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élaienl des pique-nique (kno <:u|j.6oX<ov ou
naireme"1 ci , , --uo-'Soç Bef- , -
t soit en nature. C’estainsi que dans un souper chez
afgtn rtisane Gnathaena nous voyons le poète Diphile la c°“Itir p0ur Sa part, « deux vases de vin de Chios, ®PP°; ' |(, phasos, des parfums, du dessert, un chevreau, dof bandelettes,’ du poisson, un cuisinier, et une
,'SoçSentveïv),où chacun fournissait son écot, soiten
Fig. 4970. — Courtisanes au banquet.
joueuse de flûte », tandis qu’un autre convive, beaucoup moins libéral, n’envoie que « de la neige et du poisson salé 1 ». Chaque convive amenait avec lui une compagne, soit sa maîtresse habituelle, soit une courtisane louée pour la circonstance 2. Après le repas on buvait, on jouait au cottabe [kottabos] ; parfois on s’enivrait, même les femmes 3. Sur un vase(fïg. 4970) du musée de Madrid4,
one femme tend la coupe à une autre couchée en face celle et l’invite à la vider : « Bois aussi », (mVe xai cru) ", d'f l’inscription qu’on lit au-dessus de cette scène. Uoe joueuse de flûte ou de lyre avait été convoquée, et oox sons de son instrument on dansait (fig. 4971) ®. Une û‘gle tacite de ces réunions, c’était que toute courtisane, ®ème celle qui n’était louée que pour la soirée, ne devait
1 Al|ien. XIII, 579 E; cf. Xcnopb. Mem. III, 14,1. — 2 Demosth. Neaer. £.l356> R; Luc. Dial, meretr. 6, 3. — 3 Luc. L.l. - 4 W. Klein, Gr. Vasen mit >e^mgsinschriften, Leipz. 1898, p. 82. — S La joueuse de flûte ivre sculptée 1 *siPPe était célèbre, Plin. H. nat . XXXIV, 63. — 6 Luc. O. LG, 3; 12, 1. ^(j,n<? SOuveat représentée sur les vases peints. Voy. plus haut, fig. 4-967 . La fig.
^ ‘cproduit une plaque en terre cuite du Louvre ; Rayet, Monum. de l art antique , PI ~ 1 Luc. O. I. 15, 2 et 3, 2.-8 Luc. Ibid. 3,2. - * Ibid. 15, 1-2. -1° Chez (lca|,lle’ Llulémalium dans la Mostcllaria (voir en particulier la délicieuse scène 3 ac*c b, Silcnium dans la Cistellaria ; chez Térence, Autiphila dans I Beauù',tmorouménos ; cf. chez Alciphr. Bacchis (I, 38). - >' On peut citer en parli-
avoir d’yeux, de sourires et d’attentions que pour celui qui la payait \ Mais cette règle naturellement n’était pas toujours observée. Des scènes de jalousie éclataient, parfois des rixes 8. Heureux encore, lorsque quelque rival, soutenu par une bande d’amis, ne pénétrait pas de force dans la salle du banquet pour rouer de coups les convives 9. Telle était la vie que menaient, pendant plusieurs années, à Athènes, la plupart des fils de famille.
Le théâtre nous présente quelques types de courtisanes affectueuses, désintéressées, fidèles 10 ; et on peut croire qu’il est en cela l’image de la réalité". On conçoit, par exemple, que plus d’une malheureuse, tirée par son amant de l’esclavage et de la prostitution, se soit fait, comme la Philématium de Plaute, un devoir de lui garder une inviolable fidélité 12. Le même attachement a du aussi se rencontrer assez souvent chez des courtisanes jeunes', que le métier n’avait pas encore complètement dépravées13. Enfin nous avons vu que maintes courtisanes étaient des jeunes tilles, de naissance libre, volees à leurs parents : celles-là avaient parfois conserve de leur origine et de leur éducation première des sentiments au-dessus de l’abjection involontaire où elles étaient tombées14. Toutefois ce sont là sûrement de rares exceptions. Tout autre est le type ordinaire de la courtisane. L’intérêt est son unique mobile ; l’amour qu’elle témoigne n’est que faux semblant et mensonge; elle n’a ni cœur, ni pudeur, ni bonne foi13. Voici, du reste, la théorie du métier, faite par une lena : « Ma fille, il faut taire semblant d’aimer; car, si tu aimais tout de bon, c’est à ton amant, non à toi-même que tu songerais10. » Ou encore:
« Je t’avertis et te conseille instamment d’être sans pitié pour les hommes : il faut les piller, les gruger, les ruiner, tout autant qu’on en rencontre17.» Et elles ont, pour caractériser la nature de leurs rapports avec leurs amants, nombre de comparaisons des plus expressives. Tantôt l’amoureux est un poisson qui ne vaut que dans sa nouveauté : alors il est bon à toutes sauces. 1 lus taid, quand il a perdu sa fraîcheur, il n’est plus bon qu’à jeter 1S. D’autres fois, c’est une brebis qu’il faut envoyer paître, après l’avoir tondue jusqu’à la peau19. Ailleurs c’est une ville ennemie, où il est de bonne guerre de ne laisser debout que les murs20. Malheur aux jeunes fous, sans expérience, qui tombent dans leurs filets. Ces femmes les ruinent jusqu’à leur dernier sou. Dans le Truculentus de Plaute, un amant fait le compte de toutes les dépenses forcées qu’exige l’entretien d'une maîtresse21. C’est d’abord une pension annuelle ( merces annua). Rien de plus commun, en effet, que ces contrats à terme, par lesquels la courtisane s’engageait, moyennant un prix fixé, à n’appartenir pendant un an qu’à son amant22. Mais à cette première dépense s’en ajoutaient journellement une foule d autres. C est 1 amant qui pouivoit à l’entretien de la maison, à la table, à la toilette, aux parures de sa maîtresse-’ . Chaque faxcui est, de la part de celle-ci, le prétexte d’une nouvelle demande, ou
culicr la célèbre I.éaena, maîtresse d'Harmodios, le lyrannicidc, qui, mise à la torlurc, refusa de le trahir ; Paus. I, 23, 1 ; Athen. XIII, 590 F ; Plin. Bist. nat. Vil, -, 3 . XXXIV, 8. — 12 Voir plus haut, n. 33. — 13 Es. la Pbilcniura de Plaute dans ï'Asinaria, act. III, sc. 1 ; cf. Luc. Dial. mer. 7. — 14 Rien de plus fréquent dans les comédies de Piaule et de Térence. — 16 Ménandre, d'après Plut. Quomadolesc. poet. audire debeat, 19. — '6 Plaut. Cistell. 98. — n Ter. Becyr. 63 sq ■ cf. Plaut. Asin. 180. — i8 Plaut. Asm. 181 sq. — i* Plant. Dacchid. 1163 s,| 20 Id. Trucul. 166 sq. Voir encore Asin. 218 sq. la comparaison de la courtisane avec l'oiseleur ; Phaedr. Fab. IV, i, 4; Ovid. A. Am. 1, 89. —2' 31 sq 22 Plaut Dacchid. 1140 ; Lucian. Dial, meretr. 15, 2. — 23 plaut. Trucul. 31 sq.
