‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 5 sur 275 · LA K · texte numérisé non relu

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La forme annulaire qui lui est. propre peut être considérée comme de fantaisie. Il est probable que le môme nom s appliquait a des vases de formes assez variées. Enfin, nous voyons que, au moins à Rome, la lagena servait à conserver et faire vieillir le vin. Les poètes parlent de lagenae cachetées L

Les archéologues appliquent quelquefois le nom de lagynos à un type de petite bouteille, pansue, à col étroit, et sans anses, généralement pourvue de trous de suspension près de l'orifice, type qui est représenté par un certain nombre d exemplaires dans les collections de vases grecs, spécialement dans le groupe des anciens vases coîinlhiens -. L exemplaire le plus fameux de ce type est le vase corinthien, signé du nom de Timonidas, sur lequel est représentée la rencontre d’Achille et de Troïlos3. Mais l’identification du lagynos reste incertaine. On a remat qui* que ce mot ne semble pas être d’origine très an- ( hume, et qu il n apparaît jms avant l’époque de la comédie moyenne L

Il y avait des lagynoi de toute petite taille, qui, comme les lécythes, étaient destinés à contenir de l’huile 5. D autre part, Columelle parle de lagenae qui servaient à conserver des fruits ou enfermer des confitures 6.

One inscription 1 fait connaître un serviteur de la maison de Trajan, chargé du service des vins, avec le titre de a lagona ; une autre 8 nomme un adjutor a lagona.

Athénée raconte, d après un auteur plus ancien, qu’il y avait a Alexandrie une fête appelée Xayuvocpopta. C’était une

fête en l’honneur de Dionysos, consistant essentiellement en

banquets, où chacun apportait son propre Aâyuvoç de vin0.

D’après Athénée, le mot lagynos désignait, à Athènes et à Fatras, une mesure de douze colyles attiques [cotylos]. On signale aussi un Axyuvoç rptyouç, c’est-à-dire contenant trois choai [cnoÉ] 10. Louis Couve!

LAGUAAK1US. — Dans une inscription l, une femme qui vendait ou fabriquait des lagenae est appelée laaunaria.

LAKAIIYA (Aàxaiva). — Vase mentionné par Athénée1 :

( est, dit-il, une sorte de coupe (xuÀfxcov eIooç) dont le nom vient, soit de l’argile dont le vase était fait, soit d une forme particulière, propre à la Laconie. E. S.

LAKOAIKAI (Aaxtovixat). — Chaussure d’homme1, dont le nom indique l’origine lacédémonienne, mais dont on se servait aussi à Athènes et ailleurs. C’était une sorte d embades [embas]2, c’est-à-dire de bottines lacées 3. 11 y en avait de grossières et d’usage commun, et aussi d élégantes, pouvant faire partie d’un riche costume, comme celui de Lysias, tyran de Tarse, que décrit Athénée L Cette chaussure était blanche. Pollux parle aussi 1 de lakonikai rouges. E. Saglio.

1 U oral. Epist. 11,2, 134 ; Martial. IX, 88 ; Pers. VI, 17. — 2 0. Jahn, Vasens. su München, Einleitung , p. xcm ; Wilisch, Altkor. Thonind. p. 24 cl pl. », fig 22 • Baumeisler, Denkmaeler, III, p. 1002 (Von Rolidcn). - 3 Collignon, Calai, des \ases de la Soc. Arch. d'Athènes, n» 181 ; Arcli. Zeitung, 1803, pl. clxxv ; Baumeister, Denkmaeler, III, lig. 2100. — 4 Ussing, De nominibus vasorum, p. 36. — '■> Etym. Alatjn. p. 503, 38 : àTT£rov àXaioSdZov. — 0 Coluin. XII, 45. — 7 Corp. inscr. lat. VI, 1884. — 8 Ibid. 8800. — 9 Athen. VII, p. 270 arb. — 10 Ibid. XI, p. 490. LAGUNAIUUS. 1 Corp. inscr. lat. VI, 0488.

LAKAINA. 1 Deipn. XI, 09, p. 485 f.

LAKONIKAI. 1 Aristoph. Thesm. 141 ; Lys. 74; Eccl. 314, 345. — 2 Dans le passage d’Aristophane, Vesp. 1157, où Ion a voulu voir une distinction entre ces chaussures, oppose seulement les lakonikai à tics embades plus grossières.

— 3 Aristoph. Eccl. 508. — 4 Deipn. V, p. 315. — ti VII, 88.

LAMIA. I Radical U;io?, W°S = abime. Isidore, Orig. VIII, 1 1, 102, Mc rattache à laniare ; Suit!, s. v. Aàjxta. — 2 Stcsich. ap. Eustath. p. 1714, 33 ; cf. Aristot. De mor. VII, 5 ; Meinccke, Comic. graec. fragm. Menan. p. 1 44.. — 3 Tim. Lex. MoppoWov; et le Thésaurus de II. Estienne, à ces mots; cf. Aristoph. Han. 293 ]

LAMIA (Aajjxa). — Monstre mythologique, dont le nom est en rapport avec l’idée d’abîme dévorant, laquelle se retrouve sous la même forme dans celui de Lamos, roi des Leslrygons1. Il semble qu’au point de départ, Lamia lut tout simplement une figure de la légende marine, analogue à Scylla qu’on lui donnait pour mère, semblable aux Sirènes et aux Harpyies dont elle reproduit quelques traits2; de là elle passa dans la superstition populaire qui s’en servait pour effrayer les enfants en compagnie de Gorgo, de Mormolyké, d’Empusa, etc. 3. Nous la trouvons à ce titre dans la comédie d’Aristophane et elle a inspiré des drames satyriques aujourd’hui perdus*. En Libye, où sa légende prit naissance, elle passaiL pour une fille de maison royale dont s’éprit Zeus; c’est la jalousie d’Héra qui la transforma, tantôt en mère dénaturée qui dévore ses propres enfants, tantôt en mère malheureuse qui, privée de sa progéniture, se confine dans des lieux sauvages, où elle s’abandonne au désespoir. On racontait que Zeus lui avait accordé le pouvoir de quitter à volonté et de reprendre ses yeux ; que, buvant jusqu’à l’ivresse stupéfiante, elle était inoffensive durant son sommeil, mais qu’à l’état de veille elle errait dans les ténèbres ”, sinistre fantôme, vampire altéré de sang, pour s abattre sur les jeunes enfants et les épuiser jusqu’à la moelle, elle devenait ainsi 1 explication de certaines maladies aussi soudaines qu’étranges qui sévissaient en particulier au temps de la canicule6. D'autres incarnaient en elle les effets funestes que la débauche exerçait sur les grâces et la vigueur des jeunes gens7. Sapplio faisait d elle une jeune tille de Lesbos, la même qui ailleurs est nommée Gello on Gellôs 8 ; une tradition la localisait dans une caverne du mont Cirphis, près de Crissa en Phocide, une autre au pays fantastique des Leslrygons dont elle devenait la reine9. Il y eut ainsi plusieurs Lamies, que 1 imagination populaire mettait en action partout où, sur 1 enlanceetla jeunesse, sévissait quelque fléau mystérieux. Les striges qu’Üvide dans les Fastes mêle à la fable de Carna, sortes de démons ailés qui durant la nuit allaitent les enfants de leurs seins empoisonnés 10, ne sont que des Lamies accommodées suivant les idées latines. C’esl d ailleurs chez les Latins, et même bien au delà de 1 époque classique, que ces figures ont été surtout exploitées par la littérature, les Grecs les ayant maintenues, autant que possible, dans le cercle des superstitions populaires. Le passage où Horace défend aux poètes de montrer sur la scène une Lamie du ventre de laquelle on arrache vivant l’enfant qu’elle a dévoré, semble indiquer que les dramaturges faisaient du monstre un usage au moins singulier 11 . Plus tard, on le représentait sous une forme double, femme par le buste

Achar. 582; Tcrlull. Adv. Valentin. 3. Les drames satyrii|ues sout d'Euripide et de Cratès; Schol. Plat. p. 963 B et 915 B. - 4 Aristoph. Pax, 758 ; Vesp. 1035 avec le Schol. Eguil. 639. — 5 Plut. Curios. 2; Diod. XX, 41. citant Euripide; Strah. I, 19; Isid. Orig. loc. cil. ; Leutsch, Paroemiogr. Graec. II, 498.

— 5 llesych. s. v. ; cf. Preller, Gricch. Mythol. I, p. 379 ; 507 Sq.

- ; Philo str. Vit. Apoll. IV, 25. Sur des fables analogues dans les traditions popu bures de la Grèce moderne, voir B. Schmidt, Volksleben der Neugriechen, I,

1 ” 1 et SUIV- — 8 Zcnob- Iü> 3 i Bcl'gk> Fragm. lyric. Sappbo, 47 ; cf. llesych. et Suid. v. VùAü, ; raioSç uaiSoœiXoTEpa. — 9 Anton. Lib. 8 ; Schol. Thcocr. XV, 40.

I anofka, Annali, 1833, p. 987 et suiv., assimile Lamia à Venus Libitina. iü Ov.

Last. VI, 131 suiv.; Uor. Epod. V, 20. Une inscription, Corp. inscr.gr. 5430, Z,

•*1 , 47, mentionne une localité appelée Acqiiaî \Mmoi à Akrae, sans doute deux collines que I on comparaît avec les seins monstrueux de Lamia. Voir Stoll chez Roscher, Lexikon d. Alythol. II, p. 1820, et Schmidt, Op. cit. p. 134. — il H0r. ,4. Poet. 340, et les interprètes ; cf. Fricdlucnder, .Sittengeschichte, 1, 433. Lamia a pris place dans le’dramc populaire des Latins; voir Munck, De fabul. Atellan. p. 39 sq. Sa popularité est attestée par des locutions familières auxquelles fait allusion Plutarque, Demctr. 27.

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et àne par les membres inférieurs ; dans la fable de Psyché, les sœurs de d’héroïne, s’acquittant de leurs fonctions de tortionnaires, sont assimilées à la fois à des louves et à des Lamies On a cru trouver sur un vase peint à figures noires2 une représentation de Lamia dans la figure d’une femme nue, aux traits repoussants, que des satyres torturent après l’avoir attachée à un palmier. Longpérier a reconnu une Lamie dans un oiseau à tête humaine figuré sur un vase de style corinthien 3 ; l’image paraît être empruntée aune décoration orientale ; il l’a ingénieusement rapprochée d’une mosaïque de bas temps où des oiseaux à têLe humaine sont désignés par une inscription lame 4.

Les Lamies, au nombre de trois, paraissent même avoir été l’objet d’un culte3. J.-A. Hild.

LAMPADARIUS. — On appelait à Rome, sous la République, lampadarii les appariteurs qui, la nuit venue, précédaient, en portant des lampades (flambeaux ou torches) allumées, les principaux magistrats 1 et les généraux vainqueurs qui célébraient le triomphe2; sous le Haut- Empire, les empereurs et les membres de la famille impériale3, et, en outre, au Bas-Empire, plusieurs hauts fonctionnaires4. Les décemvirs et les édiles des colonies avaient de même le droit de faire porter devant eux des lampades allumées6. Les lampadarii étaient, du moins pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, des esclaves0. Après Dioclétien et Constantin, les lampadarii du palais impérial formaient un groupe, placé, en même temps que les mensores , sous l’autorité du magister officiorurn \ A leur tête se trouvait le primicerius Lampadariorum. Une novelle de Valentinien III nous donne de curieux renseignements sur ce primicerius. Choisi parmi les lampadarii eux-mêmes, il ne devait rester que trois ans en fonction, afin que les autres lampadarii n’attendissent pas trop longtemps leur tour. Ceux des lampadarii qui abandonnaient leur service pendant deux ans perdaient un tour; pendant trois ans, ils en perdaient deux; pendant quatre ans, , ils en perdaient trois. S’ils restaient cinq ans absents, ils perdaient tout droit au poste de primicerius et étaient rayés de la liste des candidats 8.

A la même époque, les préfets du prétoire avaient droit à quatre lampadarii'. En effet, quatre lampades sont figurées parmi leurs insignes dans la Notitiadignitatum* . Par une faveur exceptionnelle, Justinien accorda le même privilège au vicaire du diocèse de Pont10 ; il conféra de même le droit d avoir des lampadarii à un certain Bonus, qu’il avait nommé questeur de son armée et qu’il avait chargé, par mission spéciale, du gouvernement de la Scythie, de la Mysie, de la Carie, de toutes les Cyclades et de l’ile de Chypre11. J. Toutain.

LAMPADÉDROMIA. — Les courses aux flambeaux,

/ HüI'- Schol‘ CrucO A- P»et. 340; Apul. Metam. V, H ; cf. Ibid. I, 17, passages ou Ion voit comment les Lamies purent servir à caractériser les courtisanes ; cf. dans la Irad. de la Vulgate, Isai. 34, 14, cubavit Lamia et invenit sibi requiem.

— 2 M. Meyer, Mittheilungen des Instit. Athen. 1891, p. 300, taf, 9. Le même auteur avait précédemment vu une Lamia dans une figure monstrueuse sur un vase peint, Arch. Zeitung , 1885, pi. ix. -3 Musée Napoléon III. pl. lxiv. - 4 Garducci, Sul grande Alusaico scop. in Pesaro, 1867, pl. i. — 6 Corn inscr Int VII, 507 (dans le Norlhumberland).

LAMPADAMUS. l Mommsen et Marquar.lt, Manuel des antiq. romaines t II irad. franç.) p. 61-62 2 Florus, II, 2. - 3 Marc. Aur. E„ Ucovév, 1, .7 . Her’odian.

’ ’ ’ ’ > Hi 3» 2;8, 6; \ I[, 1, 9; 6,2. — 4 Notit. dignit. Pars Or III éd

Boecking, p. 125 ; Occid. II, p. 8 ; Corp. jur. civ. éd. Krueger, t. III (Novellae,’ éd' Schoell), p. 771 ; Julian. Antecess. Epitome latina novell. Justiniani, éd. Haenel! Constit.. XXX VIII. — 5 Lex Ursonensis , Corp. inscr. lat. II, 5439, §61 — 6 Suet/ Auÿ. 29 ; Corp. inscr. lat. VI, 8867, 8869. - ^ Notit. dignit. Pars. Or.X, § 1 A 6 p. 38'

— » Novell. XXXVI Valentiniani. — 9 Pars Or. III, Insignia vir. illust’r.’ prâefect. praetorio^ per Illyricum, Boecking, p. 12; Occid. II, Insignia viri illus-

Àa;j.7rao^opojj.ïa, Xap.7iaorjipopta, XafMrâç1, sont très anciennes. Il semble qu’il n’y en avait d’abord que trois, l’une aux Panathénées, l’autre à la fête d’Héphaistos, la troisième à la fête de Prométhée2. Héphaistos et Prométhée sont, par excellence, les divinités du feu ; on sait les rapports qu’Athéna, personnification de l’éclair, présente avec Héphaistos 3. Hérodote mentionne une quatrième lampas , qui lut instituée par les Athéniens après Marathon, en l’honneur du dieu Pan4. A l’époque de Platon, les courses aux flambeaux furent courues pour la première fois à cheval; cette nouveauté servit d’abord à relever l’éclat de la fête des bendideia, célébrée alors pour la première fois aussi au Pirée3. Nous verrons plus loin que des courses aux flambeaux ont été dans la suite célébrées à beaucoup d’autres fêtes à Athènes et dans les différentes villes de la Grèce.

Les règles de la course aux flambeaux et les combinaisons imaginées pour décider à qui reviendrait la victoire ont éLé clairement expliquées pour l’époque classique par M. Paul Foucart6. La lampadédromie est un concours entre tribus. Il- n’est pas probable que les dix tribus aient concouru chaque année; on peut supposer que cinq seulement entraient en lice. Chacune de ces tribus fournit un gymnasiarque [gymnasiarciiia]. Cé personnage acquitte une liturgie ordinaire, dans le genre de la chorégie [leitourgia] : il doit recruter parmi les membres de sa tribu une troupe de jeunes gens, les nourrir en vue delà course et les équiper à ses frais. Le nombre de ces jeunes gens était assez élevé; deux inscriptions, contenant des dédicaces de lampadéphores, donnent plus de quarante noms 7. Lysias dit qu’un gymnasiarque a dépensé pour la fête des Prome'the'ia une somme de douze mines8.

Le soir de la fête, chacun des cinq gymnasiarques menait la troupe de sa tribu sur le terrain, la porte de Dipylon. La course se faisait sur la route d Athènes à 1 Académie; le point de départ était la muraille de la ville; le but à atteindre l’autel de Prométhée, un peu plus de 1000 mètres. Les 40 coureurs de chacune des cinq tribus qui concouraient étaient échelonnés sur la route à 25 mètres 1 un de 1 autre ; on avait ainsi 5 files de coureurs.

« Au signal donné, le premier part, la torche allumée, la tenant de manière qu’elle ne s’éteigne pas ; de toute sa vitesse, il parcourt l’espace qui le sépare du second; celui-ci, qui 1 attendait, saisit la torche et, s’élançant à son tour, la remet au troisième, et ainsi de suite, jusqu’au quarantième et dernier. Les choses se sont passées de même pour les quatre autres files9. »

Dans ce concours, ce qui avait surtout frappé les anciens, c’était cette rapide transmission de la torche, qui se répétait 59 fois. C’est ce détail qui a fourni des

» i Ui IUI11, O.

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1 ‘ , Mil, Jj », UOI

Krueger, t. III (Novellae), p. 771.-11 Julian. Antecess. op. eit.,p. 69- Corn iur civ. t. III, Novell. 41 et 50. J ’

LAMPADLDROMIA. 1 Ou trouve encore ^ ^ « s ,

nuuve eucoie AajAitadou£o; it.^ OU ôço|aoç, àyùv

àrs,v m Uçtî, XajxuaSo à^v ou

àT<iv. - 2 Harpocr. Hesych. Suidas, v. X«^à?; Schol. Aristopfi. Pan. 431 et 1087; Bekker, Anecd. 228. - 3 Decharme, Mytbol. de la Grèce antique, p. 77- 78, 171. - 4 VI, 5; le même historien (VIII, 98) semble considérer ces courses

comme primitivement réservées à Héphaistos. — 5 Hep . p. 328 A . 6 Pevue de Phi-

/oioÿîe, t. XXIII, 1899, p. 112-116; on trouvera aussi de bonnes explications dans Wccklein, Der Fackelwettlauf , dans V Hernies, VII, p. 440 sqq. ; Alfred Kôrie Vase mit Fackellaufdarstetlung ; P. Slengel, Die griech.Kult. p. 198.-7 Corp. inscr. att. II, 006. Décret des lampadéphores de la tribu Aiautis au iv« siècle ; les noms sont graves au-dessous sur plusieurs colonnes; celle de gauche comprend dix noms ; il y avait probablement quatre colonnes. Cf. Corp. inscr. att. II, 1223 é, p. 253 ; il y a quarante-six noms conservés, deux effacés peut-être à dessein ; Foucart, p. 115.

8 Lysias, XXI, 3. — 9 Foucart, l. laud. p. 115.

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comparaisons si caractéristiques à des écrivains de l’antiquité, Platon et Lucrèce1 par exemple. Il est probable que les coureurs étaient assez exercés pour que, fréquemment peut-être, dans les cinq files, la torche allumée arrivât presque en même temps au dernier coureur. L’intérêt était alors vivement excité quand ces cinq derniers concurrents s’élancaient pour parcourir les 25 mètres qui les séparaient du but. La victoire appartenait à celui qui de sa torche enflammée allumait le feu sur l’autel. Mais elle ne lui appartenait pas à lui tout seul; elle appartenait aussi à ses compagnons ; chacun

d’eux avait eu sa part dans l’œuvre commune, en portant rapidement la torche sans la laisser s’éteindre, et en la remettant lestement et commodément au suivant. C’était donc une victoire collective, un à.9Xov2. Aussi, comme le dit la scholie de Patmos, la tribu était-elle proclamée victorieuse avec celui qui était arrivé le premier 3.

Dans les inscriptions, le nom du gymnasiarque est mentionné avec le nom de la tribu ; la rédaction est la même que celle des inscriptions choragiques ; en voici une de l’an 346-345 : Axocjxavtiç ivi'xa Xag7tâ8i navaÔvjvata | T7.

[X£YâXa ÈTt’Ap/tou apyovToç | SevexX^ç êyupflWictpyM 4. Le coureur qui était arrivé le premier recevait, comme récompense, une amphore contenant 30 métrètes d’huile6.

Cette explication présente un point obscur : dans quelle direction la course se faisait-elle? L’Académie étaitelle le point de départ ou le point d’arrivée? M. Foucart a soutenu cette dernière opinion ; il s’appuie sur la scholie de Patmos et sur le vers 131 des Grenouilles d’Aristophane. Mais d’autres savants 0 allèguent précisément ce dernier texte pour soutenir le contraire; ils prétendent qu’il est question dans ce passage de la tour de Timon que Pau-

\ Lucrèce l'a empruntée à la Grèce : « El quasi cursores vilai lainpada tradunt », 11, 79 ; les Romains ne connaissaient pas les courses aux flambeaux ; on la trouve dans Platon, Ley. VI, 776 B. — 2 Alt. Martin, Cavaliers athén. p. 191. — 3 'O ivtxa ü ««ou luka- Cette scholie, qui était déjà connue par le Lexique de Séguier, p. 228, a été donnée d'une façon plus complète par un ms. de Patmos contenant des scholies sur Démostliène, Bull. corr. h ell. I, p. 11. 4 Corp. inscr. att. 11, 1229 ; cf. 1230-1233. — 6 Corp. inscr. att. 11, 965, fr 6, col. 2, I. 27. — 6 SchOmann, Griech. Alt. II, 468 ; C. Waclismuth, Die Studt Atlien, 1, 267 ; Wccklein, Op. laud. p. 443 ; A. Mommsen, t este der Stadt Atlien, p. 341 ; P- Slengel, Griech. Kult. p. 198. — 7 1, 30, 4 ; il faut dire que le scholiaste d’Aristophane ne connaît pas cette tour de Timon, il semble croire qu il

Fig. 4328. — La lampadédromie.

sanias place dans l’Académie 1 ; de plus, dans cette même comédie des Grenouilles , au vers 1093-1094, Aristophane montre les lampadistes à la fin de la course arrivant aux portes de la ville et accueillis par les habitants du Céramique avec des cris, des moqueries et même

des coups.

Telle est la lampadédromie que les textes nous font connaître pour l’époque classique 8. Pausanias décrit une course toute différente 9 : « A l’Académie, il y a un autel de Prométhée ; c’est de cet endroit qu’ils courent vers la ville en tenant des flambeaux allumés ; si le flambeau du premier arrivé est

éteint, il ne peut prétendre à la victoire, qui appartient au second arrivé ; si le flambeau de celui-ci est éteint, la victoire est au troisième ; si tous les flambeaux sont éteints, le prix n’est pas décerné. » . •

Ainsi, à l’époque de Pausanias au moins, les coureurs

se dirigent de l’Académie vers la ville, le point de départ étant l’autel de Prométhée. Certains auteurs parlent de l’autel d’É-

ros

mais,

Fig. 4329. — La tribu victorieuse clans la course aux (lambeaux.

comme il se trouvait devant l’entrée de l’Académie 11 , non à l’intérieur, on peut admettre qu’en désignant cet autel ces auteurs ne se

préoccupaient pas de donner une indication précise12; enréalité, c’est à l’antique base consacrée àHéphaistosetù. Prométhée que les coureurs allumaientleurs flambeaux13; cette base était à l’intérieur de l’Académie, à peu de distance de l’autel d’Éros. Les deux sortes de courses sont représentées sur les monuments. La course ancienne, celle qui a pour trait distinctif la transmission de la torche, se trouve peinte sur deux vases reproduits ici. Le premier (fig. 4328) est au Suermondt-Musaeum à Aix-la-Chapelle u. Deux coureurs sont figurés sur ce vase : l’un tient une torche allumée et l’approche de

s'agit ici d'une tour des murailles d’Athènes. — 3 Aeschyl. Ayant. 303 sq. ; llerodot. VIII, 98; Plat. Bep. 328 A ; Ley. 776 B; Arislot. Phys. V, 4, 10 ; scholie de Patmos citée n. 3,-9 I, 30, 2 E. — 10 Cet autel aurait été élevé par Pisistrate, Plut. Sol., 1; cf. Hermias, ad Plat. Pliaed. c. vu, p. 78, éd. Ast : K où ô Sçono; ô toïî navaOijvaioiî In tî> toù pup-où xoff "Epwxoç è-]ftvtxo •

tvTEuflev YÙ.Q di-l.0tpi.evot oï l'yr jSot xàç XotptTCtitStxç eôeov. H PauS. I, 30, 1.

— 12 Nous suivons Wecklein, loc. cit. p. 443. — 13 II faut combiner le passage de Pausanias que nous venons de citer avec la scholie du v. 56 de Soph. Oed. Col. — 14 Kôrtc, Op. I., a très bien montré l'importance de ce vase pour notre connaissance de la lampadédromie ; il pense qu il a élé fait peu après l’an 400.

