus compliquée : la planche supérieure est rectangulaire et déborde un peu sur les côtés; elle est posée sur trois assises superposées, fortement encastrées entre quatre piliers placés aux angles*. D’autres fois la base est moins allongée, plus ramassée, et la hauteur plus grande par rapport à la largeur10.
III. — Une forme purement grecque, qui apparaît déjà sur les vases corinthiens 11 et cyrénéens12 et cesse avec la céramique italienne d’imitation hellénique13, est celle de la table rectangulaire, portée par Lrois pieds. Elle a été adoptée par les Étrusques (fig. 1698). M. Blümner 14 a eu le mérite de discerner et d’expliquer cette forme. Sans
reproduire tous ses arguments, nous résumerons, du moins, ses raisons. Sur les scènes de banquets, où ces tables apparaissent près des lits des convives, les pieds représentés sont d’ordinaire au nombre de jdeux, sur lesquels reposent les deux bouts d«* la plateforme supérieure (fig. 4905) 13 ; mais, si l’on y regarde d’un peu près, on s’aperçoit que ces supports sont toujours figurés d’une manière différente. Celui de droite se présente de face; les griffes de lion, qui décorent presque toujours ces pieds à leurs bases, sont représentées d’une manière qui ne peut laisser aucun doute sur ce point (voir aussi fig. 1694, 1698). Le support de gauche, au contraire, est de profil; la jambe du fauve est tournée, non plus vers le spectateur, mais vers la partie gauche du champ. Or, si la table avait quatre pieds, on s’expliquerait mal qu’ils ne fussent pas tous les quatre fixés aux quatre angles de la plate-forme supérieure, mais en étant, deux à deux, perpendiculaires à la longue face de la table, celle que les vases peints montrent de préférence. Il y a plus. Sur une coupe de Douris conservée au British Muséum (fig. 4906j 1(i, les tables sont dessinées à la fois de face et de profil : nous en voyons l’un des côtés longs et l’une des petites faces, celle qui regarde la droite dans les symposia. S’il y avait quatre pieds aux quatre angles, ceux-ci se seraient forcément masqués deux à deux et deux contreforLs auraient seuls apparu. Au lieu de cela, nous apercevons, à droite et à gauche,
Mus. de / ! U'er’ 6 (mensain posuit contra votum). — 2 Cagnat,
de Tebessa ^ **' 44*03) ; Gsell, Recherches , p. 335 ; Id. Mus.
Hist, de | M ^1~”' — 3 Arch. Zeit. 1873, p. 64. — 4 Perrot et Chipiez, & l'Orient t ' ^ P’ (relief de Sakkarah) ; Maspéro, Hist. des peuples
" 5 Perrot’ ri’94 (paP5r,'us de Dublin); f, p. 404
— u l'errol cl n r J - --> ^uuuuj , ,, p. 404 (panneau de bois de Giseb).
kcAieion, (ifi |'i*,C2’ ®®®> P' ?83; A. de Ridder, Bronzes du Poly-
“■ Vas, ■ - . —
6 Ant. Denkmaeler, I, pl. vm, 17-8 ; Fu:’t\v;engler, Reschr. 1, p. 9 — 7 Gusmau, Pompei , p. 315. — 8 Welcker, Alte
Denkm. III, pl. xvu, 1; Furtwænglcr, Coll. Sabouroff, pl. lvu; Hevdemann, Gr. Va sent. pl. xn, 9-10 ; Benndorf, Das Heroon v. Gjôlbaschi-Trysa, pl. xxix, 4, p. 234. — 9 Welcker, Alte Denkm. II, pl. xm, 24, p. 271-2. — *0 Gerhard, Anf. Bildw. pl. cccxv, 4. — U Potticr, Vas. Louvre, E 623, 629, pl. xlv-vi. — 12 Bull. coït. hell. 1893, p. 236, fig. 4-5 (Pottier). — 13 Millin-Reinach, Peintures de vas. 2, 58, p. 76, etc. — 14 Arch. Zeit. 1884, p. 179-192, p. 285-6 ; 1885, p. 287-290. — 15 Hartsvig, Meisterscliulen, pl. xxxiv (coupe deBrygos). — 16Conze, Vorlegebl. sér.VI, 10; C.Smith, Vas. Brit. Mus. 111, p. 74-5, E 49 ; cf. Hartwig, O.c. pl. lxvu, n. 4.
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les pieds lixes au chevet de la plate-forme supérieure, et, entre eux deux, précisément au milieu, un troisième pied. À moins de supposer une erreur de dessin, il nous faut admettre que ce troisième support était placé sous la petite face de gauche et dans la partie médiane de cette tace. De plus, comme ce côté, placé le plus loin de la
tête des convives, était évidemment le moins lourd de la table, il serait absurde de supposer qu’il fallût, pour le porter, trois contreforts, deux aux angles, et un entre les deux premiers: donc nous sommes amenés à supposer que la plate-forme rectangulaire avait seulement trois pieds, deux au chevet et perpendiculaires au long côté,
l'autre sur la petite face de gauche et perpendiculaire à cette face. Cette conjecture devient une certitude si nous jetons les yeux sur une peinture de Cumes, au Musée de Naples1. Nous y voyons la table en biais et du côté gauche. A droite sont les deux pieds du chevet; à gauche un seul support et qui coupe justement en son milieu la petite face de gauche. Il y a mieux encore. Le Musée de Berlin possède en bronze une de ces tables à trois pieds, trouvée à Clusium, et qui sert de base à un danseur étrusque, jouant des crotales 2 (fig. 4907). Les supports y sont bien à la place précise et tournés dans le sens
1 Heydemann, \asens. zu Neapel , Bac. cum. 444, p. 854-5 (cratère) : Sctireiber, Bilderatlas , pl. lxxvi, 2. — 2 Friedericlis, Berl. ant. Bildw. II, p. 167, 693 ; Arch. Zeit. 1885, 287-290 (Blümner). — 3 H faut excepter la fresque étrusque. Mus. Gregor. I, pl. cnjcf. aussi fig. 4907. — 4 Furtwaengler-Reichliold, Gr. Vasenmalerei , pl. iv; Jahrbuch , 4892, p. 105-6, 6, Fig. 6 (fragment de Meuidi). etc. Cette planchette pouvait n’ètre qu'une simple barre, comme le montre le skyphos de Corneto à Berlin, Monum. X, pl. lui. — 5 Pottier, Vasse
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que nous avons indiqué. Comme le dessous , , forme est reproduit, nous y gagnons i détail important, que les têtes des supports ?P''endre c* réunies par deux barres perpendiculaires 01 parfois forme de T. De la sorte, la triple base ne’ 0,'OlSante» seule pièce et l’adhérence était parfaite supérieure et ses piliers. lat»lette
Il reste à se demander pourquoi les Grecs „ .