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directe ou déguisée. « La belle parle adroitement de vases d'airain, de vins, de parfums, de provisions.... A peine avez-vous fait un cadeau qu’on se prépare à vous en demander cent autres. C’est un bijou qu'elle a perdu, une robe qu'elle a déchirée; c’est une servante qu’elle a achetée, un vase d’argent ou d’airain, un lit somptueux, une armoire grecque, ou tout autre prétexte à dépenser. A tout cela l’amant est obligé de pourvoir l. » De plus, comme leurs pareilles de tous les temps, ces femmes sont molles, paresseuses, incapables du moindre travail 2 : il leur faut, par suite, toute uné troupe d’esclaves des deux sexes pour les servir 3. Elles aiment le luxe et la parure : aussi exigent-elles une profusion de bijoux et les étofl'es.les plus chères L Pour se rendre compte du luxe et de l’apparat qu’étalaient certaines courtisanes, qu’on lise dans Y Héautontimorouménos de Térence, la scène où est décrite l’arrivée de Bacchis : celle-ci traîne après elle une suite de dix servantes chargées de ses toilettes et de ses bijoux \ Ajoutez enfin que ces créatures sont prodigues, qu’elles dépensent l’argent avec la
même facilité qu’elles le gagnent": c’est ce r, \ symboliser Plaute dans le prologue du Tri * " 11 V°U'U il personnifie Misère comme fille de Débauche* h! °Ù de soutenir longtemps de telles prodigalités famille étaient vite à bout de ressources. Alors * ^
recours aux expédients. Demander de Parfont . ” a'ait
apres un certain nombre de requêtes de ce eon™ a ’ fallait plus songer; on le leur escroquait donc par rus,.’ et cela est le fond, comme on sait, de presque toulcsV comédies attiques. Les mères avaient le cœur nt„e - LS Bible ; en jouant devant elles le désespoir et en les menaçant d’aller prendre du service à l’étranger, on avait chance de leur soutirer quelques subsides 8. En cas de refus, c’était du moins un procédé courant que de leur dérober parure et bijoux, pour en faire cadeau à la courtisane 9. A défaut de tout cela, restait encore, comme ressource suprême, l’usurier. Celui-ci, quand le père était riche et âgé, ne refusait pas de faire des avances à gros intérêts10. Enfin venait un jour, où, à bout de ressources et d’expédients, le malheureux ne pouvait
plus rien donner. C’était vainement alors qu’il suppliait, qu’il frappait à la porte de la cruelle, qu’il passait la nuit couché sur son seuil et l’arrosait de ses larmes : inexorablement repoussé, il lui fallait faire place h quelque autre dupe11. La figure 4972, tirée d'une peinture de vase du ive siècle, représente une scène de ce genre. On y voit Héraclès, couché devant la porte de quelqu'une de ses nombreuses maîtresses, qui refuse de lui ouvrir : du haut de la porte, une vieille servante arrose l’amoureux d’un pot d’eau 12.
L’opinion publique était d’une extrême indulgence pour ces désordres des jeunes gens. Parmi les lieux communs de morale vulgaire, qu on invoquait couramment à leur excuse, beaucoup n’ont pas cessé d être encore en usage : « Simples écarts de jeunesse : il faut
1 riant. O. I. 33 sq. 53 sq. — 2 Dans un iïagm. de 1 Astraba on de la Clitellaria (v 14-15, éd. Didot) une jeune courtisane, à ce qu'il semble, dit : « Pol ad cubiluram, mater, mage sum exercita quam ad cursuram; sum tardiuscula n.— 3 Ter. Eunuch. 165, 167, 135. — 4 Lucian. Dial, meretr. 7, 2. B 245-6, 248, 451. — « Plaut. Trinum. 531 sq. — 7 Lucian. Dial, meretr. 7, 4 ; 12, 1. — 8 Lucian. O. I. 12, 1 ; Ter. Heaulont. 993 sq. ; cf. Plaut. Trinum. 575 sq. 697 sq. ; Ter. Adelph. 276, 385. — 9 Lucian. L. I. ; cf. Plaut. Alenaechm. 130. 361, 505 sq. ; Asin. 885 sq. 929. — 10 Cf. les personnages du Danista dans
que jeunesse se passe13. — Ce sont les mœurs du temps • qu’a-t-il fait que ne fassent journellement les fils de bonne famille 11 ? — Il en a toujours été ainsi . les pt i 1 * es plus sévères en ont fait autrefois autant1 . Les j< 1111 gens qu’on tient de trop près font en cachette beau 1 plus de sottises que ceux à qui on laisse la htice sur cou16. — 11 convient qu’avant le mariage unjeuntmen ait vécu : sinon il prendra sa revanche apn s somme, tout ce que l’opinion demandait a mi I homme, c’était de ne pas faire scandale eL < s’arrêter à temps18. La fin ordinaire de ces iaisuii ■ le voyons en effet par maints exemples, ct 1,111 our mariage (noXuTâXavTOç y^-P-05)’ arrangé pm les pare ^ leur fils, et en général docilement accepte P»1 c aü). Jamais il ne serait venu à l’esprit dune
j| plaut. Truc'il-
lidicus de Piaule el du Trapezila dans le Curculio. undSicil- Vasen'
2; Aün. A. I, sc. 3 ; Luc. O. I. 14, l. - >3 Beundorf, Gnech. un ^ ^ ^ d, pi. 44. — 13 Ter. Hecyr. 541-2; Plant. Motte ■ • MefCat. tl!3.
eud. 444; Ter. ffeaut. 958. - ^ Plaut. Pseud. I.J. été £«»'*
17 Ter. Adelph. 108. « 444 sa. : « Tant que cola lu.
niais
S Ter. Andr. 444 sq. : « ^ ,.flm0Ur, »'
s'agit du jeune Pamphile) et que l'âge le comporta. , ^ |0rl i>sa ''f"
crètement et en homme bien élevé et qui a souci ' 1 I '
ion ». — 19 Lucian. Dial, meretr. 2, 1 ; 7, 4.
