‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 2)Chapitre 7 sur 275 · LA K · texte numérisé non relu

LA K

truction d’un temple dédié par le roi Plolémée à sa sœur Arsinoé ; grâce à l’attraction exercée par l’aimant, la statue en fer de la princesse devait paraître suspendue dans l’air. La double mort de l’architecte et du roi empêcha de tenter l’exécution de ce projet irréalisable1.

Les anciens fabriquaient divers objets d’ornement avec cette pierre que Théophraste range parmi celles qui se prêtaient au travail du tour2. Elle entrait aussi dans la composition de médicaments ophtalmiques ; calcinée et pulvérisée, elle passait pour cicatriser les brûlures 3. Enfin, on la fondait avec le verre, probablement pour lui donner une teinte sombre4, et l’on en faisait la fausse hématite5.

Ostracias, ostracitis , ostracites (o<rTpaxiTr,ç Xi'ôoç). — Pline désigne, par les termes ostracias et ostracitis , une pierre d’une extrême dureté semblable à l’agate, dont les fragments servaient pour la gravure des pierres fines [gemmae] ; d est question encore chez Dtoscoi ide et chez lui d’une autre pierre qu’ils appellent ostracites (ocrrpaxttï,; 6); celle-ci ressemblait à une coquille de mollusque; elle est décrite comme feuilletée et facile à diviser 7 ; cette description l’a fait identifier avec l’os de seiche8. On s’en servait en guise de pierre ponce pour l’épilation.

Pyrites (TrupiT7)ç XtOoç), pyrite. — Ce mot ne désigne pas toujours le même corps ; on l’a appliqué facilement à

toutes les pierres dures au moyen desquelles on pouvait faire jaillir des étincelles en les frappant avec un morceau de fer [igniaria]. La pyrite qui est décrite, dans Dioscoride9 et dans Pline10, comme une pierre couleur de laiton donnant facilement des étincelles, est regardée avec vraisemblance comme une pyrite de fer ; de même la pyrite vive (vivus)li, cette pierre lourde nécessaire aux exploratores des armées. La pyrite poreuse ( spongeo sior ) 12 paraît être du quartz poreux.

Siphnius lapis 13-, pierre ollaire. — Il y avait dans l’ile de Siphnos une pierre dont on faisait des vases de cuisine et des ustensiles de table parce qu’elle pouvait se creuser facilement et se prêtait au travail du tour14. Cette pierre, dont on ne nous dit pas la couleur, était tendre, mais, arrosée d’huile et chauffée, elle devenait dure et noire. Du côté de Côme, en Italie, on en avait trouvé une de couleur

verte qui pouvait se traiter de la même manière. On a découvert à Ithaque des fragments de flûtes en pierre ollaire 15 *.

Thracius lapis lc(0pxxixçXi9os17), pierre de Thrace, charbon de terre, houille. — Dans diverses mines de Thrace ou du voisinage de la Thrace du côté de la Macédoine, on trouvait des pierres fragiles qui s’enflammaient plus ou moins facilement et brûlaient comme des charbons, en répandant une odeur désagréable. Théophraste18 cite des mines, situées près d’une localité qu’il appelle Binae (Bivai), d’où l’on en extrayait deux espèces, l’une qui avait besoin de charbons pour s’enflammer et dont l’ignition ne se maintenait pas sans qu’on soufflât; l’autre, appelée ffTCÏvoç, brisée et mise en tas, s’enflammait spontanément, surtout lorsqu’elle était humectée19. On avait encore rencontré des pierres de ce genre en Elide 20 du côté d’Ülympie, en Ligurie et en Sicile21. Une autre sorte semblable à du bois pourri, trouvée à Skaptè Hylé, brûlait comme une mèche quand on l’imbibait d’huile, mais sans éprouver aucune altération22. L’usage de ce charbon de terre ne parait pas avoir été très répandu; cependant Théophraste fait mention de son emploi par les ouvriers qui travaillaient les métaux (/aXxstç) 2\ Alfred Jacob.

LAQUEAR, LAQUEARIUS [lacunar].

LARA, LARUADA [lares, acca larentia].

LARARIUM [lares, larophorumj.

LARENTALIA, LARENTUYALI A [lares].

LARES. — La religion des dieux Lares, qui compte parmi les plus anciennes des peuples de l’Italie latine, fait partie du groupe très important des cultes domestiques où figurent, avec Vesta et Vulcain *, les Pénates, les Mânes et les Génies ; on la rencontre dès les débuts de l’histoire, chez les Latins, les Sabins et les Étrusques 2. Si les pratiques qui la distinguent sont rattachées de préférence à la nation sabine, le nom même de Lar est rapporté à la langue de l’Étrurie 3 . Il y signifiait chef ou prince et correspondait à àva; des Grecs ; les historiens le donnent à Porsenna et à Tolumnius, rois et guerriers; à Rome même, on cite un consul des commencements de la République avec le coynomen de Lar 4. Pour en déterminer la signification religieuse qui importe seule ici, il

1 Plin. XX IV, 148. Suidas (s. v. pay/ijii;) croit qu’une statue de ce genre a existé dans le temple de Sérapis ; cf. Lenz, Op. cit. p. 119. — 2 Thcophr. Lap. 41; cf. Blümner, t. III, p. 278, qui cite Tôlkcn, Verzcichniss der vertieft geschnittenen

Steine der Kônigl. preuss. Gemmensammlung, p. 10, n° 0; p. 12,11° 4; p. 22, n° 82, et Krausc, Pyrgoteles oder die edeln Steine der Alten, p. 124 sq. —

3 Plin. XXXVI, 130. — 4 pii„. XXXIV, 148, et XXXVI, 192; cf. Lenz, Op. cit.

p. 150; Blümner, t. IV, p. 389. — ô Diosc. V, 147; Gai. XII, p. 204. - 6 Plin.

XXXV U, 177. — 7 Plin. XXXVI, 139; Diosc. V, 104. — 8 Lenz, Op. cit. p. 79 cl

l 'I. Il est douteux que dans le premier de nos passages de Pline il s’agisse de la

même substance ; cf. Blümner, III, p. 290 ; Krausc, Pyrgoteles, p. 229.

0 Diosc. V, 142. Seulement, lorsqu'il ajoute quelle est de celles dont on fait le

laiton (nés), il commet une erreur; les pyrites employées dans la fabrication du

laiton ne sauraient être ni des pyrites de fer, ni des pyrites cuivreuses ; cf. Lenz,

p. 77. Voir plus haut Cadmca , p. 735. « Le cuivre pyriteux ressemble beaucoup

au bisulfure de fer (pyrite); on l'en distingue cependant parce que sa teinte est

P us verdâtre, parce qu’il se laisse entamer par le couteau et qu’il fait difficilement eu au briquet. » Pclouze et Frémy, Traité de chimie, III, p. 1005. — 10 Plin.

XXXVI, 137; cf. Lenz, p. 150. — U Plin. Ibid. 138; Lenz, Ibid. — 12 Plin. Ibid. 7, Lenz, Ibid. La description dos pyrites de Chypre, qui sont, l'une couleur argent (cuivre gris, sulfure, double d'arsenic, d'antimoine et de cuivre, renfermant

que quefois de 1 argent en quantité exploitable ; cf. Pelouze et Frémy, Op. cit. III,

p. 05-), 1 autre couleur d'or (celle-ci peut être la pyrite de fer, la pyrite de cuivre

aille!! CUr Panac^ i ®f. Lenz, p. 150; Pelouze cl Frémy, III, 1000), la mention cuis ( lin. XXXIV, 135) d’une pyrite qui, calcinée, se changeait en terre rouge

159 * ,Ca|’ monlrenl quelle confusion régnait dans ce domaine. — 13 Plin. XXXVI,

gris " ^eoPhr’ Lap. 42. Selon Lcuz (Op. cit. p. 152), c’est la pierre ollaire

var'éliT *’llnc*t,a'emeu*; composée de talc (silicate de magnésie hydraté); c’est une

XXXIII f°,S01Pcnllne' 15 Scliliemann, Mycènes (trad. franc.), p. 147. — 16 Plin.

, 4. 17 Diosc. V, 14G. — 18 Thcophr. Lap. 12. — 19 Ibid. 13 ; cf. Aristot.