invente ce genre de tables. Les raisons '
pas très clairement. Sans doute le meuble éù , '"!
plus léger et pouvait étreplus facilement déplacé „ !'
ce qu, n'arrivait d'ailleurs pas toujours, on ,s'h 1 ' rpaaeU, avant la seconde partie du festin Les Di,m , convives, quand il leur prenait fantaisie de s'.ssel trouvaient plus facilement place sous ces guéridon, I orme rectangulaire. Le sol des pièces antiques, en ta-, battue ou en mosaïque grossière, n’était d’ailleurs pas d’une égalité parfaite : il y avait des différences de niveau qui pouvaient être assez sensibles ; un moyen de les corriger était cette troisième jambe placée entre les deux premières et qui leur faisait contrepoids.
La forme générale une fois expliquée, il nous faut dire quelques mots des détails, et surtout des pieds. Car la plate-forme qu’ils supportent parait toujours identique : nous noterons seulement qu’elle déborde toujours du côté droit (fig. 4905, 4907). La raison n’en est pas seulement que cette partie de la table était plus rapprochée de la tète du lit et par suite du buste des convives, qui pouvaient avoir besoin déplus de place pour disposer leurs mets et leurs coupes. Mais le plateau supérieur ne pouvait absolument s’élargir que de ce côté; car la petite face de gauche était soutenue par un pied qui lui était perpendiculaire, et nous avons vu que les supports des longs côtés étaient, eux aussi, à angle droit avec ces côtés. Cette plate-forme rectangulaire avait, presque toujours1, au-dessous d’elle une planchette horizontale 4 qui réunissait le double avantage de porter, elle aussi, des plats et de fixer ces supports entre eux par une chaîne de bois, indépendante de celle qui, nous l’avons vu, réunissait les pieds à leur tête. Il arrive, mais le cas est très rare,
qu’au lieu d’une tablette, une planche pleine occupe le
bas de la plate-forme supérieure 5. D’une manière générale, les pieds et la tablette forment la partie essentielle de la table. Nous allons les étudier séparément.
Les pieds sont simples c, ou, le plus souvent, cannelés.' Dans ce dernier cas, ou bien un simple filet pai luge 'n deux la largeur du support7, ou les filets sont muliip i\ qu’ils soient équidistants j ou qu’ils creusenl au 1111111 une sorte de rainure qui paraît plus profond* d1" bords latéraux9. La base de ces piliers rectangulaire10: d’ordinaire, comme nous plus haut, des griffes de lion ", ou, à tout le ne 11 • moulure simple 12 en décorent l’assiette. Lee supb forme de jambes d’animaux ne sontpas une inv ll1"'" Grecs : les Égyptiens, les Assyriens, les H eh < oe ^ saient à décorer ainsi leurs meubles ; ils évitai' 11 ^
façon la monotonie des lignes droites et des an,- '
« 4-*. ad
est rarement l’avons vu une fs en
des
; Benndorf, Or.
Louvre, E 623, pl. xt.v (cratère corinthien).
Monum. V, 17, 1. — l Arch. Zeit. 1866, pl. ccvi, t ; Witte, Hit.
pl. xu, xi.it; Hartwig, Meisterschal. pl. lxx, n« 2. e ( 9 Masner.
pl. xxix, p. 25 ; Benndorf, lier. v. Gjolbaschi-Trysa, fig- 1 * ' 1 ^ . xvlll i ; M"s‘
Vasens. p. 45-8, fig. 25, 328 ; Monum. X, pl. lui. - 10 e|c’ . Hart*'?’ L c'
Gregor. 1, pl. ci(Id.). - « Masner, Vasens. p. 45-8, fig. 2^ - ^
12 Table de Clusium à l'Anliquarium de Berlin, note -, 8-
MEN
MEN
lits. L'a
fois une
((ache supérieure des pieds est très variée. Quel-
simple cheville rectangulaire1 en fixe la tête à
lont le nombre est variable, deux2, trois 4005), cinq 6 ou sept6 : ils sont disposés,
tjuetois u— “ * .t aui s’encastrait sous la plate-forme
aI • .. Le nlus souvent 1 ajustage se fait au moyen
gupérieure.
de clous d
rT\ i<*'cas, en triangle, en quinconce ou en rosettes. s9ivr 'fois d’autres clous apparaissent à droite et à l'attache, en dehors du pied, mais toujours 8all( j'( ,iate-forme 7. Il faut y voir les têtes de chevilles élémentaires que d’autres clous transversaux fixaient ^ |iarl à la partie inférieure de la dalle, de l’autre au
chevet des supports . .
