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bràcie, groupe en marbre que les monnaies de Pomponius Musa, monnaies du 1er siècle av. J .-C., nous permettent de restituer assez exactement l. Les motifs que nous rencontrons sur ces monuments se peuvent répartir en deux classes très distinctes. Les uns, héritage de l’époque pré¬
cédente, nous sont déjà connus-. Toutefois, même à propos de ceux-là, une remarque s’impose : c’est qu’entre eux l’art alexandrin opère une sélection : cinq ou six sont en faveur à l’exclusion presque complète des autres. C’est ainsi que sur les trois monuments que nous venons de
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Fig. 5209. Zcus, Apollon et les Muses dans V Apothéose d Homère.
citer l’on retrouve : la Muse au volumen , la Muse aux tablettes, la Muse à la flûte, la Muse à la lyre, la Muse à la cithare, la Muse aux bras enveloppés dans son himation. Ce sont là des types définitivement constitués auxquels l’époque romaine n’aura plus qu’à assigner une fonction précise et un nom. Mais à ces motifs tradition-
; il nous faut en ajouter trois autres, entièrement veaux : la Muse au masque tragique, la Muse au mas comique, la Muse à la sphère. Ces troisa paraissent pas toutefois simultanément. Si e ef de Priène nous montre déjà lasphère astrononi ^ deux masciues v manquent encore. Sur la jase e
l 0. Bic, Ibid. p. 24 sq. ; Slicglilz, Num. am. rom. 66; Babelon, Monn.
de la répub L rom. II, p- 360 sq.
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licarnasse au contraire, nous voyons le masque tragique, tandis que Ie masque de comédie et la sphère font
défaut. Ce n’est que sur les reproductions monétaires du groupe d’Ambracie que s’offrent les trois attributs réunis.
Fi»' 5210. — Ces Muses sur le monument d'Halicarnasse.
Fis. 5211. — Thalic.
Au masque de tragédie s’associent ordinairement d’autres symboles, qui en confirment et précisent le sens : la massue et la peau de lion, attributs du rôle d’Héraclès, quelquefois l’épée empruntée au rôle du roi.
La Muse tragique d’Ambracie a déjà tous ces accessoires. De même le masque comique est ordinairement accompagné du pedum , attribut dont le sens n’est, du reste, pas clair. On peut y voir soit le souvenir d’une conception primitive de Thalie, considérée comme Muse de l’agriculture (voir plus bas), soit plus vraisemblablement un symbole emprunté au rôle du paysan de comédie. Quant à la Muse à la sphère, il y a tout lieu de croire qu’à l’époque dont nous parlons elle ne désigne pas encore, comme plus taid, la science astronomique, mais plutôt la poésie astronomique, sœur cadette de l’épopée, dont Aratos, dans ses «hatvôgsva, venait alors de donner le EêW chef-d’œuvre. On a même supposé, non sans vraisemblance, que cette Muse avait été inventée à Pella, à la cour d’Antigone Gonatas, où Aratos passa la plus grande partie de sa vie1. En résumé, le travail de classification des Muses a donc abouti, à l’époque alexandrine, aux résultats suivants : 1° trois Muses sont dès lors en possession de leurs attributs et de leurs fonctions propres : ce sont les Muses de la tragédie, de la comédie, et de l’astronomie ; — 2° six autres types tendent également à prévaloir ; mais leur fonction varie encore au gré de la fantaisie de chaque artiste :
1 0. Bie, dans Roschcr, Lexilc. p. 3261-2. - 2 Voir, par exemple, sur le basrelief de Priime et sur la base d'Halicarnasse, une Muse dansant, d’après un type fréquent sur les vases. Sur la Muse au volume, voir S. Reinach, L. c., et Pollier- Reinach, Nécropole de Myrina , p. 420, pl. xxxiv. 3 Sur le bas-relief de Priène il y a une Musc debout, sans attribut, écoulant. — 4 Sur la base d'Halicarnasse, se
Fig. 5212. — Melpomène.
Fig. 5213. — Erato.
ce sont les Muses au volumen , aux tablettes, à la flûte, à la lyre, à la cithare, et la Muse drapée ; — 3° toutefois cette ébauche de système laisse encore une large part au caprice individuel. Sur presque tous les monuments de ce temps d’autres types voisinent en effet avec ceux que nous venons de mentionner -, et il n’est pas rare non plus d’y rencontrer plusieurs figures sans attributs3, ou le même attribut assigné à deux figures4. Pour que la classification des Muses fût achevée, trois choses restaient donc à faire : arrêter le type encore flottant de six d’entre elles, assigner à chacune sa fonction propre, enfin répartir de façon définitive entre les neuf sœurs les noms hésiodiques. Telle fut la besogne de 1 époque romaine .
Parmi les groupes les plus remarquables de cette période, il convient de citer d’abord les peintures murales d’Herculanum, actuellement au Musée du Louvre.
