L., ' ’ cr Atli dei Lincei
Moselle
II, p. 96. — :
p. 5G8. — 18 Robert et Cagnat, Epigr. de la 2i q j 19 Confess. VI, 9, 14. — 20 Ascon. ad Cic. in Pison. II,
‘opogmphi iC lter’ Topo0r- der Stadt Bom, p. 184 et suiv. ; Homo, Lexique de
9631 23 ro,na,,l<>» P- 233. — 22 Richter, p. 264; Homo, p. 272; C. i. I. VI
*•% Richter ° g01*’ ^ Homo, p. 244. — 24 Richler, p. 199; Homo, p .245.
’ P- 2|i4 ; Homo, p. 276. — 26 Richter, p. 192 ; Homo, p. 238. — 27 Rich-
( circitores , coctiones , arillatores) que les vestiarii elles lintearii chargent de colporter des étoffes ou des habits et de les vendre à la criée42. 11 est possible que ce soient des marchands de cette sorte que représente une peinture du Musée de Naples43 (fig. 49:2-2). Peut-être faut-il aussi ranger dans cette catégorie les pantapolae 44, mar-
ler, p. 380 ; Homo, p. 113; C. i. I. VI, 9660. — 2* Richter, p. 345 ; Homo, p. 107.
— 29 Richler, p. 380 ; Homo, p. 88. — 30 Richler, Ibid. ; Homo. p. 88 ; C. i. I. XI, 3821 .
— 31 c. i. I. XI, 5074. — 32 Ib. 5850. — 33 lb. 543; XIV, 409. — 34 Bull. arch. du Comité , 1901 , p. 312, n. 10. — 38 C. i. I. VIII, 1408. — 36 lb. »o 156. — 37 C. i. i. VI, 1766, 9103, 1009; XIV, 2793 ; Bull, comun. 1883, p. 239; 1885, p. 163. Lafig. 4920 reproduit un bas-relief du Musée des Officcsà Florence, Gori. Inscr. ant. III, tab. xxi ; Hiitschke, Ant. Bildw. III, p. 236, u. 533 ; 0. Jahn, Ber. d. saechs. Gesellsch. 1 86 1 , pl. xi, 2. Voir une scène semblable, Pitt.d'Ercol. III, 41,p.2l3; O. Jahu, Abhandl. d. saechs. Gesellsch. V, pl. i, 1. — Bas-relief au Musée de St-Germain ; Duruy, Hist. des Rom. t. V,p. 639. — 39 Bartoli, Picturae antiq. XIV. Autres ligures, O. Jahn, Abhandl. d. saechs. Gesellsch. V, pl. vi. — 40 Sen. Ep. 56, 3. — 4t Aul. Gell. 1, 15, 9; cf. Hor. Sat. I, 2, l. — 42 Fest. ap. P. Diac. p. 17 et 39 ; Dig. XIV, 3, 5, §4.-43 Pilt. d'Ercol. III, 12, p. 221; O. Jahn, Abhandl. V, pl. ir, I .
— 44 Nov. Valent. III, 5 pr. el § 1.
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chands grecs qui vendaient toutes sortes d'objets en détail, <iu détriment des tabernarii spécialistes; mais on pourrait aussi v voir des commerçants en boutiques, qui tenaient ce que nous appelons aujourd’hui des bazars. .Nous ne sommes pas suffisamment renseignés sur leur compte pour pouvoir préciser. Enfin, tenant le milieu entre les ambulants et les boutiquiers, existait toute une classe de petits commerçants qui étalaient leurs marchandises sur le sol ou sur des tréteaux sous les portiques des rues et des places publiques ; on en voit un exemple dans la
Fig. 4923. — Marchands à Fêtai.
même série des peintures du Musée de ,\aples(fîg. 4923) ».
D'après la comparaison de quelques textes on peut admettre que certains commerçants avaient des succursales dans différents pays. L’exemple le plus frappant est donné par Marquardt2. Une famille de thurarii de Home portait le nom de Faenius ; on connaît deux de ses membres : L. Faenius Primus3 et L. Faenius, L. et mulieris libertus, Favor4. Or on a rencontré à Pouzzoles un L. Faenius L. 1. Alexander 5, à Ischia un L. Faenius Urso 6, tous deux thurarius ; et l’on sait qu’un L. Faenius Telesphorus était établi à Lyon comme unguentarius1 . Il semble donc bien que la maison principale fût à Rome et eût des représentants dans plusieurs villes. De même on trouve cù Milan 8 et à Lyon9, aux deux extrémités de la voie qui reliait l'Italie à la Gaule par les Alpes Cottiennes, la mention des negotiatores Cisalpini et Transalpini.
Pourattirerl’attention du public, les marchands romains avaient recours, comme on l’a toujours fait, à la réclame. Nous ignorons s'ils connaissaient le « prospectus » ; du moins avaient-ils soin, par des formules habilement choisies, inscrites sur les devantures de leurs magasins, de flatter les acheteurs ou de solliciter leur confiance. Une marchande de volaille et de gibier, dont un bas-
1 PUt. d Ercol. L. I. ; O. Jalin, L. I. — 2 Vie privée , II, p. 447. — 3 Corp. inscr. lat. VI, 5080. — 4 Ibid. 9932. — 5 Ibid. V, 1042. — 6 Ibid. X, 6802. — 7 Ibid. VI, 9998. — 8 Ibid. V, 59H. —9 Ibid. XIII, 2029. — 10 Corp. inscr. lat. S I, 9685 ; Zoega, Bassiril. ant. I, 27 ; O. Jalin, Berichte der süchs. Gesellschaft , 1861, p. 364, pl. XUI, 2. — 11 Beo. épirjr. 1890, p. 39, n. 827. — 12 Waltzing,
MEIl
relief de la ville Albani représente (flg. ^
Fig. 4924. — Marchande de gibier el volailles.
sous un portique, se recommande à sa clientèle par cesl vers de Virgile 10.
« Dum montibus umbrae j
Lustmburit convexa , polus dum sidéra pascct , Semper honos nomenque tuurn , laudesque mane\
[bunt. »]
Une fleuriste qui vendait des guirlandes et des couronnes aux environs de Nîmes avait pris la devise1 galante : « Non vendu nisi amantibus coronas". » Nous avons parlé plusieurs fois, à propos des marchands, de collèges, de corporations: c’est que la plupart d’entre eux étaient, en effet, groupés ensemble. Nous avons indiqué aussi que la première mention dégroupements de cette nature remonte à l’époque dite royale el qu’ensuite il n’en est plus question qu’en 259 av. J . -C . , à propos des marchands de l’Aventin. On sait, en outre, que les collèges professionnels, auxquels la République n’imposait aucune condition, à qui elle n’accordait non plus aucun privilège, prirent un grand développement12 et jouèrent un rôle politique important dans les troubles qui marquèrent la fin de la période républicaine ; aussi furent-ils supprimés par César et ensuite par Auguste13. Mais celui-ci comprit qu’il fallait, pour établir a cet égard un régime stable, régler d’une façon définitive le droit d’association: à l’avenir on refusa l’existence à tous les collèges qui ne seraient pas munis d’une autorisation spéciale et personnelle du Sénat14; on n’admit que ceux qui offraient quelque caractère d’intérêt public, si bien que les associations devinrent un organisme inferieur de l’État, en puissance du moins, jusqu’au jour où l°n trouva bon de les employer. Les collèges comineuiaux ne diffèrent pas des autres en cela; il est dom inub ® d’insister sur ces détails qui ont été expost s a ' collegium. Mais l’organisation intérieure des 111 ayant été à peine effleurée dans cet article, il 4 011 d’y revenir ici en quelques mots 1
Les négociants, appartenantà la même pi
ofession ou a
des professions voisines, qui voulaient se ri "" Qn mençaient par rédiger des statuts 18 : ceux ' 1 ' .jem^ sollicitait l’autorisation du Sénat, qui ne pou\'U ^ ^ ment se prononcer qu'après lecture du règ
suiv 13 Ibid.
Étude sur les corporations professionnelles , I, p- 8,1 c travail capU»1
p. 90. 14 Ibid. p. 115 et suiv. — )8 N»us renvoyons |e9 sources
de M. Waltzing sur la question. Le lecteur y trouvo^a^^. ^ I, anciennes et modernes citées dans le plus grand dttai
MER
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, ,orS le collège constitué et « confirmé »>, suisoumf |K‘" i0„ technique’, pouvait agir librement.
vanl 1 ‘,XP.Vir .oralion professionnelle se composait de T°ule <’0'|fs je membres honoraires et de patrons. cieml,r< Pinbres actifs, qui faisaient le fond de l'associa- ' l'eS"l"- ,nt ceux qui pour y être inscrits payaient li°n’ V".n droit d'entrée2, et qui, de plus, versaient dab"n !,ois une cotisation 3. Cet argent leur permettait chaqUCfii1>r de tous les avantages attachés au titre de memdeP'l" collège et, en particulier, d’être enterrés dans la r "du cimetière ou dans le monument acquis par lui4. pa[ 16 membres honoraires, choisis souvent en dehors des f ss ions auxquelles appartenaient les autres, étaient, Pr".e,iitraire nommés à cause de leur nom ou de leur “Vucucë et’ dispensés de toute cotisation; leur seule obligation était d’aider leurs confrères de leur crédit et de leurs conseils, ce qui ne les empêchait pas de leur faire plus d’une fois des dons en argent ».
Quant aux patrons, c’étaient des personnages haut placés dont on sollicitait la protection en échange du titre qu’on leur décernait; on leur demandait de défendre en toutes circonstances les droits de la corporation et aussi.de se montrer généreux envers elle par des cadeaux de toute sorte 6 que l’on laissait à leur initiative et aUXquels ils ne se dérobaient point. La cooptation d’un patron se faisait en séance plénière du collège ; et l’on nommait une députation [legatio] chargée d’aller lui porter la tablette de bronze où le décret 7 d’adoption avait été gravé [patronus].
Les membres des collèges professionnels étaient divisés soit en centuries8, soit en décuries9, lesquelles avaient à leur tète des décurions ou des centurions10; iis figuraient avec ces divisions sur la liste générale de la corporation ( album , fasti ) gravée souvent sur marbre etaflichée dans la salle des séances”.
L’administration se partageait entre l’assemblée et les dignitaires. L’assemblée ( conventus ) se tenait d’habitude dansla chapelle de l’association [schola]12, auxdates fixées par le règlement ou, dans certains cas extraordinaires, lorsqu’une circonstance fortuite rendait la convocation nécessaire. Pour que ces assemblées fussent valables, il fallait un certain nombre d’assistants, peutêtre les deux tiers du nombre total1*.
Elle avait pour fonction primordiale de rédiger et de voter la loi constitutive du collège [lex], ou d’y apporter tel changement qui pouvait sembler utile14; puis de prendre des décisions sur tout ce qui intéressait la communauté (affaires courantes, sacrifices à offrir aux dieux ou tà la divinité de l’empereur, organisation des repas de corps, sépultures des membres défunts, consructions ou réparations des immeubles de la société, acceptations de legs, récompenses a attribuer aux membres ou honneurs à décerner aux patrons)15. Le pouvoir exécutif était entre les mains de dignitaires élus
par l’assemblée : magistri , annuels ou quinquennaux suivant que le collège compte par années ou par lustres 10 [magister] ; curatores, personnages élus annuellement1 pour aider les magistri auxquels ils étaient soumis 18 et dont la mission principale semble avoir été de gérer les finances de la compagnie, d’en administrer les biens et de surveiller l’exécution des décrets19; quaestores (trésoriers), qui encaissaient les recettes et opéraient les payements20 [qcaestor], on les nomme aussi arcarii ; enfin, secrétaires (scribae, notarii , tabularii) chargés des écritures, des procès-verbaux des séances, et de la garde des archives21. Il est inutile d’ajouter que toute cette organisation est la reproduction exacte de ce qui se passait pour l’administration des cités.