Si nous regardons le pied de gauche, celui qui se présente
de profil, nous constaterons qu’il s’élargit en profondeur •• l’attache. Comme les supports sont censés représenter une jambe de lion, rien n’était plus naturel aux yeux des Crées qu’un renforcement sensible au-dessusdu genou, à l'endroit où devait commencer la cuisse de l’animal. Mais ce n’était qu’une indication légère8, et les artisans se seraient fait scrupule d’imiter de trop près les formes du fauve. Ils préféraient terminer la face latérale par une spirale, plus ou moins régulière 9, et qui reparaît, à peu près la même, sur les monuments figurés. Il y a pourtant descas, peu fréquents, où le pied se continue droit depuis la base jusqu’à l’attache10. Mais alors une pièce rapportée, creusée de cannelures verticales, unit la tablette à la plate-forme supérieure (fig. 1694, 4905) 11 : le même effet d’adhérence est obtenu, mais par d’autres moyens et à l’aide de ce coin supplémentaire. D’ailleurs, ce qui est l’exception à gauche de la table est la règle à droite où le pied, comme nous l’avons vu, se présente de face. L’augmentation du chevet, beaucoup moins sensible en largeur qu’en profondeur, ne pouvait suffire à l’adhérence des pièces emboîtées. Des sortes de crochets12, ou, le plus souvent, des planchettes rapportées, ornées d’oves 1 3 ou de cannelures u, s’intercalaient entre la tablette inférieure et la dalle supérieure (fig. 4905). Dans tous ces cas, les parties les plus voisines des supports étaient seules renforcées. Mais, si la planchette inférieure était trop longue, il pouvait arriver qu’il ne fût plus suffisant de la fixer solidement à chaque extrémité : il devenait nécessaire de la consolider en son milieu. C’est le parti que les Grecs ont dù parfois adopter. Sur un cratère à figures rouges du Cabinet des Médailles, une planchette continue, percée d ouvertures rectangulaires, court au-dessous delà plateforme 1 . La tablette inférieure se trouve ainsi supprimée, mais les pieds sont fortement reliés entre eux. Sur un autre vase> la planchette est conservée, mais des rinceaux et des spirales la fixent sur toute sa longueur
p s:)1" ''aenSler et Reichh°ld,Z..c. , pl.i\'.— 8 Slackelberg, Graei. d.Hellenen, pl.xxvi, Slillin ]' r1, *XVI1- — 3 Jahrbucli, 1899, p. 105-6, fig. 6 (frag. de Menidi) ;
pl 1 lnac,1i 1I| 58, p. 79 ; 63, p, 72 ; Arch. Zeit. 1880, pl. xii, 2. — V Hartwig, O. I. q /"(j (coupede Brygos); Masner, Vasens. p. 45-8, fig. 25, 328. — 3 Hartwig,
7 ji* xxxm (coupe de Brygos). — 3 Furtwaengler, et Reiclihold, L. c.
pl. xxvii |i' ^art étrusque, fig. 287, p. 434; Longpérier, Mus. Napoléon III, p. s:;- V, nllier’ A oses Louvre , E 635. - * De Witte, Uôt. Lambert , pl. xxix, - s |, ”l,m' Pt xm (fresque de Corneto) ; Millin*Reinach, 11, pl. lviii, p. 76. Ilasncr |."aenglei' e* Beichljold, L. c. ; Hartwig, Meisterschalen, pl. xxxiv; Murra, h * 0 *ô-8, ®8- 25, 328 ; Longpérier, Mus. Napoléon III, pl. xxvh; Gi'. 9r ■ rases, pl. xu, p. 28 (C’af. 111, E 70, p. 94-5). — 10 Heydcmaun,
Uell . p| ***• lu. I ; Millin-Keinach, II, 76, p. 85-6. — n Stackelberg, Graeb. d. VWen. t 33= L’ P' "3 1 Mlll>n-Reinach, 11, 63, p. 79 (coupe du Louvre). — >2 Heydemann, Stackelberg d Annali, 1865, pl. F. — 13 Hartwig, O. c. pl. xxxiv, xxxv, xxxvi ; MiUin-Reinà h p1' XXVI> P’ 23‘ “ U Masner, Vasens. p. 45-8, fig. 25, 328 ;
’ ». 63, p. 79; C. Smith. Cat. Vas. Brit. Mus. III, E 70, p. 94-5
à la plate-forme 1C. Enfin, dans quelques cas, la tablette porte, précisément en son milieu, un contrefort, de formes variées, qui lui sert ainsi de troisième support et l’empêche de fléchir dans sa partie médiane ,1.
IV. — 11 faut rapprocher de la forme précédente une table rectangulaire à trois pieds, dont nous ne connaissons que deux représentations figurées, qui font partie de la frise de l’héroon de Trysa Le pied de gauche y apparait oblique et formant un angle prononcé avec les supports verticaux du côté droit. M. Benndorf ne voit avec raison qu’une manière d’expliquer cette particularité. Il suppose que les jambes de la table étaient pliantes, ce qui rendait le meuble tout à fait portatif : le pied de gauche était éloigné de la verticale afin d’assurer un équilibre plus stable à la plate-forme supérieure.
V. — En dehors de cette forme purement grecque et que les Romains ne paraissent pas avoir adoptée, il y avait une autre table à trois pieds que les Grecs connurent etsans doute inventèrent, mais qui n’apparaît guère avant les reliefs hellénistiques et dont la fortune fut surtout grande à Rome. C’est la table ronde appelée delphica l9, à cause de sa ressemblance avec les trépieds consacrés au dieu de Delphes et qui, au lieu d’un lébàs , portait une plate-forme horizontale.
