partie de la
I , iuiien l’Apostat, cette monnaie ne fut plus règnl' ' diune manière tout à fait exceptionnelle3,
^"is 1 1 éraclius on attribua le nom de miliarense à une
*fp .pargent pesante gr. 820 et valant L du solidus*.'
F. Lenormant.
iiILIARIUM [milliarium].
Mil 1TI A. Service militaire, métier de soldat. — A Rome * citoyens étaient en principe tenus au service milieS,(1. pétait à la fois un droit et un devoir. Le fait tt prouvé pour la cité primitive1, comme pour la cité atricio-plébéienne postérieure. Servius Tullius fit de cette obligation une corrélation du droit de cité2; il astreignit au service les cinq classes du cens 3, les probes restant en dehors de l’armée \ Cette obligation commençait à partir de la dix-septième année3 et finissait il la quarante-cinquième 0 [dilectus, exercitus]. On n’y échappait que lorsque l’on possédait des cas de dispense bien définis ( vacatio militiaë) \ lorsqu’on était employé, pour le compte de l’État, dans une situation incompatible avec le métier militaire (prêtres7, magistrats et leurs employés pendant la durée de leurs fonctions3, fournisseurs de l’armée, tant que subsiste leur contrat9), ou encore lorsque l’on était noté d’infamie par les censeurs10. Les choses ne changèrent, à cet égaid, que vers l’époque de Marius; l’obligation du service militaire s’étendit dès lors à tous, sans distinction de fortune et de classes 11 . C’est la règle pour l’époque impériale, où légalement le service continue à être obligatoire pour tous 12, bien qu’en fait on ne fit plus guère appel qu’à des volontaires [dilectus].
Le mot militia est souvent accompagné d’épithètes qui en précisent le sens. On distingue d’abord la militia légitima', on l’oppose aux levées en masse [tumultus] faites dans des époques de troubles et qui ne créent que des armées temporaires [evocatus]. Servius fait nettement la distinction13 : « Légitima erat militia eorum qui singuli jurabant pro republica esse facturas nee discedebant nisi completis stipendiis, id est militiae temporibus. » Pour désigner le service extraordinaire on employait l’expression militia tumultuaria u.
fin oppose également sous l’Empire la militia equestris à la militia caligala. De la première il sera question spécialement plus bas : c’est le service d’officier à partir ^ grade de primipile. Celui qui y prétend se nomme
MILIARENSE. I Epiplian. De pond, te mens. 2; Cosm. Indicopl. XI, p. 388, W. Moulfaucon. — 2 Gloss, nom. dans Olto, Thés. t. III, p. 764; cf. Mommsen,
des Itôm. Mûnzwesens, p. 790. — 3 Mommsen, p. 787. — 4 Gloss, nom. *■ *. cf. Mommsen, p. 792, n. 174.
MILITIA. 1 Uionys. Hal. II, 35; Mommsen, Droit public rom. V, 1, p. 114. ~î Ibid. p. 27t. 3 Liv 42. 4 Liv. I, 43, 8 ; Dionys. IV, 18 ; Gell. XVI, 10, 11 — 8 Uell. x, 28. — 6 Ibid. ; Dionys. IV, 6 ; Censorin. 14 ; Liv. XLIII, 14; Polyb. V|, 19. 7 Dionys. IV, 62; Cic. Acad. pr. II, 38, 121 ; Lex col. Genet. c. 66.
3 toi. Genet. c. 62 ; cf. Mommsen, l. c. p. 274, n. 4. — 9 Liv. XXIII, 49, 2. ~ 111 Mommsen, L. c. p. 284. — n Sali. Jug. 86 ; Plut. Mar. 9 , Val. Max. II, 3, 1;Flor- L 36, 13; Gell. XVI, 10. — 12 Dig. XLIX, 6, 4, § 10. - ™ Ad Aen. lll’ i- -ll Gell. XVI, 10, 11. — 13 Cod. Theod. VIII, 4, 22 : post militiam P wincialis officii vel certe adlutc militons ; 4, 8 : in proconsulum... officiis sl,Pnüa merentibus ; 4, 26 : e grege cohortalinorum... stipendiis fuerit (^»¥us, clc. — IC JYovel. Major. VII, § 14 (éd. Iliinel) ; Lact. De morte persec. : Amm- Marc. XXVI, 6, 5 ; Symmacli. Ep. X, 43. — n Cod. Theod. VIII, 4, 14 ;
Jost. X||, 58< 7 18 (j0li Theod. VIII, 4, Paratitlon; Pseud. Ascon. in
petilor militiae (sous-entendu equestris). La carrière du soldat et des officiers inférieurs jusqu’au grade de centurion porte le nom de militia calig ata, la e ali g a étanL, comme on le sait, la chaussure du soldat [caliga].
A l’époque post-constantiniebne, par suite des changements apportés dans les institutions, le mot militia reçoit une plus grande extension ; il désigne non plus seulement le service militaire, mais aussi la carrière administrative parcourue par certains civils. On sait, en effet, qu’à cette date les employés qui peuplaient les bureaux des fonctionnaires impériaux [officium] étaient
constitués militairement ; ils formaient une milice organisée à l’image de l’armée; on disait d’eux qu ils servaient [militant) 15; on les désignait sous le nom de milites 10 ; ils portaient le cingulum militiae [cingulum] n, insigne des soldats, etles principaux d’entre eux avaient des titres empruntés aux grades militaires ( principes , cornicularii, primipilares )18; à la fin de leur service ils recevaient V lion esta missio, comme les soldats véritables 19, et on leur appliquait pareillement la qualification de veterani 20. Le mot militia s'appliquait donc aussi bien à eux qu’aux autres ; mais tandis que le service dans les troupes et, par extension, les troupes elles-mêmes ( mili tares numeri ) constituaient la militia armata ■*, ou, lorsqu’il s’agissait des légions, la militia legionaria ”, le service dans les bureaux était la militia civilis. Si l’on voulait désigner les auxiliaires des fonctionnaires de la cour, on disait militia palatina 23 ; le terme militia cohortalis, cohortalina, s’appliquai taux cohortales des gouverneurs24, celui de militia scholaris à ceux qui composaient les scholae [scuola]25. J1 suffit de marquer ici l’assimilation apparente de leurs emplois avec la carrière militaire 2G.
Ces « milices » durèrent aussi longtemps que l'Empire ; les empereurs leur accordèrent un certain nombre de privilèges jusqu’au jour où ils leur octroyèrent le bénéfice de l’hérédité et même de la vénalité. R. Cagnat.
MILITIA EQUESTRIS, MILITIAE EQUESTRES. — Par l’expression militia equestris on désignait, a l’époque impériale, la situation d’officier de cavalerie, par opposition à celle du soldat, pour qui les années de service s’appelaient stipendia equestria1. Et comme l'officier était appelé à passer successivement par différents postes, ces postes prenaient le nom de militiae équestres. Ils étaient au moins au nombre de trois : ce sont, dans l’ordre hiérarchique, le commandement avec le titre de préfet d’une cohorte auxiliaire (ou même d’un détachement auxiliaire) qui, dans une inscription du temps de Commode, est appelée militia prima--, le tribunat, soit d’une légion, soit d’une cohorte 3, mentionné dans un texte épigraphique avec le qualificatif de militia
Act. Il in Vcrr. I, p. 179 (éd. Orelli) : haec enim nomina de legionaria militia sumpta sunt. — Cod. Theod. VIH, 4, I; 7, 8 ; iVov. Valent. III, 21, § 1. 20 Cod. Theod. VIII, 5, 46; XVI, 5, 6i. — 21 Jbid. VII, 1, 5, C; 13, 10; 20 10- VIII, 7, 12; Not. Dign. Or. XXXIX, 37; XL, 4t. Les fantassins formaient la militia pedestris, les cavaliers la militia equestris ; d'où le titre de magister utriusque militiae. — 22 Cod. Just. XI, 67, 3 ; XII, 34, 4. — 23 Cod. Theod. VI, 27, 3. — 2‘ Ibid. VIII, 4, Paratitlon; cf. XVI, 5, 65, § 4; Not. Dign. Or. XLIII, 13. — 25 Cod. Theod. XII, 1, 38. — 20 Cf. E. Duval, Des milices sous le Bas-Empire (dans la Revue générale du droit, 1877, p. 43 sq., 140 sq.).
MILITIA EQUESTRIS. 1 Corp. inter, lut. XII, 2602 : cornicularius Corneli Gallicani leg(ali) Aug(usti ) equestribus stipendie. — 2 Ibid. XIV, 2947 : quem imp. Caes. agentem aetatis annum XII II militia prima praefecturae equitum Rrauconum quingenariae exornare dignatus est ; cf.- sur la nature de cette troupe, Pauly-Wissowa, Realcncgclop. I, col. 1234. — 3 Tribunal légionnaire : C. i. I. VI, 9990 ; IXj 4753; XI, 709 ; tribunal de cohorte : IX, 5357, 5835; X, 3847; XI, 709; Notizie d.scavi, 1887, p. 330.
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secundo, 1 ; enfin le commandement d’une aile de cavalerie A ces postes s'ajoutaient, suivant M. Mommsen3, probablement la préfecture d’une légion, et peut-être d autres encore. Certains auteurs sont même d’avis qu’à partir de Septime Sévère le primipilat formait une quatrième militia equestris *; mais M. Mommsen a combattu cette opinion 5, en faisant observer que si la gestion du primipilat conduit fréquemment, à cette date, au rang de chevalier, il ne peut être considéré comme une fonction donnée en vertu du titre de chevalier.
Cn efiet, dès le début de 1 empire, les grades d’officiers de cavalerie n étaient pas réservés à ceux qui, de naissance, appartenaient a 1 ordre équestre ; on y admettait d anciens centurions et surtout des primipilaires °. A mesure que les empereurs sentirent davantage le besoin de s appuyer sur les classes inférieures, une part plus grande fut faite à ces vétérans éprouvés dans la collation des postes militaires équestres. C’est alors que fut établie 1 institution des « aspirants à la milice », militiae petitores 7, destinée à recruter parmi les prétoriens surtout 5 les futurs détenteurs des militiae équestres.
Comme chef suprême de l’armée, l’empereur a le droit exclusil de nommer aux militiae equestres [imperator], et les intéressés indiquent quelquefois dans Les inscriptions qu’ils tiennent de lui leur pouvoir 9. Il est secondé dans ces nominations par le secrétaire de son cabinet [ab epistulis) qui lui présente, suivant les expressions de Stace 10, les chevaliers apLes à commander une cohorte {quis valeal praecepisse cohorti), une légion comme tribun ( quem deeeat clavi praestantior ordo tribuni ) ou une aile, de cavalerie (quisnam frénigerae signum dore dignior alae ) 11 . Il n’existait légalement nulle limite d âge qui restreignit le choix impérial. De même qu’on trouve des chevaliers honorés de Vequus publicus à six12 ans, à douze13, à treize14, à quatorze15, on voit Commode concéder la prima militia à un enfant de quatorze ans *\ tandis que les auteurs félicitent l’empereur Hadrien de n’avoir nommé tribun militaire aucun jeune homme imberbe17. Les intérêts de l’armée étaient la seule considération qui pût corriger l’arbitraire impérial.
De même, quoiqu’il y eût entre les différentes milices une gradation, le prince ne s’astreignait pas cà la suivre étroitement. Suétone rapporte que Claude fit à cet égard un règlement18 : Equestres militias ita ordinavit ut post cohortem alam , post alam tribunatum legionis daret. Mais les inscriptions connues de cette époque contredisent cette assertion 19. Comme, d’autre part, on ne peut soupçonner d’erreur un écrivain qui avait appartenu à l’administration impériale, il faut penser que la mesure de Claude fut appliquée pendant fort peu de temps20. Un examen attentif des textes épigraphiques nous montre dans les éléments de la carrière des officiers de cavalerie une grande variété. Assurément les exemples de la gradation régulière sont très nombreux21, mais
Propertianus, procurateur de Vitellius ua' ^ex’ Causi|ls milices, préfecture de cohorte et tribun .,n a? quedeux du temps de Trajan, C. Minicius Italus lui 2?“aireS*; cohortes auxiliaires (F. Gallor., / Breuco , ‘ et de lro's avant d’obtenir le tribunal légionnaire et h -l^i’ dune aile ». !.. Domitius Regains, secrétai, -Me T !T' Caesar (an. 137) commanda pareillement deux- T i au début de sa carrière24. Ti. Claudius Secimdin h°HeS Antomn le Pieux, ancien primipile, fut successif **** mis à la tête d’une cohorte de vigiles ' emeiü
urbaine et d’une cohorte prétorienne 25 •’ de n,° C°h°rlè Passeus Rufus, préfet du prétoire de Marc-AurèK? autre préfet du prétoire de Commode, L. Julius Voirll i» bratus Julianus, après avoir commandé une rnhn comme préfet et une autre comme tribun, fut ! «leux préfectures d’ailes27. L. Petronius Taurus Volu sianus, consul en 261, géra trois tribunats légionnaire! ayant de devenir tribun d’une cohorte de vigiles, M d une cohorte urbaine, puis successivement de deux cohortes prétoriennes28. De toute façon, cependant, dans les textes antérieurs à Septime Sévère et malgré la répétition de certaines fonctions analogues, on peut reconnaître généralement les trois échelons qui constituaient le service et qui lui avaient fait donner le nom de im militiae 29 (al y’ orpaTEiai) .
La durée de chaque commandement n’avait, d’ailleurs, rien de fixe ; on ne comptait pas par années de service,' les officiers étant relevés de leur poste parla volonté impériale seule 30,et. il se pouvait que le prince laissât dans la même situation, durant plusieurs années de suite, le même officier. Ainsi, deux tribuns légionnaires d’ordre équestre, T. Aufidius Balbus et T. Aufidius Spinther, ont servi, le premier dans la légion xxii° d’Égypte pendant neuf ans, le second dans la légion iv° d’Espagne pendant cinq ans 31 . En somme, le temps de service était fixé en principe, du moins comme maximum, par le nombre de militiae exigé, mais, en fait, chacune de ces militia 6f ayant une durée indéterminée, tout dépendait du bon vouloir de l’empereur. Ce temps achevé, les officiers libérés prenaient le titre qui figure sur les inscriptions,, de omnibus equestribus militiis functus 32 ou, par abréviation, de a militiis33, ou, en faisant mention de leur nombre, a tribus militiis 3i, qui se change à l’époque de Septime Sévère en a quatuor militiis 36.
Il semble bien, en effet, qu’il faille attribuer à cet empereur la réforme qui porta de Lrois à quatre le chiffre des milices équestres, ce qui correspond, comme le lait remarquer M. Mommsen, à une augmentation du nombrel d’années de services des simples soldats 36. La difficulté est de savoir au juste ce qu’il faut entendre par celte I quatrième milice. Est-ce une fonction nouvelle qui , jus- 1 qu’alors, n’était point considérée comme attribuée au* chevaliers et qui devint alors partie intégrante et neces I
1 Ibid. VI, 2131 : pro conlatis in se beneficiis.... socundae militiae Aemilius Pardalas trib. coli. I Aquitanicae... ornatus. — 2 Par c*. C. i. I. VIII, 2394, 2395, 9990 ; IX, 4753; X, 3847 ; XI, 709. — 3 Droit public rom. VI, 2, p. loi. — 4 Renier, Alél. dépiyr. p. 239 sq. ; Hirschfeld, Verwaltungs-gesch. I, p. 249. — 3 Op. cil. p. 156, n. Ï.~S c. i. I. II, 2424; V, 534, 807, 7003; VI, 1599, 1026, 1030; X, 1202, 4862, 4872, 5829. — 7 Cf. Mommsen, Bull. 1868, p. 144 sq. — 8 C. i. I. VI, 2485, 2488, 3548, 3549. — 9 Ibid. II, 3852; III, 335 ; X, 0309 ; XIV, 2947. — 10 Si lu. V, 1, 94 sq.‘— il Cf. aussi Dio, LXXVIII, 13. — 12 Vita Marci, 4. —13 c. i. 1. X, 7285. — IV Ibid. III, 4490. — 13 /*. VI, 1590. — 16 Ib. XIV. 2947. — 17 Vita Hadr. 10. — 18 Cland. 25. — 19 C. i. gr. 3991. -, 20 ||jrs cfifeld, Verwaltungsgesch. p. 247. — 21 C. i. I. III, 5213, 5214, 5216; VI,
1625 4; VIII, 9990 ; IX, 4753, 5357 ; X, 3847; XI, 709. — 22 Corp. mser. , «
5, 28. — 23 Ib. V, 875. — 24 Ib. VI, 1007. — 20 lb. V, 1339. — 26 lb ’ " [
— 27 J\rot. d. scavi, 1887, p. 530. — 28 C. i. I. VI, 1599. Autres cvc'"1' A III, 5211 sq. ; IX, 1835, 183(1 - 29 C. i. I. VIH, 2399, 9327 ; Bull de corr.^ ^ II, p. 523. — 30 Mommsen, Droit pub. rom. VI, 2, p. 158. — 11 1 ■ ’•
— 32 /4. 1198; Plin. Ep.X II, 25; Suet. Vita Plinii. — 33 Ib- ’ 7
3494 sq. ; VIII, 2248, 2757, 2772, 5276, 7001, 900Î, 9018, 9023, 9045, e c. ^ ^ 4861 ; en grec : b-l rrçccTtiSv ImcixSv (Waddinglon, 1179), «no ” ^ ^ 4499). — 34 El) grec : 4*3 toi, ïiTuüjyiîlv (Corp. inscr. gr. 3484 «)■ .
