‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 268 sur 275 · MU H · texte numérisé non relu

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soutènement polygonal de Delphes (fig. 5184) 1 , le mur d’enceinte d’Abae2, et, en Attique, la partie polygonale du mur de cel/a au vieux temple de lihamnonte3 .

Fig. 5183.

Tels sont les procédés que l’époque achéenne légua aux Hellènes. De l’Argolide, ils se propagèrent en Bëotie, où se trouvent d’imposants spécimens d’appareil cyclopéen dans les restes des digues du lac Copaïs, construites par les Minyens4; d’appareils à assises réglées dans le tombeau de Minyas à Orchomène5. L’île de Gha, dans le lac Copaïs, avec son enceinte pélasgique et les restes de son palais, rappelle la technique mycénienne

Fig. 5184.

et crétoise 6. Les procédés de fortification pélasgique ont aussi laissé des souvenirs importants sur l’Acropole d’Athènes7, où ils remontent à l'époque des rois. Ils se propagèrent dans la Grèce du Nord, en Llolie, en Acarnanie \ en Épire, en Thessalie, et de là dans toute 1 Italie, où nous les retrouverons plus loin, dans les îles et en Asie Mineure, dans les contrées soumises à la Lydie.

IL Période hellénique. — De l’héritage mycénien, les Hellènes abandonnèrent les appareils cyclopéens etpélasgiques. La manœuvre des matériaux colossaux, avec les nouvelles conditions de la main-d’œuvre dans les républiques helléniques, cessait d’être pratique et économique; le système des petites acropoles blindées de remparts énormes, oùles anactes mettaient leurs trésors en sûreté, ne répondait plus au régime des cites hellé-

i Perrot-Chipie*, O. I. VII, p. 330, fig. 151, d’après un croquis de Tournaire. -

2 Gell. Probestilclce, pi. xxv. — 3 Perrot-Chipiez, VII, p. 331, fig. 1 j3. * Cara anis,

Bull, de corr. hell. 1892. p. 134. - 5 Ausgr. in Orchom. ( Zeitsch .

t XXVIII); Perrot-Chipiez, VI, p. 438 sq. - 6 De Ridder, Bull, de corr. hell. XVIII,

p. 271 • Noack. Athen. Mitth. t. XIX, p. 405. - 7 E. Curlius, Stadtgeschxchte, p. 48;

Perrot-Chipiez, VI, p. 422 sq. — » Voir Heuzey, Le Mont Olympe et V Acarname ;

niques, qui plaçaient leurs richesses sous la sauvegarde des dieux et des armées nationales, ni aux nécessités défensives des grandes villes centralisées, ni au progrès de l’armement et de la guerre de siège. Mais rien de ce qui put être adapté aux besoins des sociétés nouvelles ne fut perdu. Les maçons du temps de Përiclès et d’Épaminondas continuèrent àemployerles procédés primitifs de leurs prédécesseurs troyens, crétois et achéens, concurremment avec une technique perfectionnée.

C’est ainsi que l’architecture militaire et l'architecture privée trouvèrent encore leur compte dans l’emploi delà brique crue armée. L 'Iliade décrit le rempart construit parles Grecs devant Troie; il se compose de moellons, de terre pilonnée et de brique crue avec un chaînage encastré9. Ce procédé archaïque, loin de tomber en désuétude, se trouva convenir le mieux à l’édification des vastes enceintes urbaines du Ve et du iv° siècle, parce qu’il était rapide, économique et amortissait le mieux les coups du litliobole et du bélier 10. Tel était, au v° siècle, le rempart de l’ancienne Mantinée, détruit en .385 par Agésipolis à l’aide d’un cours d’eau détourné11. Il fut reconstruit après 371 sur un socle de pierres (xpYjiu'ç) plus élevé (de 1 à 2 mètres) pour mettre la brique à l’abri de l’inondation. Ce soubassement isolant reposait sur une ligne de fondations peu profondes, et se composait de deux parements parallèles servant de cadre à un blocage de moellons (),t0oX6Yï|p.a) noyés dans la terre. Le parement externe, en grosses pierres appareillées de la façon la plus variée soit en assises réglées à joints verticaux, soit en appareil trapézoïdal, ou polygonal, est

entouré d’un ruisseau circulaire faisant office de fossé, et destiné à contrarier les mines et attaques au pied du mur ; l’eau ne baigne pas d’ailleurs le pied même du

socle, mais en est séparée par une risberme en terre taluj lée, de 3 à 4 mètres de large, destinée à prévenir le glissement d’une muraille dont les fondations ne pouvaien pénétrer profondément dans le sous-sol où la nappe phréatique apparaît à 1 ou montre ce dispositif, qui

breuses variantes de détail. On constate l’emploi,

2 mètres de fond. La figure 0185** présente d’ailleurs de nom- ’ ’ dans le des

parement externe, de pierres en bou tisses plongean , a intervalles réguliers, dans la masse du blocage. La de contre-parement, au niveau de 1 aire enc ose, . “ " pierres plus petites. Le corps du rempart, en q crues, n’a plus laissé de traces mais des mas es d ^argile

qui en provenaient ont été retrouvées portes. Ce qui subsiste des remparts Mégalopolis atteste que ces

a i intérieur de Tégée et de enceintes avaient été cons-

. . a 11 XII 29, 259, el le rem-

lummer, Akarnanien ; Woodhouse, Aetoha. • g . Euripid. Antiop-

le la ville des Phéaciens, Odyss. VI, 44-40; cf. JL , ■ - Diod. xv, li;

Polyb. VI, 57, 7. — 10 Voir mdkitio. on’ ]o éje môme strata-

VIII, 8, 7; Fougères, Mantinée, p. 417sq. Cimona P 5 i2 fougères,

contre les mors d'Eion à l’aide du Slrymon ;Paus. VIII, 8, 9).

‘inée, p. 158, fig- 33.

