‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 270 sur 275 · De nat. deor · texte numérisé non relu

De nat. deor

— 24 Ibid. 6.

„ iv 29 4 — 20 Diod. Sic. IV,

U' o| L 22 Tzetz. Ad ffesiod. Op.

KMed. 833. - 29 Scut. H,-, 205.

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danses et chant, sont communes à toutes. Et, par suite, c’est à peine une conjecture de les imaginer sur les deux monuments, entièrement pareilles, toutes, de costume et d’attitude, comme nous le verrons dans le Vase François.

Ce type, en grande partie négatif et impersonnel, des Muses est celui qui s’offre encore à nous sur les plus anciennes représentations lîgurées que nous possédons, sur les vases à figures noires. Nous y voyons un nombre infini d’images féminines, toutes semblables, debout, ou dansant, souvent avec une fleur à la main, mules ou formant cortège à quelque divinité, Apollon, Dionysos, Athéna. Sont-ce des Charités, des Nymphes, des Ménades, ou des Muses? Rien ne permet de le décider. Pour toutes ces déesses secondaires l’art grec ne dispose encore à cette époque que d’un seul type, à peu près impersonnel. Sans doute il y a quelque raison, lorsque ces personnages féminins sont groupés avec Apollon citharède, ou jouent de la cithare ou de la tlùte, ou chantent, de les regarder comme des Muses. Mais cela n’est jamais une certitude1. Le seul vase à figures noires qui nous offre une représentation authenlique des Muses est le célèbre Vase François 2. Encore les inscriptions seules nous permettent-elles cette idenlilicalion ; car huit des figures sont absolument semblables entre elles, toutes droites, vêtues" d’un costume rigide, et sans aucun attribut. Seule la neuvième, Calliope, qui marche en tète du cortège, se distingue de ses compagnes, et par son attitude (elle se présente de face, tandis que les autres s’avancent de profil), et par la syrinx à neuf trous dont elle joue (fig. 5206). A part deux divergences qui ne sont peut-être que des lapsus (Stésichore pour Terpsichore,et Polymnis au lieu de Polymnia), les noms qui accompagnent ces figures s’accordent avec ceux delà Théogonie.

Quant à l’absence d’Apollon dans ce groupe, elle s’explique de la façon la plus naturelle. Le sujet représenté est, comme on sait, le cortège nuptial de Thétis et de Pélée. Or Apollon y figurait3 sur un char, en compagnie de$ autres divinités supérieures. Ne pouvant être en deux endroits à la fois, il a cédé ici, pour la circonstance, son rôle de Musagète à Calliope.

Sur les vases plus récents à figures rouges abondent également les personnages féminins, de type uniforme.

Cependant certains indices extérieurs permettent, a I occasion, d’y reconnaître avec certitude des Muses . Tantôt le peintre a pris soin lui-même d indiquer les noms de ses personnages. D’autres fois il leur a mis en main certains attributs significatifs, tels que le papyrus et les tablettes. Ailleurs c)est la présence d’Apollon ou d’un poète légendaire (Musée, Thamyris) au milieu des Muses qui permet d’identifier celles-ci. Enfin il est des mythes, par exemple la lutte entre Apollon et Marsyas,

Fig. 5206. — Calliope.

1 Voir 0. Bie, De Musar. imagin. (dissert, inaug. Berlin, 1887), p. 10; Id. s. v. Alusen, dans Rosclier, Lexxk. der Mythol. Il, p. 3-243 sq. 2 U icn. Vorlegebl. 1888, ser. 2, taf. 1-2; Furtwaengler et Ueichhold, Griecli. Yasenmal., pl. i. 3 Nous disons « y figurait », car le quatrième char sur lequel étaient debout Apollon et Artémis est en fort mauvais état. * 0. Bie, De Mus.

