Mores peregrinorum [peregrinus
§ 3. Force obligatoire de la coutume. — La force obligatoire de la coutume n’a jamais été mise en doute ni dans 1 ancien droit ni au Bas-Empire26; mais ce n’est qu’à une époque récente que les Romains ont cherché à la justifier. Considérant la loi votée dans les comices comme le mode normal de formation du droit, ils ont dit que la coutume a même force que la loi parce qu’elle a pour fondement le consentement tacite du peuple. Cette idée, exprimée par les rhéteurs de la fin de la Répu-
- t» Alex. Sev. Cod. Just. VIII, 10, 3. - 20 Paui. Dig. lü) ^ ÿa,er gal|
Cod. Just. VI, 33, 2. — 21 paul. | ac| Ej. j)ig j2. 2. — 22 Ulp 43 ad Sa|,
Dig. L, 16, 34; Papin. 2 Quaest. Dig. XXII, I, 1 pr. - 23 Maman. 7 Inst. Dig'. XXXIII, 65, 7. — 24 M. Aur. et Ver. ap. Papir. Just., t Constit. Dig XVIII I 71 • Gains, 10 ad ed. prov. Dig. XXI, 2, 6; Alex. Sev. Cod. Just. IV, 65, 8 ; Just. Eod. IV, 32 26, 2. — 2o Pim. IJist. nat. VII, 16, 72; VII, 54, 187; XXXIII, 2, 21; Varr. ap. Plin. XIX, 1, 8; Tac. Ann. XII, 25 (mos gentis Claudine)-, Suet. Claud. 39.
— 2ti Zen. Cod. Just. XII, 29, 3 pr. Julien fait une réserve pour le cas où la coulunic serait contraire à 1 intérêt public, Cod. Theod. V, 12, 1
MOR
MOR
blique \ apparaît dans les écrits des jurisconsultes à l’époque même où le peuple a cessé en fait de participer au pouvoir législatif 2. Il semble qu’on ait voulu calmer les susceptibilités de certains esprits qui voyaient avec regret disparaître ce vestige de l’antique souveraineté populaire. On va même jusqu’à dire que c’est un mode de formation du droit supérieur à la loi 3, car il n’est pas sujet à varier suivant les circonstances ou les hasards de la politique. D'ailleurs à Rome, où la confection de la loi exigeait la coopération du peuple et d’un magistrat, on dut admettre aisément la force obligatoire d’une règle sur laquelle les jurisconsultes s’étaient mis d’accord et qu’une longue pratique avait consacrée.
On a, il est vrai, conjecturé que le rôle du magistrat dans cette confection delà loi était, aux yeux du peuple, subordonné et secondaire, et l’on a cru en trouver la preuve dans la rareté des monnaies romaines portant des légendes qui rappellent le souvenir de l’auteur d’un projet de loi. Les descendants du magistrat qui a donné son nom à une loi n’auraient pas manqué, dit-on, de s’en faire un titre à la reconnaissance de leurs concitoyens 4. La raison de. cette abstention nous paraît bien plus simple: c’est que les lois, inspirées le plus souvent par des raisons politiques, ne trouvaient pas toujours auprès de la postérité la même faveur qu’auprès des contemporains. Toutes les monnaies qui ont conservé le souvenir de certaines lois visent des dispositions présentant un intérêt général et permanent : telles sont les lois Porcia sur l’appel au peuple, la loi Cornelia qui institua les jeux de la Victoire, les lois tabellaires, la loi Papiria semiunciaria votée àl occasion de la concession du droit de cité aux Italiens [lex, p. 1132, 1139, 1137, 1161].
La coutume, comme la loi, n’a force obligatoire que dans de certaines limites : pour déterminer sa sphère d’application, il faut tenir compte de la raison qui l’a motivée5. La coutume qui aurait pour point de départ un fait erroné ne pourrait, en principe, fonder un droit, quelle qu’en soit l’ancienneté. Dans une lettre adressée aux habitants de Tyra qui réclamaient le maintien d’un privilège dont ils ne pouvaient prouver la concession, Septime-Sévère et Caracalla déclarent que me facile , f/uae per errorem aut licentiam usurpata sunt , praescriptione temporis confirmentur 6. Mais une coutume qui reposerait sur une ratio juris inexacte n en aurait pas moins force obligatoire: on devrait seulement s’abstenir de l’étendre par voie d’analogie7.
En matière civile, la coutume, comme la loi, s’applique aux seuls citoyens romains. Mais en vertu du principe de la réciprocité internationale, les Romains ont parfois
l gencc. De benef. V, 21; cf. Paul. 7 ad Sab. Dig. I, 3, 36.— 2Cic. De inv. 11,22, 67 ; Part. orat. 37, 133; Varr. ap. Serv. Aen. VII, 601. — 3 Jul. 94 Dig., Dig. 1, 3,32, 1 ; cf.Hermog. 1 jur. epist. Eod. 35.— * E. Costa, Bull.dell' Istit. di diritto Rom.
1903, t. XV. 3 Alex. Sev. Cod. Just. V 11 1 , 52, 1 ; cf. Cîc. L. c. ; Terlull. De
corona, 4. — 6 Corp . inscr. lat. III, 781. — 7 Paul. 51 ad Ed. Dig. I, 3, 14; Cels, fl3 Dig Eod. 39. Le sens de ce dernier texte est controversé (cf. Zitelmanue, Archiv f. d. civil. Praxis, LXVI, 311). Non moins controversé est le sens d. Constantin, Cod. Just. VIII, 53, 2; Puclila, Das Gewohnheitsrecht, I, 119; Savigny, System , I, 424; V. Scialoja, Archivio giuridico, t. XXIV, p. 420. — » Loi Anton ia de Termessibus de 68-3 {Corp. inscr. lat. I, 204); cf. le sénatus-consulle de 674 (Corp. inscr. gr. 2222). — 9 Jul. Dig. 1, 3, 32 pr. — Paul. 4 ad Plaut. Eod. 23; 1 Quaest. Eod. 37 ; Callistr. I Quaest. Eod. 38. — U A. Gel!. II, 24, 11.
— 12 Inst. IV, 4, 7. - 13 Ulp. 18 ad Ed. Dig. IX, 2, 27, 4. — » A. Gell. XX, 10, 9.
— 13 Just. Cod. IV, 32, 26; cf. Ulp. Dig. XXII, 1, pr. — l» Cod. Just. VIII, 53, 2.
— il Inst. 1,2, 11 ; Nov. 89, c. I i. — 18 Cod. Just. VI, 51, 1, 1 . — iSAppian.
Dell. civ. I, 54. 20Tit. Liv. XXVII, 8, 6. — Bibliographie. Puchta, Das Gewohn-
heitsrecht, 1828-1837; Von Savigny, System des heutigen rômischen Redits, 1840,
inséré dans leurs traités d’alliance 8 une clause sf que la coutume romaine serait applicable aux étran établis à Rome et que la coutume étrangère querait aux Romains établis à l’étranger. '
§ A. Rôle clc la coutume. — La coutume sert à Com 1*1 é ter ou à interpréter la loi. En général, on invoquera coutume dans les cas qui n’ont pas été réglés par la loi »
De même lorsqu’il y a incertitude sur l’interprétation d’une loi, on doit s’en tenir au sens que la coutume a déterminé *°.
La coutume peut également abroger la loi [LEX p. 1123, n.8]. Il y a de nombreux exemples de lois tombées en désuétude; on citera seulement les lois somptuaires 11 le second chapitre de la loi Aquilia12, les dispositions de la loi des Douze Tables sur la peine de l’injure sur la manus consertio qui se fait hors la présence du magistrat et non in jure 13. Pour avoir cette efficacité, la coutume doit être générale : une coutume locale ou régionale ne peut abroger une loi générale14. Au Bas-Empire il semble que Constantin ait été plus loin : il refuse à la coutume le pouvoir d’abroger la loi l5. A cette époque, la loi, résultant de la volonté de l’empereur, ne saurait être écartée par la volonté contraire du peuple. Mais cette conception n’a pas prévalu. Justinien attribue à la coutume le pouvoir d’abroger la loi16, et il applique cette règle à une loi de Constantin 11 aussi bien qu’aux lois caducaires 18.
En droit public, l’effet de la coutume est moins radical. Si, par suite d’une longue tolérance, une loi n’est plus appliquée, on ne doit pas la tenir pour abrogée. Un magistrat peut essayer de la faire revivre: sa tentative pourra être considérée comme inopportune, mais non comme illégale. Lorsque le préteur Asellio accueillit une action en vertu d’une loi tombée en désuétude, les usuriers n’eurent d’autre ressource que de faire tuer le magistrat 19. Un siècle plus tôt, un conflit analogue s’était dénoué par un moyen moins violent: C. Valerius Flaccus inauguré flamine de Jupiter, réclama le droit d entrei au Sénat, droit tombé en désuétude depuis longues années ; le préteur Licinius lui opposa la coutume nouvelle qui refusait aux (lamines l’entrée au Sénat. Il fallut l’intervention des tribuns pour triompher de la résistance du magistrat-0. Édouard Cuq.
MOR I AI (Mopèxt). — Oliviers qui étaient, à Athènes, consacrés à Minerve et placés sous la protection particulière des lois. Ils provenaient tous, disait-on, de la même souche, c’est-à-dire de l’arbre toujours vivant sur l’Acropole1 que la déesse avait fait sortir du sol lors de sa dispute avec Neptune pour la possession de 1 Atlique [minerva, p. 1919]. Douze rejetons avaient été plantes
t. I, §7; Beseler, Volksrecht und Juriste, irecht, 1843; J.-E. Kimtze, j^Edicl mos civitatis als Receptionscanal des jus gentium neben c em put 01 1 ^ ^ ^
(Krit. Vierteljahrschrift fiir Gesetsyebung und RechtSjWe^^J' ab'er dus p. 503) ; Adicker, Die Lelire von Rechtsquellen un m> ’ L
Gewohnheitsrecht, 1872; Maynz, Cours de droit 034 . Zilelmann,
p.75, 241, 303; Dahn ’ Çesammelte kleine Schrÿen i , •
Archiv fur civilistische Praxis, 1883, t. LXVI p. a > f Dog.