Mirab. ausc. c. 41. Il s'agit évidemment de houille pyrileuse; cf. Lenz, Op. cit. p. 18; Pelouze et Frémy, Chimie, I, p. 762. Dioscoride et Pline ajoutent ce détail que ces pierres s’éteignaient avec de l’huile, propriété peu croyable signalée aussi pour la pierre appelée gagates. — 20 Theophr. Lap. 16. — 21 Ibid. 15. — 22 Ibid. 17. Lenz (p. 19) fait observer que le même phénomène se produit avec le Llack xvad (composé de manganèse). — 23 Ibid. 16. — Bibliographie. Outre les ouvrages qui ont été cités, on peut consulter : Clarac, Musée de sculpture, t. I ; P. Carpi, Ilelazzione dell’ accesso fatto ail' isola del Giglio, 1828 ; Conze, Reise auf der lnseln des Thrakisch. Meeres ; Bl. Caryophilus, De antiquis marmoribus, Dtrccht, 1743; Bclli, Catalogo delle collezione di pietre usitate degli antichi per cos truire edornare le loro fabbriche, Rome, 1842; Otlf. Müller, Handbuch d. Archéologie d. Kunst, §§ 2G8 et 309 ; Fcrber, Lettres minéralogiques sur l'Italie, trad. française, Strasbourg, 1776 ; Hermann-Blümner, Griech. Prirataltertliümer, 3° édit. 1882, p. 8 ; Mongcz, Dictionnaire d' Antiquités de l’Encyclopédie méthodique, Paris, 178G-1794; R. Lepsius, Géologie v. Attika, Berlin, 1893; Platner, Beschreibung der Stadt Rom-, De Rozière, Description de l'Égypte, Paris, 1821, t. 111; v. Remnont, Geschichte der Stadt Rom, Berlin, 1867 ; Id. Rom. Briefe, Leipz. 1840, t. I; Winckelmann, Geschichte der Kunst ( Werke , t. III, V et IX).

LARES, t Vulcain est relativement rare et probablement d’intrusion tardive; voir l’inscription : vulcano lauibus sacrum chez Eckhel, Doctr. num. V, p. 157, et Helbig, 'Wandgcmaelde, n° 64, où Vulcain est représenté avec les Lares dans une cuisine. — 2 Varr. Ling. lat. V, 10, 74 ; sur le culte des esprits de la maison chez les Étrusques, cf. Arnob. 11, G2 ; Scrv. Aen. III, 168 ; Müllcr-Deccke, Etrusker, I . 462; Ibid. 367, 405, 408; II, p. 90; cf. Schoemann, Opusc. acadtm. I,(p. 360

3 Val. Max. De nomin. et praen. 10 ; cf. Charis. I, 110 ; Prise. V, 645.

4Tit. Liv. II, 9; IV, 17; Plut. Poplic. 16; Dion. liai. Ant.rom.V, 21. Pour Zar

Herminius consul, voir T. -Liv. III, 65; Dion. liai. XI, 51 ; Diod. XII, 27. Arnobe, III, p. 124, a une autre étymologie, rattachant à 7.aùça=: chemin. Zocga, Abhandl p. 327, et Schoemann, Loc. cil. p. 362, rapprochent le nom de Larisa = Urbs.

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convient de s’affranchir des interprétations dont la notion de Lare a été l’objet sous l'influence de l’hellénisme ; pour cela, il suffit de raconter l’origine du culte des Lares et son évolution, en suivant autant que possible l’ordre chronologique des témoignages et des faits.

I. Origine et signification. — 11 est vraisemblable que le document le plus ancien où leur nom figure estlc chant des Frères Anales; nous l’y rencontrons sous la forme Lases qui paraît en accentuer le caractère étrusque et qui nous est garanti par d’autres textes encore1. Ce chant, qui, d’après l’interprétation commune qu’il n’y a pas lieu d’abandonner 2, est une prière pour la prospérité des récoltes au début du printemps, s’ouvre par l’invocation : E nos Lases juvate\ ces divinités y jouent, avec Mars et les Semones , le rôle de protecteurs des laboureurs, dont elles préservent le travail contre les fléaux. Elles ont la même signification aux yeux du vieux Caton ; dans le traité de l’Agriculture 3, il recommande à la fermière .d’orner le foyer de couronnes, aux Calendes, aux Ides, aux Nones, aux jours de fêtes, et d’adresser, ces mêmes jours, des prières au Lare Familier pour que la récolte soit abondante. Ailleurs, il avertit le père de famille qui vient à sa villa, de saluer avant toute chose le Lare Familier et de ne faire le tour de sa propriété qu’après s’être acquitté de ce devoir. A peu près dans le même temps, nous voyons Plaute faire une place importante à la religion des Lares dans sa comédie où se traduit avec tant de fidélité l’opinion populaire. Dans YAululaire \ le Lare de la maison d’Euclion prononce le prologue et définit pour les spectateurs ce qu’est son action divine: depuis plusieurs générations, il s’est constitué le gardien de la famille ; c’est lui qui a reçu en dépôt un trésor et qui le tient caché jusqu’au jour où la piété de l’un des habitants le décidera à en révéler l’existence. Parce que la fille d’Euclion lui offre régulièrement de l’encens, du vin et d’autres dons, il va s’employer à son bonheur ; le père lui-même, d’abord négligent à l’égard du dieu, vadéposer, une fois le mariage de sa fille décidé, ces mêmes offrandes sur le foyer pour que l’union soit heureuse. De même ailleurs, le mari invite sa femme à vénérer le Lare et à l’orner de guirlandes pour que dans la maison tout tourne à bien; nous voyons des personnages, tantôt saluer les Lares avant d’entreprendre un voyage, tantôt leur rendre grâces pour quelque faveur reçue et les invoquer de concert avec les Pénates en décernant au Lare unique le titre de familiae Pater. Le vers d’un vieux poète, qui est peut-être Ennius, résume le rôle des Lares Familiers dans la maison romaine aux beaux temps de la République par cet hommage : Vous qui avez le souci profond de tout ce qui touche la maison

1 Corp. inscr. lat. VI, 2104 a, 32 sq., dans les Actes de l’an 218 ap. J.-C. On a rapproché la forme Lases d une divinité étrusque du nom de Lasa, identique à Aphrodite (Corssen, Aussprach. und Vocal. II, 309, et Spraclie der Etruslcer, I, p. 24G). Pour Lases, voir Varr. Ling. lat. VI, 1,3; Paul. Diac. p. 2G4 ; Quint. Inst. I, 4, 13 ; Tercnt. Scaur. VII, 13, 14 ; Placid. 51, 15. — 2 11 nous est impossible d’accepter l’interprétation nouvelle tentée par M. Edon, Restitution et nouvelle interprétation, etc. Paris, 1882 ; et nousnous en tenons à celle de Mommsen, Corp. inscr. lat. I, p. 9 ; Teuffel, Roem. Lilter. Gescli. g 65, et Marquardt, Staatsverwalt. III, p. 457 sq. — 3 Cat. De re rust. 2, 1; 143, 2. — 4 Plaut. Aulul. Prol. et II, 7, 16; cf. Trin. 1,2, 1 ; Mer cat. V, 1, 5 ; Mil. glor. IV, 8, 29; Rud. V, 1, 17. — 5 Enn. Annal, fragm. (Bachrcns), 311 ; cf. Ibid. 78, citant Varr. De ling. lat. v, 74. — G Dion. Hal. Ant. rom. IV, 2, 34 ; Ovid. Fast. V, G35 ; Plut. Fort. Rom. 10 ; Plin. Hist. nat. XXXVI, 27 ; pour l'interprétation, voir Schwegler, Roem. Gesch. , 68 ; 430; surtout 714 suiv. et 703. — 1 Serv. Aen. VII, 678 ; Scliol. Vcron. Acn. VU, 681; Solin. II, 9; cf. Herlzberg, De diis Roman, patriis, p. 27, et Klauscn, ‘ Aeneas und die Penaten, II, 757 suiv. — » Voir genius, II, 2, p. 1488 sq.

( Vosque Lares tectum nostrum qui funditus curant !5)

Ces témoignages de la piété populaire dans la plus ancienne littérature des Romains sont en harmonie avec les légendes primitives. Celle qui a embelli les origines du roi Servius Tullius, considéré comme le fondateur du culte public des Lares, veut qu’il ait été conçu par sa mère Ocrisia, tandis qu’elle offrait un sacrifice devant le foyer de la Regia*. Le foyer est le symbole de la famille, celui de l’habitation permanente qui succède à la vie nomade ; rien de plus naturel que de considérer l’auteur d’une race, le fondateur d’une nationalité, comme issu de la flamme qui s’allume au foyer. On racontait la même chose de Caeculus,le fondateur de Préneste et, plus tard, sans doute par imitation littéraire, de Romulus '. A ce point de vue, le Lar est identique au Genius generis, et il en précise la notion en la matérialisant. Le Genius est la force cachée qui engendre; le Lare sera la divinité toujours présente qui protège et conserve 8. Si le roi Servius est le fils du Lare dont la divinité brille dans la flamme sur l’autel domestique de la Regia , c’est qu’il est devenu devant l’opinion le restaurateur, et par là même le conservateur de la puissance romaine à travers les âges. Les Grecs avaient des légendes analogues, quoique d’un caractère plus subtil. Ainsi Démarate, roi de Lacédémone, était considéré comme le fils du daetnon familier Astrabakus A côté de la légende de Servius Tullius, il faut placer celle de la Gens Valeria ou Valesia, à laquelle on rattachait l’origine des Jeux séculaires10. C’est en priant les Lares du foyer que le père de famille obtient la révélation des remèdes qui rendront la santé à scs enfants. Enfin Attus Navius, l’augure célèbre, lorsque enfant encore il a perdu le troupeau dont son père lui avait confié la garde, supplie les Lares, dans la chapelle qu’ils possèdent au fond du vignoble de la Sabine, de venir à son aide, ses offrandes les décident à lui rendre le bétail perdu et à lui enseigner la science augurale11. Rapprochées des hommages dont les Lares sont l’objet dans la Comédie, image de la vie, ces fables s’accordent pour nous présenter les Lares comme les dieux qui président à l’existence familiale, qui veillent sur la prospérité et sur la santé des hommes groupés sous leur regard autour du foyer.

