‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 250 sur 275 · P (III · texte numérisé non relu

P (III

— 9 Michel, Rec. inscr. gr 11 Cf. Textes et Mon. t. I, § 39 sq.

705 10 Textes et

' 281 sq., 207. - *2 Dio Chrys

Textes et Mon. t. I, p. 9 sq. - 8 e< \j0n.^ V r-''88’ fi^’ !

Or. XXX' h

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ljn fait très remarquable, c’est que ces mystères périt] u es ne recrutèrent presque pas d’adeptes dans le ' on(je hellénique. C’est àpeine si l’on trouve des preuves ludivcs qu’ils aient été pratiqués dans certains ports comme le Pirée, Aradus, Sidon *, Alexandrie 2 et à Memphis où ne Parv'nrent sans doute que sous I l'mpire 3, et l’onomatologie grecque ne fournit aucun nom théophore dérivé de celui de Mithra.

I’n pâlie, le dieu aurait été adoré d’abord, au dire de Plutarque 4, par les pirates ciliciens, que Pompée y avait transportés. Ce renseignement semble mériter créance. La république des pirates, qui s’était accrue de fugitifs venus de tout l’Orient, aura appris des anciens soldais je Mithridate qu’elle avait accueillis \ à pratiquer leur culte iranien. Certainement la ville de Tarse grave encore

sur ses monnaies impériales le groupe du Mithra tauroctone (fig. 5084) G. Seulement les sectateurs de la divinité mazdéenne, confondus avec ceux des autres dieux étrangers, paraissent avoir vécu dans une obscurité profonde jusqu’à la fin du Ier siècle de notre ère. C’est alors que les écrivains (Plutarque, Stace 7) commencent à s'occuper de la secte nouvelle et c’est de celte époque que datent aussi ses plus anciens monuments 8. Presque simultanément elle apparaît dans les provinces du nord. Elle fut transportée à Carnuntum dès le règne de Vespasien, et vers 148, un centurion mithriaste consacra une dédicace en Germanie \ 11 suffira d’indiquer ici d’une façon générale par quels moyens la religion nouvelle s’est propagée et dans quels pays elle s’est répandue, sans prétendre citer les centaines d’inscriptions et de monuments qui attestent sa diffusion dans les provinces de l’empire.

Le principal agent de sa propagation fut certainement 1 armée, et l’on peut affirmer que le mithriacisme resta toujours avant tout un culte militaire. Les Asiatiques, qui fournissaient, même en Europe, une partie du contingent des légions et surtout des auxilia, introduisirent les mystères orientaux dans les camps et les forteresses de la frontière où ils ne tardèrent pas à attirer une foule de prosélytes. Notamment les cohortes et les alae de Commagéniens 10 semblent avoir eu une part considéuMe dans cette propagande. De plus, les vétérans, qui après vingt ou vingt-cinq ans de service se retiraient dans (." 1 ,s l°yers ou bien allaient s’établir dans quelque grande I' de 1 empire, jouèrent aussi efficacement le rôle . ''l"dres Depuis les rivages de la mer Noire jusqu’aux montagnes de 1 Écosse, tout le long de l’ancienne limite 1 "îpire, les monuments mithriaques abondent. La

ap Suiil * Lt *nscr' 2*5 ! mon' 2-4. — 2 Socr. III, 2 ; Sozom. V, 7 ; cf. Damascius s . ‘ “• - 3 Textes et Mon. mon. 285. — 4 Plut. Vit. Pomp. 24.

Hill c'"*?' Mühr: G3, 92 ’ cf- Th- Reinach> Mithr. Eupator, 307, 313. — 0 D’après 7 \ COmS ,n the Lycaonia Isauria, 1900, p. 213, n» 258.

C6; Dial T ^ ^ C I S e* O S ’ C’ ' ^ace> Theb. I, 717 sq. ; cf. Justin. Mart. Apü. Corp. inscr ,njph'r ,0, 72 ’ — 8 Dédicace bilingue d'un affranchi des Flaviens, Prétoire e i f ’32‘ Dédicaces d’un esclave de T. Cl. Liviauus, préfet du du i'i.(r,||. i inscr. lat. 718 = 30 818. Une prétendue inscription datant

Cf.j nfranuv est fausse ( CorP ■ inscr. lat. V, 5, *968). - 9 Pour Carnuntum s. ", Ala I Ger,nanie' CorP- inscr. rhen. 423.-10 Cf. Pauly-VVissowa, Realene. 507 s(| *239 et Cohors. IV, 273. — il Cf. inscr. 48, 82, 129, 130, 151, 471,

cxles et Mon. inscr. 225-231 ; mon. 124-135; cf. suppl. — 13 Textes et

Mésie semble avoir reçu le culte étranger directement des recrues levées en Asie, que l’administration militaire y transportait12, et c’est sans doute des bords du Danube qu’il se répandit dans le nord de la Thrace , notamment dans la vallée de l’IIèbre 13. De l’autre côté du fleuve, il prospéra rapidement en Dacie, qui après la conquête (107 av. J.-C.) fut repeuplée à l’aide de colons amenés « ex loto orhe Romano » (Eutrope, VIII, 0). Apulum et Sarmizégétusa, chefs-lieux de la province, ont fourni une quantité d’ex-voto et de statues, et dans toute la vallée du Maros, le long de l’ancienne voie romaine, une foule de monuments ont été exhumés n. En Pannonie , toutes les villes fortes échelonnées le long du Danube et même les cités de l’intérieur comptèrent des fidèles du dieu perse : ils étaient surtout nombreux à Aquincum, où l’on a retrouvé cinq mithréums 16, et à Carnuntum, où la legio XV Apollinaris importa le culte asiatique dès l'année 71 ap. J.-C., quand elle fut transportée par Vespasien en Pannonie, après avoir combattu huit ans en Orient. C’est aussi dans cette ville que Dioclétien et les princes associés à l’empire restaurèrent encore un mithréum en 307 ap. J.-C.1' Dans la vallée du Danube supérieur, les trouvailles sont plus clairsemées18. Elles se multiplient au contraire en Germanie , dans les Chainps-Décumaleset tout le long du Rhin depuis Raurica, près de Bâle, jusqu’à Vetera (Xanten) au nord de Cologne19. L'Allemagne est le pays où l’on a mis au jour le plus grand nombre de mithréums et les bas-reliefs les plus vastes et les plus complets. Les environs de Francfort surtout ont été merveilleusement féconds en découvertes. On a déblayé trois temples importants dans le village de Ileddernheim ( civitas Taunensium ), trois autres existaient à Friedberg dans la Hesse, un à Gross-Krotzenburg, près de Hanau, un à Ober-Florstadt, et un à AViesbaden 2C. D'autres furent établis près des routes qui menaient de la frontière rhénane vers l'intérieur de la Gaule , notamment à Schwarzerden, entre Metz et Mayence, et à Sarrebourg 21, et les marins orientaux introduisirent le culte étranger à Boulogne (Gesoriacum), le port d’attache de la classis Britannica !2.

En Bretagne même il s’était implanté non seulement dans les capitales commerciales et militaires de la province, à Londres et à York ( Eburacum )23, et dans les places fortes qui surveillaient le pays de Galles 2i, mais aussi dans la plupart des « stations » échelonnées le long du Valium d’Hadrien is. En Espagne on ne le rencontre guère que dans la région du nord-ouest28, où une légion lut longtemps maintenue pour contenir les montagnards des Asturies et de la Galice. Enfin, en Afrique , il ne florissaitpas seulementà Lambèse, où campait la mc légion, mais encore dans les postes qui gardaient les défilés de l’Aurès ou jalonnaient la lisière du Sahara27.