On s’est demandé depuis longtemps si ces associations professionnelles avaient pour leurs membres ou pour le commerce un avantage économique22, si les sociétés de commercants, en particulier, n'étaient pas constituées en vue d’entreprises communes23. C’est une opinion que l’on a tout à fait abandonnée aujourd’hui24; un des arguments les plus probants contre cette manière de voir est que les collèges de commerçants recevaient parmi eux des membres qui exerçaient un autre métier que celui dont ils portaient le nom23, et un métier tout à fait différent, où aucune communauté d'intérêts ne pouvait exister. On a donc reconnu que ces associations avaient pour but et pour avantage de donner à des éléments épars une cohésion et une force qui leur manquait à l’état d’isolement26. Les empereurs ne songeant aucunement à protéger le commerce, il fallait trouver ailleurs des protecteurs. De temps immémorial, les faibles s’étaient faits clients de quelque grand personnage ; la corporation fut une nouvelle forme de la clientèle; elle donna à tous ces corps associés le moyen de se défendre; elle leur assura une considération qui leur eût manqué autrement et qui faisait d’eux non seulement des ensembles qu’on ne pouvait pas violenter impunément, qui avaient la force et le moyen de faire valoir leurs réclamations, mais presque des organes de la vie municipale.
De bonne heure, en effet, des rapports s’établirent entre les villes et les collèges qui y existaient. Les inscriptions prouvent qu’ils formaient une classe spéciale placée immédiatement au-dessus de la plèbe urbaine ; une sorte d’ordre à part qui se range après les décurions et les sévirs augustaux21, et que sa cohésion rendit bien vite influent. On s’en aperçut aisément : les syndicats n’hésitaient pas à intervenir lors des élections pour recommander et faire passer les candidats de leur choix. Parmi toutes les affiches électorales qu’on a recueillies à Pompéi, un certain nombre émanent de collèges de commerçants : M. Cerrinium aedlilem) pomari rogant 28; M. Holconium Priscum II vir. j. d. pomari universi cumHelvio Vestale rogant 29 : Cn. Ilclvium aed. Hernies colo... cum gallinariis rog. 30 ; Nerum aed. o'ro )
lin <-US’ *’ *' — 2 Bruns, Fontes juris Fomani (6e éd.), p. 356. — 3 Walt-
lp' cit- b P- ‘374. 4 Ibid. i( p 4SI — B Ibid. I, p. 357. — 6 Sommes slslurs'1 /°nilal'ons d® banquets ou distributions de sportulcs; dons de libéral " mCS ' co,îsbi’uct.ion ou embellissement de la salle des séances, jy relatives à la sépulture des membres du collège (Waltzing, Op. dans Wall'. ' 41®b ~ 1 Inscriptions relatives aux patrons des collèges (r— . ' "h P- 373 à 416. — 8 Exemple : les centonarii de Côme
(Coi
rP ■ biscr. Int.
V, 5446). — 9 Exemple : les centonarii de Ravenne (Ibid. P' 360 __ U,CS. vascularii de Rome (VI, 9052). — 10 Waltzing, Op. cit. 1, -,a C t des fastes conservés (Waltzing, Op. cit. IV, p. 280 cl suiv.).
"L XI, 5750; Bruns, Fontes, p. 356. — 13 Waltzing, Op. cit. I, p. 369.
— IV Bruns, Fontes, p. 336: Waltzing, IV, p. 315 et suiv. — 13 Waltzing,
| p. 375 et suiv.; IV, p. 318 et suiv. — 16 Ibid. p. 384. — 17 Bruns. Loc. cit. — 16 Waltzing, I, p. 384 note. — 19 Ibid. I, p. 409. — 20 Ibid.
1, p. 413; et IV, p. 419. — 21 Ibid. I, p. 415; IV, p. 427. — 22 Résumé de ces
opinions dans Waltzing, 1, p. 181 et suiv. — 23 Herzog, Gall. Narb. p. 188 ; Desjardins, Géogr. de ta Gaule, III, p. 444. — 2V Boissier, La religion romaine d‘ Auguste aux Antonins, II, p. 255. — 2Ô C. i. I. V, 7044 ; XII, 1898 ; XIII, 1978, 1998 ;
2023. 2f> Boissier, Loc. cit. - Waltzing, I, p. 188 et suiv. — 27 C. i. I. V, 7905,
7920 : decurionib, et sexvir. Aug. et officialibus, item collegis, et recumbentibus et populo. — 28 Ibid. IV, 149 ; cf. 180 , 206. — 29 Ibid. 202; cf. 1955 d. — 30 Ibid.
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faciatis) : vngnenfari facile rogo 1 . On pourrait multiplier les exemples - ; ils suffisent à prouver l’intervention dos marchands syndiqués dans la politique municipale, à laquelle leur intérêt ne leur permettait pas de rester étrangers.
Aussi les cités reconnaissaient elles leur pouvoir par des faveurs; on leur accordait des places d’honneur au spectacle 3 ; dans les cérémonies publiques ils figuraient avec leurs bannières déployées 1 ; dans les banquets offerts par des citoyens généreux ils n’étaient jamais oubliés 6. On alla même jusqu’à leur demander leur concours pour certains services intéressant la municipalité, qu’ils acceptaient de rendre parce qu’ils y trouvaient de leur côté une augmentation d’influence et certains avantages pratiques; c’est ainsi qu’on eut de bonne heure recours, pour former des corps de pompiers, aux hommes que leur profession ou leur commerce désignait plus spécialement : les centonarii et les dendrophori , marchands de centons [cento] et de bois, mi étaient généralement réunis aux fabri dans la cironstance 6 [fabri, p. 956]. Cette utilisation des collèges aussi bien par l'État que par les particuliers se généralisa à partir du me siècle et devint la règle générale.
De bonne heure l’autorité impériale avait compris que les collèges de marchands établis dans la capitale étaient un des organes essentiels de la vie journalière, et qu’il était impossible de s’en désintéresser. Elle essaya donc de les encourager. Auguste, Tibère, Claude, Néron avaient accordé des privilèges à ceux qui fournissaient Rome de blé ( mercatores frumentarii ) 1 et d’huile [mercatores oleari) ; Trajan exempta les marchands de blé de la tutelle8; c’est lui qui donna aux boulangers ( pistores ) le jus Quiritium pourvu que, étant déjà citoyens de droit latin, ils eussent une boulangerie à Rome depuis trois ans au moins et qu’ils fissent cuire 300 boisseaux par jour9; il les exempta également de la tutelle10. Hadrien étendit ce privilège en les dispensant de la tutelle des enfants de leurs collèges11, c'est-à-dire de ceux qui faisaient partie du même collège. Caracalla accorda pareillement Yexcusatio tutelae aux charcutiers, à la condition qu’ils consacreraient à l’annone les deux tiers de leur patrimoine12; pour être admis à ces avantages, les marchands devaient se soumettre au contrôle permanent du préfet de la ville ou de celui de l’annone : ceux-ci tenaient des listes exactes des commerçants qui étaient dans les conditions requises et vérifiaient les déclarations reçues13.
Au siècle suivant, ces immunités sont encore étendues par l’exemption des mimera sordida, en particulier aux charcutiers u.
Ainsi se préparait lentement la réforme que l'on attribue à l'empereur Sévère Alexandre. Jusque-là il y avait eu des commerçants libres, des collèges protégés par l’État parce qu'il s’en servait et des collèges dont il se
' Jbid. 009. — 2 Cf. la série de ces inscriptions dans Waltzing, III, p. 116 <•1 suiv. ; Willeros, Les élections municipales de Pompéi, p. 26 elsuiv. — 3 C.i. I. XII, 714. — 4 Rio. Cass. LXX1V, 4; Vita Gallieni, 8; Aurel. 31; Paneg. lat. VIII, 8; Waltzing, I, p. 415. — 5 C. i. I. V, 7920; VIII, 16556; XI, 6033. — 6 Waltzing, II, p. 196 et suiv. ; Hirschfeld, Gall. stud. III, p. 10 et suiv. — 7 Suet. Aug. 42; Tac. Ann. II, 87 ; Suet. Claud. 18, 19 ; cf. Waltzing, II, p. 402 et s. — 8 Plin. Paneg. 29. — 9 Gaius. I, 31. — 10 Fragm. Vat. 233. — U Ibid. 235, 237 ; Dig. XXVII, 1, 46. — 12 Fragm. Vat. 236, 237. — 13 Jbid. 233, 236 ; Dig. L, 50, 6, 6 ; Waltzing, p. 347 sqq. — H Cad. Theod. XIV, 4, 6, 10; JVov. Valent. III, 35, 6, 7. — 13 Vit a Alex. 33 : Corpora omnium constituit vinariorum, lupinariorum, caligariorum et omnino omnium artium. — 16 Dig. L, 6, 6 (5), § 3. — 17 Fragm.
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ucam lai uaaai t.
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iv-o uoiiùfijos de cants sont déclarés officiellement indispensable on les reconnaît d’utilité publique, on les .,,1. ’lal: les enrôle dans l’administration. Bien nhw |n° ‘‘B®’ °n guère plus qu’il y ait des marchands non syntli(^el
presque tous seront réunis en collèges, et
soumis à la même réglementation l\ En
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°Hèges
relouC on leur
accordait certains privilèges ; il était juste U1 que ceux qui, par l’exercice même d« leur professavaient une sorte de fonction publique fussent disin-ns "’ en retour, de charges réservées aux citoyens à qui JX ne devait rien16. Ces privilèges consistaient surtout dans l’exemption de la tutelle1', des munera sordida h extraordinaria lfl, la collât io equorum i9, la dispense du service militaire20, dans la protection accordée contre les abus de pouvoir des fonctionnaires subalternes21, dans la possibilité, du moins pour les chefs des collèges, de parvenir à certains honneurs 22. Mais cet état privilégié devait avoir pour les commerçants de terribles conséquences : ils souffrirent de l’oppression dont moururent aux bas temps, toutes les classes de la société qui avaient quelque rapport avec l’administration. Ils subirent comme tous les corporati , la pire des servitudes. On
commença par déclarer les patrimoines affectés pour toujours à l’exercice d’une profession23 : c’était les frapper d’une hypothèque perpétuelle, comme gage du travail de ceux qui les possédaient, pendant leur vie, comme garantie des services qui devaient se continuer après eux pour le bien de l’État21. Puis on attacha les personnes au métier à perpétuité : « perpetuo sint obnoxii functioni », disent les Codes26; enfin on déclara le métier même héréditaire : la charge transmise aux enfants par les biens le fut dès lors par le sang, « la fatalité delà naissance, telle devint la loi suprême de l’Empire28». On finit par faire la chasse à ceux qui essayaient de se soustraire au commerce imposé par la loi et par les ramener de force à leur devoir2'. Ainsi finirent les commerçants à Rome.
En était-il de même dans les différentes villes de l’Empire et se passa-t-il dans les provinces ce qui se passait dans la capitale? On l’admet généralement ,1a aussi la plupart des négociants se seraient formes en corporations, ceux qui restaient isolés ne formant qu’une infime minorité29; là aussi les collèges aman n été utilisés pour des services publics30 ; le dilfk ü< 1 ^ déterminer quels étaient ces services u- H ( 'l qu’ils étaient différents de ceux qu’on demandait aux sociétés à Rome et à Constantinople. M. ^,ll/J n discuté longuement la question 3- ; sa conclusion I ^ les membres des collèges municipaux au o étaient les auxiliaires des curiales et que ceux '-[ * 1 saient dans les diverses corporations les specu dont ils avaient besoin pour accomplir leui s me 1 Ainsi, les décurions devant veiller aux apP1"'1"'
Vati , 236. - 18 Cad. Theod. XIV, 2, 2. -«Sym». Belot- 1*. aCti,
III, 5, §§ 2 et 3. - 21 Cod. Theod. XIV, 3, 22; C. t. I- • . ’ 2g3 ei suiv.
rw"., »>«*. ». . ; »... iw. m ». S » »•
— 24 Wallon, (Jist. de l'esclavage, III, p. 206. — -3 C ■ r/ie0(f. xlV, 4,
-26 Wallon, Op. cit. III, p. 207.- 27 JVov. Valent. H I, 15, • ^ . fu5lel
,2; 10. -28 Waltzing, II, p. t7l; Duruy, Hist. rom. ' wallon, Hist- de
20 Nos. Voî.
12; 10. -28 Waltzing, U, p. wi; umuy, - - - • Wa||0n, Hts‘-
de Coulanges, Inst, polit, de l'ancienne France, , P- - • §3; Cod.
l'esclavage, III, p. 248. - 2» Waltzing, U, P; ° 'Z suiv, Stemler,
Theod. XII, 9, 1, 3; VII, 21, 3. - 31 Duruy, Op. cit. VU, p. 2Q8 cl suiv.