Les exemples en terre
cuite
en
bronze 21 et en marbre 22 en sont très
fréquents. La figure 4908 est tirée d'un bas-relief du Louvre (voir encore fig. 684, 1693, 1699, 1703, 3824). Les pieds sont d’ordinaire fixes et encastrés au sommet dans une entaille ménagée sous le cercle supérieur, mais, lorsqu’ils sont métalliques, ils peuvent être aussi mobiles et s'allonger ou se raccourcir à volonté : on obtenait ce résultat à l'aide de lattes transversales, reliées deux à deux et dont l’attache glissait le long des supports verticaux. On en a un exemple dans des tables trouvées à Pompéi (fig. 4909 et 4910), qui ont, il est vrai, quatre pieds23. Suivant que les supports étaient bas ou relevés, la distance augmentait ou diminuait entre leurs extrémités supérieures, de sorte qu’ils pouvaient porter des plateaux de divers diamètres : ceux-ci reposaient simplement entre les boutons terminaux 2V. Quand les piliers étaient fixes, ils étaient le plus souvent reliés entre eux par une 25 ou par deux 26 séries de barres
(Murray, Designs, pl. xn, p. 28). — 13 A. De Ridilcr, Cat. Vax. Bihl. Nat. 433. La table n'est pas à six pieds comme pourrait le faire supposer la gravure inexacte de Millin-Reinach, I, pl. xxxvm, p. 24-5. — K Mo mon . X, pl. vm. — n Monum. IX, pl. xm, 2; Sittl, Würzburg. Antiken, pl. x, p. 12-6; Polticr, Vases du Louvre, II, F 2, pl. lxiii, p. 85; Ingliirami. Vasi fittili, III, pl. cclxxiii, p. 133-4. — 18 Benndorf, Heroon r. Gjôlbaschi-Trysa, pl. xvi, 9, pl. xxi, B 6, p. 179. — 19 Cic. Ver. 4 59, 131 ; Mari. 12, 66, 5. — 20 Potlier-Reiuach, Nécr. de Mgrina, p. 95, 100; p. 243, fig. 39; pl. xvn, 2, p. 335-6; pl. xix, 1, p. 347-9. — 21 Jahrbuch des deut. Inst. Anzeiger, 1899, p. 121 (table d'Hildesheim); Mus. Borbon. 15, pL vi -, Mon. Piot, V, 1902, Trésor de Bosco-Reale (H. de Villefosse), p. 25, fig. 3; cf. p. 208, fig. 51. — 22 Robiou, Ch. -d’œuvre de l'art antique, pl. xx, xxi-n. — 23 Mus. Borbon. XV, pl vt; Jalirbucli, Anzeiger, 1899, p. 121 ; Schreiber, Bilderatlas, pl. lxxxvi, fig. 12; Gusman, Pompei, p. 305 (fig. 4910).
2V Anzeiger, 1899, fig. 1, p. 121; fig. 3, p. 124. — 25 Pottier-Reinach, Nécr.
de Mgrina, pl. xvn, 2, p. 335-6; Robiou, Ch. -d'œuvre de l'art antique, pl. xx. 26 Guhl et Kouer, Vie antique, 11, fig 168 p. 226, trad. Trawiuski.
MEN
horizontales qui en assuraient l’adhérence et la fixité1.
Les pieds ou trapésophores 2 avaient des formes différentes et qu’il nous faut passer rapidement en revue. La plupart s appuient sur des grilles de lion et les
exemples en abondent dans les musées 3, mais les jambes pouvaient appartenir à d'autres animaux, comme équidés ou boucs 4. Le fût luimême est plus ou moins simple.
Tantôt il est infléchi et le genou du fauve est marqué, ainsi que les villosités et les muscles de la cuisse 8 (fig. 4908, 4911); tantôt il est droit et très orné, creusé de cannelures verticales, d’oves Réparés par des boutons épanouis, de spirales et de rosettes, tous motifs entremêlés de rinceaux et séparés par des filets horizontaux6. La fantaisie des décorateurs hellénistiques s’est exercée sur ces points de détail et les modèles qu'ils ont établis ont été fidèlement suivis par les copistes romains. La partie du pied qu’ils se sont le plus appliqués à diversifier est naturellement l’attache supérieure , celle qui étaitla plus apparente, la tête du support débordant toujours hors de la plate-forme.
Ici les motifs purement animaux allernentavec d’autres qui sont empruntés à la mythologie ou même à la vie
courante. Les ancien n’éprouvaient aucun scrupule à couronner des griffes de lion par la représentation d’une figure humaine (fig. 4909). La partie inférieure
Fig. 4909. — Table de bronze à pieds mobiles.
ck,
Fig. 4910. — Table à pieds pliants.
l Certains exemples de guéridon où l’on ne voit que deux pieds paraissent être des simplifications de l’artiste, qui a supprimé le troisième pied ; voir, par exemple, Altmann, De architectura et ornamentis sarcophagorum, I, p. 28 et pl. — 2 Poil. On. 6, 83 ; 10, 69. — 3 Stephani, Der ausruh. Herakles , pl. vii, 1, p. 47 (C. i. gr. 2322 B, 84), relief d’Athènes. — 4Micali, L’Italie av. les Rom. pl. xxxvn, p. 10, éd. franc, de 1824 (urne de Volterra) ; Stephani, C. rendu, 1860, pl. i, p. 5-38 — Vasens. II, p. 316- 320, 1791. — 5 Mau, Pompeji , p. 428; Stephani. Der ausruh. Herakles , pl. vu, 1.