Itechtsgeschichte, 1885, t. I, P.U8; Rümelin Ihenngs «hr üd t matik, 1889, t. XV, P. 153; Siegfried Brie, Die droit
heitsrecht, 1899; Fr. Gény, Méthode d interpré ta ion stiftung für
privé positif, 1899; A. Pernice, Zeitschrift de, J J J ^ Cuq,
Itechtsgeschichte, R.-A. 1899, t. XX, p. 156; 1901 L XX , , P-, ^ p ,7
Les Institutions juridiques des Romains, 1891-190-, • • ’t 1 185;
et 777, n. 2; Morilz Voigt, Rômische Reclitsgeschichte,
l. Il, p. 151 ; t. III, p. 77. iaxi; Eust. ad
MOIUAI. 1 Cic. De leg. I, 1, 2; Eurip. Ion. 1433, Hesyc .
Od. I, p. 1383.
MOR
< 1 ans les jardins de l’Académie [academia], près du temple d’Athéna où était aussi un autel de Zeus Kaxai6âT7)î, surnommé Mo'pto; comme protecteur des moriai 1 ; et de ceux-ci d’autres étaient issus en grand nombre, répandus dans toute la plaine d’Athènes (ïteBtov), même dans les propriétés privées, où ils continuaient à appartenir à la déesse2. Leurs fruits étaient récoltés pour le compte de la cité, l’huile en était donnée en prix aux vainqueurs des Panathénées [panathenaea]. Les moriai étaient placés sous la surveillance de l’Aréopage et des archontes3, qui les faisaient visiter chaque mois par des É77t(i.EXir)xxt, chaque année par des èjttyvoojjtovs;4. Si quelqu’un était coupable de la perte d’un de ces arbres, même vieux et ne pouvant plus porter de fruits (c-qxbç) s, il était poursuivi pour impiété [asebeia] devant l’Aréopage et condamné au bannissement et à la confiscation de ses biens6. E. Saglio.
MORIO. — L’étymologie du mot semble être le grec jjuopo;, imbécile, fou. « Les gens d’une sottise telle qu’ils ne diffèrent guère des bêtes, dit saint Augustin, nous les appelons communément moriones *. » On appliquait spécialement ce terme à certains esclaves, que les grandes familles de Rome entretenaient pour se divertir de leur stupidité2. On sait de quelle faveur ont joui, à partir des derniers temps de la république, dans la haute société romaine, sensuelle et blasée, les bouffons, les fous, les avortons, les nains (. scurrae , cinaedi , failli , nani, etc.), et d’une façon générale les monstres ( prodigia)3. On les achetait à grand prix, et il y avait même à Rome un marché spécial de ces horreurs4. Les traits distinctifs du morio semblent avoir été, d’une part, la sottise, et, d’autre part, certaines difformités physiques que Martial résume en ces termes : acuto capite , auribus longis, quae sic moventur ut soient asellorumK A ce signalement répondent exactement plusieurs bronzes grotesques. Celui qui est ici reproduit (fig. 5145) porte dérisoirement par-dessus la toge la bulle des fils de famille [bulla] et les tablettes d'un écolier6. O. Navarre.
Fig. 5145. — Morio.
MORS, LETUM, ORCUS. ©âvoert,;. — L’idée de la mort tient une place trop importante dans les préoccupations de la vie pour n’en pas prendre une très grande dans celles de la religion, de l’art et de la littérature. Ce n’est pas ici le lieu d’apprécier quelle fut, chez les anciens, son expression philosophique et morale1 ; il nous suffira d’en définir les aspects archéologiques et religieux.
Les Grecs ont représenté la puissance mystérieuse qui anéantit l’être humain, tantôt par la personnalité de certains grands dieux qui se sont imposés aux imaginations comme particulièrement redoutables, tantôt par des daemones subordonnés, qui sont des ministres de mort dans des conditions déterminées; et enfin ils lont ramenée à une personnification unique qui finit par l’absorber à peu près tout entière. Au premier rang des divinités létifères sont, chez Homère, Apollon et Artémis, peut-être en raison des influences morbides quel opinion prêtait au soleil et à la lune dont ils incarnent la puissance2. Sur les champs de bataille de Troie, Apollon remplit un rôle d’exécuteur majestueux et terrible 1 . Ilécube se lamentant sur le corps d’Hector s’en prend de sa mort aux flèches du dieu4; Ylliade s’ouvre sur le tableau du massacre qui, pour venger le prêtre Chrysès, frappe les animaux et les guerriers. Apollon est de même l’auteur delà mort de Patrocle, comme chez les Cycliques il est celui de la mort de Néoptolème et de Méléagre, ailleurs le destructeur des Niobides et de MarpessaD. Dans Y Odyssée, les prétendants sont immolés par Ulysse un jour où l’on fête sa divinité. Artémis remplit un rôle identique par rapport aux femmes et Pénélope désespérée réclame la mort de sa main6.
Mais peu à peu le couple des enfants de Latone se dégage des significations meurtrières ; Iladès et Perséplionè s’y substituent, moins cependant comme les auteurs de la mort des humains que comme les souverains de l’empire où cette mort les fait descendre1. Iladès devient identique à la mort personnifiée, et Perséphonè est représentée comme menant le chœur des Erinnyes, divinités funèbres. Elle a pour arme la tête de Méduse dont l’aspect pétrifie, et le tombeau est appelé parle poète son thalamos* ; on vénérait une Perséphonè AÉ7tTuviç ( atténuons ), qui personnifiait la lente décomposition des corps par la mort9. Si ces deux groupes de divinités sont plus spécialement considérés comme létifères , beaucoup d’autres, dans la légende des combats qui ont donné le pouvoir aux Olympiens et dans celles qui les opposent aux hommes sur la terre, sont douées de la puissance de tuer : ainsi Zeus, Athéna, Arès, etc., uniquement parce que le droit de mort est considéré comme un élément intégral du pouvoir suprême.
Le plus souvent les grands dieux délèguent l’exercice funeste de ce pouvoir à des daemones 7tpÔT:oAot [daemon] io, qui sont, les uns l’expression des horreurs de la mêlée et du massacre sur le champ de bataille, les autres des ministres de mort à titre de vengeurs et de justiciers divins11. Ces derniers, avec le progrès des idées philo-
1 Scliol. Aristopli. Nul). 1001 ; Phot. Moçiai Ikaïai; Scliol. ad Soph. Oed. Col. 701 et 705. — 2 Lys. De olca, p. 110, 22. Voir tout le discours. — 3 Lys. 110, 17. On appelait celui qui s’en occupait plus spécialement « 1 archonte de 1 huile », Ilesych. s. u.’ApyO.a;. — « Lys. 110, 29; Bekker, Anecd. p. 228. — 5’Suid. s. v. ixoçîai; Bekker, Anecd. p. 183, 0. Voir aussi l’explication de Bôtlicher, Baum/cult . der Hellen. p. 433. — 6 Dans le discours de Lysias, §3,1 accusé dit qu il s agit pour lui de la perte de sa patrie et de scs biens, il n’est pas question de la mort, comme on l’a dit à tort. — Bibliographie. O. Muller, Minervae Poliadis sacra , in Pleine Schrift. 1, p. 119; Boeckh, Staatshaushalt. d. Athener, I, p. 414; Loeber, Die Heiliglccit des Oelbaums in Altika, Stade, 1857.
MORIO. 1 Ep. 20. — 2 Mart. VIII, 13; XII, 94; XIV, 210; Plin. Jun. Ep. IX, 17.
— 3 CasauboiTad Suet. Octav. 83; Boettiger, Sabina, trad. fr. p. 255, n. 20.
— 4 Quintil. [Declamat.], 298; Inst. orat. II, 5; Long. Subi. 44, 5. — 5 VI, 39.
— ® Anticli. ■ d’Ercolano Bronzi, t. Il, pl. xcu; cf. Mittheil. d. antiq. Gcsscllschuft in Zurich, XVI, pl. xvu, G. On peut voir aussi dans quelques-uns de ces grotesques des acteurs de mimes ou d’atcllanes [atellAnaf fabulae, fig. 597 ; mimus, l'g. 5033],
mors, l Voir A. de Ridder, De l’idée de la mort en Grèce à l’époque classique,
Paris, 1896; cf. Naegelsbach, Homerische Theoloyie, 7» part. p. 350 sq. (2e éd.) ; du infime, Nachhomerische Théologie, 7» part. p. 405 sq. et l’opuscule de la comtesse Gaelani-Lovatelli, Thanatos, Rome, 1888, extrait des Atti delta r. Accad. ilei Lincei, série IV, vol. 3. — 2 Macrob. Sat. I, 17, II et Welckcr, Griech. Goetterlehre, I, 540, interprétant le terme de <jku>6kiiT°n — 3 lliad. I, 43 sq. ; V, 433 ; XV, 355; XXI, 435. — 4 Ibid. XXIV, 757; cf. Od. III, 279; Vil, 04; XV, 409; XVII, 251, 494. — 5 Ibid. XVI, 789; Paus. X, 31, 2; cf. Preller, Griech. Myth. I, p. 219; O. Jalm, Archaeol. Aufsaetce, p. 46 sq.; A. Maury, Du personnage de la Mort et de ses représentations dans V antiquité , Rev. arch. 1847-18, p. 305, 737, 785. — o lliad.. VI, 205; voir Eustat. ad II. XXIV, 757; Od. XX, 80. — 7 Plut. De t apud Delph. 21, et les citations d’Euripide, Suppl. 975, de Slésichore (fragm. 50); n. IX, 457. — 8 U. IX, 569; Od. XL, 635 ; Pind. Ol. XIV, 20. Le nom de Perséphonè était expliqué par nsçOco et oovos comme celui d’Apollon par ;
Plat. Crat. p. 405, b. — 3 Lycopbr. Alex. 49; cf. Hor. Od. I, 28, 20; II, 13, 21; Virg. Aen. IV, 698, etc. — 19 Voir daemon, p. 1 1 etpassi»!. — n Ibid. p. 17 ; Hes. Theog. 211 sq.; Scut. Herc. 154 sq. 191-196; II. I, 228; III, 454; XII, 326; cf. sur ces divinités, Maury, Op. cit. p. 737 sq. ; et l’art, kêk, p. 818 sq. Sur la question générale, Preller, Op. cit. I, p. 691.