Au bas de ces huit figures (la neuvième manque) se lit une inscription, indiquant le nom de chaque Muse et sa fonction. Thalie, de la main gauche, porte le masque comique, et dans la droite le pedum (inscription :
©aXsia x.o>p.wBtav (fig. 5211). Erato joue de la cithare (’Epocxw <j/a.Xxptav)
(fig. 5213). Melpomène, tenant de la main gauche le masque tragique, s’appuie de l’autre sur la massue (MeXuoptévir) xpaycoBtav) (fig. 5212). Polymnie, sans attribut, l’index de la main droite posé sur les lèvres, Fig. 5214.— Terpsiehore. songe (lToXû[x.via |j.'j0oui;). Terpsichore joue de la lyre (Tspij/i/op-ri Xupxv) (fig. 5214). Calliope, en une attitude méditative, tient de ses deux mains
voient deux Muses songeuses, drapées, l'une le menton dans sa main, l’autre le corps penché en avant sur un pilier. Les sarcophages Pacca et Medici, qui sont à peu près du même temps, présentent, chacun, deux fois les tablettes [Annal. Instit. 4871 , tav. D, E ; 0. Bie, Die Musen, p. 53 ; Id. dans Roscher, Lexik. p. 3269-70). — 6 p\tt. Ercol. 11, lav. ii-ix; Hclbig, WandgemSlde von Vesuv verschtit. Stâdte, n. 838 sq.
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un volumen roulé (KïXÀiq7ty| 7ronr)jji.a). Toutes ces figures sont debout. Les deux suivantes se présentent assises. Uranie (fig. 5213), soutenant de la main gauche le
globe eéleste, en désigne un point à l’aide d’une baguette qu’elle tient de l’autre main (pas d’inscription). Clio lit dans un volumen déroulé, qu’elle tient de la main gauche ; à ses pieds est un scrinium contenant six autres manuscrits roulés (KXetw latoptav) (fig. 5216). La neuvième figure, qui a disparu,
Fig. 52io. - Uranie. était évidemment Eu-
terpe avec la double flûte. Du même temps à peu près sont sans doute les huit statues en marbre du Vatican, provenant de la villa Cassius1. Les attributs des Muses y sont exactement les mêmes que sur la peinture d’Herculanum, si ce n’est que l’auteur attribue à Calliope un diptychon 2 ; manque également dans ce groupe Euterpe. Ainsi donc l’accord
sur les types individuels des Muses semble, û cette éno enfin établi. Il n’est pas arrivé toutefo'is à une LuT* immuable et canonique. Ce qui le prouve, c’est ” exemple, une peinture ' ’ pai‘
murale d’Herculanum inédite, citée par O.
Bie3, où se voient encore deux Muses (Euterpe etCalliope ?) pourvues du même attribut, la flûte ; ce sont certains fragments de vases d’Arezzo 4, à inscriptions, sur lesquels Clio se présente sans attributs, Euterpe avec la lyre 6, Terpsichore avec le volumen, Cal- Fig. 521c. — cüo.
liope avec le pedum.
On pourrait citer beaucoup d’autres exceptions encore. Sur ce point, la liberté des poètes est, du reste, égale à celles des artistes. Ainsi Horace prête comme insignes à Polymnie le barbitos 6, à Clio la lyre ou la flûte \ à Calliope la flûte ou la cithare 8. Chez Virgile et Ovide même
Fig. 5217. — Les Muses sur un sarcophage romain
fantaisie dans la distribution des attributs entre les Muses. Ce n’est guère que sur les sarcophages des derniers temps que cette répartition se répète avec une rigueur et une monotonie canoniques. On sait combien est considérable le nombre des sarcophages sur lesquels le défunt, d’ordinaire un poète ou un savant, est représenté entouré du chœur des Muses, souvent même accompagné d’Apollon et de Minerve 9. Sur d’autres est reproduite la querelle de Marsyas et d’Apollon jugée par les Muses, ou le combat des Muses et des Sirènes10. Quelques-uns de ces cercueils sculptés remontent à une haute antiquité'1. Mais la majeure partie date cependant des derniers temps de l’empire romain et ne sont plus que des produits industriels. La figure 5217, qui reproduit un
sarcophage actuellement au Louvre 12, montre ce qu ils conservent quelquefois de beauté.
V. Noms et fonctions des Muses. — La personnalité de chaque Muse est la résultante de trois éléments, qui no se sont pas constitués simultanément :1e type artistique, la fonction et le nom. Nous avons vu précédemment avec quelle lenteur s’établit l’association fixe du type et do la fonction. Parallèlement à ce premier travail, mais avec plus de lenteur encore, s’en accomplissait un secon tendant à pourvoir chaque Muse d’un nom peimanent. A ce point de vue, nous pouvons distinguer dans 1 lus toire des Muses trois phases. Au début, les Muses formen un chœur impersonnel de neuf divinités, entre lesque es le caprice des artistes et des poètes répartit libremen
» Visconli, Mus. Pio Clem. J, 17-27. — 2 Voir sur l'attribut de Clio et de Calliope, Ilelbig, O. I. p. t72. — 3 Roscher, Lexilc. p. 3274-5. — 4 Bull. Instit. 1884, p. 49; Not. d. scavi, 1884, p. 377. — 5 Euterpe tient aussi une lyre dans une peinture de Pompei, représentant Orphée entouré par les Muscs (Helbig, O. I. n. 893; Atlas, pl. x). Les autres Muses sont sans attribut. Cinq sont nommées. — 6 üd. I, i, 33.