— 6 Robiou, O. I. pl. xxv, 3. — 7 Mus. Borbon , III, pl. xxx et voir plus haut fig. 4908.
— 8 Pieds de Thespies (fouilles d’Erimokastro) ; Not . d. Scavi, 1 901 , p. 1 01 , fig. 53 (pied trouvé à Rome près du lacus J utvrnae) ; Mau, Pompeji, p. 428, fig. 229, etc. - 9Micali, L. I. — 10 Matz-Duhn, Ant.^Bildwerke in Rom , 3718, t. III, p. 128; Overbeck-Mau,
du support était considérée comme comnliu pendante de la seconde : généralement . 0nJent lndéentre les deux éléments superposés était fol épanouissement de feuilles d’acanlho k Par Un dont émergeait le sommet du fût 7 ’ p °Uquel lloral — Ut ’ Par™ ces cou-
Fig. 4911. — Table de marbre.
ronnements simples, nous mentionnerons la tête de lion (fig. 4911) 8, la tête de bouc3, les protomes de griffons (fig. 1201) la tète de lion cornu ou de lionbouc (fig. 4912)" qui n’est autre que la protome de griffon telle que la représentent déjà les vases de Cyrénaïque 12, la tête de sphinx encadrée d’ailes relevées13. Les hermès dionysiaques, de type masculin "ou féminin15, serventde transition aux figures plus compliquées (fig. 4909) 16 . C’est un buste de jeune Satyre, les mains aux hanches, la poitrine traversée d’une peau de fauve17; un buste d’enfant nu, jouant de la syrinx 18 ; un corps d’Ëros ailé, adossé à un pilier et tenant des deux mains un jeune chien dont il s’amuse à tirer le poil19; une protome de jeune fille, et portant devant elle un coquillage2"; un buste de Nikè 21 ; un enfant ailé serrant une oie entre ses bras 22 ; une tête opposée à un bucrâne ou à une coupe23 ; un corps d’Érosailé, vêtu d’une nébride et dont les mains abaissées tiennent des fruits dans une
Fig. 4912. — Piod de table en marbre.
patère 24 ; un buste
relevées suppoi -
analogue, à demi-nu, et dont les mains tent un grand coquillage28. Il est plus rare <lu
ni 3708-3710, 3/1-»
Pompeji , p. 422. — n Matz-Duhn, 3711, p. 127 ; 3 / 15, • ’ r' ’ Cat Us. Vlbl-
111, p. 127, etc. ; Overbeck-Mau, Pompeji, p. 422. — - A-' l86(-,, pl. ‘4
Nat. 408, note (cf. le vase de Xénoplianlos, Stephani, • ' XIÏ, I --
— 13 Matz-Duhn, 3720, p. 128; Robiou, Ch.-d'œuvre de ar a> 'on \V, |>l- 11
— 14 Anzeiger, 1899, fig. 3, p. 124 (trésor d’Hildesheim) ; A u . ^ .aune anti-
(tête d’Eros). - >5 Not. d. Scavi , 1900, p. 600 (Poropei, trapé* p ^ ^ 129-130que). — 16 Mus. Borbon. XV, pl. v..- « Matz-Duhn, , 373*, p. IS9-1»-
— ISId. 3723.— 19 Id. 3722 B. p. 129.— 20 Id. 3723, p. 1- • Ibid. ArC >'
— 22 Description de Zoega, citée par Matz, t. III, P- ,3n’ 110 m.\yicsclcr, P1- *IIV’
Zeit. 1862, pl. clviii, 5, p. 23-12 (Musée de Bologne). - 1
556 (cotl. Caylus) ; Arch. Zeit. 1862, pl. clviii, 4 (Musée de
MEN
MEN
i nii'pr nar exemple un sphinx1, serve de pied à
d'ani"ia , 4913).
!'r motifs se compliquent d’une décoration ornc-
ii couvre le bandeau de hauteur variable par
inl" J Imt reliées entre elles les tètes des supports. Mais,
le(Ill|'l|i'S|lace) qui était moins en vue, les anciens se con-
®ct . ( (jfi sujets de moindre importance eL d’une bana-
tend, , C’était une plante ou un motif floral2,
litc plus’ granuu. u r
couronne ou des palmes entre-croisées3, une torche "n lia minée \ une corne d’abondance3, une amphore uJurée de bandelettes6, des feuilles d’acanthe7, un oiseau perché dans des branches8. Aucun de ces motifs ’uh'dternes ne risquait de distraire l’attention de l’élément rincipal de la décoration qui restait les têtes des supports. Quant à la plate-forme supérieure, elle pouvait èire de bois, de marbre ou de métal; elle paraît, dans lous les cas, n’avoir différé que par le luxe de la matière, et non par la forme qui restait toujours ronde : le plateau conservé dans le trésor d’Hildesheim 9 est à peine décoré sur les bords d’un simple listel. Le pied reste la partie importante de la table, la plus en vue et celle vers laquelle se portait tout l’effort de l’artisan.