Cependant, tous ces témoignages sont muets sur l’origine généalogique des Lares ; il ne semble pas que la piété primitive s’en soit préoccupée; un document postérieur, mais que l’on peut avec vraisemblance ramener au point de départ du culte, parle d’un sacrifice offert à la mère des Lares, qui n’y est pas autrement désignée 12. Ce sacrifice consistant en deux béliers est offert par les Frères Arvales; des légendes, dont plusieurs n’ont guère que la

— 9 Ilcrod. VI, 69. Herlzberg, loc. cit. 36, et, à sa suite, Sclnvegler, loc. cit. 715 sq., ont commis l’erreur de faire entre les héros des Grecs et ces conceptions romaines une assimilation complète ; il n’est pas exact que Romulus et Remus apres leur mort aient jamais été élevés au rang de Lares Regiae domeslici, l/rbis publici. Qu’une telle idée ait haute sur le tard l'esprit des archéologues hellénisants, rien de plus plausible; mais jamais, avant l’Empire, elle n’a eu prise sur l’opinion populaire et clic n'est pas dans l’esprit de la vieille religion latine. — 10 Zosim. Il, 3 ; l’histoire est à placer entre le règne de Tullius Hostilius et la fin de la royauté. La gens Valeria ou Valesia était originaire du pays des Sabins ; cf. Val. Max. 2, 4, 5, qui seul nomme les Lares, alors que Zosime parle de Vcsta. — U Dion. liai. Ant. rom. 111, 70, 2. Cicéron, De divin. I, 31, met la chose au compte d’un dieu quelconque. On peut rapprocher ce fait que dans YAululaire (6 sq.) le Lare est ' dépositaire du trésor et que chez Caton (loc. cit. 143) le Lare est invoqué : pro copia. Rreller, Roem. Mythol. p. 488, n. 2, rapproche les esprits gardiens de trésors, dans la Mythologie germanique ; voir Grimm, Deutsche Mythol. p. 479. — i- Henzcn, Acta, p. 145 : il s'agit sans doute de Dea Dia.

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valeur de subtilités mythologiques, ont nommé cette divinité ou Lara , ou Larunda , ou Acca Larentia 1 ; la prosodie seule suffirait à nous avertir que Larunda et Larentia n’ont eu avec les Lares aucun rapport à l’origine et que seule une ressemblance tout extérieure les a plus tard associés 1 2. Alors la fête des Larentalia ou Lurent inalia est absorbée par la fête propre des Lares; et comme elle avait un caractère funèbre, analogue à celui des Feralia et des Parentalia , le culte des Lares, tout aussi bien que l’être propre de ces dieux, se sont compliqués d’un élément qui, du temps de Caton et de Plaute, y était encore totalement étranger. Nous aurons à montrer comment la notion des Mânes , apparentée à celle des Lares, contribua à ce résultat.

Dès les débuts de la question des Lares, nous nous heurtons ainsi à des confusions qui démontrent que l’opinion religieuse, très nette en ce qui concerne leur action, est peu fixée sur leur véritable nature 3 *. Nous devinons seulement que les Lares ne sont, ni des dieux, au sens éminent du mot, ni des hommes divinisés, personnifications absentes de la vieille religion des Latins et qui, même chez les Grecs, furent d’introduction relativement tardive dans la piété populaire. Ils sont de vagues esprits qui agissent pour le salut et la prospérité des familles, les gardiens des hommes et de ce qui leur appartient, notamment des champs d’où les hommes tirent leur subsistance \ Tibulle, un des poètes les plus fidèles à l’esprit des temps primitifs, les appelle custodes agri ; et l’auteur anonyme qui, avec les ressources de la langue de Plaute, a écrit la comédie du Querolus , fait dire au Lare d’une maison qu’il est : custos et cultor domus eux fuero adscriptus 5. Remarquons de plus, qu’en dehors du Chant des Frères Arvales, les plus anciens documents sur le culte des Lares nous donnent de préférence leur divinité au singulier et l’incarnent dans le Lar Familiarisa père unique, mais idéal d’une race : ce mot en effet signifie, non qu’il a procréé matériellement la race à l’origine en qualité d’ancêtre, mais qu’il est la raison divine de son existence et de sa durée 6.

Ce Lare, par exception seulement mis au pluriel, a l’allure rustique ; nous l’avons signalé avec ces traits dans les Actes des Frères Arvales et dans le traité de l’Agriculture de Caton. Dans une inscription archaïque de l’autel de consus, vieille divinité agricole, il est en compagnie de ce dieu et de Mars dont la signification champêtre est connue '. Malheureusement, le texte de cette inscription est corrompu en ce qui concerne les Lares et l’attribut spécial de leur puissance indéterminé. La légende qui a fait d’eux les fils d’ACCA larentia, identique à dea dia,

protectrice de la floraison printanière, est, elle aussi, un témoignage en faveur de leur nature champêtre8. Un poète dit que leurs premières images étaient taillées dans une souche grossière 9, tout comme celles de silvanus, avec lequel ils ont d’ailleurs d’autres ressemblances ; le même constate que pour la première fois dans les champs ils furent l’objet d’humbles hommages et il les place parmi le cortège des divinités rustiques dont il célèbre les bienfaits 10. De son côté, Cicéron 11 , commentant toute une série de prescriptions religieuses dont le caractère archaïque est indéniable, dit qu’il faut honorer les Lares au milieu des champs, dans les bois sacrés dont ils ont fait leurs temples : c’est à la porte même des fermes, sous le regard des maîtres et des serviteurs, au centre de l’exploitation rurale, qu’ils font sentir leur action divine 12. Des inscriptions plus récentes, mais qui sont inspirées par la piété des anciens temps, leur donnent les vocables d 'agrestes, de rurales , de casanici. Le Lar agrestis, qui ressemble à Silvanus, ressemble aussi à Priape et paraît avoir eu, comme lui, le phallus pour emblème ; il est le gardien des champs, comme Priape est celui des jardins, Silvanus celui des bois, Faunus celui des pâturages13.

La preuve la plus évidente de la nature champêtre des Lares à l’origine est l’institution d’un culte en l’honneur des Lares Compilâtes. On peut voir à l'article compitalia 1 1 comment le partage de Rome en vici, transformé par Servius Tullius et subordonné à la grande division régionale [regiones], fut alors sanctionné par ce culte et devint l’occasion d’une grande fête mobile, célébrée durant les jours qui suivent les Saturnales. En réalité, la religion des Lares Compitales fut importée des champs etsimplement accommodée aux besoins de la vie urbaine15. Avant d’être des carrefours formés par l’intersection de deux ou plusieurs rues, les compita des pagi , sous le régime agricole, étaient l’emplacement contigu à deux terroirs voisins : ubi plures vicie competunt 1G. Ils en formaient les limites, elles-mêmes consacrées par le droit primitif, et devenaient le rendez-vous forcé des travailleurs ' \ Sur ces emplacements, il était d’usage d’élever des chapelles qui recevaient les images des divinités protectrices. Alors que dans chaque maison on ne vénérait qu’un seul Lare , comme le cas le plus fréquent des compita ruraux était celui de deux chemins se coupant à angle droit, les Lares y formaient une paire, ce qui fit que dans la pratique les Lares publics, par opposition avec les Lares privés'*, se présentent toujours, quel que soit d’ailleurs leur vocable spécial, au nombre de deux ; la pluralité de l'idée de Lares semble issue de la vénération des Lares de carrefours avant d’être consacrée par leur confusion avec les

1 Yarr. Ling. lat. V, 10, 74 ; cf. I.act. I, 20, 35 ; Auson. 27, 7, 9 : Genius domuum J.ai unda progenitus Lar ; Placid. p. 00, 25. — 2 Voir sur cette question, Mommsen, noem. i’orsch. R, 3 sq. et Wissowa, chez Roseher, Lexikon d. Alytli., Lares, p. 1901.

nez (h idc, Larentalia est employé avec fi long, comme Larunda chez Ausone ; Lare c iez tous les poètes sans exception. Voir d’autres généalogies des Lares : chez Ovid.

