‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 237 sur 275 · ME H · texte numérisé non relu

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portait en été, étaient des lieux de plaisir et d’intrigue. La plus célèbre de ces plages était Baies ; les sources d’eaux chaudes qui y abondent servaient de prétexte à ces déplacements. Quelques malades qui s’y rendaient pour se guérir justifiaient une foule de gens bien portants qui y venaient pour s’amuser '. Ajoutons enfin, d’un mot, avec Ovide, que tous les lieux publics, le barreau lui-même, quand il s’y plaidait quelque cause à scandale, étaient des rendez-vous de galanterie 2.

La vie que menaient les jeunes Romains avec les courtisanes est exactement, avec plus de grossièreté peutêtre, celle que nous avons déjà décrite en parlant des courtisanes grecques : après la débauche, les festins en sont l’élément essentiel 3. A Rome la passion s’exprimait, semble-t-il, avec plus de naïveté et de force encore qu’en Grèce. Très démonstratives en particulier sont les manifestations des amants devant la demeure de leurs maîtresses. La porte même, comme une sorte d’être animé, était tour à tour l’objet de leurs adorations et de leurs insultes. Ils y attachaient, la nuit, des couronnes de roses, en jonchaient le seuil de fleurs, le couvraient de baisers 4. Dédaignés, ils passaient parfois la nuit couchés sur le seuil, sans souci de la pluie et de la bise, arrosant la pierre de leurs larmes, et implorant d’une voix gémissante la cruelle 5. D'autres se vengeaient de ses dédains par quelque injure à son adresse, charbonnée sur la porte ou le mur 6 ; ou, plus violents, insultaient et maltraitaient le portier, ébranlaient les portes et les fenêtres, et y mettaient le feu avec des torches 7. Leur amour était violent, sensuel, jaloux 8. Les querelles étaient fréquentes. Emporté par la fureur, l’amant ne se bornait pas toujours à faire pleurer les beaux yeux de sa maîtresse 0 : souvent aussi il portait contre elle une main furieuse, dérangeant le savant artifice de sa chevelure, déchirant sa tunique, lui lacérant les joues de ses ongles10. Ensuite c’étaient des repentirs et des remords du brutal qui s’humiliait et implorait son pardon11. Comme leurs pareilles d’Athènes, ces jeunes femmes savaient généralement chanter, danser, jouer de la cithare12. Quelques-unes se piquaient même de littérature et de poésie 13, mais c’était, au témoignage d’Ovide, une science toute superficielle et d’apparence14. En réalité leur principal moyen de séduction était, comme de juste, la toilette. Ovide, dans Y Art d'aimer , en a dévoilé au long tous les secrets. Pourpres de Tyr15, étoffes transparentes de Cos 10, vêtements brochés d’or17, étoffes de mille nuances différentes 18, bijoux la, pierres des Indes20, mille variétés de coiffure21, teinture pour les cheveux22, perruques23, dentifrices24, céruse et carmin25, noir de fumée pour les sourcils 26, épilation 2T, coussins pour remédier à la difformité des épaules 2S,ban-

* Ovid. Ars. am. 1, 285 ; Cic. Pro Coel. 15 ; Hor. Ep. I, 2,83; Prop. 1,11,1 sq.; cf. Boissicr, Cicér. et ses amis, p. 176-177. — 2 I, 79. — 3 Hor. Od.III, 15, 14-16 ; Ov. Amor. 1, 4. — 4 Or. Amor. I, 67; Ars am. Il, 528 ; Remed. am. 32; Tibul. I, ï, 14; Prop. I, 16, 7 et 42. — S Hor. Od. III, 10, 19-20; Ov. Amor. I, 6, 18; 9, 8 et 19; Ars am. Il, 523, 527 ; III, 581; Rem. am. 304, 508, 35; Tibul. I, 1, 56: 2,93; 5, 67; 8, 76; II, 1, 74; 3, 73; 4, 22; Prop. I, 16, 22 et 45. Ces plaintes de l'amant, repoussé de la demeure de sa maîtresse, étaient même devenues un genre littéraire, appelé iïa7axXau(,t6uoov. Ex. : Ov. Amor. I, 6; Prop. I, 16; Catull. LXV1I. — 6 Prop. 1, 10, 10. — 7 Hor. Od. I, 25, 1 ; III, 26, 7-8 ; Ov. Amor. I, 6, 57 ; 9, 20; Ars am. III, 71, 567 ; Rem. am. 31; Tribut. I, 1, 74; Prop. I, 16,6. — «Catul. VIII, 18. — 9 Tibul. I, 10, 67; II, 4, 37. — 10 Hor. Od. I, 17, 20-28 ; Ov. Amor. I, 7, 2-3, H, 40, 48, 50; Ars am. II, 169, 171; III, 568-570 ; Tibul. 1, 10, 57-66; Prop. II, 5, 21-23. — H C’est le sujet de l’Élégie 7 du livre I des Amours d Ovide; cf. Tibul. I, 10,59-60; II, 5, 102. — 12 Hor. Od. I, 17, 18; III, 9, 10; Ep. I, 14,25; Ov. Ars am. II, 305; III, 315, 319, 329, 349 \ Rem. am. 333-33C; Prop. I, 2, 28; II,