7 1, 12, 1. - 8 lit, 4, 1. - » Énumération de ces sarcophages dans A nna^ si. 1801, p. 122. -10 Pour les plumes dont la tête des Muses es s0“* 3J!ophagc9 moire de leur victoire sur les Sirènes, voir sirenae. hellénistique.
ccaet Mcdici cités plus haut n. 4, p. 2067, qui datent de poque 37gi
12 Clarac, Mus. de sculpt. pl. cev, 45 ; Frohner, Notice de la scu p ■
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]os attributs, les fondions elles noms. Un peu plus tard, entre le ve et le me siècle, le type artistique des Muses commence à émerger; à cette époque on peut déjà parler de la Muse à la lyre, de la Muse à la flûte, de la Muse aux tablettes, etc. Mais aucune fonction ni dénomination fixe n’est encore attachée à chacun de ces attributs, plus tard encore, dans la période alexandrine, s’établit, an moins pour certaines Muses, un accord à peu près permanent entre l’attribut et la fonction : les deux Muses au masque symbolisent dès lors la tragédie et la comédie, et la Muse au globe est reconnue comme patronne de l’astronomie. Mais il serait prématuré encore d’attribuer en propre à ces personnifications tel ou tel des noms hésiodiques. Ces noms, les poètes non seulement alexandrins, mais même romains, les transportent d’une Muse à l’autre au seul gré de leur fantaisie. Horace, par exemple, dans ses odes, invoque successivement comme patronnes de la poésie lyrique Euterpe1, puis Polymnie2, et enfin Melpomène3. Ailleurs, il nomme comme Muse de la poésie, entendue dans son sens le plus général, Thalie * qui, chez son contemporain Virgile, n’est que la Muse particulière de la pastorale8. D’après Plutarque, Polymnie avait, de son temps encore, des attributions fort incertaines : les uns en faisaient la patronne du genre historique0, les autres une divinité qui préside à la faculté d’apprendre et de se souvenir1. Chez le même écrivain, Clio est présentée comme la Muse du panégyrique 8, Euterpe comme celle de l’étude de la nature 9, Thalie comme la présidente des banquets joyeux, qu’animent le chant et la musique10.
Malgré ces dissidences persistantes, il reste vrai cependant que, sur chaque Muse, il s’était établi, vers la fin de l’antiquité, une conception généralement, sinon unanimement acceptée. C’est cette conception dernière qu’il nous faut maintenant exposer, en y joignant, autant que faire se peut, la série des variations qui l’ont précédée.
Clio, d’après l’étymologie, est la Muse qui donne la gloire (xXéoç) 11 . Et par là s’explique la diversité des genres littéraires dont le patronage lui a été successivement attribué : hymnes12, panégyrique13, histoire. Mais c’est cette dernière attribution qui, avec le temps, a prévalu. Sur presque tous les monuments conservés, en particulier sur la fresque d’Herculanum (fig. 5216), Clio nous apparaît comme la Muse de l’histoire. Son attribut essentiel est le volumen qu’elle déroule.
Euterpe, ainsi que l’indique son nom, fut primitivement une divinité de la joie et du plaisir. Elle a pour attribut la double flûte. Celle-ci étant l’instrument par excellence du culte dionysiaque, on a supposé non sans vraisemblance qu’Euterpe, à l’origine, avait fait partie du joyeux cortège de Dionysos plutôt que de la troupe savante d’Apollon. A part quelques variantes dues à la fantaisie individuelle 14, cette Muse a de tout temps présidé au jeu de la flûte.
Thalie a été sans doute à l’origine la déesse qui « fait croître et fleurir » les plantes (ÔâXXw). Et nous la trouvons, en effet, citée parfois comme Muse de la végétation ou de l’agriculture 13. C’est à ce titre encore, ou du moins par une dérivation directe de ce primitif emploi, que
1 Od. I, 1, 33. — 2 Ibid. — 3 III, 30, IG; IV, 3, 1. — 4 IV, G, 25.
— 5 Ecl. VI, 2. — 6 Symp. IX, 14, 1, p. 743 D. — 7 0. I. IX, 14, 7, p. 740 E. —8 Ibid. IX, 14, 1, p. 743 U. — 9 Ibid. IX, 14, 7, p. 740 E.
— 10 Ibid. IX, 14, 7, p. 74G F. — U Diod. Sic. IV, 7; cf. l'expression homérique *7, la àvSçlüv. — 12 Hor. Od. I, 12, 1. — 13 Plut. Symp. IX, 14, 1, p. 743 D.
— 11 Plut. Symp. IX, 14, 7, p. 740 E; Corin. Theoloy. gr. compend. XIV, p. 10
Virgile, au début de sa sixième églogue, l’invoque comme patronne de ^a poésie pastorale. Ailleurs, et par une conséquence non moins naturelle, Thalie préside aux plaisirs et aux divertissements rustiques 1G, en particulier à ces mascarades avinées (xtogoç), par lesquelles les paysans grecs célébraient les Dionysies champêtres4'. Enfin, la comédie grecque étant issue du cômos, il était naturel que Thalie devînt aussi la Muse du drame comique. Telle est, à l’époque romaine, son unique fonction. Ses attributs essentiels sont le masque comique et le pedum. Le lierre ou le pampre qui parent généralement sa tête, rappellent encore son origine agreste.
L’étymologie du nom de Melpomène autorise à croire qu’elle fut d’abord la Muse qui inspire les chants (géX7togat). Et c’est dans ce sens tout général qu’Horace l’invoque encore à plusieurs reprises l8. Ce n’est qu’assez tardivement qu’elle est devenue la Muse exclusive de la tragédie. Évolution qui se comprendrait difficile ment, si l’on ne se souvenait que Dionysos est quelquefois qualifié,'’ lui aussi, de Me/poménos 19.