Des collèges d'artisans, Paris, 1887, p. 74. P ■
33 Ibid. p. 214.
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nicipes *, bien qu’il n’y eût pas en dehors jnents ,nL1,e distributions publiques, il était naturel des capilnlt>;- , ceia .y certains marchands et en qu’ils üssen ‘ * bou,angers. De même ceux des curiales particulier ;ui. ^ ^ supveil,ance des travaux publics qgétaienlcl(ia 8 fajre que de demander le concours
ne pml
»• r v,aie , ores En somme, la situation parait la même aèsdendi'op antin0ple et dans les provinces. Les à Rome’ constitués en collèges, semblent devenus commerça" . drninistration, astreints à des corvées
des organes aei
leur metier.
Pr"pre n(ls étaient soumis à certains impôts; et LT ÏÎIÛÎelndre non point les taxes qui frappaient r 'redises comme la douane ou l'octroi, mais , Mi étaient prélevées sur la profession elle -meme.
“ ’elmbre étaient peut-être le «marna»™., s'il faut «S avec certains auteurs, ee qui ue semble pas admts- ; un droit de marché, de stationnement sur la place ou dans les magasins qui s. y trouvaient Ce Il e t certain, c'est que, depuis Alexandre Sévere ’, i ressuscita peut-être d’anciens impôts, les négociants Lient tenus de payer une patente nommee aurum negotiatorium ; seuls les commerçants de Rome en étaient exempts L Après Dioclétien un nouveau système fut établi • tous les artisans, inscrits sur un registre malricule spécial, sous le nom des negotiatores , devaient une .contribution personnelle, functio auraria \ pensio auraria 0 [curysargyrum], qu’ils répartissâient entre les différents membres de la corporation1. Tout ceci a été expliqué ailleurs. Le siliquaticum serait un impôt du même genre perçu en partie sur le marchand, en parlie sur l’acheteur 8 . R- Cagnat.
MERCATURA. Le Commerce. — I. Grèce avant le viii0 siècle. — Nous n’avons sur l’état du commerce grec, dans les périodes les plus anciennes, celles qu’on nomme époque prémycénienne ou troyenne (2500-2000 environ) et celle qu’on nomme époque mycénienne (2000-1000 environ)1, que des sources archéologiques. Les sources linguistiques et littéraires n’apparaissent qu’avec les poèmes homériques (1000-700 environ).
Période prémycénienne . — Elle est qualifiée quelquefois de période troyenne 2, parce que les fonds qui la caractérisent le mieux sont ceux des cinq premières villes (particulièrement de la seconde) qui se sont succédé à Ifissarlik, sur le sol de l’ancienne Troie. Ces fonds ont été mis au jour par les fouilles de Schliemann. La population des premières villes de Troie n’était pas de race hellénique. Mais la civilisation qui a régné à Tcoie a laissé des traces dans d’autres lieux. On a trouvé des fonds analogues dans les Cyclades, à Amorgos, à
ivulm. Die stâdtische Verfassung d. rôm. Reichs , I, p. 46 et suiv. ; Hirschfeld, Anjionn, p. 84 et suiv. ; Liebenam, Stüdteverwaltung. — 2 Cf. à ce sujet Marquardt, 'm' financière, p. 353 ; Cagnat, Impôts indirects, p. 147 et suiv. — 3 Vita r' ‘ ~ * Marquardt, Op. cit. p. 298. — 6 Cod. Theod. XIII, t, 13. VII, 21, 3. i Ihid Xü[ 17. cf Godefroid, ad Cod. Theod. X, I. ~M ,jaenat> Impôts indirects, p. 148, note 1.
t A l CH y. i je sujs, p0ur les date9, les indications de Hall, The oldest
Greece, Studies of the Mycenaean âge, London, 1901, p.48 et suiv. J °rsch. des Altertli. II, Stuttgart, 1893, p. 120 et suiv. - 3 Fouqué,
I ii t'" * MS éruPt‘ons, Paris, 1879 ; Beloch, Griech. Gesch. Strasbourg, 1893-97, ùml l Gescl‘- des Altertli. il, p. 121. — 4 Schliemann, Ilios, Stadt und
rro,nner’ Leipzig, 1881; Troia, Leipzig, 1884; Bericht über die A— m Tr°ia im Jahre - - ■ • ■
l»natt
-- 1890, Leipzig, 1891; Cbr. Tzountas et J. Irving
d le Mycenaean âge, London, 1897; Hall, Op. cit. p. 23; Spcck, Man- «jc/iL <CS AU,:Hh- H. P- 20, 210; Beloch, Op. cit. 1, p. 67-68. - 3 Meyer, 'fruit,?? A'terth- "> P- 122-123; Hall, Op. cit. p. 27; Dumont cl Chapiain, I e) de la Grèce propre, I, p. 19-42. — 6 Meyer, Ibid, il, 126; cf. Hall,
Mélos, à Santorin (Théra)3 ; en Chypre; sur le continent enfin, près d’Athènes, à Tirynlhe, a Mycènes, etc. Les instruments et les armes qu on a trouvés dans ces stations nous révèlent une civilisation intermediuii c entre l’ûge de la pierre et l’àge du métal : ce sont encore des haches, des scies, des pointes de (lèches, des peignes, fabriqués en pierre ou en os. Mais à côte de tes ustensiles primitifs, on remarque aussi des couteaux, des aiguilles, quelques bijoux de cuivre v. On y rencontre des vases de cuivre assez grossiers; ceux du fond de Théra 5 révèlent une ornementation florale originale. Tous ces objets sont de types assez semblables, même dans les fonds les plus distants les uns des autres : ceux de Troie et ceux de Chypre présentent des analogies frappantes ; bien plus, des vases identiques, comme forme et comme ornementation, à ceux de Troie et de Chypre ont été découverts dans les plus anciennes nécropoles d’Ëtrurie, à Tarquinii, Vetulonia, etc. On en a conclu que ces produits ont été introduits par la xoi<‘ commerciale et qu il devait exister dès cette époque un commerce de mer ®. Cette conclusion est défendable, bien qu’elle ne puisse être pleinement vérifiée1.
En comparant les produits fabriqués de la civilisation troyenne à ceux d’autres civilisations antérieures ou contemporaines (Babylone et Egypte), on constate que les premiers n'imitent pas les seconds; ils sont originaux dans leur facture et leur ornementation. La civilisation troyenne se serait donc développée d une manière autonome et en dehors de toute action étrangère. Le fonds de Chypre fait exception, il porte seul l’empreinte d’influences orientales (sémitiques) 8. La conséquence serait qu’il n’y a pas eu, dans notre période, de relations commerciales entre l’Orient et la mer Lgée. Mais il faudrait établir que tout commerce, quels que soient ses objets, entraîne nécessairement des imitations dans le domaine de la fabrication et de 1 art décoratif. L absence même d’influences orientales dans les pays égéens à cette époque n'est pas établie 9. 11 est probable que des relations ont existé entre l'Égypte et la Grèce, sinon par la voie directe d’Égypte en Crète, du moins par Chypre et la Palestine10. Il est possible que les Phéniciens ne servissent pas encore d’intermédiaires a ce trafic. A plus forte raison faut-il se défier des tentatives qu'on a pu faire pour reconstituer les formes du commerce de la période prémycénienne par la comparaison des formes du commerce dans d’autres civilisations primitives11.
Période mycénienne (2000-1000 environ ,2). — Mycènes fut l’un des centres principaux de la civilisation do cette époque13. Les palais de Mycènes et de Tirynthe, le palais de l’acropole, le vieux mur aux neuf portes et
p. 144 et s. — 7 L'archéologie ne peut guère donner davantage. Sur la question de méthode, voir V. Bérard, L'étude des origines grecques, Rer. histor. 76 (19UI>, p. 14 et suiv.; Hall, Op. cit. p. 13 et suiv. — » Meyer, Op. cit. Il, p. 126-127 ; Dumont, Op. cit. p. 199 et s. ; Pollier, Catalog. des vases du Louvre, p. 82 et s. — 9 Ibid. p. 126, n. 1; Beloch, 1, 71; Hall, p. 108 et s. 143 et s. Pour la discussion détaillée, voir S. Reinach. Le mirage oriental, dans ses Chroniques d'Orient, 11, p. 509-565; V. Bérard, Topologie et Toponymie antiques, dans la Revue arcli. 1899, 1900 et 1901 ; la Méditerranée phénicienne, dans les Annales de géographie, 1895, p 271 ; E. Pottier, le Palais de Minos, dans la Revue de Paris, mars 1902, p. 179-
197 io Hall, p. 145-147. — 11 Spcck, Uandelsgesch. des Altertli. 11, p. 305 cl s.
12 Dates approximatives. On peut croire que la civilisation mycénienne avait
atteint son plein développement au xv' siècle ; cf. Beloch, 1,84, n. 3. — 13 Ridgeway, The early Age of Grcece, 1, Cambridge, 1901, et Reinach, dans Rev. critique, XXXVI 1902, p. 172-178; Tzountas et Manatt, The Mgccnacan âge; Hall, The oldest civilisation of Greece ; Meyer, Op. cit. H, p. 128 cl s. ; Beloch, Op. cit. I, p. 76 et s.; Speck, Op. cit. Il, p. 24 et s. ; Perrot et Chipiez, Uist. de l'Art , t. VI ; Pottier, Catalogue, p. 181 et s.
MER
MER
plusieurs tombeaux d’Athènes ; les ruines (murailles, fondations d’un palais, digue) découvertes en Béotie dans une ile du lac Copaïs, et à ürchomène; d’autres monuments trouvés dans les îles de Chypre, de Rhodes, de Crète, nous fournissent des témoignages intéressants sur l’état économique de celte époque, à laquelle appartient aussi, en Asie Mineure, le fonds de la sixième ville de Troie1. Ils nous révèlent des formes de civilisation qui ont régné non seulement dans le monde égéen, mais jusqu’en Asie Mineure, en Syrie, en Égypte, en Sicile, dans l’Italie méridionale, etc. L’àge de bronze a complètement supplanté l’àge de pierre; la technique de la métallurgie est déjà très développée 2 : des bijoux, des ustensiles sont faits en métal coulé, filé, martelé 3(cuivre, or etargent, exceptionnellement fer) *. L’art delà poterie s'est aussi fort perfectionné. L’ornementation des ouvrages de métal et de terre est puisée à une inspiration généralement autochtone s. Mais on rencontre aussi désormais des traces indéniables d'intluences de l’art décoratif oriental 11 : plantes et animaux d’Orient, monstres ailés 7 qui apparaissent surtout dans les petits objets (gemmes, bagues, travaux d'ivoire, d’or plaqué, porcelaines, verreries, scarabées égyptiens, etc.) 8. Ces influences semblent révéler des relations fréquentes de la civilisation mycénienne avec l’Orient9. Babvlone participait certainement à ces relations (peut-être par l'intermédiaire des Hétéens)10. Mais c’était surtout l'Égypte" qui échangeait des produits fabriqués avec les Grecs, notamment avec ces peuples un peu énigmatiques connus sous le nom de Keftiou (gens du pays de Kàfit) 12, que les Égyptiens confondaientà tortavec les Phéniciens13, qu’on a voulu récemment identifier avec les Ciliciens", mais qui ne sont, plus probablement, que les habitants de la lisière nord de la Méditerranée, en face de l’Égypte (Chypre, Pisidie, Lycie, Crète)13.
Le commerce mycénien avait gagné aussi les pays de l’Occident. Des produits fabriqués identiques se retrouvent à Syracuse, en Étrurie, jusqu’en Portugal13.