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efuser sa fille à un jeune homme, sous
,(|U’il avait mené joyeuse vie *.
cl‘les personnes qui généralement prenaient au
, ces amours, c’étaient les pères [patres severi )
qu’ils reprochaient à leurs fils, c était moins l’immoralité de leur conduite que leurs leurs dettes, et les suites fâcheuses de Il arrivait en effet que des jeunes gens,
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Les s trag>due
A la vérité, ce beaucoup folles dépenses
C6S '’v^avec une hétaïre, refusaient le riche mariage ae°q!|in pour eux par leurs parents 3 ; et cette résistance rTcoinine on sait, le sujet de mainte pièce de Plaute. e>\cnt même les courtisanes obtenaient d’un amant f °in épris la promesse, plus ou moins sincère, qu’il ne 11111 -nroii nas 4 Quand un enfantvenait ànaître de ces
mours illégitimes, la rupture, comme de juste, devenait a, difficile encore 5. Aussi était-ce de la part de ces femmes une ruse fréquente que de simuler une grossesse 1 posé
au besoin, elles se procuraient un enfant sup- . Comme de nos jours, lorsqu’on désespérait d’arracher autrement un adolescent à quelque passion indjo-ne, on l’expatriait pour un temps, soit en lui faisant prendre du service à l’étranger, soit en l’y envoyant •faire le commerce 8. A l’inverse des pères, beaucoup de mères de famille voyaient d’un œil indulgent ces fredaines; quelques-unes même se faisaient, à l’occasion, les confidentes et les complices de leurs fils Chose plus étonnante encore, les mœurs, à Athènes, toléraient les relations des hommes mariés avec les courtisanes. Il est bien vrai qu’avec le mariage cessaient ordinairement ces liaisons publiques et affichées, cette vie de plaisirs qui était, durant quelques années, celle de la plupart des jeunes gens riches 10. Mais on peut affirmer néanmoins que les infidélités conjugales étaient bien loin d’ètre une exception et ne causaient nullement scandale11. La raison principale de ce faites! dans la façon dont se concluaient les mariages athéniens. Souvent les jeunes époux s’étaient à peine vus avant leur union. Celle-ci avait été conclue par les parents, qui ne s inquiétaient guère des goûts et de l’humeur des fiancés, et considéraient avant tout la conformité de naissance et de fortune. L’inclination et l’amour n’avaient par suite presque aucune part dans ces mariages [matrimonium]. De là, à Athènes, tant de ménages mal assortis, et, comme conséquence, la fréquence des divorces et des adultères Delàaussi l’indulgence générale (Je l’opinion à 1 égard des maris infidèles. Rien de plus significatif à cet égard qu’un passage du pseudo-Démosthènc dans le plaidoyer Contre Néaera 13. Il y est raconté qu'un jour le sophiste Lysias, ayant eu l’idée de faire initier aux mystères sa maîtresse Métaneira, la fit venir de Corinthe, que toutefois il ne la reçut pas dans sa propre maison, par égard pour sa femme et sa vieille mère qui y habitaient, ■unis l’installa avec sa suite chez Philostratos de Colone, Un jeune homme de ses amis. Ce qu’il y a de plus re¬
marquable dans ce passage, c'est la façon dont le fait est amené et raconté. Aucun mot n’y indique la réprobation de l’orateur pour la conduite de Lysias. D’autre part, il ne s’excuse nullement auprès de celui-ci de pénétrer dans sa vie privée. Qu’est-ce à dire, sinon qu aux yeux du plaideur comme de son public la conduite de Lysias n’avait rien de choquant, ni mêmed anormal ! C est aussi l’imprçssion que nous retirons de la comédie attique, traduite en latin. Là non plus les maris coupables ne manquent pas, et presque toujours ils trouvent, pour couvrir leurs fredaines, la complicité d un tiers, homme marié, lui aussi. Évidemment de tels services, entre hommes mariés, étaient fréquents : c était un prête pour un rendu. Étant donné cet état de 1 opinion publique, on s’explique fort bien qu’à Athènes 1 adultère du mai i n’entraînât ipso fado pour le coupable aucune conséquence juridique. C’est là un point sur lequel aujourd’hui presque tous les historiens du droit attique sont d’accord14. Plaute, dans le Mercator 15, a formulé en termes précis cette inégalité des deux sexes devant la loi attique : « Qu’un mari entretienne secrètement une courtisane, si sa femme vient à l’apprendre, 1 impunité ne lui en est pas moins assurée. Qu’une femme quitte en cachette la maison conjugale, le mari est en droit de lui intenter une action ; elle est répudiée. La loi ne devraitelle pas être égale pour le mari comme pour la femme? » Toutefois cette antithèse n’est pas rigoureusement exacte. S’il paraît bien vrai que l’action de xixojsiç [ kakoséôs grapuè] pour cause d'adultère du mari n'était ouverte qu’aux femmes épiclères, et non à toutes les femmes en général16, il y a, d’autre part, des preuves suffisantes que celles-ci n’étaient point absolument désarmées. A conditionseulement qu’ilrevêtît certains caractères aggi avants, inconduite notoire, abandon (au sens juridique) de l’épouse, introduction d’une courtisane dans le domicile conjugal, l’adultère du mari pouvait donner lieu, de la part de toute femme, épiclère ou non, à une action de divorce11 [divortium]. C’est ainsi, par exemple, qu'Alcibiade ayant introduit dans le logis conjugal des hétaïres de naissance libre et esclaves, sa femme, la vertueuse Ilipparétè, quitta la maison et se rendit devant 1 archonte pour lui remettre son instance en séparation 1 . Dans la comédie latine, qui reproduit sans doute sur ce point les mœurs grecques, nous voyons également la femme offensée menacer son mari de le quitter et d'aller se retirer chez son père 19, ce qui était apparemment le prélude ordinaire d’une action de divorce. Toutefois l'opinion publique n’était point favorable, cela est certain, aux femmes qui prenaient 1 initiative dune séparation 20 ; et, si l’on en juge par la comédie, leurs pères mêmes ne s’y prêtaient pas volontiers-1.