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sophiques et sous l’inOuence des mystères, se transforment en génies de l’expiation; les divinités qui tuent pour châtier deviennent celles qui purifient pour réconcilier. D’autres figures daemouiques, comme les Harpyes et les Sirènes, ont une signification spéciale résultant des conditions où s'exerce leur puissance meurtrière
[llARPYIA, KERES, SIRENES].
Chez Homère déjà, et chez Hésiode, la puissance qui tue est ramenée à l'unité dans une personnification synthétique, Thanatos, fils de la Nuit et de l’Érèbe, frère d’IIypnos, auquel il ressemble1. Lorsque Palrocle a tué Sarpédon, les deux génies transportent son corps en Lycie, sa patrie, pour qu’il y trouve un tombeau. Dans la 7 héogonie, la Nuit enfante les Moirae funestes, la sombre Kèr, Thanatos avec Hypnos et la foule des Songes2; ailleurs la Nuit est représentée tenant dans ses bras les deux frères, Ilypnos et Thanatos 3, tous deux redoutables et amis des ténèbres, l’un donnant aux hommes le repos bienfaisant; l’autre, au cœur de fer, à l'âme impitoyable, qui les saisit au passage et se fait détester, même des dieux immortels4. Lorsque, dans la poésie subséquente, s’élabore la topographie des régions infernales, tous deux prennent place aux côtés d’IIadès et de Perséphonè 6 ; Thanatos finit par se confondre avec le roi même des Enfers dont il prend à son compte l’action létifère, Iladès restant avant tout le Zeus souterrain dont Thanatos peuple l’empire 6.
C’est dans la tragédie grecque que l'image de la Mort personnifiée prend son expression plastique. Chez Homère, Thanatos est simplement caractérisé par la constatation, soit de son pouvoir étendu à toutes choses, ôjaoïoç, soit de son rôle odieux et sinistre1. De même, chez les tragiques, son naturel farouche, sauvage, indomptable, prête à des épithètes variées; Eschyle, dans un fragment de Niobé , tragédie où s'est déchaînée sa puissance meurtrière, l’appelle le seul d’entre les dieux qui dédaigne les offrandes, repousse les sacrifices et les libations, n’admet ni autels, ni chants, ni supplications et reste sourd aux prières 8. Cependant, jusque-là, Thanatos n’est guère qu’une abstraction divinisée; nous le voyons apparaître comme une personnalité définie dans la tragédie d 'Alceste. Drapé d'un manteau noir et armé d’un glaive9, il y vient réclamer l’héroïne, la disputant d’abord à Apollon, dieu de la lumière, puis luttant contre Héraclès qui l’a guetté au bord de la tombe, alors que, en train de s’abreuver du sang de sa victime, il va l’emmener au sombre séjour.
1 11. XIV, 231; XVI, 45+ ; cf. Prellcr, O. I. 072, 682. - 2 Theog.
74G sq. ; 212. — 3 Pans. V, 18, 1. — 4 Cf. Eurip. Aie. 62. — » Eu-
rip. Or. 174; cf. Pinel. Pyth. f, 5-12; Alcm. Fragm. 60; Pans. II, 10, 2;
31, 5; Anthol. gr. de Jacobs, 111, p. 20G, et I, p. 464. — 6 Voir Maury, Op.
cit. p. 787. Celte identité de Thanatos et d’Hadès frappe surtout dans le vers 200 de 1 Alceste I vgxûwv è; kjA%v -jiï xuavoygffi pXlïctuv ircgjtoxbç 'A&yjç.
— 7 Elle est appelée Tavr4Xey^ç, que l’on a longtemps expliqué par : qui couche tout du long, et qui signifie en réalité : qui cause un grand deuil ; II. VIII, 70, etc. ; Su/rEAey-qç, St><TT)-/-qç, Oujiooaïo'Tq;* iropoépeo; (rougic de sang) (voir les lexiques). Pour ôaofo;, voir Od. XXIV, 543, et les commentateurs; cf. en latin communis , Sil. liai. XIII, 529, etc. qui se retrouve dans une inscription grecque, Kaibcl, Epigr. 404, 1. — 8 Eustath. p. 744, 3, et Fragm. Aesch. Schiitz, 147. Les péilhèles ordinaires sont o-Tjyvôç, ayptoç, <rx).Y|pbç, àjAEt/.ixTo;. à^7|/.a<TT9ç, etc. — 3 Init. 25 sq. ; Ibid. 843, 1140. Il prend possession d'Alceste en coupant avec l’épée une des boucles de sa chevelure, comme on marquait au front en leur coupant quelques poils, les victimes pour le sacrifice, Ibid. 74; cf. Virg. Aen. IV, G98 ; Stat. Silv. II, 1, 147, et Hesycli. x«Tâpqa«r6ai. Le péplos noir d'Euripide (Aie. 843) se change en ailes noires ailleurs (Kaibcl, Epigr. graeca , 89); cf. llor. Sat. I, 58 : Mors atris circumvolat alis. — 10 24 sq. Les expressions de xoipavoç t«7»v SaijAÔvoiv, de Saqxôvwv Toj xuphü (Ibid. 1140) sont particulièrement intéressantes. Le titre de »W;awv est très fréquemment donné à Thanalos dans les inscriptions. Voir Kaibel, Epigr.
On ne saurait affirmer que cette peinture saisissant où Thanatos est appelé « prêtre des morts et prince d daemons » 1U soit la première de son genre dans la fiit? rature des Grecs". Mais il n’est pas douteux qu’elle a été suggérée au poète par des œuvres d’art religieux aj avant lui ou autour de lui, étaient inspirées d’Homère et d’Hésiode. Dans une des figures de la ciste des Argonautes du Musée Kircher12, plusieurs archéologues ont, reconnu Thanatos attendant le moment d’enlever sa victime13; et sur le coffret de Cvpsélos on le voyait porté sur les bras de la Nuit avec Hypnos son frère, tous deux sous les traits de jeunes garçons endormis; l’un était noir, l’autre blanc u, pour tout le reste semblables, et leurs pieds étaient croisés l’un sur l’autre, dans une attitude qui, pour les représentations de la Mort, va devenir en quelque sorte rituelle15. Nous savons, d’autre part, que Thanatos possédait une statue à Sparte16. Mais s’il est impossible de déterminer dans quelle mesure Euripide fut redevable, pour la peinture du dieu, à ses prédécesseurs en art et en poésie, on peut affirmer qu’il a fortement influé, chez les Grecs et chez les Romains sur la figuration plastique et poétique de la Mort. M. Cari Robert a reconnu la scène d'Alceste sur la mieux conservée des bases de colonnes sculptées qui subsistent du temple d’Éphèse11. Le groupe se compose de trois figures :
Alceste au centre, Hermès Psychopompe à droite, Thanatos à gauche 18. Ce dieu est représenté (fig. 5146) sous les traits d’un jeune homme nu, à l’expression mélancolique, aux ailes puissantes, avec, le long de la cuisse gauche, l’épée dans son fourreau. La scène est aux enfers ; en retour, à droite, dans une partie fortement mutilée, est le groupe d’IIadès et de Perséphonè ; à la gauche de Thanatos se trouvait Héraclès assis et attendant le moment d’emmener Alceste; le geste de Thanatos la lui livre et Hermès va la ramener sur la terre, avec l’agrément du couple infernal. Les représentations de Thanatos sont fréquentes sur les lécythes funéraires d’Athènes19; en compagnied Hypnos il procède à l'ensevelissement des morts, hommes ou
204, 3 ; 334, 10; 256, I ; 345, 4 ; 509, 3 ; 551, 5; 644,1, etc. — *' Tour la discussion sur ce poinl, voir E. Bottier, Etude sur les lécythes blancs, p. 28 sq. 1- Mus. Kir ht zy aerea, Rome, 1763, tab. I ; Muller-Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst , I, n. 309 , Gnins lcd, Die Fikoroniske Cista, Cophenhag. 1847; E. Braun, Die Ficoronische Cista, Leipz. 1849. Voir argonautae, fig. 505. — 13 Miillcr-Wicseler, L. I ■ ; Guigniaut, Aouv. galerie mylhol. pl. ci.xxt, n. 644; Braun, 0.1.\ voir contra: l’anofka, Bcric it. » Akad. d. Wissensch. zu Berlin , mars 1851 ; O. Jabn, Die Ficoron. Cista, Loipz. f^ -> p. 13. 14 c. Robert ( Thanatos , p. 20) et E. Bottier (Étude, p. 31) pcnsentqueji couleur noire désignait Hypnos, et non Thanalos. — Paus. \ , 18, I , cl. a sion du oi£irtfa(<.|*£vou; toùî itofia; chez G. E. Lcssing, Wie die Alten den lot gc det, éd. Lacbm. (3”), t. VIII, p. 14 sq. et surtout chez Preller, Gncch. J'y <• > p. 692, n. 3. - 16 Paus. III, 18,1; cf. Plut. Agis, 9; cf.R. Rochette, Ores*. P- - pl. xi,; Eicoroni, Gemm. rar. tab. VIII, n» C; Winckclmann, Cabinet te 130. — 17 G. Robert, Thanatos, Bcrliner Winckclmanns programm, p. • 0 du mémo, Bild und Lied, p. 105 sq. , Collignon, Alyth. fig. p- -84. ’ 1,1 1 1865, tab. i.xv; Rayet, Alonum. II, pl. i.; Collignon, /Est. de la scu p ■ /
II, p.389; Baumeister, Denlcmaelcr, I, p. 281. — 19 Tiscbbein, lfi - < ^ yvillc,
Alyth. CXX, 459; R. Rochette, Alonum. inêd. p. 219, n. 5 et pl. *r., 1 ’
Annal, de l’instit. arch. V, p. 314; Dumont et Chaplairi, Le s ci ^ Qp. cil- Grèce propre, 1" part. Vases peints pl. xxvu-xxviii [daf.mox]; 0 el ’ pl. u; Baumeister, III. p. 1729; E. Bottier, Étude sur les lécythes, p.
Fig. 5140. — Thanalos.