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Fig. 4330. — Le vainqueur de la course aux flambeaux.

l’autel ; l’autre se tient un peu en arrière, sans torche ; une Victoire et un arbitre assistent à la scène . Les coureurs sont nus; ils ont sur la tète une couronne très caractéristique ; on dirait qu’elle est formée d une rangée de plumes droites. Le second vase (fig. 1329) appartient à la collection Tyskiewicz 2 : les coureurs sont ceints de la même couronne ; sur le bandeau du vainqueur qui tient son flambeau au-dessus de l’autel, on lit antiox(iç), nom de la tribu Antiochide victorieuse avec lui. On distingue aussi quelques lettres sur le bandeau des deux autres coureurs sans flambeaux, qui représentent sans doute les autres

tribus. La seconde sorte de course nous est connue par des monuments plus nombreux. Celui ! que reproduit la figure 4330 représente le moment qui suit la scène figurée sur le vase d Aix-la-Chapelle : la victoire est gagnée ; le feu est allumé sur 1 autel, les torches a demi brûlées sont éteintes; près du vainqueur, un coureur a déjà en main la crxXeyY ; à gauche, deux autres causent, un seul des deux tient une torche. Ici, tous les coureurs tiennent un flambeau; c’est la seule différence notable; eux aussi ils sont nus et ils ont sur la tête la couronne avec des pointes on des plumes (voir aussi figure 1074)*. Cette couronne avait-elle une signification particulière ? C’est probable ; mais nous ne pouvons dire rien de plus. Le Platéen Euchidas, avant de prendre sur l’autel de Delphes le feu qui devait servir à rallumer les feux éteints à Platées, se purifia le corps et mit sur sa tète une couronne de laurier3.

La torche a aussi une forme particulière [candelabrum].

C’est un manche, quelquefois une simple poignée que surmonte une large bobèche et dans laquelle la

tige ou le faisceau de tiges qui doit fournir la lumière est enfoncé ou piqué (fig. 4331) 6. Cette torche, les lampadéphores victorieux avaient coutume de la consacrer aux dieux 7.

Dans certaines représentations de l’époque romaine manquent les traits caractéristiques : les coureurs n’ont pas la couronne, les torches n’ont pas

la large bobèche ; en revanche, les coureurs portent un bouclier au bras gauche (fig. 4332) A Nous n avons aucun renseignement sur cette course; mais il n f st pas impossible quelle ait été réellement pratiquée ; nous voyons à Céos un lampadarque vainqueur recevoir

comme récompense un bouclier d’une valeur de 200 drachmes9.

Quelques textes nous font connaître pour les lampadédromies un |j.a./.pd; et un [Aixpo; opdgoç.

Le [nxxpbç opbp.o; était couru à la fête des Panathénées 10 ; on le trouve aussi mentionné dans des inscriptions de Sestos", de Patmos12; pour Délos, une inscription mentionne, après la XajJLTiiç twv iraioaiv, le l>.v.Y.Qbz opôpLoç tojv àvoptïjv 13. Nous n avons aucun lenseignement qui nous permette de distinguer exactement ces deux courses et de dire en quoi elles différaient de

Fig. 4331. — Monnaie d’Amphipolis.

la course ordinaire, ou laquelle des deux était la course ordinaire u.

L’archonte-roi avait la présidence et la direction de toutes les courses aux flambeaux, comme le dit expressément Aristote13. Auguste Mommsen16 suppose que ce' renseignement ne se rapporte qu’à l’époque d’Aristote ; qu’anciennement, au moins au Ve siècle, c’étaient les hiéropes qui étaient chargés de ce soin. Il s appuie sur une inscription importante qui contient un règlement pour les fêtes d’Héphaistos 11 , règlement d après lequel les hiéropes auraient été chargés de la direction des deux principales fêtes qui se rattachent au culte

1 Cabinet Pourtalès, pi. v. Ici une borne parait marquer le point de départ. Un coureur tient un flambeau allumé ; un autre tend vers lui la main. Autres vases représentant la SmSo/jj : Calai, of the gi-eek and etr. vases in the Britisli Mus. t. III, Vases of the finest period, n»s 111 et 3894 ; Stephaui, Ant. du Bosphore Cimmêrien, pl. lxui ; Dubois de Montpéreux, Voyage autour du Caucase, pl. xiii ; Aschik, Vosporskoia Tsarstvo, pl. vu (dans les pl. de Dubois et d'Asclnk, les flambeaux sont allumés) ; peut-être aussi le bas-relief qui est au-dessus de l’inscription Corp.inscr. ait. II, 1221 .— 2Frôbner, Calai, illustré delavcnte Tyskiewicz, pl. u ; Collect. Tyskiewicz, pl. xxxv. Voir encore Coll, d' Hamilton, II, pl. xxv ; 111, pl. xLvni, Tischbein ; Calai, des vases du Brit. Mus. t. IV, n° 59. — 3 Stephani, Antiq. du Bosphore Cimmêrien, pl. lxui. — 4 Lenormant et De Wilte, Élite des mon. céram., texte, p. 2C4, croiraient que ces pointes sont des joncs; il est certain qu’il ne faut voir là rien d’analogue à la couronne radiée [corona] ; cf. Stephani, Nimbus und Strahlenkranz , p. 109. — S Plut. Aristid. 20, — 6 C’est ce flambeau qu'on frouve représenté sur les belles monnaies d’Am-

pbipolis, fig. 4331 ; Duruy, Hist. des Grecs, II, p. 516; Barclay Head, Hist. num.

p [go. 1 Toï; 6eoï;, dit l’inscr. Corp, inscr. ait. III, 1 114 a ; 'Eçimaxcù 'Hfaxkeï,

Ibid. III, 123; cf. encore 124. — 8 Figure 4332 d’après la mosaïque Albani, Gerbard, Antilc. Bild W. taf. 63, 1 ; Baumeister, Denkmâlcr, p. 522, fig. 563. — 9 Dittenberger, Sylloge, 348, 31. — « Hcrmias, le passage cité, n. 10. p. 9 10 ; Corp. inscr. att. II, 1322, consécration d’une Athénienne, en 1 honneur de son fils vixtiactwa ITavaôévata vov |iaxjôv Soôp.ov. — tt Dittenberger, Byll. 240, 1. 83. — 12 Ibid. 402, 1. 9. — 13 Bull. corr. hell. VII, p. 370.

11 Peut-on supposer que le naxçf»; SçôpLoç est la lampadédromie à cheval

Les éléments font défaut pour décider la question. — 1:> Besp. Ath. 57, 1 : Tt0x,7t 8è (ô ^onrtT.EÙ;) xcù toù? vSv ka[xTiàSuv àyùxai SxotvTa; ; — 16 1- este der Stàdt Athen, p. 104, 125 et 341. — n Corp. inscr. att. IV, I, p. 64, no 35 b : Ty Si kap.r.àS<x iîoisTv rlf -üEVTeTYiof8i xal voïç 'Hs auTTiot;. IIotoiiv»lv 8i oi ieçoxoioi oj.w,

uiaTt vljv Xcqiica8o8ço[Juav xal zhv wkXov &yüva yiyveirllai xa6[âxeç tlf xevTevïiçtjSt -î;v (Lav Loi

kajxxàSaçxloi lîotoOfftv.

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d'Erechthëe, la grande Pentétérie, c’est-à-dire les grandes Panathénées, elles Hëphaisteia. 11 faudrait alors admettre que les hiéropes avaient les mêmes attributions qu’eurent plus tard les gymnasiarques. Nous ne le pensons pas1.

Le gymnasiarque était chargé de préparer et d’équiper pour le concours une troupe d’Athéniens de sa tribu. Devait-il présenter à la fois une troupe d’enfants et une troupe d hommesfaits? La question a été longtemps controversée2; nous croyons qu’elle n’est pas encore résolue3.

Nous avons vu qu’en cas de victoire, le nom du gymnasiarque était proclamé avec celui de la tribu. La tribu peut témoigner sa reconnaissance au gymnasiarque qui a tout fait pour lui procurer la victoire: elle peutlui voter un éloge et une couronne4. Les lampadopliores peuvent, eux aussi, décerner une couronne au gymnasiarque 5 : une inscription nous montre les lampadistes de Patmos et les habitants qui ont droit à l’huile pour les frictions former un xotvôv ; cette communauté a une caisse qui est administrée par un ypusovogo; ; elle décerne un éloge, une couronne d’or et un portrait en peinture à un de ses membres qui a été sept fois gymnasiarque, une fois lampadarque, qui a été vainqueur à la course longue et qui a comblé la communauté de ses bienfaits ; il a, en particulier, pris à sa charge, sa vie durant, les frais pour les sacrifices et les autres dépenses que les lampadistes doivent faire dans les fêtes6.

Lorsqu’au iue siècle la gymnasiarchie a été transformée et a cessé d'être une liturgie pour devenir une magistrature, soit politique, soit éphébique, le lampadarque est chargé de préparer la course aux (lambeaux. Assurément, le gymnasiarque peut être aussi lampadarque ; mais les deux fonctions sont désormais distinctes ; ainsi, dans une inscription de Cëos, il est dit qu’on élira un gymnasiarque, qui devra être âgé au moins de trente ans, et qui, entre autres soins, devra préparer les XagrcaSe; des jeunes gens ; mais les prix des concours devront être donnés par les probouloi ; le lampadarque vainqueur devra recevoir un bouclier d’une valeur de vingt drachmes 7, comme nous l’avons vu plus haut. Dans les dédicaces pour des victoires aux lampadédromies, dédicaces qui se rapportent presque toutes à des éphèbes, on trouve nommés, tantôt l’agonolhète 8, tantôt le gymnasiarque 9, tantôt le lampadarque 10, tantôt le paidotribe et l’hypopaidotribe u. Les lampadarques avaient probablement des attributions analogues à celles des gymnasiarques 12. On peut remarquer qu’assez souvent c’est le lampadarque qui est vainqueur au concours 13.

Les inscriptions relatives aux fêtes de Thésée14 nous

1 Ils peuvent infliger des amendes, ils reçoivent de l'argent pour la tôle. — 2 Voir gymnasiarchia, p . I67G, il. 1; G. Fougères, Bull. corr. hell. XV, p. 280. — 3 On s'appuie sur l’inscr. Corp. inscr.att. IV, II, 1233 C, p. 254; ce texte a clééeril à des époques différentes ; rien ne prouve que la mention V I X y T 7^ -rcaorc xod àvSpàm se rapporte à une même fête; cf. comme exemple de victoires successives, l'inscr. Dittenberger, S y IL. 420. — 4 Corp. inscr. ait. II, 1181 ; 1340; dans cette dernière inscr., le personnage en l lionneur duquel a été fait le monument a été laxiarque et, à ce titre, il est couronné par le peuple ; mais les membres de sa tribu le couronnent parce qu’il a été gymnasiarque.— 3 Corp. inscr.att. II, 606, et surtout l’inscr. de Patmos, Dittenberger, Syll., 402. — 6 Inscr. citée dans la note précédente. — 7 Rangabé, Ant. hell. 821 ; Dittenberger, Ol. 348. Nous avons vu, dans l'inscr. de Patmos, que le personnage, couronné par les lampadistes, a été sept fois gymnasiarque, une fois lampadarque ; cf. encore Journ. of hell. Stud. VII, 188G, p. 148 ; Bull. corr. hell. VIII, p. 237 ; surtout XV, p. 257, inscription de Staséas, qui énumère les jeunes gens libres qui ont exercé des fonctions dans sa palestre aux heumeia des enfants : il y a 10 Rpttî, 3 agonothèles, 7 lampadarques, 5 gymnasiarques. —8 Corp. inscr. att. Il, 1223. — 9 II, 1221 ; III, 107-110, 118. — 10 H, 1228; III, 106; dans ces deux inscriptions, l’indication de l’année est mentionnée de cette façon : lia^naSap///,<7aç Iv tç lut MgvàvSpou Iviauvs}. — H III, 106, dans III, lt 14 a, le paidotribe seul est mentionné. — 12 Cf. Fougères, Bull. corr. hell. XV, 280. — 13 Ainsi, Corp. inscr.

montrent que, dans Athènes, au n° siècle, l’agonothète est chargé d’organiser la lampadédromie et les jeux gymniques de la fête; il établit pour les vainqueurs des prix qui seront consacrés. Dans le catalogue des jeux qui est à la fin de ces inscriptions, la lampadédromie est mentionnée après les concours qui semblent se rapporter à la procession. Nous connaissons les lampadédromies des Theseia pour cinq années15:

Corp. inscr.

atl., 444, col. I, 61 et suiv.

enfants

éphèbes contre

veavfcxot

anciens éphèbes

Corp. inscr.

atl., 445, col. 1, 22 et suiv.

enfants

éphèbes

hommes faits

Corp. inscr.

ait., 446, col. I, 22 et suiv.

enfants

anciens éphèbes

VEOtvicXOl iuTIEÏ;

Corp. inscr.

ait., 447, col. I, 17 et suiv.

enfants

éphèbes

veavtV/.ot Tapavrivoi

Corp. inscr.

ait., 448, col. I, 25 et suiv.

enfants

éphèbes

vîavtV/.oi Tapavxtvo

Les lampadarques sont mentionnés seulement sur la première de ces cinq inscriptions : à la lampadédromie des enfants, c’est le lampadarque Nicogène, fils deNicon IG, qui est vainqueur; le prix est donc individuel ; il est, au contraire, décerné à une troupe, il est collectif pour la lampadédromie des éphèbes contre anciens éphèbes et pour celle des veavt'rxot ; les lampadarques sont mentionnés de cette façon : XagTraoapyo'jvToç ’A7toXXwviou toù Eùxtaiou AxagavTtoo; tpoXTji;. Dans les inscriptions qui suivent, les lampadarques ne sont plus mentionnés et les prix sont toujours individuels17. Ceci* semble justifier la description que Pausanias a donnée de la lampadédromie, à 1 époque romaine, c’est-à-dire de cette course dans laquelle la torche ne passait plus de main en main 18.

Le corps militaire des cavaliers fait une lampadédromie aux Theseia sous l’archontat de Phaidrias 19, dans l’année 150/1. C’est aussi vers la même époque que nous constatons l’existence d’une course semblable dans la fête des Panathénées20. Cette lampas des cavaliers se faisait à la fin de la première des deux journées consacrées à l’àywv t7T7t txôç pendant le 11e siècle21; elle est distincte de la lampadédromie à pied, qui, de temps immémorial, se faisait entre l’Académie et la porte du Dipylon,au commencement delapannychis célébréeavant la procession 22. Quand le corps des Tarentins fut constitué dans Athènes, c’est à eux que fut confié le concours de lampadédromie, au moins à la l'été des Theseia 23.

Il n’est pas impossible que nous ayons une représentation de la lampadédromie à cheval, sur le vase de

att. II, 444; 1,63 ; 1221 ; probablement 1228, 1322 ; Dittenberger, Sxjll., 402. — 14 Corp. inscr. att. Il, 444-448; cf. Alb. Martin, Cavaliers alhén., p. 199. — 13 La plus ancienne de ces inscr., n» 444, est de I’archontat d’Arislolas, qui sc place dans l’année 161/0 ; le n° 445 est de l'archontat d’Antbcstcrios, année 157/6 ; le n" 446 est do l’archontat de Phaidrias, année 151/0; cf. W. Scott Fergusson, The athenian archons of the 111 and II centuries bef. Ch. 1899; les inscr. 447 el 448 sont mutilées. — 10 L agonothète porte le môme nom que le lampadarque ; le premier est donc le grand-père du second ; il a cependant deux fils dont l’un, Lysandre, est vainqueur à une course équestre (col. II, 1. 86) ; l’autre, Nicon, vainqueur au pugilat des enfants tlR xpw-ur.f V)Xixi«s (11,52). — 17 Ou a par exemple, 445, 1,25 : tu,v èoïjSwv AyqxyjTptoî ’AvTt|ifvou; KexpoitiXoç ouXlj;. — 18 On peut rapporter à la meme course les inscriptions suivantes, Corp. inscr. att. Il, 1221, 1223, 1228; III, 106-111, 123-124, 1096, 1114. 1. inscr. III, 122, donne une liste de quatorze vain¬

queurs ; les deux premiers sont désignés avec le patronymique et le démotique ; les deux suivants avec le patronymique, les dix autres par le nom seul. — 19 Corp. inscr. att. II, 446, 1. 67; Alb. Martin, Cav. athén. p. 201. - 20 Corp. inscr. att. II, 969 B. —21 Alb. Martin, Op. cit. p. 246.- ..22 A. Mommsen, Feste der Stadt Ath. p. 153, donne la distribution de la fôte seulement pour le milieu du iv" s., d’après l’inscr. du Corp. inscr. att. II, 965. — 23 Corp. inscr. att. Il, 447 et 448.

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marbre de Pergame qui se trouve au Musée du Louvre , elle est plus sûrement rappelée sur une monnaie d argent (fig. 4333) de Tarente2 où l’on voit un cavalier tenant une torche à bobèche. C’est la course telle que la décrit Pausanias qui serait reproduite sur le vase de marbre. Cependant la course à cheval comprenait anciennement, comme la course à pied, la transmission de la lampe. Platon le dit expressément au début de la Républide Tarente. que Xagjcaota s/ovire; oiaoiiHJOudiv

àXXVjXotç âjJuXXôpsvot toiç tW>i;. La oia8o/Ai était certainement plus difficile à cheval qu’à pied : c’était donc un attrait de plus. On doit aussi supposer que les espaces qui séparaient les coureurs d’une même file étaient plus grands que pour la course à pied ; la course à cheval exigeant, pour un espace égal, moins de coureurs, on pouvait les échelonner à de plus longs intervalles.

Les éphèbes prenaient une part importante aux fêtes publiques ; ils étaient chargés de divers concours parmi lesquels il faut citer en première ligne les lampadédromies . «Les éphèbes, dit une inscription3, ont fait les courses aux flambeaux qui leur. sont réservées ; ils ont, aux Epitaphia, couru cette course contre les anciens éphèbes et les ont vaincus. » La fête des Théseia et celle des E 'pitaphia sont plus particulièrement nommées dans ces inscriptions4'. On trouve aussi les TvapeÛTaxxot mentionnés parmi les corps chargés défaire des courses aux flambeaux6. Nous avons vu à Délos des lampadédromies courues par les enfants (Ttcdotov6); quant aux courses d hommes faits (àvSpûv), nous en avons cité de nombreux exemples.

Quelle était l’origine et la signification de ce concours? On a pensé7 qu’il avait un caractère religieux. Le fait essentiel consiste dans l’acte de prendre du feu à un certain endroit et d’aller à un autre endroit rallumer un autre feu ; les deux endroits sont des autels. On peut comparer ce qui s’est passé à Platées après la défaite des Perses 8 : les feux furent éteints sur tout le territoire de cette cité ; on a déjà parlé du Platéen Euchidas, qui alla à Delphes, se purifia et mit sur sa tète une couronne de lauriers : il prit ensuite sur l’autel d’Apollon du feu qu’il porta le même jour à Platées, et qu’il remit à ses concitoyens en rendant le dernier soupir, après avoir parcouru mille stades. Ce renouvellement du feu au moyen d’un feu pur ou sacré rappelle un des plus anciens rites du culte primitif; on le trouve, par exemple, à Lemnos9, à Rome 10, faisant l’objet d’une cérémonie annuelle.

En tout cas, c’est, comme nous l’avons dit, à des divinités qui se rattachent au culte du feu que les plus anciennes lampadédromies étaient consacrées, Athéna, Prométhée, Héphaistos11. Le centre de la fête est à

1 La gravure de Clarac, Mus. de sculpt. pl. cxc A, n. 355 G, interprète et précise des détails devenus invisibles, — 2 De Luynes, Choix de méd. grecq. 111, 1. — 3 Ibid. II, 470, 1. 9. — 4 Corp. iriser, att. II, 465,4;46G, 9;467, 19; 468, 12; 409, 16 ; 470, 9 ; 471, 23; cf. encore 474, 480, 481, etc. — 5 Ibid. III, 107. — 6 Bull. corr. hell. XV, 257, inscr. de Staséas, et 263, inscr. d'Apollouios, fils d’Hélicou. — 7 Wccklein, Op. laud. p. 444 et suiv. — 8 Plut. Aristid. 20. Le chiffre de 1 000 stades qu'indique Plutarque, pour la distance entre Platées et Delphes, est fort exagéré. — 9 Philostrate (Heroic. 740 Olear. ; II, 157, Kayser) raconte que chaque année ou éteignait tous les feux dans l'ilc do Lemnos et qu’on allait chercher à Délos un feu nouveau pour rallumer les foyers; cf. Wecklein, Op. cit. p. 447. — 10 Macrob. Sal. I, 12; Fustel de Coulanges, Cité ant. liv. I, ch. ni. — U Nous avons cité les principaux textes relatifs aux fêles de ces trois divinités; on peut ajouter ou rappeler, pour Athéna, Corp. inscr. att. II, 1181, 1229, 1322 ; pour Héphaistos, Ibid. Il, 1340; III, 111 ; surtout IV, 1, n° 35 6, p. 64; Audoc. De Myst. 132; Themist. Or. V; Harpocr. Hesych. Suid. s. v. kajiiuà? ; Sch. Arisloph. Ban. 131, 1119; Bekker,

l’Académie, dans le téménos d’Athéna, près de la hase qui porte les autels unis de Prométhée et d’Héphaistos 12. De bonne heure, cependant, de pareils concours furent institués en l’honneur de divinités qui n’avaient aucun rapport avec le culte du feu ; ce fut le cas, par exemple, pour Pan après Marathon 13. Nous avons vu ensuite des lampadédromies célébrées aux fêtes d’Hermès n, de Bendis, de Thésée, et à cette fête des epitaphia qui se rattache si étroitement aux Théseia ; à l’époque impériale, une course aux flambeaux est mentionnée pour la fête de Germanicus 18. Les Athéniens portèrent ce goût pour les lampadédromies dans leurs colonies et dans les pays qui leur étaient soumis.

On nous signale un monument 16 qui est inédit et qui de plus est la seule œuvre de sculpture antique qui nous soit parvenue sur le sujet.

C’est un bas-relief (fig. 4334) qui semble être une stèle funéraire. Il provient de Thasos et est du ive ou du commencement du me siècle. Il représente un jeune homme nu, qui tient de sa main droite une torche et qui de la gauche semble toucher quelque chose qu’on ne peut bien reconnaître, car la pierre est mutilée à cet endroit. La bobèche est indiquée, mais elle est moins grande que celles qui sont représentées sur les vases. Le jeune coureur n’a pas de couronne sur la tète. Peut-on conclure de cette sculpture que les lampadédromies étaient courues àThasos, ou bien faut-il supposer que le jeune homme, auquel la stèle a été consacrée, a remporté la victoire aux lampadédromies de la ville d’Amphipolis qui est située sur la côte voisine ? Cette dernière ville, on l’a vu, ancienne colonie athénienne, célébrait des lampadédromies 11 . Nous pouvons citer encore parmi les pays qui subirent l’influence d’Athènes, Délos 18 et Lemnos19. On ne peut d’ailleurs pas affirmer que les courses aux flambeaux soient une création des Athéniens ; on les trouve pratiquées dans un très grand nombre d’autres villes grecques, à Corinthe20, Sestos21, Céos22, Samos23, Euménie2'*, Thespis 23, Coronée 26,

Xnecd. 228. — 12 Paus. I, 30, 1,4; Schol. Oed. Col. 5G ; Plut. Sol. 1. — 13 Wccklein, Op. cit. p. 450 ; Preller considère cependant Pan comme étant dans une certaine mesure un dieu de la lumière, Griecli. Mythol. 4» éd. p. 740. — 14 Corp. inscr. att. II, 1223; III, 113. — 15 Ibid. III, 1096. — 16 Ce bas-relief appartient à M. Bulgaridis, agent consulaire de France à La Cavalle (Roumélie). Nous en devons la communication à MM. Perdrizet et Mendel, qui out bien voulu nous autoriser à le reproduire. — >7 Voir la figure 4331 . Autres références pour Amphipolis, pour Aplara en Crète et Hephaislia à Lemnos, dans l’article candelabkum, t. I, p. 69, n°s 5 à 7, et figure 1073, une monnaie d’Aptara. — 18 Fête des Hermaia des enfants, Bull, corr. hell. XV, p. 257, inscr. de Staséas; p. 203, inscr. d’Apollouios lampadarque. — 19 Dittenberger, Sylloge, 402. — 20 Fcte d’Athéna 'EVAcma, Schol. Pind. Ol. XIII, 56. — 21 Dittenberger, Sylloge, 246. — 22 Dittenberger, loc. I. 348. — 23 Journ. of hell. Stud. VII, 1884, p. 148. — 24 Bull. corr. hell. VIII, 1884, p. 2 37. — 23 Inscr. Graec. Sept. 17 6 4. — 26 Ibid. 2871, 1. 18, -zr.t Upàv 7.oqj.uà5a.

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Lébadëe1, à Larissa 2 en Tliessalie; et si nous connaissions mieux l'histoire des autres cités, nous verrions que dans la plupart la lampadédromie forme un des épisodes les plus goûtés des fêtes religieuses. Alb. Martin.