On a prétendu souvent que la loi athénienne imposait aux hétaïres un costume spécial, qui les distinguait des autres femmes M. Le seul argument direct que l’on
1 1i:r- -ffecyr. 536. — 2 Paroles de Theuropides dans le Trucul.v. 1138, en Pardonnant à son fils : « Bibito, facito quod lubet ; | si hoc pudet, fecisse sun’plum, supplici habco satis». — 3 Lucian. Dial, meretr. 2, 4; 7, 4. — 4 Lu- Cla"- 0. I. 4 j rpcr HeCyr' 60 sq. — 3 Lucian. Ibid. — “ Lucian. O. I.
*• — 7 Haut. Trucul. 381 sq. ; Ter. Andr. 514 sq. — 8 Haut. dirent. 80 sq.; Trinum. 677, 697 ; Casin. 62; Ter. Adelph. 276 ; Ueaut. 93 sq. ; Luc- 0. I. 12, | . 9 Xcr. Heaut. 993 : maires omnes filiis | in peccalo 4<liulnces... | soient esse; cf. Phorm. 1039. — 16 Cf. Jacobs, Verm. Sclirift. IV, MU). -- il Becker-Gfill, Clmrikl. Il, p. 86. Particulièrement typique est le cas 1 ÏPWle. Quoique marié, il fut publiquement l'amant do Phryné. Bien plus, scion 1 111 il entretint jusqu’à Irois maîtresses à la fois : à la ville Mjrrhinè,
Piréc Aristagora, à Eleusis Phila (Alh. XIII, 590 C.-D.) - <2 Becker- 11 O Mil, p. 337 sq. — i3 21. — U Beaucliet, Hist. du droit de la rép. ath.
I 229 sq. 244, 381 sq. ; Meier-Schflmann-Lipsius, Alt. Proc. 1, p. 353-4; Bccker-
II " Clmrikl . II, p. 88 ; G. Glotz, art. kakoseos graphe du présent Dictionnaire. !5 7% s,.. 1 là Beaucliet, L. I. - U Becker-Goell, L. I. - '« Andoc. Adv. Alcib. . p;ut Alcib. 8. — 19 Plaut. Menaech. A. V, sc. 2 (v. 740 sq.). — 2" Eurid. Med. à-7 • o ': là? «oÔ.«T, àEaU«7a\ -fjvaduv ; cf. Caillemer, art. d.vorticm du Dictionnaire,
310. -21 Plaut. Menaech. Ibid. —22 Petit, Leg. allie, p. 577; Boettiger, / Schrift. III, p- 44. Même opinion encore, exprimée tout récemment par Blümncr ap. K.-F. Hermann's Lehrb. der gr. Antiq. IV Bd, Privatalterth.,
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puisse alléguer en ce sens est un texte de Suidas : vôfxoç ’AO^vyis! txç érat'paî àv0ivx cpopeïv 1 . Mais, en l’absence de tout autre témoignage ou indice confirmant cette assertion 3, il y a lieu de croire, ou bien que le lexicographe a commis une erreur, ou bien qu’ici le mot vôp.oç n’a pas le sens de loi , mais, comme il arrive souvent, celui de coutume 3. Ainsi entendu, le texte de Suidas exprimerait simplement le goût bien connu des courtisanes pour les étoffes voyantes L Les prétendues analogies, tirées d’autres législations grecques, ne sont pas plus probantes. Selon Diodore de Sicile, un règlement édicté par Zaleucos de Locres interdisait « à toute femme libre de porter des ornements d’or ou des vêtements richement brodés, à moins que par là même elle ne se déclarât courtisane publique 5 ». Même règlement à Syracuse, formulé chez Athénée en termes à peu près identiques 6. De même enfin à Lacédémone, selon Clément d’Alexandrie, la loi défendait aux honnêtes femmes l’usage des vêtements brodés et des ornements d’or et ne le permettait qu’aux courtisanes \ Comme on le voit, ces trois textes sont des fragment^ de lois somptuaires, réglant uniquement le costume des matrones. Bien loin de soumettre à un costume distinctif les courtisanes, ils ne font mention de celles-ci qu’accidentellement et pour les exemples des obligations spéciales imposées aux honnêtes femmes. Mais le meilleur argument contre la loi supposée par Suidas est encore celui qu’a fait valoir Becker 8. Si un règlement avait contraint les courtisanes d’Athènes à porter une sorte de livrée d’infamie, comment expliquer que jamais, même dans les procès où il s’agit précisément de décider comme dans le procès contre Néaera, si une femme estou non hétaïre, cet argument si simple et si décisif n’ait été produit ?