La Crète a dû tenir une place prépondérante dans les relations avec les étrangers. Il doit y avoir un fond de vérité dans les traditions relatives à Minos et à la thalassocratie crétoise17. Plus tard, le centre du mouvement commercial se déplaça et passa en Argolide. La légende des Argonautes rappelle les tentatives faites par les princes d'Iolchos pour atteindre l’Hellespont. et la mer Noire18. Troie, qui commandait la route de l’Hellespont,
i Helbig, Das homer. Epos, 2f éd. 1887 ; Schliemann, Mykenae, Leipzig, 1878; Orchomenos , Leipzig, 1881; Tyrins , Leipzig, 1886 ; Schuchhardt,
Schliemanns Ausgrab. in Troja, Tiryns , Mykenà , Orchomenos , Ithaka , im Lichte der heutigen Wissenschaft , 2e éd. Leipzig, 1891 ; Meyer, Op. cit. I, p. 128-129, 183 et s. 193, 198 et s.; Beloch, Op. cit. I, p. 67. — 2 Meyer, I, p. 157; Hall, Op. cit. p. 28. — 3 Meyer, Op. cit. Il, p. 173; Speek, Op. cit. II, p. 212. — 4 Beloch, 1, p. 77. Le trésor de Priam, que Schliemann croyait contemporain de la deuxième ville de Troie, doit être de l’époque mycénienne : Hall, p. 17. — 5 Furtwangler et Ldschcke, Myken. Vasen , Berlin, 1886. — 6 Beloch, I, p. 78-79; Meyer, Op. cit. Il, p. 173 et suiv. : cf. S. Reinach, Le mirage oriental ( Chroniques d'Orient , II, p. 555 et suiv.) et aussi Hall,p. 34etsuiv. — 7 Milchhofer, Die Anfünge der Kunst in Griechenl. 1883 ; Perrot et Chipiez, Hist. de l art , t. VI ; Meyer, .Op. cit. II, p. 175-176, 180. — 8 Helbig, Hom. Epos, p. 60 et s.; Hall, p. 116 et s., 186; Meyer. Gesch. des Alterth. II, p. 200. — 9 Meyer, Wirths. Entwickelung des Alterth. Iena, 1895, p. 13; Hall, p. 30; Pottier, dans la Revue de Paris , mars 1902, p. 179 et s. — 10 W. Wright, The empire of the Hittites , 2e éd. 1886; Di Cara, Gli Hethei-Pelasgi , I, Roma, 1894. — 11 Hall, p. 143 et s. 167-168 ; Perrot et Chipiez. VL p. 991 ; Pottier, Catalogue , p. 203. — 12 Revue des Études grecques, 1894, p. 122-124. Pour la forme du mot, voir Maspero, Rev. crit. d'hist. et de litt. XXXVI. 1902, p. 63. — 13 Cf. Flinders Petrie, A history of Egypt from the earliest times to the XVl^ dynasty, London, 1894, p. 13-15. — *4 Max Muller, .1 sien und Europa nach aUüjypt. Dmkmülern, Leipzig, 1893, p. 336 et
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S agit-il des routes du commerce extérieur*"’ / ' dire du commerce du monde égéen avec I s à' l'Égypte)? On estime généralement que W .T? et commerciales empruntaient surtout la voie de | ^
petit cabotage: les marchandises arrivaient ^ Égée par l’Asie Mineure. Les rapports Dnliti„ & Pharaons d’Égypte et des rois des cités myEnn* ont été rares, exceptionnels même21. D'autre petits et mauvais navires de cette époque n'auraienl guère permis d’affronter régulièrement la hante mer» On ne s’expliquerait guère autrement le caractère nul !
nniïià nr*i c nup lo 1 î o o l i /-v»-. 1 — il » •
nome pris par la civilisation hellénique dans cerhin.
AAr-l-AA ,1 - l’!l „ J /-.I
centres écartés, dans Pile de Chypre, par exemple, dont la vie se développe tout à fait à part23.
Quels étaient les intermédiaires du commerce entre
l’Orientet le monde égéen? Les Phéniciens24 se trouvaient
naturellement placés sur les routes continentales du trafic, et des témoignages nous révèlent leur entremise I dans l’importation de vases mycéniens en Égypte25, I Mais il est possible que les Phéniciens liaient eu avec la civilisation mycénienne qu’un contact superficiel et qu’ils n’aient pas pénétré profondément dans l’intérieur de la mer Égée26. Sans doute le commerce de celte mer, entre les côtes de l’Asie Mineure, le Péloponèse et les îles, était purement grec : ainsi s’expliquerait l’absence d’éléments étrangers (spécialement d’éléments sémitiques) dans la terminologie de la nautique grecque27 et l’ignorance où semblent être les parties les plus anciennes ] des poèmes homériques de l'existence de navigateurs phéniciens dans la mer Égée '28. La thalassocratie phénicienne ne doit guère être antérieure au xe siècle-1.
Mêmes incertitudes en ce qui concerne la technique du commerce. Toutefois l’on peut affirmer que la vie économique de cette époque comportait déjà une certaine spécialisation et une certaine division du travail, indices I d’une civilisation commerciale relativement avancée. I Cela résulte, d’une part, de l'habileté professionnelle dont témoignent les produits de l’industrie locale, . habileté que n’atteindraient guère des ouvriers non spécialisés, , cela résulte aussi d’autre part de 1 existence (i ' l 1 ments humains de forme urbaine. Tandis qui i' - 1 1,1 sements humains en forme de villages, de h*1111"1 1 de domaines isolés sont caractéristiques des ei\i i-*' 10,111
suiv. - 15 Hall, p. 161-105; Maspero, Notes sur différents P0'"'s'^ d‘ histoire, § 10 (dans Recueil de travaux relatifs a ^ ^ Mcyer. Gesch.
aodictseui. lavi, o. « - , , .i
AUerth.* éd. Il, 27; Hall, p. 215. - « Meyer, Op. cit. - P
tterth.* éd. Il, 27 ; Hall, p. 210. - 1 ’ , ,nm I n 18 et suiv.--1
Industrie dans la Grèce ancienne Bruxclh^ h’omériqucs, la
d'Égvple pas sa il pour un exploit: c'était un de ces ^voyages ' Beloejv
peut espérer revenir », Odyss. 111, 317 ;cf.Meyer,U irths.E^ ^
Paris , mars
égyptiennes et assyriennes, l. XVII, Paris, 189o), p. 138-.»- 337 ;cf,
des Alterth. Il, p. 208; Hall, p. 218. - 17 Busolt, Gnech Gesch.
Museo italiano, Il (1888), p. 089. Sur les récentes eco c; les résumés paf
Evans, dans The Annual of the bristish school, t. e ’ c etm oietw, E. Pottier, Revue de Paris, février et mars 1902; Id. ' VVacl,smulli, Belle*-
août et sept. 1902; S. Reinach, Chronique de l Art, 1 • M Francollc,
- -» .û Un^t, fin cit. Il, P* XUv* 2)lla||,
a urece ancienne, .4,, -nues
p. ,81 et suiv. - 22 Beloch, I, 72. Jusque dans lesjennps , jns „ drs'piel* ”c
,, 72. — 24 Hall, p. 109 et'suiv. ; V. Bérard, »•*'
au. 1». iu» « ou*.., - - - . . aenucw
1902, p. 194; contra Beloch, Die Phômsxe ^ . Reinacli, U
... . a! r.s'iprh. GeSCll. *? I , ne
nuu Dciwtu, . ii).
Ithein. Muséum, 49 (1894), p. 1 1 1 et suiv. ^dustrielle dans I an‘"**e i
mirage oriental, p. 729 ; Guiraud,
Grèce, Paris, 1900, p. 5. - 23Daressy ^ ' dttdle P ^ 2C
tare égyptienne, Rev. arth. 3* sér. XXV 11 (1895), P Mchichte - 27 Schrader, Linguist.-histor. Forschunyen ^ H aM Op ,
Uunde, lena, 1886, 1, p. 43-45. - 28 Beloch, 72-73, 74 n.^ ^ fl, |, p -3, p. 2 1 , n. 1.-99 Hall, p. 235 ; Potlier, Op.c. p. 19o. -
MER
• niP, les villes, groupements plus denses,
1 • 11- l ~ font nîlPQPfiipifi-
Plirt'mpnl ah plus éloignés de la terre, plus espam-;; t^ations commerciales.
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•peg '.C'est dire qu’il existait aussi une f0,me ^ ivant principalement du commerce. EL il est pop^on au f°rmé’ comme ie p0SS' h lins historiens, une classe a part. peDSen I existait à cette époque tout un réseau de Enfin’ ‘ , Ces routes étaient établies sur un substra- ?0Ul6l Varies blocs de pierre non dégrossis; elles étaient lum., !" * étroites (3 m. 58), comportaientdes pentes 1181 l"l ■ et se prêtaient mieux aux transports par
SX™.™ a»-»"1 “nsp°rts r:oUures' ?usieurs
de ces roules rayonnaient autour de Mycenes. Les unes ilnt vers Argos et Tirynthe; d autres umssa.ent Plltraeon. près de Mycènes, à cette ville, à Cléonée, Ténée et Cori„the2; ou peut encore en relever les vestiges
dans les montagnes de 1 Argolide.
Nous n’avons pas, d’ailleurs, la ressource de comparer ,e commerce mycénien avec le commerce, mieux connu, delà période suivante, car il est également possible que le commerce des temps homériques marque, par rapport au commerce mycénien, une progression ou une régression. Une régression paraît pourtantplus vraisemblable 3 .
Temps homériques (xe-vm° siècles). — Vers le x' siècle av. J.-C., la civilisation mycénienne Lombaassez rapidement, sans doute, sous les coups des envahisseurs doriens b Le monde grec fut profondément troublé par
l’invasion; l’essor économique et commercial en fut ralenti; des éléments de civilisation nouveaux y furent importés par les nouveaux venus, d’ailleurs beaucoup plus rudes que les premiers maîtres du sol 6. Pour cette période nouvelle, caractérisée par des éléments économiques ou éthiques inconnus des temps mycéniens, nous disposons, en dehors des sources archéologiques, de sources littéraires et linguistiques, qui laissent subsister cependant bien des lacunes dans notre information .
Envisagée sous son aspect économique6, notre période a pu être parfois désignée du nom de moyen âge grec Comme dans l’époque correspondante de l’histoire de 1 Europe occidentale (du x° au xvc siècle"), les poèmes
1 Meyer , Gesch. des Alterlk. Il, p. 158-159. — 2 S le (l'on, Karten von Dijkenai, Berlin, 1884, p. 8 cl suiv. — 3 En ce sens Schuchhardl, L. c. -‘Perrot et Chipiez, Hisl. de l’Art, l. VII; Hall, p. 221; cf. Meyer, Gesch. '1rs Alterth. Il, p. 282-283. Ridgeway ( Tlie early âge of Greece, I, Cambridge, 19111 ) croit flue les premiers coups, et les plus décisifs, portés à la civilisation mycénienne, l’ont été par les Achéens (peuple celto-germanique) qui
auraient, dés 1 an 1300, apporté en Grèce le patrimoine de la civilisation celtique
de 1 Europe centrale (civilisation hallslatticune1. — - 5 Helbig. Das hom. Epos,
P- a v , p. 4/ et s. ; Milchhôfer, Op. cit. p. 91 et suiv.; Cauer, Grundfragen der
mmrrtjc/ien hritik, Leipzig, 1895, p. 179; Hall, p. 3G et s. *247. — 6 En géné- . sur le commerce des temps homériques, voir Cierson, Schiff'ahrt and Handel
^GnrcVn in der homerischen Zeit (fihein. AJ us. 3" sér. XVI, 1801, p. 82-114) ;
1^)” Il es U z und Ervierb im ç/riech. Altert. Halle, 1809, p. 356-300;
Ricd 111111 ^an^werk und Handwerlcer in den homer. Zeiten, Erlangen, 1873;
IX r <'a"S rùr das bayrische Gymnasial- und Realschulwesen,
Iteali ^ (13-174, 209-213; Helbig, lias hom. Epos , p. 1-93; Buchholz, Hom. 1897 lù ' *87 *-XS85 ; Kums, Les choses naturelles dans Homère Paris,
(1500 topologie et toponymie antiques, dans Rev. arcli. XXXVI à XXXIX
Alhrtl 1 ~~ ^cXer’ Gesch. des Alterth. Il, p. 291 et suiv. ; Pôhlmann, Ans 10; m Gegenwart, München, 1895, notamment n» v. — s Tbuc. I, 5, 10; 11, des ne \ S peup,es 1»' ignorent l’agriculture sont, pour les poèmes homériques) Beau -U,'( ‘ Sz lléP°urvus à Peu Près de tout lieu social, Odyss. IX, 106 ; BüchseuschiiU, Griech"c E''Werb’ 293 cl s-i Buchholz, Hom. Real. 11, 1, p. 88-132 ; Beloch, st '■ E p. 80-89; Francolte, Op. cit. I, p. 12. — 9 Meyer, Gesch. des
nous font connaître un étal économique analogue. Ces deux époques sont des époques d’économie agricole et d’économie domestique : c’est l’exploitation de la terre et des troupeaux qui fournil aux hommes les principaux moyens de vivre (nourriture et vêtements)8. Nous y constatons l’existence de groupements autonomes qui, au point de vue économique, se suflisent à eux-mêmes.