MOR
MOR
femmes. Les artistes s’y inspirent de la seène de Y Iliade ou les deux daemones emportent le corps de Sarpédon. On s’en rend compte lorsque l’on compare, avec les lécythes en question, le cratère de Caere qui représente l’enlèvement de Sarpédon1 et où rien ne distingue Thanatos d’IIypnos que le nom placé au-dessus de la tète de ce dernier. Tous deux sont ailés, imberbes et d’aspect juvénile; Ilypnos, accroupi, est en train de soulever le héros par la tête, alors que Thanatos, déjà debout, l’a saisi à la hauteur des genoux. Sur les lécyLhes blancs, Thanatos est ailé et barbu; ses cheveux sont en désordre; il arrive même que son corps est couvert de mouchetures qui figurent des touffes de plumes ou de poils, marquant encore son caractère sauvage (fig. 5147) 2. Généralement, bien qu’on rencontre (voir lig. 2287) la disposition contraire, Thanatos est aux pieds et Ilypnos à la tête du mort, qu’ils déposent auprès d’une stèle 3. La différence d'aspect est devenue usuelle, ainsi qu’en témoigne un texte contemporain de Platon 4.
Mais, pas plus que dans la représentation de Charon [charon], l’art grec n’a cherché à donner à la Mort un rôle terrifiant; comme oujours, il a gardé
Fig. 5147. — Thanatos et Ilypnos.
une mesure Lessing, dans une monographie
pleine de goût, célèbre datée de 1769 5, a prouvé par de nombreux exemples (la liste s’en est beaucoup enrichie depuis lors) que, dans l’art grécoromain, la Mort personnifiée est représentée tantôt par un génie juvénile à l’expression grave, au regard attristé, à l’attitude abandonnée que caractérisent les jambes croisées, tantôt aussi par des génies aux traits d enfant, que les artistes entourent d’attributs et qui sont, ou endormis isolément (fig. 2193), ou formés par groupes, livrés à des occupations, à des jeux divers. Le génie juvénile figuré sur les tombes et les sarcophages a lui-même pour attribut distinctif un flambeau renversé (fig. 2192, 2193) 6. On retrouve Thanatos sur les tombes qu’a citées Lessing et notamment sur celle dont la reproduction est au frontispice de sa dissertation 1. Ce que les conclusions qu’il en tire ont de trop absolu a été rectifié par Ilerder dans
un opuscule où sont étudiés les symboles de la destruction violente, si fréquents sur les sarcophages8. Il reste, après les recherches de l’un et de l’autre, que si jamais le squelette n’a servi aux anciens pour figurer la Mort divinisée, l’art gréco-romain n’en a pas moins fait une part importante au sentiment d'horreur que l’action brutale de la mort inspire aux hommes 9 [larvae].
En ce qui concerne les représentations de la Mort par des enfants appelés Amours10, on les peut ramener, dans l’ordre des temps, au sarcophage découvert à Sparte et au sarcophage de Patras, sur lesquels des enfants sont groupés dans des scènes animées qui, par elles-mêmes, ne suggèrent aucune idée funèbre, si ce n’est que la figure placée au centre du dernier tient un flambeau
renversé11. Ces scènes et ces représentations de la Mort par des figures d’Ëros conviennent à des sépultures d’enfants ; on les rencontre fréquemment sur des tombes romaines12. Ici l’Ëros est représenté debout, une jambe devant l’autre, la tête inclinée sur la torche retournée; ailleurs, il est couché et endormi (fig. 5148). Nous rappellerons le groupe qui le montre (fig. 2194) étendu sur une peau de lion, tenant dans sa main la massue d’Hçrcule, tandis que vers lui se glisse un lézard; l’image éveille l’idée du silence profond13.
Chez les Étrusques, la Mort revêt le plus souvent la forme de génies tourmenteurs et en particulier celle du Charon au nez crochu, aux oreilles pointues, armé d’un marteau [charon, etrusci, fig. 1359, 1360, 2773,2774, 2824].
Les Romains ont personnifié la Mort dans une divinité des Indicjitamenta , Morta ou Mors que certains mettaient au nombre des Parques 14 ; plus tard, avec une fréquence qui indique une superstition d’ordre populaire, dans la figure d'Orcus qui correspond à la fois au Thanatos etàl’Hadès des Grecs et qui semble avoir emprunté des traits au Charon des Étrusques13. A côté de Alors , on trouve aussi une personnification de fatum, de caractère surtout littéraire, qui joue vis-à-vis de Mors le rôle que la Itère remplit par rapport à Thanatos 16 [keres].
1 Monum. Inst. VI, 21; cf. Raumeislcr, I, p. 727, fig. 781, et II, p. 922; Gerhard Ant- Vasenb. 1,221; Monum. Inst. VI, 1, 21 -Bull. Inst. 1864, 175, et Arch. Zeit. 18 ‘ h P- Ravaisson [Monuments grecs relatifs à Achille , pl. n, p. 13) a voulu y vou' Acliille lui-même emporté par le Sommeil et la Mort. — 2 C. Robert, Thanatos, l'b u; et voir daemon, fig. 2287, etc. ; Miiller-Wieselcr, Denkm. d. ait. Kunst, II, 878. — 3 Ou peut rappeler ce vers d'une Atellane, cité par Sueton. Ner. 39 : Orcus vobis ducit pedes. — 4 Euclid. Megar. ap. Stob. Flor. VI, 05. — 3 Réimprimée avec 1rs illustrations de l'édit, originale dans l'édit, des œuvres complètes, par Uchmaim, t. VIII, init. L'opuscule a un caractère polémique et justifie les affirmations esthétiques développées dans le Laocoon (même éd. t. IX, p. 77) contre klotz, qui voulait que les anciens eussent représenté la mort personnifiée par le squelette et autres figures macabres. — 6 Collignon, fJist. de la sculpt. grecque, 0, p. 668 ; cf. Gerhard, Ventre Proserpina, p. 49; K. Rochette, Mon. inid. p. 218 ; Welcker, Das Akadem. Kunstmuseum, 2e éd. p. 29; cf. Ibid. p. 53-70; Pottier et Keinach, Nécropole de Myrina, p. 385, 386, d'où est tirée la fig. 5148. On pourrait Oter aussi le groupe connu de Sanlo lldefonso (Baumeisler, t. RI, p. 1731, fig. 1811) au Musée de Madrid, si les attributs n'y étaient pas des restaurations : voir Hübuer, bie ant. Bildwerke in Madrid , p. 73. — 7 D'après Bellori, Admiranda Roman. l’ô — 8 Œuvres complètes, l. XI, p. 449 et l'art, niotis, Realencycl. do
Pauly, t. V, p. 171. — 9 Voir Julius Lessing, De Mortis apud veteres figura. Diss Bonn, 1866. — 10 Sur ce genre de figures dans des tombes grecques, E. Pottier et S. Reinach, La Nécropole de Myrina, pl. xxvn, p. 150, 151, 384. — 11 Arch. Zeit. 1880, lab. xiv; 1872, tab. lix; Baumeisler, III, p. 1552, 1553. — 12 Voir Gerhard, Ueber dus Gott Eros in Abhandlung . Il, notes 118, 119; Müller-Wieseler, Denkm. Il, 601, 662. — 13 Henndorf-Schone, Later. Mas. n. 82; Garucci, Mus. Laler. tav. xl, 1 ; Baumeisler, 1, p. 504; cf. Clarac, Mus. de sculpt. pl. 044, 644 A et B , et l'art, ccpido, p. 1010, fig. 2192 et 93. La fig. 5148 tirée de Pottier et Reinach, Nécropole de Myrina, p. 385, 386, reproduit une terre cuite plus ancienne que ces marbres. — 14 Aul. Gell. III, 16, 11, et Tert. Ad nat. 2, 15. Voir cependant à ce sujet, Preller-Jordan, Roem. Myth. II, p. 193 et Part, indriitamenta de R. Peler, ap. Roscher, Lexik. U, p. 184, et III, p.3218. — 15 Sur Orcus, voir A. Maury, Op. cit. p. 786 sq. Macrobe, Sat. V, 19, parlant do la tragédie d'Alceste, dit : lu hac fabula in scenam Orcus inducitur gladium gestans. Pour les ressemblances de l'Orcus des Latins avec le Charon des Étrusques, cf. Maury, p. 791. — 16 Virg. Acn. VI, 277. Les personnifications de Mors et de Letum chez les poètes latins (voir les Lexiques) sont de caractère purement littéraire. Letus existe à litre de personnification sur une inscription (C. inscr. lat. VI, 1907, v. 20) de forme métrique : Mortis acerbus eripuit Letus, où Letus Mortis équivaut à Sat[Jtwv ôavàxou.
MOU
MOR
Mors, avec des épithètes et des vocables qui témoignent en faveur d’une personnification mythique, est très fréquente sur les inscriptions tombales1; mais on ne saurait affirmer qu’elle ait jamais été l’objet d’un culte chez les Latins, qu’on lui ait élevé des autels ou des sanctuaires. Orcus a une réalité plus vivante; il en est sans doute redevable à son genre qui a permis de l’assimiler au Thanatos des Grecs. Souvent il est employé par les poètes latins de la première pé¬
riode
on
le
rencontre dans les fragments de Naevius, d’Ennius, dans les comédies de Plaute et de Térence, plus tard, mais moins fréquemment, chez les poètes du règne d’Auguste3. C’est une figure à la fois macabre et plaisante, avec laquelle l’imagination populaire semble avoir pris des libertés comme elle en prenait au moyen âge avec le diable 4. On appelait Orcini les sénateurs créés par le testament plus ou moins apocryphe de César0 ; Orcinus , 1 affranchi qui était redevable de sa liberté aux dernières volontés du maître b ; et c’est sans doute par moquerie qu’on parlait des noces d’Orcus et de Gérés, qu’une interprétation téméraire de Servius aurait voulu replacer dans le calendrier de Rome". En somme, aucune des personnifications de la Mort chez les Romains ne correspond à l'idée de divinité; et les hommages qu’on lui rend sur les tombes sont une des formes de la piété pour les morts, non un acte d’adoration rituelle : il semble bien que chez les Grecs il en ait été de même8. J. -A. Hild.