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truites d’après le même système1. Le devis de la reparution de l’enceinte d’Athènes 2, dans le dernier tiers du [V° sièle, nous montre que les pierres du socle, haut seulement de quelques pieds, étaient disposées en lits horizontaux avec quelques décrochements, et à joints montants obliques, ajustés au ciseau dans le voisinage des parements; à l’intérieur du massif, qui était en pierres et non en blocage, les interstices entre les pierres étaient bouchés avec des moellons assujettis par des coins d'olivier ou remplis de mortier d’argile mêlée de paille hachée. Le corps du mur était en briques crues (TtXfvOoç), liées au mortier de terre délayée, avec un chaînage de solives longitudinales (Opâvot) et transversales (’évoscaoi). Le sommet du mur formait une galerie crénelée recouverte d'un toit. Tel était aussi le mur construit par les Péloponnésiens devant Platées, d’après Thucydide3.

L’architecture continua aussi à faire un large emploi de labrique crue pour les habitations privées, et même, dans certains pays, en Argolide, à Épidaure, en Arcadie, en Élide, en Phocide et ailleurs, pour les édifices publics, temples et bâtiments administratifs. Les murs de beaucoup de maisons à la campagne, et même dans des villes comme Athènes, étaient en brique crue : l’industrie llorissante des Toiywpûyot, voleurs qui cambriolaient les logis en perçant des ouvertures dans les murailles, l'atteste clairement4. Des restes d’édifices publics construits en brique crue ont été retrouvés à Olympie (Iléraion) 5,

Fig. 518G. — Soubassement du Bouleutérion de Manlinée.

à Épidaure' (portique de Colys) c, à Mantinée (Iléraion, temple de Zeus, Bouleutérion)7. La figure 518G 8 représente l’appareil composite du socle en pierres de ce dernier édifice, avec une partie de substructions,en conglomérat d’appareil hellénique à bossages. Les auteurs citent, comme bâtis en briques crues, un temple de Panopée en Phocide9, le vieux temple d’Apollon à Mégare10, les deux temples de Patras et les palais de Crésus à Sardes et de Mausole à Halicarnasse H. A l’intérieur, le mur de l’IIéraion d’Olympie était contrebuté par des contreforts saillants.

Mais, en même temps, la maçonnerie de pierres appareillées prenait un nouvel essor, grâce à l’outillage de fer12; de plus, la décadence du mégalithisme obligeait les constructeurs à rechercher la stabilité non plus dans la lourdeur des matériaux, mais dans la perfection géométrique de l’assemblage à joints vifs. On continua à construire des murs en moellons non travaillés, simplement noyés dans le mortier de terre, pour les fortifications qu’improvisaient les troupes en campagne, dépourvues d’outils et pressées par le temps : tel était ce mur élevé par les Athéniens à Pylos, avec des pierres triées d’après leur forme (Xt'Ôoi XoydSs;) et liées avec de la boue que les soldats portaient sur leurs mains croisées derrière leur

1 Bérard, Bull. corr. hell. 1892, p. 529 sq ; Gardner, Loring, etc. Excavations at Megalopolis. — 2 Choisy, Études épigr.sur l’archit. gr. 2e étude. — 3Thucyd. 111,21. — 4 Aristoph. Nub. 1327 ; Ban. 807 ; Plut. 505. Ce genre de vol prospère aujourd'hui encore dans les villages d’Asie Mineure construits en pisé. Les restes de la vieille Athènes, autour de la colline de la Pnyx, supposent des murs de brique crue (Perrot,

dos13. Cette construction, dite Xoyâoïjv, n était qu une application expéditive de l’appareil pélasgique. Llb* exigeait surtout du coup d’œil de la part des ouvriers chargés de trier des pierres aux angles concordants . cette catégorie de maçons s’appelaient XiQoXoyot, par opposition aux XiOonpyot', épanneleurs, et aux Xi0o;ooi, ravaleurs. Il arrivait aussi que, par une survivance des anciens usages, on continuait à employer les chaînages de bois dans les maçonneries de moellons : tel ce mur du Pirée, composé d’assises de pierres qui alternaient avec des lignes de madriers parfois longs de 10 mètres **.

Les exemples cités plus haut, d’enceintes en briques crues, proviennent de villes bâties en plaine. Dans les régions montagneuses, qui constituent la plus grande partie de la Grèce, c’était uniquement à la pierre qu’on avait recours. La plupart des enceintes urbaines ne sont pas antérieures au Ve siècle 13. En fait de fortifications, les plus grandes villes ne possédaient jusqu’alors qu une acropole et quelques tours de guette et fortins d arrêt sur les passages de leurs frontières. Tant que dura 1 état y.arx xaijxa ç [komé], les villes restèrent ouvertes. Dans le courant du ve et du ive siècle, on sentit le besoin de mettre les grandes agglomérations en état de défense. Alors surgirent partout les remparts ; on citait, au début du iv" siècle, comme des exceptions, les villes restées sans enceinte, comme Sparte qui ne fut fortifiée que par Nabis, et comme Iléraia encore . ouverte du temps de Xénophon 16. D’ordinaire, la construction d’une enceinte fortifiée suivait d’assez près le synœcisme. A part les exceptions citées plus haut, dans les terrains où la roche est presque plus abondante que la terre, les villes optèrent pour des remparts de pierres. Les appareils les plus variés, réguliers et irréguliers, polygonal, à assises réglées, à décrochement, à joints obliques, furent employés concurremment. Les plus remarquables parmi ces enceintes sont les Longs-Murs d’Athènes, les remparts de Stymphale, de Phénéos, de Cleitor, de Psophis, de Phigalie, d’Aléa en Arcadie, des villes de Triphylie, notamment de Lépréon, de Samicon, d’Epéon, de la Nouvelle- Messène,’ et les très nombreuses forteresses d’Étolie et d’Acarnanie (OEniadae, le sanctuaire de Thermon), de Phocide (Élatée, Abae), de Phtiolide et de Thessalie (Thèbes de Phliotide), etc. Le mouvement gagna tout le monde hellénique, les îles, l’Asie Mineure. La plupart de ces murs sont construits sur le même principe : un double parement de pierres taillées encadrant un blocage de moellons, sur une épaisseur de 4 à 5 mètres. Les Longs-Murs d’Athènes, construits sous Thémislocle, reposaient, dans certaines parties marécageuses, sur des fondations liées à la chaux 17, sans que, pourtant, le mortier de chaux fût encore employé comme lien dans le corps des murs. Ce qui reste de ces murs