Dans les provinces inermes , l’action de l'armée n'a pu

Mon. inscr. 221,221 a; mon. 122-123.— li Inscr. 232-308 ; mon. 13G-212. — 16 Inscr. 320-384; mon. 212-231. — 16 I,lsCr. 323 sq. ; mou. 213-218; Kuzsiuski, Jahresl,. Oesterr. Tnst. 1899, Beibl.p.56 sq. — 17 Inscr. 367 sq. ; mon. 225 sq. ; cf. p.491 sq. — Inscr. 416, 419 sq. — 19 Inscr. 423-470; mon. 240-266. — 20 Heddernheim , mon. 231-253 ; Friedberg, mon. 248-249 ; cf. Wcstd. Zeitschr. 1897, Korrpbl. p. 22G Gross-Krotzenburg, mon. 247 ; Ober-Florstadt, mon. 250 ; Wiesbaden, Mitt. Ver. far Nassau. Altertumskunde , 1902, p. 14 sq. — 21 Mon. 258 273 fer — 22 Mon 274, 274 bis. - 23 Mon. 267, 270-271. - U Chester, mon. 268-9; Caerleon, inscr! 472. — 25 Mon. 272, 273 ; inscr. 475 sq. — 26 Inscr. 513, 514, 522. — 27 Lambèse, inscr. 526 sq. ; Mascula, inscr. 525 ; Diana, inscr. 529 ; El. Galiara, inscr. 542 ; Sidi- Okba, inscr. 535 ; Timziouïn, mon. 282; Aïn Tckria. inscr. 541 ; cf. à Sétif mou

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s’exercer qu’indirectement, par l’intermédiaire des vétérans (voir pins haut) ou des officiers devenus administrateurs, mais le mithriacisme s’est servi ici d’autres missionnaires. On sait que depuis le début de l’Empire il se produisit en Occident une vériable diaspora syrienne parallèle à celle des Juifs. Les traficants de Syrie fondèrent des comptoirs dans une foule de villes commerciales, non seulement sur la côte, mais fort loin dans l’intérieur des terres. De plus les mangones se fournissaient d’esclaves surtout dans les provinces asiatiques,

notamment en Cappadoce, et les guerres incessv la frontière de l’Euphrate et en particulier les eon,'^^ de Trajan amenèrent sur les marchés d'Europe un,!"' titude de captifs. Ces esclaves étaient surtout nomi,"?1’ dans les ports, où on les importait sans grands iy U* mais, adjugés à l’encan, ils étaient souvent dispersés'^’ loin, dans les villes et dans les campagnes. Ici ilsTult’l vaient les latifundia des grands propriétaires, \h [U étaient au service de l’administration municipale cm d* riches particuliers. Dans certaines contrées, ils p.'né

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Fi». 5085. — Carte des monuments mitliriaques.

traient surtout comme auxiliaires des agents de l'empereur, fonctionnaires du fisc ou intendants des domaines. Ailleurs, les sociétés de publicains, qui exploitaient les mines ou percevaient les droits de douane, amenaient un personnel nombreux de condition ou d origine servile. Ainsi, d’une part, le trafic du Levant, concentré entre les mains des Syriens, de l’autre, l’esclavage sous ses diverses formes, favorisèrent l’expansion du mithriacisme dans tout le bassin occidental de la Méditerranée.

11 se répandit surtout sur la côte d’Italie, à Pouzzoles, à Naples, à Antium et particulièrement à Ostie, où quatre ou cinq mithraea au moins existaient au np siècle , puis en Étrurie, à Grosseto et à Pise *. De très bonne heure, il pénétra dans l’intérieur delà péninsule, non seulement dans le Latium et en Campanie, mais dans les montagnes du centre, depuis la Calabre jusqu’aux Alpes, notamment à Spolète et à Sentinum 2. Une inscription de Nersae au

1 Pouzzoles, inscr. 202; Ischia, inscr. 148; Capri, mou. 95; Naples, mon. 93, 94, suppl. 94 bis ; Ostie, mon. 79-85, 295-6 ; inscr. 131-142; 194-5; Antium, inscr. 147; mon. 87; Rusellae, mon. 99; Pise, mon. 100. 2 (user. 152 sq. ; mon. 96 sq. — 3 Corp. inscr. lat. IX, 4109-4110

îur de l’Apennin, datée de l’année 1 pai D' ib-L1 ^ Lin ithréum vetuslate collapsum 3. En Sicile, on thra établi à Syracuse et à Païenne % sur a a Afrique, à Tripoli V Carthage, Rusicade, Icosiu», isarée, d’où il gagna même certaines villes de 1 ïur comme Cirta », sur le littoral d’Espagne a Malaxa à Tarragone \ En Gaule , il suivit a Rhôn6)

commerce maritime, et remonta la 4 a ee *«» Genève. Près de .a e ^^3

ixtantio (non loin de Montpellier) et Aix e" ,Andéol, iis le long du grand fieuve à Arles, B(JuJ'.®'k 1 ftvec rÂsie aison, Vienne et Lyon, dont les «la ^ christja. ineure sont bien connues pai un amont

sme, en outre, à La Bâtie près e a ^ Lucey, ; Lyon, on constate sa présence, dune P de

•ès de Belley, à Vieu-en-val-Romey ^ , üne tutre à Besançon et à Mandeure sur

„ 119m . Clermont Ganncau, Compte,^

no 152-153). — 4 Mon. 119-121. ^ 003 srr. —

ad. Inscr., 20 mars 1903. - 6 Inscr. 525 sq 519. - » Inscr. 492 sq.; mon. 276 sq.

4 sq.; mon. 275.

mon

9 Textes et mon

„ __ i Inscr. 1

282 sq. - 1

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série

de la traire

, jninterror

npue de sanctuaires reliait ainsi les bords

Poîa en Istrie avaient accueilli le culte asiaqui devint surtout puissant à Aquilée 2, dont ance commerciale égalait alors celle de Trieste

■diterranée aux camps de la Germanie. Au conlanS l’ouest de la Gaule on n’a relevé presque

. . vestige du culte persique. Dans Y Adriatique , les

îlUI "l'p-s de la côte dalmate [Epidaurum, Narona (?), 'lu,. lader, Senia] et les îles voisines (Arba, Bratlia),

ainsi <lue tique l’impor

urd’hui. Par ces portes, il s’introduisit en Dalmatie,

' ' mm expansion resta cependant toujours médiocre 3, ,[ dans la Pannonie et le Norique méridionaux, où sa r(, ypérité fut au contraire très grande \ notamment à Virunum s. Les provinces danubiennes ont ainsi reçu la religion nouvelle par une double voie : d’une part, elle se répandit le long du Danube par les garnisons , de l’autre, dans les cités du midi et jusque dans les vallées des Alpes par l’intermédiaire des esclaves et des fonctionnaires.

Les causes concurrentes de la propagation des mystères s’entremêlent et se confondent et il est difficile, sinon impossible, de déterminer pour chaque région celle qui exerça la principale influence. Mais certainement nulle part ils ne trouvaient réunies autant qu’à Rome toutes les conditions favorables a leur succès. Les Orientaux, marchands ou esclaves, y habitaient en foule, des troupes nombreuses y tenaient garnison, et les vétérans venaient s’y lixer en grand nombre. Le succès qu’y obtint le culte persique est attesté par plus de soixante-quinze morceaux de sculpture, une centaine d’inscriptions et une série de temples et de chapelles situés dans tous les quartiers de la ville et de sa banlieue 6. Le plus fameux de ces mithraea est celui C1UI subsistait encore au milieu du xvie siècle dans une g'ollë du Capitole et dont a été tiré le grand bas-relief 'èse actuellement au Louvre (fig. 5086).

Fie. 5086. — Bas-relief

Cet

exposé de la propagation du mithriacisme montre

que, comme le christianisme, il a fait ses premières conquêtes dans les classes populaires, où il s’est répandu avec une rapidité extrême. Mais par une évolution naturelle, ses adeptes s’élevant dans l'échelle sociale, on devait bientôt compter parmi eux des affranchis opulents et des fonctionnaires publics des municipes et de l’État. Au il0 siècle, il attire déjà l’attention des philosophes et des littérateurs 7, et est combattu par les apologistes 8 comme un ennemi redoutable. Mais la vogue du mithriacisme dans le monde officiel date surtout du moment où il conquit la faveur déclarée des empereurs : à la fin du nc siècle, Commode se fil recevoir au nombre des initiés et participa à leurs cérémonies secrètes 9, et

la découverte de nombreuses dédicaces pour le salut de ce prince ou datant de son règne nous montre quel retentissement eut cette conversion . A partir de cette époque, on trouve , parmi les fidèles qui dédient des offrandes à Mithra, les plus hauts fonctionnaires de l’empire , commandants de légions, gouverneurs de provinces, préfets etclarissiines10.

La bienveil-

Borghèse (Musée du Louvre). lance des SOUVe-

rains à l’égard

du dieu étranger ne se démentit pas après la chute des Anlonins 11 . Une inscription du temps des Sévères mentionne un sacerdos invicti Mithrae domus augustanaeu , c’est-à-dire un chapelain du palais. En l’année 307, Dioclétien Galère et Licinius réunis à Carnuntum restaurèrent un temple de Milhra « fautor imperii sui13 » et Julien l’Apostat eut une dévotion particulière pour ce dieu tutélaire, dont il célébrait les mystères dans son palais de Constantinople u.