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deau pour comprimer les gorges trop rebondies» , liste, très abrégée, des artifices par lesquels c,,’V°' i'lla paraient leur beauté ou en dissimulaient es • J*8,11'11?11168 I C’est à ce monde des affranchies et des dîi ’ , U°nS‘ ! qu’appartenaient ces femmes que des poètes nnt^l et immortalisées. Seule, ou à peu près S(,, jUmwîsl exception la Lesbia de Catulle, qui était une fènim grand monde. En revanche, toutes les maîtresses d , Horace dans ses odes nous apprend le nom, ou réel 1 déguisé, ou du moins celles d’entre elles qui’ne sont ,°U de simples «Iris en l’air », étaient des courtisanes^ Outre le témoignage des scoliastes 31, nous avons sur ce point la déclaration formelle du poète lui-même : il s’est fait, dit-il, une règle de sagesse et de sûreté, de s’interdire tout commerce avec des femmes mariées, et ne veut aimer que des courtisanes 32. A la même classe appartiennent la Lycoris de Gallus, la Délia de Tibulle ]a Cynthia de Properce. Ces noms sont supposés : Apulée nous apprend que le vrai nom de Lycoris était Cylhéris celui de Délie Plania, celui de Cynthie Hostia33. Mais le nom fictif reproduit exactement, comme on voit, non seulement le nombre de syllabes, mais encore la mesure du nom réel. C’était là un artifice à peu près général des élégiaques romains qui leur servait à dissimuler au grand public la personnalité véritable de lafemme aimée.

Parmi les courtisanes il faut compter aussi cependant un certain nombre de citoyennes. Aux termes d’une très ancienne loi, toute femme libre qui voulait se livrer à la prostitution était tenue d’en faire préalablement la déclaration officielle devant les édiles ( professio quaestus faciendi). «Nos ancêtres, dità propos de cette loi Tacite, avaient estimé que l’aveu public de leur ignominie était pour ces femmes perdues une punition suffisante 34. »

L’effet de la déclaration devant les édiles était de soustraire les femmes qui s’y soumettaient aux peines portées contre Yadulterium et le stuprum 35. On a vu dans un article précédent [adulterium] quelles furent, aux différentes époques, les pénalités admises à Rome contre , l’adultère, et comment la loi Julia (736 ou 737 de Home) fit passer ce délit, jusqu’alors abandonné à la vengeance privée et aux tribunaux domestiques, dans le domaine du droit pénal public 36. Nous n’avons pas à y revenir ici. Mais à propos de cette loi, il est à remarquer qu 1 e ne s'applique pas seulement à l’adultère proprement dit, mais, comme l’indique du reste son titre comp et ^ Julia de adulteriis et pudicitia , ou de adultéras e stupro 37), à l’ensemble des délits contre les '

prostitution, par suite, y est comprise. La °‘ répartit en deux catégories bien distinctes es e libres. Elle met d’un côté les femmes honombles (matronae honestae) : celles-là, elle les suivei i

9; 3, 17-21. — 13 Ov. Ars am. », • - — ; J3 lt™

ïllae : cf. ce que Properce dit de sa Cynthie, II, 3 - - ’ ’ j 9 ’69.70;

. Il, 280 : sunt tamen et doctae, r0I'SSj“' ^UOv

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lie, 11, 3,31; u,”. *"’69"70. n, 3,57; , l. 281 : non doctae ... sed esse volunl. ij Ib "°7 ’ , 09. prop. If *'

28 ; IV, 2, 16 ; Prop. II, 3, 15. — 16 II, 298 : TibuLI ’. ‘ ,n”J. 20 111, 129;

but. IV, 2, 18-

i;Prop. 11, 3, 10. . . " ’ 70. !0111, '=•"

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