Ibid. VIII, 2732 (an. 211-2,2) J VI, 1624 (an. 247-248). - 38 Mommsen, Op. ■ p. 156.
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leur carrière ? C’est l’avis de ceux qui ont consisaire 1 )rimipilatet même le centurionat comme consti- ^rc “J" rcmier degré de la milice équestre Mais Iuanl ' scn g’est élevé contre celte interprétation1 2. 11 M' 'n l’obligation pour les officiers d’occuper quatre adm s successifs au lieu de trois ; seulement il voit dans p0S'l' bernent une augmentation, non dans le nombre des : ce c Constitutifs de la carrière équestre, mais dans celui fÜnclions qu’on leur imposait de remplir avant de leur dCS "w l’accès aux charges civiles et lucratives réser-
I accorcici c .
. s aux chevaliers.
' Cctle organisation dura jusqu’au milieu du me siècle;
rs disparaît le tribunal légionnaire, mentionné pour I lornière fois, dans l’état actuel de nos connaissances, aUl(UUps de l’empereur Philippe 3. Avec Dioclétien ^mniença une réglementation toute différente pour Obtention des grades d’officiers, sur laquelle, d’ailleurs on est imparfaitement renseigné 4. li. Cagnat.
1 jiilITIAB MUNICIPALES. — L’armée régulière, chez les Romains, a toujours été employée, comme il convient, à combattre les ennemis du dehors et à défendre contre eux les frontières de l’Empire; la police locale ne fut jamais son affaire. Il était pourtant nécessaire, pour, maintenir la sécurité des routes ou la transes villes, qu’il existât un service de gendar¬
merie quelconque ; et l’on peut, en effet, saisir la trace d’une police de sûreté dans les documents littéraires ou épigraphiques; mais on voit, en même temps, par leur pauvreté et leur rareté même, que cette police n’était pas solidement organisée. 11 faut, bien entendu, laisser de côté la ville de Rome, où, la sécurité de l’État se con¬
fondant avec celle de la cité, des troupes spéciales étaient officiellement entretenues. Mais, en dehors de Rome, pour l’Italie aussi bien que pour les provinces, on ne constate aucune uniformité. Là où l’empereur avait un intérêt direct à exercer la surveillance, dans les grands ports comme Ostie1 *, Pouzzoles2, Brindes3, dans les grandes villes comme Carthage 4 ou Lyon”, Renvoyait des détachements empruntés aux cohortes de Rome ; ailleurs, c’est-à-dire presque partout, il abandonnait aux villes le soin d’assurer l’ordre, soit dans leurs murs, soit aux environs. Celles-ci procédaient comme elles pouvaient, souvent en conservant à cet égard les institutions qu’elles possédaient avant la conquête romaine. C’est pour cela que l’Orient, qui vivait, sur les traditions des Ptolémées et des Diadoques, nous offre un système policier beaucoup) plus complet que l’Occident. Il suit aussi de là qu’on ne saurait, à cause de cette diversité,
faire rentrer les différentes milices municipales connues dans un cadre systématique; il faut procéder par région et indiquer ce que l’on sait, pour chacune d’elles.
1° Égypte. — A l’époque des Ptolémées, l’Égypte possédait déjà une gendarmerie répandue dans tout le pays en vue d’assurer la paix et d’aider à la levée des impôts. Les soldats se nomment auXaxïxai et le chef de la gendarmerie àpyi^uXaxtT-q;0. Alexandrie était dotee, de son côté, d’une police spéciale : pour maintenir l’ordre, des <j7ca6Y,<p<>poi 7 ; pour surveiller les accidents nocturnes, le vuxxeptvbç svp a rqyôç avec ses subordonnes, les vuxxôcpuXaxeç irTpaxeuogevoi 8. Sous les Romains, 1 organisation fut encore perfectionnée, semble-t-il. Un papyrus delà Bibliothèque nationale de Paris9 nous a conservé la liste des gens de police d’un village : sîp^votpéXaxeç 10, eut 1% eîpv jv-qç11, etpTjvapjrat 12 avec leurs hommes (tpûXaxeç) 13, àpyivuxTotpéXaxE; 14 avec leurs cpûXaxsç1'3, àpytcpÔAa;16 avec des (pûÀaxe;17, TrsoiotpuXaxêç 18, opeoopuXaxeç booti19. Tous portent des noms égyptiens; leur âge étant indiqué sur le papyrus, on voit qu’ils sont relativement jeunes (entre vingt et trente-cinq ans), à l’exception de deux Remarques qui ont, l’un soixante-cinq ans, l’autre quatrevingts ans, ce qui permet de croire que leurs fonctions n’avaient rien d’actif. En outre, on mettait à contribution, pour aider les gens de police dans la recherche20 ou la capture des malfaiteurs, l’initiative privée21. Les particuliers désignés par l’autorité supérieure étaient tenus, sous peine de châtiments sévères, de faire le métier de gendarmes quand ils en recevaient l’ordre22. Les papyrus leur donnent alors le nom de Xr^ro-niaaraï.
2° Provinces asiatiques™ . — Dans les provinces asiatiques, surtout en Asie Mineure, les municipalités semblent aussi avoir possédé une police assez bien réglée, dont elles tenaient certainement la tradition des temps antérieurs à la domination romaine24. Nous constatons dans différentes villes l’existence de chefs de gendarmerie désignés par divers noms26 : itapaçûXaxeî, commandant des irapacpuXaxtTxt, à Alastos l', à Tralles -7, à Jotapa de Cilicie28, à Magnésie du Méandre29, à Acalissos30, à Aphrodisias31, à Ariassos32, à Ephèse 33, à Kadyanda34, à Kolossae35, à Sebastopolis36, etc.; ütoit r^o! lui ywpaç, à Aphrodisias37, Alabanda38, Tralles39, Stratonicée 40, Rhodes41 (au nombre de deux)42; ffTpavr^oi lut rwv birXcov 43 , éirixàoitXa 44 , iiù xoùç ÔTtXeixaç 43, surtout à Smyrne.
Pour la surveillance des villes pendant la nuit et aussi pour le service des incendies existaient des voxTOffxparriYot, dont le titre revient fréquemment dans les textes épigraphiques46. On sait, d’autre part, que la
1 Ücnior, Mèl. d'épigr. L. c. ; Hirsclifeld, Verwaltungsgesch. p. 249. — 2 Op.
c,7< P- 09, n. 2 ; cf. Domaszcwski (noie supplémentaire dans Marquardt, Organis. *"’t P- fit). — 3 C. i. I. X, 7940. — 4 Cf. Mommsen, Rennes, XXIV, p. 208 si[. - Oibuociiapiiib. L. Renier, Mélanges d'épigraphie, p. 203 sq.; Henzen, d. Inst. arch. 1850, p. 91 sq. ; Annali, 1873, p. 135 sq. ; Hirschfeld,
eMmuchmgen aufdem Gebiete der rôm. Verwaltungsgeschichte , I, p. 247 sq. ; Mommsen, Droit public romain, VI, 2, p. 149 sq.
IHUTIAE MUNICIPALES. 1 Suet. Claud. 25 ; Nolizie d. Scavi, 1889, p. 37 sq.;
,îs(p; Eph. epigr. VII, p. 304 sq. — 2 Suet. L. c. — 2 Corp. inscr. lat. IX, 01 ;
lipschfeld, Sitzungsber. der A/cad. zu Berlin , p. 15, n. 67. — 4 Mommsen, Eph.
Ij!1®''- V, p. 119 sq. ; R. Cagnat, Armée d’Afrique, p. 203. — 6 Mommsen, L. c.-,
irschfeld, C. inscr. lat. XIII, p. 250. — B Lumbroso, Recherche sur l'économie I>»kique de l'Egypte sous les Lagides, p. 249 sq. — 7 Philo, In Flac. 10. — 8 Ibid.
9 Hirschfeld, L. I. 1892, p. 817 sq. ; cf. Mommsen, Strafrecht, p. 307, n. 1.
’houx noms dans une colonne du papyrus, un dans l’autre. — n Trois noms.
~ 12 Deux noms. — 13 Huit noms. — 14 Deux noms d’un côté, un de l’autre.
1 Quatre noms. — 10 Un nom. — 17 Trois noms — 18 Quatre noms. — 19 Un
(") nom subsiste. — 20 Rerlin. griecli. Urkunden, I, 325. — 2* Cf. un Uto-ràTYiç
‘ !,”‘î llans un papyrus (Grcnfcl et Hunt, The Oxyr. pap. n. 04). — 22 N. Hohlwein,
Note sur la police égyptienne de l'époque romaine ( Musée belge, 1902, p. 159 sq.).
23 Cf. ls. Lévy, Rev. des études gr. 1899, p. 283. — 24 M. Hirschfeld, L. c.
p gtn^ n H3, rappelle qu’àl'époquedes Attalidcs Pergame possédait des TiaçasuT.axr-cm avec des qui sont une gendarmerie locale (Frankel, Die Inschriften von
Pergamon, I, p. 171 sq.). — 23 Hirschfeld, L. c. p. 23 sq ; Licbenam, Stddteverwalt.
P 357 Sq. 26 C. inscr. gr. 4300. — 27 Athen. Mittheil. VIII, p. 329. — 28 C. i. gr. 4413. — 29 Konloleon, Inscr. d’Asie Mineure, p. 40, n* 90. — 30 Journ. of hell. stud. XV, p. 117. — 91 Bull, de corr. hell. X, p. 54. — 32 Ibid. XVI, p. 432.
— 33 Ancient greek inscr. in the British Muséum, 111, 579 a. — 34 Bull,
de corr. hell. X, p. 54. — 35 Le Ras-WaddiDgton, 1093 b. — 36 Bull, de corr. hell. IX, p. 3 40. — 37 Le Bas-Waddington, 1004, 1611. — 38 Bull, de corr. hell. V, p. 180. — 39 Constant. Syllog. 18S0-1881, p. 53.
40 Bull, de corr. hell. XV, p. 423. — 41 Ath. Mittheil. Il, p. 224.
— 42 Henzen, Annali, 1852, p. 118 sq. — 43 C. i. gr. 3102, 3189, 3193, 3201.
U Ibul. 191, 192, 195. — 45 Ibid. 186, 189, 396, 477, 478, 480, 2155. Cf.
aussi Moutreïov, 1884-1885, p. S5. — 46 Cagnat, De municipal, militiis, p. 14; Hirschfeld, L. c, p. 808 ; Tralles (C. i. gr. 2930); Carura (Ibid. 3948); Sébastopolis (Sterret, An epigr. journey, p. 27); Laodicée (Ath. Mittheil. 1891, p. 145); Dig. L, 4, 18, 12.
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protection des territoires ressortissant des grandes villes était confiée à des personnages assez importants nommés irénarques, dont il a été question dans un article spécial [irenarcha].
3° Occident. — Le service de police municipale était beaucoup moins développé dans la partie occidentale de l'empire. Il est rare que l’on puisse tirer des textes quelque mention précise à cet égard. A Nîmes, cependant, un certain nombre d'inscriptions mentionnent un praefectus vigilum et armorum *, qui doit être une imitation de ce qui existait à Alexandrie, magistrat municipal, nommé soit par ses concitoyens, comme le pense Ilirschfeld -, soit par le gouverneur, comme le voulait Ilerzog 3, et inférieur en rang aux duumvirs. Dans d’autres villes de Gaule apparaissent des statores , que certains regardent comme des gens de police 4 ; ailleurs des praefecti arcendis latrociniis 6 ; ailleurs des hastiferi dont on peut avancer qu’ils ont été utilisés comme troupes municipales [hastiferi].
Là où il n’existait pas de milices permanentes, il pouvait s’en créer de temporaires en cas de danger. Un paragraphe de la lex coloniae Juliae Genelivae 6 édicte que, quand le conseil des décurions aura décrété qu’il y a lieu d’armer les cdlons et les incolae finium tuendorum causa, le duumvir en prendra le commandement avec les pouvoirs du tribunus tnilitum populi romani , et nous trouvons de cet usage un exemple, pour une période antérieure, il est vrai, à l’empire romain, dans une inscription de Kustendjé. On y voit le conseil municipal nommer deux capitaines1 qui auront à lever une troupe de quarante hommes chargés de monter la garde aux portes de la ville et de veiller la nuit pour éviter toute surprise 8. Dans les villes qui possédaient des collèges de juvenes, ceux-ci, déjà organisés solidement et habitués aux exercices corporels, pouvaient aussi être mobilisés rapidement et formaient, au besoin, une milice capable de faire face à un péril pressant 9.
Cette jeunesse sueta armis et more militiae exercitata, suivant l’expression de Tacite10, constituait même dans les contrées soumises, mais encore incomplètement organisées, un puissant auxiliaire à la domination de Rome : c’étaient les jeunes gens aussi bien que les hommes d’âge plus mûr qui composaient les garnisons locales, placées aux avant-postes de l’armée romaine, ailes et cohortes irrégulières désignées sous le nom de Gésates11 ou sous celui de levis armatura 12.
Il y avait pourtant entre ces milices et celles dont il a été question antérieurement une différence importante et caractéristique : si les chefs de ces troupes étaient
des hommes du pays commeles soldats 13 lc en chcf’ 9ui était en même temps gouverneur^n^ du territoire, appartenait à l’armée romaine - il , parmi les officiers en activité, généralement narm',"8 anciens primipiles14. Cette organisation ne dun S d’ailleurs, plus tard que le premier siècle- lus francs perdirent alors tout caractère municipal et r' T rattachés directement à l’armée impériale18. UFent
Par tout ce qui précède on voit, ainsi que nous l’avo déjà dit, que l’Empire romain n’a jamais couru/ dans l’organisation des milices municipales, aucune’ régi fixe et uniforme. Certaines contrées et non des moins importantes paraissent même, dans l’état actuel de nos connaissances, en avoir été complètement privées II fallait bien pourtant trouver un moyen d’assurer partout une police locale suffisante pour maintenir l’ordre journalier, pour arrêter les voleurs et les meurtriers, pour garder les prisonniers. Là où l’on ne trouve pas trace d’autres institutions, on doit admettre que l’on avait recours en pareil cas à ce que les auteurs appellent ministeria pub l ica ir’, ministeria municipalia, c’est-àdire à des esclaves publics de la cité; on peut même dire que, dans la plupart des villes17, quel que fût d’ailleurs le nom du chef de la police, que ce personnage fût distinct des autres magistrats municipaux et portât un titre spécial ou que sa mission particulière fût confiée au duumvir ou à l’édile en fonctions, les gens de police n’étaient autres que des esclaves publics18.
Pour l’extinction des incendies, on pouvait pareillement se servir de leur ministère; mais on faisait appel surtout à des corporations professionnelles : charpentiers, maçons, ouvriers de bâtiment [fabri], dont l’organisation en corps de troupes avec des optio, principales, vexillarii , praefectus , dont la division en centuries et en décuries ont déjà été signalées plus d’une fois19. Des textes tout à fait précis20 nous font nettement voir que beaucoup de villes ne connaissaient pas d’autres pompiers que les membres de ces associations, et cela aussi bien en Orient qu’en Occident21. Certains détails nous en instruisent non moins clairement. A Vérone le collegiud fabrorum possédait un curator instrumenti Veronaesium 22, préposé, sans doute, aux pompes et aux outils nécessaires à l’extinction des incendies. A Aquilée, parmi les fabri, on nous signale un dolabrarius c’est-à-dire un homme spécialement exercé au maniement de la dolabra en vue de combattre le feu-3. Il n est pas jusqu à la réunion fréquente des centonarii et des fabri dans la même association qui ne vienne à 1 appui de ce6 cou clusions24 : les centons, sortes de couvertures de laine peu combustibles, étant employés fréquemment parles
l Cagnat, Op. cit. p. 7 sq.; Ilirschfeld, L. c. p. 875 et Gall. Stud. III ( Sitzunys ber. der Wiener Akad. 1884, p. 239 sq.). — 2 Ibid. p. 241. — 3 Gallia Narbonensis , p. 284. — 4 C. i. I. XII, 3309 (à Nîmes); 1920 (à Vienne); Hirschfeld, Op. cit. p. 241. — o C. i. I. XIII, 5010 (à Noviodunum) ; cf. un texte analogue (Brambach, 736) et la remarque d’Hirschfeld ( Sitzungsber . zu Berlin , p. 875, n. 153). — 6 C. i. I. II, 5439, GUI. C’est sur ce passage que se sont fondés, pour appuyer leur thèse, tous ceux qui ont fait des tribuni militum a populo des capitaines de milices locales (cf. Cagnat, De municip. militiis , p. 41 sq.). On sait que cette opinion n’a reçu l’approbation ni de M. Mommsen {Droit public romain, IV, p. 283, n. 6), ni de M. Ilirschfeld (Op. cit. p. 875, n. 150). — 7 Ann. epigr. 1890, 5 4.