La prédilection que les empereurs témoignèrent à cette religion étrangère, eut sans doute pour cause ses doctrines sur le pouvoir divin des rois, doctrines qui leur apportaient une justification théologique de leur despotisme. Suivant les croyances mazdéennes, les souverains légitimes régnent par la volonté du dieu suprême et ils

Bo,< l 5<L, mon. 232 si], et suppl.; cf. Patscl), Wissensch. Mitt. ans Vll> 1900, p. 128 Bq. — 2 Inscr. 165-177; 205-207; mon. 116-7. Jij __',011' bis ; inscr. 353, 3Ua-313a; cf. Patsch, L. c. VI, 1898, p. 34

1,ou- 220 sq. 232; inscr. 349 sq., 400, 410 sq., 419. — 5 Inscr. 401 C.0"' (cf. fig. 5091). — 6 Mon. 6 à 78, 291 iis-294 et suppl. p. 479-485; '"Km ' a‘ Pressé ( Textes et Mon. I, 353) la liste des mitliraea, région par por ~ 1 Uels. ap. Origen., Contr. Cels. I, 9 ; VI, 21 ; Pallas et Eubulus ap.

'■De antr. Nymph. c. 5, 6, 15, 48, 24 ; De abstin. 11, 56 ; IV, 16 ; Lucian.

Deor. conc. p. 9; Jup. trag. c. 8, 13 ; cf. Menipp. G ; Justin. Mari. Apol. I, 66; Dial, cum Tryph. 70, 78; Terlull. De bapt. 5; De corona, 15; Adv. Marc. 1, 13 ; De pracscr. haeret. 40. — 8 Lamprid. Comm. 9. — 9 Inscr. 6, 28, 31, 34, 51, 64, 81, 137, 154, 249, 463, 541. — 10 Cf. Textes et Mon. t. II, index, p. 537, 538. — n Cf. Textes et Mon. I, p. 281. — 12 Corp. inscr. lat. VI, 2271 |= 35). — 13 Ibid. III, 4413 (= inscr. 367); cf. mon. 227 (t. II, p. 491). — 14 Jui. Or. IV, 155 B; Conviv. 336 C; Himerius, Or. VU, init. ; cf. Allard, Julien V Apostat, t. Il, p. 219 sq.

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sont éclairés par une grâce spéciale, le 1/varenô qui leur assure la victoire sur leurs ennemis : ce Ilvarenô, qui était censé accordé par Mithra, devint à Rome la Forluna Augusti , pour laquelle les Césars avaient une dévotion superstitieuse. De plus, les théories astrologiques enseignaient que les princes reçoivent en naissant du Soleil, c'est-à-dire de Mithra, les vertus du souverain, et étaient appelés par lui à régner. Aussi l'empereur deus et dominas natus a-t-il généralement été regardé, à la fin du paganisme, comme le représentant du dieu solaire sur la terre. Le monarque « plus, felix, invictus », était le favori de la Fortune et le simulacre humain du Sol invictus ; il considérait celui-ci comme son protecteur personnel et son compagnon ( conservator , cornes) L

Organisation du culte. — Un culte auquel les empereurs témoignèrent une faveur aussi constante dut être de bonne heure reconnu par l’État, mais nous n'avons malheureusement aucun renseignement direct sur la condition juridique des collèges de mithriastes ( cultores Solis invicti Mithrae 2). Peut-être se constituèrent-ils en associations funéraires pour jouir des privilèges accordés à ce genre de corporation 3. Il semble cependant qu’ils aient eu recours à un autre moyen de se faire autoriser en s’associant de quelque façon aux adorateurs de Cybèle, qui sous le nom de Mater Magna avait été depuis longtemps adoptée par le peuple romain, et qu’ils aient participé à la protection officielle dont jouissait le clergé de la déesse phrygienne 4. Certainement aucun indice ne permet de supposer que les sectateurs de Mithra aient jamais eu, comme ceux d’Isis, à souffrir de persécutions. Il semble que leurs sodalicia aient possédé une existence juridique et joui du droit de propriété. Pour gérer leurs affaires, ils élisaient des fonctionnaires, dont les titres sont les mêmes que ceux usités dans les autres confréries. Us étaient dirigés par un conseil de décurions3, dont les dix premiers ( decem primi) 6 avaient certaines prérogatives. Ils avaient leurs magistri 1 ou présidents élus chaque année, leurs curatores 8 qui avaient des attributions financières, leurs defensores 9 chargés de servir leur cause devant la justice ou auprès des administrations, enfin des patronii0 dont ils attendaient une protection puissante et des secours pécuniaires. Car l’État ne leur accordant point de dotation et les caisses municipales ne leur donnant que des subventions extraordinaires11, ils devaient compter, pour couvrir les frais du culte, sur la générosité privée au moins autant que sur les cotisations régulières des affiliés. La plupart des mithréums ont été construits in solo privato 12 et ornes grâce aux dons des dévots. Les dimensions restreintes de ces chapelles prouvent que les collèges de mithriastes n’ont jamais compté qu’un petit nombre de membres ; on peut l’évaluer a une centaine d’initiés au plus 13 — les Album sacratorum dont nous

l Ces théories politico-religieuses sont exposées plus en détail, Textes et Mon. 1, p. 282 sq. - 2 Corp. inscr. lat. XI, 5737 (= 137). - 3 Textes et Mon. t. I, p. 328. n. 8: cf. Waltzing, Corporations profession, chez les Romains, 1, p. 141 sq. — 4 Textes et Mon. t. I, 280 et p. 333 ; cf. plus bas. — 5 Inscr. 47, 240, 2d7, 6 Inscr. 56. — 7 Inscr. 18, 24, 27, 47,48 bis, 560; cf. Waltzing, Op. cit. I, 406.

8 Inscr. 560. 0 Inscr. 27. — 1° Inscr. 157. — U Loco dato decreto decurionum

à Milan, inscr. 191 ; cf. 190. — 12 Inscr. 564 ; cf. 426, 534. Le milhréum de Wiesbaden (cf. supra, n. 28) a été élevé permittente Varonio Lupulo in suo. 13 Textes et Mon.h 328. - 14 Inscr. 1*0,157. — 15 Textes etMon. I, p. 65. — « Ibid. I, p. 329

n Porphyr. De antr. Nymph. Le tombeau d'une lionne llea) a été découvert

récemment à Tripoli; cf. Clermonl-Ganneau, C.-rend. Acad, des Inscr. 20 mars 1903. 18 Inscr. 15, 55 sq., 320. — 1» Hieron. Epist. 107 ad Laetam. J ai réuni

avons conservé des fragments sont malhe incomplets14. Lorsque la confrérie se dévolu t'U.Soinent mesure, elle se scindait et l’on construisait01*1^11 °Ulr* * spelaeum. Ainsi s’explique le nombre co^d/Ti" ** ces sanctuaires existant dans des villes même dp6 dc î ordre (au moins trois à Heddernheim, cinq T K°nd

cum, etc.13). C’étaient de petits conventicules où .. ■.T""' l’intimité d’une grande famille et dont la vie inhh^j paraît avoir exercé une singulière attraction Tf'’ ! ; cependant se souvenir, en évaluant le chiffre des sect 1 leurs du dieu perse, que les femmes, semble-t-il, étaient exclues de la participation aux mystères16 0i ' vaient se faire recevoir que dans ceux de la Magna Mater alliée à Mithra. Ce fut du moins le cas en Occident n ’ tout ou la liturgie romaine était en usage. En Orient aûi contraire, et jusqu’à Tripoli de Barbarie (Oea), les femmes I pouvaient recevoir certains degrés d’initiation, comme dans la cité, elles prenaient part dans une certaine I mesure aux affaires publiques11.