II, o99 ; Yarr. Ling. lat. IX, 01 ; Arnob. III, p. 124, et articles mânes, mania, compita1. ia. ~ 3 I’0111' les diverses interprétations dont l'ètrc des Lares a été l’objet ez les mythologues, voir la classification et la discussion très complète de Wissowa, Ciez Roseher, loc. cit. p. 1888 suiv. — 4 Tib. Il, 1, 59 ; cf. Cicer. Leg. II, 8, 19 et cj.’ 7 ’ , cn- Aen. I, 441; III, 302. — B Querol. Prol. ; à comparer Aulul. 3; et MC *0emann’ De dûs Manibus, Laribus, etc. dans ses Opusc. Academ. I, p. 304; la bu'Tdt’ ^ Cl'*' I5' *-3- — c Le singulier est l'habitude aux débuts de

ïet ''ï UFe 6 *1'llr10' m('me ne désigne alors que les Lares des diverses familles lijmnplusieurs dans la même ; cf. Wissowa, Ibid. p. 1870. — ^ Citée par Terlulp 308 i ' " C0NSUS CONSII-io, mars düeli.o, rares cou.LO potentes. Schoomann,

Mytk' 11 ’ ’ 'ou<1,’a't corriger : caelo, qui n'est pas admissible ; Preller, Roem..

fond sur i* '’ " *)10l’ose compito , qui est satisfaisant. La correction caelo se

6 l*assaSe de larron, cité par saint Augustin, Civ. Dei, VII, 0, où les

Lares sont placés dans le ciel avec les Génies; cf. Mart. Cap. I, 48, où le Lare est appelé caelestis. — 8 Acca larentia, I, 1, p. 15, et dea dia, II, 1, p. 28; cf. Prcuner, Hestia-Vesta, p. 407. — 9 Tib. I, 10, 17 : prisco... e stipite fados.

— 10 Silvanus est appelé Lar Agrestis dans une inscription chez Orelli, 1004; voiries Indices du Corpus au mot Silvanus et la dissertation de Rcifferscheid sur ce dieu, Annali dell’ Instit. Arch. 1800, p. 217 suiv. [silvanus], — U Leg. Il, 1, 59 suiv.

— 12 Cic. Leg. II, 8, 19 ; 11, 27, et Rcp. V, 5, 7. — 13 Corp. inscr. lat. VI, 046 ; 975 • IX 725 ; cf. avec 2100. Voir Herculcs-Silvanus faisant vis-à-vis au Lar Agrestis identifié avec Priape, chez Winekelmann, Monum. inédit. n° 07. Pour les ressemblances du Lare champêtre avec Faunus et Priape, voir Premier, Op. cit. p. 411. Le même auteur croit que Mutunus Tutunus, divinité priapique, n'est qu'une indigitatio du Lar Familiaris. — H I, 2, p. 1428 suiv. — 13 Voir Wissowa, loc. cit., art. Lares, p. 1874. — 10 Varr. Ling. lat. VI, 25 ; Isid. Orig. XV, 2, 15 ; Philarg. Virg. Georg. II, 382, et Scliol. Pers. IV, 28; cf. l'article compitum, I, 2, p 1429, et les inscriptions relatives à la création ou à la consécration de compita . Corp. inscr. lat. V, 3257, 7739 ; Inscr. Regni Neapolit. 1504; cf. Corp. inscr. lat- ] 1 305. — 11 Cf. Mommsen, Roem. Staatsreclit, III, p. MO, n. 5, et Marquardt, Staatsverwalt.,W, p. 201. - 18 Plin. Hist. nat. XXI, 3, 8.

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Pénates. Des textes nombreux en témoignent. Cicéron oppose les délabra des villes aux sanctuaires agrestes des Lares, aedes Larum, entourés de bois sacrés; ces chapelles, placées aux carrefours et appelées carrefours ellesmêmes, formaient des passages ( pertusa compila), semblables à des tours, dit un commentateur, où l’on installait les images des Lares1. Là, une fois les travaux terminés, à l’entrée de l'hiver, les paysans, pour purifier les champs, . immolaient des porcs engraissés2; là, en guise d’offrande symbolique, ils déposaient des jougs brisés pour rappeler la tâche heureusement accomplie3. Limités d’abord dans Rome même aux habitants des pagi ( pagani ) en dehors du Septimontium où habitaient les montani, les compila et le culte dont ils étaient l’objet furent adaptés à la nouvelle organisation urbaine par Servius Tullius *.

Et ce n’est pas au hasard que la légende reporte à ce roi l’honneur de cette institution : c’est parce que, sorti de la condition servile, il incarne devant l'opinion la classe des travailleurs obscurs6. Une des particularités du culte des Lares, c’est que les esclaves y prennent une part prépondérante ; il est même le seul qui les ait pour ministres quelquefois, comme participants toujours, en souvenir des temps où ils n’étaient encore que les auxiliaires de l’agriculture : la fermière orne de guirlandes l’autel du Lare et le fermier remplit, pour les vénérer, un rôle qui, dans toute autre manifestation semblable, resterait dévolu au père de famille0. Ajoutons que le soin de célébrer les Compitalia incombait surtout aux esclaves, qu’à cette occasion ils étaient dispensés de tout travail et recevaient une ration supplémentaire de vin 7. L’origine et le caractère champêtres de la religion des Lares est donc indubitable ; même à l’époque d’Auguste, alors que la politique et la philosophie y ont introduit des idées et des pratiques inconnues aux beaux temps de la République, c’est dans les milieux rustiques qu’il faut chercher son expression véritable. Il suffira de citer Horace 8 : aux yeux de ce poète, le Lare est le bon esprit qui préside aux repas sans apprêts, aux divertissements simples qui lui rendent chère sa ferme des Sabins ; ce qui surabonde dans l’être du Lare, c’est l’idée de gardien des hommes et de tout ce qui assure leur bien-être : nous retrouverons ce caractère en racontant les pratiques destinées à l’honorer etles offrandes qui concilient sa faveur.

Cependant, de très bonne heure chez les anciens et, avec une persistance assez surprenante chez les histo-

l Cic. Leg. II, 19 et 27 ; Virg. Georg. II, Pers. 382 ; IV, 82, avec le scholiaste et la note de l'édition Jalin ; Grat. Falisc. Cyn. 483 ; Corp. inscr. lat. IX, 1618. Il est probable que sous la royauté ces sanctuaires des Lares étaient, dans le monde Latin, les seuls édifices religieux. — 2 Prop. \oir 1, 23 : parva saginati lustrabant compita porci : cf. Hor. Sat. Il, 3, 164; Od. 111, 23, 4. 3 Schol. Pers. IV, 28, avec les commentateurs. — 4 V. Mom¬

msen, lioem. Slaatsreclit, III, p. 113 suiv. avec les notes. La distinction, toute primitive, subsiste encore au temps de Cicéron : De dom. XXVIII, 74; Depetend. consul. VIII, 30 ; et Corp. inscr. lat. XIV, 2105, et I, p. 205. — 5 Dion, liai. IV, 14; Plin. Bist. nat. XXXVI, 204; Macrob. I, 7, 34. Pour l'identité des Compitalia et des Laralia, Festus, p. 253, et Mommsen, Corp. inscr. lat. p. 393. — G Scbwegler, Op. cit. p. 716. — 7 Cat. de Agric. 5, 4; Dion. liai. Ant. Dom. IV, 1 4, 35 et 1 ; Dio. Cass. LV, 8 ; cf. Corp. inscr. lat. I, 602 et ailleurs ; Marini, chez Visconti, Mus. Pio. Clementi . IV, p. 304 ; cf. Cat. Op. cit. 57 ; cf. Virg. Catal. V, 27 : Uncta Compitalia-, Colum. XI, 1, 19. — 8 Sat. II, C, 05 ; 5, 12. — 9 Telle est l’opinion, pour ne citer que les auteurs les plus considérables, de Hartung, Religion der Doemer , I, p. 56 suiv. et passim ; Preller, Roem , Mythol. p. 486 suiv. et Real Encyclopaedie , IV, p. 772b; Marquardt, Staatsverwalt., III, p. 123; Scbwegler, Roem. Gesch ., etc. p. 715 suiv.; Ilertzberg, De diis Roman, patriis, p. 36 suiv. ; Sclioemann, Op. cit. p. 359 et suiv. ; Fustel de Coulanges, La Cité antique , p. 20 ; Rliode, Psyché, p. 232. Ils ont été réfutés par Wissowa, chez Roscher, Op. cit. p. 1688 suiv., qui se réfère en partie à Jordan, Vesta und die Laren, Berlin, 1865, et se rattache à Premier, Heslia Vesta , où le culte des Lares est surtout envisagé comme l’expression de la religion du foyer,