MORTARIUM, pila ’. ’OXgoç, ïyoT), iyStç 2. Mortier. — Avant l’invention du moulin broyant le grain entre deux pierres [mola], on le concassait dans un mortier à l’aide d’un pilon (Ütteoo;, pilum )3. Des peintures égyptiennes 4 montrent des ouvriers occupés à piler le blé dans des mortiers profonds qui s’évasent par le haut, à l’aide de longs pilons. Le mortier et le pilon des Grecs et des Romains ne différaient pas de ceux-là. On en trouve de semblables figurés sur des monuments des beaux temps de l’art. Telle est une peinture de vase 5 qui en précise la forme et en fait comprendre le maniement (fig. 5149). On y voit
1 Voir les Carmina latina epigraphica, de Buecheler, l.eipz. 1896-97, et R. Peler, ap. Roscher, Op. cit. II, p. 3219. Pour les épithètes variées que les poètes donnent à Mors et à Orcus en les personnifiant, cf. J.-B. Carter, Epitheta Dcorum, etc. (Leipz. 1902), p. 72, 79. — 2 Nacv. ap. Gell. I, 24, 2 (Orcino... tkesauro ; cf. Mortis thesauri , Enn. Fragm Iphig. 14, éd. Vaiilen) ; Enn. ap. Scrv. Acn. I, 81 et\arr. Ling. lat. VII, C; Plaut. Asin. G06 ; Capt. 283 ; Bacch. 368, etc.; Ter. Hecyr. 852; Caccilius, ap. Cic. De fin. II, 7, 23, etc.; Lucil. ap. Lacl. Inst. Div. V, 14, 3; Lucr. 1, 115; V, 996, etc. — 3 Virg. Georg. I, 277 ; Aen. Il, 398 ; VI, 273 ; Ilor. Od. Il; 324, Tih., 111,3, 38 ; Grat. Falisc.347 : Stat Fatum supra, totumque avidissimus Orcus pascitur et nigris orbe ni circumvolat cilis , etc. — - '* Ainsi chez Petron. Sat. 34, 46, 62, et Apul. Met. III, 9 ; IV, 7 ; VI, 8 ; cf. Varr. It. rust. I, 4, 3 ; Colum.
I, 3, 2. — 6 Suet. Aug. 35; Plut. Ant. 15, qui traduit par yapuvÎTa;. — 6 lnstit.
II, 24, 2; Ulp. Il, 8 ; Cod. Just. 1, 18, 8, etc. — 7 Serv. Georg. I, 344 : Quae Orci nuptiae dicebantur; cf. Plaut. Aul. 354, et pour Orcus en général, R. Peter, chez Roscher, Op. cit. 111, p. 940 sq. — 8 Voir cependant Braun, Troische Aliscellen ,
III, p. 191, qui voit, à l’encontre de Robert, Op. cit., dans l'usage que les artistes et les poètes font de Thanatos et de son similaire latin, les traces d’un véritable culte populaire de la Mort. Pour la Grèce et le fondement populaire de la croyance
Fig. 5149. — Mortier à grain.
le mortier posé sur une base conique (ûtpdXgtov) c. Deux femmes tiennent des pilons à l’endroit où ils soûl amincis pour donner une prise plus facile et frappent en mesure Une terre cuite du Musée de Berlin1 représente une femme debout, armée d’un pilon droit, au-dessus d’un mortier posé à terre qui atteint à la hauteur de ses genoux; il n’est pas hémisphérique comme celui de la figure, mais presque cylindrique et va en s’évasant un peu vers son bord supérieur. Le pilage du grain était anciennement, en Grèce et en Italie 8, l’occupation des femmes, comme il l’est encore chez beaucoup de peuples restés à un état primitif [pistor] 9. Hésiode recommande de creuser le mortier dans un tronc de trois pieds, le pilon aura trois coudées ; il faut encore, d’après le poète, avoir un autre bois de sept pieds, qu’il
appelle otljiov, et dont la destination a été ingénieusement expliquée par le rapprochement d’appareils modernes 10 où une poutre est emmanchée dans le pilon qu’elle actionne : quand on pèse sur son extrémité libre, elle se soulève et le pilon retombe de tout son poids dans le mortier.
Si l’on a fait de tout temps des mortiers et des pilons de bois11, très anciennement aussi on en fit de pierres choisies parmi les plus dures. Sclilie mann a trouvé dans les ruines de Troie 12, à côté de pierres servant à broyer, un mortier en basalte et des pilons de pierre (fig. 5150).
Après l’invention du moulin, le mortier, avec des dimensions plus réduites, resta indispensable pour une foule d’usages, domestiques 13. Caton le mentionne plusieurs fois sous les noms de mortarium ou de pila . A h gile, dans le petit poème intitulé Moretum, décrit en délai
à Thanatos confondu avec Hadès, cf. E. Potlicr, Étude sut les It.cylhes, | . \ ■
MORTARIUM. 1 Cat. It. rust. 14, 2; Scrv. Ad Aen. I, 177; Ov,d. In Ib 5 71. 2 Schol. in Hesiod. Op. et dies, 423; Herod. I, 200; Ilippocr. 63o, 34; So , Damocr. (Gai. 13, 904). - 3 Virg. Aen 1, 179; Serv. Ad # ,)
Mon. civ. n° 57 ; Wilkinson, Manners and custoins, > P* 5 ’ ’ , fr
lleydcmann, Bull. d. Inst. 1867, p. 135; Aicli. An»eig. , vylll 10 23.
114; Hesych. a. u. - 7 N» 7081. - 8 Scrv. L l. ; PU». »*«'■ f J.
-9 Iles. L. I.- 10 Lindet, Les orig. du moulin a grain. (Lxli. a 1899, P- 10); Id. Extr. du Bull, de la Soc. d’Êncoura,.Jo^ cst
Paris, 1900, p. 14. L'auteur cite une gravure du xvu site ,.Wind-Boss- ■
exactement représenté (Jac. et Oct. de Strada, Abris s a la uw Nure0)b.
und Uandmühler, Francf. 1618, et Backler, Theatrum machinai o(] . cf.
1061) et l'exemple de ce qui se fait encore en Corée, en C une e gchlic-
Polyb. I, 22. - Il Iles. L. L; Schol. Aristoph. Vesp. 258 ; ! I*. XV lu. ^ ^
mann, Iliad, trad. Egger, p. 295 ; Perrot cl Chipiez, ffist. de J » ^
— 13 Non. p. 543, 22 : « Mortarium in quo teruntur q
— H Cat. B. rust. 14, 74, 75, 7G ; cf. Plaut. Aul. I, 2, 17-
Fig. 5150. — Mortier et pilou.
calcaire et de granit
Mon
MOU
l'usage du mortier et du pilon dans la cuisine populaire. Le paysan qui prépare le gâteau appelé moretum tient le pilon ( pistillum ) d’une seule main et l’agite réguliôrement suivant la courbe du mortier1.
Pans une peinture d’un tombeau étrusque2 où sont représentés les apprêts d’un repas, un serviteur, debout auprès d’un mortier posé sur un trépied, tient de chaque main une molette dont il se sert pour broyer (fig. 5151). Le mortier, circulaire, est pourvu d’un bec. On possède encore des mortiers antiques de cette forme, ayant un bec plus ou moins allongé, quelques-uns accompagnés d’un pistillum ayant la forme d’un doigt replié (fig. 5152) 3.
On faisait des mortiers en matières très diverses, et on ajoutait une grande importance au choix de cette matière, suivant la destination de l’objet, surtout pour préparer les couleurs et les médicaments. « Les auteurs, écrit Pline l’Ancien, se sont occupés des pierres propres à faire des mortiers, sans se borner même aux morLiers dans lesquels on pile les substances médicales ou les couleurs. Pour cet usage, ils ont mis au premier rang la pierre étésienne ; au second, la pierre thébaïque que nous nommons pyrrhopœcile *, et que quelques-uns appellent psaronium ; au troisième rang, la pierre chrysite, qui tient de la pierre chalazienne; mais les médecins préfèrent la pierre basanite ; en effet, cette pierre ne rend rien.
Quant aux pierres qui rendent un suc, on les regarde comme bonnes pour les compositions ophtalmiques, etc. 5 »
Fig. 5152. — Mortier à bec et molette.
On employait dans l’industrie des mortiers de bronze °, île plomb7, par exemple, pour tirer du minium de deuxième qualité l’hydrargyre, qui pouvait tenir lieu de
vif-argent 8.
Mortarium est aussi le nom de l’auget [cf. ascia, dg- 563] dont les maçons se servaient pour mêler la diaux et le sable, et on le donnait encore au produit même de cette opération9 que nous appelons le mortier; les mêmes ouvriers l’employaient pour préparer le plâtre
fin dont on crépissait les maisons10; les peintres décorateurs pour certaines couleurs11.
Le petit mortier portatif dans lequel les médecins, particulièrement les oculistes, trituraient des collyres et d’autres substances médicinales, était appelé coticula.
Par analogie, on donnait le nom de mortarium au bassin du pressoir à raisin12 et au bassin creusé au pied d’un arbre pour recueillir l’eau u. André Baudrillart.
MOUSEIA (MouasTa, Moutnja1). — Fête qui était la forme la plus solennelle du culte rendu par les Thespiens aux Muses héliconiades. Elle revenait tous les cinq ans2. Tandis que les Erotidia étaient célébrés à Thespies même3, les jeux en l’honneur des Muses avaient lieu à quelques kilomètres de la ville, dans le bois sacré de l’IIélicon (aXao;), appelé aussi le Mouseion (t b êv 'EÀ-.xwvt Mouasfov)4. Bien que ni les auteurs ni les textes épigraphiques ne fassent mention d’un théâtre dans le bois sacré de l’Hélicon, il est permis de supposer que le théâtre6, dont les fouilles entreprises par l’École française d’Athènes ont dégagé la scène sur les premières pentes de la montagne, a dû servir aux Jeux des Muses.