Les mvstes {sacrati)1* portaient des titres sacrés qu’il ne faut pas confondre avec ceux des administra- 1 leurs, membres de conseils de fabrique chargés des intérêts temporels du culte. Un texte de saint Jérôme, confirmé par une série d’inscriptions, nous apprend qu’il y I avait sept degrés d’initiation 19 et que le néophyte portait successivement les noms de Corax( Kôpa£), Crgphius (Kpôîptoç), Miles (SxpaTimTTjç?), Léo (A éwv), Perses (nép<rr,ç), : Heliodromus ('HXioopôgoç), et Pater (IIax7|p), D'autres i noms comme celui d’aigles (àe-rôç) et d’éperviers (isp».;} 1 ont pu être usités dans les communautés orientales20.! Les membres de chacun des grades revêtaient dans les I cérémonies sacrées un déguisement approprié au titre qu’on leur décernait et on les voit représentés de la sorte | sur un bas-relief 21 (fi g. 5087). « Alix sicut ares al as per- j culiunt vocem coracis imitantes , alii leonum morefremunt », dit un chrétien du ive siècle22. Ces mascarades j sacrées, que l’on retrouve dans certains mystères grecs,! sont une survivance d’usages primitifs qui remontent au temps où l’on se représentait la divinité elle-même sous une forme animale, et qui n’ont pas disparu de nos jours .1

Dans cette hiérarchie sacrée on établissait encore une! autre distinction 24 : les initiés des trois premiers grades, \ semblables aux catéchumènes, portaient le nom de ] Servants (ÛTr/ipexouvxeç) et n’étaient point admis a< « 1 11 w les mystères; seuls ceux qui avaient reçu les Ao/ihtffll devenaient Participants (p-exs/ovre;) ; enfin, à la te le ie®| fidèles qui se donnaient le nom de Frères (/loin \i , ij étaient placés les Pères auxquels appartenait a mn c tion générale du culte. Le Pater patratus parait avoir été le chef spiri communautés d’une cité21’.

Pour passer d’un degré au suivant, i fa lait mettre à certaines épreuves sur lesquelles (

tous les textes relatifs aux sept grades, Textes et iIonA' ’ é dans un» ins- Un *„«*, sans doute un rn.lhn.que, nom ^ ^ t ,08j

criplion encore inédite du Pont. - » Cf. Dielench^ Bon m ^ ^

p. 37.-21 Bas-relief découvert à Konjica, Textes et Mo . ,1 ( p 31o; cf.

August. Quaest. vet. et novi Test. CXIV. — w Moderne Vôlkerkunde,

S. Reinach, Revue rose, 1900, p. 436, et Achelis, __ 23 Cf. Texte»

Sluttgard, 1896, p. 436 sq. - 24 Porphyr. De ca„.«mu M

et Mon. t. II, index, p. 535, col. 1. L expression v( 30758 ; cf ans51

usitée parmi les fidèles de Jupiter Dolichénus, Corp.ru ■ ■ ,902, P-

Textes et Mon. I, p. 318, n. 4. - 20 Cf. ^

C'est probablement le même dignitaire que Tertull { summus pontifex.

Patrum ou Pater rituel de toutes les

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,l(>siastiques nous ont transmis des détails curieux : *" Mi-Ibis on bandait les yeux du néophyte, on lui attachait î(,s mains avec des boyaux de poulets, puis on le faisait •uitcr au-dessus d'une fosse remplie d’eau, ensuite un libérateur » venait couper ces liens étranges1. Au inyste promu au rang de miles on présentait une coune interposito yladio , il la repoussait de la main, el désormais il renonçait à en porter jamais, car elle appartenait à Milhra, le dieu invincible2. En d’autres circonstances, le fidèle prenait part à un meurtre simulé qui, à l’origine, avait peut-être été réel3. Mais ces cérémonies étaient devenues en Occident plus effrayantes que redoutables, et l’on y éprouvait le courage moral, l’àuà- Ona, de l’initié, plutôt que son endurance physique. Les supplices fantastiques et les macérations impraticables rapportés par des auteurs peu dignes de créance4 doivent être relégués au rang des fables aussi bien que les prétendus sacrifices humains, qui auraient été perpétrés dans les cryptes sacrées 8.

Tertullien 6 emploie pour les cérémonies d’initiation le nom de sacramenturn, emprunté au langage militaire, et il rapproche certaines de ces cérémonies des sacrements chrétiens. Les mithriastes avaient une sorte de baptême, ablution ou immersion destinée à effacer les souillures morales 7. Ils administraient au miles une espèce de confirmation, mais le « sceau » qu’on apposait sur le front n’était pas une onction mais plutôt une marque gravée au fer ardent8. Les Lions et les Perses se purifiaient à l’aide de miel, dont les premiers s’enduisaient la langue 9, sans doute parce que, nourriture des bienheureux, il était censé donner l’immortalité10. Conformément aux traditions mazdéennes, on consacrait du pain et de l’eau, auquel on mêlait le vin, substitut du Haoma avestique, et le breuvage sacré passait pour produire des effets surnaturels11. Ce banquet mystique, que les apologistes rapprochent de la communion chré-

Fig. 508 ; . — Bas-relief de Konjica. Corbeau, Perse, Soldat el Lion assislant au banquet sacré.

tienne12, est représenté sur un curieux bas-relief découvert ei1 Bosnie (fi g. 5087).

Quelque remarquables que soient ces cérémonies, n°us ne pouvons apprécier que très imparfaitement le

rituel mithriaque. Des livres liturgiques qui ont cerlainement été en usage, nous n’avons rien conservé sinon un vers grec emprunté à un hymne sacré13, et les formules en langue inconnue qui sont gravées sur certains monuments, telles quele Narna Sebesioàu bas-relief Borghèse 1 ', restentpour nous lettre close. Il n’est pas douteux cependant que le mithriacisme fût resté, ou du moins prétendit être resté fidèle aux rites perses, dont on faisait remonter l’origine à Zoroastre1'.

La connaissance de ces rites était fidèlement conservée par un clergé, dont les premiers fondateurs avaient certainementété des mages orientaux. Cet ordo sacerdotum ,c était distinct de toutes les catégories d’initiés, mais nous ignorons complètement comment il était recruté et organisé : nous voyons seulement que le sacerdos ou unlistes peut, mais ne doit pas nécessairement, faire partie des Pères11. Tertullien parle encore de virgines et de continentes, ce qui semble impliquer l’existence d'une sorte de monachisme mithriaque '8.

Le rôle de ce clergé était plus considérable que dans les anciens temples gréco-romains. C’était lui qui devait, de concert avec les Pères, administrer les sacrements, et présider aux dédicaces19. Il devait aussi réciter les prières traditionnelles, par exemple, en l’honneur des Planètes le jour qui leur était consacré 20, et accomplir les sacrifices, dont le caractère parait avoir été très variable21. Toutefois, c’est à tort qu’on a prétendu raLtacher le taurobole [taurobolil’m] au culte de Mithra. En Occident, cette immolation n’a été pratiquée qu’en l’honneur de la Magna Mater , mais elle a probablement été empruntée par les Romains aux temples de Cappadcoit, où son caractère s’était modifié sous l’action des croyances mazdéennes22.

Nous sommes on ne peut plus mal renseignés sur les fêtes célébrées par les fidèles du dieu perse. On n’entend jamais parler en Occident des Mithrakana {supra, p. 1944), mais peut-être avaient-ils été transportés au 25 décembre, date à laquelle le Natalis invicti, la renaissance du Soleil, était commémorée, avant que les chrétiens la choisissent pour la Noël 23.

Toutes ces cérémonies occultes, sur lesquelles les Participants s'obligeaient à garder le secret, étaient célébrées dans des temples souterrains, merveilleusement propres à produire une impression mystique. Suivant la légende, Zoroastre avait le premier consacré à Mithra dans les montagnes de la Perse un antre « fleuri et arrosé de sources24 », et la tradition imposait aux mithriastes l’obligation d’établir leurs sanctuaires dans des grottes, et de préférence dans celles où jaillissait une source 25. A défaut d’une véritable caverne, ils aimaient au moins à bâtir leurs temples au milieu des rochers ou sur le flanc de collines escarpées. Même dans les villes ou dans les plaines où toute excavation rupestre faisait défaut, les mithréums furent toujours des cryptes souterraines, auxquelles on appliquait indifféremment les noms de spelaeum,specus , spelunca, antrum, ou les appellations

I 1 ■ August. L. c. (n. 69). — 2 Tertull. De corona, 15; cf. Textes et Mon. jj ' ~ 3 Lampi'id . Comm. c. 9; cf. Textes et Mon. I, 322. — 4 Grog. ^ ,1U/. Adv, lui, i, 7Qi g9j et 3tirtout Nonnus le mythographe et les auteurs !!“"tin8 fiui le copient, cf. Textes et Mon. 1. 1, p. 30. — 5 Textes et Mon. t. I, W. S ' 0 Tertull. De corona, 15; Adv. Marc. I, 13. — 7 Id. De praescr.