Il reste vrai toutefois qu’en Grèce, comme de nos jours, on distinguait assez aisément, d’après sa mise, une courtisane d’une femme honnête. De tout temps, en effet, ces créatures ont recherché l’éclat des bijoux, et les toilettes voyantes et tapageuses. « Une femme sage et belle, dit Lucien, n’emploie en fait de bijoux que ce qui peut rehausser sa beauté : un collier mince autour de son cou, un léger anneau à son doigt, des pendants d’oreille, une agrafe, une bandelette pour comprimer ses cheveux flottants, tout cela servant à relever ses charmes, comme la pourpre relève un vêtement. Tout autrement font les courtisanes, surtout les laides: il leur faut des vêtements tout de pourpre ; leur cou n’est plus en chair, mais en or... ; elles s'imaginent que leur bras aura plus de blancheur si l’or lui prête son éclat, que les défauts de leur pied disparaîtront sous une sandale d’or, et que leur visage même sera plus aimable, vu au milieu de tout cet éclat » D’après la distinction, très nettement posée ici par Lucien, il est permis de rapporter spécialement aux cour tisanes un autre passage du même écrivain 10, où il a décrit en détail tous les secrets et tous les raffinements de la toilette féminine. Autour de leur maîtresse, lorsqu’elle sort du lit, il nous montre toute une armée de
1 Petit, Leg . attic. p. 576. L’adjcctif àvOtvcîç ou àvOr.çô; désigne les étoffes à dessins, à fleurs, ou à petits carreaux (Becker-Coell, Cliarikl. III, p. 249). — 2 Petit, L. I. allègue encore, il est vrai, Artémidore, II, 3, et Clément d’Alexandrie, Paed. III, 2 (t. VIII, p. 572 A, Migne). Mais ces deux textes atteslcntun usage, non une loi. — 3 Becker-Gôll, Charikl. II, p. 103. — '* Voir plus bas, note 15. — 5XII, 21 — 6 XII, 521 B; cf. Eustalh. Ad lliad. XIX, 282, p. 1185. —7 Paed. II, 10 (t. VIII. p. 521 C, Migne). — 8 0. I. II, p. 104. — 9 De domo , 7. — 10 Amor. 39 sq. ; cf. Plaut. Mostell. 247 sq. — 11 Cf. Athen. XIII, 557 F. — 12 Cf. Lucian. Dial ; meretr. 11, 3; 12, 5 ;
servantes, rangées comme dans une procession ,•
ayant chacune en main un des mille accessoires nér -
à la toilette d’une élégante : bassins d’argent ■ miroirs, autant de boîtes et de petits pots que pharmacie, remplis de toutes sortes de comno'v '‘ne poudres ou liquides pour éclaircir le visage p0 . ’
toyer les dents, pour noircir les sourcils1* Mai" l’agencement de la chevelure qui demande’ le 'plus T soins et de temps. Il y a des préparations merveilleuse^ grâce auxquelles on teint les cheveux comme la laine 12 Aime-t-on le blond, nuance particulièrement prisée en Grèce? A l’aide de certains onguents, on les rendra aussi dorés que le soleil en son midi. Préfère-t-on le brun? Rien de plus facile également. Ajoutez à cela les parfums, dont les plus renommés viennent d’Arabie et qui font de chaque chevelure comme un bouquet13 -’les frisures au petit fer 11 [coma]; les chaussures en cuir de plusieurs couleurs, si étroites qu’elles pénètrent dans la chair. Citons encore les tissus fabriqués à Cos, à Amorgos ou à Tarente [coa, amorgina], si fins et transparents, qu’on voit à travers tout ce qu’ils sont censés cacher 15 • une profusion de bijoux est répandue sur toute la personne10 : auxoreilles des pierres de lamer Rougequi valent chacune plusieurs talents, aux poignets et aux bras des serpents d’or, autour de la tête une couronne étincelante de pierreries des Indes, au cou des colliers d’un prix inestimable, et un anneau d’or autour des chevilles, laissées à dessein nues. Enfin, pour parachever cette beauté mensongère, le fard rend aux joues fatiguées et pâlies les couleurs de la jeunesse et de la santé n. Au nombre des artifices de toilette, employés par les hétaïres, il faut mettre encore toute une série de moyens, servant à dissimuler, atténuer, parfois tourner en agrément quelque défaut physique. Un poète du ivc siècle, Amphis, décrit la manière dont les lenae s’y prenaient pour façonner et transformer physiquement leurs pensionnaires 18. Elles les prennent, dit-il, dès leur jeunesse, et elles les métamorphosent au point de les rendre méconnaissables. L’une est trop petite: on la hausse, au moyen d’une semelle de liège introduite dans sa chaussure 19. Est-elle trop grande, au contraire: on lui lait porter des escarpins très minces, et on lui enseigne a renfoncer la tête dans les épaules, ce qui lui été un pou de sa haute taille, etc. Si elle a de jolies dents, on a forcera à rire pour les montrer. Et, si elle n aiint ] a rire, on l’enferme au logis toute la journée, tenant dtw entre scs dents un brin de myrte, afin que, bon giet j gré, elle s’habitue à entr ouvrir la bouche . Eu n 1 . ’ l’antiquité n’a ignoré à peu près aucun des ra uien » aucune des fraudes de la toilette féminine mo Comme contraste, il nous faut signaler la tenut, [ négligée, et parfois repoussante, des courbsane chez elles et en déshabillé. Un esclave de Ter en - ^ a introduit son jeune maître sous un déguisa me ‘
la maison d’une hétaïre, se flatte, sans trop 6 fauche.! de l’avoir par ce moyen dégoûté à jamais < c
lerruques. — 13 Cf. Aristopli. Lysistr. 47; P1*“ ^vmr chë^I’lautc, EfÜ-
; Alostell. 254. — >3 Aristoph. Lysistr. 48, ■ noms 1|1‘
. .. . j: „ .«"-tes de tuniques. ,
Eccli’t
teinlure et perruques
204, une interminable énumération des diverses sortes de 1 ^ 929, 1072.
serres. -26 Cf. Ter. Béant. 248-452- *7 Aristoph. Lysistr- U, ^ MJ.