O. I. VI, p. 420; VIII, p. 55 ; Curtius, Stadtgesch,p\. m).— 5 Olympia W.Baudenkmüler, p. 31. — G Paus. II, 27, 7; Xavvadias, ‘Av<x<rxao. èv 'Et.iS<xûçco.— 7 Fougères, Mantinée , p. 180 sq. — 8 Ibid. p. 175, fig. 43.— 9 Paus. X, 4, 3. — 10 I<j. J, 42, 5. 11 Vitruv. II, 8, 9. — l2EiS4fiaXi0ouçyixa,Thucj'd.lV,66. — ISThucyd. IV, 4, 66. — H C. B. Acad, fuser. 1867-8, p. 219. — 15 Perrot, O. I. VIII, p. 2. — 10 Hellen. III, 2, 27. — 17 Pl„t. Cim. 13.

Fig. 5187. — Rempart de Messène.

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montre un bel appareil à assises- réglées et à parement soigneusement dressé. 11 en est de même de la forteresse d'Iléétioneia, au Pirée, construite par Conon en 393-4 ’ . Mais le chef-d’œuvre du genre est le rempart de la Nouvelle-Messène, construit en 371, tout en pierres disposées en assises horizontales, sans blocage, intérieur et sur une épaisseur de 2 mètres (fig. 5187) 2.

Pour des remparts de vaste circuit, l’usage des assises réglées et des pierres soigneusement dressées ne pouvait être qu’un luxe exceptionnel. Quel qu’en soit l’appareil, la pierre de rempart présente d’ordinaire beaucoup de saillie. Cette facture fruste lui est presque nécessaire, puisqu’elle est une condition de solidité pour un ouvrage exposé aux coups des machines de siège. Mais, dès l’époque mycénienne, on avait entrevu l'idéal dans un appareil à assises strictement horizontales, à parement lisse, à joints vifs [murus, fig. 5176]. C’est celui auquel font allusion les poèmes homériques dans les termes de cjea-rot XtOoi, de même qu'ils célèbrent les mixivoi Xîôot ou murs de moellons par opposition aux murs de brique crue, et les murs couverts d’un enduit (àTCGaTt'XpûvTs; àXsi'cfaxoç). Ce qui, dans l’architecture militaire et funéraire de l’époque archaïque, n’est encore qu'e tâtonnement, devient un procédé conscient et sûr de lui-même au vc siècle. Ce fut surtout l'architecture religieuse, naturellement soucieuse d’eflets esthétiques, qui contribua au perfectionnement des anciens procédés. Durant la période archaïque qui va du viiic au début du ve siècle, les constructeurs emploient de préférence la pierre tendre, tuf ou calcaire coquillier, qui se débite aisément à la scie et se prête aux combinaisons géométriques. Le tuf entre dans les substruclions d’un nombre assez notable de temples archaïques : on l’a retrouvé à Corinthe, à Sunium, au Ptoïon, à l'Acropole d’Athènes, à Égine, à Eleusis, à Olympie, en Sicile, en larges assises. Là où il était apparent, on en dissimulait les rugosités et les trous à l’aide d enduit de stuc polychromé. Mais le progrès suprême fut réalisé par l’emploi architectural du marbre dans le milieu du ve siècle. Les carriers du Pentélique et les Xiôoupyoi athéniens du temps de Périclès devinrent les maîtres de toute la Grèce, après avoir été eux-mêmes les disciples des sculpteurs dans le traitement d'une matière facile à dresser, mais précieuse et délicate et qui exige des mains adroites et attentives. La technique du marbre pentélique poussait à la tinesse et à l’exécution sans défauts. Les constructeurs athéniens des murs de cellas arrivèrent logiquement à dégager des errements antérieurs une méthode précise, qui se résume dans les principes suivants : 1° Régularité mathématique de l’appareil, soumis à la règle des proportions. Chaque pierre devient unité dans l’ensemble ; ses dimensions et sa figure sont par conséquent calculées de façon a contribuer à 1 harmonie générale3. Le principe de l’assise horizontale à joints verticaux devient absolu, avec ce perfectionnement que le joint vertical tombe exactement sur le milieu du carreau sous-jacent. Lorsque toutes les assises ont même hauteur, on a l’iTÔoogov de Vitruve, que les modernes appellent appareil hellénique. Lorsque des assises de hauteur différente alternent, on a le ^suôwo'Sogov 4.

i hall. corr. Ml. XI, p. 1-29 et 200. - 2 Expéd. de Morée, I, pl. xxxix,

fig c. Voir les calculs fie proportions de M. Clioisy, Ét. épigr. à propos

de l ÉrecIitlieion et de l’Arsenal de Pliilon. — * Vitr. II, 8, 5. — ü Fabricius, De architeet. graeca comment, epigr. 1881 ; Clioisy, Études épigr. 4“ ét de.