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où les Muses ont leur place et leur rôle marqués par la tradition. Grâce à ces indices, nous pouvons fixer es traits généraux de lu représentation des Muses a cette époque. Rien de plus variable sur ces vases que leur nombre; chose curieuse, alors que tous les en res, depuis un jusqu’à huit, s’y rencontrent, seul, le nom neuf ne s’y trouve pas une seule fois. Peut-être, cependant, aurait-on tort de tirer de là quelque conclusion . G est , comme on sait, l’un des procédés les plus habitue s e l’art grecque de suggérer l’idée d’un ensemble par que ques-uns de ses détails ou de ses éléments. L’onomastique des Musès est, sur ces monuments, conforme en général au catalogue d’Hésiode. Notons pourtant quelques variantes : Sr^i/dp-r,, Xofovtxvi, MéXouaa, MsXeXwaa (?). En ce qui concerne les attributs, ils peuvent se ranger en deux classes : il y a d’abord ceux qui sont communs aux Muses et à une foule d’autres divinités secondaires : cassette, couronne, guirlande de fleurs, etc. Plus intéressants pour nous sont les insignes propres aux Muses : harpe, flûte, papyrus, tablettes. Ce sont, comme on voit, les instruments nécessaires à la composition et à 1 execution musicales et poétiques. Mais ce qui frappe surtout, c’est l’arbitraire qui préside presque partout à la répartition de ces attributs. Terpsichore, par exemple, porte ici un trigônon , là une lyre, ailleurs une flûte. Thalie, parée sur tel vase d'une couronne, porte sur tel autre une lyre et une cassette3. Preuve manifeste que les Muses, à cette époque, n’ont pas encore d’attributions fixes et personnelles : dans la répartition des fonctions et des insignes, le peintre n’obéit qu’à son caprice. L’aspect de ces figures divines est gracieux, élégant, très peu différent de celui des mortelles. Gestes et attitudes varient, comme de juste, à l’infini. Parmi les motifs les plus fréquents et qui tendent à devenir typiques, il convient cependant de citer les suivants : Muse assise, Muse debout, sans appui, ou appuyée contre un cippe, ou le pied posé sur un rocher, Muse dansant, Muse jouant de la flûte ou de la cithare, ou se préparant à jouer de l’un de ces instruments, Muse tenant en main un papyrus qu’elle lit, Muse avec la main gauche posée sur la hanche, et la droite tendue en avant, etc.15 Par ces attitudes variées, empruntées sans doute pour la plupart à la statuaire contemporaine, les peintres de vases obvient ingénieusement à la monotonie de neuf figures pareilles, que n’avait pas su éviter le peintre archaïque du vase François. Dans l’agencement des personnages, par triades7 ou plus souvent par couples, nous constatons la même recherche de la diversité et de l’intérêt. Tous ces motifs se retrouvent, par exemple, sur une hydrie de Vulci (fig. 5207) qui figure Apollon et sept Muses 8. On y voit quatre couples, ainsi disposés : 1° Apollon citharède, et une Muse, qui lui fait face, lisant un papyrus ouvert ; 2° deux Muses, l’une debout avec un barbiton , l’autre assise avec une cithare ; 3° deux Muses, l’une debout, le pied gauche appuyé sur un rocher, et qui tient de la main droite des tablettes ouvertes, l’autre assise qui joue de la double flûte; 4° deux Muses, l’une debout, la main droite tendue

imag. p. 11; Id. dans Rosclier, Lexilc. p. 3244 sep — 3 O. Bie p. 13; Id. dans Rosclier, Lexik. II, p. 3246. — 6 0. Bie, p. 16. — 1 Exemples : Élit, céramogr. 2, 86; Panofka, Mus. Blacas , p. 18, Anm. 22. — 8 Gerhard, Trinsksch. u. Gefâsse, II, 17, 18; cf. Collignon, Annal. Fac. Bordeaux, I, 1879, p. 117 et planche.

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en avant et la gauche posée sur la hanche, qui semble déclamer, 1 autre qui danse. Ce' vase nous représente sans doute assez fidèlement le type artistique des Muses au ve siècle, tel qu’il s’était peu à peu constitué sous l'influence des œuvres du grand art.