Xen. Oeconom. X, 2 et 7; Athen. XIII, 557 F ; Plaut. Erucul.^ aTer.i’i„ .«*
264. - 1» Athen. XIII, 568 A-E— <9 Cf. Xen. Oeconom. X, -, ^ d.unulIgegH| 313 Sq. — 21 Ajoutons encore l’épilation qui, chez les emme , ^ ^ fiunuch- 830 8<*’ 1 dans l’antiquité (Aristoph. Lysistr. 141, Lian. 4P I
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( uj les voit dehors, rien de plus propre, de plus «1,’oUI. 'I'](, plus coquet. Mais c’est chez elles, et seules, les voir; quelle goinfrerie, quelle saleté, <Illil digère ! Comme elles sont affreuses, voraces, de tlUt' ' eiles dévorent du pain noir trempé dans du ^ü: la veille. C’est le salut d’un jeune homme
il0l!'de connaître tout cela. »
4 nombre des revenus de l’État athénien figurait ; i„vfl 5iir les courtisanes (Ttopvtxbv téAoç ‘), que le al affermait chaque année, par le ministère des i { 2 Pour le recouvrement de cette taxe, les fer- W°e^aL’pvoTeXüivai 3) avaient à faire annuellement le -censément exact de tous les individus, hommes ou Pnimes, se livrant à la prostitution \ Probablement il ^ aune' relation à établir entre cet impôt et une note de' Suidas et Zonaras, selon laquelle le salaire des courtisanes était officiellement fixé par les agoranomes 8. La plupart des savants ont, à la vérité, mis en doute cette dernière affirmation, et Meier, entre 'autres, a même essayé d’en corriger le texte 6. Mais ces savants n’avaient pas alors connaissance d’un fait, que nous trouvons relaté dans la République des Athéniens d’Aristote et qui donne au texte de Suidas et de Zonaras beaucoup de vraisemblance. Il y est dit que les astynomes ont la surveillance des joueuses de flûte, de lyre et de cithare, qu’ils veillent à ce que ces femmes n’exigent pas un salaire supérieur à deux drachmes, et, au cas où plusieurs citoyens se disputent la même musicienne, tranchent la querelle par la voie du sort \ Ce précédent établi, il n’y a plus’lieu de s’étonner que l’État intervint aussi dans la fixation du salaire des courtisanes 8. D’après l’analogie de la loi romaine, calquée sans doute sur la loi grecque, il est toutefois probable que le tarif dont il s'agit était purement théorique et uniquement destiné à servir de base au itopvotbv tsXoç 9. A Rome, en effet, chaque prostituée, dit Suétone, payait au fisc, à titre d’impôt, « quantum uno concubitu mereret 10 ». lien était vraisemblablement de même à Athènes : les prostituées y étaient sans doute réparties, d’après le prix présumé de leurs faveurs, en un certain nombre de classes, qui payaient, chacune, une taxe égale, ou, du moins, proportionnée à ce salaire. Mais il va de soi que, dans la pratique, les courtisanes athéniennes restaient libres (on ne voit pas, du reste, comment l'État aurait pu les en empêcher) de traiter de
1 Aescli. Adn. Timarch. 119 sq. — 2 Ibid. — 3 Poil. VU, 202. — 4 Dans le plaidoyer contre Timarque, l. I. Eschine prévoit que Démoslliène usera de ccl argument pour établir que Timarque n’est pas un prostitué : « Quel besoin, dira-t-il, d'une accusation ? 11 suffit de produire le témoignage du fermier qui a perçu des mains de Timarque l’impôt ». — » Suid. a. v. Siàqpaji|i.a . ■co jxtaOwjxa * SiÉyçocoov oî à^opavoyiot otrov ê'Set )vapi.6âv£iv ttjv batçav ïxàmrjv ; Zonar. s-v- 8iàïpwat 6 Boeckli, Die Stnatshaushalt. der Athen. 3e éd. ï, p. 404-5 et e*er-Schoeniann, Attisch. Proc. 2° éd. I, p. 103, proposent de lire xaTaSàXXetv au '*cu avec cette correction il s'agirait, non plus d’un salaire officiel des
courtisanes, mais de la taxe qu’elles avaient à payer. — 1 § 50. — 8 Cf. sur ce Pesage Th. Reinach, Rev. des et. gr. V (1892), p. 101 , n. qui fait justement remar- IUC1 'lue ces musiciennes ajoutaient généralement à leur profession avouée celle de ““'■tisanes. - 9 Bocckh, L. I. — 10 Calig. 40. — H Hesycli. s. v. TçtavvoTrôovYi ; c° : 1X> 59' — '2 Just. XXI, 5, 7. A vrai dire, ce texte établit seulement qu'à OI|'“tl'c les procès contre les lenones et les hétaïres étaient présidés par les édiles. ~ ■‘ Th- Reinach, O. I. p. 101-102. Le texte de l’inscription est donné dans la Rev. (Met. gr. iv, p. 337, H Voir K gehmidt, Griech. Personnam. bei Plaut, dans njmes’ XXXVII (1902), p. 173-212 (l»r article). — 13 Voir E. Maass, Zur I ; p”’nschr. Von Paros, dans les Mitth. d. dèutsch. arch. Instit. Athen. XVIII P ' *’ R--1 sq., réfuté par A. Wilhelm, Die sogenannte Uetaereninschr. aus 2gT°-’ dans les Mitth. Atfl ■ XX111 (1898), p. 419 sq. — 16 Aristot. U. Athen , I, — lV; ~ 11 Art. aspas.a dans la Realencycl. de Pauly-Wissowa, p. 1718.
54ll *scr- ttr.att. 382 ; Bail. corr. hell. 111, 326; IV, 521; Corp. inscr. att. II, ’-787;066, U; 2542, 3543, 3544; III, 2420; Inscr. Gr. sept. 846; Mitth.
gré à gré avec leurs clients". La taxe sur les courtisanes paraît avoir existé dans la plupart des cités grecques de quelque importance. Peut-être était-elle en vigueur à Corinthe12. En tout cas nous la trouvons à Cos. Une' inscription, qui donne la liste des impôts affermés dans cette île, mentionne dans une même ferme, et à côté des impôts sur le vin, le bois, l’orge et les loyers, une taxe sur les hétaïres (éxatoat) ’3.