2° Exclusion de tout liant entre les pierres, qui doivent s’ajuster à joints vifs d’une précision telle qu'ils soient presque invisibles. Pour assurer la cohésion do l’ensemble, on remplace le mortier par des agrafes métalliques scellées au plomb dans la masse. 3° Les ravalements sont poussés jusqu’au polissage, de façon que les plans de parement soient bien lisses. A l’article structura on décrira les procédés de taille, de dressement et d’assemblage qui permettaient de réaliser cette conception théorique, On sait par le devis de Livadie 11 quelles minutieuses prescriptions étaient imposées par les administrations aux entrepreneurs pour le dressage des faces, leur ravalement, la recoupe des joints, la pose, les scellements. La moindre malfaçon gâtait irrémédiablement un bloc coûteux ; tout accident de manœuvre pouvait causer une épaufrure. De là, l’habitude de ne donner aux pierres qu’une taille préparatoire dans le chantier. Au vie siècle, on aplanissait sur toute leur étendue les faces de lit; au ve siècle on arrive à plus de précision, en démaigrissant les faces par champlevé, ne laissant que le long des arêtes une surface de contact soigneusement ciselée et polie de 10 à 15 centimètres (fig. 5188) fi. Les plans de lit étaient réglés au rouge : on présentait contre la face à dresser, un plateau de marbre chargé de sanguine; les points qui se marquaient de rouge étaient à repolir \ Pour prévenir les accidents pendant le bardage, on laisse les faces de parement à l’état d’ébauche, et le ravalement s’exécute sur le tas, en prenant pour guides des refends

ciselés qui servent d’amorces pour le travail. Parfois on eut l’idée de conserver comme éléments décoratifs les bossages encadrés par ces refends : ce parti était adopté surtout pour les appareils de pierre plus grossière que le marbre ; on en a un exemple dans la figure 5186. Le bardage des pierres était préparé par des entailles ou c es

tenons saillants destinés à maintenir les cordages ; partois

ces tenons, au lieu d’être ravalés après la pose, ur > conservés comme ornements. Sur le mur des Propy evs ils subsistent parce que le temps a manqué pour pai air travail. Les pierres montées étaient ensuite serrees a J sur les assises à l’aide d’encoches où l’on engageait ex mité d’un levier ou d’une pince qui chassait doucem^ J ^ pierre à sa place : les figures 5189, 5190 et 51 Qn

la place de ces encoches et la manœuvre des •

en trouve d’autres dans les pierres du temp 6 ée à

cule à Agrigente. La liaison des pierres était ass »

, y vil <8* Pcrrot-Cliip‘ezi 1

— CKoldewcy .Antik.üaurested. Insel Lesbos,\. , - ■ Choisy, U'isL

p. 320, fig. 148.-1 Devis de Livadie, I. 108, 122, 15*. 8 U aPr

de l'archit. I, p. 274.

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Fier. 5189.

l'époque archaïque, par des goujons de bois ou de bronze; à partir du ve siècle on se servit surtout de ferrements,

crampons en forme de z ou de double T ou d’H ou de N et goujons scellés au plomb dans des mortai ses1. Les ferrements en queue d’a -

ronde semblent plus récents et sont surtout usités à l'époque macédonienne. La figure 5188 montre la place

des crampons et celle des goujons2.

L’appareil à assises réglées comporte d’ordinaire, à la naissance du mur, un soubassement composé de deux rangées de dalles dressées sur leur champ et séparées par un vide qui sert à assécher la base du mur (fig. 5192) 3. Sur cette plinthe isolante et qui fait une légère saillie sur le parement, les carreaux étaient assemblés suivant divers procédés :

1° Lits uniquement composés de parpaings (Siâxovoi), c’est-à-dire que l’épaisseur du mur est composée par les mêmes pierres allant d’un parement à l’autre. C’est un mode archaïque usité au vi° siècle (fig. 5192).

2° Les assises de parpaings alternent avec celles des carreaux posés sur les deux lignes de parement (fig. 5193) L 3° Les parpaings alternent

; yM

Fig. 5192.

Fig. 5i93.

à chaque assise avec des carreaux posés sur les deux lignes de parement avec un vide intermédiaire. Tel est l’appareil du mur d’Assos, représenté par la figure 5194 6. Dans quelques murs, les assises de carreaux alternent

de distance en distance avec des lignes de dalles plus plates qui rappellent à l’œil les anciens chaînages

apparents. Tel est le mur du marché d’Ægae, représenté par la figure 5195 6, et le mur de l’édifice du mont Ocha (fig. 5196) 7.

Fig. 5195. — Mur du marché d’Ægae.

4° Aux angles, prédomine l’appareil à besace et, à partir du ive siècle, l’appareil à crossettes, c’est-à-dire

Fig. 5196. — Sanctuaire du mont Ocha.

à pierres coudées, signalé dans le devis de l’arsenal de Philon, bâti vers 340. D’ordinaire la pierre d’angle est

1 Thucydide (I, 93) signale, dans l'appareil des Longs-Murs d’Athènes, des ferrements apparents ; cf. Perrot- Chipiez, O. I. VII, pl. xl. — 2 Durm, Baukunst d. Griech.%, fig. 59. — 3 Perrot, O. I. VI, p. 729, fig. 321. — 4- Perrot,

O. I. VII, p. 336, fig. 159. — 5 Texier, Description, pl. xi ; Perrot, O. I. VU, p. 335, fig. 157. — 6 Perrot, O. I. VII, p. 340, fig. 162. — 7 Voy. forxax, p. 1258.

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égale à une pierre d'appareil augmentée de la largeur d’un triglyphe *.