A leur tète se trouvent les grands propriétaires fonciers, nobles, qui vivent du travail de leurs subordonnés, et qui, en revanche, les protègent 9 ; au-dessous de ces seigneurs se groupe toute une population de laboureurs, de fermiers, d’ouvriers, de mendiants10, les uns esclaves, les autres libres, mais absolument dépendants au point de vue politique11 * * * * * * IX. Le groupe produit tout ce dont il a besoin par l’agriculture, l’élevage du bétail et 1 industrie domestique12. C’est dans son sein seulement que se produit une division rudimentaire du travail13. Dans cette population à demi servile, on rencontre de bonne heure, à côté des cultivateurs, des artisans (0-^10^701) à qui le maître confie des matières premières à transformer .
Cetteorganisation restreint singulièrement la place que peut occuper le commerce dans la société. Pour se piocurer certaines marchandises que 1 économie domestique ne peut fournir, on a recours au vol et a la pirateiip . l’importance économique des razzias et du brigandage ressort à chaque instant des poèmes homériques’ J. Mais à côté des moyens violents, commencent à s’établir des moyens pacifiques de mettre en rapport les divers groupes entre eux et avec les étrangers. Le commerce, surtout le commerce de mer, prend une place de plus en plus notable dans les parties récentes de l’épopée homérique16 et l’on rencontre des marchands de profession conformes au portrait qu’en trace Euryale11 [mf.rcator). En même temps que le commerce international, se développe le commerce intérieur. Comme le moyen âge de l’Europe occidentale le moyen âge égéen voit se réaliser une émancipation progressive des agriculteurs et des artisans, qui acquièrent le droit de travailler, non plus exclusivement pour leur groupe, mais aussi pour les étrangers à ce groupe, et contre, payement19. L’émancipation des oYjgioupY0' grecs et celle des ministeriales francs suit la même évolution. Les cultivateurs vendent le superflu de leur récolte; les artisans, désormais indépendants, peuvent aller chercher fortune là où on a besoin de leurs services20. Cette émancipation n’entraîne d abord que
Alterth. II, p. 302 et suiv. ; Francolte, I, p. 270 et suiv. — '0 Mevcr, M irtlis. Entw. des Altertliums, p. 15. - H Helbig, Das hom. Epos. p. 15. - 12 Division bien faible encore : Paris construit lui-méme sa maison, (//. VI, 313 et suiv.); Eumée fabrique ses chaussures (Odyss. XIV, 23) et bâtit de ses propres mains une étable pour ses porcs (Odyss. XIV, 5). « Le charron, dans Homère, doit commencer par èlre bûcheron, car il faut qu’il aille d’abord abaltre les arbres dont il fera du bois.
H 485-486 ; Guiraud, Main-d’œuvre industrielle, p. 19-20. — '3 H. IV, lOo ; Ud. III 436 ; Francolte, 1, p. 277. - H En général, voir Riedenauer, Handwerk und Handwerlcer in den hom. Zeit. p. 10 et suiv. 76 et passim ; Büchsenschütz, Op. cit. p. 264 et s.; Drumann, Arbeiter und Commun isten, Künigsberg, 1860, § 0; Beloch, Griech. GeschA, p. 89-90; Buchholz, Hom. Real. Il, I, 166; Francolte, Op. cit. L p. 273-278. — « Od. XVII, 288 ; XX, <8, etc. ; Thuc. I, 5 : « W..tl|
,zàUov zioz.oJaSa! v«u„ïv ht' iU8Xouî, iïjàHovto Xjcniav ». De même, Eratos-
thenes, dans Strab. 1,3,2: « toi* ifjraiotdrtou; *X«Tv »«’, «av* Xii|<rt»!«v r, luito^av .
Pierson, p. 83-84; Hüllmann, Handelsgeschiclite der Griechen, 1839, p. 2. IG Schrader, Op. cit. I, p. 68 et s.; Meyer, Wirths. Entw. p. 17-18. — n Od. Vlll 162 et s. — *s Sur l'évolution qui, dans le moyen âge germanique, substitue au « servire in opéré domiuico » le « foro venalium rcruni studere », voir par evemple Maurer, Gesch. der Staedteverfassung in Deutschland, Erlangeu, 1869-71, 1 p 318 et s. ; Gesch. der Fronhnfe, der Bauemhôfe und der Hofverfassung in Deutschland, Erlangeu, 1862-63, I, p. 180 et s. 193, 206 et s. — 19 Riedenauer, Handwerk und Handwerker, p. 13; Buchholz, 11, 1, p. 105. — 20 Od. Vlll, 161 et s • XVII, 381 cl s.; cf. Bérard, Topologie et toponymie antiques (Rev. arch. XXXVH1, 1901), p. 96.
MER
des échanges limités, qui s'effectuent sans intermédiaires, au moyen de rapports directs entre consommateur et producteur (ocu-roTtwAix-q). Mais il y a aussi parfois des échanges qui se réalisent par des intermédiaires (gsTaêÀTiTixr,). Ainsi, aux groupes économiques fermés de l'époque ancienne commencent à se superposer parfois des cercles économiques plus larges, nationaux et même internationaux; ainsi apparaissent certaines relations commerciales. Mais il ne faut pas en exagérer l'importance ni les progrès. Ce commerce reste très rudimentaire. Sur le bouclier d'Achille, où sont représentés tous les moments importants de la vie humaine, il n'y a pas d’image du commerce ni de la navigation '. La ter- ' minologie commerciale des poèmes homériques est maigre et embarrassée.
On n’y trouve même pas de termes propres s’appliquant au commerce et aux commerçants. Le mot ’Égiropcç qui désignera plus tard le grand négociant ne désigne dans Homère que celui qui voyage sur mer dans un vaisseau étranger ; et ce n est que tardivement que le mot -p-fl?'.; s’applique exactement au commerce 3. Les mœurs s’accommodent mal des expéditions lointaines et des voyages aventureux. On regarde comme un malheur de s’éloigner de son foyer *. Il n’y a que les risque-tout, les inquiets, ou ceux qui n’ont rien à perdre, qui cherchent la richesse dans les entreprises lointaines 5. On les redoute et on les dédaigne ; on tient leur métier pour peu honorable6.
Objets du commerce. — Le médiocre développement du commerce aux temps homériques apparaît plus nettement encore si l’on examine, en suivant les sources, quels sont les objets de ce commerce, les hommes qui l’exercent, ses formes, son outillage et les moyens de transport dont il dispose.
Chaque groupe ne demande aux étrangers que les choses que 1 agriculture et l’industrie domestique sont hors d’état de produire : ce sont naturellement des produits exotiques ou certains objets de fabrication difficile. Il ne peut leur céder en échange que ce qu’il produit, c'est-à-dire essentiellement des denrées agricoles et des matières premières. On importe donc des objets fabriqués; on exporte des produits agricoles. Les poèmes homériques font implicitement cette distinction entre le commerce d’importation et celui d’exportation : il n’y est pas question d’exportations grecques portant sur des objets fabriqués \ Ceux-ci sont toujours importés de l’étranger ou échangés dans le cercle du monde égéen.
1 Pierson, p. 97; Helbig, p. 396. — 2 Buchholz, II, I, p, 172; Schradcr,
I, p. 73. — 3 Schrader, I, p. 63-G4, 73. — 4 il. Hf 292; Od. Ni, 313; I, 217; Bérard, Les Phéniciens et l'Odyssée, Paris, 1902, p. 69. — h Helbig, Hom. Epos, p. 396-397; Meyer, Gesch. des Alterth. II, p. 365. — 6 Od. VIII, 161 et s.
— 1 Helbig, p. 17, n. 11 ; Buchholz, II, 1 , p. 172. — 3 Buchholz, II, 1, p. 193 et s. ;
206 et s.; Ridgeway, p. 294, 594 et s. — 9 Beloch, dans Hiv. di Filologia, H
1873), p. 42-63; Griech. Gesch.' I, p. 80; Buchholz, II, 1, p. 211; Helbig, p. 329- 330; Pierson, p. 99; Schrader, licallexikon der indogerm. Altertumskunde (Strasbourg. 1901), I, p. 176 et s. — 10//. XIII, 577; XXIII, 808; Helbig, p. 18.
— 11 La Thrace importe en Grèce des coupes (II. XXIV, 234); Ménélas a reçu un vase d argent du roi de Sidon Phédimos (Od. IV, 617); Achille en possède aussi un qui vient de Phénicie (II. XXIII, 743) ; voir toute la description du mobilier de Ménélas (Od. IV, 125-132), Riedcnauer, p. 118 et s. — 12 Helbig, p. 266; Guiraud, Afain-d œuvre industrielle , p. 11. — 13 Schrader, Handelsgesch. I, p. 71 ; fteallexikon, II, p. 993; Bérard, Rev . arch. XXXVIII (1901), p. 404 et s. ; XXXIX (1901), p. 93 et s. ; Les Phéniciens et l'Odyssée , p. 439 et s. — H Od. IV, 73 ; VIII, 404, etc.
— lo Selon Schrader (Handelsgesch. und Waarenkunde , I, p. 71 ; Reallexikon, I, p. 180; Tier und Pflanzengeographie, p. 12, le mot eXéœ a$ qui désigne l’ivoire chez Homère serait le mot égyptien àb, Abu , éléphant et ivoire (latin ebur), précédé de I article sémitique hal. \oir aussi Lieblein, Handel und Schiffatirt auf dem
MER
Les produits fabriqués que les textes si , souvent comme faisant robjeld’échanJ £** le Plus de métallurgie. La civilisation de l\L0f esan>des marque une phase de transition entre imV? homérique Ttise do fer. Le fer, inconnu des par ‘f V Hiode, apparaît de plus en plus fréquence!?6""68 de les parties récentes de ce poème, et dans lYw dans côté de l’or, de l’argent, du plomb, de l’étain $1*' 1 RüMj. Mais le bronze est encore beaucoup plus 1 , "E"' °n échange surtout des armes offensives /?,^9’ l’hrace) *® et défensives, puis des ustensiles" J?®® de d’orfèvrerie, des bijoux12, des verroteries 'et de, non travaillés de fer, de bronze, d’étain (xx J . T* lui-ci sans doute de provenance syrienne rnn? ’ Ce' nom l’indique ». Après les métaux, L S””' « les plus fréquemment cités sont l'ivoire 11 sans j"86 importé d’Égypte par l'intermédiaire des Phéniciens V J l’ambre (-^sxrpov) les huiles parfumées d’Orient 11 1 ’ étoffes et les vêtements teints en pourpre 16 provenant des fabriques de Sidon ,9. Puis viennent les produits du sol et! les matières premières : le vin20, le froment 21 , le bois (pour les navires)22, les peaux de bêtes, le bétail, les esclaves». Dans le port de 2upfï| (Syra?), tandis que les Phéniciens se défont de leur pacotille, leur navire se remplit de viandes (ÇfoToç, en latin vietus, ce qui est nécessaire à la vie2*) : « èv v»)i yXatpupr| (ft'oTov ttoXuv ÊgTtoÀdamo 25 ». Au fur et à mesure que l’agriculture se perfectionne, elle fournit au commerce de nouveaux éléments : c’est par exemple l’huile, rarement citée dans V Iliade, mais citée à chaque instant dans l 'Odyssée™-, ce sont les fruits des arbres (pommes, poires, grenades, figues, etc.)21.
Intermédiaires du commerce. — Le commerce de notre époque est-il aux mains des Grecs ou aux mains des étrangers ? Il est certain, malgré de récentes contradictions28, que les Orientaux, notamment les Phéniciens, jouent un rôle prépondérant en cette matière29. Les temps homériques coïncident avec la thalassocratie phénicienne 30, qui n’était qu’à ses débuts au temps de la civilisation mycénienne, mais qui atteint, à partir du xc siècle, son plein essor. La linguistique en fournit la preuve. On rencontre en effet dans l’épopée homérique un très grand nombre de mots empruntés aux langues sémitiques, et ce sont précisément les mots qui désignent les objets usuels du commerce (/itwve; = en hébreu ketonet 31 ; ô0dvat = ethûn 32 ; /oued; = chàrùs ; xàvs&v = kaneli, etc.33). Or c’est une loi presque sans exception de l’histoire économique, que tout peuple commerçant qui a
Uothen Meere in allen Zeiten , Christiania, (586, p. 69. 16 ) ’’ j
XVili, -295; Bérard, lier. arch. XXXIX (1901), p. 215; Waldmann, Der * im Alterthum , Fellin, 1883. — 17 Helbig, p 158, n. 9 et 10; Pierson. ^ ^
— t8 Les Grecs de celle époque ne paraissent pas avoir su teindre en |’ ! ^ ^ poèmes homériques n'attribuent ce talent qu'aux femmes de Méonic et .