— 8 Cf. Ovid. Trist. IV, 1, 73 sq. Nunc senior gladioque latus, scutoque sinistram , Canitiem galeae subjicioque meam. — 9 Sur ces collèges, outre l’article juvenes de ce Dictionnaire, voir Waltzing, Études sur les corporations profess. chez les Romains , I, p. 47, IV, p. 216 ; Demoulin, Musée belge, p. 1 14 sq. ; 200 sq. : Rostovtsew et Prou, Catalogue des plombs de la Bibliothèque nationale , p. 96 sq.
— 10 Tac. Hist. I, 68; 111,5. — il Waltzing, Les Gésates (Bull, de l'Acad. roy .
P. m - » f- <• JJ. “Z,
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utôt conservés à ces troupes quand elles passèren orresp . ]
régulière. - .4 C. f. J. IX. 3044; V, 1838; 98.j
,Vcsd. Zeitsch. 1898, p. 81 sq.; Waltzing, Musée 1 > §6; Apul.
Mommsen, Eph. epigr. IV, p. 519, n. 1. — 1 l9' ’ ’ Etang A
, p. 177. 1T Dig. IV, 6, 10. - » VoirDrSk x 30 ef’ Cagnl
3 ; Act. Apost. V, 20; Apul. Metam. p. 174 ; Pim. P- p ,7Î.
t . p. 84 et L. Halkin, Les esclaves publics che . ; t. H-
ssiC. 1. I. Il, 2011. -19 Cf. P. 933 et * M du ’lm- Epist. X, 33, 34. - 2] R. Cagnat Op. cU. P- ■ Wa|uing, Corp. n, 111 t Sitzungsber . der IVien. Akad. ’ f Sur |a nature des
P- 204. - 22 C. i. I. V, 3387. - 23 Ibid. 908 0p. cil.
•s de centonarii, ci. Hirschfeld, Op cit. p.
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• .rsIcENTo]. Ailleurs les centonarii faisaient partie P^P' ne collège que les dolabrarii et que les scalarii dU "Tse conçoit très aisément si ces trois sortes d’ou- C® qU1 étaient incorporés dans la même compagnie milivrl6T Qn admet aussi généralement que les dendrophores la'" iiSSaient parfois le même office. R. Cagnat.
'Tll lTUM POENAE. — Toute discipline militaire en- ' (,\les punitions et des récompenses. Il est question ^celles-ci dans différents articles [beneficium, diploma,
dC UIILITARIA,EMERITUS, PUALERAE, PRAEMIA, etc.] ; On réu-
" ’Tu i tout ce quiatraitaux châtiments réservés au soldat. "T Mommsen1 a fort bien indiqué la différence de prin- . T ,jui existait entre les peines encourues par les civils et C'LS qui pouvaient frapper les militaires. Tandis que les Tmières étaient basées sur un élément moral fondement de tout droit pénal dans une société civilisée, le législateur militaire a à tenir compte avant tout des nécessités de la guerre et de la victoire. De là des punitions qui paraissent à première vue disproportionnées avec les fautes.
Modestin, au Digeste2, a donné un classement des peines militaires qu’il n’y a qu’à adopter : Poenae \nilitum, dit-il, hujusmodi surit : castigatio , pecuniaria multa . munerum indictio, müitiae mutatio , gradus dejcctio , ignominiosa missio ; il y faut ajouter dans certains cas la peine de mort et rarement des tortures.
1» Castigatio. — Par ce mot, il faut entendre un châtiment corporel. Le plus habituel était la bastonnade [fustuarium supplicium ); il était très commun dans l'armée romaine, ainsi que le prouve la présence entre les mains des centurions, comme signe de commandement, d’un cep de vigne [legio, p. 1071]. On se servait encore de cet instrument de répression : témoin ce centurion que les légionnaires de Pannonie avaient plaisamment appelé « Cedo alteram » parce que, ayant cassé son bâton sur le dos d’un soldat, il en avait redemandé un autre, qui eut le même sort, et encore un troisième3. Sans parler des coups isolés, portés par un officier à un subordonné pour appuyer un ordre ou réprimer une insolence4, la bastonnade était üne punition solennellement infligée, parfois comme prélude d une exécution capitale6, à un ou plusieurs soldats, voire même à des officiers6, pour des fautes contre la discipline ou contre l’honneur militaire. Nous la trouvons spécifiée par les auteurs dans les cas particuliers suivants : négligence pendant les rondes de nuit et dans la visite des grand -
gardes1; abandon de son poste de combat8; abandon de son rang pendant la marche et pillage des maisons et des champs que l’armée traversait9; rébellion contre les chefs10; meurtre commis dans le camp11; vol12; attentat à la pudeur 13 ; récidive lors de la troisième punition pour la même faute 14 ; perte ou aliénation de ses armes18. Polybe nous apprend comment la bastonnade s« donnait de son temps 16 : Le conseil des tribuns, dit-il,
1 Corp. inscr. lat. 5446. — 2 Rodbcrtus, Zur Gescli. der rôm. Tributsteuer, p. 421 M2i Hirschfcld, L. c. p. 248. — Bibliographie. Delamarc, Traité sur la police , hns, 1722; Naudet, Mémoire sur la police chez les Romains ( Mém . de l’Acad. h* Sc. morales et polit., t. V et VI) ; R. Cagnat, De municipalibus et provinmilitiis in imperio romano, Lutet., 1880 ; G. Hirschfeld, Die Sicherheits poii-ei C'a rôm. Kaiserreich ( Sitzungsber . der Ahad. su Berlin, 1891, p. 845 sq.; ‘S92, p. 815 Sq. ; 1893, p. 411 gqAjTli. Mommsen, Rôm. Strafrecht, Leipzig, 1899, P. 305 sq.
M,UTUM F015NAE. l Strafrecht, p. 30 et 31. — 2 Dig. XLIX, 16, 3, § 1. j~ ] Tac- Ann. I, 23. — 4 Dig. XLIX, 16, 13, §4.-3 Polyb. VI, 35; Tac. Ann. ' " • 'eU. Il, 18. — 6 Yell. II, 7, 8 ( magister equitum) ; Liv. XXIX, 9, 4 (tribuns Uaires) ; cf. Vell. Ibid. 4. — 7 Polyb. VI, 36 sq. — 0 Cic. Phil. III, 6, 14; Liv.
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se réunit; on juge le coupable et, s'il est condamné, il reçoit la bastonnade ; « un tribun prend un bâton et ne fait que toucher le condamné; mais, ensuite, tous les légion naires le frappent à grands coups et le plus souxent il succombe au milieu des troupes rassemblées ».
La bastonnade était réservée aux citoyens romains, les pérégrins étant frappés de verges : Si Romanus esset vitibus , si extraneus virgis cecidit , dit Tite-Live .
M. Mommsen croit même que le châtiment par les verges fut emprunté par les Romains à l’armée macédonienne1 ; on comprend qu’il n’ait jamais été étendu à ceux qui, par leur condition civile, avaient droit, même coupables, à un traitement honorable. Cette distinction subsistait encore à l’époque impériale : pro qualitate loci , aut fustibus subjiciebatur aut virgis".
On rencontre dans les textes la mention d’autres punitions corporelles infligées aux soldats. La principale est la prison. Non seulement les auteurs nous parlent dans plus d’un cas de prisons20, mais on connaît, par les inscriptions, plusieurs sous-officiers ou soldats qui étaient chargés de les surveiller ou de les administrer : carcerarius21 , a gens curam carceris 22, optio carceris -, a commentariis custodiarurn 2i. On peut citer encore la privation de nourriture (au lieu de froment le soldat puni ne reçoit que de l’orge, comme une bête de somme25) et ce singulier châtiment qu’Aulu-Gelle représente comme anciennement appliqué dans 1 armée, parmi les peines infamantes, la saignée26.
2° Pecuniaria multa. — Elle pouvait frapper pareillement les soldats et les officiers. Elle se prélevait soit par retenue d’une partie ou même par suppression de la totalité de la solde 2\ soit par versement direct. Les exemples ne sont pas rares : « Imperator noster, dit Aulu-Gelle citant Caton28, si guis extra ordinem depugnaturn ivit, ei mulctam facit. » Frontin raconte qu'une légion dont les Liguriens avaient tué le général, fut privée de solde pendant un semestre-1, à alère Maxime, à propos d’une autre qui avait laissé tuer le consul, nous apprend que le Sénat décréta : uti ea legio infrequens referretur, c’est-à-dire qu’on ne lui payât pas sa solde C’estce qu’on appelait : aes resignare militi 31 . De même on lit dans le Code Théodosien que si un soldat quitte le service par congé irrégulièrement accordé, per singulos milites tribuni et praepositi quina porulo auri fisco inférant32.
3° Munerum indictio. — Punition qui consistait à infliger à l’officier ou au soldat coupable des corvées indignes de lui, ou à lui imposer un service particulièrement pénible. Tel est le cas de ces soldats dont parle Polybe33 qui, ayant abandonné leur poste, étaient condamnés à camper en dehors du camp, exposés aux surprises, et à qui l’on ne faisait grâce que lorsqu'ils avaient rapporté chacun les dépouilles de deux ennemis34;
V, 6, 14; Tac. Ann. III, 21; Vell. II, 7, 8. — 9 Liv. Epit. 57; Vit. Alex. 51; Dig. XLIX, 16, 3, § 16. — 10 Tac. Ann. I, 21 ; III, 21. — U Bell. Hisp. 27. — 12 Polyb.
VI, 37. 13 Ici. — lHd. — 13 Dig. XLIX, 16, 14, §1.-16 Ibid. — 17 Epist. 57;
Mommsen, Strafrecht, p. 32. — l» Eph. epigr. VII, p. 465. — '9 Vit. Alexand. 51 ; cf. Eph. epigr. VII, p. 458. — 2° Par exempte Tac. Ann. 1,21. — 21 Corp. inscr. lat. III, 10 493; VI, 1057, 1. 4; 1058, 1. 7. — 22 Ibid. 111, 433, 3112. — 23 Ibid. VI, 531, 2406; IX, 1617; Ann. epigr. 1894, 33. — 24 Ibid. XI, 19. — 25 Polyb. VI, 38, 3; Frontin. Strab. IV, I, 25, 37; Suet. Aug. 24; Dion. XLIX, 38, 4; Veget. I, 13.
26 Aul. Gell. X, 11. — 27 Fest. Epit. p. 69 M ; Non. p. 532 M ; Liv. XL, 41 ; Val.
Max. II, 7, 15. — 28 Aul. Getl. XI, 1, 6. — 29 Frontin. Strat. II, 1. — 30 Val. Max. II, 7, 15. — 31 Frontin. Strat. IV, 1 ; Fest. p. 285, s. v. Resignatum aes. — 32 Cod. Theod. VII, 1, 2. — 33 Polyb. VI, 38. — 34 Val Max. II, 7, 5.
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ou de ceux que l’on obligeait à rester debout tout le jour devant le prétoire, parfois en tunique et sans ceinture, une toise ou une motte de terre à la main 1 ; ou de ce préfet de cavalerie qui, ayant livré ses armes, fut tenu de demeurer pieds nus, en tunique également et sans ceinture, un jour entier, dans les principia 2 du camp. Nous voyons de même des officiers ou des soldats envoyés, par punition, dans des garnisons pénibles ou désagréables 3 ; et tout un corps de cavalerie, privé de ses étendards, réduit à faire route à pied et sans armes, au milieu des bagages, des valets d'armée et des captifs 4.
1° Militiae mutatio. — Mesure prise fréquemment pour punir différentes fautes : qui agmen excessif ex causa B, qui in pace deseruit , quand c’est un fantassin 6 ; per vinum aut lasciviam lapsis , alors que, s’ils avaient été à jeun, ces soldats auraient dû subir des peines beaucoup plus fortes7; irreverens miles. ..qui centurioni casligare se volent i restiterit... si vitem tenuit 8, tandis que s’il brisait le cep de vigne du centurion il encourait la peine de mort. Cette militiae mutatio consistait à être versé dans un. corps de troupe considéré comiiie inférieur à celui où l’on servait 9 : un cavalier devient fantassin10, un fantassin légionnaire est incrit dans une troupe dite levisarmalura11 , dans un corps de frondeurs auxiliaires12. Nous trouvons un exemple remarquable du fait sur un papyrus récemment publié13; parmi les décurions d’une cohorte de Lusitaniens on lit le nom d’un officier qui, on ne sait pour quelle cause, fut rejectus ab ala II Thracum ad virgam cohortis1* ; il n’avait pas été dégradé, mais avait été déplacé : il avait quitté une aile de cavalerie pour une cohorte auxiliaire, corps inférieur en dignité.
5° Gradus dejectio. — C’est la dégradation, punition qui, la chose est évidente, ne s’applique pas aux simples soldats, mais seulement aux officiers. Tel fut le cas, par exemple, de P. Aurelius Pecuniola que C. Cotta avait chargé du commandement en son absence, au siège de Lipari ; il laissa presque jarendre le camp et brûler Yagger ; Cotta le fit battre de verges et le condamna à servir comme simple fantassin 15. De même, Tibère cassa un légat légionnaire parce qu’il avait envoyé quelques soldats chasser pour garnir sa table. Les principales étaient eux aussi exposés, en cas de faute, à la gradus dejectio 1G. On lit dans le règlement du collège des cornicines de Lambèse 11 : item, quid abomi(namur ) si q(ui) locu(m ) su[um) amis(erit).
6° Ignominiosa missio. — Expulsion de l’armée avec une note infamante ; c’est ce que le Digeste appelle militia rejici 18, le Code théodosien cingulo solviiÿ ou matricula eximi20. Ailleurs, il est question de soldats que le général ignominiae causa ab excrcitu decedere jubet 21 . Un terme à peu près synonyme qui supposait la note infamante et la dégradation était le mot exauctohatio. Pouvaient être frappés de la sorte, pour des fautes très graves, cela va de soi, des officiers ou des soldats,
l Suet. Au(j. 24. — 2 Val. Max. II, 7, 9. — 3 Liv. XXllJ, 25; XXV, 5 ; XL, 41 . - Uram. Marc. XXVI, 1. — B Dig. XLIX, IC, 3, § 16. — 6 Ibid. 5, § 3. Ibid. 0, § 7.
— 8 Ibid. 13, § 4. — 9 Cf. Schneider, De cens. hast. p. 43. — 10 Frontin. Strat. IV, 1, 18; Val. Max. Il, 7, O -, Ibid. 15; Amm. XXIV, 5; XXIX, 5. — H Frontin. L. I. On croit qu’il s’agit ici de triaires ou de liaslats versés parmi les vélites.