40 ! bapt. c. 5. — 8 Id. L. c. ; cf. Textes et Mon. 1, p. 319. — 9 Por- 19(1-' l>e antro Nymph. 40. — 10 Cf. L'sener, Milch und Bonig ( Bermes , LV1I, cf |v '' ' " Sfl'h — 11 Textes et Mon. t. I, p. 320. — 12 Justin. Mart. Apol. I, 63 ; '"IL !.. c. — 13 l inn ic. Mat. De err. prof. Tel. c. 4; cf. Textes et Mon. 1,

p. 313. — 14 Textes et Mon. 1, 314, n. 2. Nama est sans doute le mot ersan « hommage ».— 15 Firmic. Mat. L.c. : Vos qui dicitis rite sacra fieri magoruif ritu persico. Cf. Textes cl Mon. L. c. — 16 Corp. inscr. lat. VI 2151 18).

— n Textes et Mon. t. I, p. 523. — 18 Tertull. De praescr. haeret. 40. — 19 Textes et Mon. t. 1, p. 324. — 20 On pourra se faire une idée de ce qu'étaient ces invocations par les Documents pour Vét. de la Beligion des Barraniens de llozy (publiés par lie Goeje, Actes du Congrès orient. Lcyde 1883), p. 283 sq. — 21 Textes et Mon. 1, 325. — 22 Cf. Berne hist. et litt. relig. I. VI, 1901, p. 97 sq. — 23 Textes et Mon. I, p. 325, p. 342. — 24 Porph. De antro Nymph. 5. — 25 Textes et Mon. I, 55.

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plus générales de templum , aedes, sacrorium On a retrouvé un nombre considérable de ces édifices, el l’on peut se rendre un compte exact de leur disposition traditionnelle, qui se répète partout presque sans variation (fi g. 5088) ’2.

Sur la voie publique se dressait une

façade formée d’une colonnade surmontée d’un fronton {portions). En franchissant le seuil, on pénétrait d’abord dans une salle ouverte par devant et située au-dessus du sol, le ptmnaos (A). Ce pronaos était fermé au fond par une porte, qui donnait ordinairement accès dans une seconde

salle plus petite, sans doute Vapparatorium o„ •

(B, C). Dans cette sacristie, ou parfois directementT'6 le pronaos, donnait un escalier par lequel on dcsn ' p

dans le sanc¬

tuaire

pl'O-

Fig. 5088. — Coupe d’un mithréum de Heddernlicim

prennent dit la crypta.

Celle crypte,

1 fia on regardait comme

du monde % devait elre cintree pour muter le firmament 1 Lorsqu’on ne pouvait construire une voûte de maçonnerie on en donnait l’illusion par un plafond cintré formé de volards entrelacés et enduits de plâtre (fig. 5089) 4. En péné trant dans la crypte, on se trouvait d’abord sur une sorte de

Fig. 5089. — Restauration d’un mithréum de Carnunlum.

palier occupant toute la largeur de la salle (D) : au delà, celle-ci se divisait en trois parties, un couloir central d’une largeur moyenne de 2 m. 50, qui était le chœur réservé aux officiants (F), et deux bancs de maçonnerie qui s’étendent le long des murs latéraux (E) et dont la surface supérieui e, large d’environ 1 m. 50, était inclinée ; c est là que s agenouillaient les assistants. Au fond du temple, on ménageait d’ordinaire une abside surélevée [absidata, exedra G) . c’est là que se dressait régulièrement le groupe hiératique du Mithra tauroctone, qui était accompagné parfois d’autres images sacrées et devant lequel étaient placés les autels où brûlait le feu sacré 3. Une petite excavation cimentée servait à recueillir le sang des victimes dont les restes calcinés étaient jetés dans des fosses profondes en dehors du temple. D’autres récipients devaient contenir l’eau bénite6. A Ostie, une échelle mystique, dessinée dans la mosaïque du pavement, rappelait les sept sphères superposées des planètes et marquait les stations où le prêtre s’arrêtait pour les invoquer7. La disposition des lieux ne nous révèle malheureusement que fort imparfaitement quelles cérémonies on accomplissait dans les spelaea. Nous pouvons du moins imaginer 1 impression que devait faire sur le néophyte l’aspect du sanctuaire,

l M. Gcorg Wolff a démontré que toutes ces désignations étaient synonymes et qu’il ne fallait pas distinguer plusieurs espèces de sanctuaires mithriaques ; cf. Tcxt e* et Mon I 57 sq. Le terme propre est spetaeum. — 2 Textes et Mon. t. Il, p. ' . I. 207. 1 3 Porph . L. c. - 4 Textes et Mon. t. Il, p. 49:1, fig. 430. - 5 Cf. sur

tcoré de mosaïques, de peintures ou de stucs brillants , j lairé uniquement par des lampes rangées autour du I teeur qui jetaient une vive clarté sur les images des 1 eux et les officiants 9, et où des jeux de lumière habile- 1 ent ménagés favorisaient les mystifications des thauaturges 10.

La doctrine des mystères. — Les auteurs anciens ne I dus fournissent, sur les doctrines enseignées dans les itères, que des renseignements fort incomplets et sou înt suspects. Les inscriptions ne sont pas plus exp 1 tes : on n’a découvert jusqu’ici que fort peu de scu P ires qui soient accompagnées de légendes explicatives, ’est l’étude comparée des monuments figures qui p ^ mie de retrouver les croyances dont ils bob i ion, et toute recherche sur la théologie mit u 1 J Lirtout un commentaire archéologique des î P ons sacrées11. Nous ne pouvons qu’esquisser •aits les contours d’un système doctrinal, d o 'ailleurs restent souvent incertains. n0US

L’histoire des origines du milhriacisme, sa trouvons résumée plus haut, nous indique ^ogè nés. dgie était formée d’un mélangé e i og ique, et

u fond, certainement, elle était d orie

6 Cf Textes et M011, ^ ^*1

plan des mitliréums, Textes et Mon. I, P- 58 s(h - j 3ÎÎ. - « Ibid, j - 7 Mon. 84 d. - 8 Textes et Mon. I, P- « ■ Texles et Mon- 1- ;

. 8 1 et 323, n. 2. - H C’est ce que j’ai essayé de fan e ^ ^ ..^nce ,o.

. 70-220, auxquels je suis obligé de renvoyei po • P

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llv,.Ps sacrés du parsisme nous ont transmis une J.' nie t|e conceptions empruntées à la vieille religion de l'Jrlll d qui s’étaient conservées, parfois sous une forme „,ii différente, dans le culte propagé en Occident. Les l'ii' iiN auxquels les artistes ont prêté l’aspect des divinités (Vo’r0maines, sont en réalité, sauf quelques emprunts aux cultes d’Asie Mineure, ceux du mazdéisme. Seucclui-ci s’était combiné en Banylonie avec la relim indigène, et dans la doctrine mithriaque des élé niontschaldéens sesuperposentaux traditions iraniennes : (les théories astrologiques se sont ajoutées partout aux fables naturalistes des anciens Perses. Les prêtres se sont élu à attribuer aux images de leur culte des sens multiples qu’ils dévoilaient successivement aux initiés, et le symbolisme sidéral paraît avoir été seul communiqué à la foule des fidèles ; la connaissance des doctrines mazdéennes, qui font la valeur du mithriacisme, étant réservée à une élite.

Les mages d’Asie Mineure, qui sont les ancêtres du clergé mithriaque, appartenaient à la secte « zervaniste », dont le berceau semble être la Babylonie1. En d’autres termes, ils plaçaient à la tète de la hiérarchie divine et à l’origine des choses, le Temps Infini (Zervan-Akarana), auquel on donnait parfois le nom d’A '(osv-Saeculum ou celui de Kpôvoç-Saturnus, regardé comme synonyme de Xpôvoç. On le représentait sous la forme d’un monstre humain, àtê te delion, le corpsentouré d’un serpent, qui fait allusion au cours sinueux du soleil sur l’écliptique rappelé ailleurs par les figures du zodiaque. Il est ailé pour marquer la rapidité de sa fuite ; il tient le sceptre et le foudre, comme divinité souveraine, ou les clefs qui ouvrent les deux portes du ciel (fig. 5090) ; on surcharge ses statues d’attributs divers pour marquer qu’il réunit virtuellement en lui la puissance de tous les dieux, et conformément aux doctrines chaldéennes, on l’identifiait au Destin 3.