LAMPAS. — En grec et en latin, le mot Xagrcocç, lampas , a un sens général. Il désigne tout objet qui produit de la lumière par la combustion de matières solides, bois ou cire ; il s'oppose au mot grec lûyyoç et au mot latin lucerna , qui s’appliquent au contraire à tout ustensile où la lumière résulte de la combustion d’une mèche trempée dans l’huile. Il ressort d’un passage d’Athénée 1 que les ustensiles désignés par les mots grecs 8 ad; ou oï;, Xôipvta ou Xocpviç, éX<£v/|, cpavô;, aravo;, Sett] étaient simplement des espèces du genre Xajjnrâ; : tous étaient formés d’un faisceau de tiges ou de baguettes de bois [fax]. L ' Etymologicum magnum 2 confirme cette conclusion : XafATidos; 3È (Xsyovxai), al 07i(ü;37j7roxE xaxEaxsua'TgÉvat (8S8e;), xat dv àxôcpuoç oeoejaevocï <Ù<tc. L’expression 7tsuxfv7| Xapnrx; (torche en bois de pin) se trouve dans Sophocle3. D'autre part, Plutarque nous apprend que le mot Xaja.7 ta; servait aussi à désigner des flambeaux de cire :.. ttsvte XafvrcdSa; cottouotv £ v rot; ydp.ot;, a; xïjpùova; àvojLxÇouctv 4. Souvent le mot Xap.7:d; était employé purement et simplement comme synonyme de 85;. L’exemple le plus caractéristique est fourni par Pausanias : ’Ev ’AxaSvjpua 3é eut t npoaTjOÉoj; pwp.8;, xoù ÔÉouaiv à.7r’ aùxoïï' npo; xà|V 7rôX[v lyovTE; xatoutÉva; Xapi.7t58a;' tô Se ày «Avista bpoü tco Spoptto ouXa^at ttjv 353a eti xatogÉvT,v È(jt(vs. Il est question dans ce passage de la lampadedromia. Sur plusieurs vases peints où sont représentés des vainqueurs de cette course, la Xag7rd; est figurée sous la forme d’une torche piquée ou fichée dans un chandelier à bobèche (fig. 1073, 1074, 4328 à 4331).

De même en latin, les torches [fax, taeda] et les flambeaux de cire [cereus, funale] étaient des variétés de la lampas. Les lampadarii portaient des flambeaux. Les lampades , figurées parmi les insignia des préfets du prétoire au iv° siècle de l’ère chrétienne, sont des flambeaux de cire supportés par des candélabres6. Très souvent les auteurs ont employé le mot lampas pour désigner une torche 7.

Enfin, le même mot servait à désigner les torches nuptiales8 ; or nous savons, par de nombreux monuments d’archéologie figurée, que les lampades , qui éclairaient les scènes d’hyménée, n’étaient pas autre chose que des torches. De ce qui précède il résulte, à notre avis, que le mot XagTr 5;, lampas , en Grèce et à Rome, s’appliquait non pas à un objet précis et unique, mais à toute une catégorie d’ustensiles II désignait l’un des deux grands genres de luminaires que l’antiquité a connus. J Toutain.

LAMPTEU [CANDELABRUM, LANTERNA, LUCERNA, FAX].

LAMPTERIA. — Les AapTrx^pia étaient, d’après Pau-

l Corp. inscr. Gr. sept. 3056. — 2 Un catalogue de jeux mentionne le jeu ’AçuTTto'/.àtxitaSt, Bull. corr. hell. X, p. 443, 1. 17. Pour les autres noms de ville et autres références, cf. Krause, Gymn. p. 204. — Biblioguaphie. Aug. Boeckli, Die Staatshaushaltung der Athener, 3' éd. p. 548, 550 et suiv.; J. H. Krause, Die Gymnastilc und Agon. der Hellenen, p. 201 et suiv. ; Aug. Mommsen, D’este der Stadt Athen, p. 103, 153, 341 ; N. Wecklein, Der Fackclwettlauf, dans Hermès, t. VU, 1873, p. 437 ; V. Thumser, De cimum Athen. muneribus eorumgue immunitate, 1880, p. 88; Alb. Martin, Les Cavaliers athéniens, 188G, p. 199; Alf. Kfirte, l ase mit Fackellaufdarstellung, dans le Jahrbuch des deutsch. arch • Inst. VU, 1893, p. 149 ; Paul Foucart, La course aux flambeaux, dans la Revue de Philologie, t. XXIII, 1899, p. 112 ; Albert Wellauer, Étude sur la fête des Panathénées, 1899, p. 91.

LAMPAS. 1 Ath. XV, 57-61. — 2 P. 570, 9 et suiv. — 3 Trachin. 1198. — 4 Quest. Roman, 2. — B I, 30, 2 ; cf. Schol. Euripid. ad Phoenic. 1377 ; Thucyd. 111,24. — 6 Notit. dignit. Pars Orient. III, éd. Boecking, p. 12; Occid. II, p. 8. —

sanias1, une fête de Dionysos Aapurx-yjp, célébrée à Pallène d’Achaïe et caractérisée par l’usage de porter des torches la nuit dans le temple et de disposer des cratères de vin en différents endroits de la ville. Elle ressemblait donc aux fêtes habituelles de Dionysos [dionysia, p. 231]. Cn. Lécrivain.

LANA ("Eadov). — Aussi haut que l’on peut pénétrer dans l’histoire, on rencontre le mouton fournissant à l’homme la nourriture et le vêtement. Là où s’arrête l’histoire, il est, comme nous aurons plus d’une fois l’occasion de le constater, mêlé aux légendes mythologiques. Sesorigines sont donc préhistoriques et remontent à des époques sur lesquelles les textes sont muets. Avant d’aborder l’étude de la production de la laine chez les Grecs et les Romains, nous constaterons qu’elle était déjà un objet de culture, de commerce et d’industrie chez les peuples du monde ancien dont l’histoire a précédé la leur, et que, si les voies commerciales changèrent ou s’étendirent, les centres de production et de fabrication restèrent les mêmes pendant le cours des siècles1.

I. — L’Égypte, dit la légende, dut à Mercure l’art de tondre la brebis et de tisser la laine2, art qu’ÎIerculc transporta d’Égypte en Grèce3. Quoique, chez les Égyptiens, l’agriculture fût surtout en honneur et l’état de berger peu estimé4, ni l’élevage des moutons3 ni l’usage de la laine 6 n’étaient négligés. Des bas-reliefs égyptiens représentent des troupeaux de moutons7. Après l’inondation périodique du Nil, la terre produisait de si bons pâturages que l’on pouvait faire deux tontes dans l’année8; mais la laine, semblable à des poils, était de mauvaise qualité et ne pouvait être tissée; elle servait à réparer les habits usés et leur rendait une grande solidité9.

A l’ouest de l’Égypte s’étendaient les vastes déserts de la Lybie. Virgile a consacré à leurs bergers quelques-uns de ses plus beaux vers10. Mais nous avons sur les brebis de cette région des témoignages plus antiques, car Homère11 et Aristote12 louent leur fécondité, et Pindare appelle 7roXûg^Xo; la terre qui les nourrit13. Plus au sud, les populations pauvres et nomades de l’Éthiopie u élevaient des brebis16 dont la laine de mauvaise qualité, rude et sèche comme des poils de chèvre, ne pouvait servir à les vêtir 16.

Les Arabes étaient nomades et possesseurs d’immenses troupeaux de moutons, aussi bien ceux qui habitaient l’Arabie Heureuse17, au sud du désert, que les Arabes de la région nabathéenne, en rapports fréquents, par leur situation, avec la Syrie. Ils avaient plusieurs espèces de moutons à laine blanche18, dont l’une était remarquable par les dimensions de sa queue 10, si énorme qu’il fallait, pour la soutenir, attacher un petit chariot à l’arrièretrain de l’animal20. Autour de cette queue on recueillait

7 Virg. Aen. IX, 535; Val. Macx. III, 124; Ovid. Fast. IV, 493; Metam. IV, 403; Stat. Theb. VIII, 468; Silv. IV, 8,50-51. — 8 Ovid. Ep. XII, 137- 138; XIV, 23-26; Stat. Silv. 1,2,4; IV, 8, 59 ; Térenl. Adelph. V, 7, 9.

LAMPTERIA. 1 VU, 27, 3.

LANA. l Je citerai, à propos de ces peuples, les références de toutes les époques, afin de n’avoir pas à y revenir quand j’aurai à parler de la Grèce qui en colonisa une partie, et de l’Empire romain, qui les absorba tous. — 2 Tcrtul. De pallio, III.

— 3 Varr. R. rust. II, 1, G. —4 Genes. XLVI, 34. — 5 Herod. II, 42 ; Strab. XVII, I, 23, 40 ; Diod. Sic. I, 36; Plut. De Isid. et Osir. LXX1I, LXXIV. — 6 Herod. III, 81. —1 Lipsius, Denkmtiler, II, 51, 132. — 8 Diod. Sic. I. I. — 9 plin. ]y at. hist. VIII, 73, 3. — 10 Georg. III, 339, s. — H Odyss. IV, 85, s. — 12 Probl. X, 47.

— 13 Pyt'h. IX, 11. — 14 strab. XVII, 1, 3, 53. — 15 Homer. Odyss. I, 25 ; Virg. Buc.X, 68; Athen. V, 201 c. — to Strab. XVII, 2, 3. — 17 Diod. Sic. II, 54.

— 13 Strab. XVI, 4, 26. — 19 Herod. III, 113; Diod. Sic. I. I. — 20 Herod. I. I.

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la laine la plus fine et la plus abondante1. Ces Arabes entretenaient avec Tyr un commerce de moutons 2 et sans doute aussi de laines. À ces relations commerciales est due probablement la présence en Syrie de moutons à grosses queues 3, comme ceux des Arabes, que nous voyons d'ailleurs condamnés à payer aux Juifs un tribut de 7 000 béliers4 ; toute leur richesse était représentée par leurs troupeaux. Au témoignage de Pline, la laine d’Arabie était plus propre que les autres à la fabrication des couvertures dont on enveloppait les moutons de race pour conserver à leur toison sa finesse et sa pureté 5

La Bible nous montre les Hébreux pasteurs G. Il est inutile de faire ici la démonstration de ce fait bien connu. Quelques chiffres seulement nous permettront d’apprécier leur richesse en troupeaux et aussi celle de quelques peuplades voisines : Lot, Isaac, Laban, Nabal, David étaient propriétaires de grands troupeaux7; Mesha, roi de Moab, payait aux Juifs un tribut de 1000UÜ agneaux et de 10U00Ü béliers avec leur laine8. Après une guerre, les Juifs prirent à plusieurs peuplades voisines toutes leurs richesses consistant en animaux, parmi lesquels 250000 brebis9. Moïse fit sur les Madianites un butin de 675000 brebis10. La laine des brebis de Palestine était très blanche11. Une si grande abondance de laine implique l’usage de couvertures et de vêtements fabriqués sur place12 et aussi l’exportation de ces produits13.

La Phénicie, relativement peu riche en troupeaux, employait pour la teinture de la pourpre des quantités considérables de laine, qui souvent était teinte à l’état brute11 ; ses vaisseaux sillonnant toutes les mers, lui apportaient la matière première de toutes les parties du monde15. Sidon16 et surtout Tyr11 avaient des teintureries de pourpre renommées et un commerce étendu de tissus18. Cette dernière ville, dès une époque reculée, recevait les laines de Damas et d’Arabie 19 ; il en était de même encore au temps de saint Jérôme20.

De tout temps la Syrie éleva des troupeaux de brebis ; elle avait une race à longue queue, comme les brebis arabes21 ; Damas recueillait la laine de ses troupeaux pour l’exporter à Tyr et à Sidon 22. Cette dernière ville fabriquait aussi des étoffes de laine qui étaient connues au loin23.

En avançant plus vers l’est, nous rencontrons la Mésopotamie qui, nous l’avons vu en parlant des Hébreux, fut, dès la haute antiquité, un pays de pasteurs de brebis24. Babylone exportait, vers l’Occident, ses étoffes de laine couvertes de riches broderies, ses tapis aux vives couleurs25. Nous trouvons encore les brebis en Perse26 et

l Plin. Nat. Iiist. VIII, 75. — 2 Ezechiel, XXVII, 21. — 3 pii„. I, /.

— 4 Paralip. II, 17, U. — 3 Plin. VIII, 72. Plus d’une fois nous aurons occasion de parler de ces brebis dont la laine était protégée par des couvertures : oves pellitae, oves tectae. Voir plus loin, IV. — 6 Genes . XXIX, 1 s. ; XXXI, 38, s. ; Michae. Il, 12; Ezechiel, XXXIV, 1, s., etc. — 7 Genes. XIII, 5; XXVI, 14; Reg. I, 25, 2; Paralip. I, 27, 31. — 8 Reg. IV, 3, 4. — 9 Paralip. I, 5, 21. — 10 Num. XXXI, 32. Sur la production de la laine en Palestine, voir Yales, Textr. ant. t. I, p. 14, s.; Bochart, Hierozoicon, t. Il, col. 475, s. — H Psalm. CXLVII, 16.

— 12 Proverb. XXVII, 26 ; XXXI, 13, 19, 21, 22; Job , XXXI, 20. — 13 Proverb. XXXI, 24. — 14 Homer. Odyss. VI, 305 ; Horat. Epod. XII, 21. — 13 Ezoch. XXVII ; Expos, tôt. mund. XXXI, dans Geogr. min. éd. Riese, p. 110. — 16 Horat. Epist. I, 10, 26 ; Tibul. III, 3, 18 ; Martial. XIV, 154 ; Clem. Alex. Paedag. II, 10. — 17 Horat. Epod. XII, 21 ; Virg. Georg. III, 307 ; Tibul. IV, 2, 16; Plin. IX, 62, 3.

— 18 Procop. Hist. arc. XXV. — 19 Ezech. XXVII, 18, 21. — 20 S. Hieronym. Ad Ezech. VIII, 27; t. V, p. 257, édit. Migne. — 21 Aristot. An. hist. VIII, 28; Plin. Nat. hist. VIII, 75. — 22 Ezech. I. I.; S. Hieron. I. I. — 23 Amos, III, 12 ; Rio Clxrys. LXXIX, 1 ; Coripp. In laud. Justin. IV, 208, où quelques éditeurs lisent serica au lieu de sxjrica. — 24 Cf. Genes. XXIX, 10; XXXI, 38 , 40. — 23 d;0 Chrys. LXXIX, 1 ; Tertull. De hab. mut. I, I ; Perrol-Chipiez, Hist . de l’art, I, 709, s.

— 26 Herod. 1, 133 ; Aristoph. Vesp. 1 137, s. et Schol. ; Yales, Textr. ant, I, 13, s.

jusque dans les Indes 27, où, si l’on en croit Ctésias, il existait, comme en Arabie et en Syrie, une race à large queue28.

Nous arrivons à l’Asie Mineure. Dès l’antiquité, terre de troupeaux et d’industrie textile, elle fut encore, par les colons grecs, poussée davantage dans cette voie. Les légendes mythologiques de cette contrée indiquent déjà ce double caractère : Marsyas était un berger Phrygien29; Ganymède fut enlevé au milieu de ses brebis, en Dardanie30; c’est sur les pentes du mont Ida que les trois déesses se présentèrent devant le berger Paris31 ; Arachnée était fille d’un teinturier en pourpre deColophon 32.

Dans les hautes vallées du Taurus, autour de Selgé en Pisidie, de plantureux pâturages nourrissaient des brebis 33à la laine douce et blanche34 que Tertullien compare aux laines de Milet et d’Attique35. Près de Mazaca s’étendaient les pâturages des brebis de la Cappadoce36 qui exportait des tapis de laine 37. Riche en troupeaux, la Lycaonie fournissait au commerce une laine un peu rude, mais très abondante, source de richesse pour le pays; là étaient les célèbres troupeaux d’Amyntas 38. Pline mentionne la laine de Galatie avec celles de Tarente, de l’Attique et de Milet qui sont les meilleures, et la recommande pour les usages médicinaux39. Les Galates la teignaient avec une pourpre40 végétale moins solide que l’autre41 et entretenaient un commerce actif de laines manufacturées42.

En Phrygie, les troupeaux de brebis étaient très nombreux43 et leur laine particulièrement douce et belle44. Laodicée fournissait une laine très estimée45 pour sa belle couleur noire46 ; Colossae aussi donnait une laine dont la couleur était recherchée47. Athènes achetait la laine de Phrygie48. Les Phrygiens faisaient aussi, pour le commerce, des vêtements de laine49 et des étoffes qu'ils brodaient avec un art merveilleux50, art que, disait-on, ils avaient inventé 51 , et teignaient leurs lainages dans les teintureries sans rivales d’Hiéropolis52.

Milet de Carie apporta à la préparation et au commerce de la laine une grande activité. Quoique sa laine fût de moins bonne qualité que certaines autres33, elle n’en garda pas moins une vogue qui ne se démentit pas pendant plusieurs siècles54. Elle l’exportait à l’état brut35, quelquefois teinte56 et en nombreux produits manufacturés57. Cette laine était particulièrement propre aux usages médicinaux58, et la race des brebis qui la portaient très estimée 59.

L’Ionie avait, près d’Érythrée, des brebis qui fournissaient une belle laine rousse 60 ; celles de Clazomène,

— 27 Ctesias, Ind. XI, XXII. — 28 RI. XIII. — 29 Herod. VII, 26. — 30 Apollod. III, 12, 2. — 31 Hygin. Fab. XCII. — 32 Ovid. Met. VI, 5, s. — 33 Strab. XII, 7, 3.

— 34 Philoslr. Apoll. 111, 5, 4. — 35 Depall. III. — 36 Strab. XII, 2, 9. — 37 Edict.

Dioclet. XIX, 19 ; Corp. inscr. lat. III, suppl.p. 1942. — 38 Slrab. XII, .6, 1. 39 Plin.

Nat. hist. XXIX, 9, 4. — 40 Terlul. De paît. IV. — U Plin. IX, G5, 3; XXII, 3, 1. -42 Expos, tôt. mund. XLI. — 43 \’arr. R. rust. II, 1, 5. — 44 Aristoph. Aves, 493, et Schol. ap. Suidas, s. v. «bçuyiuv I?îwv. — 43 Plin. VIII, 73. — 45 Strab. XII, 8, 16. — 47 IJ. Ibid. — 48 Aristoph. Aves, 493. — 49 p0U. VII, 77; Edict. Diocl. XIX, 26-29, 41; XXI, 2, 10, 19, 20, 22; Corp. inscr. lat. III, suppl. p. 1942 et 1944; Expos, tôt. mund. XLII. — 50 Senec. Herc. Oet. 665; Serv. ad Aen. III, 484; Tort. De hab. mul. I, 1; Isid. Orig. XIX, 22 : picta acu.

— 61 Plin. VIII, 74. — 52 Strab. XIII, 4, 15; Corp. inscr. gr. III, 3924.

— 53 strab. XII, 8, 16; Plin. VIII, 73. — 54 Virg. Georg. III, 300; IV, 334; Ael. Hist. an. XVII, 34; Mart. VII, 28, 10; Colum. VII, 2, 3; Serv. in Georg. III, 306 ; Tertull. De pall, III; De hab. mul. I, 1; Clem. Alex. Paed. II, 10; Tzetzes, Chil. X, 329. — 53 Ezech. XXVII, [18; Aristoph. Lysist. 729 et Schol.

— 56 Serv. in Georg. III, 306. — 57 Cf. les nombreux exemples réunis par Hugo Bliimner, Die Geverb. Thtïtigkeit, p. 32, s. — 58 Plin. XXIX, 9. 4.

— 59 Athen. XII, 540 d ; Colum. Vil 2, 3. — 60 Pljn. Nat. hist. VIII, 73, 2 : Colum. VII, 2, 4.

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même tout à fait blanches, donnaient, suivant la nature des eaux quelles buvaient, des agneaux à la laine grise, brune ou noire1; Colophon exploitait des teintureries renommées2. La Lydie, dont le luxe est resté proverbial, fabriquait des tissus de laine à Thyatire3, à Philadelphie 4 et à Sardes s qui, en outre, les teignait en pourpre6 ; ce qui suppose une abondante production ou un commerce considérable de laines brutes. Dans la plaine de Troie, les eaux du Xanthe donnaient une belle couleur rousse à la toison des brebis qui s’abreuvaient à ses eaux7.

Toute la région du Pont envoyait de la laine brute sur les marchés de la Grèce et de ses colonies, surtout sur celui de Milet8. On peut signaler particulièrement les laines de la Gazélonitide, si moelleuses et si douces que ni le Pontni laCappadoce n’en fournissaient de pareilles9; les laines des Coraxi 10, là où Dioscorias, colonie de Milet, était un centre important de commerce entre l’Europe et l'Orient11, et, sur la rive opposée, entre le Borysthène et l’embouchure du Maeotis, une race de grands moutons12. Enfin, après avoir traversé la Thrace qu’Homère appelle la mère des brebis13, nous arrivons à la Grèce.

IL — Pas plus que pour les autres pays, nous ne connaissons l’époque historique de l’introduction du mouton en Grèce. Les quelques origines mentionnées par les auteurs sont mythologiques : c’est Hercule introduisant en Grèce cet animal amené d’Égypte 14; Nicias, de Mégare, l’inventeur légendaire de l’art du foulon16; le tissage de la laine enseigné tout d’abord aux Athéniens probablement par Minerve16; Mélos, renvoyé par Vénus de Cypre à Délos, sa patrie d’origine, pour y enseigner la tonte des moutons et le travail de la laine11; puis les multiples légendes où parait le bélier à la toison d’or; le rapport entre la vie pastorale et les cultes indigènes les plus anciens, celui de Pan, par exemple, spécialement répandu dans l’Arcadie et l’Attique, régions par excellence productrices de la laine18. La Grèce, par son sol et son climat, était particulièrement propre à l’élevage du mouton; aussi, dès le temps d’Homère, nous voyons les différents peuples qui l’habitent s’y livrer, et les femmes, jusqu’à l’invasion du luxe asiatique, travailler la laine et en faire les vêtements de tous.

C’est en Thessalie qu’Apollon garda les cavales d’Admète19, car cette contrée élevait surtout des chevaux20; cependant, certaines de ses parties produisaient de la laine. Homère appelle « mères des moutons » les villes d’I ton 21 et de Phthià22, et Aristote loue la fécondité des brebis de Magnésie23.

L’Épire avait d’excellents pâturages 24 et nourrissait une race spéciale de grands moutons appelés pyrriques, du nom du roi Pyrrhus26 qui avait des domaines où vivaient de nombreux troupeaux26. C’est surtout aux environs de Maledo et de Pergamis que se trouvaient les beaux pacages et les troupeaux d’Ëpire27. On y élevait des

1 Vilruv. VIII, 3, 14. Nous aurons plus d'une fois l’occasion de constater combien était répandue chez les anciens la croyance à l'influence des eaux sur la couleur de la laine des brebis. ■ — 2 Ovid. Met. VI, 5, s.

— 3 Corp. inscr. gr. II, 3480. — 4 Ibid. 3422. — 6 Athen. VI, 255 c.

— 6 Aristoph. Acharn. 112; Pax. 1174. — 7 Vitruv. VIII, 3. 8 Cf. Hugo

Blüniner, O. I. p. 42. — 9 Strab. XII, 3, 13. — « Tzetzes, Chil. X, 329 ; XI, 388.

— n Plin. Nat. Inst. VI, 5.— 12 Strab. Vil, 3, 18. — 13 II. XI, 223. — l4Varr. R. rust. IJ 6. — 15 Plin. VII, 57, 5. — 15 Justin. II, 0 ; flesiod. Op. et dies, 63, 64.

— n Scrv. ad Virg. Bue. VIII, 37. — 18 Sur le culte de Pan et ses rapports avec la vie pastorale en Grèce, cf. Yates, Textr. ant. t. I, p. 43 s. — 19 Homer. II. Il, 763, s.

— 20 Strab. VIII, 8, I ; X, 1 , 13. - 21 if. II, 696. - ^lbid. IX, 479. — 23 Probl. X, 47. 24 Aristot. De anim. hist. III, 2t. — 25 Ibid. — 26 Plut. Pyrr. V. 2. \arr.

oves pellitae 28 dont la laine était fine et très douce.

En Béotie, les nombreux troupeaux de Laius et d’Œdipe paissaient sur le Cithéron 29, et ce furent les troupeaux du roi de Thèbes qui donnèrent lieu à la guerre des sept chefs30. Une inscription, conservée au Musée Britannique, contient le texte d’un décret relatif à un droit de pacage pour des troupeaux de moutons sur le territoire d’Orchomène31. Deux fleuves de Béotie, le Milès et le Céphise, avaient la réputation d'influer sur la couleur de la laine des agneaux portés par les brebis qui s’abreuvaient à leurs ondes 32 .

Les habitants de la Mégaride s’attribuaient l’honneur d’avoir reçu le mouton de Déméler à qui ils avaient, pour cette raison, élevé, à Nisaea, un temple sous le vocable de Déméter Melophora33. Nicias, l’inventeur légendaire de l’art du foulon, comptait parmi leurs ancêtres34. Ils faisaient des laines fines et avaient, en grand nombre, des oves pellitae. On connaît le mot de Diogène le Cynique, qui, voyant, à Mégare, les moutons paître vêtus et les enfants courir nus, disait : « Mieux vaut être le mouton d’un Mégarien que son fils35 ». Mais les Mégariens avaient aussi des moutons qui leur fournissaient des laines plus communes avec lesquelles ils fabriquaient des manteaux appelés exotnis , industrie dont vivaient un très grand nombre de Mégariens36. Ils fabriquaient aussi, avec cette même laine, des manteaux qu’ils envoyaient sur le marché d’Athènes37, vêtements à vil prix que portaient les esclaves38 et les philosophes cyniques 39.