— 12 Val. Max. II, 7, 9 et 15. — 13 Eph. epigr. VII, p. 455 sq. — '4 Cf. Godcfroid ad Cod. Theod. VII, I, 10. — 13 Val. Max. II, 7, 4. — 15 Suet. Tib. 19. — 17 Corp. inscr. lut. VIII, 2557 ; cf. Dig. XLIX, 16, 3, § 5 (graüu militiae dejicitur). — 18 Di g . XLIX, 16, 3, § 18; 6, § 5. — 19 Cod. Theod. XVI, 8, 27. — 20 Ibid. XII, 12, 2; Vil, 18, 16. — 21 I.ex Jul. munie. 121. — 22 Val. Max. II, 7, 3. — 23 Bell. Afr. 54. — 24 Dig. XLIX, 16, 3, § 21. — 2S Mommsen, Il es geslae, p. 69. — 26 Dio,
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0. Fabius avait perdu une place; sou beau-pi™ î" . et lui ordonna de quitter la province 22 p . chassa un centurion de l’armée de César ayant fomenté cipline, celui-ci les condamna en ces termes • J md'S' causa ab exercitu meo te removeo, hodicque'erT^ abesse et quantum pote proficisci jubeo 23 si i , C0 ment était mérité par toute une légion son „ v ChâU' rayé des cadres de l’armée [lecioI ^ • tel’ r,,i i m oLait troupes qui furent englobées dans le d’ésastre deVarv ï de la légion IIP Galliea, dont le légat se sonlo ’’ Ëlagabal iB, de la légion .IF Augus^pp^d temps ti la suite de la révolte de Capellien27 En y • i cas, on le sait, le nom de la légion était martelé sur ion, les monuments où il figurait et les soldats étaient ou renvoyés dans leurs foyers ou versés dans d’autres régi ments : il y avait alors à la fois exauctoratio pour la légion et militiae mutatio pour les hommes. Le premier traitement fut infligé par Sévère Alexandre à une légion révoltée à Antioche28; le seconda la IIIe Galliea dont plusieurs soldats figurèrent ultérieurement dans les cadres de la légion IIP Augusta 29.
i I eine de mort. Le châtiment le plus sévère était la peine de mort. Originairement, le droit de la prononcer appartenait au chef d’armée. Vers l’an 646 = 108, à la suite d’une lex Porcia 30, le général perdit le pouvoir de
faire exécuter un citoyen, tout en gardant celui de condamner à mort un Latin31. Mais les choses changèrent de nouveau sous l’Empire. Le Digeste énumère tous les cas où la peine de mort devait être édictée : A. Abandon du poste : Is qui exploratione emanet , hostibus insistentibus aut qui a fossato recedit 32 ; qui excubias palati deseruerit 33 / qui in acie prior fugam cepit , speclantibus inilitibus, propter exempfum3' ; qui volens transfugere apprehensus est3* ; qui in bello deseruit33. B. Désobéissance : In bello qui rem a duce prohibitam fecit aut mandata non servavit etiam si res bene gesserit31 ; si vallum quis transcendai aut muro castra ingrediatur 38. C. Fautes graves dans le service : Qui in bello arma amisit vel abalienavit 39 ; si alienavil loricam, scutum, galeam, gladiumia.B. Insubordination: Qui sedilionerit atrocern militum concitavit 1 1 ; qui manus intulit pracposito*2; qui centurioni castigare se volenti... vitem ex industriel f régit 43 ; qui carcere effraclo fugerit ' ; contumacia omnis adversus ducem vel praesidem "I E. Trahison : Qui praepositum suumprotegerenoluerunt, vel deseruerunt eo occiso 46 ; exploratores qui sécréta nunliaverunt hostibus*’1. Cette punition capitale était parfois accompagnée de tortures, mais seulement dans des temps troublés ou dans des circonstances particuliè rement graves48. On pourrait en citer cependant plus d’un exemple : Q. Fabius Maximus faisant coupai es mains des déserteurs 49 ; Aurélien punissant un soldat quj avait commis un adultère avec la femme de son hôte, e
,7.-27 R. Gagnai, Armée d’Afrique, p. IGG stI- !> 1 'Ul ' ... rnrrecht C. inscr. lat. VIII, p. 1074; cf. III, 208. - 30 Cf. Morn.nscn, ^^ note 3 et plus haut à l’article lex, col. 1160. 31 Sali. l^’ j^lll, 3
16, 3, § 4; cf. Joseph, Bell. Jud. V, 3; Suet. Aug. Il, ac’ ^ __%lb
lex. 51. — 33 Dig. XLIX, 10, 6, § 10 — 34/6. 6, § 3. —3bJb. , S •nmg cf. Cod. Theod. VII, 18, 4, et Mommsen, Rom. Strafrecnt.p. ’ , , /A 16, 3, §15.-33 lb. 3, §17. -39 /6. 3, §13. -40 /A. 14,^ j •
, - 42 lb. 6, § 1. - 43 lb. 13, § 4. - 44 lb. § 5. - W6 6, S , ^
rb. 3, § 21. - 4- 76. 6, §4. - 48 Le Digeste d‘tjie« ^ ^ ([
ne doivent pas être torturés (XLIX, 16, 3, §
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rniier, comme il était impossible de frapper tous ceux posaient on avait recours à la décimation. Le
le com
attacher par la tête et les pieds à deux arbres,
Ie [a'sani re(iressant l’écartèlent 1 ; Constantin décrétant,
qui::;;'|lie le fait d’avoir quitté son poste sur le limes
e" r’vùir permis ainsi à l’ennemi de pénétrer sur le ter-
e* ' !! ,'oinain doit être puni du supplice de la flamme 2.
rit0"1' . ol ips tortures étaient réservées aux déserteurs 3. fn gcncrab . ,,
7i 1m faute était celle non d’un homme mais d un corps
tout
qU|i lin rassemblait les soldats et faisait comparaître devant ["iies coupables qu’il accablait de reproches, puis il tirait " mi parmi eux un certain nombre de noms, de telle Cde qu’un sur dix fût compris dans le nombre de ceux S°r je hasard désignait *. Ceux-ci étaient envoyés au sup- '’ljce. Le procédé était en usage à l’époque républicaine ; ?i en est question non seulement dans Polybe, mais dans Tite-Live 8 et dans Denys d’Halicarnasse 6 ; ce dernier ajoute qu’il est pour les Romains itdxpio; xôXaenç. Il fut encorc employé par César7, Domitius Calvinus *, Antoine 0 et Octave i0. ,
Les punitions journalières étaient prononcées par les 'sous-officiers et officiers compétents, en particulier par les centurions 11 ; celles qui atteignaient une certaine importance n’étaient édictées que par les officiers supérieurs, tribuns ou généraux. Ainsi les tribuns avaient autorité pour infliger la bastonnade12, les corvées, les retenues sur la solde ou la nourriture 13 * * *. Seuls, les généraux en chef sous la République1*, sous l’Empire l’empereur ou celui à qui il en délègue le pouvoir, peuvent décréter la peine capitale 111 ou le renvoi de l’armée 1C. Les délits commis par les officiers étaient également justiciables du général en chef ou de l’empereur17. R. Cagnat.
MILLENA [CAPITATIO TERRENA, p. 899].
MILLIÀRIUM1. SfijAetov 2. — I. Borne milliaire.
Sauf en Attique, où des hermès marquaient à mi-chemin la distance d’Athènes aux différents dèmes [uermae,
p. 131 , les Grecs n’ont jamais songé, avant la conquête romaine, à indiquer les distances le long des roules par des bornes et des inscriptions ; Strabon lui-même a remarqué à quel point leur système de routes était inférieur à celui des Romains3. On a quelquefois prétendu, d’après un texte de Plutarque, que l’idée de jalonner les grandes voies publiques par des milliaires remontait à C. Gracchus *. Mais Polybe raconte que de son temps déjà on avait appliqué cette utile mesure a la via Domitia, récemment ouverte entre les Pyrénées et
les bords du Rhône 5. Ce témoignage n’estpeut-être pas de beaucoup antérieur au tribunat de C. Gracchus h. Cependant celui-ci ne fit sans doute que consacrer par d< s dispositions légales une invention plus ancienne , un milliaire qui nous est parvenu s porte le nom de P. Popillius, consul en 131 av. J.-C. (fig. 3029) ; il était le quatre-vingt-unième sur une route qui allait <1 Ri mini à Aquilée 9. A partir d’Auguste la mesure se généralisa et l’on prit soin d’indiquer régulièrement chaque distance d’un mille (1481 m.30) sur 1 immense réseau des grandes routes de l’empire. De là 1 habitude d’évaluer les distances d’après le chiffre des bornes et de dire ad lapidem primum, secundum... etc. Il n est guère d’empereur sous lequel on n’ait construit ou répare
quelque tronçon de route et rappelé ce travail par des inscriptions gravées sur les milliaires; les plus récents ont été mis en place à la fin du iv° siècle ou dans les premières années du ve 11 . Nous en connaissons un nombre considérable ; rien qu’en Italie on en a relevé plus de cinq cents. Tous ont été catalogués et classés par régions dans le Corpus inscriptionum latinavum1 ~ . Bien souvent, retrouvés à la place même où ils avaient été dressés, ils nous fournissent des indices certains sur le tracé des voies romaines. Les chifires et les noms de villes qu ils portent gravés à leur surface nous sont d un grand secours pour l’identification des lieux. Les inscriptions des milliaires nous renseignent sur les titres impériaux, si importants pour la chronologie ; elles nous font connaître quelquefois aussi des noms de magistrats et nous permettent de suivre l’histoire des grands travaux publics exécutés sous l’empire.
7 J ita Aurel. 6. Vopiscus fait remarquer que c’est là un acte isolé : solus otvn'ltn 1 Militent ... puilivit , etc. — 2 Cod. Theod. VII, 1,1. — 3 Val. Max. II, 7, 1 1, 13; %XLIX, lf>, 3, § 10; cf. Ibid. 5, § 3, et 13, § 6 (déportation). — 4 Polyb. VI,
38> 2. - 6 Liv. Il, 59, 11.-6 Dion. IX, 50. — 7 Dio, XLI, 35. — 8 Id. XLVII1,
9 ld. XLIX, 27; Frontin. Strat. IV, 1, 37. — 1« Dio, XLIX, 38; Suet. % 24. il Pli,,, fjist' nat . XIV, 19. — 12 Polyb. VI, 37. — 13 Ibid. 38; t". XXV111, 24; Veget. II, 7. — 14 Polyb. VI, 39 ; cf. Geppert, De tribunis mililm‘< P- 47 sq. — 18 Dion. XI, 43 ; Dio, XLI, 35 ; Suct. Aug. 24.— 1 6 Lex Jul. mun.
Val. Max. II, 7, 3; Bel. Afr. 54; Dio, LI1, 22; Frontin. Strat. IV,
1 37 ; Suet. Aug. 24; Vita Alexatulri , 53, 54. Sur cette compétence du général eu ( " c7* Mommsen, Droit public romain , VII, p. 320 ; V, p. 127. — 1 7 Val. Max. Il,
• 4; Suet. Tib. 19; Flor. I, 18, 17; Mommsen, Droit public romain , V, p. 253. ~ BiBLiouRiPHiE. Marquardt, Organisation militaire, p. 320 sq. ; Mommsen, Itüm. Slr«frecht, p. 30 S(|. ; j. Bouquié, De la justice et de la discipline dans les armées "Home et au moyen âge, Bruxelles- Paris, 1884, p. 104 sq. (cbap. v : Pénalités élitaires).
i On trouve aussi milicirium : Cic. Ad AU. VIII, 5 ; Suet. Ner.
8; F,,°ntm. Aqu. 3 et 6 ; Amm. Marc. XXI, 5, 9 et 9, C; Huschke, Jurisprud. ""‘Winian. fragm. Vatic. 147'; C. i. I. III, 202, 205 ; 5715, 5717, 5723, 5735,
j“l,;VIII, 10021, 10025, 10387, 10388, 10392, 10394, 10397, 10401, 10465, I040S,
01 ’oitiarius (lapis) : C. i. I. 1, 551 ; Agrim. I, 343, 10. — 2 Polyb. III, 39,
^"l C. Graccli. 7; Herodian. Il, 14; VIII, 4. — 3 Strab. V, 3, 8, p. 235. Il
prétend qu'il y avait des bornes indiquant les distances dans 1 Inde, XV, I, >0,
p 708. — 4 Plut. L. c. — 6 Polyb. i. c. — 6 Polybe est mort vers 129-127 et
la date où il a donné l'édition définitive de son ouvrage est controversée. Plusieurs savants ont cru le passage interpolé; il est considéré comme authentique par Mommsen et Hirschfcld, C. i. I. V, p. 885, XII, p. 066; mais on
pourrait y voir la trace d’un remaniement opéré par l'auteur lui-même. — 7 Les
passages de Tit. Liv. H, 11, 7; III, 6, 7 et 69, 8 ; V, 4, 12; Flor. Il, 6; Justin. XXII, 6, 9, sont de simples anachronismes de ces historiens. Mais personne jusqu’ici n'a remarqué que miliarium dans Caton, B. rust. 20, 22 et 135, suppose nécessairement l’usage des bornes milliaires sur les routes avant l’an 149 où Caton est mort, et même il ne pouvait pas être nouveau à celle
claie. 8 Les milliaires du Corp. inscr. lat. I, 535, 536, 537 (an 186), 540 (an 1 17)
mentionnent des personnages d’une époque antérieure ; mais leurs inscriptions semblent accuser une main plus récente. — 9 C. i. I. I, 5a0 ; Ritschl, Priscae lutinitatis monum. epigraph. 1862, pl. liv a. — 10 Tit. Liv. ; Flor.; Justin. L. c. ; Varr. B. rust. IIL 2 ; Plin. Bist. nat. XXX1I1, 159 ; Quintil. IV, 5, 22; Plin. Epist. X, 24; Tac. Ann. XV, 60 ; Bist. U, 24, 45 ; IV, U ; Amm. Marc. XIX, 8, 5 ; XXXI, 3, 5 ; Corp. jur ., Justin. Instit. I, 25, 16 ; Rutil. Num. II, 8 ; cf. Mari. VII, 31 ; Sid. Apol't. Carm. XXIV, 0 — H Ainsi C. i. I. III, 572, 573 ; V, 8058 ; F. Berger, p. 17.
12 On y donne aussi la bibliographie la plus complète de chaque monument, ce
qui nous dispense d’indiquer ici des travaux de détail, cependant utiles pour une étude approfondie du sujet.
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Les Romains sc sont servis, pour établir leur bornes milliaires, des matériaux qu ils trouvaient sur les lieux mêmes : pierre calcaire, marbre ou granit1. Les formes
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Fig. 5030. — Milliaire d’Auguste.
sont assez variables; la plus ordinaire est celle d’une colonne, qui peut atteindre environ 3 mètres de hauteur et 2 mètres de circonférence, quoique la grande majorité
soit de dimensions inférieures2. Il y a toujours intérêt à signaler les autres formes quand elles se rencontrent; ainsi, en étudiant la Via Domitia entre Nimes et Narbonne, on a reconnu que les milliaires y variaient de forme suivant leur date 3; ceux d’Auguste sont des colonnes entièrement cylindriques (fîg. 5030) *, ceux de Tibère des piliers quadrangulaires (fig. 5031) 8 ; sur ceux de Claude l’inscription est enfermée dans un encadrement (fig. 5032) 6. Un milliaire d’Antonin ayant appartenu à la voie d’Aps à Uzès se termine à l’extrémité inférieure par une base carrée 7.
Ces différences de formes ne peuvent servir d’indices chronologiques que dans les limites de la région où on les a observées; mais sous cette réserve elles peuvent fournir des points de comparaison utiles pour dater des milliaires mutilés et on ne doit point les
l Voir les exemples rassemblés par F. Berger, p. 10. 2 F. Berger,
p. 9; Desjardins, Géogr. de la Gaule romaine, IV, p. 175. 3 Les do¬
cuments de Desjardins, L. c. sont empruntés à Aurès, Monographie des bornes milliaires du département du Gard, Nimes, 1877. — 4 Desjardins, p. 175 = C. i. I. XII, 5630. — 5 Desjardins, p. 177 = C. i. 1. 5649. — 6 Desjardins, p. 178 = C. i. I. 5646. — 7 Aurès, pl. ix, 1 = C. i. I. 5583. - 8 Quelques savants ont fait honneur de cette réforme à C. Gracchus et ont cherché ainsi à mettre d'accord riut. C. Gracch. 7 et Polyb. III, 39, 8. Mais leur opinion offre peu de vraisemblance Müiarium dans Cat. R. rust. 20, 22 et 135, suppose la forme de la colonne déjà connue. Le soi-disant milliaire de la Via Appia, donné comme exemple par Rich, Diet. des antiqu. s. v. et par Duruy, Hist. des Rom. I, p. 151, est une restauration de Camna, qui parait composée de morceaux différents ; l'original conservé au Capitole ne peut être étudié de près et la provenance en est douteuse : C. i. I. X, 6812 6813. — 9 C. i. I. III, 199-201, 207-209, 346, 1699, 3705, 6123; et. I, 551 ; Berger 1. p 23. 10 Dig. XLIII, 8, 21 à 23 ; Sic. Flacc. De cond. irgr. p. 146. U C. i. I.