11 est probable que la fondation première des Mouseia remonte à une époque très ancienne. Cependant nous ne trouvons pas sur eux de témoignage certain avant le milieu du uic siècle av. J.-C.6. A cette date correspond un décret rendu par le Kotvov des artistes de l’Isthme et de Némée, ratifiant la réorganisation des Mouseia , proposée par la ville de Thespies et la Confédération béotienne7. Les inscriptions trouvées à Thespies permettent de reconstituer dans ses grandes lignes l’histoire des Mouseia depuis la seconde moitié du iiic siècle av. J.-C. jusqu’au ni0 siècle de notre ère8. Les Mouseia sont des concours : on n’inscrit sur les catalogues que les noms des artistes vainqueurs. Il n’y a pas de prix en argent : les vainqueurs reçoivent en récompense une couronne9. Les fêtes s’ouvrent par un sacrifice solennel qu’offrent aux Muses les Thespiens et les délégués des compagnies d’artistes10. A l’époque qui suit le décret de réorganisation des jeux, les Mouseia sont célébrés au nom à la fois de la ville de Thespies et de la Confédération béotienne : l’archonte fédéral figure en tète des catalogues, à côté de l'archonte thespien. Les magistrats qui président aux jeux sont, outre les archontes, l’agonothète et le prêtre des Muses, qui sont des Thespiens, puis le prêtre des artistes, enfin leixupcpôpoç et le ypagpLaxcéi; 11 . Les Mouseia se, composent alors exclusivement de concours musicaux et poétiques12. Au début de cette période, ces concours sont au nombre de cinq : poésie épique, flûte, flûte et chant
1 Virg .Aloret. 90 sq. ; cf. Colmn. II. rust. XII, 50, 59. —2 Coneslabile cl Golini, ! 'Hure scoperte presso Orvieto, Flor. 1865, pl. v. — 3 Roach Smith, Antiq. of hichborough, p. 62-64; Archaeologia de Londres, t. XXIV, pl. xuv. — 4 p] j n . Bist- nat- XXXVI, 13. — s Pli,,, yist. nat. trad. Littré, XXXVI, 43. — 6 Ibid. XXXIII, 4t. — 7 Ibid. XXXIV, 50. - 8 Ibid. XXXIII, 41. - 9 Vitruv. VII, 12, 1 III, 7. to Plin. Jlist. nat. XXXVI, 55. — n Vitruv. VII, 10, atramentum. ~ 12 Cat. II. rust. 22. — 13 Pallad. 8, 1.
-'I0E8EIA. I Plut. Amat. 1; Pans. IX, 31, 3; Allicn. XIV, p. 029 a. Inscripllons: Bull, de corr. hell. XIX, p. 311 sq., n"! 2, 10, 12, 16, 18; XXI, p. 509. Voir Silr les Mouffeïa, Preuss, (Juaestiones ûoeoticae, 1879, p. 35-30; Rciscli, De musi- C's Graecorum certaminibus, 1885, p. 57, 106, 129; Dcitcrs, üeber die Verehntng '^'Musen bei dm Griechen, Bonn, 1808, p. 28; P. Jamot, Bull, de corr. hell.
Ix- P- 31 1 sq. et Rev. des ét. gr. 1902, p. 353 sq. ; G. Colin, Bull, de corr. hell.
' ' ’P- sq. ; Frazcr, Pausanias's ilescr. of Greece, vol. V, p. 156. — 2 p|u[.
1 1 Bull. de corr. hell.. XIX, p. 328, n» 4, 1. 12 : El5 tüv ««t* tttvTvexriçi'Sa J'-Aoù[j»eïov à y ,5 va xaï; 'EXixoJvîaaiv [.Mojùaai?... — 3 Bull, de COÏT. hell. XIX, — ’* Ibid. XIX, p. 312 sq. ; Plut. Amat. II, 1-4; Pans. IX, 31, 3; Philoslr. '• Apoll. IV, 24, I. — 5 Bull, de corr. hell. XV, p. 659. — 6 Voir sur la dale de
la réorganisation des Mouseia , Jamot, Bull, de corr. hell. XIX, p. 340 sq. et lier des ét. gr. 1902, p. 353 sq.; Holleaux, Rev. des ét. gr. 1897, p. 4 4 sq. et 1900, p. 187 sq. Grâce à M. Ilolleaux, qui a établi sur des raisonnements extrêmement plausibles la chronologie des archontes béotiens, en particulier celle de l'archonte fédéral Lykinos et de l'archonte thespien Philon, nommés en tête d'une liste de vainqueurs aux Mouseia (Bull, de corr. hell. XIX, p. 332, n» 61, on peut considérer comme acquis que celte liste doit être placée entre les années 215 et 203. D'autre part (voy. les raisons, exposées dans la Rev. des ét. gr. 1902, p. 355, cette inscription, la plus ancienne de la série, doit être postérieure de plusieurs penlaétéries au Décret des Artistes de l'Isthme et de Némée réorganisant les Mouseia. — 7 Bull, de corr. hell. XIX, p. 313 sq., n» 1. — 8 Ibid. XIX, p. 361 sq. — 9 Le Décret des Artistes de l'Isthme et de Némée (Bull, de corr. hell. XIX, p. 313, n° 1) qualifie les jeux d'iy.îvtç <rcE-ra.ïT«i; ils sont aussi 'vomitioi (Ibid. XIX, p. 322, n» 2). Voir sur les iyJivsî crtEiavïTaiOu suXXïvaéopposés aux àçyu jT-tai ou 9EpaTtxtE|
Poli. III, 153; Hcsych. s. o.çuXMvat.et l'art, cehtaxuna ; sur le sens du mot laouûOtot, Ilaussoullier, Bull, de corr. hell. V, p. 311. — lo Rull. de corr. hell. XIX, p. 313 sq. no 1, col. 2, 1. 21 ; p. 322 sq. n» 2, col. a, 1. 7 ; p. 327, n» 3, 1, 14. — 11 Ibid. XIX, p. 361 sq. — 12 0ept),ixbî ày.r,v (Ibid. XIX, p. 313 sq. inscr. u»s 1, 2, 3, 0, 8).
MOU
MUL
alternés, cithare, chant avec accompagnement de cithare1. On ne s’en tint pas longtemps à ce programme restreint : peu d’années après, nous trouvons la mention d’au moins deux exercices nouveaux, celui des chanteurs ( foc]/ coiôôç) et un autre dont le nom manque; entin, on décerne un prix général (smvtxtov) à celui sans doute qui a paru supérieur, non seulement à ses concurrents dans un exercice particulier, mais aussi à tous les artistes couronnés2. Vers le milieu du n° siècle, on procède à une nouvelle réforme des jeux3. La ligue béotienne n’existe plus : les jeux sont célébrés seulement au nom de la ville de Thespies. Le concours n’est plus thymélique : le programme comprend des exercices dramatiques qui s’ajoutent, avec d’autres, aux cinq àywvsç de l’organisation primitive : prosodion (nonr|v7|ç upocoofou), trompette (ccxA7rtGT7;ç) , hérauts (xîjpu^), chant (pa^coSo?), drame satyrique (7tot7iT7iç caTÛpwv), tragédie (TrotV)xr|; xatVTp; Tpaywotaç), comédie (tioiyjTTjç xouvTj; xtogiüoi'aç), acteurs jouant dans une tragédie ancienne (ûiroxpiTrg lîaÀataç TpaywSta;), acteurs jouant dans une comédie ancienne (uTcoxpir/jç r.xla.iy.ç xtopupSiaç), acteurs jouant dans une tragédie nouvelle (ÛTtoxptx^ç xatv^ç Tpaycpocaç), acteurs jouant dans une comédie nouvelle (Û7roxptT7)ç xaivîjç xwgcpotac;)4. Cette nouvelle organisation resta en vigueur probablement jusqu’à la fin du 1er siècle. Entre le milieu du Ier siècle avant l’ère chrétienne et la seconde moitié du 11e siècle après, les documents font défaut. Est-ce un simple effet du hasard? Il ne faut vraisemblablement pas en conclure que les Mouseia fussent tombés en désuétude pendant cette longue période. Les mots dont se sert Plutarque3 montrent qu’à l’époque des Flaviens les jeux' se célébraient dans l’Hélicon avec la même solennité que par le passé. Il est possible cependant que la tradition ait subi une éclipse plus ou moins longue et ait été ensuite restaurée, pour reprendre tout son éclat à l’époque des Antonins. Ce qui est certain, c’est que les Mouseia sont très florissants pendant la seconde moitié du 11e siècle ap. J.-C. 6. On note alors quelques additions curieuses à la liste des concours : le panégyrique des Muses et celui de l’empereur, un poème épique sur les Muses et un poème épique sur l’empereur. Vers la première moitié du me siècle, nous remarquons un appauvrissement significatif du programme 7. C’est la décadence des Mouseia. Les concours de poésie lyrique et épique ont disparu : il n’est plus même question de l’éloge de l’empereur. Quant aux exercices dramatiques, si nombreux auparavant, ils sontréduils, faute de poètes, au strict minimum, concours d’acteurs tragiques et comiques.
L’institution des Mouseia, dont la durée a été fort longue, a joui d’une grande renommée. Au moment delà première réforme des jeux, les Thespiens et la compagnie de l’Isthme et de Némée envoient dés ambassadeurs à toutes les cités grecques 8. Les princes étrangers s’y inté¬
ressent2. Les jeux portent le titre dWéfW et s’égale, ainsi à des jeux qui comptent parmi les plus célèbres i la Grèce10. Les catalogues agonistiques qui nous ontér conservés prouvent que les artistes venaient à Thesci^ de toutes les parties du monde grec11, p. jAM ^ S
MUCIA. — Fête annuelle célébrée en Asie Mineure en l’honneur de O. Mucius Scaevola qui, l’an 654 de Rome (101 av. J.-C.), avait administré cette province en qu i lité de préteur \ avec une sagesse et un désintéressement dont les habitants de la province voulurent per pétuer la mémoire. Cette fête fut respectée encore par Mithridate 2. Hunziker.
MUCINIUM [ SUD A R IU m] .