D’après une tradition, l’Attique aurait été le premier pays qui sut travailler la laine40. D'ailleurs, le culte de Pan, qui s’y répandit de bonne heure41, prouve que, dès une haute antiquité, on y élevait le mouton. Les Athéniens considéraient les troupeaux comme une de leurs principales richesses42; leur sol, en effet, était plus propre à l’élevage qu’à l’agriculture43. Des lois très anciennes y protégeaient la production de la laine en défendant de tuer l’agneau avant qu’il ait été tondu44 et en prescrivant la destruction des loups, ennemis des moutons46. La race des moutons d’Attique était excellente et Polycrate, tyran de Samos, qui tenait à acclimater dans son royaume les meilleures races d’animaux domestiques, avait fait venir ses brebis d’Athènes et de Milet46. Les bonnes brebis d’Attique étaient protégées par des peaux47 ; Aristophane48, Démosthène49 et des auteurs anciens cités par Athénée 50 louent la beauté de leur race et la finesse de leur laine. Il en était encore ainsi au temps de Plutarque61, et Pline place la laine d’Attique au même rang que les laines si renommées de Galatie, de Tarente et de Milet62.

Corinthe fabriquait des tissus de laine 53 et des couvertures ou tapis très recherchés 64 .

L’Achaïe produisait des laines fines66 et fabriquait des vêtements que le commerce exportait56. Le centre de cette fabrication était Pellène, qui donnait son nom à

1t. rust. II, 2, 1.-28 IH. II, 2, 20. — 29 Soph. Oedip. H25, s. — 30Hesiod. Op. et dies, 162. — 31 Corp. inscr. gr. I, 1569. — 32 Vitruv. VIII, 3. — 33 Paus. I, 44.

— 34 Plin. VII, 57, 5. — 35 Diog. Laerl. Diog. Cyn. VI, 41; Aelian. Hist. var. XII, 56; Plut. De cupid. div. VII. — 36 Xenopli. Mem. Il, 7, 6. — 31 Aristoph. Acharn. 519. — 38 ld. Vesp. 444; Pax, 1002. — 39 Sext. Empir. I, 14, 153.

— 40 Justin. II, 6. — 41 Herod. VI, 105. — 42 Thucyd. Il, 14. — 43 Plut. Sol. XXIII. — 44 Athen. I, p. 9 d. — 45 plut. I. I. — 46 Athen. XII, 540 d. — 41 Varr. R. rust. II, 2, 18. — 43 Ran. 1386 et Schol. ; cf. Schol. ad Aves, 493. — 4 9 In. Euerg. et Mnesib. LII. — 50 II, p. 43 c; V, p. 219 a. — 51 Re audiend. IX.

— 52 XXIX, *41, 4. — 83 Athen. XIII, 582 d. — 54 Aristoph. Ran. 439 ; Athen. I, 27 d.

— 55 Hesych. s. v A^(a)ca. — 56 Ed. Diocl. XXII, 26, Corp. inscr. lat. t. III, suppl. p. 1944.

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un manteau d’hiver dont on couvrait les vainqueurs des courses1.

L’Arcadie était par excellence une terre productrice de brebis2. La haute antiquité du culte de Pan prouve que, aussi loin que nous puissions remonter, cette région était occupée par des populations pastorales3. C’est d’ailleurs ainsi que les Arcadiens nous apparaissent dans Homère A Pindare 8 et Théocrite 6 louent leurs troupeaux. Comme l’Attique et Mégare, l’Arcadie avait, près de Cynaetha, des oves pellitae1 .

La Laconie, comme les pays d’élevage de la Grèce propre, comme la Mégaride, la Béotie, la Phocide, la Phthiotide, l’Arcadie, avait des pâturages communaux qu’elle mettait en location [epinomia]. Horace fait allusion aux laines teintes avec la pourpre de Laconie 8.

Tels sont les principaux textes relatifs à la production de la laine dans la Grèce continentale. On en pourrait citer d’autres : les brebis volées, avec les bergers, au roi d’Ithaque par les Messéniens9, qui avaient d’ailleurs de bons pâturages pour les nourrir 10 ; les plaines de Crissa en Phocide, condamnées à ne servir que de pâturages à des troupeaux de brebis11, etc. Mais cela suffit pour qu’on puisse affirmer, par l’analogie du sol et du climat, que toutes les régions de la Grèce continentale produisaient la laine en abondance.

Il en était de même des îles. A Samos, le mouton était l'objet d’un culte divin 12, fait d’où l’on peut conclure que, depuis une haute antiquité, il existait dans 1 ile. Le tyran Polycrate renouvela la race en faisant venir des sujets d’Attique et de Milet 13, et son île produisit dans la suite des laines que l’on regardait comme égales à celles de Milet14 et des tapis non moins estimés 15. L’ile de Cos avait de nombreux troupeaux de moutons16. Théra fabriquait, depuis une époque très reculée, des tissus de couleurs variées11 et des manteaux18. C’est de Cypre, par un personnage qui se rattache au mythe d’ Adonis, Mélos, que les habitants de l’ile de Délos apprirent à tondre la laine et à la tisser 19 . Aristote20 et Athénée21 font mention des brebis de l’ile d’Eubée, et Ulysse en possédait de nombreux troupeaux dans son île d’Ithaque22 et sur le continent voisin23.

Quand les colons grecs s’établirent sur les côtes d’Asie Mineure, ils se trouvèrent dans des pays qui produisaient la laine avec abondance et où les qualités de la race étaient excellentes. Il n’est pas surprenant que, déjà familiarisés dans la mère patrie avec cet élevage et cette industrie, ils les aient continués en leur donnant une plus vive impulsion, apportant à ces anciennes populations une plus grande activité. Et bientôt Rome, en augmentant le luxe et en attirant tout à elle, en même temps que la consommation, décuplera la production.

1 Pind. Olymp. IX, 98; Nem. X, 44; Arisloph. Aces, 1421 ; cf. Strab. VIII, 386; Hesych. el Pliot. Lexic. s. v. nsXXïivixa! ; Suid. s. v. IIeTAv/t, . - 2 Hom. Hymn.

XVIII, 30. — 3 Theocr. VIII, 105-106 ; Propart. I, 18, 20 ; Virg. Bue. X, 26 ; Georg. III, 392. Sur le culte de Pan en Arcadie, cf. Yates, O. I. I, p. 43, s. — 4 II. II, 605 (les troupeaux d'Orchomène) ; Hymn. XVIII, 30; cf. 11,2; XVII, 2; Apollod. ap. Strab. VIII, 3, 6; Paus. VIH, 3. — s Olymp. VI, 100. — 0 XXII, 157.

— 7 Polyb. IX, 17. — 8 Od. II, 18, 5 ; cf. Plin. IX, 60 ; XXI, 22 ; XXXV, 26, 2. Mais il n’est pas permis de conclure de ces textes, avec certitude, que celle industrie s’exercait en Laconie. — 3 Hom. Odyss. XXI, 18.— 10 Hom. II. X, 149, s. ; cf. Strab. VIII, 4, 1 . — n Isocr. Plat. XXXI. — Arislol. Fragm. 197, p. 286, éd. Didot ; Ael. De nat. anim. XII, 40; Clem. Alex. Protrept. II, p. 15. — 13 Alheu. XII, 540 d.

— 14 Eust. ad Dionys. Per. 823. — 16 Theocr. XV, 125. — 16 Eust. ad II. II, 676. — 17 Cf. H. Blümner, Die gewerbliche Tliâtigkeit, p. 96. — 18 Athen. X, 424 f; Hesych. s. v. ©içsov ; Suid. s. v. ’Aywpysia.— 19 Serv. ad Bue. VIII, 37. — 20 Anim. hist. I, 17, 0; IV, 2.— 21 I, 27 f-, V, 201 c. — 22 Hom. Odyss. XXI, 18.-23 Ibid. XIV, 100.

III.— Ce n’est pas encore quitter la Grèce que commencer la troisième partie de cette étude par la Sicile et l’Italie méridionale, ou Grande Grèce.

La Sicile était un pays de bergers, Théocrite seul sullirait aie prouver; la mythologie l’établit aussi : Pan y était honoré24; Polyphème23 et Daphnis Jl’ étaient Siciliens. La Sicile fut le berceau de la poésie bucolique-’ et les Sicelides musae sont pastorales28. De merveilleux pâturages, entre autres ceux qui couvraient une partie des pentes de l’Etna 29, nourrissaient de nombreux troupeaux de brebis30 qui produisaient une laine abondante31 qui était expédiée à Rome 32 ou employée à la confection de vêtements destinés au commerce33. Cette laine avait probablement les mêmes qualités que celles de l’Italie méridionale.

Quelle qu’ait pu être, dans l’Italie méridionale, la race primitive des brebis, les races grecques y furent introduites de bonne heure, et c’est à elles que 1 on doit ces belles laines de Calabre et d’Apulie, rivales des laines d’Attique et de Milet. Cette région, d’après une tradition, aurait été colonisée par Oenotrius, un Arcadien * du pays le plus pastoral de la Grèce; à 1 époque historique, les auteurs appellent grecques les races de brebis de Pltalie méridionale 3S et font mention des liens d amitié que l’échange des laines avait noués entre les villes de Sybaris et de Milet 36

En Lucanie, les eaux du Crathis donnaient, aux brebis pleines qui les buvaient, des agneaux gris, bruns ou noirs 31 ; mais au contraire elles rendaient blanche la toison des brebis 38, tandis que la rivière voisine, le Sybaris, la rendait noire 39. Malgré la qualitédes laines nationales, les Sybarites préféraient celles de Milet *°. Le Bruttium fabriquait, pour l'exportation, des articles de lainage41.

En Calabre, le Galaesus arrosait des prairies nourrices de nombreux troupeaux 42 de race grecque 43 dont les laines étaient des plus recherchées, spécialement celles de Brindes 44 et celles de Tarente 45 surtout 46. Cette dernière était très employée en médecine 4‘. L’eau du Galaesus donnait une grande beauté à la laine qu on y lavait 48. L’Apulie aussi produisait des laines excellentes 49 ; ses grands troupeaux allaient passer l’été sur les montagnes du Samnium o0 et même de la Sabine jl . La campagne de Garganum produisait une laine moins brillante, mais plus moelleuse encore que celle de Tarente02, et Pline estime, autant que cette dernière laine, la laine fauve de Canusium S3. Il y avait donc, en Calabre et en Apulie, des laines de différentes couleurs également recherchées 34. Ces pays de grande production, qui avaient la spécialité des laines deluxe, entretenaient, comme Mégare, comme Athènes, des oves pellitae 53 ; ils se livraient

— 24 Cf. Yates, Texte. I, p. 77. — 25(}vid. Met. XIII, 770; Theocr. VI, XL — 26 Theocr. I ; Diod. IV, 84. — 27 Bion. Idyll. VII, t ; Diod. I. I. — 28 Mosch., Idyll. III ; Virg. Bue. IV, l. — 29 Strab. VI, 2, 8. — 30 Pind. Olymp. I, 12 ; Strab. VI, 2, 6. — 31 Athen. V, 209 a\Exp. tôt. mund. LXV. — 32 Strab. V, 2, 7. — 33 Athen. XIV, 658 b ; Poil. VII, 77. — 34 Paus. VIII, 3 ; Virg. Aen.’l, 532 ; III, 165. —33 Colum. R. rust. VII, 4, 1 ; Plin. VII, 73; Stat. Sylv. III, 3, 93. — 36 Athen. XII, 5 1 9 6.-37 Vitruv. VIII, 3,4. J 38 Ael. Nat. An. XII, 26; Plin. XXXI, 9. — 39 plin. I. I. — 40 Athen. XII, 519 y. — 41 Exp. tôt. mund. LIV. — 42 Hor. Od. Il, 610; Sat. Silv. III, 3, 93; Mart. V, 37, 2; VIII, 28, 4; XII, 63, 3. — 43 Voir note 35. — 44 Strab. VI, 3, 6.

— 45 Plaut. Trucul. III, 1, 5; Strab. VI, 3, 9; Calpurn. Bue. II, 69. — 46 Colum. VII, 2, 3. — 47 Plin. XXIX, 9, 4. — 48 Mart. II, 43, 3 ; IV, 28, 1. — 49 Colum. VII, 2, 3 ; Plin. VIII, 73 ; Mart. XIV, 155. — 30 Varr. B. rust. II, 1, 16. — 31 Id. II, 2, 9.

— 52 strab. VI, 3, 9. — M Nat. Hist. VIII, 73; Mart. XIV, 127, 129. — 54 Pliu. I. I. ; Mart. II, 46, 5-6 ; XII, 63, 3 ; XIV, 155 ; Tertull. De pall. III ; cf. Yates, Textr. p. 79. — 35 Horat. Od. II, 6, 10 ; Varr. R. rust. Il, 2, 18 ; Clem. Alex. Pacd. II, 10.

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aussi à un grand commerce de laines manufacturées La laine commune d’Apulie, à poils courts, servait surtout à faire des penulae 2. Il y avait à Tarente des fabriques de pourpre 3 qui, au temps de la Notifia, étaient sous l’administration du cornes sacrarum largitionum 4.

Les tentures de couleur 3 et les teintureries de pourpre de Campanie 0 indiquent ou une production ou une importation de la laine. On a trouvé à Pompéi d'importants ateliers de foulons [fullonica].

L’Ombrie 1 et les Sabines 8 recélaient dans leurs montagnes d’excellents pâturages d'été 3 ; ces contrées semblent cependant avoir livré peu de laines au commerce. Il est vrai que les troupeaux qu’elles nourrissaient pendant la belle saison appartenaient surtout à l’Apulie10. Tout au nord du Picenum, Ancône faisait de la pourpre11.

Nous avons peu de renseignements sur le travail de la laine à Rome. Nous savons que, parmi les très anciennes corporations dont on attribue l’institution au roi Numa, la filature, le tissage, les feutres avaient trouvé place 12. Les inscriptions romaines nous font connaître des centonarii 13, des f alloues 14 et un lanarius coactiliariusiS, des lanarii 16 habitant le vicus Caesaris 11 et le vicus Fortunae n , des lanipendae i9, des rgarii 20 . Mais ces industries durent peu se développer; car, de bonne heure, Rome fit venir ces produits, et aussi les laines avec lesquelles on les fabrique, de la Grèce et de l’Orient d’abord, puis de toutes les parties de l’Empire qui travaillaient pour la nourrir et la vêtir Aux temps anciens, que Juvénal compare à la mollesse de son temps, les Romaines filaient et tissaient la laine d’Étrurie, plus rude que celle dont, plus tard, la Grèce et l’Orient inondèrent le marché de Rome 21 .

Toute la région qui s’étend de la Ligurie à l’istrie, au pied des Alpes, la Gaule Cisalpine, était riche en laines renommées dont quelques-unes, sur le marché de Rome, faisaient concurrence à celles de l’Italie méridionale. Elle produisait aussi des laines plus grossières qui servaient à fabriquer des vêtements et des tissus à bas prix. Lanae Galcanae 22 circumpadanae 23.

La Ligurie produisait à la fois une laine rude avec laquelle on faisait des tuniques grossières et des saies 2\ et, près de Pollentia, une laine noire très estimée 25-. Autour de Parme et de Modène sur les bords du Scultanna, des troupeaux nombreux 2G, de race choisie 27, portaient une laine de très bonne qualité 28, la meilleure des laines blanches après les laines d’Apulie 29. Le pays des Insubres, au contraire, autour de Milan, fournissait une laine très commune avec laquelle on habillait les esclaves de toute l'Italie 30. Les laines communes de cet heureux pays se vendaient donc au loin, autant que les plus fines. Il semble d’ailleurs que, dans toute cette région, l’industrie des laines ait eu une très grande activité. On a cons¬

taté à Modène l'existence d’un negotians lanarius 31 et d’un foulon 32 ; à Brixellium, il y avait un collège de cardeurs 33 et à Brixia des collèges de cardeurs 34 et de foulons 3B. A Eporedia, on a trouvé l’épitaphe d’un esclave qui avait été attaché à un lanificium 36. Vérone fabriquait des lainages rudes, couvertures et vêtements, appelés, les uns et les autres, lodices 37. Padoue semble avoir été le grand entrepôt pour l’exportation à Rome des lainages du nord de l’Italie38.

Les environs de cette dernière ville produisaient aussi une laine de qualité moyenne, tenant le milieu entre les laines grossières de la Ligurie et du pays des Insubres, et les laines fines de Parme et de Modène. On l’employait à la confection de tapis de prix [gausapa] et autres tissus analogues, pelucheux d'un seul côté ou des deux33. Plus à l'ouest, les brebis d’Altinum donnaient une laine douce et recherchée 4n, au troisième rang, après les laines blanches d’Apulie et de Parme 41 . Nous voyons toujours les laines d’Apulie placées au premier rang, avant les laines de la Cisalpine; ce fait tient à ce que, sans être plus belles, elles étaient d’un meilleur usage et se payaient plus cher 42.Aquilée fabriquait des lainages 43. On ne peut pas quitter le nord de l'Italie sans un souvenir pour les brebis du Mincio, que Virgile a rendues aussi poétiques que les brebis de Sicile.

La laine d’Istrie et de Liburnie, plus semblable à des poils qu’à de la laine, ne pouvait pas être utilisée pour la fabrication des étoffes à longs poils 44 ; mais on en faisait des manteaux 45 avec capuchon 4G. Aristote, ou l’auteur des Mirabilia , attribue aux brebis de cette région une merveilleuse fécondité 47. La Dalmatie livrait au commerce diverses espèces de vêtements de laine qui portaient son nom 48 et avait une fabrique de pourpre dépendant du domaine impérial 43.

LeNoricum fabriquait un vêtement de laine mentionné dans l’édit 50.

On a peu de renseignements sur l'industrie de la laine chez les Gaulois avant l’occupation romaine. Leurs troupeaux suffisaient sans doute à leurs besoins et les femmes préparaient la laine, la filaient, la tissaient et faisaient les vêtements. Bientôt la conquête romaine et l’exportation vers Rome dotèrent la Gaule de celle industrie qui se développa très rapidement. Les Gaulois ne faisaient pas des étoiles de luxe, mais des vêtements épais et chauds 51 , comme l’exigeait leur climat et comme s’y prêtait la laine rude et à longs poils de leurs moutons B2. Les Romains les leur achetaient pour les temps froids et les climats rudes 53.

Les auteurs anciens ne mentionnent, en Narbonnaise, que la ville de Pézénas comme productrice de la laine. Pareille à celle des autres régions de la Gaule 5i, cette laine rude, à longs poils, ne permettait de fabriquer que des

* Sur ces produits manufacturés, qui ne rentrent pas dans notre sujet,

cf. H. Blümner, Die Gewerb. TMt. p. 122, s. — 2 Plin. VIII, 73. 3 Hor.

Epist. II, 1, 207; Plin. IX, 63. — 4 Not. dign. Occid. X, I G, p. 49*

de l’édit. Bôcking; cf. commentaires, p. 360*. — S Plaut. Pseud. I, 2, 13.

— 6 Coripp. In laud. Just. II, 104, s. — 7 Varr. D. rust. II, 9, 6. — 8 Id. II, 2, 9.

— 9 Strab. V, 3, 1. — 10 Varr. I. I. et II, 1, 16. —il Sil. 1 1 al . VIII, 436. — 12 Plut.

Nu-.na, XVII; Wezel, De opificio apud veteres Romanos, Berlin; Marquardt, Privatleben, p. 392, et trad. Henry, t. II, p. 7. — 13 Corp. inscr. lat. IV, 4925 ;

ils étaient réunis en collège. — U Ibid. 9428, 9429, 9430 ; également constitués

en collège. — 13 Ibid. 9494. — 10 Ibid. 9490,9491. — 17 Ibid. 9492. 18 Ibid. 9493

— 19 Ibid. 9495-9498. — 20 Ibid. 9864-9872. — 21JUven. VI, 289. — 22 Varr. Lin g lat. IX, 39; Hor. Orf. III, 16, 35. — 23 Plin. 111,73, 1. —24 Strab. IV, 0, 2; V, 1, 12.

— 23 Colum. VII, 2,4; Mart. XIV, 157, 158; Plin. VIII, 73, 2. —20 Mari. IV,’ 37, 5; V, 13, 8. — 27 Id. II, 43 , 4. — 28 Colum. VII, 2, 3. — 29 Mart XIV, 155.

— 30 Strab. V, 1, 12. — 31 Corp. inscr. lat. XI, 802. — 32 Mail. III, 59.

— 33 Sodalicium carminatorum-, Corp. inscr. lat. XI, 1031. — 34 Lanarii pectinarii-, Corp. inscr. lat. V, 450. — 33 Lanarii coactores ; Ibid. 4504, 4505.

30 Ibid. 6808. - 37 Mart. XIV, 152; Jtiven. VI, 195; Corp. inscr. lat. VIII, 4508; J. -B. de Rossi, Dali, d’arch. chr. 1803, p. 93. — 38 Strab. V, 1, 7.

— 39 Id. V, 1, 12. — « Colum. VII, 2, 3; Juv. VIII, 15; Terlull. De pall. III.

— 41 Malt. XIV, 25 5. — 42 Varr. Ling. lat. IX, 39. — 43 Jd. VIII, 28, 7,

— 44 Plin. VIII, 73. — 45 Stepli. Byz. s. v. A.Suovoi ; Treb. Poil. Claud. XVII.

40 Mart. XIV, 139. — 47 Aristot. De mirab. auscv.lt. CXXVIII (124). 48 Treb.

Poil- l- l ', Capit. Pertinax, VIII; Isid. Orig. XIX, 22; Edict. Diocl. XIX, 28, 30, 3,1 ; Corp. inscr. lat. III, suppl. p. 19 42. — 49 Plot. dign. Occ. X, p. 49*, édit. Bôcking. — 60 Edict. Diocl. Z. I. — 61 Mart. VI, 11, 7; Juv. IX, 30. — 52 Strab. IV, 4, 3. — 53 Mart. IV, 19 ; Juv. VIII, 245. Sur l'industrie de la laine et les vêtements fabriqués en Gaule, cf. H. Blümner, Gev. Th., p. 137, s. - «4 Cf. Strab. I. I.

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étoffes épaisses *. Cependant, dans la partie la plus septentrionale de la Belgique, on réussissait, en enveloppant les brebis, à obtenir une laine assez soyeuse^2.

Les inscriptions nous font connaître, dans diverses régions de la Gaule, des lanarii et d’autres artisans attachés à l’industrie de la laine, à Narbonne 3, à Vienne ', à Lyon B. Les principaux lieux de fabrication des gros lainages gaulois étaient Langres (Lingones j, An as (Atrebati 7), Tournay (Nervii) 8. On fabriquait encore des lainages chez les Sequani 9, et chez les Santones lu.

César 11 et le rhéteur Eumène 12 font mention des nombreux troupeaux qui peuplaient 1 île de Bretagne.

La province deBétique, en Espagne, était célèbre dans l’antiquité par ses laines. On avait exporté, sur les rives du Baetis (aujourd’hui Guadalquivir), des brebis de Tarente, et le père de Columelle, qui possédait de vastes propriétés dans cette région, avait croisé ses brebis de Tarente avec des béliers de couleur extraordinaire, qu il avait fait venir d’Afrique ; il avait ainsi obtenu des laines douces et de belle couleur, ayant les qualités des deux races 13. Les laines d’Espagne étaient de teintes variées14. Columelle, né dans ce pays, dit que les toisons des brebis de Cordoue étaient noires et d’un brun doré 15, que Juvénal attribuait à l’influence de l’eau etde la lumière16. C’étaient des laines très recherchées 1 ' et d un prix élevé 1 . Un bel iei reproducteur, de cette race, se payait jusqu’à un talent 19. On faisait, avec cette laine, des vêtements non teints qui gardaient la couleur naturelle 20 et que le commerce exportait21. Salacia, en Lusitanie, fabriquait des tissus légers22 et une spécialité d’étoffe de laine à carreaux 23.

Nous avons peu de renseignements sur les laines des provinces romaines de 1 Afrique. Comme aujourd hui, les contrées fertiles contenaient d excellents pâturages où paissaient des moutons 24. Hérodote 23 et Pindare 26 louent les nombreux troupeaux de la région de Cyrène. Mais l’Afrique21, la Maurétanie et la Numidie 28, la Gétulie 29, Girba 30, Carthage 3I, livraient au commerce des laines manufacturées ; des fabriques de pourpre, plus nombreuses encore, soit privées, soit impériales, et, au temps de la Notitia 32 , réunies sous l’administration d’un procurateur 33, sont les indices certains d’un grand commerce de laine entre ces établissements et les colons ou les pasteurs nomades de l’Afrique septentrionale.

En somme, il y avait, dans l’antiquité, trois sortes de laines : les laines fines, avec lesquelles on fabriquait les étoffes de luxe ; les laines moyennes, qui servaient aux vêtements ordinaires; les laines rudes et grossières, avec lesquelles on habillait les esclaves et avec lesquelles aussi s’habillaient sans doute les paysans. Il faut ajouter la bourre de laine dont on faisait des tapis 34 .