Fig. 5032. — Milliaire de Claude.
négliger. Il est probable qu’à l’origine h™, paseucore en usage; c’est ce- que semble TV milliaire de Popillius (fig. 5029), pierre „hi d'qUer le ment taillée en pointe dans le bas no,,,! I ’ ^rossièreterre. On aura peu à peu substitué des colon Cn milliaires primitifs sur les voies oui • GS à ces publique *. Exceptionnellement on a qi.eùquefois ^ a meme sur des parois de rochers, le Ions d’ S'x les indications que nous sommes habitués à i™ '‘°Ule’ les bornes milliaires 9. ' ouversur
Les voies romaines se divisaient en deux grandes ont J gor.es : les routes impériales, dites aussi co^sula es t prétoriennes (viae consultées, praetoriae, T
bhes et entretenues principalement aux frais de l’Lht second lieu les viae communales et vicinales,- routes établies et entretenues principalement aux frais des villes [via] . Les milliaires que nous possédons peuvent prove n,r des secondes aussi bien que des premières ; car nous savons par les inscriptions gravées sur quelques-uns que les municipalités avaient soin d’en faire établir sur leurs réseaux : respublica miliaria constituit 11 ; mais il p0uvait arriver que sur leur demande l’empereur leur fournît unesubvention et en pareil cas le milliaire était érigera auctoritate imperatoris , ce qui n’indique point du tout que la route fût classée au nombre des routes impéJ riales1-. Il ne faut pas oublier aussi que les voies romaines à l’origine ont été établies en grande partie pour les besoins des armées; celles qui dépendent de 1 État sont par excellence des viae militares l3, et ce sont souvent les légions qui en ont exécuté les travaux14. Les milliaires permettaient aux chefs de troupes de calculer sûrement les étapes et les guidaient dans leurs opérations1’'. La Narbonnaise était à peine conquise que déjà les Romains bordaient de milliaires la via Domitia à partir de Narbonne ,B; d’où l’on peut conclure avec certitude qu’un bon nombre de ces monuments étaient l’œuvre des soldats.
En Italie, les distances étaient comptées à partir de Rome. En l’an 29 av. J.-C., lorsque Auguste eut fait dresser avec l’aide d’A grippa la carte du monde romain, on éleva au forum un milliaire initial, qui reçut le nom de milliaire d’or ( milliarium aureutn )17. Il était situé à l’extrémité du forum, entre les Rostres et le temple de Saturne18. On en a même retrouvé un vestige : c’est une base en marbre cylindrique qui mesure quatre pieds et demi de diamètre; au-dessus devait s’élever une colonne revêtue de bronze doré, d’où le nom du monument l9.| Cependant les distances, à proprement parler, n étaient pas comptées à partir de ce point, mais seulement a partir des portes du mur de Servius, où aboutissaient les grandes voies de l’Italie, de telle sorte que l’intérieur de la
VIII, 10322, 10327, 10340, 10341, 10360 ; F. Berger, p. 15, 18. Cependant ce nest pas une règle, C. i. I. V, 931. — 12 Voir les observations préliminaires de Mommsen, sur la série des milliaires dans le C. i. I. V, p. 933 et VIII, p. 859. — 13 Cie. a prov. consul. II, 4; Ad Att. III, 19 ; Tit. Liv. XXXVI, 15; Isid. Orig. XV, 1 , ■ j — 14 C’est l'idée qui a inspiré particulièrement les recherches de l' - ] :i j Heerstrasse d. rom. Reiches ; voir son fascicule, I, p. 3 et 7. 1 ' 011 P u ^
T.-L. Flor.Just, Tacit. Amm. Marc. A. c. et Tac. Ann. I, 45; Hist. ^ X , >
Marc. XVI, I, 8 ; XVII, 4, 14; XVIII, 6, 22; XXI, 9, 6 ; XXIV, t, 3; XXV, 5, c <
0 ; XXIX, 4, 0 ; F. Berger, II, p. 19.-16 Polyb. III, 39, 8. - ” Ulin. StsC na 06; Tac. Hist. I, 27; Suet. Otho, 6; Plut. Galb. 24; Dio Cass. LIV, 8; " '
urb. et De regionib. reg. VIII. — 18 Voir fohum, p. 1299, col. 2 et p. 1-83, c ^ ^ plan ; Lanciani, Forma Urbis, pl. — 19 De Rossi, Le plante di Roma « j □ J . secolo XVI, p. 25-34; Dessau, Bull, deli Istit. arch. di Roma, 1884, p — Jordan, Ann. de II’ Istit. 1883, p. 57; Lanciani, Bull, d. commiss. ai( '■
Roma, 1892, p. 95. La restauration de Canina( Via Appia, p. 264), est de poi
MIL
n’était pas compris dans le calcul. Il est probable caP1'1 ' |lSCription gravée sur le milliaire indiquait les
lllU stations de chaque route, et en regard le P1''1"1' des milles qui les séparaient de l’enceinte de clli,1‘ panS les provinces, les milles étaient comptés, Roul' j roUtes communales, depuis la cité qui en avait SUI lerf frais jusqu’à l’extrémité de son territoire; sur falL ro u tes impériales, à partir de la capitale de la
pI’ll' 'si arrivé, surtout à partir du me siècle, qu’au lieu Imiter de nouvelles bornes, quand on réparait une C ou faisait servir les anciennes, en bouchant avec du Ineiit les inscriptions en l’honneur des empereurs précédents et en gravant par-dessus une autre inscription3. En Orient, les inscriptions des milliaires sont souvent bilingues ; sur les uns le texte est latin, mais à côté du chiffre latin exprimant le nombre des milles on a gravé le chiffre grec correspondant4; sur les autres le texte latin est tout entier traduit en grec 5. Il s’en faut de beaucoup que toutes les inscriptions des milliaires soient rédigées suivant un formulaire unique; les renseignements qu’elles contiennent sont très variables et elles diffèrent quelquefois dans leur teneur le long de la même voie et sur un court espace de terrain, ce qui tient surtout à ce qu’elles datent d’époques différentes. Voici les résultats des observations faites sur l’ensemble de ces documents par les épigraphistes :
lu La distance peut ne pas être exprimée du tout (fig. 503U et 5032), ou bien l’être par un chiffre (fîg. 5029, 5031), ou encore par un chiffre précédé des sigles M. P. ) [milliapassuum). Généralement cette indication se trouve à la lin ; en Italie, le milliaire porte quelquefois deux
chiffres, le premier compté à partir d’une cité voisine qui n’est pas nommée, le second à partir de Rome G. Sur certains milliaires on a gravé le nom de la ville qui a servi de point de départ : a Sitifi,a Caesarea \ et même on a noté le point extrême où aboutit la route : a Baete ad Oceanum 8. Plus rares sont les milliaires qui donnent la distance par rapport à plusieurs villes différentes 9. Dans les trois Gaules et dans les deux provinces de Germanie, la distance est exprimée non seulement en milles, mais en lieues gauloises (l ou leugae) 10, mesure qui valait un mille et demi, soit, d’après l’estimation la plus vraisemblable, 2 kilom. 22211.
2° L’inscription mentionne, sous la République, les noms et les titres d’un magistrat supérieur (fig. 5029), sous l’Empire ceux du prince (fig. 5030, 5032) 12. S’ils sont au nominatif, la route dépend de l’État ; au datif, d’une cité ; 1 ablatif marque simplement une date1'3. Sur les roules de 1 État, le nom de l’empereur est quelquefois suivi Jun verbe: fecit, stravit, munivit , refecit (fig. 5031, a032), etc. , ou même d’un membre de phrase qui précise la nature du travail, en rappelle le but et les difficultés; ainsi 011 lit sur un milliaire de Tibère: Viam Claudiam,
ty- L, 16, 154. Discussion el explication de Plin. Hist. nat. 111, GG, dans lO1"'1111'’ L'c- ~ 2 Mommsen ad C. i. I. VIII, p. 859. - 3 C. i. I. 111 ; 10624, -o, lou t.s ; milliaire de Paris, Desjardins, Géogr. de la Gaule rom. IV, p. 188. Z* L ■ '■ l- M, 205, 312, 347, 4G4, 572, 712. — G Ibid. 218, 34G, 470, 471, 479,
*80, 4R2 lao . ’ ’ ’ ’ '
Isa) ' 63' ~ G Amsi c ■ *• 1 ■ IU> 3703 ; IX> 0072 ; x> 6854 ; Not ■ d- Scavi’
«01 P| lG°' ~ 7 C- *’• 1 ■ VIII, 10337, 10451 ; F. Berger, p. 14. — 8 C. i. I. Il, 4097,
t'i,,.; "’ 3705 ; VIII, 10047, 10083. — 9 Ibid. I, 551; VIII, 10118; milliaire de NaH j ^jardins, Q i ^ \y p 26. — 10 Index du C. i. I. XIII. Une inscr. en P.MU!aiS::maiS Clle a été d,?P,acée’ Ibid- XII> 5318- — 11 Gesjardins, O. L, IV, P ^ iddon. A poil. Carm. XXIV, 6. — - 13 Mommsen dans le C. i. I. VIII,
J •- H Ibid, v, 8003 ; F. Berger, p. 14. — 13 C. i. I. X, 3202. — 16 Ibid. VIII,
MIM
quant Drusus puler, Alpibus bello patefactis , derexserat, munit a /lamine Pado ad /lumen Danuvium1’.
3° On connaît des milliaires où est mentionné, après l’empereur, le gouverneur de la province qui a eu la direction et la surveillance des travaux, et qui a inauguré la route : Commodus restituil , curante el dedicante L.Junio Ilup.no Proculiano, leg{ato ) pr(o) pr(aetore) ; ou bien la légion qui a exécuté la tâche : Hadrianus viam stravit per leg[ionem ) HI Aug(ustam)16 .
4° Sur les milliaires des routes communales la cité dont elles dépendent met quelquefois son nom ; ainsi en Afrique : Respub lica) gent\is) Suburbur(ensium) vins exauslas restituit ac novis munitionibus dilatavil 17 .
5° Enfin on rencontre aussi des bornes qui indiquent avec quel argent ont été couvertes les dépenses, par exemple si l’empereur a ajouté une subvention à la somme fournie par les propriétaires voisins : adjectis sestertiis XI XTVTI ad sestertia DLXlX C quae possessores agrorum contulerunt 18.
II. — Chaudière haute et étroite, dont la forme cylindrique rappelait celle d’une borne milliaire ; on s en servait pour faire chauffer l’eau dans les salles de bains [balneum, p. 660, fig. 765] 19.
III. — Colonne de même forme, qui faisait partie d un moulin à olives [trapetum]. Georges Lafaye.
M1LLUS1 ou MELLUM2 [collare].
MIMALLOXES [maenades].
MIMUS. Mïgoç. — I. Grèce. — Le terme de gigot; a trois acceptions : il désigne l’acteur, homme ou femme, qui produit une imitation ; l’imitation elle-même ; enfin un genre voisin de la comédie, et dont le premier représentant est, pour nous, Sophron de Syracuse. Au plus bas degré parmi les acteurs-mimes peuvent être placés ces baladins dont les imitations vocales (chevaux hennissants, taureaux mugissants, bruit des torrents et de la mer, grondement du tonnerre1, etc.) étaient très en faveur auprès du public. Le mime est quelquefois aussi un danseur : le terme dopy/jer/j? s’applique a lui ; et cette identification est naturelle, car, ainsi qu’on l’a justement montré2, la séparation que notre art orehestique met entre la mimique et la danse n’existe pas chez les Grecs au même degré : bien que les monuments figurés nous montrent « des pas de danse... qui paraissent, comme les nôtres, entièrement dépourvus de sens mimétique3 », le danseur grec est le plus souvent un mime : l’objet de son art est l’imitation individuelle ou l’imitation en masse [saltatio]. Un certain nombre de danses4 sont des imitations d’animaux, de personnages typiques ou de scènes plaisantes. Le poptpaagoç est défini par Pollux : iravroBantov Çdiwv gtp.7|<n;, etles danses appelées Xéwv, TXaû?, àXa>7 rrj£, yépavoç, n’en sont, sans doute, que des formes particulières ; à la catégorie des danses typiques se rattachent l’àyYeXixTq, où l’on reproduisait la gesticulation et les attitudes des messagers, et la danse laco-
10048, 10081 ; Berger, p. 15. — H C. i. I. VIII, 10335. — 18 IX, 6072, 6075. Voir encore Ibid. VIII, 10322, 10327. — 19 Aux références de la note 202 dans cet article ajoutez Sen. Qu. nat. III, 24 ; Paul. Sent. III, 6, 65. - Bibliographie. N. Bergier, Histoire des grands chemins de l'empire romain, 1622, Bruxelles, liv. IV, cliap. xxxix à xlu ; F. Berger, Ueber die Heerstrassen des rôm. Reiches, II, Die Meilensteine, progr. d. Luisenstüdt-Gewerbeschule, Berlin, 1883 ; Cagnat, Cours d épigraphie latine, 3« édit. (1898), p. 244.
M1I.I.US ou MELLUM. 1 Scip. Aeinil. ap. Fest. p. 151, Millier. — 2 Varr. R. rust Il 9, 15. Sur ces mots, voir Sclineider, Ad h. I.
MIMUS. I Plat. Rep. 39G B. — 2 M. Emmanuel, Essai sur torchestique grecque, p. 43-44. — 3 Ibid. p. 328-9. — 4 Alliacn. 629 E ; Pollux, IV, 103-104.
MIM
MIM
nienne des uTtoyÜTuovsç1 ; parmi les danses qui sont proprement des scènes comiques, on peut mentionner la xXwTTEi'a et la xXou-r) tcùv ÊcüXwv xpsiüv : celle-ci était spécialement appelée mimétique--, la xXuireîa était peut-être une scène à un seul personnage, la mimique du voleur pouvant marquer d’une manière assez claire l’intervention du volé3 ; une danse d’un autre caractère, la xapitata des Ænianes et des Magnètes *, était un mime à deux personnages : un laboureur sème son champ en se retournant fréquemment, comme un homme qui a peur: un brigand survient, et une lutte s’engage dont les bœufs et la charrue sont l’enjeu. D’un genre analogue est la scène des amours de Bacchus et d’Ariadne, qui termine le Banquet de Xénophon : la physionomie et les gestes des acteurs donnentune impressionde réalité saisissante, mais il n’est pas fait usage de la parole 5 [pantomimus].
Parallèlement à ces danses mimétiques où une action suivie et complète est représentée par simple gesticulation, se développe un autre genre de mime, plus voisin de la comédie : il ne se borne pas à l’imitation des gestes typiques, il représente aussi par la parole ou par le chant des scènes bouffonnes et des parodies. Ce mime, qui est, par excellence, le divertissement populaire, n’a pas un développement rectiligne : nous le verrons plus loin naître spontanément dans des fêtes dionysiaques, mais oh en voit d’autre part une espèce profane, dont on peut chercher l'origine dans les parades des 0aup.axo7roiot. Le jongleur n’a pas de plus sûr moyen que la mimique pour retenir ou attirer les passants [balatro, cinaedus] : il imitera, par exemple, des bruits ou des animaux et pourra même contrefaire quelque personnage ridicule, parmi les gens qui font cercle autour de lui G. Nous voyons d’ailleurs que les mots OaugaxoTtoioi, fjLtg.ot, vjOoXôyo!, sont constamment rapprochés Athénée 8 nous montre une sorte d’ascension de jongleur à mime : un 0xu[i.oTO7roioç appelé Nymphodoros devint presque aussi célèbre que Cléon, le plus renommé des mimes italiotes. Le crieur public Ischomachos eut une carrière analogue : il produisit d'abord ses imitations dans la rue (èv xûxXoi;), puis, ayant acquis de la renommée, il joua des mimes dans des théâtres forains (év Oaugaciv).
Le mime, sous ses formes multiples, fut de tout temps très populaire en Grèce et dans l’Italie méridionale. Nombreux furent ces p.tp.oi ysXotwv dont s’entourait Philippe de Macédoine 9, et les charges mimiques avaient sans doute une assez large place dans le répertoire de ce collège des Soixante (oi süijxovxa) qui se réunissait au temple d’Héraklès à Dioméies10. Athénée11 énumère longuement des bouffons italiotes qui n’imitaient pas seulement les lutteurs et les pugilistes, les chanteurs de dithyrambes et les citharèdes : certains d’entre eux jouaient de véritables mimes (... KuxXw7ra sîenjyaye xspsxîÇovxa, xoù vauayôv ’OSuauea xepExtÇovxa). Mais ces témoi-
1 Poli. IV, 104. — 2 Ibid. IV, 105, à moins que l'on n’écrive avec 0. Millier Seix»)- >ivti*y,v. — 3 Cf. Ph.-E. Legrand, Rev. des études anc. I. IV, n° 1, janvier-mars, 1002, p. 17 du tirage à part. — 4 Xen. Anab. VI, 1,8. — 5 Nous croyons, en effet, avec Pli.-E. Legrand (O. I. p. 10) que.le verbe ï(xouov est employé par hyperbole, et signifie ici : « ils croyaient entendre ». Cf. Lucian. %tç\ in. 302 : Axoùw, âvSfwnt, 5 hoisïç x. t. I. (il s’agit aussi d’un danseur-mime). — 0 C’est ce qui ressort d’un passage de Diodore, relatif au tyran Agathoclès (XX, 63). — 7 Cf. Reich, Rie dltesten berufsmüssigen Darsteller des griech.-ital. Mimus, p. 17-19. — 8 p. 19 F et 452 F; cf. Bull. corr. hell. 1883, p. 110, n»! 5-8 (Hauvelte). — 9 Domosth. 01.