riens modernes de la religion romaine, on a voulu voir dans le Lare unique de chaque foyer et dans les Lares en général des ancêtres déifiés devenus les protecteurs de leur race. Nous croyons qu’il y a là une erreur; elle date des temps de Cicéron et de Yarron et l’hellénisme religieux en a fait tous les frais9; elle n’a pas plus de valeur au fond que celle qui les faisait identifier par Nigidius Figulus avec les Curètes, les Corybanles et les Dactyles du mont Ida. Cicéron, qui n’a jamais nommé en latin le Genius , a traduit Lares par Satgovsç, sans être bien sûr d’ailleurs de l’exaclitude de sa traduction10. Yarron les confondait avec les Mânes en leur donnant Mania pour mère : ailleurs, il les appelait esprits divins ou héros ; ailleurs encore, il les assimilait aux Larvae eL les logeait, avec les Génies, dans les espaces célestes, entre les nuages et la voûte éthérée; l’assimilation avec les héros grecs est celle qui, à partir de cette époque, devient de plus en plus fréquente11. Si l’on veut se rendre compte comment la notion mal comprise des Lares fut, par les milieux instruits de Rome, introduite dans le cercle des idées générales d’où sont issus les Daemons des Grecs, puis confondue avec celles des Pénates, des Mânes, des Génies, tous confondus entre eux, il faut le demander à un érudit des commencements du christianisme, Cornélius Labeo, qui a écrit un traité sur les dieux appelés animales : il donnait ce nom à toutes les personnifications divines issues de l’idée de l’âme, une fois qu’elle eut été conçue comme distincte du corps : quod de animis fiant'2. L’immortalité de l’âme admise avec ses conséquences, on disait des Lares, comme Verrius Flaccus, qu’ils étaient les âmes des hommes mises au nombre des dieux, ce qui signifie qu’ils étaient des héros à la façon des Grecs13. « Les âmes des héros, dira un commentateur de YÉnéide , résident dans les bois sacrés », là où la piété rustique des Latins vénérait les Lares des carrefours et des chemins : Mânes piorum qui Lares viales sunt. Le même les opposaiL aux Larvae , esprits funestes qui troublent la maison et tourmentent les vivants, tandis que les Lares seraient les esprits secourables qui y répandent la prospérité et la joie14; un autre les confond avec les Lemures , ce qui revient au même; d’autres enfin, pour mettre quelque ordre dans ces personnifications voisines mais distinctes, les disposent toutes dans une sorte de hiérarchie, sans réussir pour cela à sauver l’être propre des Lares15. La classification

sans que l’auteur y voie la moindre tentative d’héroïsalion, et à Klauson, Aeneas und die Penaten, p. 636, où les Lares sont définis : « Génies topiques, qui gardent les maisons, les champs, les chemins ou les carrefours. » — 10 Cic. Tim. H, 38; à comparer Plut. Fort. Rom. 10, où le Lare Familier est appelé îjow; olxoufd;; ailleurs ( Quaest . rom. 51), cet auteur forge le motAàçïiTt;; Dion. liai. Ant. rom III, 70; IV, 2 et 14. De même sur le monument d'Ancyre, 10, 11, 18, 23. Pour Nigidius Figulus, voir Arnob. 111, 41 ; Hyg. Fah. 139, et Schol. Sial. Thcb. 111, 785.

— il Varr. Lin g. lat. IX, 38, 61, et chez Arnob. III, 41 ; cf. Varr. Ibid. VI, 3, 24;

chez Nonius, 538, 6, où ils sont confondus avec les Mânes, et le même, cité par

saint Augustin, Civ. Dei, VII, 6, à comparer avec Mart. Cap. II, 155. — 12 Chez

Serv. Aen. 111, 168. — 13 Chez Paul D. p. 121 et 239; cf. Serv. Aen. III, 302; 1,441; VI, 152; August. Civ. Dei, IX, 11; Apul. De deo Socrat. 13. Le passage capital est celui d’Arnobe, III, 41, où les Lares sont d’abord excellemment définis : vicorum atque itinerum deos, et où sont citées ensuite toutes les opinions qui en ont déformé la nature par des interprétations philosophiques; cf. encore Censor. De die nat. 3. — 14 Serv. Aen. III, c'

— 13 Wissowa, chez Roscher, loc. cit., rejette la théorie qui fait dériver les

Lares du culte des morls; les cérémonies d'un caractère funèbre qui se rencontrent dans les Larentalia, d’où elles sont entrées dans les Compitalia , ont pour objet les Mânes (Varr. Sat. Mcnip. fragm. 463, cité par Nonius, p. 538; cf. Macr. Sat. I, 7, 34 suiv.; Paul. D. p. 121; 239); et même en supposant que l’offrande des Maniae soit à l’adresse des Lares eux-mêmes, d ne s'ensuit pas qu’ils soient des humains déifiés ; cf. Lobeck. Aglaophamus, I, 585 ; Boetticher, Baumkultus, p. 80, suiv.

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la plus raisonnable est celle qui met d’un côté les esprits bons Génies, Lares, Pénates et Mânes, de l’autre les mauvais représentés par les Larvae , les Lemures restant d’un caractère indéterminé. Il faut la philosophie dualiste de Plotin pour donner à ce système une précision suffisante ; saint Augustin, y appliquant le vocabulaire latin, dit que ce philosophe appelait daemones les âmes des hommes affranchies par la mort et que les hommes qui ont pratiqué la vertu deviennent alors des Lares1. Mais rien de tout cela n’est romain ni latin ; la notion d’ancêtre déifié est, avant l’Empire, étrangère à la religion romaine et c’est une transposition, œuvre des philosophes et des antiquaires, qui l’a prise dans les spéculations récentes, ou pour la rapporter aux temps primitifs, ou pour la faire rentrer dans la piété populaire. Quoique les anciens Latins aient eu pour coutume d’ensevelir leurs morts, chacun dans sa demeure2, rien ne prouve qu’ils aient jamais songé à les déifier : il est certain du moins qu’ils ne voyaient ces morts, ni dans les Lares, ni dans les Pénates, et que la confusion des Mânes avec les uns et les autres n’est pas antérieure au déclin de la République. Mommsen a eu donc tort de dire, après beaucoup d’anciens et bon nombre de modernes, que chaque gens a eu son héros éponyme qui fut le fondateur de la gens et qu’on vénérait en qualité de Lar Familiaris 3. Ajoutons que s’il en avait été ainsi, il y aurait eu diversité dans la façon de concevoir ce Lare suivant les familles, tandis que partout existe la même indétermination d’un être vague par sa nature comme par ses origines, identique seulement dans son action protectrice et bienfaisante Si la confusion des Lares avec les Satixovs? étr-riou/ot et les héros éponymes est due à l’influence des Grecs, en revanche celle des Lares et des Pénates est l’œuvre de l’opinion romaine : elle est même générale dans la croyance des peuples latins et nous la voyons de bonne heure consacrée par la littérature et par l’art. C’est qu’au début Lares et Pénates sont très souvent nommés ensemble et que leur sphère d’action est la même, l’espace restreint du foyer domestique5. En réalité, les Pénates rentrent dans la classe des Lares et sont des Lares avec la fonction déterminée de veiller sur le penus de la maison ; il semble que le mot lares soit un substantif et celui de penates un adjectif qui désigne les Lares du penus et du penetrale. La langue même établit entre eux une autre distinction caractéristique, du moins à l’origine ; le Lare est de préférence pris au singulier, les Pénates sont toujours au pluriel 6 ; si les Lares deviennent plusieurs dans le langage, ce n’est pas seulement

sous l'influence des idées qui ont fondé les Compitalia , mais aussi parce qu’ils sont habituellement associés dans une idée commune, celle de la maison familiale, et que les Pénates y interviennent au nombre de deux. Couramment et de très bonne heure, ils sont ainsi pris les uns pour les autres; une inscription donne aux Lares le vocable de Penates 7. La triade des dieux du foyer, subordonnés à Yesta qui en incarne la flamme, est constituée par le groupe des deux Pénates encadrant le Lare unique8; les trois figures sont, par métonymie, appelées indifféremment ou Lares ou Pénates : ensemble ou séparément, -elles expriment l’idée de la patrie, le plus souvent au sens restreint du mot9. Les passages sont innombrables chez les auteurs où le mot Lare signifie simplement la maison paternelle ; être chassé de son héritage, c’est quitter le Lare Familier; n’avoir point de demeure propre, point de foyer, c'est n’avoir de Lare nulle part ; une maison de pauvre apparence est un Lare modeste, etc. Les poètes transportent même l’expression à des animaux qui vivent en société, Virgile aux abeilles, Ovide aux oiseaux 10. Dans tous ces passages, les Pénates peuvent se substituer aux Lares, sans que l’idée soit différente.