Dans cette course à travers le monde antique, nous avons recherché les lieux de production et aussi ceux de fabrication, chose nécessaire pour étudier le commerce,

1 Plin. VIII, 73. — 2 Strab. I. I. — 3 Corp. inscr. lat. XII, 4480, 4481, 4509.

— 4 Ibid. 1898, 1928. — 5 Allmer, Inscr. du Musée de Lyon, t. II, n»s 182 et 183. c Mari. I, 545; XIV, 159. — 7 Trcb. Pol. Gall. duo, IX; Vopisc. Carin. XIX; Suid. s. v. 'AxpaSaTixàç. — 9 Ecl. Diocl. XIX, 27, 32; JYot. dign. Occ. X, 1, 12, p. 49*, édit. Bocking. — 9 Mart. IV, 19, 1. — 10 Juv. VIII, 145, et Scliol. ad v. ; Mart. XIV, 128. — U Bd. gai. V, 12. — 12 Panegyr. Constantin. Aug. IX : pecorum innumerabilis multitudo... onusta velleribus. — 13 Colum. H. rust. VII, 2, 4-0. — U Plin. VIII, 73. — 15 R. rust. I. I. Pullus et fuscus ; cf. Mart. IX, 02, 3; XII, 99, 2. — 10 XII, 41-42, et Schol. — 41 Strab. III, 2, 6; Mari. VIII, 28, G. J. 18 Mart. XII, 05, 5. — 19 Strab. I. I. — 29 Mart. XIV, 133; cf. 1, 97, 4.

— 21 Exp. tôt. mund. LIX. — 22 Strab. I. I. — 29 Plin. VIII, 73. — 24 Cf. Tissot, Geogr . comparée de la prov. d’ Afrique, I, p. 342; Digest. XXXIX, 4, 10, 8.

— 25 IV, 155. — 2G Pyth. IX, 0. — 21 Hor. Od. H, 10, 35 ; Vopisc.' Aurel. XII ;

car la matière brute allait aux fabriques privées, et aussi aux fabriques impériales, qui s’établirent à une époque que l’on ne peut pas déterminer, mais qui sont mentionnées dans la Notitia. Une loi, d’ailleurs, obligeait les particuliers à y porter leur laine [gynaeceum J. Nous avons dû aussi indiquer les principales teintureries en pourpre, parce que leur existence suppose dans le pays une production ou une importation de laines. Dans la haute antiquité, c’est Tyr qui, par le commerce phénicien et par les caravanes d’Orient, reçoit le plus de laines brutes et exporte le plus de produits ; la Grèce et ses colonies, y compris la Grande Grèce, se suffisent à ellesmêmes et importent peu; elles exportent modérément jusqu’au jour où Rome attire tout à elle et augmente ainsi la production. Le moment vient, en effet, où c’est surtout pour elle que sont recueillies et travaillées les laines fines de Milet, de l’Attique, de l’Apulie et de la Bétique, et même les tissus de Babylone et des Indes; elle ne dédaigne pas, pour se garantir du froid, les épais lainages de la Gaule, ni, pour habiller ses esclaves, les laines grossières d’une partie de la Cisalpine ; ce que le producteur envoie aux manufactures locales ou éloignées revient en grande partie à Rome, en tapis, couvertures, vêtements et tentures, tandis que l’Afrique rivalise avec l’Asie pour les teindre en pourpre.

Il nous reste à dire quelques mots des opérations par lesquelles on préparait la laine brute pour le filage.

IV. — Les brebis de luxe, porteurs d’une laine fine et de prix, pecus molle™, oves délicat iss imae 36, jAxXaxâ 31, étaient l’objet de soins particuliers et d’une surveillance constante. Le jour même où l’agneau était né, et, après que, en le léchant, sa mère l’avait nettoyé, on l’enveloppait dans une couverture fixée avec des fibules et qu’il ne devait plus quitter 38. Nous avons plus d’une fois, dans cet article, mentionné des brebis dont la laine était ainsi protégée, particulièrement à Milet, en Attique, à Mégare, à Tarente, en un mot dans les pays producteurs des laines de choix. La laine d’Arabie était recommandée pour faire ces couvertures 39, mais, le plus souvent, on se servait de peaux, ce qui faisait appeler ces brebis oves pellitae 40, tectae “, Û7rootcpQépot Tcoipvat 42. Elles demandaient des soins assidus et une surveillance continuelle et ne devaient paître que dans des endroits dépourvus de rochers et de buissons qui auraient pu accrocher leur enveloppe43, dont la réparation était coûteuse44. Leur étable devait être d’une irréprochable propreté avec un plancher percé de trous45, leur nourriture choisie46. Il fallait, trois fois par an, enlever aux brebis leur couverture et nettoyer leur toison avec de l’huile et du vin, en séparer les poils, tlocon par flocon, et, si la température le permettait, les soumettre à un lavage complet47. La moindre négligence du maître ou du berger pouvait tuer les brebis ; elles ne

Carin. XX ; cf. Salmas ad I. Z.; Ed. Diocl. XIX, 42, 56 ; Corp. inscr. lat. III, suppl. p. 1943. — 28 Vopisc. Aurel. XII ; Exp. tôt. mund. LXVI. — 29 Hor. Epist. 11,2, 181 ; Ovid. Fait. II, 319. Ce n’était peut-être que des teintureries de pourpre. J 30 Treb. Poil. Claud. XIV. —31 Athen. I, 28 a; XII, 541 b. — 32 Not. Dign. Occid. X, 1, 5, p. 49*, édit. Bocking. — 33 Sur les fabriques de pourpre de l’Afrique, cf. les documents réunis par II. Blüinner, Gev. T. p. 1 . ss. — 34Honier. cité par Pline, VIII, 73. Sur cet aperçu géographique, cf. spécialement, Yates, Textr. I, p. 12- 120, et O. Blüinner, Gev. 1. passim. — 33 Colum. R. rust. VII, 4, 1 et 4. — 3G plin. Epist. II, 11, 25. — 31 Demoslli. In Everg. XLV1I,25; Polyb. IX, 17. — 38 Talmud, cité par Bochart, dans Hierozoicon, t. II, col. 480. — 39 Plin. VIII, 72 , 3. — 40 Varr. R. rust. II, 2, 18 ; Hor. Od. II, 0, 10 ; Clem. Alex. Paed. II, 10. — 41 \ arr. R. rust. II, 11, 7. — 42 Strab. IV, 4, 3. — 43 Colum. VII, 4, 4. —44 Ibid. 3, 10. — 43 Colum. VU, 4, 6 ; Varr. R. rust. Il, 2, 19. — 4G Colum. : Varr. I. I. — 41 Colum. Z. Z.

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supportaient ni le froid ni la chaleur; si, par avarice ou par la fraude du berger, leur nourriture était insuffisante, elles en mouraient1. Aussi, tandis qu’un berger suffisait pour 100 brebis ordinaires, il en fallait- deux pour 100 oves pellitae 2. On est surpris, en pensant à quel prix devait revenir l’entretien de ces brebis, que Pline ait écrit qu’aucune laine n’a dépassé le prix de 100 sesterces (environ 21 francs) la livre3.

Il fut un temps où, au lieu de tondre les brebis, on arrachait leur laine4. Varron5 et Pline6 disent que, à leur époque, cette coutume subsistait encore en certains endroits. On soumettait alors les brebis à un jeûne de trois jours, avant d’arracher la laine, parce que les racines adhéraient moins fortement àla peau de l’animal affaibli7. Cet usage, qui remontait peut-être à l’époque où l'homme n’avait pas d'instruments en métal8, a pu se perpétuer par une autre cause que la routine; car Aristote a écrit en plusieurs endroits que la laine arrachée repousse plus douce9.

Quoi qu’il en soit, à l'époque historique, sauf exception, on tondait les moutons avec des ciseaux en fer, forfex 10, dont une pierre gravée du Musée de Berlin nous fournit un dessin [forfex, fig. 3169] 11 . Les auteurs ne s'accordent pas sur l’époque convenable pour tondre les brebis de luxe. Varron croit qu’il faut procéder à, cette opération entre l’équinoxe du printemps et le solstice, parce que alors les brebis commencent à transpirer, ce qui est une condition favorable12; d’autres proposent mai 13, ou juin11. Columelle fait observer avec bon sens que l’époque doit varier suivant les climats13, Mai est lameilleure saison pourlesclimats tempérés 16. Quant aux brebis communes, c’est quand on récolte l’orge 17 ou avant la fenaison 18 qu’on doit les tondre. Il faut choisir un jour serein, entre la quatrième et la dixième heure, car alors le suint des brebis rend leur laine plus douce, plus lourde, et de plus belle couleur19; mais ce ne doit pas être pendant que la lune est en décroissance20. Il est important de ne tondre ensemble que des brebis absolument pareilles, pour ne pas mélanger des laines de couleurs et de qualités différentes21; on fera bien aussi d’opérer sous abri, afin de ne perdre aucun flocon22. Aussitôt après la tonte, les brebis doivent être soumises à des traitements qui protègent leur peau dénudée et contribuent à la beauté de la laine à venir23. Un mois avant la tonte, les brebis ont été lavées avec la radix lanaria 24.

1 Colum. VII, 4, 1 et 2. — 2 Varr. R. rust. Il, 2, 19. — 3 Plin. VIII, 73, 1.

— 4 Varr. R. rust. II, 11, 9. - '■> L. I. — 6 VIII, 73. — 7 Varr. I. t. — 8 Cf. Varr. Ling. lat. V, 54. — 9 Probl. X, 22; Quadrup. IV, 1G4, 21, s. et 305, 32, s. D'après Varron ( Ling . lat . V , 54), la Vetia à Rome était ainsi nommée , parce que c'est là que les bergers du Palatin arrachaient ( vellere ) la laine de leurs brebis. Par une étymologie non moins fantaisiste, Isidore ( Orig . XIX, 27) dérive vellus de vellere. — 10 Calpurn. Bue. V, 74. — H Winckelmann, Pierres grav. de Stosch, VII, 48 ; Furlwangler, Geschnitt. Steine , 3261.

— 12 Varr. R. rust. II, XI, 6. — 13 Menolog. rustic. mens. Maius, Corp. inscr. att. 1. 1, 2e éd. p. 280. — 14 Colum. XI, 2, 44 : in aliquibus regionibus. — 15 VII, 4, 7. — 16 Pall. R. rust. VI, 8. — UJuillet; cf. Menai. Rust., mens. Julius. — ISJuin; Ibid. mens. Jun., p. 281. — lOVarr. II, 11, 9. — 20 Id. I, 37, 2, — 21 Calpurn. Bue. V, 69, s. — 22 Varr. II, 11, 8. — 23 Virg. Gcorg. III, 443, s. ; Varr. I. I. 7 ; Colum. VII, 4, 7; Calpurn. I. I. 78, s.; Pall. VI, 8. — 24 Colum. XI, 2, 35; cf. Menai. 2, mens. April. I. I. — 25 Aristoph. Lgsistr. 575. — 26 Paus. VIII, 42, 11.

— 27 plin. XXIX, 10, 1. — 28 Aristoph. Acliarn. 1177; Poil. VII, 28 (9). — 29 Varr. R. rust. II, 11, 6; Mart. XI, 27, 8. — 30 Aristoph. Plut. 166. — 31 Id. Lysistr. 575. — 32 Varr. R. rust. II, 2, 18. — 33 Id. Ibid. ; Non. p. 369, 21.

— 34 Aristoph. Lysistr. 574; Plin. VIII, 73, 3. — 35 Plin. XXIV, 104, 1.

— 36 Id. XIX, 18, 1; Col. XI, 2, 35. — 37 Lucian. Alexand. XII. — 38 Aristoph. Lysistr. 732. — 39 Ibid. 575. — 40 Poil. VII, 32. — 41 Suid. s. v. (AYipuojAïvY). — 42 Juv. II, 54. — 43 Virg. Geory. IV, 334; Hor. Od. III, 27, 64.

— 44 Ov. Met. II, 411. — 4o Ibid. V, 20; XIII, 511 ; Mart. VI, 3, 5. — 46 Geopon.

La laine tondue et encore chargée du suint (oîffTrwnrj 25 oicuttoç 2C, oesypum 21) était appelée ’épta oitjuTr^pot28, lona succida 29. Il fallait d’abord la laver (irXuveiv30, Ix7t)ujveiv31, lavare 32, pu tare 33) dans une chaudière34 avec Y/ierba 33 ou la radix3* lanaria, patptxv] (3ût<xvt) 37 [lavatio], puis la sécher 38. Elle était ensuite battue (^aêoi'Çsiv, IxpaêoîÇst v39) et épluchée (’éXxetv40, teiveiv, 41 , trahere 42, car-

pere^ 3, mollire 44) avec les doigts43.

Enfin on passait à l’opération du cardage (çatveiv46, carere 41, pectere 48, pect inare 49, car minore3*) qui se faisait à l’aide d’un peigne (xxefç ou Ijâvi&v 31 , pecten 52, carmen33) en fer 34 dont les dents35 étaient recourbées (ttnei)86.La laine pouvait enfin prendre place dans la corbeille et autour du fuseau des fileuses [calatiius, fusus].

Au temps où la vie était simple et les mœurs austères, cette préparation de la laine et aussi les travaux qui suivaient, le filage et le tissage, étaient dévolus aux femmes37. Même dans les intérieurs riches, la mère de famille dirigeait et partageait avec ses esclaves le travail de la laine 38, dans le vestibule de la maison 59, qui était alors le centre de la vie familiale. Dans les ménages pauvres, c’était un gagne-pain 60. Ce travail s’appelait spioupyta 61 , lanificium °2. Lucrèce s’y livrait avec ses esclaves lorsque Tarquin la surprit63. Mais quand le luxe fit fléchir les mœurs, les femmes abandonnèrent à leurs esclaves cette partie de leurs devoirs de maires familiae 64 et Columelle se plaignait que celles de son temps ne daignaient même plus surveiller ce travail66; les moralistes le leur reprochèrent durement 6G. Les industriels se mirent alors à faire ce qu’abandonnaient la plupart des femmes 67 et le nombre des lanarii s'accrut.

Le mot lanarius est un nom générique qui s’applique aux divers spécialistes du métier et dont le sens ne peut être exactement précisé que quand il est accompagné d’une épithète : un marchand de laine et de lainage s’appelle lanarius negotians ou negotiator 68 ; un fabricant de feutre lanarius coactor 69 ou lanarius coactiliarius 70 ; c'est à ces épithètes qu’il faut chercher les renseignements sur ces artisans. Pour la petite partie du travail de la laine qui nous occupe, nous n’avons à mentionner que ceux qui lavaient la laine et la dégraissaient, les IptoirXuTat71, lanilutores ,2, lanam polientes 13, les éplucheurs, lanif ricarii ? 74 et les cardeurs, qui, du nom de leurs instruments, s’appelaient lanarii egrminatores 75 et lanarii pectinarii 7C. Henry Trédenat.

III, 4, 7; Poil. VII, 30. — 47 Varr. Ling. lat. VII, 54. — 48 Colum. XII, 3, 6.

— 49 Paul. Sent. III, 6, 82. — 6° Varr. Ling. lat. VII, 54 Plin. IX, 62, 2.

— 51 Non. Dionys. V, 145; cf. H. Blümner, Techn. t. I, p. 104. — 62 Claud. In Eutrop. II, 382. — 63 Ibid. 458; Venant. Fortun. Mise. V, 6. — 64 JUv. VII, 324.

— 55 Claud. O. I. II, 385. — 66 Ibid. 282. Sur ces opérations préparatoires, cf. H. Blümner, O. I. t. I, p. 96, s. et Marquardt, Das Privatl. p. 503, s.; trad. V. Henry, t. II, p. 137, s. — 67 Hom. Odyss. 1, 256; XXII, 423 et passhn ; Aristoph. Nub. 50, s.; Lysistr. 574, s. 728, s.; Justin. I, 3; Corp. inscr. lat. VI, 11002, 15340. — 68 plaut. Merc. V, 2,46; Vitruv. VI, 10. — 69 Ascon. in Milon. § 13; Liv. I, 57. — 60 Terent. Andr. I, 1, 49 ; Lucian, Dial. mer. VI, 1.

— 61 Cf. H. Blümner, Techn. I, p. 96, 97. — 62 Colum. R. rust. XII, praef. 9 ; Suet. Aug. LXIV ; Justin. II, 6,5. — 63 Aur. Vict. IX ; Liv. I, 57 ; Ov. Fast. II, 74 s.

— 64 Plaut. Merc. Il, 3,62.-65 Colum. I. I. — 66 Juv. VI, 38 9. —67 Digest. VIH, 8, 12.

— 68 Corp. inscr. lat. XI, 862. — 69 Ibid. V, 4504, 4505. — 70 Ibid. VI, 9494.

— 71 Dioscor. De mat. med. II, 192. — 72 Gloss. Philox. s. v. ’EptojtMTï;;. — 73 plin. VIII, 73, 3. — 74 Corp. inscr. lat. IV, 1190. — 75 Ibid. XI, 1031. — 76 Ibid. VI, 9494. — Bibi.iocraphie. Bochart, Hierozoicon, sive bipartitum opus de animalibus sacrae scripturae , 1. II, c. xlv, col. 475 et s. Londres, 1G63, fol. ; Mongez, Recherches sur les habillements des anciens, dans Hist. et mém. de l'Institut royal, classe d’histoire, t. IV, 1818, p. 222, s.; B. James Yates, Textrinum antiquorum, an account on the art of weaving among the ancients, t. I, 1843, 83; Fr. A. Magerstedt, Bilder aus der rôm. Landwirthschaft, 2* part. IL Das Schaf, p 87, s. Sondershausen, 1859 ; Dr H. Wiskeman, Die antike Landwirthschaft.

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LANCE A [hast A lancearius].

LANCEARIUS ou LANCIARIUS. — Soldai armé de la lancea, par opposition au confortai qui porte le confus, à Yhastatus que caractérise la hasta [hasta, contus].

La lance était une arme à large fer et à long manche , qui pouvait servir à la fois d’arme de trait et d arme de jet2. Elle était usitée surtout, semble-t-il, chez les Barbares, Gaulois 3 ou autres; mais on s’en servait aussi dans les troupes romaines : cavalerie légionnaire (lorsque son armement eut été modifié à l’exemple de celui des troupes étrangères) *, ailes auxiliaires 6 ou spéculât ores , attachés à la garde de l’empereur 6.

Dans un sens plus restreint et technique, on nommait lanciarii, à l’époque antérieure à Dioclétien, des corps auxiliaires, absolument irréguliers et composés de barbares. Les lanciers n’ont jamais été organisés, que nous sachions, en ailes ou en cohortes; mais on en rencontre, par exemple, parmi les troupes qu’Arrien, légat de Cappadoce, leva surplace et emmena avec lui contre les Alans ' . D’après son récit même, il est difficile de décider s ils formaient un corps d’infanterie ou un corps de cavalerie. Plus tard, sont ainsi désignées deux sortes de troupes.

1° Des corps de fantassins 8, semble-t-il, qui occupaient divers cantonnements en Gaule et dans la région du Danube. En Gaule, nous trouvons la légion nommée Lanciarii Sabarienses 9, parce qu’elle avait été sans doute établie primitivement à Savaria, en Pannonie, et la légion comitatensis, appelée Lanciarii Honoriani Gallicani ,0.

En Illyricum étaient, du moins au début du v° siècle, les Lanciarii Juniores (légion comitatensis) 11 , les Lanciarii Augustenses ( id .) ,2, les Lanciarii Comaginenses (légion pseudocomitatensis ), ainsi désignée de la ville de Comagena , en Noricum) 13, les Lanciarii Lauriacenses (id.) qui tirent leur nom de leur lieu de campement, Lauriacum n, et enfin les Lanciarii' Stobenses (légion comitatensis ), dont la garnison était en Thrace 15. La Notice nous a conservé l’image des insignes de ces diverses troupes; mais on ne sait rien déplus à leur sujet.

2° Des corps appartenant à la garnison de la capitale et rattachés à la garde impériale llJ. La Notice des Dignités les désigne sous le nom de Lanciarii seniores 11 et de Lanciarii juniores 18, et nous les présente comme des légions palatines, dépendant directement du magister militum praesentalis ; les inscriptions nous apprennent qu’ils ont été organisés comme tels sans doute dès l’époque de Dioclétien ,9, que ces corps étaient inférieurs en dignité aux cohortes prétoriennes20 et, postérieurement, aux

p 37 cl p. 81-84, Leipz. 1859; Hermann Grothe, Die Geschichte der Molle und Wollenmanufalctur im Alterthum, dans Deutsche Vierteljahresschrift, 1860, 4, livr. p. 259, s., Stulg. ; G. Büchsenschiitz, Besitz und Erwerb im griech. Alterthume, p. 221, s. Halle, 1869; Id. Die Hauptstütten der Gewerb/leisses im klassischen Alterthume, Leipzig, 1809; H. Blümner, Die gewerbliche Thatigkeit der Vôllcer des klassischen Altertliums , Leipzig, 1869; Id. Technologie und Terminologie des Gewerbe und Kiinste bei Griéehen und Rômern, 1. 1, p. 90 el s. Leipzig, 1874; J. Marquardt-Mau, Das Privatleben der Borner, 2” édit. 1. Il, p. 475, s. Leipzig, 1887; trad. V. Henry, t. Il, p. 105, 1893.

LANCEARIUS. 1 Diod. Sic. V, 30. « Le fer a une coudée de longueur et près de deux palmes de largeur ; le fut a plus d'une coudée de longueur. »

2 Arrian, "Ex-rnU xa t ’AXav. 25 ; Tact. 4, 7 ; cf. l’inscription citée à la

110ieg. 3Diod. I. c. — 4 Cf. Wil. Scliurz, Die Militürreorganisation Hadrians, 11,

p. 1 1 et suiv. ; Arrian. Tact. 4, 7. — 5 Un nouveau fragment du discours d’IIadrien, adressé aux cavaliers de l’aile des Pannoniens, contient cette phrase : « Lanceas plurios vestrum permiserunt » ( Bull . arch . du Comité ; Commission de l Afrique du Nord, nov. 1899). — 6 Suet. Claild. 35; Galb. 18. — 7 Arrian, "Extcü. 7 ; tq uu;xlutguriv-" xod PiÇmvot ot XoYxo?4eoi.Rizius est un fleuve et un port de la province du Pont, un peu à l'ouest de Trapézonle (Arrian. Peripl. 7). — 8 M. Ot. Seeck les classe dans sa table ( Notitia dignitatum, p. 324) parmi les Pedites. — 9 Not. dign. Oc. V, 9, 152 (où ce corps est désigné comme légion palatine) ; VII, 82. — 10 Ibid. Oc. V, 90, 239 ; VII,

proteclores 21 , et qu’ils étaient composés de fantassins et de cavaliers — ex numéro lanciariorum, iscola aequiturn, dit un texte de Rome 22. Il semble que 1 effectif de^ lanciarii ait été souvent recruté parmi les soldats des troupes du Danube23, ce qui seproduisitdéjà, depuis Septime Sévère, pour les prétoriens et en général pour les soldats delà garde [praetoriani, équités singulares], les barbares de rillyricum etdela Thrace étant considérés comme d’une fidélité et d’une bravoure éprouvées. R. Cagnat.

LANIARIUM, LANIENA. LANIOLUM. Magasin déboucher, étal. (Voy. pour la Grèce, lanius.) — Les bouchers de Rome avaient coutume d’exposer leurs viandes 1 et de parer leur étal. L’étalage des bouchers, comme celui d’autres boutiquiers, débordait même sur la rue et envahissait la chaussée 2. Martial, félicitant Domitien d’avoir mis fin à cet empiètement, cite les bouchers comme en ayant abusé 3. Les bouchers avaient leurs boutiques sur le forum jusque vers le milieu du ve siècle av. J.-C. *; puis ils se transportèrent au nord du forum où étaient par ticulièrement groupés tous les marchands de comestibles [macellum]. Il y en eut aussi en d’autres endroits5. Sous la République, ils se trouvaient sans doute en grand nombre derrière le cirque, à l’endroit où s’éleva la basilique Sempronia, d’où ils furent délogés pour la construction de ce monument6. Des inscriptions de la fin de la République nous apprennent qu’à cette époque les bouchers établis autour de la Piscina publica de la XIIe région d’Auguste étaient assez nombreux pour former un collège 7. Un bas-relief de la Villa Albani 8 (fig. 4335) montre un boucher levant son couperet au-dessus d’une tête de porc posée sur un billot; une deuxième tête et d’autres parties du même animal sont suspendues au carnarium au fond de la boutique.

Il y avait en outre pour le débit de la viande des marchés spéciaux, correspondant à la nature des viandes et aux trois grands collèges de bouchers [lanius]. Le forum boarium est bien connu9. On trouve aussi

81. — Il Or. IX, 16, 38. — 12 Or. IX, 14, 36. — 13 0c. V, 110, 260 ; VII, 59. — U Oc. V, 109, 259 ; VU, 58. — 13 Or. VIII, 12, 44. — 16 Corp. inscr. lat. VI, 2787 : Val. Ursinus, m(iles) lanciarius... Val. Vitalis mil. colhortis) e{jusdem ?) pre(toriae) commanuculo ; cf. Ammian. XXI, 13, 16 et XXXI, 13, 8. — '17 Or. V, 2, 42; Corp. inscr. lat. XII, 673. — )s Or. VI, 7, 47. C’est sans doute à l'une de ces deux troupes qu’il faut rattacher l’àxTwàçio; Aavxtaçluv d une inscription d Iconium en Pbrygie (Corp. inscr. gr. 4004). — 18 Cf.Jullian, Bull.ipigr. 1884, p. 8. — 20 Corp. inscr. lat VI, 2759 ; militavit legione Mesiaca annis V, inter lanciarios annis XJ, in prêlori’a annis, etc. ; cf. 2787. — 21 Corp. inscr. lat. III, 6194 ; Eph. ep. IV, 911 ; cf V, p. 124. — 22 Not. de. scaui, 1888, p. 735 ; Bull, comun. 1889, p. 88. — 23’ Corp. inscr. lat. III, 6194 ; VI, 2759 ; Eph. ep. IV, 911 ; cf. Jullian, Le.