Il, 19. — 10 Athen. 614 D-E. — H P. 19 F-20 A. — 12 Ibid. XIV, p. 621 D, d'après Sosibios. Cf. Suidas s. v. — 13 Cf. Plut. Apophth. lac. 212 F, et Agesil. 21, où le mot se lit StixTi^ixTa;. — 44 C’est à tort que Fiihr (de Mimis Graecorum, p. 36) croit trouver chez Athénée l’affirmation contraire : rien de pareil ne peut être tiré de
gnages sont relatifs à des faits qui, le m,, •
sont pas antérieurs au me siècle, ou à la tin d S°"Ven|’ ne
Pouvons-nous remonter à des origines ni T- aV'J"(l
Un témoignage relatif à d’anciennes , ‘ °llUaine^ mimiques, et dont l’intérêt serait beaucoun ni 0ns si les compilateurs avaient eu plus de souci j "f 8rand nologie, est celui qui concerne les Dikélistn»?1**' farces sont, nous dit-on, « une forme ancienne a T® comique », d’une simplicité toute Spartiate On • ',GU sentait notamment le médecin étranger qui donn ' repré' sultalion dans un langage et avec un accent barLT,T personnage de la MavSpayop^^ d’Alexis reprend™ thème comique en montrant qu’un médecin ne ** pour grand clerc auprès du peuple, que s’il vient de' 1^ et écorche le grec. Ce nom de Dikélistes paraît être toli simplement l’appellation lacédémonienne des mimes *»• la même espèce de bouffons porte, en certains endroits’ le nom d’cwxoxàSSaXot, ù cause du caractère improvisé dé leurs scènes comiques. Ces acteurs paraissaient couronnés de lierre, et débitaient de longues tirades. Les Phal] lophores de Sicyone semblent donner mêmes divertissements que les Dikélistes. Ils n’ont pas de masque, mais] ils se couvrent le visage avec du serpolet et des feuilles d’acanthe, ils ont une épaisse couronne, faite de lierre et de violettes, et portent une sorte de pelisse (xoumx-^) : ils s’avancent, en marchant d’un pas rythmé, les uns par l’entrée ordinaire du chœur, les autres par les portes centrales, et entonnent en l’honneur de Bacchus un chant « qui ne convient pas aux jeunes filles » ; puis, ils rompent les rangs et se mettent à railler qui bon leur semble. Enfin ils jouent une scène dramatique, car c’est ainsi qu’il faut vraisemblablement expliquer l’expression ’ÉTipaxxGv. Relevons un détail dans cette description d’Alhé- • née : les Phallophores ne portent pas de masque, et tel semble avoir été l’usage constant pour les acteursmimes 14. Cette tradition nous explique, mieux que les raisons d’art invoquées par Heydemann l5, l’absence de masque chez certains Phlyaques [phlyakes].
Les mimes de Sophron, moins proches des danses mimétiques qu’on ne l’a quelquefois admis 1G, étaient des tableaux de mœurs, des scènes fort simples où paraissaient des dieux, et surtout des gens de la classe) populaire ( les Ravaudeuses , le Pécheur de thons , le Pêcheur et le Paysan, les Sorcières , etc.), dont l’auteur syracusain excellait à copier la désinvolture, le langage semé de proverbes, les plaisanteries grossières1 • Ces mimes étaient certainement dialogués 18 ; une distinction ancienne, rappelée par Suidas, et qui ne date peut-être que du grammairien Apollodore d’Athènes (n° siècle av. J.-C.), les divisait en p.?p.ot àvopeïoi et pigot yuvouxeiot. I faut entendre par là ou bien que les mimes, suivant leur catégorie, représentaient exclusivement des hommes ou des femmes, ou bien que les rôles étaient inégalemen
620 E ; elle témoignage de Cléarque de Soles sur Cléon le pInaiAo; (Allie >» rapproche les mimes italiques des mimes grecs comme se jouant eux ai découvert. Cf. Ph.-E. Legrand, O. I. p. 23, note. - « Die J
bemalten Vasen. Jahrb. d. d. arch. Inst. I, 1886, p. 262. 10 l '* n.J^.( ja jerrcurj
croit, par exemple, retrouver la danse appelée wnyuyiia, où 1 oii m ^ gher. '
dans un mime dont le litre itouSixôt; donné par le Sc m . ^ ^crrelir fies
179, est maintenant restitué : ncaSix» x<n®u;eïî '■ *1 es^ douteux ^ :n(|tUlé l'A;;é*'Qî deux amants fût mise sous les yeux du spectateur. Le n'n'lC une aven-
dérivait-il de la danse appelée àyye). ixij ’? H semble que ce lu ^ d'J^sloî. .
turc d'Hécaté, compagne de Koré, et qui portait à Sy>acusc flermesl
Cf. E. Ilaulcr, Zur Gesch. des griech. Mimus, p. 41-43; ' .j"’.lzcSj ’ Ghil.
XXXIV, p. 206-209. — 47 Demetr. De elocut. 128. — 48 (, . te
MIM
MIM
un protagoniste, homme ou femme, concentrant ^'^presque tout l’intérêt. Enfin ces mimes, dont le
(i (,st ]e dorien populaire, étaient écrits en prose
ÜUU '1(v Lescoliastedesaint Grégoire de Nazianze 1 nous ^ll"" effet, que Sophron empruntait des poètes les dlt’ l'^g rythmiques, mais qu’il les combinait librei16"1' sans tenir compte des lois ordinaires et des
ment, «
Encore aujourd’hui notre oreille
iJSs d’affinité 2 ref clans ies fragments de véritables cadences: un
salS|'r|1<K agencement de brèves et de longues donne à la
phrase
une harmonie qui ressemble au nombre oratoire. Nous savons que le mime fut cultivé après Sophron
, \, u fils Xénarque. Mais ce dernier nous est à peu paf, inconnu : il est mentionné par Aristote 3, et Sui- H* nous dit qu’il railla les Rhégiens pour leur lâcheté,
, rordre de Denys le Tyran. Si ce ne fut pas un cas iininue, on serait fondé à penser que Xénarque, en tournànt le' mime à la satire politique, fit déchoir un genre dont le plus grand mérite avait été, chez Sophron, la fidélité. 11 est assez naturel, il est vrai, qu’un genre comique en faveur auprès du public ne restât pas étranger à la politique, dans un temps où la tragédie elle-même ne g’en désintéressait pas. A l’époque alexandrine le mime retrouvera, naturellement, son indifférence à l’égard des affaires : il fera quelquefois l’éloge des princes ou” de quelque illustre personnage, mais son unique préoccupation sera l’étude des mœurs.
Au m° siècle av. J.-C., tandis que des poètes alexandrins écrivent des mimes littéraires, la Grande-Grèce garde encore une forme populaire du genre dans les divertissements des Phlijaques. Le Phlyaque est proche parent du mime : d’après Athénée s, ses farces sont du même genre que celles des Dikélistes, et les peintures de vases où Jahn et Heydemann croient avec raison retrouver leurs scènes bouffonnes nous représentent de véritables mimes [pulyakes].
Le papyrus publié par M. Kenyon en 1891, et qui contenait sept poèmes complets d’IIérondas, nous a très heureusement fait connaître des mimes réalistes traités par l’art alexandrin. 11 parait établi " qu’Ilérondas, dont les poèmes sont écrits en choliambes, dans un dialecte ionien mélangé de formes doriennes et attiques, et sous l’inspiration d’Hipponax, est contemporain de Ptolémée Philadelphe. Il a donc écrit des mimes avant Tliéocrite. Les Mimiambes , qui sont des études de caractères et de , types, nous montrent la vie des anciens dans scs détails ! familiers, et même dans ses postscenia. Nous n’avons pas à étudier ici ce que Diels appelle justement leur «réalisme raffiné ». Ce qui nous intéresse, c’est de savoir s’ils étaient joués, et dans quelles conditions. La question | se résout plus facilement pour les mimes de Tliéocrite ‘, qui sont certainement « livresques » : à la rigueur, l’idylle XIV pouvait être jouée, mais les autres ne Paraissent pas s’y prêter.
f-n est-il autrement des Mimiambes , et quelle sorte | dexécution pouvaient-ils recevoir? La plupart des cribques pensent qu’ils n’étaient pas joués, car il n’eût guère valu la peine d’installer un décor pour une pièce
de cent vers, et tel mime, par exemple les ’AsxXtjtuw àvaTiOstcat, se fût mal accommodé de décors ou d’accessoires grossiers; en ce qui regarde la distribution dis rôles, il est peu vraisemblable que dans le mime VII on employât sept acteurs pour cent vingt-neuf vers; enfin, l’action aurait eu peine quelquefois à suivre le texte, et certains mimes auraient paru tronqués 8. Il nous paraît, en effet, qu’une exécution dramatique des Mimiambes ne pouvait être qu’une fantaisie de lettré : un public choisi eût été d’imagination complaisante, et, volontiers, eût excusé certains vides (par exemple I, 79 et suiv.), ou des morceaux (par exemple II) brusquement découpés dans la réalité. Mais si les Mimiambes ont paru devant un plus grand public, il est vraisemblable dadmettie qu’ils étaient récités par un acteur unique qui, très habile à contrefaire sa voix, à gesticuler, à marquer à propos des temps d’arrêt, rendait présents aux yeux des spectateurs tous les personnages du petit drame. M. Crusius admet que les Mimiambes étaient vraiment joués (entendons : avec autant d’acteurs que de rôles) :n : il montre notamment que le style d’Hérondas a un caractère agonistique ; que certains tours" semblent réclamer le geste pour être compris; que l’énumération des chaussures dans le septième mime produit l’effet « d’un extrait du Lexique de Pollux », s il n est enlevé prestissimo. Mais ces observations, fort justes, peuvent être également invoquées dans l’hypothèse d’un seul récitant et dans celle de plusieurs acteurs. La découverte d un j-elief d’argile en forme de lampe, où sont représentés trois personnages comiques (fig. 5033), confirme, selon M. Crusius, ce qu’il était seulement permis de présumer. Ce relief porte l’inscription suivante : MIMOAQrOI HTnO0H2l2 G1KTPA- Ces mots, d’une orthographe incorrecte, nous apprennent donc que les trois personnages du relief étaient des acteurs de mimes en prose (l ufj<.oXoYoi), qui figuraient dans une û-koOsgk; ayant pour titre 'Exupot. D’après Watzinger12, nous avons là trois types bien connus : l’esclave, le père et le fils. D autre part, un passage de Plutarque13 nous renseigne sur le genre de pièces dont il est ici question : les mimes, dit-il, comprennent deux catégories : les uTrodsceu; et les Tiaiyvioc. Ces derniers sont pleins de grossières bouffonneries ; les u7to0 £<7£iç ont une action dramatique plus étendue, et leur mise en scène est assez compliquée pour qu’il soit difficile de les jouer dans un banquet. Était-il question, dans ce passage, d’une époque récente ou relativement ancienne, c’est ce qu’on ignorait avant la découverte de notre groupe. Mais Watzinger pense qu’il faut le dater, au plus tard, de la fin du me siècle av. J.-C. " ; il est donc à peu près contemporain d’Hérondas, et nous voyons qu’à cette époque des mimes étaient représentés.
Malgré l’intérêt que présente le relief des trois {j.ig.oXôvot, on ne peut prétendre que sa découverte nous apporte une certitude en ce qui regarde les Mimiambes d’Hérondas. Dans quelle catégorie doit-on ranger ces saynètes? Reitzenstein en fait des wxrfvia : il paraît plus juste de les rapporter à la catégorie des CncoOscéi;, mais encore faut-il prendre ce terme dans le sens très général d 'action
1 1 1 haut d'exhortation à une vierge. — 2 Traduction de M. Maurice Croisel, Hist. e hlitt.gr. III, p. 449, note. — 3 Poet. I, p. 1417 b. — 4 S. v. 'Pufivouç xoù; ... ,J;' 6 1’. Cil F. — 6 Voirsurlout Mecister, Abhandl. der sâchs. Gesellsch. der
***■ XIII, n° 7, Leipz. 1893, p. 735 sq. —7 ld. Il, XIV, XV. — 8 Ces observations onl,leM. l’Ii.-E. Legrand. L’article cité contient un examen détaillé de la question.
9 Hevtling, Quaestiones mimicae, Argenlorati, 1899. — '0 Voir la préface de sa
traduction, et l'article : Oie Anagnostilcoi. Festschrift Tlicodor Gomperz. 1902, p. 381 sq. — 11 V, 1 ; VI, 23. — 12 Mittheil. d. d. arch. Inst, in Athen. 1901, p. 1 sq. — 13 Quaest. eonv. Vil, 8, 4, p. 712 E. — 14 Cf. Herzog, Philologus, 1903, p. 35, qui le croit bien que trouvé à Athènes, l’œuvre d'un Alexandrin.
comique , et supposer que ces pièces, autrefois d’assez courte haleine, prirent, à l’époque impériale, trop d’étendue pour être jouées chez des particuliers, dans des festins. Car c’était là surtout la destination des Mimiarnbes , selon M. Crusius, et l'on s’expliquerait ainsi, d'après lui, qu'ils comportent un appareil scénique généralement
ja i ol o a ai ro i h YnooHC ic E I K V P A
Fig. 5033. — Acteurs d’un mime grec.
simple, et qu’ils aient pour lieu de scène un endroit clos. Mais cette opinion demeure toujours à l’état d’hypothèse.
S’il ne résout pas la question de l’exécution des Mimiarnbes , le relief décrit par Watzinger nous est un précieux document pour l’histoire du mime grec. Les personnages qu’il représente n’ont pas de masque, ce qui paraît être une règle générale dans le mime. L’esclave est sans barbe, ventru, chauve, ses oreilles sont démesurées; il est vêtu d’un chiton court, serré sous la poitrine; le personnage de droite (le -père), également chauve et sans barbe, porte un manteau qui couvre l’épaule gauche et le bas du corps ; à gauche, le jeune homme, dont les cheveux forment des mèches séparées, est vêtu d’un chiton et d’un manteau : il tient dans la main gauche un rouleau. L’expression de ces trois personnages est typique : la lippe de l’esclave est maussade et inquiète; le père a l’air irrité; la physionomie du fils exprime l’intérêt et l’attente. La figure du père rappelle les traits des masques comiques; l’esclave ressemble aux grotesques de l’époque Alexandrine, distincts des acteurs comiques [histrio] ; crâne chauve, lippe grimaçante, nez crochu, petits yeux allongés, oreilles énormes et pareilles à deux anses, tous ces traits caractéristiques sont communs à notre personnage et à ces grotesques. On en peut conclure avec vraisemblance que plus d’une figurine de cette classe doit nous représenter assez exactement des personnages de mimes (fig. 5034) '. Nous y voyons, en effet, des hommes et des femmes du peuple, des bateleurs, des esclaves, des paysans, des marchands et des soldats. Le relief des trois mimologues nous montre d’autre part l’influence de la comédie nouvelle sur le mime : les intrigues où figurent les trois personnagestypes de la comédie de Diphile, d’Apollodore, de Phi-
i Nécropole de Myrina , pl. xlvii, p. 483 sq. — 2 p. 19 F-20 A. — 3 Reich, O. I. p. 24. — 4 Aves, 1394 sq. — B Caract. 27. — 6 B hein. Mus. XXX, p. 74.
Fig. 5034. — Mime grec.
lémon et de Ménandre étaient réduites aux nro, .• d’une û*<58s<nç, ce qui justifie bien l’observation TlT tarque rappelée précédemment. lu'
A côté des mimes en prose dont les acteurs porte*. , nom de Fp.oX<5Yot, XoY4|m|ioi, ï)0oXôYoi, |boXÔ70l, nous t™ ** vons mentionnées diverses formes de mimes lyriques que jouaient et chantaient les pigaiSot, pigauXoi, tXapcooot, lAaywoot, XutncoSoi, atjjuooot.