III. Période hellénistique et gréco-romaine. — Les seuls progrès que pouvait encore faire l’art de bâtir en Grèce devaient être plus économiques et utilitaires qu’esthétiques. L’art de la pierre équarrie avait dit son dernier mot et ne devait être renouvelé que par l’adoption de l’arc romain. L’appareil particulier à l’époque macédonienne est celui que Vitruve appelle l’sjjnrXexTov (fartura)~. Le mur est construit suivant le mode n° 3, et l’espace compris entre les assises de parement est rempli de blocage, suivant le système depuis longtemps employé pour les murs d’enceinte. Mais les deux innovations qui modifièrent le plus profondément les habitudes de la construction et permirent d’édifier avec économie et rapidité de colossales bâtisses en menus matériaux, furent l’adoption de la brique cuite, qui fait en Grèce sa première apparition dans le Philippeion d’Olympie3, et celle du mortier de chaux et de sable (xovta, àggoxovia) [caementum] qu’on trouve employé comme liant dans les murs de schistes des maisons deDélos au iPsiècleav. J.-C.4 [domus]. Les champs de fouilles d’Olympie, d’Épidaure, de Man tinée attestent, à l’époque gréco-romaine, un trèslarge emploi de la brique cuite, qui se substitue à la brique crue et au moellon. La pierre appareillée à la grecque, avec emploi des cintres et voûtes clavées, prédomine .dans les monuments publics des villes gréco-romaines d’Asie Mineure. Dès lors, la distinction n’est plus très nette entre la technique grecque et la technique romaine.

IV. PÉRIODE DITE PÉLASGIQUE EN ITALIE. — NOUS avons vu que les procédés de construction mycénienne avaient gagné l’Italie. Nombreuses sont les enceintes d’appareil pélasgique, polygonal et à décrochement. Comme spéci- . men de cyclopéen, on peut citer le mur de la ville des Aurunccs, d’une remarquable rusticité3. Pour les autres, nous nous contenterons de renvoyer aux recueils de Petit-Radel et de Gell; ces appareils se rapprochent de la technique fruste des enceintes de la Grèce du Nord, Ëtolie, Acarnanie et Épire. Les pierres y sont plus sommairement façonnées qu’en Grèce et rappellent davantage l’aspect de quartiers de roc. Une mention spéciale est due aux tours et bastions de l’enceinte de Norba6, dont les parements sont assez fortement talutés, dispositif dont la Grèce n’offre pas d’exemple1. G. Fougères.

Rome. — Les premiers murs romains que nous connaissions, les seuls d’époque reculée dont nous ayons gardé des exemples sont faits de grands matériaux, de blocs de pierre quadrangulaires. Tel est le mur préhistorique de la Borna quadrata, à l’angle ouest du Palatin 8, ou encore celui de l’enceinte dite de Servius9, le premier bâti de tuf, le second de pépérin, le mode étant, d’ailleurs, le même. Si nous possédions des spécimens certains de construction privée d’une date ancienne, nous y constaterions sans doute 1 emploi de petits matériaux; car le blocage fut usité de très bonne heure pour les soubassements et les fondations (par exemple, sous le tabularium'0). Dans l’état actuel de notre savoir, nous devons descendre plus bas. Depuis le Ier siècle

av. J.-C., c’est un procédé communément employé pour les murs aussi bien par l’État que parles particuliers - et dès lors les deux modes, grand appareil' et blocage, sont usités concurremment. Il convient donc, prenant' pour base la nature des matériaux employés, de considérer successivement : 1° les murs en grand appareil; 2° les murs en blocage ; 3° les murs faits concurremment de blocage et de grosses pierres de taille. Il va sans dire d’ailleurs, que pour traiter la question à fond, il faudrait tenir compte des produits de l’architecture romaine dans les différentes provinces de l’Empire aux différentes époques ; voir ce qui, dans chacune d’elles, est dû aux traditions locales, ce qui provient del’influence de Romesuivre les modifications de détail nécessitées par le genre des matériaux que le pays lui-même fournissait, etc. Nous ne pouvons entrer ici dans ces détails et nous devons rester dans les généralités en envisageant surtout les bâtiments élevés à Rome ou en Italie.

1° Grand appareil. — C’est là un mode de construction qui jusqu’au dernier siècle avant notre ère était couramment employé dans les monuments, à Rome. M. Middleton remarque 11 que depuis les temps les plus reculés jusqu’à l’Empire, les dimensions des blocs de pierre utilisés étaient à peu près constantes : ils mesuraient deux pieds romains en profondeur et autant en hauteur. Dans les édifices soignés la longueur des pierres était de quatre pieds, de telle sorte qu’une pierre posée en long correspondait exactement à deux pierres placées en boutisses. Cela permettait de disposer alternativement les matériaux dans l’un ou l’autre sens, suivantle système développé par Vitruve 12 : « Les Grecs posent leurs pierres à plat et font dans toute la longueur du mur des assises en liaison ; ces pierres, qui de chaque parement vont se réunir à l’intérieur pour former l’épaisseur des murs, les rendent déjà fort solides ; mais ils placent encore de deux en deux des pierres à double parement (Sia-rJvot), qui, en traversant les murs dont elles lient les deux faces, en assurent la solidité. » Ces pierres de taille étaient posées l’une sur l’autre sans mortier. Ce n’est pas que. celui-ci fût inconnu : on en trouve dans le Tullianum , dont la date, on le sait 13, est fort ancienne ; mais l’emploi en était tout différent de celui que nous en faisons actuellement : il ne liait pas les blocs ensemble, mais servait à égaliser les lits et les surfaces des joints. M. Middleton a signalé ce fait pour la vieille maçonnerie appelée « temple de Jupiter Stator », au Palatin, et pour un mur de pépérin qui existe au pied du tabularium u. Vers la fin de la République et sous l’Empire, les blocs étant taillés avec plus de perfection, l’emploi des lits de ciment devint inutile, si bien que la présence de mortier à Rome dans un mur d’appareil soigné indiquerait plutôt

l’archaïsme que la décadence1’.

Pour assurer la solidité du mur, on se servait seulement de crampons de fer (jamais de cuivre) scellés de plonm • Ces pièces de métal étaient soit recourbées pai 1 extrénn et pénétraient dans l’intérieur du bloc, soit forgées queues d’aronde etinsérées dans des creux de meme onne ménagés à la surface des pierres de taille (hg- 519/)

i Clioisy, Ét. épigr. L'arsen. de Philon. — 2Vilr. II, 8, 7; Plin. XXXVI, 171.