Ces dernières (à part peut-être une exception dont il sera question plus bas) ont malheureusement toutes disparu. Faute de mieux, rapportons du moins ce qu’en disent les auteurs anciens. Aux confins du vie et du ve siècle nous trouvons, d’abord, la triade célèbre exécutée à Sicyone par Aristoclès, Ilagéladas et Canachos. Ce groupe, d’après le peu que nous en savons, témoignait déjà d'un certain effort pour conférer aux Muses une

personnalité. Au témoignage d’Anlipater de Sidon 1 chacune d’elles en effet portait un attribut distinct : la première une lyre, la seconde un barbiton, la troisième une flûte. C’est vers la même époque sans doute qu’il faut placer l’exécution, par le sculpteur mitylénien Lesbothémis, d’une Muse tenant en main une sambykè 2. Au ve siècle citons les Muses de Praxias, qui, groupées avec Léto, Artémis et Apollon, décoraient à Delphes le fronton du temple d’Apollon3. Malheureusement nous ne savons rien sur l’attitude, les attributs, le nombre même des personnages de cette sculpture. Même absence de renseignements sur plusieurs œuvres renommées du siècle suivant. Ce sont d’abord un groupe de neuf

Fig. 5207. — Apollon et les Muses.

Muses, par Képhisodotos, placées sur l’Hélicon \ un second groupe également novénaire, qui se voyait au même endroit, œuvre commune de Képhisodotos, Strongylion et Olympiodoros (qui avaient exécuté chacun trois statues) 5, et enfin un groupe des Muses et de Zeus, à Mégare, par Lysippe 6. Peut-être même y a-t-il lieu d’adjoindre à cette liste une œuvre plus célèbre encore, les Thespiades de Praxitèle. Il est admis en effet assez généralement aujourd’hui que cette œuvre, qui figurait à Thespies, à côté de YEros du même sculpteur, et qui, plus tard, fut transportée à Rome par Mummius, était une représentation des Muses7. Si cette hypothèse était prouvée, on serait sans doute en droit de reconnaitie dans ces Thespiades le prototype de toutes ces Muses du

1 Anthol. grâce. 2, 15, 35. - 2 Alh. IV, 182 F. - 3 Pans. X, 19,4 Ce fronton n’a pas été retrouvé dans les fouilles de Delphes ; cf. Ho molle, Bu . corr. hcll. , 1894, p. 175; 1901, p. 457. — 4 Paus. IX, 30, 1. — 6 Ibid. — 6 I. 43- 6, 7 plia. XXXIV, 09; Cic. In Yerr. IV, 2. Voir Max. Mayer, Alh.

siècle, si nombreuses et si pareilles : jeunes femmes les du chiton et de Y himation, plus semblable a des [■telles qu’à des déesses, toutes praxitéliennes par a ce et la fine élégance des formes et des attitudes . s, à défaut des Thespiades, le hasard des fouit les is a rendu plusieurs figures de Muses, qui, se on oi larence, proviennent, elles aussi, de Praxi e <me ou du moins de son atelier. A Mantinee, en 188/, ;ole française a mis au jour trois bas-reliefs, ig 1 utte de Marsyas et d’Apollon en présence des > Muse • tel était exactement, d’après Pausamas, le suj lantinée par Praxitèle sur la base d’un groupe repr liant Apollon, Léto et Artémis-. L^denttncatton^s s-reliefs retrouvés avec l’œuvre mention ^

th. XVII, 1892, p. 261. - » O. Bie dans ^Muitinée, P- 343’

3 Fougères, Bull, de corr. hell. (1888),^ X , P- ^ ^ *>«*•

à IV. — 10 VIII, 9, 1 : toütwv «citoituilva P"' f ' . j\jantinêe, p- 5i4r-

gères, l. I. corrige, avec raison, ce semble, Moue* e

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périégète ne paraît donc pas contestable*. Et dès lors il nous est permis d’y voir un spécimen précieux du type des Muses au ive siècle (fig. 5208). Sur la première plaque 0n voit trois personnages: Apollon, tenant en main la cithare ; Marsyas, jouant de la flûte ; entre eux un esclave ..cythe. Sur la seconde plaque sont trois autres figures debout: une Muse, lisant dans un volumen ; une autre, ,m volumen en main, qui écoute la précédente, une troisième qui de sa main droite tend en avant une petite cithare. La dernière plaque nous montre une Muse debout, la double llûte en main ; une Muse également debout, qui songe, enveloppée dans son manteau, et enfin une Muse assise, tenant un instrument en forme de guitare. Existait-il une quatrième dalle, non encore retrouvée, qui portait aussi trois Muses, de façon à faire un total de neuf? Les opinions, sur ce point, sont partagées -, Quoi qu’il en soit, on découvre dans cette œuvre un très visible effort de composition pour intéresser à une même action toutes ces divinités. Rien de plus naturel, en particulier, et de plus heureux que l’ordonnance du second groupe.