Celte similitude de nom semble attester entre Melpomène et Dionysos des rapports primitifs par lesquels s’explique sans doute le choix de cette Muse, comme patronne de la tragédie dionysiaque. Quoi qu’il en soit, les attributs ordinaires de Melpomène sont le masque tragique et la massue. A la place de celle-ci, Melpomène porte quelquefois le poignard ou l’épée. D’autres fois la massue est accompagnée de la peau de lion, attribut également dérivé du rôle d’Héraclès. Entre ses sœurs, la Muse tragique se distingue par un air de majesté sévère, auquel ajoutent encore, comme dans une statue bien connue du Louvre, ses proportions parfois colossales. L’exagération de la taille vise, en pareil cas, à donner l’impression du monde héroïque et surhumain que la tragédie met en scène. Signalons encore l’attitude originale de Melpomène sur la statue du Vatican (fig. 52T8), comme sur nombre d’autres monuments. La Muse de la tragédie s’y montre debout, le pied gauche relevé et posé sur un rocher20. Le sens de cette attitude (qui de Melpomène s’est propagée, du reste, à d'autres Muses) interprété de façons très diverses et parfois fantaisistes, reste obscur21.
Terpsichore, en conformité avec son nom, présida d’abord aux chœurs de danse 22. Mais on sait quelle fut de tout temps, en Grèce, l’intime association de la danse et du chant. Aussi, à 1 époque plus récente, Terpsichore est-elle devenue la Muse de la poésie lyrique23. La lyre est son attribut propre.
2, éd. Lang. - <3 Schol. Apoll. III, I ; Plut. Symp. IX, 14, 4, p. 745 A.
— 16 Plut. O. I. IX, 14, 7, p. 740 F. — 17 Schol. Luc. Imag. p. 342, 10.
— 18 Od. I, 24, 2; III, 30, 10; IV, 3, 1. — 19 Paus. I, 2, 4. — 20 Vus. Pio Cl. I, pl. XIX ; Clarac, Sculpt. pl. dxiii, n° 1044. — 21 Sur cette attitude, voir Pottier- Reinach, Nécropole de Myrina, p. 409.-22 plat. Phaedr. p. 259 C. — 23 Anthol. lat. I, 88, p. 101, éd. A. Riese; Auson. ldyl. XX.
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Très peu différent du précédent est le type d’Érato. Elle a pour attribut la cithare et symbolise la poésie érotique. Cette interprétation, par voie étymologique, se rencontre déjà chez Platon *. Elle devient ensuite générale. C’est Érato qu’Apollonius de Rhodes invoque au troisième chant de ses Argonaiitiques , avant de raconter les amours de Médée et de Jason. Et, si Virgile l’appelle au début du septième chant de l’Énéide, c’est qu’à ses yeux l’hymen d’Ënée et de Lavinie est l’événement principal de la seconde partie du poème. Souvent Érato ne se distingue de Terpsichore que par les traits plus vivants et plus passionnés de sa physionomie.
Selon une étymologie qui ne paraît pas douteuse, Polymnie (ttûXûç, ugvoç) est la Muse qui inspire les hymnes, c’est-à-dire les chants en l’honneur des dieux et des héros 2. Tel est le sens de l’inscription qui figure au bas de son image dans lafresque d’Herculanum : rioXu|j.via péôouç, car les mythes sont la matière ordinaire des hymnes. C’est encore en ce sens, ou peut-être, d’une manière plus générale, comme patronne de la poésie lyrique que l’invoque Horace3. Mais une seconde étymologie (iroXu;, [i-vsia) paraît avoir eu cours dans l’antiquité4, d’après laquelle Polymnie aurait présidé à la faculté d’apprendre et de se souvenir5. Et avec cette interprétation s’accordent la plupart des représentations qui nous sont parvenues. Polymnie s’y montre toujours dans l’attitude de la méditation ou du souvenir, tout le haut du corps étroitement enveloppé dans son manteau, et tantôt le menton appuyé sur la main droite, tantôt l'index appliqué sur la bouche. Souvent aussi, et c’est là une attitude qui s’harmonise avec l’expression songeuse de sa physionomie, elle se tient le buste penché en avant, et les coudes appuyés sur un piédestal ou un rocher. Par plusieurs de ces traits Polymnie se rapproche beaucoup de Mnémosyné, mère des Muses, de laquelle il n’est pas toujours facile de la distinguer G. C’est sans doute ce silence expressif et, en particulier, ce doigt posé sur la bouche qui amenèrent les Romains des derniers siècles à voir en Polymnie la patronne d’un genre, qui jouissait alors d’une vogue bien disproportionnée à son importance et à son mérite, la pantomime. C’est l’emploi que lui attribuent Ausone et divers poètes de l’Anthologie 7.
Uranie n’a pris, comme nous l’avons vu, qu’assez tard le rôle et les insignes de Muse de l’astronomie. Et elle doit évidemment cette attribution à son nom (Oùpavîa, la céleste) 8. Uranie a pour symboles habituels dans Partie
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elle désigne sur la sphère la position des 12^7^ empire .romain, l’astrologie revendiqua tout nabi? lement comme patronne cette Muse9 Les Si agrandissant sa fonction, en firent' la Muse01?6?’ nature universelle*0. ' de a
Entre ses compagnes, Calliope est la première pour 1W et la dignité». C’est le rang d’honneur que lui assigne déjà la Théogonie et que nous lui voyons également sur le Vase François (fig. 5206). Quant à ses fonctions elles ont beaucoup varié selon les temps. Mais toujours elles dérivent clairement de l’étymologie de son nom. Elle est la Muse «à la belle voix 12 ». Et, par suite, on l’a considérée souvent comme la source de l’inspiration prophétique à l’égal d’Apollon lui-même*3. C’est là, sans doute, Stà signification la plus ancienne. Toutefois il semble bien que chez Homère elle soit regardée comme la Muse propre de l’épopée u. Mais cette conception n’a, du reste, rien de contradictoire avec la précédente, puisque l’épopée était alors le seul genre poétique. Assez souvent aussi Calliope passe pour la patronne de l’éloquence 15 ; et on confirmait ingénieusement cette opinion, qui se trouve déjà chez Platon, à l'aide de quelques vers d’Hésiode19. Enfin, dans les derniers temps, la littérature et l’art semblent d’accord pour restituer à Calliope son rôle de Muse du poème épique*7. A travers tant de significations différentes, le type de celte Muse demeure assez constant. Elle a pour symboles le Stylus et les tablettes. C’est tout à fait par exception que sur la peinture d’Herculanum elle
porte le volumen , comme Clio. O. Navarre.