Les traditions mithriaques semblent avoir expliqué l’origine du monde par une série de générations successives : le premier principe procréait le Ciel et la Terre, qui enfantaient l’Océan, et on les adorait aussi sous les noms de Jupiter, Junon et Neptune. C’était la triade suprême du panthéon mithriaque : lorsqu’on considérait inclus au point de vue astrologique, on l’assimilait parfois, comme Ivronos, au Destin, qui détermine les révolufions des sphères célestes3. Lorsqu’on voyait en lui une personnification du firmament, on se le représentait comme porté sur les épaules d’un héros semblable à l’Atlas grec4; lorsqu’on l’assimilait à Zeus ( optimus Waxirnus Caelus aeternus Jupiter) s, on pensait qu’il avait succédé à son père dans le gouvernement du monde : les bas-reliefs nous montrent Kronos remettant à son fils le foudre insigne de son pouvoir6.

I 1 l;f. Textes et Mon. I, 10 sq. — 2 Statue inédite de la collection de Clerq. Nous C’ons 1 obligeante autorisation de Madame de Clercq de pouvoir reproduire ce wieux monument et celui que reproduit la fig. 5092, d'après des photographies. Cl'. ex cs et Mon. I, p. 74 sq., 294. L'inlerprétation de ces figures comme divinités du

II mps est due à Zoëga, Abhandl. 187 sq. On en connaît aujourd’hui vingt-six, y compris celle qui est publiée Rev. arch. 1902, pl. i. Elles diffèrent beaucoup entre

i’ig. 5090. — Kronos mithriaque trouvé à Sidon.

Toutes les autres divinités paraissent (-Ire issues de l’union de Jupiter et de Junon : on les voit sur les monuments réunis en assemblée dans 1 Olympe autour de leur père et maître, qui trône au centre du groupe ‘. Ils y ont l’aspect des dieux gréco-romains, mais en réalité, les fidèles adoraient en eux, sous des noms d emprunt, l’escorte barbare qui avait suivi Mithra dans ses migra¬

tions. Hercule est Arlagnès (Verethraghna); \ uleain, ALar, le génie du feu; Bacchus, le Haoma personnifié8, etc. Seulement, nous ne saisissons que fort imparfaitement la personnalité de tous ces génies secondaires dont il est inutile de donner ici une énumération complète.

Ils résident tous avec Jupiter dans l’éternelle clarté de l’empyrée , auquel s’oppose un royaume ténébreux, situé dans les profondeurs de la terre. Ici, Ahriman ( Arimanius ) 9 règne avec Hécate sur la foule des démons. Ces monstres ont tenté aux origines du monde de monter à l’assaut du ciel, mais, foudroyés par Jupiter, ils ont été précipités dans les enfers :

cette gigantomacliie est souvent représentée sur les monuments mithriaques (fig. 5091) 10. Mais ces puissances infernales n’étaient point réduites à l’impuissance, et les initiés leurs offraient des sacrifices pour détourner leur colère ou même les asservir Fig' . 5091 ' 7 Gig^iomachie Océ.» couché

uaissance de Mithra (Bas-reliet de Virununi).

à leurs desseins 11 .

Comme les démons, les dieux exerçaient une influence sur le monde, et ils causaient ses transformations. Le mithriacisme avait hérité des anciens Perses, l’adoration du Feu,del’Eau,delaTerreetdesVents ou de l’Air12, mais systématisant ce vieux culte naturaliste, il honorait en eux les quatre éléments, dont la transmutation perpétuelle provoque tous les phénomènes physiques : un groupe souvent reproduit et composé d’un lion, d’un cratère et d’un serpent symbolisait la lutte du feu, de l'eau et de la terre qui s’entre-dévorent constamment 13 . L’action des théories philosophiques est ici indubitable : un mythe étrange, où les quatre chevaux qui traînent le char du

elles. — 3 Textes et Mon. I, p. 8G. — 4 Ibid. p. 90. — 5 Inscr. 59 ( Corp . iriser, lat. VI, 82); cf. Herod. I, 131, xûxXov tou oûpayatf A foc xaXIovtt;. — 6 Textes et Mon. 1, p. 156, 295. — 1 Ibid. I, p. 129,295. — 8 Cf. Ibid. p. 142 sq. — 9 laser. 27, 323, 324 (deo Arimanio) ; cf. Cagnat, Année epigr. 1900, a0 204. — 10 Textes et Mon. t. 1, 139 sq., 296. — 1 1 Ibid. 1, 1 57 sq. — 12 Herod. I, 131: 8jou<ii $è fjXtui xa\ atXr,vfl xa\ xai nupî xat û'SotTi xai àvé|i.oi(n ; ei.Textes et Mon. 1, 103 sq. — 13 Textes et Mon. 1, 99 sq., 297 sq.

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dieu suprême sont les emblèmes des quatre éléments, est devenu une allégorie des doctrines stoïciennes sur le cataclysme et l’ÈxTtûpwfft; universels1.

A côté des éléments, la théologie des mystères regardait les astres comme des puissances divines. Le Soleil et la Lune étaient déjà adorés par les Perses, et les mithriastes, qui sc les figuraient encore parcourant le ciel

Fig. 3092. — Milhra tauroclone entouré (tes signes du Zodiai|iie el des busles des Saisons (Bas-relief de Sidon).

l’un sur un quadrige, l’autre sur un char attelé de deux | taureaux blancs 2, avaient cependant complètement |

transformé la vieille conception mazdéenne Ou 1 geait parmi les sept Planètes, qui présidaient ;Ul'x*'1Un' I de la semaine et qui étaient l’objet d’un culte tout s ''°lU'S Avec elles on divinisait les douze signes du Zod^1^' et même les Mois et les Saisons, dont ils marou'Tî6 succession3 (fig. 5092). Les autres étoiles et constellé tions, même les deux hémisphères célestes, assimilés ■ d~ Dioscures4, étaient aussi déifiés. Toute cette astrolatr* avait été empruntée parles mages aux Chaldéens et avec elle s’était introduite dans les mystères la doctrine du hta I lisme, l’idée d’une nécessité qui dépend du mouvement des cieux et qui gouverne les hommes et les choses. La difîu- i sion de l’astrologie a certainement été favorisée sous l’Empire par celle du mithriacisme (nous avons conservé l’épitaphe d’un « sacerdos dei Solis invicti Mithrae studiosus astrologiae » 5) et ses doctrines sur le pouvoir des démons permettaient de justifier toutes les pratiques occultes et toutes les superstitions G.

Des explications astronomiques furent imaginées dès l’antiquité, piour les représentations où apparaît Milhra devenu un dieu solaire, et notamment pour l’image hiératique de Mithra tauroctone. Ainsi on plaçaitdes deux côtés de celle-ci deux porte-flambeaux ou dadophores, auxquels on donnai tles noms énigmatiques de Cautes et Caulopatèf et qui étaient regardés comme identiques au dieu immolant le taureau. Ce triple Mithra (TpuAiatoç MiOpaç)8 était considéré comme un symbole du soleil du matin, de midi et

5093. — Millira lauroclone avec une série de scènes des légendes sacrées (Bas-relief de Neucnl

du soir, ou encore du soleil du printemps, de 1 été et de l’automne. Mais ces interprétations sidérales sont manifestement adventices et récentes. Les scènes diverses, qui

l Dion. Chrys. Or. XXXVI, § 39 sq. ; cf. Textes et Mon. 1, 298. — Cf. Textes et Mon. 1, 121 sq. — 3 Sur les planètes, cf. Ibid. 1, 1 12 sq. ; les signes du zodiaque, Jbid. 109 sq. ; les mois cl les saisons, Ibid. 92; cf. p. 300 sq. Coll, de Clcrcq, voy.

se suivent dans un ordre régulier Sur nos ' Mithra

présentent en réalité des épisodes de la e 5093°)1

1 du taureau

inscr- lat-

dontl’acte suprême est l’immolatiom

, , s Corp- 1»

p. 1953, n. 2. -i Textes et Mon. 1, p. 85, HL ■ '■ 407 sq. — 8 Ps. üeny V, 5893 (= 192). - 8 Textes et Mon. h 300 sq. • ’ 243, pl- ï-

Aréop. Épitre, VU. - 9 Bas-rclicf de Ncueuhe.m, Textes

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\mlc le plus fréquemment reproduit de cette , c’est la naissance du dieu (lig. 5091). Des textes '^'hreux nous rapportent que Mithra était né d’un n01" !... il est le Os oç sx TtéTpaç et cette Petra genitrix 2 ^Ïadorée dans ses temples. Ce mythe figure sans doute ^•'nitivement la lumière jaillissant du ciel, conçu comme P"""()ûte solide 3. Mais la fable s’était emparée de cette !"! 1(rntion miraculeuse et, comme le montrent les monucnn;; 011 racontait que le dieu, déjà armé d’un couteau, une torche et coiffé de son bonnet phrygien, était lt'n'.uI, je jjord d’un fleuve, et des pasteurs, cachés dans r montagne, avaient observé sa venue au monde et lui avaient apporté des offrandes — une adoration des bergers mithriaque 4. . .

yous ne pouvons passer ici en revue toute la sérié des

tableaux qui illustrent la légende fort incertaine du dieu : on ie voit successivement couper les feuilles d’un arbre pour se vêtir3 et ses fruits pour s’en nourrir, tirer de Tare contre un rocher dont jaillit une source vive (c’est le soleil dont les rayons percent le nuage dont s échappe la pluie) 6, et il figure dans d’autres scènes encore. Il suffira de rappeler que les deux légendes principales sont celles de Mithra et de Sol et celle de Mithra et du taureau.