LANIARIUM. 1 Phaed. Fab. III, 4, 1. — 2 C'est à l étal d’un boucher sur le forum que Virginius prit le couteau ayec lequel il frappa sa fille. Dion. Hal. Ant. rom. XI, 27 ; cf. Tit. Liv. III, 48. — 3 Martial. Epigr. VII, 60. — 4 Varr. ap. Non. Marc. p. 532, Mercier) ; Quiclierat, II, p. 620, lit larignis) ; cf. Tit. Liv. loc. cit. et IX, 40; Gilbert, Gesch. und Topographie der Stadt Rom, 111, p. 204. S Plaut. Curcul. IV, 1. — G Tit. Liv. XLIV, 16, in fine. — 7 Corp. inscr. lat. VI, 107, 168. — 8 Gualtani, Monum. ined. 1786, Sat. 3 ; Zoega, Bassiril. ant. 28; 0. Jalin, Berichte der phil.-hist. Classe d. Sachs. Gesellsch. der Wissensch. 1861, p. 252, pi. xui, 1. — 9 Voir Jordan, lopograph. d. Stadt Rom, I, 2* Abtli. p. 468, 474 et suiv.

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un forum suarium1 pour la viande de porc et le lard, dont il se faisait à Rome une grande consommation, et un forum pecuarium 2 où l’on vendait le mouton, la chèvre, le chevreau. Nous connaissons l’organisation de ces forums [forum].

L’approvisionnement de Rome par les grands collèges de bouchers, de boulangers, etc., étant une sorte de service public, ils étaient soumis à la haute autorité du préfet de la ville 3, qui y avait ses officiers, un tribunus fori suarii 4, un seriba'% un cancellarius 6, des decuriales1 . En outre, des adores [actor publicus] étaient chargés de la défense des intérêts corporatifs 8. Ces fonctionnaires, à l’exception des adores qui représentaient les négociants, étaient chargés, au nom du préfet de la ville, de veiller à la police des marchés [cancellarius, decurialis] et à la régularité des transactions. On affichait dans ces forums les édits concernant les obligations et les privilèges des corporations de bouchers9 [lanius]. Les marchés devaient présenter un certain luxe architectural, car nous voyons en 204 les marchands de bœufs élever en commun avec les banquiers ou orfèvres [argentarius], sur le marché au bétail ( forum boarium ), un petit arc de triomphe en l’honneur de Septime Sévère, de sa femme et de ses enfants10. Cet arc {arcus Argentarius), dont les sculptures assez médiocres représentent des sacrifices et des instruments de sacrifice, existe encore, non loin de l’arc de Janus Quadrifons. André Baudrillart.

LANIUS, LANIO (Kpeoûpyoç, gdcyetpoç, xpsautwXTi;).

Grèce. — La profession de boucher n’existait pas dans la Grèce primitive, au temps où, dans chaque maison, celui qui en était le chef abattait et dépeçait luimême les animaux qui devaient être sacrifiés et les découpait en parts, qui étaient distribuées, d’abord aux dieux, puis à la famille et aux hôtes réunis autour du foyer [coena, p. 1270]. Ce sont les princes eux-mêmes, c’est Achille *, c’est Ménélas2 qui, dans les poèmes homériques, s’acquittent en personne de cet office ; Nestor, affaibli par l’âge, se fait remplacer par son fils aîné, que ses frères assistent 3.

Athénée a soin de rappeler les héros d’Homère, quand il veut honorer et rehausser par leur antiquité les fonctions de ceux, x^puxeç, [xâyeipoi, qui restèrent chargés par la suite de tuer et de découper en observant les rites, et il accumule les citations d’auteurs destinées à prouver que ces fonctions, devenues un métier, furent exercées jusqu’à une époque très avancée par des hommes libres et respectés4. Le métier se constitua nécessairement quand il fut devenu impossible, surtout dans les villes, que chacun sacrifiât dans sa maison pour les besoins du ménage. Les ptyetpoi connaissant et pratiquant les règles du sacrifice, ne se confondirent que fort tard5 avec les cuisiniers [xo<puuç] esclaves ou mercenaires, dontles auteurs

1 Dig. I, 12; Notit. dign. Occ. IV, 10; et Bôcking, Not. dign. Il, 197; Corp. inscr. lat. VI, 1 1 50 et 903); Bullet. d. commise, areh. comunale di Borna, 1875, 71. — 2 Dig. loc. cit. ; Corp. inscr. lat. VI, 9600. — 3 Dig. Loc. cil.

— 4 Not. dign. loc. cit. ; Corp. inscr. lat. VI, 1770, 1771, édits d’Apronien, préfet de la ville en 368. — 6 Corp. inscr. lat. VI, 1770; Godefroy, ad Cod. Theod. XIV, 4, 1. 4; WalUing, Étude sur les corp. profess. chez les Romains, p. 90. —6 Ibid.

— 7 Corp. inscr. lat. VI, 9600. — 8 Corp. inscr. lat. VI, 3728. — 9 Cod. Theod. XIV, 4, 1. 4. — *0 Corp. inscr. lat. VI, 1035.

LANIUS, LANIO. 1 lliad. IX, 209 et s. ; XXIV, 622 et s. — 2 Od. III, 52 et s.

— 3 Od. II, 445. — 4 Atb. XIV, p. 659 et 660, et p. 601 c : x«Taf;to|i£()’^|x£ï5 °* |*ii£ifoi, 6ÿo[XEv, (rroySttai; Tîotoffjxcv. Athénée cite Ménandre qui met en scène un jiàyeiçoç officiant aux fêtes d’Aphrodite Pandémos. — 0 Sous les premiers Macédoniens, suivant Athénée, XIV, p. 059 f. — 6 Voir coqüus, p. 1501. Il est difficile de les distinguer

comiques se moquent, qui se glorifiaient de les avoir pour ancêtres ; il y en avait qui faisaient partie du personnel d’un temple c ; les grands et les riches en pouvaient avoir dans leur domesticité7 ; les autres les faisaient venir quand ils avaient besoin de leurs services à l’occasion d’une fête, d’un mariage ou de toute autre solennité8.

L’endroit où ils se louaient, au marché, appelé gay peta9, était distinct de celui où les détaillants (xpewTiùiXail avaient leur boutique (pxysipeïov) et leur étal (xcE&moiXwr, TpaTreÇa). Ceux-ci débitaient toutes sortes de viandes19, porc, bœuf, chèvre, mouton [cibaria] ; l’âne aussi était au nombre des viandes de boucherie, d’où le nom de [J.egvovsiut donné à l’emplacement où l’on en vendait1 ‘.Ce quartier de revendeurs était assez mal famé; des hommes pouvaient bien parfois y faire eux-mêmes leurs achats, au lieu d’y envoyer un esclave ; une femme libre et de bonnes mœurs ne s’y aventurait pas12, et tous ceux qui étaient encore attachés aux anciennes pratiques auraient craint, en s’y approvisionnant, de s’exposer à manger des chairs non sacrifiées (aôuxot tepà)13. A Athènes, on appela toujours Ispeïov l’animal abattu, même en dehors du sacrifice, et IspEusiv y resta synonyme de ai pàÇeiv u. E. Saglio.

Rome — On sait peu de chose sur le métier et la situation des bouchers dans les premiers siècles de Rome. Ils ne sont pas compris, non plus que les boulangers jpiSTOR'. dans l’énumération que fait Plutarque des neuf corporations industrielles établies par Numa16. Cela ne saurait surprendre, comme le remarque M. Mommsen, dans un temps où chacun faisait son pain chez soi 10 ; on peut ajouter : élevait des porcs et des moutons eL préparait lui-même sa viande à la maison. « N’est-ce pas une prodigalité, écrit encore Yarron, de tirer son lard de la boucherieetnon de son propre fonds17? »

Toutefois, Plutarque ajoute qu’une dixième corporation comprit tous les autres métiers 18, ceux apparemment qui occupaient un moindre personnel. Rien n’empêche de croire que les quelques bouchers et boulangers existant alors aient été inscrits dans cette dixième corporation.

Quoi qu’il en soit, la profession de boucher paraît avoir été fort méprisée au temps de la République. Cicéron en parle avec un dédain extrême 19 et Tite-Live ne la traite pas mieux à propos de Varron, le consul de la bataille de Cannes, dont le père colportait lui-même sa viande etqueson fils aidait dans sa répugnante besogne 20. On s’y enrichissait du moins, puisque le père fut en mesure de donner à son fils une éducation complète et que celui-ci, abandonnant la profession paternelle, se consacra au barreau et aux affaires publiques.

Mais l’alimentation de Rome devint rapidement une trop grosse affaire pour que ceux qui y contribuaient principalement ne formassent pas de bonne heure des corporations. Sous la République, les bouchers formaient une corporation présidée par deux magistri que l’on ne

dans les inscriptions de ceux qui apprêtaient les repas. — 1 Atli. IX, p. 659 f. Olympias envoie à Alexandre, sur sa demande, un jjtàyeiço; : o utoç oT&ô va ujpà «rou tôt uaTçfia itàvTa ov tçotïov OûeTou xai tôt opyicurcixot xat pax^txât. — °Atll. p. 659 de : Otmxîjç ïjcrav epticeiçiot oî TtaXarcepot [Attyciooi * icçoï*<rTavTO yoùv xai yà[ji.wv xat Outriwv ; cf.

VI, p. 245 c ; IX, p. 682 de ; Artemid. Oneir. III, 55. — 9 Pollux, IX, 48. — lOTheophr. Char. 9; Teles ap. Stob. Floril. III, 5, p. 126 Teubner; Plut. Qu. conviv. II, 10, 1 ; Artemid. Z. /. — *1 Poil. I. I. ; Schol. Aristoph. Vesp. 194 : ovou; ET^wyov lv * AÔqvociç. — 12 Poil. I. I. ; Theophr. I. I. ; Plat. Leg. VIII, p. 849 d ; cf. Athen. XIII, p. )80. — 13 Simonid. Am. ap. Athen. V, p. 180 d ; = Bergk, Lyr. gr. p. 741, v. 56. — 14 Eustath. Ad. II. XXII, 159; ad Od. II, v. 50; cf. Moeris, s. v. ieçerov, qui fait exception pour le porc, et Casaubon ad Athen. I , p. 13. — ispiut. Numa, 11- — 16 Mommsen, Rôm. Geschichte, trad. de Guerle, t. I, p. 239. — n Varr. De r. rust. II, 4, 3. — 18 Plut. Loc. cit. — 19 Cic. De o/f. I, 42. — 20 Tit. Liv. XXII, 25.

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retrouve pas plus tard1. Puis, à mesure que Rome s accroît, l’importance des corporations alimentaires augmente à proportion. Celle des bouchers y tient l’un des premiers rangs, si du moins aux bouchers proprement dits {qui ad cultrum bovem emunt ) nous adjoignons les négociants chargés de faire venir les animaux de la province et d’assurer l’approvisionnement de Rome. Ces derniers en forment même plusieurs, fondées sur la nature de la marchandise qu’ils débitent, porcs, bœufs, petit bétail : ce sont les suarii, les boarii , les pecuarii Sous le Bas-Empire, un édit d’Honorius (419) réunit les suarii et les pecuarii en une seule et puissante corporation3. Valentinien III, en 432, les forme tous de nouveau en trois collèges4. En raison de la grande consommation que les Italiens, et en général les anciens, faisaient de la viande de porc (fîg. 4336) B, les suarii, comme il ressort du nombre

et de l’importance des documents qui les concer nent, étaient les plus nombreux et les plus puissants. Cette prépondé - Fig. i:t36. — Bouchers. rance ne put

que s’accentuer lorsqu’ Aurélien eût établi les distributions gratuites

delard 6. Tousces bouchers se recrutaient principalement dans la classe des affranchis, comme on peut en juger par de nombreuses inscriptions7. En dehors de Rome, on trouve des corporations semblables en divers lieux, a Préneste, dès le temps de la République \ à Narbonne1’, a Vérone10, à Périgueux11. Comme toutes les corporations de l’annone, celles des bouchers jouissaient de nombreux privilèges, compensation à peine suffisante d’étroites et lourdes obligations. La plus sensible de toutes était celle qui les enfermait pour ainsi dire dans leur collège. Ils n’en pouvaient sortir sous aucun prétexte, même pour entrer dans la cléricature, à moins de s’être trouvé un remplaçant. A leur mort, un au moins de leurs enfants devait leur succéder12. Il fallait que par leurs soins Rome fût toujours suffisamment approvisionnée de lard et les distributions gratuites faites régulièrement pendant une notable partie de l’année13. Leurs fonctions étaient triples. Elles comprenaient l’achat, la préparation et le débit de la viande. Tous étaient sur leur personne, sur leurs enfants, sur leurs biens, tenus responsables du bon fonctionnement de leur charge, sous la surveillance des primi scrinii Praefecti Urbis et des vicaires de ce dernier, responsables à leur tour devant le préfet, qui enfin répondait devant l’empereur de l’approvisionnement de la ville 14. L’État, d’autre part, les mettait à l’abri delà rapacité de ses propres agents de contrôle en punissant de mort les tribuni , scribae ou cancellarii des marchés,

1 Corp. inscr. lat. VI, 167, 168 ; cf. I, d. 393 ; Waltzing, Étude hisl. sur les corpor. profess. chez les Romains, 11, p. 89. — 2 Symmach. Ep. X, 27 (rel. XIV) ; Dig. I, 12, 1, etc. - 3 Cod. Tlieod. XIV, 4, 1. 10. — 4 Nov. Val. III, 33, 2 et 8. — 3 Figure tirée des bas-reliefs de l'arc de Reims, où sont représentées les occupations des diverses saisons ; deux suarii figurent le métier des boucliers. Al. de I. aborde, Monum. de la France , pl. cxm. — 6 Vopisc. Aur. 33, 46. — 7 Corp. inscr. lat. IX, 4227 ; XII, 4482 ; XIV, 2878, etc. — 8 Corp. inscr. lat-, I, 1131 et XIV, 2877. — 9 Corp. inscr. lat. XII, 4482. — 10 Corp. inscr. lat. V, 3307. — U Hcnzen,

qui auraient détourné pour eux-mêmes quelques parties de la viande débitée. Seul, celui qui abattait 1 animal en recevait une portion13.

Ces obligations rigoureuses, cette sorte de servage qui les liait à leur corporation, cette lourde et périlleuse responsabilité enfin, étaient reconnues par des privilèges appréciables. Et d’abord on est frappé de la manière particulièrement honorable et flatteuse dont les empereurs en leurs édits traitent toujours les suarii et autres bouchers. L’honneur qui se rattache à unefonction est en raison de son importance. C’est un emploi glorieux, écrit un auteur, de nourrir la ville de Rome16. Nous voilà loin de ce ton de profond mépris qu’employaient à l’égard des mêmes industriels les vieux auteurs de la République. Les trois premiers de leur ordre ne se virent-ils pas élevés à la dignité de comtes de troisième classe, et gratifiés en même temps d’avantages matériels17? Ils jouissaient de diverses immunités. Par exemple, ils étaient dispensés de la collatio equorum [jugum], et quand il fut question de les y soumettre, ils trouvèrent en Symmaque un défenseur zélé qui fit valoir avec force la légitimité et les raisons des privilèges attachés à leur profession18. Dès le temps des empereurs Sévère et Caracalla, les suarii sont dispensés du droit de tutela, dont jouissaient déjà, disent ces empereurs, tous ceux qui s’occupent de l’annone, à la condition qu ils consacrent les deux tiers de leur fortune à leur commerce 10. Dans l’exercice de leurs fonctions, ils étaient protégés par la force publique et en tout temps garantis contre toute violence corporelle20. Indépendamment de certains avantages dont il va être parlé à propos de 1 achat des animaux, avaient-ils droit à des émoluments? c’est ce qui paraît résulter d’un édit de 452 où l'empereur Valentinien énumère des sommes considérables qui auraient été dues à ce titre aux boarii et aux suarii ; malheureusement, ce texte n’est pas suffisamment explicite21.

La collation des animaux se faisait par voie de réquisition, du moins pour les porcs. Les bœufs étaient achetés et venaient pour la plupart du Bruttium 22 .

Nous connaissons surtout la manière d’opérer des suarii. Cet impôt en nature incombait spécialement aux propriétaires du sud de 1 Italie, Campanie, Lucanie, Bruttium et Samnium23. La Sardaigne y était également soumise, mais, en raison des tempêtes qui rendaient souvent le transport aléatoire ou dangereux, Valentinien III décida que l’impôt de cette île serait désormais versé en espèces dans la caisse prétorienne24. U est probable que plusieurs propriétaires se réunissaient pour fournir un seul animal 23. Quant à ceux qui ne devaient qu’une livre de lard par mois, on leur faisait de préférence verser cinq livres à la fois pour cinq mois26. Cet impôt était considéré comme d’une importance si capitale qu’il était exigible avant tous les autres27. Le mode de perception varie en ses détails suivant les époques. Ordinairement, les suarii eux-mêmes font la levée, sous la surveillance du gouverneur, responsable. Mais un

Inscr. 7237 ; Rev. archéol. I, 262 ( Laniones ). — 12 Cod. Th. XIV, 41, 1. I ; Nov. Val. 111, 33, 6. — '3 Cod. Theod. XIV, 4, 1. 3 ; cf. 1. 10 et le commentaire de Godefroy. — O Cod. Th. XIV, 4, 1. 10. — 13 Corp. inscr. lat. VI, 1770, éd. d'Apronicn. — l6Cassiod. Var. XI, 39. — 17 Cod. Th. XIV, 4, 1. 10. — 18 Symm. loc.cit. 19 Fragm. Vat. 236 ; cf. 237. — 20 Cod. Th. Leg. nov. Lib. 3 XXXVIII. — 21 Nov. Val. III, t. 33; Waltzing, II, p. 423. — 22 Cassiod. Var. XI, 9. — 23 Cod. Th. XIV, 4, 1. 3 et 4, et Cassiod. loc. cit. — 2V Nov. Val. III, 35, § 1, 3, 4. 23 Waltzing, II, p. 9t. — 2G Cod. Th. XIV, 4, 1. 10.— 27 Nov. Val. III, 35, 1.

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édit de Valentinien II, promulgué en 452, les autorise à se faire représenter par un officier du gouverneur assisté de cinq d'entre eux, afin d’ajouter à leur autorité1. Cette mesure semble indiquer que la levée de l’impôt n’allait pas toujours sans difficulté. Pour qu’il n’y eût pas de fraude sur le poids de l’animal, la loi exigeait qu'on l’eût laissé jeûner depuis la veille avant de le livrer au fisc 2 .

Observait-on quelques prescriptions hygiéniques? Ce n’est pas probable, car il n’en reste pas trace; et d’autre part, au temps de Varron, la clause de santé, exigée si l'on achetait une bête à cornes pour la reproduction ou le labourage, était supprimée quand on l’achetait pour la boucherie ou, ce qui revient au même en ce qui concerne la consommation, pour les sacrifices 3.

Constantin laissa le choix aux propriétaires imposés de payer en argent ou en nature. La viande était évaluée au cours de la province. Les gouverneurs en faisaient connaître le taux au préfet de la ville et alors seulement les collecteurs se mettaient en route4. Si l’on payait en espèces, avec les sommes reçues ils achetaient des porcs dans la même région. Sous Julien, la levée de l’impôt se faisait en argent dans la Campanie, par les soins du gouverneur, assisté des curiales de chaque cité. L’argent était remis aux suarii 5. Valentinien Ier laissa de nouveau le choix entre les deux modes de payement, mais partout le soin de lever l’impôt fut confié à des agents spéciaux du gouverneur qui formèrent un ordo suarius local, purement fiscal, et par conséquent tout distinct du collège des suarii 6. Mais, à l’inverse du régime établi par Constantin, les prix furent ceux de Rome, parce que, dit l’Édit, les viandes devaient être vendues dans cette ville1. A la différence des suarii , les boarii et les pecuarii ne percevaient pas d’impôt. Ils achetaient des bœufs qu'ils revendaient au forum boarium et au forum pecuarium sous le contrôle de l’État8.

Pour compenser la diminution du poids que les porcs subissaient dans le trajet de leur lieu d’origine jusqu’à Rome, il était accordé aux suarii une remise de 5 p. 100 sur les sommes qu’ils avaient versées 9.

Par le même motif, Apronien, puis Valentinien, décidèrent et confirmèrent que 25 000 amphores de vin seraient levées dans les mêmes provinces et partagées entre les suarii et l’ ordo suarius 10 . Valentinien ajouta que les habitants de la Lucanie et du Bruttium seraient autorisés à fournir soixante-dix livres de lard en équivalence d’une amphore de vin".

De tout ce qui précède, on peut conclure que sous l’Empire les bouchers romains, réunis en corporation, ne sont pas de simples entrepreneurs chargés delà fourniture de la ville, mais deviennent de plus en plus de véritables fonctionnaires, détenant, dans une partie de l’exercice de leurs fonctions, la levée de l’impôt, une part de l’autorité publique, attachés à leur office par un lien obligatoire,

1 Nov. Val. 111, 33, 3 et 4. — 2 Cod. Th. XIV, 4, 1. 4. — 3 Varr. De re rust. H, V, 11. — 4 Cod. Th. XIV, 4, 1. 2. — ^ Ibid. 1. 3. — G Cod. Th. Ibid. I. 4; Corp. inscr. lat. VI, 1771. — 1 Cod. Th. Ibid. — 8 Waltzing, 11, p. 95. — 9 Cod. Th. XIV, 4, 4. — 10 Corp. inscr. lat. VI, 1771. — U Cod. Th. XIV, 4,1. 4; cf. Gebhart, p. 32-30. — 12 Aul.-Gell. XI, I. — 13 plin. Hist. nat. XVIII, 4; cf. XV, 1, pour le prix de l’huile. — 14 I.amprid. Sev. Alex. 21 ; Waddington, Ed. Diocl. p. 11, cap. iv, n. 1. — 15 Lamprid. Loc. cit. — 16 Waddington, Ed. Diocl. p. 6. — 17 Cod. Th. VIII, 4, 7. — 18 Cod. Th. XIV, 4, 3. — 19 Plaut. Pseud. I, 3, v. 93; Varr. H. 2, 5. — 20 Plaut. Ibid. v. 98 . — Bibliographie. Mommsen, üe collegiis et soda.litatibus Romanorum ; Waddington, Edit de Dioclétien-, Levasseur, De la valeur

personnellement et pécuniairement responsables, payés I de leurs services par des honneurs, des avantages pécuniaires, la détention d’un monopole, peut-être par des ’ émoluments. Comme on l’a remarqué, la principale * différence qui existe entre leurs corporations et celles | des ouvriers de l’État, c’est que l’État consomme directe- • ment les produits fabriqués par ces dernières, tandis t qu'il vend au public, ou lui distribue gratuitement, les ■ denrées fournies par les premières [collegium].

Voici quelques indications sur le prix de la viande I à différentes époques : vers l’an 500 avant J.-C., un bœuf valait à Rome 100 as, soit 55 francs ; un mouton 10 as, soit 5 fr. 5()12. Pline cite comme un exemple incroyable de bon marché le prix de un as (0 fr. 22), demandé en 604 de Rome, année où la récolte avait été exceptionnelle et où l’abondance était extrême, pour douze livres (italiques : 327 gr. 45) de viande. Ce prix paraît incroyable en effet. 11 est en rapport cependant avec celui des autres denrées, mentionné pour la même année, et ne s’écarte pas à l’excès des prix divers énumérés par le même auteur comme exemples de bon marché à différentes dates13.

Sous Sévère Alexandre, la livre (italique) de porc était de 8 minutuli à un moment de cherté excessive et du

1 à 2 minutuli quand les mesures prises par l’empereur eurent ramené le bon marché. Cette monnaie, dont on nu peut du reste déterminer exactement la valeur, était sans doute le denier d'argent déjà altéré à cette époque1’. Le bœuf et le porc se vendaient alors au même prix1 D'après l’édit de Dioclétien, 1 kilogramme de porc devait se vendre au maximum 2 fr. 28; 1 kilogramme du lard de lre qualité, 3 fr. 04 ; I kilogramme de bœuf, du mouton ou de chèvre, 1 fr. 5216; de chevreau, environ

2 fr. 25 ; de foie gras de truie, 3 fr. 04 ; de jambon, 3 fr. 18. En 389 après J.-C., 80 livres italiques de lard devaient être livrées aux troupes, sur la frontière, au prix modique de 0 fr. 59 11 ; en 363, une livre de viande de porc, en Campanie, à raison de 6 folles 18, ou environ 1 fr. 9î le kilogramme.

Ces prix ne peuvent avoir qu’un caractère approximatif. Ils sont établis en réduisant, autant que cela est pos sible, les monnaies du temps à la nôtre, et naturellement sans tenir compte de la puissance d’achat de l'argent, méthode encore beaucoup moins exacte.

Le mot lanius est pris aussi dans le sens de victi maire , sacrificateur 1D, et, par plaisanterie, de bourreau (carnifeæ) 20. André Baudrillart.