MUSCARHJM. [AutcuroS-rp — Chasse-mouches,
époussetoir, éventail. L’usage du chasse-mouches parait être venu d’Orient en Grèce*, puis à Rome. On en lit avec la queue du bœuf terminée par une touffe de poils2 ou avec les crins de la queue du cheval, d’où l’emploi pour désigner cette queue même du nom de muscarium 3 ; on en fit aussi en plumes4 comme les éventails, avec lesquels les chasse-mouches sont souvent confondus [flabellum]. Ils avaient, en effet, non seulement l’emploi que leur nom désigne, mais servaient aussi à épousseter5 et à éventer.
Dans une inscription de Pompëi 6, le même nom est donné à un meuble où l’on serrait des tablettes pour les mettre à l’abri des mouches. E. Saglio.
MUSCITLUS. — I. Appareil qui protégait les assiégeants travaillant à une tranchée [oppugnatio].
II. — Petite embarcation*. On en connaît la forme par la mosaïque encore inédite d’Althiburus (Medeina en
• L. I. — 2 Etym. magn. s. v. EOoùiuAo; ; Diod. Sic. IV, 7. — 3 Od.
I, I, 33. — 4 Plut. Symp. IX, H, I, p. 743 {D. — S O. 1 IX, 14, 7, p. 746
D-E. Dans le même passage Plutarque identifie Polyrnnia, ainsi entendue, avec la Muse appelée Polymathia par les Sicyoniens. — 11 Cassiod. Var. IV, 51 : « orcliistarum loquacissimae inanus, linguosi digiti, silentium clamosum, expositio tacila, quam musa Polyhymnia reperisse narratur ». — 7 Auson. L. I. ; Anth. lat. I. I. — » Voir déjà Plat. Phaedr. 259 D. — 9 Anthol. gr. Jacobs, IX, 505. — iû Cornut.
O. I. XIV, p. 17, 4, éd. Lang. — il Hesiod. Théo y. 79 ; Plat. L. I. ; Appollod.
I, 3, 1 . — 12 plat. L. I. : ieéçi te oèpavbv xat Xôyouç oùaat ôeiouç te xai àvOpumtvou; (Uranie et Calliope). — 13 Elle est invoquée de celte façon toute générale par l’auteur de l’hymne homérique au Soleil (XXXI, 2), par Alcraan (Lyr. gr. Bergk, 3e éd. p. 45), par Horace, Od. 111, 4, 1 ; cl’. Philost. Heroic. XX, 3. — 14 C’est à elle sans doute que songe le poète, lorsqu'il invoque la Museau début de scs deux poèmes. — 15 Plat. Phaedr. I. L; Plut. Symp. IX, 14, 7, p. 74C D; Cornut. O. I. XIV, p. 17, 0, éd. Lang. — i6 Theoy. 80 sq. — 17 Auson. L. l.\ cf. l'inscription sur la peinture d’Ilerculauum : KcOXott] itotr.na. — Biblioohaphif.. Gyraldus, Syntagma de Musis, t. 1, p. 555, des Œuvres, éd. Jensius; Heyne, Musar. religio, 1766 ; Creuzer, Symbolik, 2e éd. t. III, p. 261 sq. ; Petersen, De Musar. apud Graec. orig. numéro nominibusque ( Miscell . Uafn. 1, p. 79 sq.) ; G. Hermann, De Musis f. luvialibus Epichar-
mi et Eumeli, 1819 = Opusc. II, p. 288 sq. ; Bultmann, Mythologus, I, P- -,3 stI- > Guédéonoff, Groupes de Mus. antiq. (Annal. Instit. 1852); Schillbach, De Musis, 1853; Deilers, Ueb. die Verehrung der Mus. bei den Gr. 1868; Decliarme, Les Muses, 1869; Krause, Musen, Grazien, Horen u. Nymphen, 1871; Rôdigei, Die Musen ( Jahrb . f. class. Philol. 8 Suppl, p. 253 sq.) ; Trendelenburg, Due sarcofagi con rappres. dette Musc (Annal. Instit. 1871); Oberg, Mus. typi monum. veteribus expressi, 1873; 0. Bie, De Musar imag. quaest. selectae (dissert, inaug. Berlin, 1887); Die Mus. in der antik. Kunst, 1887, et l’article du même dans Roscher, Ausfükrl. Lexik. der gr. u. rôtn. Mytliolog. Il, p. 3238 sq. Les Myt io f/ies grecques de Maury, Decharme Preller, (jerliard, Welcker ont dis C^P‘ consacrés aux Muses. Voir aussi les Deukmâler de Baumeisler, 1887, p. ’ | 1 1 ’ 07 MUSCARHJM. 1 , De Perse (Menand. ap. Athen. XI, 10; Poil. X, 27, 9+) ou
l’on en fait encore avec la queue du
de l’Inde (Aelian. Hist. anim. XV, 14) où 1
2 Mart. XIV, 71 :
yak. On le trouve représenté sur les monuments assyriens. muscarium bubulum. — 3 Veget. Vet. VI, 1, 1; VI, 2, 2, VI, 3 et 4.