3 Paus. V, 20, 5. — 4 Bull. corr. hellén. VIII, p. 473. — 8 Duruy, Sût. des

Romains , I, p. i-xxxix. — 6 Gell, Probestücke, pi. xui ; Duruy, Ibid. p. xi.v. — 7 Gf. l'enceinte de Megara Hyblaea; Perrot, O. I. VIII, p. 6. — 8 Middleton, The remains of ancient Rom, I, p. 115 sq. et fig. 17; 0. Ricliler, Topog. der Stadt

m (2* édit.) p. 31 ; Homo, Topogr. rom. p. 381. — 9 Midd c on, p- - ^

Richter, p. 43 et taf. S. — 10 Middleton, p. 370, fig. 48. P- •

12 Vilruv. I, 8. — 13 Middleton, p. 152 eq ; Richter, p. • j 38. 14 Middleton, I, p. 377, fig. 48; II, p. 94, fig. 61. - 0 ■ ’ ’

10 Vilruv. Il, 8, 4. - 17 Cf. Clioisy, L’art de bâtir chez les Romains, p.

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2° Petit appareil. — Le procédé de construct ion en grand a]>pareil était aussi solide que flatteur àl'œil ; mais il avait l'inconvénient d’être dispendieux. Les Romains en employèrent très fréquemment un autre plus écono-

Fig. 5197. — Crampons.

inique, dont l’élément principal était le blocage ou amas de petits matériaux irréguliers réduits en fragments et reliés les uns aux autres par du mortier. La composition du blocage et son mode de fabrication ont été étudiés à l’article caementum. Un mur ainsi formé se nommait muras caementicius 1 . La construction en petits matériaux prit à Rome même une grande extension, surtout parce qu’il existait dans la campagne de grands lits de pouzzolane qui, mêlée à de la chaux, formait un excellent mortier2; ailleurs on employait la chaux et le gros sable. La nature des pierres que l’on mélangeait à ce mortier dépendait naturellement du pays et de la composition géologique du sol. On n’hésitait pas à y employer même du marbre si l’on y trouvait quelque avantage. Ainsi dans la ville de Simittu, en Proconsulaire, bâtie à côté de la carrière du marbre numidique, les murs les plus communs sont faits avec les déchets de l’exploitation3. A Rome, jusqu’au temps de César, on utilise des fragments de tuf, plus rarement de pépérin ; sous l’Empire, c’est soit du travertin, soit des briques cassées, soit même des morceaux de marbre, par exemple dans les murs restaurés du palais de Flaviens 4.

Quelquefois, dans les constructions massives, le mur était totalement et uniquement formé de blocage. Tels étaient les murs de la villa impériale qui s’élevait dans les « Jardins de Salluste», murs qui ont été détruits en 1885 5. Mais la plupart du temps on les recouvrait d'un revêtement de pierres plus ou moins grosses. Comme ce revêtement lui-même était généralement recouvert d’un enduit, cette addition n’avait pas pour but de modifier agréablement l’aspect de la muraille, mais bien d’en assurer la solidité. A cet effet, on garnissait la surface du blocage de morceaux de pierres, de formes variées, régulièrement taillées sur la face extérieure, brutes dans la partie qui pénétrait la maçonnerie. On distingue plusieurs catégories de murs de cette sorte, suivant la façon dont les pierres étaient taillées et disposées :

a. Opus incertum. — Les pierres employées au revêtement sont de forme irrégulière (lig. 5198). Vitruvequalifiait ce système de antiquum 6, et c’est, en effet, le mode de construction en petit appareil le plus ancien: on le pratiquait à Rome au ne siècle av. J.-C., et l’on en cite

des exemples de cette époque (mur au pied des Scalae Caci , sur le Palatin, séries de chambres de Y Emporium, près de l'Aventin, maisons bâties contre la I muraille dite de Servi us, porj tique Aemilia, etc.) 7. C’est à ' cette catégorie qu’il faut rattacher le procédé de bâtisse signalé par Vitruve et attribué par lui aux Grecs8; les Romains n’ont pas de termes spéciaux pour le désigner, bien qu’ils en aient fait un fréquent emploi : « Les Grecs, dit-il, se contentent, au lieu de pierres de .taille, de cailloux ou de briques dures qu’ils arrangent comme des assises de pierres en les posant en liaison les unes sur les autres, ce qui donne à cette espèce de maçonnerie une solidité que rien ne peut ébranler. Elle se fait de deux manières : l’une que l’on appelle laoSogov et l’autre 'j/euoi<7Ôoogov. L'isodomum est celle dont toutes les assises ont une égale hauteur; la pseudisodomum, celle dont les assises sont dissemblables et inégales. » Encore, pour assurer la solidité de ces murailles qui, prolongées sur une trop grande surface, auraient pu s’écrouler, avait-on soin souvent de les diviser de distance en distance par des montants de pierres de taille, placées

Fig. 5199. — Petit appareil avec moulants de grosses pierres.

parfois alternativement en hauteur et en largeur, et qui, formant arrachements dans la maçonnerie, en augmentaient la cohésion (fig. 5199) 9.

b. Opus reticulatum. — Les pierres du mur étaient taillées avec soin en forme de losange et disposées de telle sorte qu’elles couraient en diagonales ; l’aspect ressemblait à celui d’un filet étendu (fig.

5200)10. Les angles de la muraille étaient formés de pierres plus grandes, coupées en ligne droite d’un côté, en pointe de l’autre, de façon à se terminer elles aussi en losange. Ce procédé, usité dans tout le monde romain, depuis le Ier siècle av. J.-C. jusqu’au ne siècle après, était fort en vogue au début de l’Empire ( quo nunc omnes utuntur , dit Vitruve “). Il cessa bientôt d’être employé seul; on prit l’habitude de revêtir de briques les angles des murs (fig. 5201) 12 et aussi de couper la surface même de la muraille par des bandes de briques, les parties réticulées ne formant plus que de larges panneaux- au

Fig. 5200.