Lu première ne peut être qu’imparfaitement reconstituée. On voit seulement que Mithra, en couronnant Sol, lui donne une sorte d’investiture et que les deux divinités concluent alors une alliance solennelle h C est avec le Soleil et d’autres compagnons de ses travaux que Mithra, à la fin de sa mission terrestre, célébrait un festin, qui était commémoré par le banquet sacré des mystères, de même que chez les chrétiens la dernière Cène l’était par la communion 8. Ensuite Mithra était emporté sur le quadrige de son compagnon, par-dessus 1 Océan, vers les sphères célestes, c’était l’ascension mithriaque .

Le contenu de la seconde fable est plus étrange et elle ; s’explique seulement par l’importance que le mazdéisme attribue au taureau, le premier des êtres vivants créés par Ahura-Mazda, et qui est une conséquence de la valeur qu’avaitcet animal pour un peuple de pasteurs. Mithra parvenait. d’abord à dompter la bête sauvage et il 1 entraînait dans son antre en la tirant par les pattes de derrière, un mythe analogue à ceux d’ilercule et de Cacus qui avait lait donner au dieu perse le nom de (üouxAÔ7ro<; 6sdç 10 (fig. 5094), lacté lui-même portant celui de Transitus 11 . La conclusion de ce drame était la mort du taureau, qui est le sujet le plus fréquemment reproduit sur nos monuments. Mithra recevait du Soleil, par l’intermédiaire du corbeau, messager de celui-ci 12, l’ordre de tuer son prisonnier. Remplissant malgré lui la mission que le ciel lui imposait, Mithra perçait de son large couteau le flanc de sa victime, et du corps de celle-ci naissaient toutes les espèces de 'égélaux. C’est cette floraison merveilleuse que les artistes ont rappelée discrètement en terminant la queue du taureau mourant par une touffe d’épis 13. Le scorpion et le

1 Just. Mari. Dial. c. Tryph. 70; Gommod. Instr. I, 13; Ps.-Plut. De /lue.

Pirmic. Mal. De err. prof. rel. c. 20; Hier. Adr. Jovinian. I, 7. — 2 Inscr. 1S3, 3ii, etc.; cf. Textes et Alon. t. II, index, p. 533 a, et Gurlilt, Jahresh. arcl‘- Ist. Wien. Il, 1899 ; Bciblalt, p. 92 sq. une dédicace Naturae dei, c’esla-dire n la naissance du dieu {—'Corp. inscr. lat. III, Suppl. 14354, 29). • 3 Maio-

uica, Mitliras’ Felsengeburt (Arc h. epigr. MU h. aus Oester. Il), p. 331 sq. ' 1 Textes et Mon. t. I, p. 159 sq. - 5 Ibid. p. 103 sq. — 6 Ibid. p. 104 sq. ~ 1 Ibid. p. 172 sq. — 8 Ibid. p. 174 sq. — 9 Ibid. p. 170 sq. — 10 Porphyr. De an‘ro Nyrnph. 18; cf. Firmic. Mat. De err. prof. rel. c. 4; Commod. Instr. I, ' ' ■ I crtebatque boves alicnos semper in antris sicut et Cacus Vutcani filius ille. 3094 d'apres le Bull, covwi. di Borna , I, p. 275 — Textes et Mon. t. Il u° 87,

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serpent, émissaires d’Ahriman, s’efforcèrent de dévorer les

testicules et de boire le sang du moribond. Néanmoins, le sperme de celui-ci devait produire toutes les races

d’animaux u, et son âme, gardée par le chien, fidèle compagnon de Mithra, devait plus tard être divinisée et devenir la gardienne des troupeaux ,3. C’est donc une représentation de la création mazdéenne que le groupe du Mithra tauroctone, placé régulièrement dans l’abside des cryptes sacrées lfi.

Mithra était, par le meurtre du taureau sacré, devenu le créateur, mais là ne se bornait pas son rôle. Remonté au ciel, le dieu « invincible » ( deus invictus , 7.vixt,toç) 17 était le protecteur tout-puissant18 de ses fidèles dans la lutte incessante qu’ils avaient à soutenir contre les puissances du mal. Il les aidait, comme chez les anciens Perses, à respecter la vérité, à pratiquer la justice et à conserver cette pureté vers laquelle l’existence du myste devait tendre, en combattant sans cesse tous les instincts pervers 19, Après la mort, il avait pour mission de conduire les âmes de ses serviteurs jusqu’au séjour des bienheureux20. Suivant une théorie, où des éléments perses et chaldéens étaient combinés21, les âmes, en s’abaissant vers la terre, traversaient les sphères des planètes et recevaient de chacune quelques-unes de leurs qualités ; en remontant au ciel, elles se dépouillaient, comme de vêtements, des penchants et des facultés qu’elles avaient reçues des sept astres, pour pénétrer comme pure essence dans le séjour lumineux du dieu suprême 22.

Toutefois les corps eux-mêmes devaient participer à la félicité éternelle réservée aux justes. A la fin des temps, Mithra devait de nouveau sacrifier un taureau divin, semblable au taureau créateur, pour donner l’immortalité aux hommes. Les anciens Perses croyaient déjà à la résurrection des morts, et cette doctrine avait passé dans

Il c. i. I. III, Suppl. 14354. 27 ; cf. Textes et Mon. 170 sq. 305. — 12 Textes

et Mon. 172-173. — 13 Ibid. p. 186 sq. — 14 Ibid. p. 190 sq. — >5 Ibid. p. 197 ;

cf 305. 10 Ibid. p. 198 sq. — O Cf. Ibid. t. II, p. 532 sq. Le surnom perse de

Nabarses parait avoir le même sens ; Textes et Mon. I, p. 208, u. 6. — 18 Omnipotens, Corp. inscr. lat. X, 1479 (= 148). — 19 Cf. Textes et Mon. I, 309, où j’ai essayé de résumer le peu que nous savons de la morale mithriaque. — - 20 Julien, Convie, p. 336 C : Ijvixa âv IvtUvSë èutiévat Sév, Tr ; àiaôîjç IXn L 3 ; V|js[xôva ôeàv

(sc. MÎOçav) iù[iÉvîj xafllimts ireauta. — 21 Cf. Textes et Mon. I, p. 37 sq. Celle doctrine a été récemment étudiée en détail par M. Bousset, Die Himmelsreise der Seele ( Archiv . für Beliyionswiss. t. IV), 1901, p. 160 sq. — 22 Textes el Mon. t. 1, p. 309.

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lesmystèresmilhriaques L’espérance d’une immortalité glorieuse réservée aux initiés a certainement exercé sur eux un grand attrait, et contribué à la diffusion des mystères. Ceux-ci ont aussi dû leur succès à la valeur de leur morale, qui favorisait 1 action et où l’on trouvait dans les luttes de la vie un soutien efficace. La conformité de leurs doctrines avec la science et la philosophie du temps a pu séduire les esprits cultivés, tandis que le caractère très primitif a certains égards d’un culte qui divinisait toute la nature avait fortement prise sur les âmes populaires 2.

La lutte contre le christianisme. — La religion mithriaque n’eut rien de l’intolérance du mazdéisme sassanide. Elle adopta dans les diverses provinces les dieux qui y étaient honorés, en les faisant rentrer dans son système doctrinal. Elle resta toujours en relations intimes avec le culte commagénien de Jupiter Dolichénus, et fit probablement alliance avec celui de la Mater Magna , qui introduisit dans sa liturgie la cérémonie du taurobole (cf. p. 1948-9) 3. Sous l’influence du syncrétisme, qui régnait au me siècle, on inclina même avoir dans Mithra, assimilé à Sol inv ictus, le dieu unique qui est adoré sous des noms multiples suivant que l’on considère ses aspects divers. Ce panthéisme solaire était soutenu par les empereurs, dont il favorisait la politique (p. 1947), et il faillit sous Aurélien devenir la religion officielle de l’État romain 4.