XIV, 67 : muscaria pavonina. — 5 Mart. XIV, 71. 0 Romane i, > j
Pompeii, p. 168. , nr.yjt
MUSCULUS. 1 Isid. Or. XIX, 1, 14 : « navigium curtum » ; Boecking, a ■
dign. Or. p. 454.
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Tunisie), où toutes sortes d’embarcations sont représentées avec leurs noms en grec et en latin. Au-dessous
de celle qu’on voit (fîg. 5219) on lit MVSCVLVS et audessus MTAION'. E. S.
MUSEUM, Mouuetov, désigne un lieu consacré aux Muses. Tel est par excellence le Mou<reïov de l’Hélicon '. A Athènes même, l’appellation .de la colline dite Moucetov n’a pas sans doute d’autre origine, quoique Pausanias l’attribue à la présence du tombeau du poète Musée2.
Il y a à peine changement de sens lorsque nous trouvons la désignation de Mou<reïov appliquée au lieu où se réunit une école philosophique, comme l’école pythagoricienne3. Non seulement l’on y cultive les études auxquelles président les Muses, mais on peut dire, dans une certaine mesure au moins, que les écoles offrent un emplacement consacré aux Muses : Diogène Laërce rapporte, par exemple, que dans l’Académie Speusippe plaça des images des Charités et que le Perse Mithridate y consacra aux Muses la statue de Platon par Silanion4.
Il en est presque de même encore lorsqu’il s’agit du célèbre établissement fondé à Alexandrie par les Ptolémées, auquel s’applique d’une façon toute particulière le nom de Moueretov 5 et dont l’idée d’ailleurs dut leur être inspirée par les philosophes appelés de Grèce à leur cour6. La direction, en effet, en était confiée à un grand prêtre qui y représentait le culte des Muses 7. Il semble bien, de plus, qu’entre le Moutreïov alexandrin et le Mou<t£ïov de Thespies certaines relations aient existé 8. Outre que les Lagides entretenaient avec l’Hélicon d’amicales relations, une inscription récemment découverte9 rend assez vraisemblable que, sur les revenus des capitaux affectés à leur fondation, une part était régulièrement prélevée en faveur du sanctuaire des Muses 10.
L’honneur de la création revient-il à Ptolémée Soter ou à Ptolemée Philadelphe? Il n’est guère possible de le décider, d’autant qu’évidemment elle ne fut pas l’œuvre d’un jour et que, si le premier inaugura l’entreprise, notamment par la réunion de la bibliothèque, la mise à
' La Blanclière et Gauckler, Catalogue du Musée Alaoui, 1897, p. 32, n“ 1 GO ; Gauckler, C. rendus de l' Acad, des Inscr. 1898, p. 642.
MUSEUM. 1 Philostr. Vit. Apoll. XXIV, 162. Athénée, XIV, 629 a, nous apprend qu’un certain Amphion de Thespies avait composé un ouvrage en plusieurs livres mot tv 'Etnxwvi Moomtou. ——2 1, 25, 8. — 3 Diog. Laert. Vit. phit. VIII, 1, 15; cf. Plin. Hist. nat. XVI, 32, où il est question du Muséum de Stagire. — 4 IV, 1, 1 ; III, 25. — 5 Sur le Musée d’Alexandrie, G. Parthey, Das alexandrin. Muséum , Berlin, 1838 ; Wcniger, Dns alexandrin. Muséum (231 lift d. Sammt. wiss. Vortràg. v. Virchow u. Holtzendorff ), Berlin, 1875; Couat, La poésie alexandrine, chap. i, p. 1-27; A. et M. Croiset, Hist. de la litt. gr. t. V, p. 13. — 6 Couat, p. H. — 7 Slrab. XVII, 794. — 8 Hollcaux, Rev. des ét. gr. 1897, p. 33.— 9 Jamot, Bull. corr. hell. 1895, p. 379-385. — 1 9 Ilolleaux , p. 34. — 11 Voir l’indication des textes douteux et la discussion dans Couat, qui se décide pour Ptolémée Philadelphe, p. 9-11. Parthey tient pour Philadelphe, p. 35-49 ; Wcniger pour Soter, p. 9. — 12 Slrab. XVII, 793 ; Couat, p. 13-14. — 13 Parthey,
exécution complète des plans peut appartenir au second n. Il y a plus de certitude sur 1 emplacement. Le Musée faisait partie des constructions royales qui se succédaient, attenantes les unes aux autres, le long du grand port12 : malgré les divergences d’opinions émises ' , il peut donc être approximativement situé. Les batiments comprenaient un promenoir, une exèdre, où sans doute les membres s’assemblaient pour leur travail et les affaires importantes, et une grande salle ou oecus où se prenaient les repas en commun14. Vouloir, comme on la tenté13, reconstituer davantage leur architecture serait tirer du passage où Vitruve expose les règles de la construction des oeci égyptiens 16 plus qu’il ne comporte. Il est seulement probable, à raison des études qui s y faisaient, que des dépendances considérables contenaient des salles d’anatomie, desappareils astronomiques, etc. 11. D autres textes aussi donnent à croire que le Musée se complétait par un jardin d’acclimatation pour les plantes exotiques et des parcs où étaient réunis les animaux des espèces les plus rares 18. Il en résultait, on le voit, les ressources les plus précieuses pour les lettrés et les savants, choisis par le roi, qui y étaient logés et nourris aux frais de l’état19. Auteurs et professeurs, leur enseignement consistait surtout en causeries et en recherches en commun ; peut-être, pourtant, comprenait-il quelques cours suivis pour des adolescents 20. Les renseignements malheureusement nous manquent sur cette vie intérieure du Musée et tout ce que l’on peut affirmer est que l’organisation en tenait à la fois et du temple, nous l’avons dit au début, et de l’académie et de l’université21.