IV, 141; cf. Pierson, p. 104. — 13 Riedenauer, p. 83; Hüllmann, / ■
der Griech. p. 88; Helbig, p. 19; Bérard, Rev. arch. XXXMH 0 ■lll| "j|
Les Phéniciens et l'Odyssée , p. 414. — 20 Bérard, Rev. aille ■ n Ibid.
p. 214; Pierson, p. 1 00 . — 21 Bérard, Rev. arch. XXXMH (1901), P- 1 ç;c|irader,
XXXVIII (1901), p. 110. -23 H. Vit, 472-475 ; XXI, 40 ; XXIII, U“0'] ~nirien> et Handelsgesch. 70; Bérard, Rev. arch. XXXVIII (1901), p- 16®, ' | , g?.
l'Odyssée, p. 389. - 25 Od. XV, 446 et 450. - 26 Beloch, Gr. Gesc . ■
-27 Od. VII, 115; XXIV, 246, 310. — 28 Beloch, Rie Phântker
Meer , Rhein. Mus. 1894, p. 1 1 1 et suiv. — 29 Hermann-Bliimner. Priva 3 )4
p.42i, n. 4; Büchsenschütz, p. 359 ; Pierson, p. 109;Movcrs, I
s. ; Schrader, I, 69; Meyer, Gesch. des Alterth. II, p- 308 et s. , ’ ^ jjev. de
Speck, II, p. 310. — 30 Bérard, Les Phéniciens et les poèmes homn ' (0i . j(erej-,
l'hist. des religions, XXXIX (1899), p. 173-228 et 419-400. - 3* Hc^ P pc|, rJder, f
Gesch. des Alterth. II, p. 308. — 32 Cf. Helbig, P- ,r0’
MK H
mer
lralic d’une civilisation moins avancée l'héK«inon"' ' ^,ie.ci ]a terminologie technique de son importe cWt ^ lingUistique nous fournit encore les
Couver les anciens comptoirs phéniciens moyens1^' 11 ^ lrèg grand nombre les côtes lielléq"' 'ïtllTTLs noms sémitiques se retrouvent sous les niques ‘ les Grecs leur ont fait subir ou sous ldéf0rmïrr qu’ils y ont accolés 3. L’étude des sites et leS d°U ’ Ils (topologie et toponymie) permet de dégadC eîa celle matière des résultats précis. L’activité des
Phénicie
trouve Ithaque
ns détend dans tout le monde grec; on les
partout, en Égypte, en Crète, à Lemnos, a ; et jusque dans les mers de l’Ouest, car il est . J, au’ils touchent aux îles Ioniennes 5. Us ne se P'° ( à débarquer sur les côtes, mais on les trouve
"rr^l^peu^ree^rcadie);. Ils ne se Intentent pas du rôle d’intermédiaires entre les produci ,rs et les consommateurs; mais, producteurs dixièmes, ils écoulent chez les Grecs les produits de leur industrie 7. Le peuple phénicien est à peu près le seul peuple commerçant que connaisse Ylliade. L'Odyssée cite en outre les Taphiens ou Téléboens 8 que l’on a même parfois prétendu identifier avec les Phéniciens 9. De toute façon, le commerce du monde égéen est un commerce où les Grecs jouent un rôle passif. Plus encore peut-être que dans la période précédente, le trafic international passe par des mains étrangères.
Les Grecs ne sont pas cependant exclus de toute participation au commerce l0. Ainsi, pendant le siège de Troie, des vaisseaux hellènes de Lemnos viennent vendre du vin aux Achéens11. Les Achéens exportent aussi du vin de Thrace12. Mais c’est là un trafic que les occasions (le siège de Troie en l'espèce) suscitent seules. Il semble bien, en tout cas, que les marchands grecs ne se hasardent guère hors de la mer Égée, et que le monde hellénique n'est en rapports réguliers avec l'Orient que par
les Phéniciens.
Formes et outillage du commerce. — Le commerce affecte presque exclusivement la forme d'un commerce de troc. Les Achéens échangent du vin contre du bronze, du fer, des esclaves13 ; les Phéniciens troquent, en Syrie, des produits agricoles contre de l’or et de l’ambre 14 ; Mentes, roi des Taphiens, entreprend un voyage pour échanger du fer contre du cuivre15. Comment s’effectuent les opérations du troc? A peu près comme elles s effectuaient lorsque les premiers marchands espa gnols
abordèrent en Amérique ou lorsque les premiers marchands portugais abordèrent dans l’Hindoustan. Quand les bateaux phéniciens chargés de camelote (bijoux, bibelots, etc. — YjUpt ’igovTîç àO’jpfirrx) 16 abordent au rivage où ils veulent commercer, leurs chefs engagent des relations pacifiques avec le roi du pays en lui faisant des présents11. Puis on débarque ; on étale les pacotilles, en s’efforçant d’allécher les clients ’8. Les indigènes accourent ; les femmes surtout dévorent des yeux toutes ces merveilles qu’elles ne connaissent pas et elles les palpent. Souvent les traitants et les indigènes ne se comprennent pas. L’acheteur montre au marchand 1 objet qu'il offre en échange du bibelot qu’il désire; et le marchand, d'un signe de tète, fait connaître son assentiment ou son refus13. Les petites îles voisines de la terre servent d’appontements et d'entrepôts pour ce commerce de troc 20.
On se sert déjà, il est vrai, de poids et de mesures1, peut-être empruntés à la Syrie, par 1 intermédiaire des Phéniciens22 ; mais il n’y a pas encore de monnaie métallique : comme dans la plupart des civilisations agricoles primitives23, on utilise les tètes de bétail comme étalons de valeur et instruments communs d’échange pecunia] 2t. On paie quatre bœufs une femme esclave sachant bien travailler 23. On commence aussi à se servir, dans le même but, de lingots et d’ustensiles métalliques (trépieds et chaudrons : XeSr,T£? 2(1 : un grand trépied de bronze est estimé douze bœufs21.
Les instruments de transport sont assez rudimentaires 28. La plupart des transports doivent s’effectuer à dos d'hommes ou de bêtes de somme. Cependant l’on se sert aussi de petites voitures à deux ou à quatre roues (àu.odjcu ou 7.7vqvxi), analogues sans doute, dans leurs parties essentielles (caisse, essieu, roues et joug), aux chars de guerre29. Elles sont tout en bois; seul le cercle des roues est en métal30. Elles sont tirées par des mulets ou des bœufs31. Les routes, que le moyen âge grec a héritées de l’époque mycénienne, ne permettraient guère le passage de véhicules plus volumineux. Ces routes sont souvent citées dans les poèmes homériques32. Les émissaires d’Ulysse chez les Lestrvgons trouvent, en débarquant, une route frayée (Xsrqv ôSbv) 3!. Télémaque fait en voiture le voyage de Pylos à Sparte 3V. Cela ne prouve pas, on l'a remarqué35, qu’il existât dès lors à travers le Taygète une route accessible aux cbars (il n'y en a pas, même de nos jours)36, mais cela prouve au moins que
4o'r’ par exemple, comment, au moyen âge, l’Europe occidentale a emprunté moiulo arabe sa langue commerciale, et comment, de nos jours, les Arabes I deM0'0111 ^ *an^uc coni,Tierciale de l'Occident, dans Grassholï, Das Wechselreclil __ 2 F’,1'"'' 'lcr''n. 1899. P- 6 et 2; Bérard, Les Phéniciens et l'Odyssée, p. 27, 29. Hall r,-' arcb' XXXVIII, 1901, p. 119. — 3 Nombreux exemples dans «ici, surloul ''ans Bérard, Topologie et toponymie antiques ( Les Phé-
Itorard e‘l °dyssée'1’ L- c- passim. — 4 Od. XV, 482 ; 11. XIII, 745 ; Helbig, p. 19 ; "“terard'' notamment XXXVII, 1900, p. 285 et s. - 5 Hall, p. 235. Veriefcrv' ^es cultes arcadiens, Paris, 1894. Voir aussi Giitz, Pie
P' 21 et s' ^f6 Dienste des Welthandels, Stuttgart, 1888, p. 105. — 7 Helbig,
| n«nie« a ®c«lr*der, 1, p. 69, note. — 9 Oberhummer, Phônizier in Achar-
j ''l0Biiclili i',S|,<C^ ZUT Kolonial-und Handelsqesch.), Munich, 1882.
— u a y r r )) L ''L Pierson, p. 86 et s.; Hermann-Bliimner, p. 421, n. 3.
I C«c/i. I oo’sT Cl S' ~ 12 1L IX’ 71’ ”* 13 1L V11- m~m ! Beloch, Griech.
emtio ne'd ■’ b^lradci’ h P- 125; Buchholi, 11, 1, p. 171 ; cf. Just. List. III, 23 (I)e " ~ 44 0d ■ XV> 403- — 15 Jbid- L 182-184 : vffv S ...Si Sùv I 11 p J, £ ayui S’aiHwva iri$rtpov ». — I*’ Ibid. XV, 416.
XV, 460-463 ' i||M • 18 ^cllra(lcr, p. 69-70; Büchscnschiiti, p. 365. — 19 Od.
d !'0dyss,;e , j10l'ard. Rev. arch. AXXV1I, 1900, p. 30 et s. ; Les Phéniciens w. 1,204 (pour 1*'J' S: Schradcr> L P- «4»; Buchholi, 11, I, 107 (pour le grain); Héloponcsc au "" '**IX Pri’0UMIXi* — 22 On attribue leur introduction dans le 'I Aigos Phédon, qui vivait vers le milieu du vnr siècle, llerod.
VI 127; Hall, p. 287. Mais leur usage en Asie Mineure el dans les iles pouvait être sensiblement plus ancien. Kadel, La Lydie et le monde grec au temps des Mermnades, Paris, 1893, p. 155 et s. — 23 Anciens Perses : Zend-Aresta , tr. J. Ilarmesteter, 11, p. 50, 106 et 1 16 ; Germains: Brunner, Deutsche Rechtsgesch. I, p. 57 ; Celles; D’Arbois de Jubainvillc, Études sur le droit celtique, 1, 1895, p. 335; Romains ; Samwer, Gesch. des aelteren rômischen Milnzwesens, 1883, p. 14; et, en général, Post, Grùndriss der ethnolog. Jurisprudenz, Oldenburg etLeipiig, 1895. II, p. 597 ; llwof, lauschhandel und Geldsurroyate in alter und neuer Zeit, Graz, 1882; Babclon. Les origines de la monnaie, Paris, 1897, p. 24-31.-24 Encore au temps de Polydoros, roi de Sparte : Paus. III, 12, 3. Voir aussi Hermann-Bliimner, p. 446: Beloch, Griech. Gesch. I, 86; Büchsenschüti, Besitz und Eru'erb, p. 465 et s. Les lois de Hracon fixaient encoreen têtes de bétail le tarif des amendes. Poil. IX, 61. —23 y/.JXXlll, 705; Beloch, Op. cit. 1, 86; Bahelou, p. 25 et s. — 26 II. IX, 263; XXUI, 259, 264, 485.
27 II XXIII 703. 28 Grashof, Ueber das Fukrwerk bei Homer und Hesiod
(Programm-Düsseldorf, 1846); Buchholi, U, I , p. 217-239; Helbig, p. 125-156. 59 Hermaun-Blümner, p. 482; Helbig, p. 145. — 30 Buchholz, 11, 1, p. 218, n. 2. — 31 Mulets: II. XXIV, 150, 179, 189, etc.; Od. VI, 37, 68. etc. ; bœufs: II. XXIV, 782.
32 Riedenaucr, Handwerk und Handwerker, p. 5V ; Buchholi, 11, l,p. 170; II.
XV 679-682; XXII, 145-146, etc. — 33 Od. X, 103 : ot 8 utoev IxSixvte; Xe(t;v ôSôv, f.iup ajia;at a.<rrj8’ 4o’ uivfxùiv ôplwv xnTayiveov vXi;v ». — 34 Od. 111, 486-497. — 3o Beloch, 1, p. 90-9 1 . — 36 Bérard, La Pylos homérique, Rev. arch. XXXVI, 1900,'p. 348. Voir Ibid. p. 364 cl s., la restitution proposée de la roule suivie par Télémaque.