MUIiNDA (grnvSa). — Jeu grec, qui semble identique à notre jeu de colin-maillard. Son nom vient de ce que le patient devait fermer les yeux (gûetv). Pollux le décrit ainsi1 : « Un des joueurs, fermant les yeux, crie « Gare à vous ! » et les autres s’enfuient ; celui qu’il prend est obligé de fermer les yeux à son tour. » Cette description, si simple qu’elle soit, soulève cependant plus d’une difficulté. D’abord nous ne voyons pas bien en quoi la Muinda
se distingue de la Mouche d'airain [chalké muia]2. Ensuite nous savons par Pollux qu’il y avait plusieurs manières d’y jouer. Il ajoute en effet: 2° « ou bien un des joueurs ferme les yeux, les autres se cachent et il les cherche jusqu’à ce qu’il les ait pris ». Mais les cherchaitil les yeux fermés ? C’est vraisemblable ; sinon il n’y aurait aucune différence entre la Muinda et le jeu de cache-cache [apodidraskinda] ; 3° « ou bien encore un des joueurs ferme les yeux et quand il en a touché ou désigné un autre, il doit deviner et dire son nom, jusqu’à ce qu’il tombe juste ». Ceci est plus clair, quoique la rédaction du texte grec ait donné lieu à des soupçons
justifiés3. Georges Lafaye.
MULCTRA, MULCTRALE (’AgoXyeûç, àgôXytov)1. — Vase à traire le lait2. C’était sans doute une sorte de ter¬
rine ou de jatte; on n’en connaît pas exactement la forme. Par métonymie, le même mot désignait le lait lui-même et le lait caillé3. On disait aussi mulctrum * et mulctrarium 3. E. P.
MULIO. ’Opsoxogoç, TjgiovTjyô;. Muletier. — La profession de muletier, aussi ancienne que les mulets [mulus], devint lucrative surtout à l’époque romaine, lorsque des relations plus faciles s’établirent entre les peuples et que le goût des voyages se répandit. P. Ventidius Bassus, consul en 43 av. J.-C., passait pour avoir été autrefois entrepreneur de transports publics et même muletier dans la Gaule cisalpine, sa patrie; Virgile a raillé agréablement les travaux de son humble jeunesse ; nous le voyons courir de relai en relai entre Brescia, Mantoue et Crémone, déposer les bagages le long des routes boueuses, et couper avec des ciseaux la crinière de ses mulets1. Ces mo destes travailleurs qui fournissaient de liés longues
1 ’Eiîiov itotY) Tqç, auXv)T ctù Ain 1 ; , xiOaçiUTTqs, xiOaçwt&o; (Ibid. XIX, p. 314,11° 1, et p. 332, n° 6). — 2 Ibid. XIX, p. 333, n° 7. Sur mot iirtvuetov, cf. Foucart, De collcgiis scenicorum artiflcum apud Graecos , p. 99. — 3 Bull, de corr. hell. XIX, p. 328 sq. ii« 4: réponse d’un prince étranger à une ambassade des Thespiens au sujet des Mouseia. — 4 Ibid. XIX, p. 335 sq. nos 10-14; XXI, p. 569 (G. Colin). Sur le sens des mots uicoxçitïj; itaXaiaç et xatvyjç TpafwSia; ou xb>|A'p$ta{; cf. Foucart, Op. I. p. 71-72, et Bull, de corr. hell. IX, p. 410. — 6 <ï>iXotcjji,wç itàvu xa' XajAicpSç ( Amat . 1). — 6 Bull, de corr. hell. XIX, p. 340 sq. n°* 15-17 : ils portent alors le nom de Tpaïav^a ’ASptav^a EeSaarîîa MoutxeTa (û° 16). — 1 Ibid. p. 345, n° 18. — 3 nçb; toùç a ont où; "£ Activa; (Bull, de corr. hell. XIX, p. 315, n° 1). — 9 Ibid. XIX, p. 328, n° 4. — 10 Ibid. XIX, p. 322, n°2. — H Ibid. XIX, p. 365 sq.
AILJCIA. 1 Tit. Liv. Ep. 70; Diod. XXXVI, p. 610; Cic. Ad AU. V, 17, 5; Ascon
Hic. Divin, p. 122; In Verr. Il, p. 210 Orelli. -2 Cic. fn Verr. Il> [U1NDA . 1 Poil. IX, J 13. —2 Quoiqu’il n'y ait aucun rapport entre i*™.
1 Cf. Ilesych. s. ». ; Etym. Magn. s. v. SçawTc’ vS* ; Thcognost. ap. « ’
p. 1353. — Bibliographie. Voir celle de ludus, el parlicu i rcmei > ^
si ehung und Unterricht im Klassischen Alterthum, I, G urz jo b<
2 ; Becq de Eouquières, Les jeux des anciens, 1873, p. 84.
tULCTRA, MULCTRALE. 1 Theocr. VIII, 87; XXV, 10 /"^Polum VII . - 2 Virg. Georg. III, 177; Eclog. III, 30; cf. Scrv. Ad h. I - Jo «£■
- 4 Hop. EPod. XVI, 49. « Variante d ernulctralia » L 177. Quelques manuscrits donnent aussi mulgana. jurd’hui écartée; voir l’édition de Virgile par Benoist, Ad. I.
IULIO. 1 Virg. Catal. 8.
MUL
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courses en changeant leurs hôtes aux stations, ces mulioties perpetuavii *, mis à la disposition du public par des entrepreneurs, avaient des confrères plus heureux : c’étaient les muletiers qui faisaient partie de la domesticité des grandes maisons 2. Il y en avait naturellement chez les empereurs dans le service a jumentis [jumenta] ; Néron habillait les siens avec une prodigalité qui fut remarquée 3. Les muletiers, chargés de conduire les équipages des armées, étaient compris parmi les valets désignés sous le nom de calones i.
Ledit de Dioclétien fixe le salaire maximum d’un muletier à 25 deniers (O fr. 60) par jour avec la nourrilure en plus . Par le même document nous connaissons aussi le pi ix des grosses chaussures dites caligae tnulionicae sive rusticae [caliga] et du fouet indispensable à la profession, le flagellum rnulionîcum [flacellum] 6.
Les muletiers, dans certaines villes traversées par de grandes routes très fréquentées, formaient des corporations. Celle de Pompéi était assez puissante pour intervenir dans les élections et patronner des candidats aux fondions municipales7. Georges Lafaye.
MULLEUS [calceus].
ULLOiVlLDlCUS, dit aussi medicus veterinarius 1 , en grec tTTTriaxpoç, 'nzitcncnpdç -, l7X7rcjL>totTpdç 3, nrjrtxoç taxpôç i. —
1 mnino 1 indiquent ces formes, l’art du vétérinaire consistait essentiellement à soigner les animaux de trait, de bât ou de selle, chevaux et mules; les soins médicaux qu exigeaient les autres animaux domestiques rentraient plutôt dans les connaissances générales des agronomes. Toutefois, en principe, la médecine vétérinaire embrasse tout le règne animal en dehors de l’homme : sicut animaliapost hominem, Un ars veterinaria post medicinam secunda est, dit Yégèce au début de son traité. Mulornedicina est synonyme d 'ars veterinaria , en grec
iTmiarpixot.
Nous ne nous occuperons pas ici du développement de 1 art vétérinaire dans l’antiquité ; il suffît de dire que si, lu comme en médecine, le charlatanisme et l’empirisme grossier eurent et gardèrent de nombreux adeptes, si la thaumaturgie des Asclépieïa ne fut pas dédaignée3, les vétérinaires, surtout depuis l’époque alexandrine, acquirent des connaissances théoriques et pratiques très sérieuses, à tel point que ceux d’aujourd’hui peuvent se croire, à bien des égards, leurs continuateurs6. Les O'tcrinaires latins, dont le plus remarquable est P. Fla-
,vlus Vegetius Renatus7, ont surtout traduit et compilé les auteurs grecs.
V côté des vétérinaires civils, qui paraissent avoir été a ordinaire des affranchis8, et dont la profession se transmettait quelquefois de père en fils 9, il y avait des vétérinaires affectés aux corps de troupe, dont la condition
lHl"'s est-très peu connue. Les animaux blessés ou
malades étaient soignés dans un local particulier du camp, dit veterinarium10. Il est aussi question d’un
a'. Paul^fn’,1' - 2 P,aut AnluL *’ 27’ — 3 Suet. Ner. 30; Vesp. J* r? T' fi’ 72 ; hi,J- XXX111- 7- 12’ § 9; Corp. inscr. lut. VI, 7409. 19 Blr!3’ De DfL ■ GalL VH’ 45 : Fl'on,• 4- 5. - 6 Edict. Dioclet. VII,
Mulelicî-o H6*1 ' ,6 IX’ 5 X’ 18- —:Co,'P- inscr- lat. IV, 97, 113, 134.
V, 7S37 nomi',es ]ln,l- I". )05;i7 (bas-relief représentant une roue et un fouet! ,
niulols • u aS.r° i° ni P mutetler devant un chariot à quatre roues attelé de deux , Musée de Turin) ; VI, 9046; XII, 2462 c.
- ' /éJME®*CUS- 1 CorP- inscr- 4at- V, 2183. 2 Corp. inscr. gr. 1933. toire d’un" , , Lclronll(,’ 1,ec- 'b >73- ~ 3 Aclian. Nat. anim. XI, 31, his-
«Ics Vélé" a"f|"cl SéraPis "ndit l’usage de l’œil droit. - G |.0UP llne Iislc
maires connus et de leurs œuvres, voir Fabricius, Biblioth. graec. t. VI,
\elei inaire impérial, Kato-apo? tir7rtarp<l<, attaché sans doute aux écuries de Pempereur n.
Les vétérinaires sont énumérés, au Digeste, parmi les artisans exemptés des munera graviora par le fait même de la profession qu’ils exercent 12.
L’édit du maximum de Dioclétien fixait les salaires des vétérinaires pour la tonsure (xâpOpa), l’entretien des pieds {aptatura pedurn, ivuyiffgôç), la saignée ( deplctura , aTroTtX-qsojiTtç, cf. agaso, fig. 172), le nettoyage delà tête, des yeux, des narines, etc. ( purgatura capitis, xâOapu-ç) ,3. Le prix de chaque opération est fixé par unité d’animal traité; le vétérinaire ne travaille pas à la journée, mais <x la tâche (six deniers pour les deux premières opérations, vingt pour les deux autres).