II. Pratiques, cultes, vocables et temples divers. — Dans tout ce qui est relatif à la religion des Lares, il importe de distinguer deux époques : l’une finit avec la République romaine, l’autre commence avec Auguste et la restauration de certains cultes par cet empereur; parmi ces cultes, celui des Lares a tenu peut-être la place laplus importante. Durant la première période, les Lares conservent généralement, même dans les manifestations de la religion officielle, le caractère familial et rustique qui est celui de leurs origines; à partir d’Auguste, la politique leur fait subir une transformation radicale, et le changement est consacré tant par les conditions générales de la vie plus raffinée que par le mouvement des idées sur l’âme : ils sont alors ou des personnalités de la religion philosophique ( physicum genus ), ou des figures delà religion politique ( civile genus)-, seuls les poètes et avec eux la piété des milieux ruraux ( poeticum genus) leur gardent leur antique physionomie M.

A ce dernier point de vue, l’autel propre des Lares est. le foyer, centre de la maison romaine, et leur temple 1’ atrium12. C’est là que le Romain de vieille souche, en compagnie de ses enfants et de ses serviteurs assis sur de longs bancs de bois, adresse aux dieux domestiques la prière du matin, là qu’il prend ses repas en faisant une part de tous les mets aux Lares et aux Pé-

1 I our le dualisme introduit dans le monde des daemons helléniques et par contagi dans celui des esprits domestiques delà religion laline, voir Apul. De deo Socr. loc.c August, Civ. Dei , IX, il, citant Plotin et Mart. Cap. II, 155; cf. daemon, III, 2, p. — 2 Serv. Aen. VI, 152 ; V, 64; cf. Prudent. Adv. Symmach. I, 190 : Sepulch heroum, etc. coutume plus tard interdite; Cic. Leg. 11,23, 58 ; Isid. Orig. XV, 11, Seiv. Aen. XI, 200. — 3 Zeitschrift fur Alterthumswissensch. 1845, p. 135- dcméi Sehoemann affirmant (Op. cit. p. 3G5)que les Lares sonlissus : e principum animi ene olim de republica meritorum. — 4 II n’y a jamais eu de Lares féminins ; et c'< un 1 affinement de piété isolé que l’inscription métrique (Corp. inscr. lat. III, 7; ou un mari dit de sa femme morte : Lar mihi haec quondam ; remarquons d’aillei |u e a cessé de 1 être en mourant. Pour l’expression, on peut comparer l’inscr on c ez Oielli-Heuzen (Suppl. 004), où Mitlira est appelé le Lar du dédicai p us fias ce qui concerne les prétendus Lares d’enfants morts avant le quara M T ’ ^,euner’ Hestia-Vesta , p. 341 : Les Lares sont à distinguer t .. ai" ” ’ 1 S nc sonl Pas les esprits des morts : la vénération des Lares n’a riei p'" tT„ *C“Ue d<î9 m0l'ts’ - 5 Voir Cic. Phil. Il, 30, 75 ; Republ. V, 5, 7 • 1

ftfêrc' V !1 ;' ri V’ 33 ! P,'°P' 30> 21 1 V, 1, 28 ; 8, 50, etc. ; déjà cl.cz Plan

A . e “ppelle Lares les Pénates de Troie, II, 5, 20 et 42 ; cf. Se

00, et Schol. Hor. Ep. I, 2, 43. Servius, Ad Aen. II, 514, dit en ce ser

Penates sunt omnes dii qui domi coluntur, ce qui n'est pas exact; voir d’ailleurs Klausen, Op. cit. p. 630 suiv. [penates], — 6 Pour le pluriel, Varr. chez Nonius, p. 531; Cic. liepubl. V, 7, et toute la discussion chez Reifferscheid, Annali, 1863, p. 129, n. I, et Wissowa (Itoscher, Lexikon, etc. p. 1876). Une Atellane de Pomponius porlait le titre : Lar Familiaris (Ribbeck, Fragm. Comic. Lat. p. 234) • cf les textes de Plaute et de Caton cités plus haut et Marquardt, Staatsverwalt. 111. p. 123 suiv. avec los notes. — 1 Orelli, 1589 : sacrum silvano corser vatoiu labium penatium; cf. Bull. arch. Napol. 1859, p. 174. — 8 Voir plus bas, III, Représentations figurées; cf. Premier, ffestia-Vesta, 236 suiv. ; et Helbig, Wandgemaeldc 61, 62, 63, 65, 66 b, 68, etc. — 9Voir Trag. incert. fragm. (Ribbcck), 199 ; Laber. fragm. 110; Cicer. Verr. V, 11 ; 54; Sali. Cal. 21; Prop. V, 10, 18; Hor. Ep. I, |, 13 ; II, 2, 51; Od. I, 12, 43 ; III, 29, 14; Sat. I, 2, 56 ; Ov. Fast. I, 136; VI, 95 ;’ Trist. I, 3, 30; Pont. I, 1, 10; Senec. Med. 20; Luc. V, 528; Mart. IX, 18, 2: Stat. Silv. II, 3, 15; Juv. XV, 152 ; et les Lexiques. Les Lares sont la patrie que le voyageur emporte pu loin avec lui, Tib. II, 5, 41. — 10 Ov. Fast. III, 242; Val. Flacc. IV, 44. — n La division est du jurisconsulte J. Mucius Scaevola et a été reprise par Vairon ; voir Aug. Civ. Dei, IV, 27 ; VI, 5. — 12 Serv. Aen. I, 730 ; VII, 176; IX, 648; Isid. Orig. XV, 3 ; cf. Klausen, Op. cit. p. 643, et Premier,

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liâtes '. A ces dieux et à Vesta, qui les a dans sa dépendance, sont consacrées la table qui porte la nourriture etla salière sans laquelle il n’y a pas de repas et qui à ce litre devient leur symbole2. A leur contact, les ustensiles les plus vulgaires, les patellae purae , plats d’argile grossier et sans ornements, sont com m e sanctifiés; les dieux eux-mêmes s’appelleront patellarii3 .

Alors l’autel domestique et le foyer, la préparation de la nourriture parle feu et la vénération des esprits qui y président ne font qu'un ; la même intention les réunit ainsi que le même lieu 4. A la campagne, l’atrium reste le temple des Lares; Horace, dans sa ferme, mange en face du Lare avec ses serviteurs, à qui il partage les plats dont le dieu a eu les prémices 5. A la ville, les progrès du luxe feront la scission entre la cuisine qui, même dans ce cas, reçoit encore en bien des endroits les images des divinités domestiques [culina, fig. 20061, et l'autel familial, destiné tant aux Lares qu’aux Pénates; alors, dans la maison des riches, on leur installe un sacrarium spécial où ils sont honorés avec tous les dieux protecteurs de la maison.

On en rencontre, à Pompéi notamment, des exemples variés. Dans quelques-unes des habitations les plus élégantes, le laraire n’a pas quitté l’atrium °, ou bien il est dans une pièce séparée, mais voisine : c’est une des alae qui a été changée en chapelle dans la maison d’Epi-

l Cat. Agricult. 143; Plin. Hist.nat. XXVIII, 207; Tib. 1,10, 15; Ov. Fast. Il, 633; VI, 305 sq. ; Hor. Epod. II, 05 ; Sat. Il, 5, 12; 0, 04; Coluin. XI, 1, 19 ; encore sous l'Empire : Suet. Oth. 6; Lamprid. Alex. Sev. 9 ; Quint. Decl. 301. — 2 Cic. Cat. IV, 9, 18 ; De harusp. resp. 0, 12; Nat. Deor. II, 27, 07 ; Ov. Fast. IV, 317; Macrob. III, 4, 11 et Serv. Ad Aen. II, 290. Pour la salière, Hor. Od. II, 10, 13 ; III, 23, 19 ; Pers. III, 25 ; Stat. Silv. I, 4, 131 ; Arnob. II, 67 ; Festus, p. 255 et p. 93, où est cité le serment par la table et le blé torréfié ; cf. Sil. Ital. Pun. VII, 176; Serv. ad. Virg. Bucol. VI, 31 ; Ov. Fast. VI, 306; Plut. Quaest. rom. 04; Conv. VII, 4, 1. — 3 Patella est un diminutif de patina et n’a rien à voir avec paiera ; Pers. III, 20 et Schol. Ov. Fast. II, 633; cf. Cic. De fin. II, 7, 22 ; Val. Max. IV, 4, 3; Festus, p. 130 et 214. Pour para, voir Ov. VI, 309 et Tib. I, 1, 38, opposé kcaelatum; Cic. Vnrr. IV, 22, 49. Les Lares appelés patellarii chez Plaut. Cist. II, 1, 40 : Di me omnes magni minutique et patellarii. — 4 Cf. Premier, ffestia-Vesta, p. 232 suiv. ; 91 suiv. — 3 Hor. Sat. Il, 6, 05; cf. Becker-Gôll,

dius Rufus 7 ; dans celle de Vettius, il se trouve dans un deuxième atrium plus petit attenant au premier8; mais ailleurs il a été transporté dans un angle du péristyle 9 ou jusqu’au fond du viridarium 10. Nous savons qu’il

pouvait, dès ce temps, être placé dans les chambres ou auprès des chambres à coucher; il en était ainsi dans le palais des empereurs 1 1 . Les images des Lares sont peintes sur la muraille (fig.