Athénée 2 nous parle de deux célèbres acteurs-mimes, qui faisaient des imitations de citharèdes et de chanteurs de dithyrambes. Ce qu’étaient les parodies de ce dernier genre nous est très bien représenté 3 par les vers grotesquement emphatiques et vides du poète dithyrambique Cinésias, chez Aristophane L Quant à l’origine du plus grand nombre de ces mimes, on peut la chercher, avec Reich, dans la musique et les chants dont les 0aupaxo7ioioi accompagnaient leurs parades et leurs tours d’adresse : Théophraste 5 nous parle du vieux sot qui reste chez les bateleurs pendant trois représentations consécutives « pour apprendre les airs qu’on y chante ». Hiller 6 attribue notamment cette origine à la magodie : les magodes seraient d’anciens bateleurs n’ayant gardé de leurs « productions » que les danses et les chants obscènes. D’une manière analogue, les x.vaiSot, qui sont primitivement des danseurs et des pantomimes \ accompagnent plus tard leurs danses de chansons lascives 8. Strabon ,J mentionne d’ailleurs comme xiva'.ooXdyoi, avec Sotadès et Alexandre l’Étolien (dont les vers sont simplement récités), deux auteurs de mimes chantés, Simos et Lysis.
Sur les genres que représentent ces deux derniers poètes, Athénée nous renseigne en plusieurs passages10, dont le texte, malheureusement, est gâté ou ne nous éclaircit qu’à demi. Nous y voyons que Y hilarodie avait un caractère sérieux et se rapprochait en quelque façojB delà tragédie : la magodie se rattachait au genre comique, et il arriva souvent que les magodes empruntèrent des arguments de comédie pour les accommoder à leur genre particulier. Vhilarode portait un vêtement d’homme, d| couleur blanche, des xp7|Ttt8sç (il avait anciennement t es Û7roS7;p.aTa) et une couronne d’or; un joueur (ou uj| joueuse) d’instrument à cordes l’accompagnait, 1 n,j dansait point de danse efféminée. Le magode ■ p°r le costume féminin et tenait des tambourins • 1 ^
baies ; ses danses étaient désordonnées . d repiese tantôt une femme débauchée, tantôt un homm< o ^ rejoint sa belle dans une partie joyeuse. Le not magodie , d’après Athénée, rappellerait ai 111 1 p J Crusius 11 l’explique par l’instrument aPP®lc J4 J et (harpe ou flûte), dont il est disserté chez •'
dérive le mot de p.ay <ao^ wo ç Aristoclès:
Hilarodes et simodes sont identifies R célèbre Simos de Magnésie aurait été, en effet, e gra¬
des auteurs d 'hilarodies. Il faut donc Pen;
,p ... ^ ,0 P. 620 D-021 Of
— 1 Cf. Nonius, p. 5. — 8 Cf. Petron. 23. — P- .— U Philol. LUI, 543. — « P. 634 C.
MIM
MIM
|ii|inajt, une extension singulière au mot xtvatSo- ' ne faisait pas une distinction suffisante entre '* je sirnos et celui de Lysis. Aristoclès identifie
les magodes et les lysiodes. mais si les chantaient ces deux sortes de mimes étaient
bon
le genr<
paiement
P0^ nous voyons qu’ Aristoclès ne tient pas compte liaU jjflërence faite par Aristoxène entre les gay^Sot et '■ nl' Cette différence paraît avoir été dans le cos-
les U5'|<'(, lexte de la définition d’ Aristoxène est malheull"ne>i'nent altéré : ce qui paraît en ressortir, c’est que des rel'acs constamment vêtus en hommes pouvaient chanter h'^rôles de femmes, et inversement2. A l’époque d’Arisies magodes et les lysiodes , chantant les mêmes °èmèS et, ne se distinguant plus par le costume, se P^nfondirent naturellement. Si tous parurent en femmes, C° fl|l sans doute pour que leur costume répondît niiinix au caractère de leurs chants et de leurs danses.
l'Alexandrian erotic fragment (plainte d une amante délaissée) publié par M. B. Grenfell 3, sans doute du n° sièclc.av. J.-C., est tenu avec raison par Crusius 4 et Wilamowitz 5 pour une hilarodie. Au même genre doit être rattachée la singulière lamentation sur la mort d’un coq de combat, publiée par Grenfell et Ilunt B. La découverte de ces poèmes avait ressuscité pour nous le genre de l’hilarodie : un ostrakon rapporté d’Égypte par M, Th. Reinach 1 nous fait connaître, selon toute vraisemblance, un fragment de magodie : quatorze lignes mutilées d’un dialogue entre un buveur amoureux et un ami qui cherche à le calmer 8.
Ces mimes lyriques, mieux connus, jettent un jour nouveau sur deux questions importantes : l’origine des Cantica de la comédie romaine [comoema, canticem], et les rapports du mime romain avec le mime grec. Pour les Cantica , la comédie de Ménandre et de Philémon ne
fournissait aucun modèle à Plaute et a Térence, et, même en admettant une imitation de la comédie ancienne, les parties lyriques des pièces de Plaute restaient insuffisamment expliquées. Ces mimes de l’époque hellénistique nous donnent précisément l’intermédiaire qui nous manquait. Il faut aussi tenir compte de la collaboration du musicien, dont la (j-EXciYpa^toc et la puOgoypacpîa provenaient certainement d’une source alexandrine, et dont la technique devait exercer une certaine influence sur la composition même du texte 9. Les mimes lyriques des Simos et des Lysis étaient d’autant plus propres à servir de modèles aux comiques latins qu’ils y trouvaient avec une intéressante éthopée, des rythmes variés, el un style lui faisait un mélange assez ambigu de réalisme et de poésie. Nous nous représentons aussi de façon moins '’uguece qu’étaient ces mimes romains chantés et dansés de l’époque antérieure à Labérius. Les relations de Rome avec l’Égypte et avec Tarentc, la ville des Phlyaques (prise en 272), nous expliquent les origines grecques du ®ime romain. G. Dalmeyda.
9. Rome. — Mimus, en latin comme gïpto; en grec, désigne à la fois le personnage qui représente une cerla'ne action en public et l’action elle-même qui est repré¬
sentée, la pièce el l’acteur. Le mot grec d ou il est lire, el qui signifie imitation (gip-oç, à.it o toO p-igs-cOat), est trop général pour définir un genre particulier, puisque Aristote prétend que l imitation est le principe de toute la poésie. Les grammairiens latins, en l’appliquant spécialement au mime, ont cru devoir le restreindre et le préciser. « Le mime, disent-ils, est 1 imitation des actions vulgaires et des personnages grossiers ’°. » Cette imitation est susceptible de prendre des caractères différents suivant le milieu où elle se produit, sur les places publiques, dans les maisons particulières ou au théâtre. De la trois sortes de mimes, qu’il convient d’étudier à part.
La première ne nous arrêtera pas longtemps. On sait que les villes anciennes devaient être plus animées que celles d’aujourd’hui, les habitants n'étant guère accoutumés à rester chez eux. Les rues et les places, qu ils fréquentaient très volontiers, leur offraient les spectacles les plus amusants : à Rome, parmi les baladins et les charlatans de toute espèce, qu’on appelait circulatores , parce qu’on faisait cercle autour d’eux, les faiseurs de tours (praestigiatores), les diseurs de bonne aventure ( divini ), devant lesquels s’arrêtait Horace11, les gens montés sur des échasses ( grallatores ), dont Plaute fait mention les danseurs de corde ( petauristae , funambuli ), pour lesquels on délaissa YHécyre de Térence13, ceux qui exécutaient ces danses sur place ( staticuli ) dont parle Caton 14 et qui sans doute consistaient plus en gestes des bras qu’en mouvements des pieds, ceux enfin dont 1 industrie consistait à se dire mutuellement des injures ( opprobria rustica ), ou à interpeller les passants, divertissement qui a toujours fait la joie des Romains, il devait s’en trouver qui représentaient des mimes proprement dits. Ceux-là égayaient la foule en imitant soit divers animaux, soit les artisans qui exerçaient des métiers vulgaires, les muletiers, les cordonniers, les charlatans, les cuisiniers, etc. Quelques-uns s’élevaient jusqu’à des professions plus distinguées, comme celui qui se vante, dans son épitaphe, « d’avoir été le premier à imiter les avocats 13 » ; il s’appelle lui-même l’amuseur de Tibère, Caesaris lusor, ce qui ne devait pas être un métier facile. De ces mimes de la rue, on comprend qu’il ne soit rien resté et que nous ayons peu de chose à en dire.
Nous sommes un peu mieux renseignés sur ceux qui se produisaient dans les maisons des particuliers. Nous savons que Sylla se plaisait à fréquenter Tes comédiens grecs et romains. A certaines heures, il donnait congé aux affaires sérieuses, il admettait à sa table des bouffons, parmi lesquels l’archimime Sorix, et faisait assaut de plaisanteries avec eux16. On dit même que, pour leur témoigner sa reconnaissance, il leur distribua des terres qui appartenaient au domaine public Auguste, au milieu de ses repas, écoutait des musiciens et des histrions; il y admettait des baladins, qu’il prenait parmi ceux de la rue et du grand cirque; mais il aimait surtout les mimes qu’on appelait aretalogi , qui excellaient à raconter des histoires extraordinaires18. Ce goût pour les mimes a persisté chez les empereurs jusqu’à la fin. Aurélien les
Allien. p, 620 jî — 2 Voir l’ingénieuse conjecture de Ph.-E. Le- 5Vrt-**P.«. 3 v0*- ilaPyrus grecs (Oxford, 1896). — ’* Phi-
USe V'* ' -• — 6 Nachricliten der k. Ges. d. Wiss. su Gôttingen,
Ion/. ^ ff' N- liasse). — 6 Oxyrinchus papyr. 1899, p. 39. — 1 Mé- . , ' ^ er,’of, p. 291. — 8 Cf. le thème dont parle Athénée, 621 C : SvSça |is6.jovia
«Ït y ~ 1
80v .-ttja^tvojjLEvov tî)v f vyjv . - — 9 Cf. Crusius, Art, cité, p. 3si.
— 10 Evanthius, De trar/. et coin.: A diuturna imitatione vilium rerum et leviumpersonarum (je crois qu'il faut remplacer diuturna par diurna, en entendant ce mot dans le sens de ce qui se fait tous les jours). — H Sat. 1,6, 1 14. — 12 Pren. III, 1, 27,
— 13 Bec. 1" prol. 4, 2' prol. 26. — UMacrob. Sat. III, 14, 9; Plaut. Pers. V, 2, 43, — 16 Corp. inscr. lat. VI, 4886. — 16 Plut. Sytl. 36. — U Athen. VI, 261.
— 18 Suet. Aug. 74; Juven.XV, 16 : mendax aretalogus.
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aimait avec passion 1 et Carin en avait rempli le Palatin *. On les introduisit dans les fêtes de famille jusqu’il la fin de l’antiquité 3. 11 est naturel de croire que les succès que les pièces de ce genre obtenaient chez les princes et dans la haute société donnèrent l’idée de former des artistes pour les représenter. Horace parle d’une école, qui était dirigée par un musicien de talent, Tigellius Ilermogène, et parmi les élèves qui écoutaient ses leçons, il place des mimes 11 n’y a guère de doute que les mimiambes que Cn. Matiusa composés vers l’époque de César ne fussent aussi destinés à paraître dans les exhibitions du grand monde. Comme les mimes d’Hérondas, ils sont écrits en cholïambes ou scazons, sorte d’iambe trimètre dont le dernier pied est un spondée, qui ne parait pas être un vers de comédie, et les quelques fragments qui nous restent de ces pièces paraissent se rattacher à la poésie élégiaque plus qu’à la poésie comique 5.
Mais c’est principalement au théâtre que le mime a pris de l’importance; c’est là qu’il nous faut surtout le suivre. Il est question de lui dès l’époque de Sylla6, et il est probable qu’il remonte beaucoup plus haut et qu’il est presque aussi ancien que les jeux scéniques. Les acteurs de mimes remplissaient au théâtre des fonctions différentes. On nous les montre, dans les premiers temps, se produisant dans l’orchestre et exécutant leurs jeux de plain-pied avec les derniers rangs des spectateurs (in piano orchestrât f). On prétend que c’est ce qui leur avait fait donner le nom de planipedes ; mais il est plus vraisemblable qu’on ne les avait appelés ainsi que parce qu’ils n’étaient pas chaussés de socques et de brodequins, comme les acteurs de comédies et de tragédies1. Peut-être les exercices de ces mimes étaient-ils destinés à faire prendre patience au public, avant que le véritable spectacle commençât 8. Le plus souvent ils montaient sur la scène, mais seulement sur la partie antérieure du proscenium , qui était séparée du reste par un rideau particulier, qu’on appelait siparium , on mimicum vélum 9. On suppose qu’ils amusaient la foule dans l’intervalle des actes ou des pièces, ce qui était aussi le rôle du tibicen 10. Nous savons enfin qu’à une certaine époque les mimes furent chargés de clore les représentations scéniques. Un scoliaste de Juvénal nous dit que c’était l’usage, chez les anciens, d’introduire, à la fin du spectacle, un bouffon « qui devait sécher les larmes que la tragédie avait fait couler ». Ce bouffon s’appelait exodiarius, et les pièces qu’il jouait portaient le nom d'exodia ll. Ces exodia furent d’abord introduits dans les Atellanes [atellanes] ; mais Cicéron nous dit que, de son temps, l’Atellane, qui probablement avait cessé de plaire, fut remplacée par le mime 12. C’est la preuve de la vogue que le mime obtenait en ce moment.
Quant à nous rendre compte exactement de ce que les mimes devaient être à cette époque, nous avons peine à y parvenir, non seulement parce qu’il n’en reste rien, mais parce que les renseignements qu’on nous donne sur eux sont très confus. On a vu plus haut qu’il s’était produit, dans la littérature grecque, toute une floraison de genres nouveaux issus de la comédie, et qui essayaient de la
1 Hist. Aug. Aurel. 50. — 2 Jfj . Carin us , 16. — 3 Chrysostom. t. III, P* 196* 197. — * Hor. Sat. I, 2, 2; 10, 91. — 5 C’élait bien aussi pour la lecture et les salons que \ergilius Romanus, sous Trajan, écrivait ses mimïanibes que Pline trouve « très éloquents ». Plin. Ep. VI, 21. — G Ad. Herenn. Il, 13; cf. Mommsen, Berichte d. süchs. Gesellsch. Philol. Classe, 1854, p. 159. — 7 Suet. De vir. ill. p. 14; Diomcd. III, 487 ; Ed. Duméril, Hist. de la Comédie ,
rajeunir. Ce qui en reste (et ce n’est Kuèrel lv qu’au fond ils ne différaient pas beaucoup autres, et que, par des routes un peu diverses il ■ f ^ au même but. Les Romains s’étaient sans' doute fai?1 r.sés avec eux dès la prise de Tarente ; quand leurs i lions devinrent plus fréquentes avec la Grèce et
vers la fin de la République, lorsqu’ils intervinrent
directement dans les affaires de l’Éevnfe ne i' • us e ure ni
1 occasion de les mieux connaître et la pensée d’en p
fiter. Cicéron semble bien indiquer qu’ils ne manquèrent pas de puiser à ces sources nouvelles quand il dit e parlant d’Alexandrie, que c’est de là que viennent’ les sujets des mimes13. Il se peut donc que, sous le nom général de mimes, les Romains aient réuni les emprunts faits à des genres différents, et cpie de là soient venues certaines confusions qui nous surprennent. Dans certains cas, il semble que les mimes soient exécutés par un seul artiste, et dans d’autres par plusieurs, et que tantôt le chant, tantôt la danse y dominent : c’est ce qui sans doute arrivait quelquefois. Sans doute aussi les imitations, qui avaient donné au mime l’occasion de naître et d’où il tirait son nom, n’étaient pas négligées et elles ont dû persister jusqu’à la fin. L 'Anthologie contient l’épitaphe du mime Vitalis, qui raconte que son art lui a donné la gloire et la fortune. « J’imitais, dit-il, si parfaitement les traits, les gestes, les paroles des gens, que celui dont je reproduisais l’image était épouvanté de voir que j’étais lui beaucoup plus qu’il ne l’était lui-même u. » Mais le plus souvent les mimes devaient être de petites scènes de mœurs, amusantes et légères ; par exemple le tableau d’un pauvre diable devenu subitement riche, et qui se livre à toute sorte d’excès15, ou celui d’un homme tombé en léthargie, qui, se réveillant tout d’un coup, tombe à coups de poing sur le médecin qui le soigne 16. Les quelques fragments qui nous restent de ces pièces nous paraissent assez médiocres ; ce sont des naïvetés ou des sottises qui amusaient le public : un niais qui demande du vin aux nymphes ou de l’eau à Bacchus 11 ; un autre qui fait cette réflexion : « L’imbécile ! quand il commençait à être riche, il s'est laissé mourir 18 », ou ce bout de dialogue : « C’est sa femme. — On le voit bien, elle lui ressemble 19. » Cependant Cicéron parle d’un de ces mimes, qui s’appelait 7'utor, et qui lui semble tout a tait plaisant, oppide ridiculus 20.