Les empereurs romains succédèrent aux Ptolémées dans le patronage du Musée 22. Claude joignit à l’ancien Musée un nouvel établissement, auquel il donna son nom, pour qu’on y' récitât chaque année ses œuvres 23. Hadrien le fréquenta durant son séjour à Alexandrie et ne dédaigna pas d’y poser des questions et même d’en indiquer les solutions 24. Sous Aurélien, une guerre civile détruisit le quartier de Bruchium tout entier25. On a pensé que le Musée dut alors disparaître26. Le témoignage d’Ammien Marcellin, toutefois, n’en dit mot et rien n’empêche que, soit à la même place, soit ailleurs, il ait survécu27.
La substitution du sens figuré au sens propre a fait dire à un auteur comique cité par Athénée qu’Athènes était le Mouastov de la Grèce 28. Varron, de la même manière, parle du muséum de sa villa des environs de Casinum, entendant sans doute par là un lieu particulièrement propre à ces doctes entretiens que maints auteurs latins, Cicéron en particulier, ont affectionné de donner comme cadres à leurs écrits 29.
Le français « musée » se rattache à la même idée de lieu
p. 18-34. — 14 Slrab. XVII, 794; Couat, p. 15- 16. — 15 Couat, p. 16. — 16 Vitruv. VI, 3. — 17 Couat, L. c. — 18 Aeliau. De nat. anim. XVII, 3 ; Allien- V, 196 ; XIV, 654 c; Weniger, p. 14; Couat, L. c. ; Croiset, p. 13. — 19 Slrab. XVII, 794; l'hilostr. Vit. soph. XXII, 3. — 20 Couat, p. 17. — 21 Croiset, L. c. — 22 Strab! XVII, 794. — 23 Suet. Claud. 42; Athen. VI, 240 b. — 24 Spart. Hadr. 20, 2. — 25 Animian. XXII, 16. — 26 Couat, p. 17. — 27 U y avait à Antioche, jointe au temple des Muses, une bibliothèque fondée par Antiochus Philopator avec des fonds légués à cet usage (Malalas, Chron. éd. de Bonn, p. 235 ; C.-O. Müller, Antiqu. Antioch. I, 26; II, 16), mais on ne saurait en conclure à l’existence d'un Moumïov analogue à celui d Alexandrie. Du Moumïov de Tarente, mentionne par l’olybe,
VIII, 27, 11 ; 29, 1, nous ne savons rien. — 28 Athen. V, 187 d. 29 Varr. R.
rust. III, 5, 9; De \ it, Onom. s. v. : de là le récit de Ligorio que de nombreux hennés de philosophes y auraient été découverts (Uülsen, Rôm. Mitth. 1901, p. 20. ). I line, de son côté, mentionne les édifices que l’on appelle musea (Hist. nat. XXXVI, 154), mais sans dire en quoi ils consistent.
MUS
cher aux Muses1 ; mais, alors que, sous la forme « muséum », nous avons gardé au mot, dans notre Muséum d’histoire naturelle par exemple, à la fois école de haut enseignement, musée proprement dit et jardin botanique et zoologique, une acception presque aussi compréhensive que celle de l’établissement d’Alexandrie, « musée » aété réduit au sens restreint de collection d’objets ayant un caractère artistique ou scientifique. Ni le monde grec, au moins à son déclin et en particulier à la cour des Attalides^-, ni Rome, de son côté, n’ont ignoré de telles collections, mais nous ne voyons pas qu’on y ait appliqué la qualification de [t-ouadov ou de muséum. Ét. Michon.
MUSICA. — I. Définition. — Le mot musique [\ nousocVj, musica) a chez les anciens un sens large et un sens étroit. Au sens large, il désigne l’ensemble de la culture intellectuelle, ou, si l’on veut, littéraire, opposée à la culture des facultés corporelles que groupe le terme de gymnastique [educatio]. L’homme sans éducation est un agoutio;, ou, comme disait 1 empereur Claude, otvsu g.ou(nxTjç 1 .
Au sens étroit, g-oua-xi] esta peu près synonyme du mot français qui en dérive; toutefois les anciens comprenaient dans la musique, outre des notions scientifiques que nous faisons rentrer dans l’acoustique, les mouvements de danse qui' accompagnaient souvent le chant [saltatio], et le texte poétique lui-même. L’œuvre musicale complète comporte ainsi trois éléments : mouvement corporel, chant, poème-. Si la théorie et le langage vulgaire les considèrent comme relevant d’un même art, c’est d’abord que, en fait, le même artiste créait, dans la plupart des cas, les paroles, la mélodie, les figures de danse ; c’est ensuite que la poésie grecque, même récitée, présente des caractères musicaux de même nature que le chant proprement dit: la durée inégale des syllabes d’où résulte le rythme, l’accent d’acuité (tôvoç) d’où résulte la mélodie naturelle du langage3. Ainsi l’image delà Muse primitive, de la fée des montagnes (gou-rja), dansant et chantant une ballade dans quelque vallée ombreuse de l’Hélicon, plane sur tout le développement de la musique antique et maintient jusqu’au bout l’unité essentielle de l'œuvre musicale [musae, p. 2059].