LANTERNA ou LATERNA. AapntTijp, Àuyvoüyoç, cpavo;- Lanterne. — Les deux formes laterna 1 et lanterna 2 se rencontrent également dans les auteurs. La forme des lanternes antiques paraît avoir été généralement cylindrique. Sur la plaque du fond reposait soit une lampe en terre cuite ou en bronze [lucerna]3, soit un petit flambeau. Les parois étaient le plus souvent de corne transparente4 ; on se servait aussi de linge huilé ou de vessie

des monnaies romaines ; GchhardI, Studien über das Verp/lagungenswesen von Domund Constantinopel in der spfit. Kaiserzeit, Üorpat, 1881 ; Waltzing, Étude historique sur les corporations professionnelles chez les Romains, Louvain,

LANTERNA. 1 Val. Max. VI, 8, 1 ; lsid. Orig. XX, 10, 7 ; cf. Cic. in Pison. IX, 20. — 2 Plaut. Aulul. III, G, 30; Martial, Epigr. XIV, 61, 62 : cf. Corp. inscrlat. X, 3970. La forme lanterna, venant de Xapirrrço, est la plus ancienne ; Curtius, Grundzilge der Griecli. Etymologie, 1879, p. 265 ; Bücheler, Rhein. Mus. XVIII, 393 ; Schmitz, Ibid. XIX, 3Ô1. — 3 Mart. XIV, 61. — 4 Ibid, et Lucret, II, 388; Plaut. Amphit. I, 1, 185 ; Athen. XV, p. 699 f ; Phot., s. v. Xuyynù/y, ; Olympiad. Meteorol. IV, 49; Cic. Ad. Attic. IV, 3, 5.

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tendue1 ; plus tard on employa le verre2. Deux lanternes de bronze presque semblables ont été trouvées dans les

ruines d’Herculanum et de

Fig. 4338. — Fanal de vaisseau.

Fig. 4339.

Pompéi ; elles ne s’ouvrent pas latéralement, mais sont surmontées d’un couvercle hémisphérique qui se relève. Ce couvercle est percé d’ouvertures par où . la fumée de la lampe ou du flambeau pouvait s’échapper. Plutarque3 parle de lanternes portatives à couvercle mobile, que l'on couvrait ou découvrait à volonté suivant l’état de l’atmosphère. Dans l’intérieur de la lanterne trouvée à Herculanum était placé un éteignoir.On voit ici (fig. -4337) celle de Pompéi ; dans l’une et dans l’autre le corps de la lanterne est renforcé par une armature en métal, composée de deux tiges verticales ; à l’extrémité supérieure de chaque tige est attachée une chainette; une troisième chaîne est fixée au centre du couvercle hémisphérique4.

. Fig. 4337. — Lanterne en bronze.

On doit penser que les lanternes avaient leur emploi partout où il était nécessaire de préserver le feu contre le vent : par exemple à bord des navires, où des fanaux (XagTrTŸipeç8, lumina c) étaient allumés. La figure -4338 représente une lanterne suspendue devant la cabine d’un vaisseau, d’après un bas-relief de la colonne Trajane 7. Sur un vase peint où l'on voit les préparatifs d’un sacrifice, un serviteur porte une lanterne (fig. 4339) 8. Les Romains faisaient surtout usage des lanternes pour sortir de chez eux la nuit. C’est ainsi qu’Éros est représenté (fig. 4340) en expédition nocturne sur une pierre gravée du Musée de Berlin 9. J. Toutain.

Fig. 4340.

1 Plaut. Bacch. III, 3, 42 ; Mart. XIV, 62; Phot. I. c. — 2 Isid. Orig. XX, 10, 7.

— 3 Quaest. rom. 72. — 4 Antich. d'Ercolano, VI. 27; VIII, 56; Mus. Borbon. V, 12; Ovcrbcck, Pompeji, 4° éd. 1884, p. 418-449. — SXenoph. HeLl. V, 1, 6; Liiod. XX, 75. — 6 Tit. Liv. XXIX, 25. — - ^ Frôhner, Col. Traj. pl. cix. — 8 Gerhard, Ant. Bildwerlce, LXX. — 9 Furtwüngler, Beschr.d. geschnit. Steine, Berl. 1896, n. 1644; Miillcr-Wieselcr, Denktnül. d. ait. Iiunst. Il, 41, 647; S. Rcinacb, Pierres gravées, pl. lxxx, 3 et 4 ; voir aussi Poltier-Reinach, Myrina, pl. xlii. Acteurs portant une lanterne, Furtwangler, O. I. n. 1238, 1239, 1241 ; Wiescler, Dcnkm. d. Bilhnenwesens, XII, 37.

LANX. 1 Rich, I)ict. des antiq. rom. et grecq. p. 349. — 2 Ulp. ap. Digest. XXXIV, 2, 20 ; Paul. Ibid. VI, 1,6. — 3 Horat. Sat. II, 4, 40 ; Mart. XI, 31 (32).

— IVirg. Aen. VIII, 284 : « cumülantque oneralis lancibus aras » ; cf. Juvcnal. V 80. — 3 Gic. Ad Attic. VI, 1 , 13 : « in lilicatis lancibus et spleudidissimis canistris » •

LANX. — I. C’est une variété dans la catégorie des plats

creux qui ont été étudiés plus haut [catinum, fig. 1250, cf. aussi cibaria, fig. 4454 ;coena, fig. 4705; discus, p. 2/9].

Je ne crois pas qu’on puisse, comme on 1 a fait , l’assimiler au pinax, et en faire un plateau carré, un tranchoir, destiné à apporter des fruits ou à découper quelque mets: le terme quadratae lances2, sur lequel est fondée cette interprétation, ne suffit pas à caractériser nettement un plateau, car il est très possible que les

• - . . .. . f.. ! l m/v zlzv T4I ‘1 f C

creux de forme carrée. Les épithètes ordinaires qui accompagnent le mot lanx , rotunda , cava3 , donnent l’idée d’un vase arrondi et creux, dans lequel on peut entasser une assez grande quantité de victuailles f. Comme pour toute la vaisselle de ce genre, les exemplaires de métal précieux, richement décorés et ciselés, ornés de reliefs, sont particulièrement signalés par les auteurs Un affranchi de Claude possédait un plat d’argent du poids de cinq cents livres : on avait dû bâtir un atelier spécial pour le fabriquer 6. D’autres personnes de la cour avaient réuni des spécimens analogues de cette vaisselle gigantesque 7. Les lances du poids de cent livres étaient nombreuses à Rome 8. Le nom du propriétaire était parfois gravé sur le bord du plat9.

H. — Le droit romain admettait une action per lancein

et licium pour la recherche des objets volés au domicile de la personne soupçonnée [furtum, p. 1422].

III. — Les plateaux de la balance avaient reçu le nom de lances 10 ; de là le mot bilanx qui a formé bilancia et balance [libra]. E. Pottier.

LAPHRIA (Aohppta). — Fêtes célébrées, en divers points de la Grèce, en l’honneur d’Artémis Laphria [diana, II, p. 145 A]. C’était Artémis chasseresse qu’on adorait sous le nom de Laphria, en Messénie, en Ëtolie, en Achaïe, et ailleurs *. Pausanias rapporte les différentes légendes par lesquelles les anciens essayaient d’expliquer ce nom. Il paraît accepter celle-ci : le culte d’Artémis Laphria aurait été fondé par un Delphien, appelé Laphrios, fils de Castalios, qui aurait consacré une statue de la vierge chasseresse, en or et en ivoire, œuvre des statuaires Ménaichmos et Soidas, à Calydon d’Ëtolie 2. Dans cette ville, le culte d’Apollon était associé à celui d’Artémis3. La mention d’un mois laphrios dans le calendrier de plusieurs villes grecques, en Phocide, en Ëtolie, à Erinéos, à Gythion, est un témoignage de l’extension de ce culte U D’après des textes relativement récents, le culte d’Artémis Laphria aurait été apparenté à celui de la Britomartis crétoise, et on en trouverait des traces à Corcyre s. Les Messéniens l’empruntèrent aux Étoliens et ils eurent, à Messène, une statue de la déesse faite par Damophon 6.

Mais c’est à Patras que le culte d’Artémis Laphria fut particulièrement florissant et vivant, à partir du jour où

Ovid. Pont. III, 5, 20 : « de caclata lance » ; cf. Treb. Poil. Trig. tyr. c. 32 ap. Script. fJist. August. p. 122, éd. Peter. Les lances d’argent figurent parmi le objets consacrés dans les temples; Corp. inscr. lat. VIII, 1858. — 6 PRu. XXX11I 52, 145. — T Ibid. — 8 Ibid.-, cf. Treb. Poli. I. c. — 9 Petron. Satyr. 31; cf Gazette arch. 1885, p. 112, 259.— 10 Cic. Academ. H, 12, 38; Tuscul. V, 17;Virg Aen. XII, 725.

LAPHRIA. 1 Prellcr, Griecli. Myth.J* éd. I, p. 245 ; Roscher, Lcxikon der Mythol. s. v. Artémis, p. 565, et Laphria, p. 1849 ; Usencr, Gôtlernam. p. 190. 235; Schoemann, Gricch. Altert. 3« éd. Il, p. 233 ; Hermann, Griech. Antiq. 2' éd, II, §26, 11; 51, 42. — 2 Pans. IV, 31,6 ; VII, 18, 6.';— 3 Strab. X, 459. — 4 BischofT, De Pastis Graecorum, p. 355-367, passim ; Hermann, Monatskunde, p. 67. — 5 Anton. Liber. 40 ; cf. Suid. s. v. p«8sra et Mù^outo?. — 6 Paus. IV, 31, 7.

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Auguste fit transporter d’Étolie en Acliaïe le vieil àyaAg.a de la déesse \ C’est à Patras que se célébrait la fête annuelle des laphria, décrite par Pausanias 2. Elle consistait essentiellement en une procession solennelle et un sacrifice. Dans les jours qui précédaient la cérémonie, on préparait l’autel de la déesse, en y entassant le bois qui devait servir au sacrifice, en réparant la voie sacrée par où devait se développer la procession. Le jour venu, la ville tout entière prenait part aux cérémonies, les magistrats au nom de la cité, et les simples particuliers. Le moment le plus solennel était celui où, à la fin de la pompe sacrée, la prêtresse d'Artémis apparaissait debout, sur un char attelé de cerfs. On sait qu’Artémis est souvent représentée ainsi dans l’art (fig. 2376) 3. Puis venait le sacrifice, étrange et d’espèce rare. On mettait le feu au bûcher préparé sur l’autel, et dans ce brasier on jetait pêle-mêle, pour honorer la déesse, toute sorte d’animaux vivants, domestiques ou sauvages : des oiseaux et des quadrupèdes, des sangliers, des cerfs, des louveteaux, des ours, d’autres bêtes encore Aucune hécatombe ne pouvait mieux plaire, semble-t-il, à la déesse de lâchasse.

Ce même caractère se retrouve, comme on sait, dans d’autres solennités analogues, également consacrées à Artémis, par exemple dans les elapuebolia, où l’on sacrifiait des cerfs sur l’autel de la déesse. Dans certaines villes, comme à Hyampolis de Phocide, les textes signalent la célébration annuelle de deux fêtes distinctes : les lapuria et les elaphebolia 5. Peut-être alors les deux fêtes n’avaient-elles pas tout à fait le même objet ; on peut admettre que le sacrifice des laphria s’adressait à Artémis, déesse de la chasse. Par la fête des elapiiebolia, on reconnaissait plus particulièrement la protection qu’Artémis accordait aux animaux : Pausanias raconte que les animaux qui lui étaient alors consacrés devenaient plus gras que les autres, et n’étaient jamais malades 6. L. Couve.

LAPICIDINA [meTALLa].

LAPIDARIUS, LAPICIDA (AtôoTop.oç, Àtûoupyoç), tailleur de pierres. — Ces termes, et quelques autres par lesquels on désignait les ouvriers qui travaillaient la pierre, n’ont pas toujours été rigoureusement appliqués à telle ou telle catégorie de travailleurs ; les acceptions, d’abord très étendues, ont été restreintes dans le cours du temps; de plus, les langues anciennes, comme les modernes, ont souvent confondu sous le même nom Partisan et l’artiste.

Anciennement, les termes de lapidarii *, opifices lapidnrii 2, lapicidae 3, Àt6oupyo(\ signifiaient les ouvriers qui s’occupaient des pierres après leur extraction par les carriers [exemptores5, lapicidinarii G, Xaropnot 7)[metalla et les préparaient pour la bâtisse ; de leurs mains, elles passaient à celles des maçons (, structures 8, AtOoÀôyoi9), qui les assemblaient pour faire la construction [structura]. A Rome, où les tailleurs de pierres étaient soit des esclaves10, soit des hommes libres11, nous trouvons la dénomination de lapidarius appliquée aussi à un entrepreneur regardé comme capable de bien faire exécuter un monument en pierre12. La signification de lapicida s’est aussi modifiée et ce mot a servi pour désigner le graveur sur pierre 13 [inscriptiones]. Le même phénomène a eu lieu en grec où XiOoxôgoç a pris le sens général d’ouvrier de la pierre u et XtOoupydç celui de statuaire15, ou simplement de sculpteur10 que nous trouvons aussi exprimé par les termes XiO&xôtcoç 17 et Xt6o;ooi;18 [sculptura].

Mettre les blocs extraits par les carriers en état d’être employés dans la construction où ils entraient sous forme de moellons 19 (caementa) ou de pierres de taille 20 ( lapides

quadrati ), telle

était la besogne des tailleurs de pierres. L’ouvrier qui travaillait spécialement à la pierre de taille finit par être appelé quadratarius 21 .

Les pierres tendres se sciaient avec une scie à dents2'2 ( serra dentata )

[serra] ; il est vraisemblable que les pierres dures furent sciées de la même manière que le marbre 23 1 marmorJ. Quant à la taille proprement dite, elle devait passer, comme de nos jours, par diverses phases et s’effectuait au moyen d’instruments spéciaux en fer (a-to-qpta XiOoupyâ Xa?euT7)pt«) 24 qui nous sont à peine connus. Quelques noms seulement sont parvenus jusqu’à nous, mais ac-

l Paus. VII, 18, 6-7; Corp. inscr. lat. III, 499, 510 ; Eckhcl, Doctrina numorum, II, 257 ; Gardner, Catal. of greek Coins in the Brit. Mus. Pelop. p. 26, n° 28, pl. v, 17. — 2 Pans. VII, 18, 6. — 3 Voir Part, diana, p. 145. Pour les monnaies, cf. Gardner, Op. I. pl. v, 21. — *Paus. VII, 18, 7. — 5 Athen. Mitth. IV, 1879, p. 223, no 5 ; Journ ofhell. Stud. XVI, 1896, p. 309. — 6 Paus. X, 35, 7.

LAPIDARIUS, LAPICIDA. l Corp. inscr. lat. III, 1777. — 2 Orelli, Inscr. lat. coll. 4208, 4220. — 3 Varro, Ling. lat. VIII, 62 ; Tit. Liv. I, 59, 9. — 4 Thuc. IV, 69, 2; V, 82, 6; dans ce dernier passage, on pourrait aussi le traduire par maçon; cf. H. Blümner, Technologie und Terminol. der Gewerbe und Künste, t.. III, p. 90;, Ibid. p. 3. — 5 Plin. XXXVI, 125. — 6 Orelli, 3246; cf. Blümner, Op. cil. III, p. 69, n. 5. D'autre part, un glossaire, cité par Blümner, p. 6, n. 5, explique ce mot par Xtôo^ooç. 7 Eustathe (.4(2 lliad , p. 230, 3; explique Xa'tôjxoç 4tco xoff — £ [XV £ : v , orXiôous TÉjxvttv signifiant le travail des carrières chez Hérodote (I, 186), on s'attendrait à trouver XiIotoiaoç avec le sens de carrier, mais ce mot a plutôt le sens général d'ouvrier qui travaille la pierre ; cf. plus bas note 13. — 8 Cic. Ad Attic. XIV, 3, 1 ; Arf Quint, fratr. II, 5, 3; Cod. Justin. X, 64, 1, etc.; cf. Blümner, Op. I. III, p. 89 et 90. — 9 Thuc. VI, 44, 1; VII, 43, 2; Plat. Leg. 858 B, 902 E; Xonoph. Hell. IV, 4, 18; 8, 10; Bull, de corr. hell. (1883), p. 390; Themist. Or. IV, 60 n; X, 137 d\ Hcsych. s. v. ; cf. Blümner, t. III, p. 5, 87 et 90. — 10 Corp. inscr. lat. VI, 8871 ; X, 6638 ; Dig. XIII, 6, 5, § 7 ; IV, 6, 7 ; Cod. Theod. XIII, 4, 2. - Il Corp. inscr. lat. II, 2772; III, 1365 et 1601; V, 3045; cf. J. Marquardt, Vie privée des Romains ( trad. franc.), II, p. 272. — 12 Petron. 65-71 ; cf. J. Marquardt, Op. cit. Il, p. 273. — 13 Sid. Apoll. Epist. 3, 12. Lapicida est aussi bien celui qui grave sur la pierre que celui qui grave sur le marbre; cf. Blümner, III, p. 6. — 14 Corp. inscr. ait. I, 312 ; IV, I, 297 a ; Mittheil. des deutsch. archüol. Instit.

t. IV, p. 3; Xen. Cyr. III, 2, H, où Valckcnacr voulait écrire XiOoXoyot ; cf. Pierson, Ad Moerid. p. 254. Quant à la variante X.8i86;xo. chez Pollux, VII, 118, elle est inadmissible; ce dernier mot se lit dans Procop. De aedific., p. 18 D, et dans Poil. I, 161. — 16 Arist. Et hic. Nicom. VI, 7, où Phidias est ainsi qualifié. Cf. Photius, 224, 1. — 16 Plut. Pericl. c. 12 ; c’est l’opinion de Blümner (III, p. 3, n. 2), mais 1 ensemble n'exige pas absolument cette interprétation ; cependant XtOouçycio.;, chez Iséc (V, 44), paraît bien signifier ateliers de sculpture. Suidas, s. v. X.0oufï«ii, interprète ce mot chez Lysias (frag. 69, éd. Schcibe) par travail du carrier; cette interprétation n’est peut-être pas très sûre, car ce mot précède immédiatement Xi6oTflSi*/,v qui ne peut être qu'un travail de polissage, sens que lui donne Suidas ; cf. An. Bekk. p. 278, 2. Voir Blümner, III, p. 281. — n Demosth. (pseudo-) XLVII, 05 ; Corp. inscr. ait. III, 307 ; cf. Poil. VII, 1 18 ; Hesych. s. u. X,0oufï<!?, et Blümner, t. III, p. 4. Thomas Magister (p. 221, 6, éd. Ritschl) blâme ce mot, tout en constatant qu'il avait été employé par Antiphon ; nous ne l’avons pas dans ce qui nous reste de cet orateur. — 18Plut. Moral. 37, p. 74 E;Timoap. Diog. Laert. II, 5, 19; Manetho, VI, 419; cf. Corp. inscr. att. III, 1372; Corp. inscr. gr. 260,’ 6320; Antholog. Palat. V, 15, 5. — 19 Cic. De Divin. II, 47 ; Vitr. I, 5, 8 ; II, 6, 1 • 8 5- Tit. Liv. XXI, H, 8. - 20 Vitr. II, 83. - 21 Cod. Theod. XIII, 4, 2’; Corp. inscr. lat. VI, 9502; Sid. Apoll. Epist. 3, 12. — 22 Vitr. II, 7, 1 ; Plin. XXXVI, 159 et 167, — 23 Theophr. Lap. 5, 41. La scie à pierre est appelée par Pollux itfi<uv Xitoitfhmiî, x, 148 ; Corp. inscr. lat. I, 1108 : Conlegei secto(rum) serrarium. Une inscription d liai ica, en Espagne, mentionne un estât io serrariorum ; Hübner, Monats-

ber. d. Berlin. A/cadem. 1861, p. 93 ; cf. Corp. inscr. lat. 11, 31-32. 24 Thuc IV.

4, 2 ; Poil. VII, 125; Phot. 207, 16; Suid. s. u. ; Hesych. s. v. ; cf. Blümner, III, p. 92. On lit encore chez Diod. Sic. III, 12, 4, X*TO|xtll<? «nSvjçs,

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compagnes d’indications si vagues et de définitions tellement insuffisantes que nous ne pouvons presque rien affirmer relativement à la forme et à l’usage des outils qu’ils désignent1.

Pour amener la pierre à la forme voulue, il fallait naturellement commencer par la dégrossir, par faire tomber toutes les portions inutiles ou gênantes, puis enlever les plus fortes aspérités de la surface. Cette première taille paraît s’être effectuée au moyen d’une espèce de marteau courbe et tranchant appelé ascia, que l’on identifie avec le grec tûxgç2 ; on employait encore à cet usage d’autres outils dénommés xq7teTç, lyxoîtsïç 3, qui paraissent être aussi des marteaux tranchants ou non, et une sorte de DOLABiiA. Une terre cuite du musée du Vatican représentc(fig. 4341) deux ouvriers en train de façonner un bloc de pierre avec des espèces de masses à deux pointes V II fallait ensuite planer et unir les surfaces; cette deuxième façon se donnait, semble-t-il, avec divers genres de ciseaux [SCALPRUM s] (Xetai, yXaptoe; 6, ço'fosç 7, loi'Seç yasaxTou 8, yXuepeïa 9, ÜuarTipeç 10) que l’on chassait devant soi sur la pierre à l’aide d’un maillet11. C’est ce qui parait représenté (fi g. -4342) sur une miniature du Virgile du Vatican

Fig. 434 2. — Tailleurs de pierres.

où se voit un tailleur de pierres tenant de la main gauche un ciseau et de la droite un maillet levé 12. A. Jacob. LAPIDATIO (KaxofXsÛEiv). — Lapidation.

Cirèce. — La lapidation, dans les sociétés primitives, sert à châtier en fait des actes dont la répression n’est pas encore assurée en droit formel. Partout où règne le système de la vengeance privée, si la partie lésée est,

l Cf. Blümner, II, p. 210. — 2 Blümner, III, p. 90-03; II, 208; Eurip. Berc. fur. 945 ; Poil. VII, 118; X, 147 ; Hcsych. s. v. Eustatli. Ad Iliad. p. 13G, 23 ; cf. tuxtÇttv, Arist. Aves. 1138; cf. la scholie que reproduit Suidas, s. v. tùxo;.

3 Lucian. Somn. 3 et 13; Diod. Sic. I, 35, 10 ; cf. Blümner, II, p. 212, et III, p. 93. ’Eyxou£«, chez Lucien (c. 3), parait bien être une sorte de marteau, comme le croit Blümner, et non un ciseau, car l’apprenti s’en sert directement sans maillet.

— 4 Afuseo Elrusco Gregoriano, I, pl. xxxvm, n» 3 (édit. 1842). — 5 Blümner, II,

- i*** 9 1 oïl. X, 147 ; Zonar. Lcx. s. v. Fkapiç — 7 Hcsych. s. v. çoi';. — 8 Inscript, dans

AOqvottov, 1875, p. 3G9sq. ; Fabricius, De architectura graeca commentât, epigr. p. 08 ;

sui la mémo inscription on lit îîg'ïç iïuxvti ê-i-yjx o ;x£ vt; , ÇoV; àoTiorô;j,oç ; cf. Blümner, III, p. 93 et 140. — 9 Luc. Somn. 13. — 10 Plut. Moral, p. 350 U; Authol. Pal. VI, 205, 5; cf. Schol. Ilom. Ad Odyss. XXII, 455. — n Blümner (II, 211) suppose que ce maillet était 1 outil appelé xO.arTfip dans Athcn. XI, p. 488 c, interprétation qui n est pas tout à fait conforme à celle de Fabricius, Op. cil. p. 71 ; cf. Blümner, III p. 93. - 12 Aug. Mai, Virgil. pict. ex cod. Vatic. Rome, 1835, pl. xix. Voir encore Curtius, Sieben Karten v. Atlien. pl. vm.

LAPIDATIO. 1 Durckhcim, Divis. du travail, 80. Voir les exemples empruntés aux sociétés les plus différentes par Posl, Bausteine f cine allg. Dechlsiviss. I,

191; Grundriss d. ethnol. Jurisprud. Il, 271 ; Afrik. Jurisprud. II, 44. 2 11[

56-57 ; cf. Schol. D ; Euslath. p. 1197, 04. Ce sens est accepté par Wachsmuth, Bell. Alterthumskunde, II, 793 ; Thonissen, La dr. pén. de la Itép. ath. 33-34 • l’halheim, Rechtsalt. 138, n. 2 ; Ebcling, Laxic. Borner, s. v. X&tvo;; Bailly, ûict gr. fr. s. v. Contra K. F. Hermann, Ueb. Grundsdtse u. Anwèndung d. Strafrechls Du gr. Alt. dans les Abh. d. Gcs. d. AViss. eu Gbtt. VI (1S50), p. 274, n. 2; Dodrc-

non pas un individu, mais un yévoç, une tribu, une cité, tous les membres de ce yÉvoç, de cette tribu, de cette cité concourent à la vengeance sociale. Sur-le-champ, par ordre du chef ou par consentement universel, le coupable est mis hors la loi : chacun court sus à 1’aTtp.o;, chacun a sur lui droit de vie et de mort. Toutes les armes sont bonnes, javelots, flèches ou pierres. Tant que la peine de mort, sans être légalement prononcée par personne, est infligée par tout le monde dans un accès de fureur tumultuaire, tant que la répression est « diffuse 1 », le mode d’exécution ordinaire, c’est la lapidation. Et le crime typique qu’elle punit, c’est la trahison ou, plus généralement, l’attentat contre la sûreté commune ou les intérêts communs. « Les Troyens sont des lâches, dit Hector à Pâris dans Y Iliade 2 ; autrement, tu serais déjà habillé d’un chiton de pierre pour tout le mal que tu leur as fait3. » Dans Y Odyssée apparaît un malheureux, traqué par une foule qui veut « le tuer et lui arracher le cœur » “. il passe pour traître, comme Palamède, qui périt sous une grêle de pierres 5.