Il faut remarquer que Cicéron, qui en fait 1 éloge, n e nomme pas l’auteur ; et c’est ce qui arrive aussi pour autres mimes de cette période primitive. Les auteurs n’en sont nulle part désignés par leur nom partie ulier, on se contente de les appeler d’une manière gemmule m mographi. C’est que leur travail n’était pas sembla » e a celui des poètes qui composaient des tragédies ou ees comédies. Il est probable qu’ils ne se donnait ni pu. peine d’écrire d’un bout à l’autre leurs petites ph 1 1 > ^ même d’en arrêter toutes les parties et dm fixa détail; ils se bornaient vraisemblablement a en tiacer^ gros le dessin, à imaginer quelques situations miques, à mettre aux prises d’une manière un pa
anc. Il, append. p. 383. — 8 Cic. Adfbm. VII, 1 . — 9 Donat. fle com°^ actric0 est Pseud. 1,5. Est-cc à cause de ces intermèdes confiés aux mimes, ^ ^ ^75. appelée (Plin. Hist. nat. VU, 48) mima emboliaria . — ^ Burman, IV, 20;
— 12 Cic. Ad fam. IX, 14. — 13 Cic. Pro Habir. post. 12. — * J‘n ’ De c„. Riesa, ,10 683. - 13 Cic. Phil. II, 27. - «î Hor. Sut. II, 3, 30. cl. j
Dei, IV, 22. — 18 Cic. De orat. II, 67. — l» Id. lb\d. — - Cic-
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(l,.s personnages que le public connaissait et qu’il j V rCVOir. Suétone raconte qu’un grammairien, qui
il"" "l très célèbre, avait commencé par s’occuper des devl"; du théâtre, et « qu’il aidait les mimographes 1 », Ch°Stn ne se comprendrait guère si les mimographes | Cl3 -nt des écrivains comme Plaute ou Accius, qui en [ él“ll!"al composent leurs ouvrages tout seuls et y mettent de leur personnalité. Mais le mime étant une I 10 C!|!e'un peu indécise et flottante, qui à chaque repréffl'l'ilion se renouvelle, au moins dans quelques détails, se“ ‘n raccourcit ou qu’on allonge sans cesse, on qU en(j que l’auteur ait besoin d’avoir des gens [ f01”ur (je lui qui lui viennent en aide pour ce travail P manoeuvre, qui lui fournissent, quand il en manque, jes idées, des bons mots, des jeux de scène. Un passage J’. curièux de Cicéron nous montre à quel point certaines parties, dans les mimes, étaient abandonnées à l’inspiration du moment, et que, si l’inspiration venait . I inanq„er, par exemple à la fin de la pièce (ceux qui ont joué des charades savent bien que le plus difficile est de finir), on avait recours, pour se tirer d’affaire, à des procédés très primitifs. Répondant à une accusation qui lui paraît peu solide et mal conduite, Cicéron dit qu’elle n’a ni plan, ni suite (quam est sine argumento!) :
■ « Ce n'est pas le dénoûment d’une comédie, mais d’un mime. Là, quand on ne sait comment terminer la pièce, un acteur s’échappe des mains qui le tiennent, se met à courir, les musiciens font du bruit, et la toile se lève2.. »
A l’époque même où Cicéron s’exprimait ainsi, il se produisait dans le mime le même changement qui s’était produit dans l’Atellane quelques années auparavant : on essayait d’en faire un genre littéraire. C’est très probablement Laberius qui fut l’auteur de cette innovation, du moins n’en trouve-t-on pas de trace avant lui. Decimus Laberius, qui vivait sous César, était un chevalier romain, homme d’esprit et de lettres, qui voulut élever le mime, malgré ses origines et ses habitudes populaires, à la hauteur de la comédie. Quoiqu’il n’ait peut-être pas tout à fait renoncé au mime improvisé, tel qu il existait avant lui, puisqu’on nous dit qu’il consentit à lutter de verve et d invention sur la scène avec P. Syrus 3 , les titres et les fragments qui nous restent de quarante-deux de ses pièces montrent que, par les sujets qu’il traitait de préférence et par sa versification (trimètre ïambique), il cherchait à se rapprocher de la togata et même des palliatae. De son rival, P. Publilius Syrus, nous n avons que très peu de titres de pièces ; mais nous possédons un recueil de sentences qu’on prétend tirées de ses ouvrages, ce qui n’est pas impossible, car nous savons par Sénèque que les mimes contenaient beaucoup de belles joensées, et qu’on trouve souvent, surtout chez P. Syrus, quand il ne se croit pas obligé de faire rire les gens des derniers gradins, des vers dignes d’être prononcés par des acteurs chaussés du cothurne * .
Lour l’époque qui suit, et jusqu’à la fin de 1 Empire, nfJus avons peu de noms d’auteurs de mimes : on en cite
1 Gramm. 18. 2 pro Cae.l. 27. On sait que, chez les Romains, contrai-
lcment à ce qui se passe chez nous, la toile se levait à la fin des pièces et se haissail au commencement. — 3 Macrob. Sat. Il, 7, 9. — 4 Sen. De tranq. mimb H, 8. Voir aussi Ep. 8, 9.- 3 Ovid. Trist. Il, 497. - 6 Schol. Juven. VI, 4i' ~ 1 Suet. Calig. 57. — 8 Mart. Spect. 7, 4. - 9 Tertull. Adv. Valent. 14. -I0 Dig. XXXVUlj 1, 26, § 1 ; C. i. I. I. I. et UI, 6113; XIV, 2408, 2988, etc. trouve aussi l'expression magister mimUriorum, Orelli, Imcr. 1631.
trois ou quatre tout au plus, Lentulus, Ilostilius, Marullus, dont on ne nous dit que le nom, et Catullus, qui est un peu mieux connu; c’est bien peu pour un temps aussi long, où les mimes n ont pas cessé délie représentés avec succès. Celte absence de noms d auteurs laisse penser qu’on est alors revenu à la méthode de ces mimographi de l’époque précédente, dont l’œuvre ne consistait guère qu’en une sorte d esquisse ou dt canevas qu’on modifiait sans cesse, et qui n avait rien de tout à fait personnel ; ce qui explique qu’on ne se soit plus souvenu du premier auteur.
Les mimes de ce temps n’avaient pas de scrupule a représenter au naturel la vie de famille à Rome. C était un sujet que la comédie primitive, celle de Piaule et de Térence, n’avait jms osé directement aborder. La togata y mit moins de réserve; le mime paraît n avoir gardé à ce sujet aucune retenue : il n’hésita pas à mettre sur la scène ces trois personnages qui ne l’ont plus guère quittée, le mari, la femme et l’amant. On y voyait, nous dit Ovide, la femme et l’amant qui s’entendent pour duper le mari , l’amant y estélégant et bien vêtu, lafemme fort adroite, le mari représenté comme un sot : « et toutes les fois qu on le trompe avec quelque ruse nouvelle, les applaudissements éclatent 5 ». Juvénal fait allusion à une de ces pièces où, le mari survenant mal à propos, au milieu d un entretien galant, l’amant n’a que le temps de se blottir dans un coffre 6. Le plus connu de ces mimes, celui qui paraît avoir obtenu le plus long succès, c’est le Laureolus de Catullus. On y représentait un chef de voleurs aux prises avec la justice ; l’intérêt y naissait sans doute de la difficulté de saisir Laureolus, de l’habileté avec laquelle il parvenait à s’échapper dans les situations les plus critiques et sautait même par-dessus la croix au moment où on l’y attachait. Cependant force restait à la loi, et la pièce se terminait, en manière de drame, par le supplice de l’habile voleur. Le Laureolus fut représenté vers la fin du règne de Caligula, et Suétone dit que l’on considéra comme un présage de mort pour ce prince le sang que, dans cette pièce, les acteurs répandaient sur la scène 7. A l’époque de Domitien, on imagina de le rendre plus attrayant au peuple en substituant, au dernier moment, au comédien chargé du principal rôle, un esclave que l’on crucifiait véritablement 8 . Le Laureolus se maintint longtemps au théâtre, et Tertullien en parle comme d’une pièce qui se jouait encore de son temps9.
11 y avait dans la troupe {grex) que recrutait et dirigeait un archimimus ou une archimima'0 des emplois de différentes classes; on rencontre la mention de deuxièmes, de troisièmes, de quatrièmes rôles11; dans beaucoup de pièces, comme dans le Laureolus , les acteurs devaient être très nombreux12. Ils étaient loués pour une ou plusieurs représentations, ou avaient un engagement perpétuel avec un salaire quotidien : on les appelait alors diurni 13.
Malgré les éloges que leur accorde Sénèque, les mimes devaient former, en général, un spectacle très grossier.
U Corp. inscr. lat. VI, 10103, 101 18 ; X, 814 ; XIV, 4198 ; Suet. Calig. 57 : « plures secundarum ». —12 Les mimes s’unissaient aussi en sociétés [collegibm, sodalitxs] ayant comme celles des autres professions un caractère religieux ou fuucraire, C. i. I. VI, 10109 ; XIV, 2408. Pour les mimi parasiti Apollinis, voir Marquardt, Saatsverwalt. III2, p. 501, n. 3; 538, n. 5; Mommsen, Alittheil. d. Inst. 2883, p. 76 sq. — 13 Mommsen ad C. i. I. VI, 10106; Hernies , III, 461; Eph epigr. 1, 283 ; V, 216.
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Fig. 5035. — Mime romain.
Les acteurs ne s’attaquaient pas seulement de bons mots ; ils y ajoutaient des coups de poing et des coups de pied. Un des plus importants personnages était une sorte de Jocrisse (. stupidus ), avec des cheveux ras, dont tout le rôle consistait à recevoir des coups et à répondre des sottises. Lorsque l’archimime Latinus frappait le pauvre Panniculus, le souffre-douleur de la troupe, d’un de ces soufflets qui s’entendaient par tout le théâtre ', il s'élevait de partout un de ces rires bruyants qu’on appelait mimicus risus. A son geste, à sa tête rasée, on reconnaîtra un personnage de ce genre dans un petit bronze de la Bibliothèque nationale (fig. 5035) Son costume n’est pas celui qui, d’après certains auteurs, serait caractéristique du mime : il ne porte ni le centunculus 3, vêtement rapiécé [cento], peut-être de morceaux de différentes couleurs, comme celui de l’Arlequin de la comédie italienne, ni le manteau carré primitif ( ricinium ), conservé par tradition On a sans doute un exemple de ce dernier vêtement dans un autre bronze (fig. 5036) connu dans les collections auxquelles il a appartenu sous le nom de « l’Acteur » B. Ce lourdaud qui saute les pieds nus est un véritable planipes. 11 se peut que pour certains rôles le costume fût invariable 6, comme il l’est pour Arlequin et Polichinelle chez les modernes ; mais d'autres acteurs jouaient avec celui de la vie habituelle, même en toge 7. C’est un de ceux-là que représente
la ligure 5035, le stupidus ou le parasitus, qui ne manquait, nous dit-on 8, presque jamais à côté de l’acteur principal : il était sa doublure comique et faisait rire en copiant ses gestes et en parlant comme lui ®.
Le mime était très souvent aussi un spectacle fort obscène.
On sait que dans les floralia, où l’on représentait des mimes, des filles publiques paraissaient sur le théâtre et qu’elles étaient tenues, sur l’ordre des spectateurs, de se dévêtir et de jouer toutes nues. Un jour qu’ils n’osaient pas le demander, parce que Caton était présent, Favonius, son ami, l’en avertit, et Caton sortit du théâtre pour ne pas gêner les plaisirs du peuple 10. Héliogabale ordonna que, dans les pièces où il était question d’un adultère, tout se passât sous les yeux du public ”, et les renseignements que nous
1 Mart. II, 72, 3.-2 Caylus, Rec. d'antiq. IV, pi. xcii ; Babelon et Blauchct, Catal. des bronzes de la Bibl. nat. u. 97C. — 3 Apul. Apolog. p. 382 Elm. Le centunculus est peut-être représenté dans une peinture étrusque décrite par Brizio, Tomb. dipint. di Corneto, Rome, 1874, p. 6. — 4 Fest.s. v. Recinium : « Recinium omne yestimenlum quadratura... unde reciniati mimi planipedes ». — S Catal. de la collect. B. Fillon, 1882, n. 1 ; Frœhner, Coll. Dutuit, 1897, n. 32, pl. 33. —6 Le phallus du phlyaque grec fut jusqu'à la fin l'attribut de certains rôles, Schol. Juv. VI, 66 ; Arnob. Adv. gent. VII, 33 ; August. Civ. Bei, VI, 7. — 7 Cyprian. De spect. 6.
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Mime romain.
donnent les Pères de l’Église montrent ponctuellement obéi. Il n’y a pas de doute ful grossièretés et ces indécences n’aient beaucoun en?- ^ au succès qu’obtint le mime sous l’Ernpip, ; .flbuô la foule peu distinguée et cosmopolite oui i-S <le les théâtres de Rome. plissait
Il lui fut très utile aussi de n’avoir pas confié à de. hommes les rôles de femme, comme faisaient h m , et la tragédie : l’absence de masque rendait chez lui n" substitution très difficile ; il fut donc, pendant longtem, le seul genre de spectacle où les femmes seproduisai » Quelques-unes d’entre elles y gagnèrent une belle rénn tation et de grandes fortunes. Il est question dans Cicéron, d’Arbuscula, dont il dit à son ami Atticus a •) lui en demandait des nouvelles, qu’elle a eu beaucoup d] succès, valde placuit ,2. 11 est vrai qu’une autre fois elle fut sifflée par la populace ; mais elle ne parait pas en avoir été fort émue et se contenta de répondre: « p me suffit d’être applaudie par les chevaliers l3. ,, Celle dont il est le plus souvent question dans les écrivains de ce temps, c’est la belle affranchie du riche Volumnius, qu’on surnommait Eutrapelus à cause de sa magnificence. Il la faisait assister aux repas qu’il offrait aux plus grands personnages, à côté d’Atticus et de Cicéron u. Au théâtre, elle était connue sous le nom de Cythéris. Elle devint la maîtresse d’Antoine, avec lequel elle traversa 1 Italie dans une litière découverte, au grand ébahissement des populations, tandis qu’à côté d’elle une autre litière portait la femme légitime .d’Antoine, la complaisante Fulvia16. Plus tard, Cornélius Gallus en devint très amoureux, mais elle le quitta pour suivre, dit-on, un officier qui partait pour la Germanie, et c’est pour consoler l’amant délaissé que Virgile composa sa dixième églogue. Ce n’était pas seulement à Rome qu’on voyait les jeunes gens s’éprendre des comédiennes, et, selon le mot d’IIorace, leur faire présent des terres et des maisons de leurs aïeux 10 ; il en était de même dans le reste de l’Italie et dans la province. Comme on reprochait à un client de Cicéron d’avoir, dans sa jeunesse un peu légère, enlevé une petite comédienne ( mimulam ) à Atina, il ne s’en émeut guère : « C’est une vieille habitude, répond-il, et, quand il s’agit de gens de théâtre, c’est presque un droit, dans les petites villes 17. »
Mais ce qui certainement a le plus contribué au succès du mime, c’est qu’il s’occupait des choses actuelles, qu il touchait aux événements et aux hommes, qu’on y retrouvait un écho des discussions et probablement aussi des scandales du moment. Par là il fut plus vivant que tous les autres genres de spectacles et, parmi les jeux .suniques, fut à peu près le seul qui conserva jusqu a la lin la faveur du public. Les Romains avaient pris de grandes précautions pour empêcher le théâtre de s ingénu dans la politique, comme il l’avait fait en Grèce. Dès le de bu , pour réprimer ce qu’IIorace appelle « la liberté le ■scen j nine 18, ils lui avaient appliqué dans sa rigueur la I"1 1 es
— 8 Fest.s. v. Salva res ; C. i. I. VI, 1063, 1064, où sont nommés avec! le stupidus et le scurra. — 0 Hor. Ep. I, 18, 14 : « partes minuin. iaÇ ^ ^ ya|. das »; cf. pour le sens de ces mois, Cic. Brui. 243 ; Scnec. De ira, 1 , . ,
Max. Il, 10, 8; Lacl
3 uu cca I11VI3, \ji\j. «•**<• - * - I - ««centre dG
S. Augustin, Civ. D. II, 26, on jouait sur un théâtre spécial. - . ld.
25. — 12 Cic. Ad fam. IX, 26. — )a Cic. Ad Att. IV, 15. Sur la mnne philippl Pro Rose. com. 48. — 14 Horat. Sat. 1,11, 35. — 15 Cic. Ail. Att ■ , , ,
II, 24. — 16 Hor. Sat. 1, 2, 55.'— n Cic. Pro Plane.