Celle des Muses qui a les yeux fixés sur un volumen, y lit sans doute à haute voix la condamnation de Marsyas ; la seconde écoute ; la troisième, d’un geste ingénument expressif, confirme le jugement de sa sœur. Sur la troisième plaque, la composition est plus lâche et se rattache moins étroitement ù l’action, mais l’auteur a su du moins y varier ingénieusement les attitudes et les attributs.

A propos de ces bas-reliefs, il nous faut répéter deux remarques, déjà faites précédemment à propos des vases à figures rouges. Dune part, les attributs affectés aux Muses y sont encore exclusivement empruntés à la musique et à la déclamation. D’autre part, leur distribution reste encore très libre et très capricieuse ; c’est ce que prouvent à la fois un double emploi et une lacune : deux des Muses de Mantinée ont en effet le volumen , aucune par contre ne porte la lyre.

L’époque alexandrine marque la date essentielle dans

le développement et la constitution du type des Muses. C’est le temps où, la réflexion scientifique s’éveillant l’érudition naissante s’essaie à classer méthodiquemen par genres les multiples objets de l’activité intellectuelle et particulièrement littéraire. De ces premiers essais de classification devait naturellement naître l’idée de mettre à la tête de chaque genre, comme patronne et inspiratrice, une des neuf Muses. Mais, avant d’aboutir à un

système unique et accepte de tous, ce travail d’adaptation dura plusieurs siècles. La difficulté en effet était double. Il fallait d’abord, puisqu il y avait neuf Muses, faire choix de ' neuf genres, à l’exclusion de tous les autres. Or, s’il était facile de s’entendre sur les arts essentiels, épopée, lyrisme, drame, histoire, éloquence, nombre de genres secondaires, au contraire, avaient un droit à peu près égal à figurer sur la liste. Entre eux c’était donc le caprice individuel qui choisissait arbitrairement. Un second obstacle, c’était l’imprécision de la plupart des attributs. Tel était le cas de la cithare, du volumen , des tablettes. Ce n’est, en effet, que par une convention postérieure, que la cithare, aux derniers jours de l’antiquité, deviendra le symbole exclusif du lyrisme. Sur les monuments alexandrins elle figure encore à volonté le lyrisme ou l’épopée. De même le volumen n’a pas toujours symbolisé l’épopée, ni les tablettes l’histoire ; ces deux instruments de l’art d’écrire ont eu, à l’origine, une signification beaucoup plus large. Ainsi donc, un effort très sensible pour individualiser les neuf Muses en identifiant chacune avec un art distinct, mais beaucoup d’incertitude encore et de fantaisie dans les adaptations proposées, tel est, à l’époque alexandrine, le caractère équivoque de la représentation des Muses. C’est ce qui nous apparaîtra clairement par l’étude de quelques monuments figurés de ce temps. Considérons, par exemple, le basrelief d’Archélaos de Priène connu généralement sous le nom d 'Apothéose d'Homère (fig. 5209) 3 , une base d’autel découverte à Halicarnasse (fig. 5210) 4, et les Muses d’Am-

Fig. 5208. — Reliefs de Mantinée.

* M. Coll ignon, Bisl. de la sculpt. gr. H, P- 258 sq. - * 0. Bie, dans Roscher, Lexilc. p. 3249 sq. ; Fougères, Mantinée , l. c. - 3 Duruv, But. des Grecs, I, p. 44o ; S. Reinach, Gaz. arch. 1887, pl. xvm ; 0. Bie, Die Mus. in d. ant. Kunst. Berlin,

1887, p. 50 sq.; Id. dans Roscher, Lexik. p. 39.65-6; et surtout le travail récent de C. Watzinger, 63” R inckelmanns-progr. 1903. — 4 Trendelenhurg, 36e Berl. Winc- I kelmanns-progr. 1876; 0. Bie, Die Alusen. p. 43 sq. ; Watzinger, L. c., pl. u.

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