MER
l'on pouvait, en d’autres parties de la Grèce et en Asie, effectuer d'assez longs trajets en voiture.
L’outillage de la navigation n'est pas moins imparait 1 . Les navires de commerce (vTjeç (popriSs;), bien que plus larges et plus stables que les navires de guerre, sont cependant de dimensions trop faibles 2 pour permettre régulièrement les traversées de haute mer. Ils naviguent lentement le long des côtes, le plus souvent à la voile, quelquefois à la rame 3, seulement de jour * et par le beau temps. Les vents contraires arrêtent les marins pendant des semaines et des mois 5, et c'est une opération hasardeuse que de doubler certains promontoires 6. Aussi redoute-t-on fort les longues traversées 7 et l'on ne se risque que rarement dans les mers éloignées. Les navires grecs ne pénètrent presque jamais dans le Pont-Euxin, dans les mers de Lybie, de Syrie et de Cilicie 8.
Centres , directions et voies du commerce. — Dans une civilisation agricole, et où le commerce n’occupe qu’une place restreinte, il doit exister peu de villes.
Aux temps homériques, la population habite des villages ouverts et des bourgades9, comme on en trouve jusqu’aux temps historiques en Étolie ; en temps de guerre, elle cherche un abri dans les montagnes ou derrière les murailles des citadelles royales l0. Cependant il existe quelques centres, provenant d'ordinaire d’un groupement de bourgades qui se sont réunies" (peutêtre par suite d'une communauté de marché), quelquefois, mais plus rarement, de faubourgs qui ont grandi sous la protection des châteaux royaux12. Ces centres, lorsque leur situation sur les voies du transit est favorable, prennent une part prépondérante dans le mouvement commercial, deviennent des villes. Dans le moyen âge grec comme dans le moyen âge germanique13, les formations urbaines sont des phénomènes commerciaux.
Les principales places de commerce que nous font connaître les textes sont : à l’entrée du Péloponèse, Corinthe, qui commande le seuil unissant le golfe Saronique au golfe de Corinthe " ; non loin d’elle, l’ile d’Égine, qui garde l'entrée du golfe Saronique, et dont les habitants, d'après Hésiode, sont les premiers qui aient pratiqué l'art nautique15 ; en Béotie, Orchomène,la ville des Minyens, qui commande la route naturelle que constitue le lac Copaïs ; sur la mer Ionienne, un peu au. sud de l'Alphée, le port de Pylos, rendez vous des Barbares et des Hellènes, fréquenté également par les Eubéens et les Crétois16. Au nord de la mer Égée, le grand centre est Lemnos17 : cette île bénéficie de sa situation privilégiée sur la route de l'HelIespont, en face de la côte troyenne,
1 Orashof, Ueber das Schi/f bai U orner und Hesiod (Progr. Düsseldorf, 1834); I.uclit, Ueber das Schiff der Odyssee (Progr. Allona, 1841); Brieger, Das Floss des Odysseus, dans Philologue, XXIX, 1 869, p. 191 et s., Buchliolz, 11, I, p. 239-279; Hclbig, p. 157-161 ; Pierson, p. 93 et s.; Hüllmann, p. 5-6; Jal, Archêol. navale , I, p. 50 et s. — 2 Brieger, p. 202 et s. — '■< Od. IX, 322 : 'iatnv vr,ôç léix'ffopoio jiEXanfr,; çofTi5o; TJ ? * - r, ; , V,T txicsoàa PO® — 4 Bérard, Les Phéniciens et l'Odyssée , p. 155 et s.; Rev. arch. XXXVII, 1900, p. 21 et s.; Hüllmann, p. 8 et s. — 3 Od. IX, 67; XII, 325; Buctiholz, 11, t, 242;iBérard, dans Rev. arch. XXXVIII, 1901, p. 115 et s. 6 Od. III, 286; IX, 81.-7 Od. V, 100 : « Tt; Sa. ixiov toit ei.it 8ia8çà|in âVupbv aiTiutov ; »* dit Hermes à Calypso. — 8 Strab. I, 3, 2 : « to -naXaibv ojte tôv Eu^ttvov ôaççETv Tivot it'XtTv, outi ita^à AiSûtjv xat Eupîav xai KiXixeav ». ^ Mcyci *
Gesch. des Alterth. Il, p. 204 et suiv. - *0 Belocli, Griech. Gesch. I, p. 00. — il Meyer, Op. cit. Il, p. 205, 331. — 12 Kuhn, Die Entstehuny dcr Staedte der Alt en, Leipzig, 1878, p. 11 et s. — 13 Cf. Meyer, Gesch. des Alterth. Il, 329, et Schroder, Deutsche liechtsgesch. 2* £d. p. 614 et s. — t'* Buchliolz, II, 1. p. 172; Hall, p. 288-200. — 15 Hall, p. 285. — 16 Bérard, La Pylos homér , lier. arch.
tout, près de la Thrace, alors très civilisée 1 portant d’exportation du vin1
el centrai J
I lus au s tid In fftj
se tient à Délos remplit de vaisseaux richemet iT <|Ui le port de l’ile, et constitue l’un des principe " ' 'S ■ du commerce ionien20.
,aux nutrcys
Les mauvaises conditions de la navi gers qu’elle entraîne déterminent le des communications maritimes. La
^igation, les dan
tracé el l’étendue,
.4 roule usuelle d’Asie,
Mineure en Grèce suit autant que possible les iles
ceptibles de servir de points de repère ou d’abris -Tlt longe Lesbos et Chio pour gagner la pointe de rEubéo^ et l’on ne tente qu’exceptionnellement la traversée. directe21. Le commerce rudimentaire de cette époque ne doit pas dépasser beaucoup les limites du monde grec.
Si les parties récentes des poèmes homériques paraissent avoir une vague connaissance des pays de l’Europe septentrionale (pays des Lestrygons) et de l’Afrique centrale (Pygmées) 22, cette connaissance semble bien être le fruit, non d’explorations grecques, mais de traditions colportées dé proche en proche à travers les populations étrangères, et recueillies par les Phéniciens23. Il convient de ne pas se méprendre sur ce point21 : le vague même de ces traditions prouve assez qu’elles n’ont pas leur source dans des relations commerciales suivies. Du côté de l’ouest, les limites du mouvement commercial doivent être peu éloignées du Péloponèse. Les poèmeshomériques connaissent mal toutes les contrées situées, I au delà d’Ithaque. Les relations d'échanges avec l’Italie,. J sur l’existence desquelles nous possédons un témoi- 1 gnage, s’il est vrai que la ville de Temèse, oii Mentes, 1 roi des Taphiens, va échanger du fer contre du cuivre r\ I doive être identifiée avec Tempsa (en Bruttium), et non avec Tamassos (en Chypre), sont exceptionnelles par la voie de mer. Par la voie de terre, il est possible que certaines relations commerciales unissent la Grèce à 1 Italie* en contournant l’Adriatique, mais nous non avons pas* de preuve directe 26 .
Du côté de l’est, le commerce est plus actif et s étendl plus loin. Les Grecs de la côte d’Asie sont en rapports avec tout l’hinterland, Lydie et Phrygie,au moyen dune route, qui sera plus tard la « Route royale » d' s ■ ciel ménides, et qui longe, d’abord la vallée de 1 1,e™0!)’ passe par Sardes, remonte au nord pai Midaion ^ nonte, coupe le Sangarios à Gordieon, et, pai , 111 ■ ’ dirige vers Ptéria en Cappadoce -1. Pui la 5,111 e’ lre de la vallée de l’Hermos sera supplantée par u j route qui empruntera la vallée du Méandre par b ^ et Colossae. Dès avant le via6 siecle, les , 1()ne>
l’exclusion de tous autres, de lien entir >■ M
vent, à
Ninive, Ptéria et les établissements grecs
d’Asie Mineure- 85 et s.; Buclihdz.
XXXVI (1900), p. 345 et s.; Les Phéniciens et ! Odyss< ' , P ■ nrc»-
1, p. 174. — '7 Riedenauer, p. 56; Buchliolz, ^IL ^1’^ q ]X, 196 els-
le pays d'origine A»
XXXIX (1901). p. 223. — 18 Hall, p. 238-239.
La tradition grecque regarde la Thrace comme flP
Dionysos. Hclbig, p. 8-10. -2» Meyer, gclncll, Griech.
Büchsenschülz, p. 370. - 21 Bucbl.olz, II, I, i™. 3(i7 . pierson, p- ,e '
p. 169-170. — 23 Helbig.p. 10. -21 Cf. Meyer, .p.ci ■ wi|anl0«itz,
__ 25 Od. I 182-184. Sur l'identification de Tem6se, 221-2-* ■ lla.’
Unlersuch. VII, 24; Bérard, Rev. arch XXXVI , ■ ^ * . r,ai?, Sto<*
p. 253; Oberhummer, Phônizier in Achar''“’1' ’ Pp 3. W Hclb'g" P-
délia Sicilia e delta magna Grecia Turin, . ’ o alle p,u J
et s,; cf. Pais, Op. cit. I. append. III, P^ historié el
relazioni Ira la Grecia e VItalia). a” ^ Asiatic Society. ^
between Phrygia and Cappadocta (Journ. oj 27.35; Radct, L
Historical Geography of Asia A/inor, Londres, • - ' g#3i 53 '
H le monde grec au temps des Mermnades , Pa-8,
— 23 Radet, p. 90.
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plations avec l’Égypte, encore rares au début Quanta re a isque l'Iliade ne fait qu’une seule de notre Pel . elles prennent une certaine impor-
8llusi°ni?! sîéc connaît bien l’Égypte : les rapports des lance. I 1 ■' onl jonc dû devenir plus fréquents -. Lecs avec ce P • ^ s'effeclue, comme dans les temps
le voyage Songeant la Phénicie et en passant par »ycénie3nS’ Exceptionnellement, on tente la traversée Ch)'Pr navale jusqu’à Rhodes ou jusqu’en Crète \ dTiÜnéraire deviendra un peu plus usité au début des
TimWabïeTconditions commerciales ne doivent pas entraîner une grande expansion colonisatrice. Peut-
être y eut-il, au
début de notre période, quelques migra-
n. des habitants du Péloponèse chasses par 1 inva- * dorienne • et s’établissant sur les cotes d’Asie à des phéniciens ou à leur place 8, mais, une fois «■assimilation des vainqueurs et des vaincus réalisée, ces migrations durent cesser. En dépit de la légende, c est seulement vers la fin de notre période, à partir du viuc siècle, que l’on peut constater avec quelque certitude de véritables émigrations colonisatrices 7.
II. PÉRIODE historique. — Le commerce grec pendant les temps historiques jusqu’à la conquête romaine suit unemarche ascendante ininterrompue : du vm'auV siècle, le commerce grec, qui était un commerce passif, devient un commerce actif et conquiert la Méditerranée; la thalassocratie grecque se substitue à la thalassocratie phénicienne ; elle supplante à l’ouest la concurrence des Étrusques et balance celle des Carthaginois; à 1 est, elle s'affranchit de la suprématie des peuples orientaux. Le v' siècle marque une période brillante du trafic, avecl hégémonie commerciale d’Athènes. Mais la prépondérance économique de cette ville décline, avec sa prépondérance politique, après les guerres du Péloponèse. Les luttes du ive siècle déplacentles anciens courants commerciaux, et l’expansion de l’hellénisme qui suit les conquêtes d'Alexandre fait du commerce hellénique un commerce mondial, dont l’essor survit au morcellement de l’empire et même à la conquête romaine.
11 convient d’examiner d’abord les conditions et les phases de ce développement ( Histoire externe ), puis d étudier l’un après l’autre chacun des rouages (usages, institutions ; outillage ; voies de communication, centres de production, etc.) de l’organisme commercial de notre période {Histoire interne).
Histoire externe du commerce grec dans la période historique. — A. L' expansion du commerce grec du vine au v siècle. — Toute une partie du poème d’Hésiode, les
ui'res et les Jours , est consacrée à la navigation 8.