L 'opus reticulatum.

1 Corp. inscr. lat. IX, 3138. —2 Vitruv. II, 6. — 3 R. Cagnal, Explorations en 'Tunisie, II, p. 109. — * Middleton, Op. cit. p. 45. — S Ibid. p. 45. — 6 Vitruv. Il, 8. —7 Middleton, Op. cit. I, p. 52; Lanciani, The ruins of ancien t Rome, p. 40

et fig. 17. — 8 Vitruv. Loc. cit. — 9 Pan de mur à Henchir Abd el- Basset (Tunisie), d’après une photographie. — 10 Middleton, p. 52, fig. 4B. — U Vitruv. L, c, — 12 Middleton, p. 53, fig. 5.

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milieu d'une muraille de briques (lig. 5202) L On admet 2 qu’à Rome le « réticulé » n’apparaît pas sans

Fig. 5201. — Appareil réticulé en briques.

mélange de briques après Tibère et que, plus le siècle avance, plus les parties réticulées diminuent. La villa

Fig. 5202. — Mur de Pompéi.

d’Hadrien à Tivoli constitue un des exemples les plus tardifs de l’emploi de Yoims reticulatum.

c. O p us testaceum ou lateritium. — A partir du début du iie siècle se développe l’usage du revêtement complet

1 Mazois, Ruines de Pompéi, 11, pl. v. — 2 Middlelon, Op. cit. p. 54 ; Lanciani, The ruins of ancient Rom, p. 45 et fig. 18. — 3 Choisy, L art de bâtir chez

de briques qui, d'ailleurs, s’était .introduit depuis le ic‘ siecle av> J-‘c- et cIui dura jusqu’à la lin de l’Empire Pour assurer la solidité du mur, on faisait usage de briques triangulaires dont la base constituait la surface extérieure de la maçonnerie, tandis que le sommet pénétrait dans le blocage et s’y insérait solidement. Pour former liaison dans l’épaisseur des massifs, on les traversait à divers niveaux par des assises de très grandes briques dont l'effet était de rattacher ensemble les deux parements : ces assises comprenaient souvent plusieurs carrelages superposés (fig. 5203) 3. M. Lanciani donne sur ce procédé de construction, à Rome, une règle chronolo¬

gique précieuse : Plus le liL de ciment qui sépare les briques, dit-il4, est ténu, plus la construction est ancienne ; au début les briques sont si étroitement serrées qu’on aperçoit à peine entre elles une ligne de ciment; à la fin du 111e siècle la ligne de ciment .est plus large que la ligne de briques.

d. O pus mixtum. — Les auteurs anciens n’ont pas de mots pour désigner ce genre de construction et le terme

Fig. 5204. — L ’opus mixtum.

a été créé par les modernes : il ne fut guère usité, du reste, avant la fin du 111e siècle. L’emploi de la nuque est combiné avec celui des pierres, les unes et les autres alternant par bandes plus ou moins larges. , ’

l’exemple le plus ancien que l’on possède est le mui • ^ rieur du Cirque de Maxence, bâti en 309 ap. A - • •

les Romains, p. 26 et 27.

Richter, p. 530.

4 Lanciani, Op. cit. p. 46.

S Middlelon, p- 62 5

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donnons le dessin d’un pan de mur des petits thermes de l’Est à Timgad 1 , qui appartiennent à une époque assez basse ; ce détail seul le prouverait (tig. 5204). On y dislingue très nettement l’emploi alterné de la brique et de la pierre.

Dans la plupart de ces murs on remarque aujourd’hui, de distance en distance, des cavités rectangulaires qui souvent les traversent de part en part. Elles sont produites par les échafaudages qui ont servi jadis à les construire, be travail achevé, on abandonnait au milieu de la maçonnerie les solives d’échafaudage, en se contentant de scier

Fig. 5205. — Madriers traversant les blocages.

les parties qui dépassaient. Les morceaux de madriers qui demeuraient ainsi enclavés au milieu du massif de blocage et de pierres se sont pourris à la longue en laissant vide la place qu’ils occupaient (tig. 5205) 2.

3° Combinaison du grand appareil et du blocage. — Par un procédé qui tient le milieu entre les deux précédents, les Romains ont parfois employé les pierres de taille et le blocage. « Conservez un vide au milieu des parements de la muraille, dit Yitruve3; remplissez-le de pierres cassées ou de briques, ou de cailloux disposés 1 t omme la pierre de taille, et avec des crampons de fer ou du plomb liez les deux parements. » Ce système économique a été appliqué très fréquemment pour les constructions fortes élevées à la tin de l’Empire : c’est la caractéristique des murailles de villes ou de forteresses édifiées aux moments de crise dans les différentes parties du monde romain. Le noyau de la muraille était fait de débris de toute nature, pierres, fragments de sculptures ou d’inscriptions, recueillis dans les ruines des villes qu’il s’agissait de fortifier et noyés dans le mortier 4.

1 Ballu et Gag'nat, Timgad , p. 294. — 2 Choisy, Op. cit. p. 25. — 3 Vitruv.

Il, 8. — 4 C’est ainsi qu’ont été bâties la plupart des murailles qui entouraient aux bas temps les villes de la Gaule, Bordeaux, Saintes, Lutèce, ^ns, etc. On vient encore de trouver dernièrement un pan de l’enceinle romaine de Sens ainsi constitué (Bull. arch. du Comité, 1903, p. 225 et fig. 1).

— 1 Un exemple très curieux de mur en grand appareil recouvert d'un enduit de stuc est fourni par le temple de Dougga, en Tunisie. Les Byzantins en ont fait u'i réduit fortifié ; sur un point où le mur antique de la cella a servi d’appui à une lorlification ultérieure, on voit encore toute la couche anlique de stuc emprisonnée cuire la muraille romaine et celle que les Byzantins y ont appliquée. — B Vitruv.