VI. — La table à quatre pieds n'est pas une invention des Grecs10. Les Égyptiens11 et les Assyriens12 en connaissaient déjà l’usage. Ils ne se contentaient même pas des supports verticaux, indépendants les uns des autres et soutenant isolément la plate-forme supérieure. La mensa aux jambes croisées que les Étrusques 13 transmirent aux Romains se retrouve déjà sur des monuments assyriens14, phéniciens13 et hittites16. Il s’est conservé de l’un et de l'autre type un grand nombre d’exemplaires, non seulement en pierre ou en marbre17, mais en bronze 18 et en terre cuite 19. Les pieds peuvent être simples et droits 2U (fig. 522, 2813), ou légèrement renforcés à la tête et à la base-1; ils ont parfois la forme de colonnes avec chapiteau, tore etmoulures horizontales 22,mais ils ont, le plus souvent, la forme de griffes23 et imitent, tant bien que mal, les jambes d’un fauve. Sur un vase du British Muséum, on
voit, accolés deux à deux, deux pattes deNcerf et deux pieds léonins24. Tous ces supports étaient naturellement reliés entre eux, soit par des barres horizontales23, soit par un dispositif plus compliqué. On peut signaler, à ce point de vue, la table enterre cuite de Gnathia, conservée à 1 Antiquarium de Berlin (fig. 4914) 26 : un bandeau assez large et décoré court en bas de la dalle, tout le long des longs côtés, mais s’arrête sur les petites faces, à peu de distance des supports ; une ouverture se trouve ainsi ménagée dans cette partie accessoire de la mensa , où e poids à porter était moins lourd et où les pieds, par sulfe, avaient moins besoin d’être renforcés. Quant à la
plate-forme supérieure, elle était, presque sans exception, rectangulaire27. Je ne connais qu'un exemplaire d’une table ronde à quatre pieds : il est votif et appartient à l’art primitif de l’Italie28, car on ne peut guère ranger ici les guéridons à trois pieds, soutenus par un pilier central29 : ce renfort, nécessaire dans certains cas pour porter un poids très lourd, ne change rien au caractère de la mensa , qui rentre dans la série des delp/iicae (p. 1723). De même je ne parlerai pas ici des bas-reliefs qui s’encastraient parfois entre les pieds des trapézo-
Fig. 4914. — Table à quatre pieds.
phores 30 : les tables, ainsi pleines et couvertes sur les quatre faces, se distinguent malaisément des bancs, des autels, ou même des sarcophages.
La table rectangulaire à quatre pieds parait remplacer peu à peu la table ronde à trois pieds dans les usages' de la vie chrétienne (fig. 19, 523, 4830). C'est ainsi qu'elle est parvenue au monde moderne31.
Nous signalerons, par contre, une table d’espèce particulière, dont la dalle, exhaussée du sol, est soutenue par deux pieds seulement, mais qui sont en forme d’animaux, réels ou fantastiques. Les Grecs paraissent avoir imaginé cette Tp»7tsÇ« pour des raisons religieuses, et, selon qu'ils consacraient l'ex-voto à telle ou telle divinité, ils lui donnaient, suivant les cas, un support différent. Les plus curieuses de ces tables ont été découvertes sur l’Acropole d’Athènes. Elles se composent de deux platesformes de bronze, le long desquelles s'allongent les corps de deux chevaux qui les encadrent en même temps qu’ils les soutiennent32. Comme les deux Tix-sÇat ne sont pas de même style, ni, par suite, de même date, il n’est pas interdit de penser qu'il y en eut d'autres consacrées sur l’Acropole, et il n'est pas impossible qu’on en découvre en d’autres lieux. De fait, j'ai publié un miroir du British Muséum, dont l'Aphrodite, qui supporte le disque, se dresse elle-même sur une plate-forme pareille, soutenue par deux Pégases33. J'ai tenté de montrer
« ’j)*' ftorbon. IX, 13, 2 ; Overbeck-Mau, Pompeji, 4» éd. p. 428, fig. 229 j ! ~ - Matz-Duhn, 3708. — 3 [d. 3709. — 4 Id. 3711. — S Id. 3714.
‘ 1 ' ~ 'ld. 3720. — 8 |d. 3721. — 9 Jahrbuch, Anzeiger, 1899, p. 121 |t p . L - Magn. ; Et. Gud. s. v. TçàiceÇa. — 11 Perrot, Hist. de l'Art, 71 'ji*9; ,p- 796 ; Md. fig. 170, p. 258. — 12 Ibid. Il, fig. 28, p. 107; fig. Mar-, / p' — 13 Zannoni, Certosa, pl. xix, xxii, xxm; Gozzadini,
roi //”),,0’.pl; !iv“1’ 81 Schumacher, Br. de Karlsruhe, 320-3, p. 55-6.— 14 Perteckneio, • 1 ^rl' *b fig- 155, p. 342. — 18 A. de Ridder, Br. du Polg-
— 16 Iv.j. 1 P 19"-9i Perrot, O. I. III, fig. 550, p. 783 (patère d'OIympic).
d'WararT)°'l n ‘‘ 'V’ ^ 28°’ P' 556 ; fig’ 28 P' 537 : fig’ 282’ P' 559 <stèles
1884, p gjj'.p. . ' ^ot- d- Scavi, 1901, p. 148, fig. 4 (Ponipei). — 18 Arcli. Zeit. Thapsos) G !IU5’b~~ 19 M°n. Ant. dei Lincei, VI, pl. v, 13, p. 129, 1 (nécropole do
— 20 ^ Fl ,laifb Akad. Abhandl. pl. lxh, 2, p. 566 (table de Gnathia) ; fig. 4914.