Durant ce moyen âge hellénique, dont les débuts sont connus par les récits encore légendaires des vo<7 toi et dont la fin se soude à l’époque historique, on voit se préciser d’abord, se compléter ensuite* la jurisprudence spontanée de la lapidation. L’étranger qui offense un ou plusieurs membres d’une société se met en état de guerre contre la société tout entière. Elle peut donc se venger sur lui par les voies rapides, quelle que soit l’offense. Politès, compagnon d’Ulysse, est lapidé à Témésa en OEnotrie, pour cause d’outrage à une jeune fille0; Hècabè est lapidée « comme une chienne », pour avoir invectivé les meurtriers de ses enfants1. Même à l’égard d’un citoyen, une foule exaspérée ne raffine pas sur une définition juridique. Lorsque les légendes de la Lycie, de l’Attique et de la Laconie, nous montrent la défaite8, la concussion en temps de guerre9, ou même la proposition d’une loi impopulaire10, assimilées à la trahison et punies à coups de pierres, il n’y a là qu'une extension naturelle donnée aux idées de la période précédente11. Mais une coutume sans racine dans le passé, c’est celle de la lapidation pour offense à un dieu ou à un simple particulier. Il y a une vérité rétrospective dans tous ces passages des tragiques athéniens où il est parlé de lapidation à propos de sacrilège 12, de meurtre 13 et paricide u, d’inceste13 et adultère16, voire pour ensevelisse-

lein, Borner. Gloss, s. v. — 3 Euripide (Or. 59) a bien observé qu’Hélcne méritait le même sort dans Argos. — 4 XVI, 426-429. — 8" Schol. Eurip. Or. 436; Philostr. Heroic. XI, 11, p. 714; Vit. Apollon. 111,22,2, p. 112; cf. O. Jalm, Palamedes, Kil. 1836, p. 12, 44. La peinture de vase où Welcker (Alte Dcnkm. III, 435; Rh. Mus. IX, 1854, p. 288; cf. Overbeck, Gallerie lieroisch. Bildwerlce, 367, n° 2) a voulu reconnaître la lapidation de f’alamèdc est une « mystification grossière » (S. Reinach, Peint, de vases ant. 73). — 6 Paus. VI, 6, 7; Suid. s. D. EuBupio;. — 7 Tzetz. Ad Lycophr. 315, 1030; Mythogr. lat. III, 9, 8; Dictys, V, 16; cf. Quint. Smyrn. XV, 384 s. Voir Uofcr, art. ffekabe, dans Roscher, Ausf. Lexic. d. gr. u. rôm. Myth. 1882-1883. On pourrait signaler encore le cas d’Eurip. Ber. 60. — 8 Quint. Smyrn. X, 164-166. — 9 Callisthcn. ©çaxixi, III, ap. (Plut.) Parall. 31, p. 313 B. — 10 Plut. Lyc. 11. Autre exemple de lapidation en temps d’émeute à Trézcne (Paus. II, 32, 2). — n C’est peut-être le lieu de mentionner la lapidation du roi OEuoclospar les Ænianes (Plut. Quaest. gr. 13, p. 294 A).

— 12 Eurip. Andr. 1129, 1 1 54 (cf . Pherecyd. ap Schol. Eurip. Or. 1654) ; Iph. Aid. 1350. Voir Arclin. Iliupersis, ap. Procl. Chrestom. (Welcker, Bp. Cycl. II, 185, 522 ; Kinkel, Epie. gr. fragm. I, 49) ; Harp. s. v. <l>àj(i«xo5. — 13 Acschyl. Ag. 1616. Voir Anticlid. ap. Schol. Od. XVI, 471 et Euslath. ad l. c. ; Xanth. ap. Etym. Magn. s. v. 'Epuaïov, p. 375, 57 (Müller, Fragm. hist. gr. I, 38, fr. 9) et les explications de B. Schmidt, Neue Jalirb. f. class. Philol. CXLV11 (1893), p. 370.

A signaler encore la lapidation de Mélanchros (correction de Cobet, pour Mélacharis) et Cléomètra (Dcinias ap. Schol. Eurip. Or. 872 = Müller, Fragm. hist. gr. III, 24, fr. 3). — 14 Eurip. Or. 49-50, 440-442, 614, 863, 914-915, 946; cf. Plat. Legg. IX, p. 873 B-C. — 15 Soph. Oed. Col. 435. — 16 Eurip. Troad. 1059,

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ment d’un criminel privé de sépulture1. On pourrait croire à des erreurs de couleur locale, si l’on n’avait pas pour éléments de contrôle les vieilles légendes et les fragments des poèmes cycliques. C’est que dans la Grèce du vin0 siècle, des idées nouvelles s’étaient répandues, sur la souillure, la contagion et la purification. Quand le droit divin ou humain était violé par une lésion grave, la laisser impunie c’était, pour la société, en accepter la solidarité. En présence d’un attentat énorme et flagrant, le peuple vengeait sa propre cause en vengeant celle de l’offensé, homme ou dieu. Et, tandis qu’il élargissait ainsi son droit de répression, il trouvait dans sa conscience transformée une raison déplus pour l’exercer spécialement àcoups de pierres. De celte façon, on ne tuaitpas le misérable, on le faisait mourir, et nul ne contractait ni la souillure d’un contact impur, ni la souillure du sang versé.

A l’époque historique, le progrès de la juridiction sociale n’alla pas jusqu’à supprimer tout à fait la lapidation. De loin en loin les générations nouvelles appliquèrent les principes primitifs sur la trahison et les principes plus récents sur le sacrilège. Mais ces crimes, à plus forte raison les autres, ne furent plus capables de soulever une fureur homicide que dans des circonstances extraordinaires de flagrant délit et de gravité.

Pour que les Arcadiens lapident Aristocratès le Jeune, il faut qu’exaspérés par la défaite, ils le surprennent recevant de l’ennemi le prix de la trahison2. C’est à Salamine, quand ils sont chassés de leur ville incendiée, quand il leur faut maintenir l’unanimité par la terreur, que les Athéniens lapident, avec sa femme et ses enfants, le bouleute Lykidès, coupable d’avoir voulu accepter les propositions du Mède3. Désormais, on ne trouve plus rien de pareil qu’aux extrémités du monde hellénique. Vers la fin du Ve siècle, les Agrigentins lapident encore quatre de leurs stratèges, pour avoir laissé échapper une occasion de victoire4, et les Syracusains en auraient fait autant des leurs, au nombre de dix, s’ils avaient écouté Denys, qui les excitait « à ne pas attendre le vote légal, mais à faire justice sur-le-champ, de leurs mains 5 * ». Cette mesure aveugle de vengeance et de salut public est prise exceptionnellement en temps de révolution comme en temps de guerre : à Athènes, on lapide les partisans de Cylon0; à Mitylène, le tyran Coès 7. En dehors de la haute trahison, l’homicide est le seul des crimes reconnus par le droit séculier qui ait un jour, dans les siècles historiques, poussé une foule à se faire justice à coups de pierres. Mais cette foule se trouvait en face d’un fait

1 Aescliyl. Sept. 199; Soph. Antiij. 36 ; Aj. 728.-2 Paus. IV, 22, 5-7 ; VIII, S, 13; cl. Callisthen. ap. Polyb. IV, 33, 3-0. - 3 Uer. IX, 5 ; Dem. Pro cor. 204, p. 29G ; Lyc. C. Leocr. 122, p. 165 ; Cic. De off. III, H, parlent cl’ un bouleule nommé Kyrsilos. Est-ce un cas distinct? C’est peu probable (voir de Pastorct, Hist. de la lég. VII, 71 ; Grote, ffist. of Gr. éd. 1869, t. V, p. 9, n. I ; Thonissen, 93, n. 2). D’après Eyc. C. Leocr. 71, p . 156, on aurait déjà failli lapider Alexandros ; mais c’est encore une assertion erronée (voir Grote, t. V,p. G, n. IV Cf. Dem. De falsa leg. 66, p. 362; Aristoph. Av. 280 s. — 4 Diod. XIII, 87, 5; cf. Brunet de Presle, Hech. s. l'établ. des Gr. en Sic. 21G ; Holm, Gesch. Sic. im Alt. II, 91 ; Freemann, Hist. of Sic. III, 529. — 5 Diod. XIII, 91, 3; cf. Brunet de Presle, 220 ; Holm, 93 ; Freemann, 541.

D après (Plat.) Epist. VIII, p. 354 E, le conseil de Denys aurait été suivi. Grote, X, 190, n. 2 (cf. Holm, 428), voit là une méprise provenant du cas réel qui se produisit peu auparavant à Agrigenle. — 6 Plut. Sol. 12 ; Schol. Aristoph. Eq. 447.

— 7 Her. V, 38; cf. Grote, IV, 212; de Pastoret, Hist. de la législ. IX, 69. L'épithète Xeu<rrof convient aux tyrans (cf. Id. V, 67; Aelian. De nat. anim. V, 15).

3 faus. \ 1 , 9, 7; Suid. s. v. KXcoja^&viç. On ne sait à quel drame, réel ou lé¬

gendaire, rapporter les vers de 1 Anthol. Pal. IX, 157, 5-6. Quant à la lapidation

d Anytus à Héraclée du Pont (Themislius, Or. XX, p. 239 c), c’est une pure fable.

— 3 Cf. Aelian. ap. Suid. s. v. — 10 Aescbin. C. Timarch. 163, p. 23. — 11 Di-

narch, ap. Phot. Suid, s. v. x«T«7.Eu<ripov. — 12 Plut, Phoc. 34 ; Philostr. Vit.

atroce : l’athlète Cléomèdès venait, à Astypalée, d’ensevelir une soixantaine d’enfants sous les ruines d’un gymnase 8. On ne saurait donc prendre à la lettre le mot Asu<7T7)p lancé à la tête d’un ennemi 9 : il ne faudrait pas croire les Athéniens de la belle époque capables de lapider un homme pour avoir vendu un citoyen comme esclave10 ou pour avoir malversé11. 11 est même très significatif qu’après les guerres médiques on n’ait plus lapidé personne dans les villes grecques au nom de la justice séculière. Il arrive, beaucoup plus tard, qu’une populace lance ou menace de lancer des pierres contre un personnage détesté12; ce n’est plus une exécution sommaire. Si la lointaine Agrigente fait exception, c’est qu’elle ;i sous les yeux l’exemple des Carthaginois, grands amateurs de lapidation13. Mais la même année (406), dans les mêmes circonstances, à l’encontre des mêmes magistrats, les Syracusains se refusaient à tout acte de violence, el la vindicte des Athéniens respectait les formes légales.

Le sacrilège fut bien plus longtemps que la haute trahison puni par la lapidation. Sans doute, on ne saurait croire qu’Eschyle faillit être lapidé pour outrages aux cultes officiels ou divulgation des mystères 14 : l’anecdote est apocryphe. Mais quand les Thessaliennes assommèrent Laïs àcoups de pierres et d’escabeaux, le sacrilège servit de prétexte à leur jalousie l5. Encore au ivc siècle, le peuple d’Ephèse, pour lapider le chef de l’oligarchie et sa famille, fit semblant de venger Artémis10. L’Arcadie semble avoir gardé une prédilection particulière pour cette tradition de pieuse cruauté. Aristocratès l’Ancien fut lapidé pour avoir souillé la prêtresse d’Artémis dans son sanctuaire11; des enfants, pour s’être amusés à étrangler une statue de déesse à Kaphyes 18. Plutarque raconte que de son temps encore quiconque pénétrait volontairement dans le Lykaion était lapidé19. C’était assurément la peine portée par les vieux règlements; peut-etre était-elle toujours inscrite sur le ‘pvocjvuïtiTiHi affiché à la porte du temple; mais il est douteux qu’elle eût trouvé une seule application depuis des siècles. Il ne faudrait donc accorder aucune créance au récit d’une lapidation ordonnée par Apollonius de Tyanes20, même s’il ne se terminait point par un miracle21.

Si, hors le cas de sacrilège, les citoyens s’interdirent 1 usage de la lapidation dès le premier quart du v° siècle, il n’en fut pas de même des soldats en campagne. Les Athéniens trouvaient vraisemblable qu’on leur parlât sur la scène de guerriers lapidant un des leurs22. Que voiton dans la réalité ! Les Argiens, furieux contre leur général

Apollon. IV, 8, 2, p. 146; I, IG, 4, p. 21 ; V, 16, 2, p. 209; Vit. soph. I 23 I p. 527. - 13 Her. I, 167; Polyb. I, 80, 9 ; TH. Liv. XLIX, 32; cf. de Pastorct, Hist. de la législ. X, 142. La coutume sc retrouve, même pour attentat non dirigé contre la religion, chez les Juifs [Oeuter. XXI, 21 : XXII, 24 ; Exod. XVII, 4; Evaiig. Joh. VIII. 5-7 ; Joseph. Ant.jud. IV, 8, 36; cf. de Pastorct, Op. cit. IV, 128-132 ;

A. Ewald, Die Alterth. d. Volkes lsr. 143 ; Thonissen, Et. sur Vhist. du dr. crim. des peuples anciens, II, 20-21, 30) et chez les Arabes (Diod. III, 47, 4). — 14 Aelian. Var. hist. V, 19; Anouym. comment, ad Arislol. Eth. Nie. III, p. i||| a, 7 (éd. Heylbut, t. XX, p. 145) ; cf. Wachsmuth, Op. cit. II, 204, n. 91 ; Thonissen, 92.

— 13 Plut. Amat. XXI, 13, p. 768A; Timac. cl Polem. ap. Allien. XIII p 589 A (Müller, Fragm. hist. gr. I, 219, fr. 105; III, 127, fr. 44). Les Thessaliennes n’auraient pas tué la malheureuse dans un temple, si elles ne l’avaient pas déclarée sacrilège (cf. Plut. Pericl. 32; Vit. dec. oral. Hyper. 20, p. 849 D). — lOArrian. Anab. I, 17, 11-12 ; cf. de Pastoret, Hist. de la législ. IX, 195. — 17 Paus. VIII, .5,

12; cf. Hiller von Gaerlringen, art. Aristokrates, dans la Real-Encycl de Paùly- Wissowa. -18 Paus: VIII, 23, 7. - 19 Plut. Quaest. gr. 39, p. 300 c; cf. Immerwalir, Die Kulte u. Mythen Arkadiens, 7 ss. ; Bérard, Orig. des cultes arc 86.

- 20 Philostr. Vit. Apoll. IV, 10, p. 147. - 21 Cf. Schol. Eurip. Hec. 1261 • Tzetz. ad Lycophr. 1176. - 22 Eurip. Iph. Aul. 1350; Soph. Aj. 728 ; cf. Aeschyl. Sept.

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Tlirasyllos, qui a traité quand la victoire semblait certaine, se mettent h le lapider1. Avec quelle légèreté une troupe indisciplinée, une troupe de mercenaires surtout, poinail se laisser aller il la folie de la lapidation, c est ce que nous montre Y Anubase. Les Grecs commencent a faite périr sous une grêle de pierres trois députés indigènes-, aux cris de « Frappe, frappe, lance, lance 3 », un grand nombre, sans savoir pourquoi, courent sus aux agoranomes et pourchassent l’un d’eux « comme un sanglier ou un cerf 4 »; enfin, peu s’en laut que leur rage séditieuse ne s’attaque aux généraux

Naturellement, dans les armées, les javelots venaient en aide aux pierres ou les remplaçaient : il n’y a pas de différence essentielle entre xaxaXsùetv et xaraxovTtÇsiv ü- Au milieu du ivc siècle, dans la même guerre, presque en même temps, les Phocidiens en déroule tuent à coups de javelots leur chef Onomarchos, qu’ils considèrent comme l’auteur responsable de leur désastre ', et les Béotiens vainqueurs percent leurs prisonniers jusqu’au dernier sous prétexte de sacrilège 8 . Les soldats d’Alexandre mettent en croix l’assassin de Darius avant de tirer sur lui 9.

Jusqu’ici, la lapidation n’apparaît pas une seule fois comme une peine prononcée régulièrement par un tribunal10. Sans doute, tel n’était pas l’avis des Grecs au ve siècle, lorsqu’ils parlaient des temps mythiques. Dans les tragédies d’Eschyle11 et d’Euripide 12, il est souvent question de lapidation infligée en vertu d’une sentence rendue froidement lv oi'xt). Une légende représente les dieux lapidant un coupable avec leurs tablettes déjugés13. C’était un exercice habituel, dans les écoles de rhéteurs, décomposer des plaidoyers pour ou contre Palamède14. Mais il n’y a pas à tenir compte de détails inventés après coup. Dans les temps mythiques comme dans les temps historiques, la lapidation est fréquemment punie par les dieux15. L’oracle de Delphes ne se lasse pas de demander des réparations pour les victimes 16, même quand ce sont de grands coupables devant les hommes, même quand ce sont des impies. Ainsi l’odieux Cléomédès en réchappa et y gagna encore le titre de héros 17 ; le zèle fanatique des Kaphyens fut jugé criminel (où aùv o t x. vj ) et dut être expié par des sacrifices périodiques18. Ajoutezà cela que les bourreaux volontaires ne donnent pas à leur victime le temps de parler 10, mais qu’ils lui laissent la vie sauve si elle leur échappe sur le moment 20, qu’assez fréquemment le supplice est infligé par des femmes21; n’esl-il pas évident que le peuple en Grèce a toujours vu dans la lapidation un acte de vengeance (xifjuopta)22 ? On pourrait être tentéde faire une exception pour Injustice militaire. Pour lapider leur général, les Argiens se gardent bien d’attendre qu’ils soienl revenus en ville, et pourtant ils

1 Tliuc. V, 00, 6 ; Diod. XII, 78, 5; cf. Grole, VI, 344. — 2 Xen. Anab. V, 7, 19; cf. 2, 30. — 3 naïE, (SoUe. Cf. Arisloph. Acli. 281-282. — 4 Xen. I. c. 21, 27. — 0 Ibid. 2, 28. — 0 Voir Eurip. Andr. 1134. Selon Amen, III, 26, 3, Philolas el ses complices furent percés de javelots ; selon Quinte Curce, VI, 11, 38, ils furent lapidés. On trouve même nataxovTcÇtiv employé à désigner le fait de lancer des pierres (Grog. Nyss. In Ecclesiast. homilia, VII, dans Migne, Patrol. XLIV, 712 B).

— 7 Paus. X, 2, 5. Autre version dans Euseb. Pracp. evang. VIII, 14, 33, p. 392c.

— 8 Diod. XVI, 31, 1. — 9 Quint. Curt. VII, 5, 11. — 10 [)e Pastorct, Hist. de la lég. VII, 71, admet la lapidation parmi les peines capitales « dans l’ordre de la justice », mais il fait lui-même des réserves, p. 72. — n Ag. 1015 ; Sept . 198. — 12 Or. 440-442, 014. — 13 Anticlid. ctXanth. II. cc. (voir n. 13, p. 927). — 14 Voir l’accusation d’après Alcidamas ( Orat . ait. de Didot, II, 197 ss.). et la défense d’après Gorgias {Ibid. 209 ss.) ; cf. Philostr. Heroic. l. c. — l8 Tzetz. ad Lycoplir. 1 170 ; Paus. VI. 0, 8 ; VIII, 23, 7 ; Schol. Arisloph. Plut. 179 ; lier. I, 107 ; Diog. Laert. I, 10, 109.

— 10 Ajouter aux références de la note précédente Paus. II, 32, 2 ; VI, 9, 7 ; Quint. Siuyrn. X, 104-100. Contra Plut. Quacst. gr. 13, p. 294 A; lier. V, 07 ; Diod. XVI, 31, 1. - 17 Paus. VI, 9, 7. — 18 hj. VIII, 23, 7.— 19 Diod. XIII, 87, 5. - 20 Arclin.

attendent d’être arrivés aux portes de la ville, sur cette rive du Charadros où siègent leurs conseils de guerre. Mais est-ce parce que la loi martiale les autorise à employer les moyens sommaires? Non ; c’est pour donner une vague apparence de légalité à un abus de la force brutale : leur coup manqué, ils ne peuvent que faire condamner le traître par la juridiction ordinaire à la peine ordinaire23. Même les Dix-Mille, indépendants de tout tribunal civil ou criminel, ne croient pasexercer un droit en tuant qui que ce soit sans jugement (îxpixov)24; car, leur colère tombée, ils portent la peine de mort contre quiconque renouvellerait le désordre25 et font purifier le camp26. La lapidation n’a donc jamais été infligée par une justice procédant en la forme. Jadis elle a pu subvenir aux défectuosités de la justice; les Grecs ont pu invoquer la OÉfztç, comme les Américains invoquent la loi de Lynch. Mais il ne faut pas appeler Xeùffijxo; obev) 2‘ ce qui n’est qu’un !j.ôvoç ÔTjjjtôXeuffxoç28, accompli sous la présidence du XtOôXsucxoç vApir]ç 20.

Seuls dans l’antiquité hellénique, les Macédoniens admirent, comme mode d’exécution légale, de xaxxXsùeiv ou de xaxaxovTi'Çeiv, les condamnés à mort30. C’est qu’en Macédoine la législation criminelle resla de longs siècles dans un état rudimentaire: on n’y connaissait pas plus qu’en Thrace31 la peine capitale. Lorsqu’enfin fut organisée une juridiction criminelle, le peuple et l’armée, qui en étaient investis, selon qu’on était en paix ou en guerre32, exécutèrentles coupables more patrio33, sansbourreau, à coups de pierres ou de javelots, mais après avoir légitimé le supplice par une sentence. Le jugement laissait un libre cours à la vengeance privée ou publique. Condamnée par l’assemblée, Olympias fut livrée auxparents deceux qu’elle avait fait tuer et probablement lapidée 34. Le vengeur du sang, plus généralement l’accusateur, avait donc le privilège de jeter la première pierre35. Il est vraisemblable que ce genre d’exécution était employé régulièrement chez les Macédoniens dans les mêmes cas où il l’était extraordinairement chez les Grecs; mais les exemples connus sont tous consécutifs à des jugements de haute trahison. C’est de ce chef qu’Olympias fut sacrifiée à la haine de ses ennemis par la justice civile ; c’est de ce chef qu’Ilermolaos fut avec ses complices condamné et lapidé par l’armée d’Alexandre 36 ; c’est enfin de ce chef que Philotas comparut devant une cour martiale de six mille hommes 37 et, après avoir pensé périr sous les pierres38, périt sous les javelots39. Les Macédoniens osaient encore par principe, sauf lettres expresses de rémission, ce que les Grecs n’avaient jamais fait que par exception, dans des moments de fureur : étendre à la famille du conspirateur une solidarité mortelle40.

I. c. (voirn. 12, p. 927); Eurip. Iph. Aul. 1350 ; Plut. Lyc. H ; Paus. VI, 9, 7 ; Thuc. V, 00, 0 ; Diod. XII, 78, 5; Xen. Anab. V, 7. — 21 Voir Quint. Smyrn. X, 155-159 ; lier. IX, 5; Dem. Pro cor. 204, p. 296, et les textes relatifs à Laïs. — 22 Diod . XIII, 91, 3 ; cf. (Plat.), Epist. VIII, p. 354 E : xctxà vô[X0v obSivu xçevovteç. — 23 Thuc. V, GO, 0 ; Diod. XII, 78, 5. — 24 Xen. Anab. V, 7 , 28 , 29. — 25 Ibid. 34. — 20 Ibid. 35. — 27 Eurip. Or. 014; Heracl. 00. — 28 Soph. Antiy. 30. — 29 Id. Aj. 253. 30 Cf. Rubiuo, Unters. ûb. rôm. Verf. u. Gesch. 479-480; Gilbert, Beitr. c. EtiliBickelungsgesch. d. gr. Gerichtsverfahr. u. d. gr. Rechts , dans les Jahrb. f. cl. Phil. Suppl. XXIII (1890), p. 402. — 31 Dem. C. Aristocr. 109, p. 0 7 0. — 32 Quint. Curt. VI, 8, 25. — 33 Id. Il, 38 ; cf. 9, Macedonum more ; Diod. XVII, 80, t, xaxSt

tiïv MuxeSôvuv i'Qo;. — 34 Paus. IX, 7, 2 ; cf. Droysen, Gesch. d. Hellenism. trad. Bouché- Leclercq . II, 232. Diodorc, XtX, 51, 1, parle de strangulation (cf. Just. XIV, 0, 11). — 35 De là le geste de Cœnos dans Quint. Curt. VI, 9, 31 ; cf. Tzetz. ad Lycophr. 1030. — 30 Plut. Alex. 54; Arrian. IV, 14, 3 ; cf. Droysen, Op. cit. I, 491. — 37 Quint. Curt. VI, 8, 23. — 38 Ul. 9, 31. — 39 Arrian. III, 20, 2-3; Diod. XVII, 79, 0-80, 2 ; cf. Droysen, Op. cil. 1, 42 2-424. — 40 Quint. Curt. VI.

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