— Bibuogfiaphie. C. Promis, Vocaboli latini di architettura, Turin, 1875 ; Oliveri, Diss. sopra aie. mon. petasgi ; J.-J. Middleton, Cyclopian walls, Lond.

Petit-Radel, Antiq. I, p. 345; Rech. sur les mon. cycl. Paris, 1841; Gell,

P robestücke v. Stüdtemauern, Munich, 1841 ; Dodwell, Cyclop. orpelasg. Remains 111 Greece and Italy (trad. fr.), Paris, 1834; Forclihacnmer, Kyklop. Mauern Griechenl, Kiel, 1847 ; Blümner, Technologie, 111, p. 84 sq. ; Durm, Raukunst der ,J>'iechen, 1892; Choisy, Hist. de l'architecture, I, 1899; Perrot-Chipiez, Hist. de P'rt, l. VI, VII, VIII. — Choisy, L'art de hdlir chez tes Romains, 1873 ;

H- Blümner, Technologie und Terminologie der Gewerbe und Kûnste, 1884, l. III,

La surface extérieure des murs, en petit et même en grand appareil, n’était pas, comme nous l’avons dit, visible à l’œil nu; on la dissimulait sous un enduit 5 ou sous des placages plus ou moins précieux. Il sera traité à l’article paries des revêtements de diverses sortes appliqués plus ordinairement aux murs des habitations ou des temples qu’aux murs de clôture.

Nous n’avons parlé jusqu’ici que de murs faits de pierres grosses ou petites; il en existait aussi en matériaux moins solides, pour les cloisons, par exemple. Vitruve a consacré un passage de son traité6 aux cloisons de bôis, dont il a surtout montré les inconvénients : « Je voudrais, dit-il, qu’on n’eût point inventé les murs de bois, car autant ils sont commodes par le peu de temps et de place qu’exige leur construction, autant ils sont dangereux et préjudiciables, en ce qu’ils semblent être des fagots tout prêts pour l’incendie. Il y a plus; si vous les recouvrez d’un enduit, il s’y fera des crevasses le long des montants et des traverses, car, sous le crépi dont on les couvre, ces bois prennent l’humidité qui les gonfle; puis quand ils viennent à sécher, ils se rétrécissent et par cet amincissement font fendre l’enduit, quelque solide qu’il soit. » Naturellement nous n’avons gardé aucun exemple de ces murailles légères. R. Cagnat.

MUSAE (Moucat). Les Muses. — I. Signification primitive des Muses. — L’étymologie du mot goijffa (variantes dialectales : goTca, g&Gct, gwa1), en dépit du très grand nombre d’explications proposées tant par les anciens 1 que parles modernes3, reste encore trop incertaine pour qu’on en puisse tirer quelque lumière sur la nature primitive des Muses.

Sur cette question d’origine les mythologues modernes se séparent en deux écoles très opposées. Pour les uns. les Muses ne seraient qu’une abstraction déifiée, la personnification du don poétique. Le mot goüsa, selon la remarque d’O. Rie ‘, l’un des tenants de cette première opinion, aen effet trois acceptions distinctes : 1° un sens abstrait ou subjectif : « inspiration, enthousiasme, faculté poétique »; 2° un sens concret ou objectif : « chant, poésie, musique » c’est-à-dire composition musicale ou poétique5; 3° un sens personnifié : « Muse, considérée comme divinité ». Les deux derniers sens ne seraient, selon O. Bie, que le développement historique du premier. L’étude des textes est peu favorable à cette genèse. Des trois significations indiquées, c’est en effet la signification personnifiée qui nous apparaît le plus anciennement : elle est déjà, comme on sait, très fréquente, même dans l'Iliade*. Un peu plus tard nous trouvons dans YOdgssée et dans les hymnes homériques

p. 132 et suiv. ; Middlelon, Remains of ancient Rome (1892) ; Parker, Archaeology of Rome (1874) vol. I, part. II ; Lanciani, The ruins and excavations of ancient Rome, 1897, p. 43 et suiv.

MUSAE. l Cramer, Anecd. Ox. p. 278; Pape, Lex. d. griech. Eigen. s. v. Moffera. — 2 Plat. Cl’atyl. 40G a : ;J~', toJ [xüitOki; Coruut. Theolog. graee. compend. XIV, 14, éd. Lang : àrtb viR (nitreu;, Toutltm Çï]T>)tT!w; ; Suid. s. V. Moùtra : f, Y»S<ri5 àitb -CO J p3, -rb Çht3 J Diod. Sic. IV, 7 : àitb toù ptùeiv toù; àvOçûitouç ; Plut. De frat. am. G, p. 480 F ; S|xou outrai. Voir encore Etym. magn. s. i>. ; Phot. s. v. Ii3v, etc. — 3 Voir un résumé des diverses étymologies modernes dans Decharme, Les Muses, p. 9, n. I , et Rodiger, Die Musen (dans Jahrb. f. class. Philol. 8 Suppl. Band), p. 255. Actuellement deux étymologies fort différentes se partagent la faveur des linguistes. D'après Brugmann, Indogerm. Forsch. 3, 253 sq. Moùtra = *|xovtia, même racine que ^avi'a el et désignerait « die geistige Erregung

des epischen Sangers, die Begeisterung und Inspiration ». Une autre étymologie,

« non seulement ingénieuse, mais presque sûre », dit M. V. Henry (Rev. des êLgr. n» 70, p. 297), explique jouira par mont-ia, « Oréade », nymphe des montagnes!

— 4 Roscher, Lexik. der gr. u. rôm. Mythol. s. v. Musen, p. 3238. — 5 pius lard même le mot u outra a pris le sens de telle ou telle science particulière.

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