4343) ; leurs statuettes abritées sous une niche plus ou moins profonde ou côte à côte avec d’autres à l’intérieur d’un édicule à fronton12 soupar des es (fig.

Ces dispositions ne sont pas propres exclusivement à ou à on les retrouve aussi bien en d'autres pays14. Des autels de pierre ou debrique étaient quelquefois construits devant l’édicule des Lares; dans la maison du centenaire, dont on voit (fig. 4343) le laraire fermé par un mur bas, on a trouvé un autel mobile fait d’une pierre carrée posée sur un piedeylindrique [voir aussi ara, fig. 408], mais souvent on n’en trouve aucune trace : on se contentait de petits autels portatifs d’argile ou de bronze 19 [ara, p. 349].

Aux principaux jours de fête, sans compter les Calendes, les Nones et les Ides et le jour de la nouvelle lune 10, on offre aux Lares des sacrifices, on les orne de fraîches guirlandes; un lexicographe nous apprend que ces guirlandes étaient si touffues que les petites images des dieux disparaissaient sous les fleurs ,7. La jeune fille de YAulu-

Gallus (2e édit.), II, p. 273. — 3 Overbeck, Pompeji , 4* éd. (Mau), 1884; Premier, ffestia-Vesta, p. 91, 321, 324, 327, 348; Helbig, Wandgemaelde Campaniens, n. 30 et suiv.; à côté de la cuisine, Maison du Labyrinl lie, Overbeck, O. I., p.34. — 7 Overbeck, O. I. p. 209, 319, 354, 358. — 8 Ib. p. 299. — 9 Archaeologia, Lond. 1897, p. 300. — 10 74. p. 387, 325. — 11 lb. p. 353. — 12 Suet. Aug. 7 : « inter cubiculi Lares » ; ld. Domit. 17. — 13 Maison du Centenaire à Pompéi (photographie) ; Overbeck, p. 358. — 14 Duruy, Hist. des Dom. VII, p. 51 1; yVbfic. d. Scom, 1882, p. 217 ; Overbeck, p. 208, 299 ; Petron. Sat. 29 ; Juven. VIII, 114 : « in aedicula deus unicus» ; Tibul. 1, 10, 18 ; Corp. inscr. lat. II, 1899 ; IX, 2990. — 1S Voir par ex. Grivaud de la Vinccllc, Arts et métiers des anciens , pl. lxxxii ; Parenleau, Mus. arch. de Nantes, n. 128 ; Id. Essai sur des poteries de l'ouest de la France, pl. ni ; Pothier, Un quartier de Nimes, Mém. de l'Acad. du Gard, 1889; Archaeologia, 1890, p. 237. — 1° Cat. De agric., 143 ; cf. Prop. V, 3, 53 ; Tib. I, 3, 34 ; II, I, 59 ; Plin. Hist. nat. XXI, 11 ; Juv. IX, 138; XII, 86 suiv. — 17 Paul D. p. 69 : donaticae coronae.

Fig. 4343. — Un laraire à Pompéi.

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laire est redevable de la faveur du Lare à des offrandes journalières; aux fleurs il était d’usage d’ajouter l’encens au moins une fois par mois, et aussi des fruits ou des libations de vin Par exception seulement on

Fig. 4344. — Larairc et dieux Lares.

immolait aux Lares domestiques des animaux, des truies ou des agneaux ; dans la belle prière que Tibulle adresse aux Lares de son enfance, il cite comme leurs offrandes préférées des grappes de raisins, des couronnes d’épis, des rayons de miel, des gâteaux de froment (liba) 2. Et par-dessus tout, on leur destinait par la pensée la flamme même du foyer qui est leur symbole ; c’est ainsi que chez Virgile nous voyons Énée, après 1 apparition d’Anchise en Sicile, ranimer la flamme assoupie de Pâtre, invoquer le Lare protecteur de la race avec Vesta et leur offrir un sacrifice de froment torréfié et d’encens3. Lorsque, au nom du christianisme naissant, les empereurs s’attachèrent à détruire les manifestations de 1 antique piété païenne, ils interdirent d’honorer le

Lare par le feu, le Génie par le vin, les Pénates par l’encens, et défendirent qu’on leur allumât des lumières, qu’on les vénérât par des parfums ou des guirlandes de fleurs 4.

Ces témoignages périodiques devenaient plus expressifs dans les occasions où la vie familiale s’éclairait de quelque événement heureux, de quelque espérance de bonheur à venir; le jour où les jeunes gens revêtaient la toge virile, la bulle passait de leur cou à celui du Lare familial (fig. 4345) s ; on luirendait grâces lorsque l’absent rentrait à la maison après un long voyage ; on l'implorait à la veille d’un mariage®. La nouvelle mariée, en franchissant le seuil de son époux, saluait les Lares et leur offrait un sacrifice. Dans l’union célébrée sous la forme de la coemptio , la mariée arrivait dans la maison avec trois pièces de monnaie dissimulées, l’une dans sa main, l’autre dans sa chaussure, la troisième dans une bourse ; la première était pour l’époux, la seconde pour l’autel des Lares domestiques, la troisième pour l’autel du carrefour le > plus proche1: dans cette pratique, nous surprenons le lien qui unit la religion du Lar familiaris à celle du Lar corripitalis. Après les funérailles, la maison ne redevenait pure que par le sacrifice aux Lares de deux béliers8. Au lendemain des Feralia , célébrés en l'honneur des morts et afin de resserrer les liens qui unissaient les survivants, les Lares avaient leur part dans la fête de caristia ou cara cognatio : « Offrez de l’encens aux dieux de la famille, s'écrie à cette occasion le poète, présentez-leur des mets, afin que le plat, tendu en signe de vénération, nourrisse les Lares à la tunique retroussée9. » On se recommandait à la protection des Lares quand on partait en voyage ou pour la guerre10; le culte des Lares viatorii, viales , semitales, attesté par un grand nombre d’inscriptions, celui des Lares militares et permarini , qui prit place dans la religion publique, sont d’abord des manifestations de cet usage. A sa libération, le prisonnier vouait aux Lares sa chaîne; le soldat après ses campagnes suspendait devant leur autel ou ses armes ou les dépouilles de l’ennemi11. Toutes ces pratiques concordent pour nous présenter les Lares, non comme des ancêtres déifiés exerçant après la mort une action salutaire sur leurs descendants, mais comme les bons esprits, subordonnés à Vesta et compagnons des Pénates, qui embrassent de leur protection tous les intérêts domestiques 12 .

1 l’iaut. Aul. 24; 385; Trin. 39 ; Hor. Od. III, 23, 3; Sat. 11,5, 12; Tib.I, 10, 15. - 2 Plaut. Rud. 1208; Tib. 1, 10, 26; 1, l, 22; Hor. Od. 111, 23,4; Sat. II, 3, 165, ou es Lares sont appelés aequi ; cf. le sacrifice de deux béliers aux Lares, piaculi causa, eu 1 an 183 et 224, par les Frères Anales, Henzen, Acta, p. 145 ; Cic. De cff. II, -1 , I, 10, 15 suiv. et les commentateurs. — 3 Virg. Aen. V, 743 suiv. ; cf. Hcrtzbcrg, De dis Romanonan, etc., p. 64 suiv. — 4 Cod. Theod. XVI, 10, 12.

° Pers. \ , 30 et suiv. ; Prop. V, 1,131; Petr. 60; c’est pour cela que les Lares sonl appelés bullati. Un Lare est ainsi représenté (fig. 4345) sur un autel de Caere, lonum. d. Instit. N 1 , 13, ct Annali, 1858; cf. Mus. Lateran. lab. 16, avec le commentaire de Garucci, ct Jalm, De larum imag. etc. ; Annali, 1862’, p. 309 suiv. ; u. p. 312 F ; et Henzen, Annali, 1858, p. 16. Par analogie, l'Amour sur une

fresque, Mon. d. Dist. 111, vi a, porte une bulle au cou, peut-être à cause de la présence des Lares dans le groupe. — opiaut. Rud. 1206 ; cf. Corp. inscr. lat. IX, 725; Plant. Aul. 385. — 1 Varr. chez Nou.p. 531 ; cf. Dion. Hal. Anf. rom. IV, 15, 4. — 8 Cic. Leg. H, 55 ; cf. Henzen, ActaFrat. Arv. p. 145. — OOv. Fast. Il, 617 ; Val. Max. 11, 1,8; Corp. inscr. lat. I, p. 386; c’est à tort que Marquardt ( Staatsverwalt . III, p. 127) mêle les Lares aux Saturnales. — 10 Plaut. Merc. 865 ; Mil. glor. 1339; Corp. inscr. lat. XII, 4320 ; XI, 3079 ct souvent ailleurs, entre autres Corp. inscr. lat, 11, 2417, 2518, 2572, 2987 ; IX, 9755; 111, 1422, et Henzen, Acta, p. 122. — 11 0\, Trist. IV, 8, 22; Prop. III, 30, 21 ; Hor. Sat. I, 5, 65. — 12 Vesta et les Pénates sont propres aux mailres seuls, les Lares embrassent également dans leur protection les esclaves ; cf. Premier, Op. cit. p. 245.