Il y aurait une curieuse étude à faire sur les noms propres de courtisanes : elle n’a été qu’ébauchée jusqu’ici". Quelques résultats, cependant, paraissent dès maintenant bien établis. Il est certain, par exemple, que, si les noms caressants, et en particulier les diminutifs, sont très fréquents dans le monde des courtisanes, il ne manque pas toutefois de textes épigraphiques et littéraires où ces noms désignent des honnêtes femmes, par conséquent ils ne sauraient par eux-mêmes fournir aucun renseignement sur la condition et l’honorabilité des personnes qui les portent 15. Cette démonstration a été faite en particulier au sujet du nom 'AïTrcnria, où M. Wilamowitz-Môllendorf 18 avait prétendu trouver un indice certain de la qualité d’hétaïre d’Aspasie :
M. Judeich17 a rassemblé un assez .grand nombre d’inscriptions, où ce nom appartient à des femmes de condition honorable 1S. Il faut d’ailleurs distinguer des appellations, données dès la naissance, et qui ne peuvent guère trahir la condition des femmes qui les portent, les dénominations imaginées par les écrivains, poètes comiques, épistolographes ou auteurs de dialogues19; celles-ci sont au contraire souvent parlantes , c’est-àdire qu’elles contiennent une allusion plus ou moins précise à la profession. De ce nombre sont la plupart des noms de courtisanes qui figurent chez Plaute et Térence et que ces écrivains ont empruntés à leurs modèles grecs20, par exemple Philémation21, Bacchis2-, Philaenion 23, Erotion24, Pasicompsa25,Glycerion26, Philocomasion 21, Pardalisca 28, Leaena2’, et d’autres 30 où se cache un sous-entendu grossier. Avec les noms réels il ne faut pas non plus confondre les noms de guerre que s’attribuaient parfois les courtisanes ou que leur donnaient leurs amants : ainsi la célèbre Phrynè s’appelait de son vrai nom Mnésarétè 31 , et celui de Mania, maîtresse de Démétrius Poliorcète, était Mélitta32. Enfin rien de plus fréquent que les surnoms : comme de nos jours, il n y avait pour ainsi dire pas une hétaïre qui n’eùt le sien. Ces sobri-
Athen. III, 81. — 19 Plaute, Térence, Alciphron, Aristénclc, Lucien, etc. — 20 K. Schmidt, O. I. — 21 Nom d'hétaïre dans la Mostellaria de Piaule, chez Lucien, Dial. mer. XI, 2, et Aristénète, I, 14. Toutefois cc nom est fréquent dans le Corp. 'inscr. gr. Voir Pape, Wôrterb. der griech. Namen, s. v. — 22 Nom de deux hétaïres dans les liacchidcs de Plaute, dune hétaïre dans Y Héautontimorouménos et dans Y Hdcyre ; hétaïre de ce nom dans Kock, Comic. atlic. frag. 11, 416; hétaïre de Samos, Athen. XIII, 594 B, C; joueuse de flûte, Id. XIII, 595 A ; hétaïre de Milet, Plut. Amat. 753 D. - 23 plaut. Asm.; Luc. Dial. mer. 6, 1. L'étymologie du mot est donnéo Asm. 517 : satis dicacula esamatrix. — 21 Hétaïre de ce nom dans les Ménechmes de Plaute et chez Diog. Laert. X, 7. Mais c'est aussi un nom de femme honorable dans Corp. inscr. att. Voir Pape, O. I. — 25 Dans le Mercator de Plaute. - 26 La Glycère de Térence (Andrienne) avant d'ôtre courtisane, s’appelait Pasibula. Le nom de Glycère n'est pas cependant exclusivement un nom d’hétaïre. Voir Pape, O. I. - 27 Dans le Miles gloriosus de Plaute. L'étymologie est fiU, et *«péÇ..v = faire la fête. - 28 Com. att. fragm. Kock, I, 515 : xi;» *«XoCr»iv tv «avaXSiSct. — 29 Nom fréquent, surtout chez les
hétaïres! La lionne est l'animal sacré d’Aphrodite (Jacobi, Fleckh. Jahrb. 1873, p 366 sq.). — 30 K. Schmidt, l. I. — 31 Ce surnom lui avait été attribué, dit Plutarque, à cause de la blancheur de son teint : c'était sans doute une allusion au préjugé populaire, selon lequel le crapaud (en grec, oçôyvi) avait la propriété de rendre pâles à jamais, les personnes qu’il avait touchées ou seulement regardées (Ath.
XIII, 591 E i Plu*. de pyth- orac ■ 401 A ’ Ael- an- XV11, 32 At,len- X,ll>
578 B C. Ce nom de Mania (piàvtn =- folie, passion, ou avec une intention méchante Mim*,' féminin do Mdvns, nom d'esclave phrygien) lui avait été donné par ses amants.
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quels stigmatisent souvent l’impudence de ces femmes : par exemple, celuide K.uviu.'jia, « mouche à chien », infligé à la courtisane Nikion De même Sinopè avait été surnommée A6u8o;, ou le Gouffre 2, Phrynè 3 ou le
Crible, parce qu'elle criblait, c’est-à-dire laissait à sec la bourse de ses visiteurs, Nico Aï; ou la Chèvre, par un calembour qui rappelait qu’elle avait dévoré le patrimoine de son amant Thallos \ Le surnom de KÀowffiysXwç, donné à Phrynè, était une allusion aux larmes qui suivaient d’ordinaire les ruineuses faveurs de cette courtisane b. D’autres sobriquets flétrissent les perfidies des hétaïres (Ilayi;, le Filet) 6, le mensonge de leurs belles toilettes (npo<7XTqviov, décor de théâtre) 1, ou même leurs habitudes sordides (<F9sip&7:üX-q)8. Comme on le voit, la plupart de ces épithètes ont une signification injurieuse. 11 semble que de tout temps les adorateurs de ces femmes aient, par ces insultes, essayé de se venger de leur esclavage, de leurs humiliations, parfois de leur ruine.