Les mystères persiques devaient donc fatalement entrer en lutte avec l’Église chrétienne, qui condamnait le polythéisme et niait la divinité des empereurs. La rivalité entre les deux religions fut d’autant plus vive que leurs caractères étaient plus semblables, et l’on peut dire que le mazdéisme, dont le culte mithriaqne est une forme, fut, avant l’Islam, l’adversaire le plus redoutable que le christianisme ait rencontré. Nous n’avons pas à insister ici sur les similitudes, signalées par les apologistes euxmêmes 5, qui existaient entre les dogmes et les rites chrétiens et mithriaques, ni surtout à trancher la question de savoir s’il y a eu imitation et de quel côté. Beaucoup d’analogies s’expliquent par l’origine orientale commune des deux cultes, et il n’y a guère que le domaine de l’art où l’on puisse constater avec certitude les emprunts faits par l’Église à ses prédécesseurs païens6.

Si l’on considère la quantité de monuments que le mithriacisme nous a laissés, on peut se demander si, à l’époque des Sévères, ses fidèles n’étaient pas plus nombreux que les chrétiens. Mais les premières invasions des barbares, notamment la perte de la Dacie (275 ap. J.-C.)

i Tertull. De praescr. haeret, 40 : imaginent resurrectionis inducit ; cf. Textes et Mon. I, p. 187 sq., 311. — 2 Textes et Mon. p. 371. — 3 Sur tout ceci, cf. Ibid. I, p. 330 sq. — 4 Cf. Ibid. p. 336 sq. — 5 Iust. Mart. Dial, cum Tryph. 70, 78; Apol. I, 66; Tertull. De corona , 15; De praescr. haeret. 40. — 6 Cf. Textes et Mon. I, 339. Un point spécial a été discuté récemment par M. Jean Réville, Études publiées en hommage à la Faculté de Montauban , 1901, p. 339 sq. et M. A. Dieterich, Zcitschr. f. Neutest. Wissensch. 1902, p. 190 : Les traditions chrétiennes relatives à la naissance de Jésus seraient influencées par la légende mithriaqne. — 7 Cf. Textes et Mon. 1, p. 344 sq. — 8 Meurtre du patriarche Georges; Socr. Ilist. eccl. III, 2; Sozom. V, 7. — a Textes et Mon. I, 347 sq. Découverte du squelette d'un prêtre exécuté et enterré dans le milhréum de Sarrebourg; cf. Textes et Mon. t. II, p. 519. — 10 Hier, Epist. CV1I ad Laetam ; cf. Prudent. Contra Sgmmach. I, 501 sq. — U Corp. inscr. lat. Vf, 749- 754 (= inscr. 7, 21; cf. 147). — 12 Carmen contra paganos ( Anthol . latina , éd. Riese, I, p. 20), v. 46 sq. ; cf. Textes et Mon. II, p. 52. Deslruction d'un mithréum à Alexandrie en 391, Socr. V, 16, mais cf. Textes et Mon. 1, 362 note. — *3 La dernière inscription datée est de l'année 387 ap. J.-C. Une prétendue dédicace de Lan 391 est fausse, Corp. inscr. lat. VI, 736 = 30 823. — U Textes et Mon. I, 348. — 13 Ibid. I, p. 44 sq. 349 sq. — Bibliographie. Cet article résume brièvement mes Textes et Monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, 2 vol. Bruxelles, 1896-1889. On y trouvera, t. I, p. 21 sq. une bibliographie critique des ouvrages antérieurs sur le mithriacisme, parmi lesquels T Introduction de Lajard (1847),

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ci une religion qui était répandue C°UP '<‘rril,le

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empereurs lui avaient jusaue-h T 1 a,Ppui des lors elle déclina rapidement1. Même |'CC°.r' e et amenée par la conversion de Julien, adente réaCt‘°n mystères (p. 1947), ne rendit à ceux-’ci ! XI S ** ephemère. Les troubles sanglants qui avaient „ Ce règne de l’Apostat 6 servirent de prétexte à !“ sai lies, et les ruines des mithréums attestent h de la persécution ». En 377, le préfet Gracchus, „„ sa, ni Jerome •», specum Mithvae et omnia ponml simulacra... subvertit, f régit, excussit et his „,Tobsidibus datis , impetravit baptismum Christi. t0Ui ! fois, malgré les édits des empereurs interdisant l’exer cce Public de l’idolâtrie, l’aristocratie romaine restait fidèle au culte de ses ancêtres : à la fin du ive siècle uni grand seigneur releva à ses frais, près de la voie Flàmi

nienne, une crypte construite par son aïeul

et en 393,

sous le gouvernement d’Eugène, le préfet du prétoire célébra encore officiellement les mystères12. Mais après la victoire de Théodose sur l’usurpateur (394), on n’entend plus parler d’eux à Rome13. Ils se conservèrent plus longtemps dans certains districts reculés des provinces latines et surtout dans celles d’Orient u. Mais leur ruine était irrémédiable. Seulement les conceptions qu’ils avaient répandues dans l’empire ne devaient pas disparaître avec eux. Ils avaient préparé les esprits à accueillir le manichéisme, qui, à certains égards, doitêlre considéré comme l’héritier et le continuateur du mithriacisme13.

Franz Ce mont.

MITRA (gérpa) L — Longue bande d’étoffe, de cuir ou de métal, qui pouvait, suivant les cas, servir de ceinture ou de bandeau pour les cheveux.

I. — On trouvera au mot cingulum la mention des cas où la p-tTpa ne diffère pas de la simple Çü>vr), qu’elle soit employée au costume des athlètes 2, ou que, le plus souvent, elle serve à la parure féminine, pour serrer la taille3 ou soutenir les seins4. Nous ne reviendrons pas sur ces acceptions usuelles. Nous nous bornerons à étudier le sens particulier du mot à l’époque homérique et le mode spécial d’armement auquel il paraît s’appliquer. Ilelbig 5 i et, après lui, Reichel 6 ont élucidé, d’une manière qui paraît définitive, les difficultés du texte homérique. Nous ne ferons guère, comme on l’a fait avant nous1, que résumer leurs conclusions.

.sic recueil de dessins, mérite une mention spéciale. Je me bornciai ici à h ^ liste des publications parues depuis 1899 : I. Nouvelles découvrîtes . nu ’ ermont-Ganneau, Comptes rendus Acad. Inscr. mars 1903 ; Rome (Bron/.i s au useum, Catalogue de Walters, 1899, n“» 904, 1017, 1018; bas-reliefs a 5 0 1 . .

uttgart, Cumont, lier. arch. 1902, I, p. 1 sq.); Mésie supérieur! 1 ' '

ihresh. Oester. Instit. IV, 1901, Beiblatt, p. 75 sq. ; Dalmatie (Spaalo itsch, Wissensch. Mitt. ans Bosnien, IV, 1900, 129 ; (Konjica), / •

34 sq. ; (Arupium), Patsch, Die Lika in rômischer Zeit , Pannonu. 1

irlitt, Jahresh. Oesterr. Instit. II, 1899, p. 89 sq.; (Agram), S., uinuiire, 11, 477, n. 5 ; (Aquincum), Kuzsinski, Jahrcsliefte Oest. Instit. ^ ^

54 sq. ; Germanie (Zazenhausen), Sixt, Fundberichte aus Schuaie , ^ ^ ^

41 ; ( Wiesbaden), Ritlcrling, Mitt. Ver. f. Nassauischc Altei lums i ‘ ^rt;n|eS 17 sq. — IL Études: Wissowa, Religion der Borner, 190-, P- ajouter

Jean Réville et A. Dieterich signalés ci-dessus, n. 6. foui ce eu ^ i récent article des Donner Jahrbücher, Hefl 108-9, Bonn, l®®-> P" ^ 1302. 1 1 résumé de mes recherches sous le titre Les Mystères de J ll 1 annonce un travail d’Alb. Dieterich sur la liturgie mithriaqne ( ^ j5t il.

MITRA. 1 Eust. p. 453, 44; Etym. Magn. s. v. et Hesycli. — p. 368,

3 Apoll. Rh. I, 287; Call. Jov. 21.-4 Call. Ep. 40, 4. - la gestion

ad. Trawinski ; Mém. Acad. Inscr. XXXV, 2° part. p. ^ 1897,

jcénienne). — 6 Hom. Waffen, 2e éd. p. 73, p.9l sq.

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