IL Divisions. — Les théoriciens, depuis Lasos cl'Hermione4jusqu’à Aristide Quintilien, ont tenté maintesfois une classification rationnelle des différentes branches de la musique, ou, ce qui revient au même, un programme complet d’enseignement musical. La plus satisfaisante de ces tentatives5 peut se résumer ainsi :
A. Partie théorique. — I. Notions scientifiques (acoustique musicale). — 1. ’Api9g.y]Tixôv ; 2. tputnxôv.
IL Éléments techniques. — 1. Harmonique ; 2. rythmique; 3. métrique.
B. Partie pratique. — I. Composition5 (yp-^cTixdv ou àTtepyaffTixdv). — 1. Mélopée ; 2. rythmopée ; 3. versification (XéÇtç).
IL Interprétation (!;xyyeXtixôv). — U Jeu des instruments (ôpY«vtx-/j);2.chant((»Stx-/]); 3. mimique (înroxpi T(Xlj).
III. Notions d’harmonique. Genres de mélopée. — Le système harmonique des Grecs, ancêtre delà musique européenne moderne, a pour point de départ, pour cellule élémentaire, le tétracorde hellénique, c’est-à-dire
l Je n'ai pas vu la brochure de E. Curlius, Kunstmuseen, ihre Gesch. v. Bestim. Berlin, 1870. — 2 Frankel, Jahrb. d. lnstit. 1 S9 1 , p. 49-60 Pontremoli et Collignon. Pergame, p. toi et 193-198.
MUSICA. 1 Rev. ét. juiv. XXXI, 165 sq. — 2 Ki'v^di? dùuo-to.
un groupe de quatre sons dont les extrêmes so la quarte juste, et qui a toujours les plus petits valles au grave. L intonation des deux sons « mobiW intermédiaires varie suivant le « genre » de la mélonél et a toujours eu quelque chose d’un peu flottant Dïn! le genre diatonique la progression, du grave à l’ail est : demi-ton, ton, ton (le ton est, en principe, la diffèl rence entre une quinte et une quarte justes) Dans I genre chromatique : demi-ton, demi-ton, tierce mineure Dans le genre enharmonique : quart de ton, quart de ton, tierce majeure. Dans ces deux derniers genres le groupe des deux petits intervalles est dit « le resserré » (ttuxviîv). De ces trois « genres » de mélopée, le diatonique est le plus naturel et le plus usuel. Le chromatique, dont la vogue ne date que de la fin du ve siècle, s’emploie rarement à l’état pur; on lui emprunte des notes pour varier, pour colorer les mélodies diatoniques (d'où son nom de xp“g<*). Quant au genre enharmonique, il faut en chercher l’origine dans un état rudimentaire de la musique grecque, où le tétracorde se réduisait à un tricorde du type: demi-ton, tierce majeure. Cette progression (qu’on pourrait appeler genre spondiaque ) se rencontrait dans certains vieux airs de libation, conservés par la liturgie; elle se retrouve dans le tétracorde inférieur de la gamme des hymnes delphiques. Plus tard, probablement sous l’influence de la mélopée asiatique où, de nos jours encore, les petits intervalles sont en faveur, le derni-ton initial fut subdivisé en deux intervalles sensiblement égaux : on obtint ainsi l’enharmonique proprement dit (àpgovta, assemblage, accord de la lyre) qui fit fureur au ve siècle, domina la théorie comme la pratique musicales, et inspira les règles de la notation. Au IVe siècle, battu en brèche par le chromatique, l’enharmonique tomba peu à peu en désuétude ; on lui reprochait avec raison que la deuxième note du tétracorde ne pouvait être déterminée par une chaîne de consonances (quartes ou quintes) et, par conséquent, n’était pas susceptible d’une intonation tout à fait juste. Dès le temps d’Aristoxène (dernier tiers du ive siècle) l’enharmonique n’est plus guère qu’un souvenir.
Les progressions indiquées pour les genres diatonique et chromatique sont les progressions normales, celles qui peuvent s’obtenir par des chaînes de consonances. Mais il en existait d’autres qui jouirent d’une faveur plus ou moins prolongée : ainsi le diatonique « mou » (1/2 ton, 3/4 de ton, 5/4 de ton), le chroma « mou » (1/3, 1/3, 1 et 5/6), etc. Presque chaque école avait sa « nuance » (/pool) préférée, que les harmoniciens (Aristoxène) déterminaient un peu grossièrement en fractions de ton, d’après l’oreille, tandis que les canoniciens (Archytas, Eratosthène, Didyme, Ptolémée) calculaient, pour chaque son, la longueur de corde correspondante, et s’efforcaient d’exprimer chaque intervalle (de deux
sons consécutifs) par un rapport de la forme - :1 aP“
pareil qui servait à ces mesures était le monocorde ou canon. Au temps de la prépondérance du genre enharmonique, l’intervalle initial du tétracorde diatonique ou chromatique est très souvent identifié à 1 intervalle
klïiç, Arist. Quint, p. 32. — - 3 AojiôSs; Aristox. p. 18. JÙ
Capella, p. 352. — 5 Arist. Quint, p. 8. — 0 Certains auteurs rentrer les trois sections de cette branche dans les sections concspont?