LAR

LAR

De même que l'idée du (renias , très simple à l’origine, s’est morcelée en une variété indéfinie de conceptions particulières1, ainsi la croyance au Lare unique el le même au fond pour tous, a reçu, quoique à un degré moindre, des applications diverses en dehors du cercle intime où elle a pris naissance2. Protecteur par essence de la maison où s’abrite la gens primitive, il se multiplie en devenant celui des individus isolés; il varie ses aspects suivant les cas particuliers où peuvent se trouver placés soit les individus eux-mêmes, soit la collectivité tout entière; une inscription mentionne les Lares d’un viens et d’autres les Lares d'une gentilitas3. Il semble même que par ce biais surtout les hellénisants aient plié la notion des Lares aux croyances de la Grèce sur les héros; Preuner a remarqué avec beaucoup de justesse que cette notion est tellement propre à la latinité que les Grecs, malgré la richesse de leur langue, n’ont pas de mot qui la traduise avec précision4; d’où les formules qui, par leur vague, favorisaient les assimilations inexactes ; ainsi, celle de Denys d’Halicarnasse qui parle des démons héréditaires de la famille d’Appius Claudius, entendant par là les Lares de la race 5. Dans le même ordre d’idées, Creuzer a essayé de démontrer6 que les Lares grondâtes , vocable sur le sens duquel on n’est pas fixé encore, étaient préposés à un culte propre aux Curies. Les anciens leur donnaient une signification politique en les rattachant (par grundire et grunditus) à la fable de la truie et des trente porcelets que Virgile a fait entrer dans son Enéide et qui symbolisaient les trente villes de l’antique confédération latine7.

C’est par la vénération des Lares Compitales 8 que nous nous rendons compte de la façon dont le culte des Lares en général est devenu public après avoir été privé à l’origine9. L’institution des Compitalia , attribuée au roi Servius Tullius, est, dans l’ordre des temps , la première manifestation de ce culte public; leur restauration par l’empereur Auguste en est l’épisode capital. Cependant, nous voyons déjà figurer les Lares comme des divinités nationales dans l’acte par lequel Decius se dévoue pour le salut de l’armée et de la République [devotio, II, 1, p. 118, 1] lu. Ils y sont invoqués entre Janus, Jupiter, Mars Pater, Quirinus, et les dieux Novensiles et Indigètes. Les Lares ainsi invoqués sont sans doute les mêmes que ceux qui portent plus tard, dans les inscriptions, le vocable de Mili tares, ceux dont un poète a dit qu’ils ont éloigné Ilannibal des murs de Rome et qui ailleurs sont désignés comme les défenseurs de la ville et de l’Empire11. Festus interprète de la même façon ceux qu’on appelait Hostilii , quoique le sens primitif denosïis invite plutôt à considérer ceux-ci comme les protecteurs

l Genius, p. 1492. — 2 Les Laressont appelés Fami/tares, C. i. /.IX, 2996, 3424;X, 773, 8067 (12); 8068 (3, 4), ces deux derniers exemples empruntés à des pierres servant de poidsà Pompéi. Us portent le vocable de Domestici, C. i. I. III, 4160 ; et. S. Ieron. In Esai. 57, 7: de même Silvanus ; ap. C. i. I. III, 3491. — 3 Lares vicuovis fagutalis, C. i. I. VI, 452 ; cf. Orelli, 1663, 1674, 2411, 2412; et le Supplément de Henzen, 7389, où il est question de Lares individuels, Lares d une décurie ou autre collectivité ; cf. dans la littérature l'expression de Lares Palrii, Tib. I, 10, 18 ; Ov. Rem. am. 237 ; Luc. I, 128, 507; Claud. XXVIII, 603 ; cf. C. i. /. III, 3529 et Orelli, 1667 ( Paterni ) ; de même les vocables tirés d'une localité : Albani, etc. ; Tib. I, 7, 58 ; Luc. VII, 394; IX, 992; C.i. I. 11,431, 2469; IX, 808; fréquents surtout en Espagne; cf. Wissoxva chez Roschcr, Op. cil. p. 1885. — 4 ffestia-Vesta, p. 246. — 5 Dion. Hal. Ant. Rom. XI, 14. — G Symbol., Il p. 854 suiv. — 7 11 vaut mieux, avec Sclioemann, mais sans y mêler 1 idée très improbable de Lares spéciaux pour les enfants morts avant le quarantième our et enterrés sub grunda, ce qui les faisait appeler subgrundarii, établir un rapport avec la grunda, l'avant-toit ou l’auvent de l'ancienne maison romaine. Voir les textes, dont l'un de Cassius Ilemina, chez Diom. I, 379 ; Non. p. 114; Arnob.

des citoyens qui vivaient ou voyageaient à l’étranger12. Ils seraient alors à rapprocher des Viales qui jouaient le rôle de la Fortuna Redux [fortuna, p. 1276], avec laquelle on les trouve associés parfois, notamment pour un sacrifice db deux béliers fait en 214 par les Frères Arvales, à l’intention de Caracalla parti en Nicomédie13. La phraséologie grecque n’a pas manqué d’assimiler les Lares militares à des héros en les appelant .; « les demidieux qui ont fondé la ville et établi l’empire universel ». Nous avons d’ailleurs une inscription votive en l’honneur

du lar victor, et une autre qui célèbre le Lare de Mars et de la Paix : martis et pacis lari, expression qui rappelle le dédoublement de certaines personnalités divines par la notion de leur Génie [genius, p. 1491] u. Les Arvales encore sacrifient à ce Lare guerrier un taureau blanc aux cornes dorées, comme à Jupiter, ob sa totem victoriamque germanicam , durant l’expédition entreprise en 213 par Caracalla contre les nations germaniques15. Reilï'erscheid 16 a reconnu les Lares militares sur une lampe d’argile où la Victoire est placée entre eux (fig. 4346).

Des préoccupations suscitées par la guerre maritime sortit un culte public des Lares Marini ou Permarini. Aemilius Regillus, préteur, leur voua un temple sur le Champ de Mars après sa victoire navale sur les généraux d’Antiochus (190av. J.-C.); ce temple fut dédié onze ans plus tard par M. Aemilius Lepidus, censeur 17 ; il s’élevait non loin des navalia et fut le seul qui, durant la Répu-

I, 15; Serv. Aen. V, 64; VI, 152; Fulgcnt. p. 560; cf. Sclioemann, Op. cil. p. 560. — 8 Nommés Compitales, ap. Varr. Ling. lat. VI, 25; Suet. Aug. 31; cf. Ov. Fast. II, 615; Compitalicii, Philarg. Virg. Georg. II, 382; ic;oy<Smot, Dion. Hal. IV, 14, 3; Quadrivii, Corp. inscr. Rli. 1139; cf. C. i. /. XI, 3079, avec les viales et les semitales. — 9 Voir compitalia, 1, 1, 2, p. 1428, et Gilbert, Gesch. und Topographie, H, 375 suiv. ; appelés publici, C. i. I. Il, 816, 817 ; V, 2795; VI, 456, etc. — 10 Tit. Liv. VIII, 9, 6; cf. Wissoxva, De dis Romanorwn indigetibus, p. vu et s. — '• Prop. III, 3, 10 ; cf. Ov. Fast. V, 135 ; Sil. Ital. Pan. Il, 592, où ils sont confondus avec les Mânes ; cf. Mai l. Cap. 1, 46, 48, et II, 9, 2; Excerp. Vatic. Diod. 37, Il (Dindorf). - «2 Paul. D. p. 102; cf. Scliocmann, Op. cit. p. 305. — O Henzen, Acta, p. 122 ; cf. C. i. I. 111, 1422; for- TCNAE REDUCI LARI VIAL1 ROMAE AETERNAE. — U C. i. I. XI, 2096; Orelli, 16/3; Corp inscr Rh. 484 et H hein. Muséum, XIX, 53 (N. série). On peut comparer l'expression de Lar Vulcani, chez Claud. XXXVII, 86. - 13 Henzen, Acta, p. 86; cf. C. i. I. III, 3460, 3463; Orelli, 1065. — 16 ( Annali , 1863, p. 131, n. G) ; cf. Arch '.Zeit. 1852, pl. xxxix, 3. - 17 Tit. Liv. XL, 52 ; Macrob. I, 10, 10; Fasti Praenest. 22 décembre, et Mommsen, C. i. I. I.P-409 ; appelés marini ap. Nonius.p. 538 b.

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