I pous avons ainsi, dans les sources littéraires, un témoignage contemporain de l’expansion commerciale qui est ,es 01'sen voie d’accomplissement. A partir duviif siècle, es Hellènes se répandent sur toutes les côtes de la Mé- I derrunée, du Pont-Euxin aux Colonnes d’Hercule ; leurs
tuifdem r H °* S' ~ 2 IV, 127, 228 et s. ; Ucblein, Handel und Schiffahrt 200. j i '! 'en ^eere 'n alten Zeiten, Clirisliania, 1886, p. 8. — 3 Hall, p. 267, P- 271 cl s ’ g ^ ’ ~J>I eI s* — 5 Hetbig, p. 64; Meyer, Gesch. des Alterth. Il, II P- 433 et s . n^n.ig, p. G5-G6. — 7 Hall, p. 253 et s. ; Meyer, Gesch. des A Iterth. — 9 Bclncli * °Ur Sicile, Pais, I, p. 146 et s. — 3 Francolte, I, p. 281-282. CriecA. Gesch f'*-*' GeSc/l' ’’ P' t09-199i Francolte, I, p. 25 et s. — 1» Betocli, foncière en o ’ ' ° 1 )layr’ Handeltgesch. p. 14-16.-— U Guiraud, La propriété Eritiu, rfe5 ))))JUS9U à la conquête romaine. Paris, 1893. — 12 Meyer, Wirtliscli. ■ A™- P- 18 ; Gesch. des Alterth. H, p. 441 cts. ; 533 ot s. — « Ra-
colonies essaiment jusqu’en Chersonèsc, en Cyrénaïque, en Sicile, en Italie, en Gaule, en Espagne 9 [coloma • Beaucoup de ces colonies, il est vrai, n ont pas un caractère commercial : à la différence des Phéniciens, dont les établissements ne sont d’ordinaire que de simples comptoirs, les Grecs fondent de véritables centres agi icoles. Leurs premières colonies apparaissent comme des colonies de peuplement plus que comme des colonies d’exploitation10. Elles recueillent le trop-plein de la population qui, manquant de terres dans la métropole, s’établit sans esprit de retour sur le sol étranger ". Mais, s’il y a là une émigration plus qu’une entreprise commerciale, cette émigration ne peut cependant manquer de développer le trafic, et d’amener des relations d échange fréquentes et suivies avec la mère-patrie. Des témoignages de ces relations nous sont fournis soit par les sources littéraires, soit par les sources archéologiques : les fouilles faites dans les colonies grecques nous font retrouver beaucoup d’objets provenant d échanges , et, dans les civilisations et les milieux les plus divers se révèlent les traces d’apports de la civilisation grecque'2.
Le commerce extérieur devient bientôt un intérêt xitul de l’IIellade, un des mobiles fondamentaux qui la guident : les besoins de l’expansion commerciale constituent un des ressorts prépondérants de son action politique *3.
A l’ouest, l’expansion hellénique se heurte, dès le vne siècle, à deux grands peuples maritimes, les Étrusques et les Carthaginois, qui, tantôt coalisés et tantôt isolés, parviennent à i’arrèter sur plus d’un point. Les Étrusques avaient pris pied à la fois dans la mer Adriatique et dans la mer Tyrrhénienne, et s’y livraient au trafic et à la piraterie14. Les Phocéens, établis en Gaule (Marseille) et en Corse, se heurtèrent à eux ; la bataille navale d’Alalia leur lit perdre la Corse 15 et arrêta leur pénétration dans la mer Tyrrhénienne. Néanmoins le contact des Grecs et des Étrusques eut d’importantes répercussions commerciales. La civilisation grecque influença ' fortement, comme on sait, la civilisation étrusque16 ; la céramique grecque, notamment, fut 1 objet d’importations et d’imitations nombreuses en Étrurien. Les Grecs rencontrèrent aussi d’autres concurrents dans les Phéniciens, arrivés sans doute avant eux 18 dans le bassin occidental de la Méditerranée. Ils entrèrent en lutte avec la principale colonie phénicienne, avec Carthage, et c’est peut-être les besoins d'une défense commune qui amenèrent les établissements phéniciens, isolés jusque-là, à s’unir et à former un seul État sous la prépondérance de Carthage l9. La lutte économique et politique dura longtemps. Les Carthaginois, alliés d'abord aux Étrusques, puis isolés, après la chute de la puissance de ces derniers, parvinrent à fermer aux Grecs une partie des côtes d’Espagne (jusqu’au promontoire Artemisium), la Sicile, la Sardaigne, les Baléares, etc., en un mot tout le bassin sud-ouest de la Méditerranée. Lorsque les Perses envahirent la Grèce, Carthage lia partie avec
det p. 171, 192 et s. — 14 Meyer, Gesch. des Alterth. p. 509-510 ; 701 et s. ; Geutlic, Ueber den Etrusk. Tauschhandel nach dem Norden , Francfort, 1874, p. 80 et s. ; Miiller, Die Etrusker éd. Deccke, Stuttgard, 1877, 2 vol. I, p. 264 et s.
15 Belocli, Griech. Gesch. I, p. 188 ; Meyer, Gesch. des Alterth. II, p. 709-710.
IG Mever, Op. cit. H, p. 530-332; 710ets. — 17 Polticr, Catalogne des vases de
terre coite... du Louvre , I, p. 43. — 18 Melier, Gesch. der Karthager, Berlin, 1879, 1, p- 28 et s. ; Meyer, Op. cit. II, p. 476 ; Clerc, Les Phéniciens dans la région de Marseille avant l’arrivée des Grecs (Peo. hist. de Provence, I, p. 197-2123 251-270; 325-337); Pais, l, p. 147 cl s, — 19 Bcloch Griech. Gesch 1, p. 187.
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eux et attaqua les Grecs de Sicile; mais l’année même où les Perses succombaient il Salamine, elle était battue en Sicile à llimèrc (480), et les Étrusques subissaient peu après le même sort à Ou mes (475 ou 474). Ces deux victoires assurèrent aux Grecs la prépondérance dans les mers Tyrrhénienne, Adriatique et Ionienne '.
L’intluence du commerce grec n’eut guère moins de mal à s’étendre dans le bassin oriental de la Méditerranée. Elle y rencontra, sinon dans le Pont-Euxin, où la pénétration fut relativement facile, tout au moins du côté de la Syrie et de l’Égypte, des populations très denses et très civilisées qui lui opposèrent une résistance insurmontable. Les Grecs ne prirent jamais pied d’une façon durable en Syrie dans cette période de leur histoire; ils ne purent jamais chasser complètement les Phéniciens de Chypre2. Peu à peu cependant, dans le commerce maritime, ils gagnent du terrain sur leurs anciens rivaux. Sans disparaître de la mer Égée3, les Phéniciens servent de moins en moins d’intermédiaires entre le monde égéen et l’Orient, et cèdent sur ce point la place aux Grecs : au ve siècle, le commerce par mer des Phéniciens avec la Grèce n’a plus qu’une minime importance4. Le commerce grec avec la Syrie et l’Égypte, de passif qu’il était, devient actif; La langue et les types monétaires grecs se répandent dans toutes les provinces occidentales de l’empire perse. Les produits fabriqués en Grèce commencent à concurrencer ceux d’Orient, parfois même à les supplanter s. On rencontre des Grecs jusque dans les ports de Phénicie6. L’Égypte même a sa colonie grecque : dès le milieu du VIIe siècle, des aventuriers de Carie et d'Ionie s’étant mis au service du roi Psammetichus obtiennent de lui un établissement en Égypte ; les marchands suivent peu à peu les soldats et, sous Amasis (309-525), fondent un comptoir à Naucratis, sur la branche eanopique du Nil7. La lutte économique de la Grèce avec l’Orient prend un caractère aigu à la lin du \T siècle, lorsque le monde hellénique enlre en concurrence avec l’empire des Perses, parvenu alors à l’apogée dosa puissance 8. Cet empire, qui embrasse alors une superficie égale à plus de la moitié de l’Europe, avec une population d’au moins quarante millions d’habitants, réunit tous les grands centres industriels et commerçants de l’Orient, Memphis, Babylone, Suze, Ecbatane3. On sait quelle est l’issue des guerres médiques, et comment les victoires grecques assurent l’émancipation définitive de la Grèce par rapporta l'Orient. Un essor nouveau du commerce grec, et une orientation de ce commerce dans des voies entièrement indépendantes sonl les fruits économiques, trop souvent méconnus, de ces victoires10.
L’expansion du commerce au dehors correspond, au dedans, à une transformation profonde de toute la civilisation grecque : ce n’est plus seulement le superflu, mais c’est aussi une part du nécessaire que les Grecs se procurent par le commerce. Cette transformation en entraîne une autre ; les groupes familiaux cessent de
1 Mayr, Handelsgecsh. p. 18; Belocli, Griech . Gesch. 1, p. 389 et s.; Meyer, Gesch. des Alterth. III, p. 353-357; 397-4U0 ; 027-628 ; Geulhe, p. 81. Sur le commerce hellénique en Sicile au vu* et au ni® siècle, Pais, I, p. 287 et s. — 2 Meyer, Op. cit. 1, p. 488 et s. ; Beloch, Griech. Gesch. I, p. 195-I9G. — 3 Thuc. II, 69 ; Xen. Oecon. VIII, 11. — 4 Schmülving, Der phônizische Handel inden griech. Gcmissern (Progr. Munster, I-II, 1884-1885). — 5 Beloch, Op. cit. I, p. 202-203. — 6 Aie. fr. 33 (Bergk). — 7 Herod. II, 152 ; Meyer, Op. cit. I, p. 501 ; II, p. 459 et s. ; Büchsenschütz, p. 379. Fondations analogues de coloniesen Lydie, Radet, p. 173 et s.
8 Gôtz, Verkehrswege, p. 161 et s. — 9 Beloch, Op. cit. I, p. 343 ; Meyer, Gesch.
des Alterth. 111, p. 96-166. — *0 Mayr, Handclsgesch. p. 13; Beloch, I, p. 393 et s.
constituer une unité économique fermée elle-même. Les membres de ces groupes doiwu ' en plus vivre de leur vie propre, el conquérir i” ^ une indépendance de plus en. plus grande i. ! . patriarcale s’émiette en des groupements ’ ' ami1^
moins fortement liés ". Les formes de l’é
l'his étroits et
tique rétrogradent: elles ne se retrouvent à l'i intactes que dans les parties de la Grèce qui vivent «n1** d’une vie principalement agricole. Partout ailleurs0'0 substitue au cercle étroit de la famille un cercle V large, daùs le sein duquel tous les échanges s’opèrent* c’est la ville, organisme économique autonome et se suf- 1 Usant à lui-même. Ce nouveau régime même devient à son tour insuffisant. Rares sont les villes où, comme [ Locres, les produits sont directement vendus par le producteur au consommateur l2. Le commerce ne tarde pas J à briser même les barrières que lui opposent les orga- I nismes autonomes nouveaux ; les échanges débordent le cercle fermé de la ville. L’économie nationale se su- 1 perpose à l’économie urbaine. Ainsi se constitue un véri- I table commerce, dans lequel les richesses circulent de ! main en main et passent par de nombreux intermé- 1 diaires, d’une cité à l’autre, pour aller du producteur au consommateur.
La circulation et la mobilisation plus actives des I richesses se marquent non seulement par le développe- 1 ment des moyens de communication (progrès de l’art nautique) ,3, la multiplication des voyages, la fréquence eL la rapidité des échanges, mais encore et surtout par la rapide diffusion (à partir du vm' et du vil0 siècle) 14 de la monnaie pesée etmarqüée sous le contrôle de l’autorité publique 13 et des institutions de crédit : monnaie et crédit sont les deux instruments caractéristiques de la mobilisation des richesses par le commerce. Par eux se substituent peu à peu 16 à l’ancienne forme de vie économique des formes nouvelles dans lesquelles 1 argent elle crédit, à côté du rôle d’intermédiaires d’échanges, jouent celui de valeurs indépendantes, de capitaux. Ils deviennent même les premiers capitaux de tous. Quant a la division du travail, elle se marque de plus en plus m bernent dans la production comme dans la répartition ns choses utiles à l’existence. On désigne les produits pat leurs lieux d’origine (armes de Rhodes1', épees d< 1 ■ M cisls, boucliers de Béotie 19, cratères d’Argos2", 1«1 nages de Milct2’, etc.), signe de laspécialisalionintro ui e dans leur fabrication22. Les marchands et les artisans,
eux aussi, se spécialisent ; la liste des noms de nu >