il U) 0or/)r {‘(lcler* fat. Vas. Bibl. Nat. 431 (Millin-Rcinach, pl. lv, p. 34); p. 35-6 ; Si. |1' P'- Iavn (point- de Pompei). — 21 Millin-Rcinach, I, pl. ux,
P61,111’ ' 'ïsens. I, 812, p. 331. — 22 Gerhard, Akad. Abhandl. pl. lxu,
2, p. 566 (table de Gnathia) ; fig. 4914. — 23 Fig.Oettl; Babelon, Cab. des Antiq. pl. xi.v, p. 145 (canthare dit des Ptolémées ou de Mithridale, au Cabinet des Médailles); Bev. arch. n. s. XIX, 1869, p. 139, fig. 1-3 (médaillons de Pergame et de Byzance)' Bull. mon. di Borna, 1885, pl. xxi, p. 235 (Mithræum des Jardins deSalluste). — 2tPanofka. Cab. Pourlalis, pl. xxxiu, p. 111 ; C. Smith, Vas. Brit. Mus. III, E 205, p. 168. — 25 Canthare de Mithridale, voir note 23 ; Tischbein, V, pl. xr.vu (Reinach, Bépert. p. 346); Millin-Reinach, I, pl. ux; Stepliani, Vasens. I, 812, p. 331. — 26 Gerhard, Akad. Abhandl. fig. 62, 2, p. 566. — 27 Mus. Borbon. IV, pl. xlvii (vue perspective) ; Boem. Mitlheil. 1901, p. 337, fig. 2 (Pompei). — 28 Not. d. Scavi, 1900, p. 525, fig. 2 r. Este. — 29 Clarac, pl. cclx, dcxlvi (Louvre). — 3(1 Millin, Galerie mythologique, pl. i.v, 271 ; Helbig- Toulain, Musées de Borne, I, p. 80-1, 135 (villa Negroni). — 31 Voir Garrucci, Storia dell’ arte cristiana, pl. ccxv, n* 3; cf. pl. cclxii, n» 2.
32 a. de Ridder, Catal. des Bronzes de l'Acropole, p. 183-4, fig. 154-5
(6694, 6549); Bull. corr. hell. 1898, p. 211-2. — 33 Bull. corr. hell. 1898.pl. i, p. 201-232.
MEN
qu'ici encore le choix du symbole n’avait pas été nidifièrent el qu’à Corinthe, d’où ce bronze paraît provenir, les chevaux ailés avaient avec la déesse un rapport historiquement établi et prouvé par les séries monétaires. Quoi qu’il en soit de ce rapprochement, je verrais un souvenir de ces supports animaux dans les sphinx assis que nous retrouvons sur le canthare du Cabinet des Médailles'. A Pompéi, on trouve aussi des tables en marbre de ce type '2.
N II. — 11 reste à mentionner des mensae de forme rare, à six3 et à huit pieds v, sortes d’établis posés sur des tréteaux. Quant à la incnsa lunata , que les Romains dressèrent devant leurs soplias mi-circulaires (fig. 4831), nous n’en connaissons que de très rares exemples 5, et il ne semble pas que l’usage en ait été aussi courant qu’on le prétend généralement.
VIII. — La matière des tables était naturellement des plus variées. La plupartdevaientêtre en bois simple ouen marbre d’espèce commune. Mais il y en avait à pieds d’ivoire6, en bronze', en argent8, en cuivre argenté9, en or10; certaines étaient incrustées de pierreries" ; d’autres n’étaient qu’en bois, mais ce n’étaient pas les moins précieuses, car on recherchait pour elles les essences les plus rares [materia, p. 16:29 et suiv.] : c’étaient les fameuses mensae citreae , en thuya ou citre, que les Romains payaient fort cher (jusqu’à 1 400000 sesterces) 12. Ces meubles de prix ne servaient naturellement que dans de rares occasions : on les recouvrait d’ordinaire de housses ou de nappes [happa]. La provenance de ces tables de luxe est généralement la Grèce. On réputait les tables de Sicile'3, de Lacédémone", de Délos'3, d’Asie Mineure'6: c’est au triomphe célébré en 187 av. J.-C., à la suite de la campagne de Manlius sur les Galates, que parurent pour la première fois à Rome11 ces meubles de grand luxe; jusque dans l’art industriel, la Grèce imposa ses modèles au goût romain. A. de Ridder.
A1EXSOR. — Comme l’étymologie l’indique, on nommait mensor , à l’époque romaine, un personnage chargé de mesurer; suivant la nature des objets mesurés et le genre de la mensuration, le terme a pris une valeur particulière. Appliqué à la mensuration des longueurs, il désignait un ingénieur, un arpenteur, un géomètre, un architecte même ; à la mesure des grains, un employé de l’annone chargé de la vérification des arrivages de blé.
A. 1° A rpenteurs. — L’arpentage a donné lieu à un article spécial [agrimensor]; les procédés techniques employés sont étudiés aux articles geodesia et Stella. Les inscriptions font souvent mention de mensores arpenteurs géomètres. On les rencontre soit dans la domesticité de l’empereur1, soit dans la classe des ingénus2, à Rome3 ou dans les provinces4.