La renommée de plusieurs courtisanes grecques s’est perpétuée jusqu’à nos jours. Aspasie, Laïs, Phrynè, Glycère, ces noms, poétisés par la légende, évoquent aujourd'hui encore devant nous tous les prestiges de la séduction et de la beauté. On trouvera dans les Vermischte Schriften de F. Jacobs les biographies détaillées de ces femmes : noms y renvoyons le lecteur9. En ce qui concerne Aspasie, quelques mots toutefois sont nécessaires pour définir avec exactitude, sa condition sociale ainsi que la nature du lien qui l’unissait à Périclès10. L’histoire, ce nous semble, a accueilli avec trop de complaisance sur son compte les médisances des comiques contemporains, amplifiées encore et aggravées par des écrivains postérieurs, dénués de critique “. Pour juger avec équité Aspasie, il faut aller droit aux témoignages de ceux qui Font connue personnellement, ou qui, appartenantàla génération suivante, ont eu du moins sur elle des renseignements de première main. Ces témoignages, à la vérité, sont rares et brefs, mais ils suffisent. Dans le Ménexènc de Platon, Aspasie nous est représentée comme une femme supérieure, et par son esprit, et par ses connaissances en rhétorique et en politique12. Mais ceci ne se rapporte qu’à ses qualités intellectuelles. Voici deux autres textes qui, en outre, jettent quelque jour sur ses mœurs. Dans un dialogue à la façon de Platon, le socratique Eschine avait montré Aspasie s’entretenant avec Xénophon et sa femme : comme conclusion, elle invitait les jeunes époux à travailler tous les deux à leur perfectionnement moral13. Dans Y Économique de Xénophon, Socrate exposant à Critobule le rôle et les devoirs d une femme dans le ménage, lui propose de le présenter à Aspasie « qui l’instruira avec bien plus de compétence sur ces matières u». Ainsi donc les seules informations,
1 Athen. IV, 157 A. — 2 Id. XIII, 586 A. — 3 Id. XIII, 587 B, 588 E-F, 591 C. — 4 Id. XIII, 582 E, 583 C. — S Id. XIII, 591 C. — 6 Lucian, Dial, meretr. 11, 2; cf. Alhen. XIII, 567 F. — "• Athen. XIII, 587 B : surnom de la courtisane Nannion. — 8 Id. XIII, 58C A. Littéralement « celle qui s'épouille à sa porte », surnom de la courtisane Rhanostratè. — 9 IV, p. 379-554. Voir aussi l’article laïs dans le Dict. hist. et crit. de Bayle. — 10 Sur Aspasie, voir, outre Jacobs, Op. I. IV, p. 379-39, l’article dn même dans la 1 tealencyc. de Pauly, et celui de Judeich dans la nouvelle édition de la Realencyc. par Wissowa. — 11 Aristoph. Acharn. 542 êq. ; Alhen. XIII, 570 A ; XII, 533 D; Harpocr. s. v. 'Airr.xffia ; Plut. Pericl. 13, 24. — '2 235E. — I3 Cic. De inv. I, 31; Quintil, V, 11, 27. Chronologiquement, ce dialogue n’a pu avoir lieu, Xénophon étant alors beaucoup trop jeune. Mais, du moins, il nous rend fidèlement l’image morale qu’on se faisait d’ Aspasie dans l’école socratique. — 14 III, 14. Voir encore Mèm.
dignes d’entière confiance, sont favorables sarm lion aucune à Aspasie. Bien supérieure àla - !'eSlric' femmes grecques par son intelligence et sa nî\i ^ d<* nous y apparaît en outre l’égale des meilleuresT’ J honorabilité reconnue, par le respect et la consid ^ r°° dont elle est entourée. Nous concluons par suii hésiter qu’Aspasie:. en dépit du préjugé courant pas une hétaïre. Elle ne l’a été, ni au sens moral (ni venons de le montrer), ni au sens juridique qu’on n, i attacher à ce mot. Au point de vue juridique, en c(R on distinguait, à Athènes, de l’épouse légitime non seulement la courtisane (sTatoa), niais encore concubine ou pallaque (TtaXXoooj) *»! Épouse de Périclès1 Aspasie, en sa qualité d’étrangère, ne pouvait Fètie’ mais elle était très probablement sa concubine. Le coucubinat athénien, on l’a vu [concubinatus], était un mariage d’ordre inférieur, à la vérité, mais reconnu par la loi. La condition de pallaque où Aspasie resta reléguée n’était donc pas une tare ; elle ne provenait que d’une incapacité légale, et ne pouvait par conséquent rien lui enlever de l’estime et du respect auxquels ses qualités personnelles lui donnaient droit. Et ce qui prouve bien, du reste, qu’il en était ainsi, c’est le fait, rapporté par Plutarque, que les amis de Périclès, lorsqu’ils rendaient visite à Aspasie, n’hésitaient pas à amener avec eux leurs femmes 16 : ce qu’ils n’auraient certainement pas fait, si la compagne de l’homme d’État avait été une hétaïre. En résumé donc, la condition sociale d’ Aspasie peut se comparer assez exactement à ce qu’on appelle de nos jours un mariage morganatique.
Oubliées aujourd’hui, d’autres courtisanes furent célèbres aussi de leur temps en raison de la puissance et des honneurs qu’elles obtinrent, maîtresses des princes et des rois, parfois reines elles-mêmes. Citons entre autres Thargélie de Milet, qui eut, au dire de Plutarque, des liaisons avec plusieurs hommes politiques de la Grèce qu’elle sut gagner aux intérêts du grand roi, et qui mourut reine de Thessalie 1 ", 1 Alhé-I nienne Thaïs, d’abord maîtresse d'Alexandre, qui de-j vint ensuite épouse de Ptolémée, et reine d Égypù sa compatriote Lamia, amie de Démétrios Poliorcète1 , à laquelle la servilité des Athéniens éleva un autel, sous l’invocation d’Aphrodite Lamia 0, et enfin fou e| la série des courtisanes dont Ptolémée Pliikub l1 11 11 le jouet : Didymè, Bilistichè, Agathocléa, Stratomke,
Le terme ordinaire pour désigner ■ lu «r tisane en latin est meretrix ( mereo , je gagne) ■ i ’ » une femme qui gagne sa vie en se Prostl ua” inS corpore meret). Dans le même sens, les juns es disaient : mulieres quaestuariae , cor pont ciua . Je Le mot scortum est un synonyme
t f Athen.
35. 13 [Dem.i, Adv. Neaer. 122. — 13 Pericl. Zi, ® ^ X[H, 609 A;
17 Plut. Pericl. 24; Suid. et Ilesych. s. v. Sw *' 57GE;hi°d-
ïvnuch. 7 ; Philost. Ep. 73, 3. - 18 l'lut. Alex^ 3 , • j Bayle, Vict.
un 7« 19 Sur lamia voir Jacobs, Op. L v , |). p0lémon.