L 'aptatura pedurn constituait naturellement la principale préoccupation du mulomedicus , car le pied est à la fois la partie la plus délicate des équidés et celle dont le bon état est le plus indispensable à leur emploi14. Les anciens, qui ne connaissaient pas la ferrure à clous, veillaient avec un soin particulier à l’hygiène des sabots' sans cesse menacés par l’humidité des écuries, par l’as-
Fig. 5153. — Vétérinaire.
périté des routes et par les déformations pathologiques de la corne. On appréciait chez le cheval l’épaisseur et la durete de 1 ongle; on voulait que le sabot du coursier résonnât sur le sol comme une cymbale ( sonipes , yaÀxoTrou;) . Les écuries devaient être bien sèches et pourvues d’un sol qui ne fût ni trop raboteux ni trop lisse"'. Malgré les précautions prises, l’usage des onguents et des frictions avec du vin17, les maladies de la corne étaient très fréquentes, par suite surtout de l’état des routes ; les chevaux destinés au cirque en souffraient aussi ( ungulae allritae , detritae , subtritae)'\ et les animaux de bât, mulets ou ânes, tombaient boiteux par usure des sabots16. La cavalerie d’Alexandre, en Asie, perdit ainsi un grand nombre de ses chevaux20.
On conseillait de rafraîchir l'ongle en le coupant21 ; cela était surtout nécessaire chez les chevaux dont là corne- trop allongée détruisait l’aplomb22. Cette opération rentrait dans X aptatura pedurn, dont il est question dans 1 Édit de Dioclétien. L’outil en bronze à lame de fer dont
on se servait a cet effet, le boutoir, ferra mention conci-
p. 494 (1. VIII, p. 9, éd. Harles. ; Panly, Iieal-Encycl. art. hipf.atiuca, p 135* et Krnmbaclier, Gesch. der bys. Litt. 2* éd. p. 263. 7 Touffel, Gesch. der ht lin éd. !.. Schwabc, t. Il, p. 1103. - 8 Un affranchi medicus veterinarius , Corp ln*cr lat ■ V 2183. - 9 Corp. inscr. gr. 1953 ; O0.X,?„v*s
o Hygin. De mun. castr. 4. U Marquardt, Itôm. Staatsverwalt. II, p 557 Le ren voi qu’il donne (Ephem. arch. 11,692) paraît inexact. — 12 Dig. L, 6 6 - 13 Edict Diocl. éd. Mommsen et Bliimner, VII, 20. - H G. Robert, lier, 'arch 1870 II ' »7 - 18 Hom. n. VIII, 41 ; Pind .Pyth. IV, 226(4.«.5/a,s,V;); Colnm. /?. rust ' VI »9 Xen. nEp. 'I™. 1. - IG Xen. Uîp. 4; WP/. I ; Colnm. /t. rust I 73 •’ IV 30. 1/ Veget. Afulomed. I, 56; II, 58.-18 /Airf. R, 55. ,0 Ap„| A,, U,, 4. - 20 Diod. XVII, 14. 21 Veget. Mulomed. I, 56. - 22 Apul 4/ef. lX ll
MUL
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sorium, crp.t X-r, , «rgiÀtov, était aussi employé dans diverses opérations do chirurgie vétérinaire comme la dessolure *. Ch. Robert a décrit et figuré des instruments qu’il considérait comme des boutoirs et dont le plus intéressant est conservé au musée de Grenoble : le miilomedicus est au moment de panser le pied du cheval Stratilatès (fig. 5153) 2. Sur un autre objet de la même série, à Naplés3, un homme soutient de la main gauche la jambe d'un cheval et dirige de la main droite un outil contre le sabot de l’animal (fig. 5154) L
Pour préserver les pieds des animaux dans les terrains
Fig. 5154. — Bouloir de vétérinaire.
fangeux ou rocailleux, on les chaussait de sandales [soleae) qui étaient tantôt en métal, tantôt en sparte ou jonc d’Espagne. Les Grecs appelaient ces sandales ÛTroovi grra 5, tWou Ô7toSrjgaxa 6. U est question, dès le ivc siècle av. J.-C., de chaussures en cuir, xapSaxtvai, à l'aide desquelles on préservait les pieds des chameaux qui suivaient les armées 7. C’est avec des xapêaxtvai de ce genre que les soldats de l’expédition des Dix Mille remplacèrent les souliers qui leur manquaient8. Dans YAnabase, Xénophon raconte qu’en traversant une région montagneuse et couverte de neige, on attacha de petits sacs, souda, auLour des pieds des bêtes de somme, afin d’empêcher qu’elles n’enfonçassent jusqu’au ventre9. Catulle parle d’une mule qui laisse sa sole (ferream so/eam) dans un marécage10. Poppée, la femme de Néron, fit chausser ( induere ) ses mules de sandales d'or 11 ; celles de Néron avaient des sandales d’argent 12. Suétone, dans sa Vie de Vespnsien , parle d’un muletier qui s’était arrêté pour chausser les mules de l’attelage impérial13. Cette histoire montre que l’opération consistant à chausser ( calceare ) les mules pouvait s'effectuer en chemin et sans l’intervention d’un spécialiste, ce qui serait inadmissible s’il s’agissait d’une ferrure à clous. D’autre part, il en ressort que les sandales n’étaient attachées aux pieds des animaux qu’à certains moments, lorsque la route devenait mauvaise, et qu’elles n’étaient pas uniquement destinées à protéger des pieds malades, car Vespasien ne se fût pas mis en route avec un attelage de bêtes avariées1*.
Il n en est pas moins certain, par le témoignage iL vétérinaires anciens, que la soiea de sparte ou de W, était en usage pour préserver les sabots atteints 1 fissures ou d autres maladies. On l’attachait avec lacets ou des cordelettes (, lemnisci , fasciolaeV 8 p"! traiter le piétin des bœufs, Columelle conseille de revêt; le pied d’une solea spartea ", chaussure encore employée par les paysans espagnols. Le même conseil est donné par Palladius qui, dans un autre passage, montre que la sandale de rebut, vêtus spartea qua animalia calceantur était considérée comme prophylactique, au même titre que les fers des chevaux de nos jours11.
Les archéologues modernes appellent hipposandales 18 certains objets en fer affectant la forme de chaussures ouvertes, pourvues latéralement de deux rebords et, à la partie postérieure, d’une tige surmontée d’un crochet ou d’un anneau. On a proposé le nom de busandale pour des objets analogues, mais plus petits, qui auraient servi à garantir les pieds des bœufs, comme les hipposandales protégeaient ceux des chevaux et des mulets.
Ces armatures métalliques, qu’on a parfois considérées comme des sabots de voiture, des étriers, des entraves, des supports de lampe, etc. 19, se sont rencontrées en grand nombre en France, en Belgique, en Suisse et dans l’Allemagne occidentale ; on en trouve aussi en Angleterre, mais elles sont rares ou font défaut en Italie et dans les provinces orientales de l’Empire. Elles semblent être particulièrement fréquentes dans les endroits autre¬
fois occupés par les légions, comme les camps de Saalburg, de Heddernheim et de Dalheim. Notre figure 5157, d’après un dessin de M. Bonsor, en réunit les principaux types et indique la manière dont l’hipposandale peut avoir été attaché au sabot20. Nous reproduisons a part (fig. 5155, 5156) un modèle insolite découvert à Verlillum (Côte-d’Or), dont la partie centrale est évidée et dont les branches sont fixées à l’arrière par deux gros rivets Un des derniers auteurs qui ait traité la question, M. L. Jacobi22, repousse l’opinion de MM. Lindenschmil, Cohausen, etc., qui croyaient les hipposandales réservés aux sabots des bêles malades. Us sont, pour cela, beaucoup trop nombreux; à Dalheim comme à Saalburg, on
1 Ch . Robert, Rev. arch. 187G, II, p. ,32; Vegel. Alulomed. II, 50.
— 2 Ibid. p. 12. — 3 Ibid. p. 19. — ’* Fragments d'outils analogues dans le recueil de Caylus (IV, 84) et au Musée de Bar-le-Duc (Rev. arch. 1870, 11’ p. 22). — » Arr. Epict. Diss. IV, 1, 80. — 6 Artemid. Oneir. IV, 30
— 7 Arist. Hist. anim. Il, 2. — 8 Xen. Anab. IV, 3, li. — 9 Ibid. IV, 5, 30.
— 10 Calull. XVII, 20. — 11 Plin. Hist. nat. XXXIII, 140. — 12 Sue!.' Ner. 30. En 10S3, en Italie, il est encore question de chevaux de luxe munis de chaussures d'argent (P. Nicard, Mém. de la soc. des Antiq. 1800, p. 130). — 13 Suet. Vesp. 23. — 14 Blümner, ap. Mommsen, Edict. Diocl. p. 110. — 13 Colum. VI, 12;Galcn. De alim. I, 9; Veget. Mulomed. I, 20. — lu Colum. Ibid. — n Pallad. I, 24, 2.
— 18 Bu.ll. des cumm. belges , 18G9, p. 287; Bull, monum. 1808, p. 129; Congrès archéol. 1875, p. 97 ; Inst, de Luxembourg , 1852, 1850, 1875 ; Journ. Brit. Assoc.
54, p. 251; Lindensclimit, Alterth. I, 12, 5; IV, 28; Rev. arch. U'O.P- 1 ’
75, 1, p. 140; 1870, II, p. 28; 1900, I, p. 290. - 19 Fleming. Horse-s j1"8* wse-shocing , Londres, 1869; Quicherat, Rev. arch. 1 F* * ' ' ?ay ^
mit plus tard (pie les hipposandales tenaient lieu de ferrures (Rev. n$ *
73, l. VI, p. 255). I.e général Pitt Hivers y a vu d'abord les armatures .nféueur^ s brancards de traîneaux, puis des snowshoes ( Excav . in Cianboinc ’ um,
I, p. 77-79). — 29 Rev. arch. 1900, I, p. 290. Légende: 1, 2, 3, lln“9 ,,
couvert à Londres; 4, 8, mont Bcrny (Oise); 9, >oie romaine ^
arne); 10, 11, Jura; 12, 13, Alise-Sainte-Rciuc (le n® 13 est un
iu par le personnage gravé fig. 5159; 15, Carmona (Espagne).
- ° « Y „ ■ t \r /ioQK\ 22 I,. Jacobi, Dût
la Soc. archéol. du Chatillonnais, t. V (ib»o).
emerkastell Saalburg , Hambourg, 1S97, p. ^>27.