1 Babelon, L. I. — 2 Mus. Borbon. IX, 43, 2; Gusman, Pompei , p. 127, 289 et 293; Overbeck-Mau, Pompeji , 4" éd. p. 422. — 3 Rich-Chérucl, p. 399, 1 (d’après le Virgile du Vatican). — 4 Jahn, Abh. d. Gôtt. Wiss. XII, pl. vi, J (peint, d’ücrculanum). — r> Aringhi, Rom. subtorran. II, p. 3G ; Campana, Di due scpolcri del secolo di Augusto, 1843, pl. xiv. — « Luc. Gall. 14. — 7 JahrtAich, Anzeiger , 1899, p. 121 ; Mus. Borbon. 15, pl. vi. — 8 Bull, corr.hell. 1882, p. 118 (Délos) ; Dig. 33, 10, •1» 3. — 9 Bull. covr. hell. 1882, 118 (tpaise^av ic£?(7)?yup<o}&svT}v). — 19 Alben. 15, 093 E (Syracuse) ; Dig. 33, 10, 3, 3. — 11 Dig. 33, 10, 3, 3. — 12 Mommscn- Marquardt, Privât ail ert h. p. 702; Cic. Verr. II, 4, 17; Pctron. 119, 27; Plin. XIII, 91, 102; Dio Cass. Gt, 10. Tables d’érable : llor. Sat.l I, 8, 10; Mari. XIV, 90; Ov. Met. Xll, 254. — 13 Pial. Hep. 3, p. 404 rf; Athcn. XII, p. 518 c; Cic. Tusc . 5, 35, 100; Hor. Od. 1, 18. — 14 Plut. Lyc. 9. — 13 Alben. 11, p. 48G e (Critias) ; Plia. 34, 4, 9; 33, 51, 144; Cic. Verr. 2, 72. — 16 Boeckh, Staatsh. II, p. 153; Athen. 1, p. 28 B; 5, p. 205 B; 11, p. 486 e. — 17 TU. Liv. 39, G; Plin. 34, 14. — Bibliographie. — Blümner, Technologie u. Terminologie d. Gevcerbe u. Künsie
MEN
- A™hitectes. - Ce sont aussi les ina ■ nous font connaître les mensores aedinl pll0ns qui
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seulement des constructions impériales^- ]^CCUpaient
étaient attachés . . . „ln
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qu’ils exerçassent dans la capitale ou ailleuV^ iU'lres’ leur expérience au service des particuliers11 .®eltaienl ds ne doivent pas être confondus avec îJ [architecti], mais il est difficile de dire on ment ils en diffèrent. ,U01 Pr°prel
3° Ingénieurs militaires. - On donnait aussi le m mensor à des soldats légionnaires. Toutefoi G de qui nous parlent de ces ingénieurs ment d’accord sur leurs attributioi
)ls les auteurs ne sont pas absolues ; ils les confondent
avec ceux qu’ils nomment metatores Ainsi
1131 v egece et
Ilygin attribuent à ceux-ci la mission
de choisir
cernent du camp et d’en fixer les grandeslignes ceux là ayant comme fonction de s’occuper des détails du tracé
Pour d’autres les rôles sont renversés [castrorummetatori' La question se simplifie si l’on interroge les inscriptionselles ignorent le mot metator ; on n’y rencontre que le terme de mensor , qui est assez fréquent \ Celles qui nous donnent quelque détail à leur sujet ne permettent pas de douter que les mensores militaires soient des géomètres, des arpenteurs. C’est à eux qu’on a recours, par exemple, lorsqu’il est nécessaire de fixer une limite contestée entre deux peuples voisins8. Rien n’empêche, d’ailleurs, que, le titre de mensor étant le titre officiel, permanent, on ait choisi certains des mensores pour leur confier la mission de marchera l’avant-garde et de délimiter l’emplacement du camp ; ceux-là joignaient au litre de mensor celui de metator : cumul qui expliquerait le rôle secondaire attribué par certains auteurs aux mensores ordinaires.
B. Employés de l'annone. — Quand le blé arrivait à Ostie apporté par les naviculaires [annqna, navicularii], il fallait, pour éviter toute fraude, vérifier la quantité débarquée ; une surveillance analogue était nécessaire au momentoùonle rembarquait sur les chalands qui remontaient le Tibre, lorsqu’on le déchargeait à Rome, enfin toutes les fois qu’on le transportait des magasins iiorreum] aux boulangeries. Ce contrôle étaitconliéadesagenls nommés mensores frumentarii 9, constitués en corporation . A Ostie, les inscriptions nous les fontcon naître sous le nom de corpus mensorum f rumentariorum Ostiensnun ou, au ii° siècle, de mensorum f rumentariorum <<eicris Augustae ". « A la même époque, di t M . AA altzmg , on rencontre un corpus mensorum frumentaïuninn adjutorum Ostiensium , ayant le même président qm l S collège des nauticarii et des acceptons. Ces deux < nières corporations portent du reste aussi les 0">n corpus mensorum f rumentariorum acceptorum A pus mensorum f rumentariorum nauticarioi um
bei Griechen u. Rômern , i. II, 1879, p. 238-357, et passim , p. 179-192, p. 285-6; 1885, p. 287-290
. Arcli. Zeit 1*8*.
.8913 (affranchis) ; cf- 3988
MENSOR. i Corp. inscr. lat. III, 2128 (esclave) ; VI, 89I2-°v.»t“ •
(attaché àla domesticité de Livie). — 2 Jbid. III, 1220,21 24, VI, RIS,
VI, 198, 905, 3988, 4241, 0321, 8912, 8913, 9619, 9621. - " XIV, 23: I,
2424; V, 6786. Le mensor idem sacomarius d'Oslic (Corp. ^ un yài-
1109) parait être soit un fabricant de poids el mesures 591 . , 1.0,
ficateur. — 3 Ibid. VI, 8933 ; cf. Hirsclifeld, Verwaltungsgc ' ^ £p. X,
note 2 . — 0C. i. I. III, 2129 ; VI, 1975, 9022-9625 ; XIV, 303-, ' p- « et
18; cf. C. Promis, dans les A/cm. delt Accad. di Torino , sér. ’ .. ' ' ,fi 30iS, etc. suiv. — 7 C. i. I. III, 586, 3433; VII, 420; VIII, 256*> -856’ ' ' ° ' 73; l.icbc-
- « Ibid. III, 580. — 9 Pigeonneau, De convect. urbanae annon ^ionnelles cl“: nam, Rôm. Vereinwesen , p. 74; Waltzing, Les corporations H; » 364, 438, les Romains, II, p. 63. — 10 Corp. inscr. lat. XIX , -> iM ^ \
4139. il Ibid. 409. — Op. cit. p. 63. — 13 Corp. wscl •
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