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le rationalis summae rei , auquel succède, sous Constance, le cornes sacrarum largitionum , qui a, sous son autorité, des rationales ou comités largitionum d’un rang inférieur, répartis dans les différents diocèses. L’autre branche du service des finances, la res privata que Septime Sévère avait créée, est confiée à un cornes rerum privatarum ou prie a tara m largitionum. Mais, comme les deux caisses, quoique restant séparées, appartiennent à l’empereur qui en a la disposition et ordonne les dépenses, il est difficile de bien faire le partage entre les attributions des deux collègues. Ils ont, l’un et l’autre, une administration considérable, officium , et de nombreux employés 1 [aerarium, p. 118 ; fiscus, p. 2044 ; patrimonium ; res privata]. Henry Thédenat.
LAROPIIORUM. — Ce mot, qu’on ne rencontre que dans une inscription1, désigne un support sur lequel
étaient placées les images soit des Lares, soit aussi bien d’autres divinités ; c’est de la même manière que lararium est devenu sous l’Empire le nom du sacellum où les images des Lares étaient réunies à beaucoup d’autres qui étaient l'objet d’un culte domestique (voir p. 947). La figure 4350 de l’article lares montre un de ces supports en bronze consistant en un soubassement mouluré, de forme carrée, entaillé par devant pour faire place à des degrés au haut desquels un Lare est debout, ayant à ses côtés un serpent barbu, un coq, un porc et un petit autel. Il existe dans les collections un certain nombre de groupes analogues où, sur des bases carrées, circulaires ou disposées en hémicycle, sont placées une ou plusieurs figures de divinités et quelquefois des candélabres2, des récipients pour l’eau lustrale ou pour des parfums. L’exemple que nous en donnons (fig. 4352) appartient au Musée de Vienne (Autriche)3; il est en bronze; une statuette de Jupiter en occupe le centre ; un enfant est accroupi à sa gauche; une autre figure devait correspondre à celle-ci, à droite ; peut-être celle de la Lune, qui a été trouvée au même endroit, faisaitelle partie de ce groupe. Derrière Jupiter, une tige tordue en spirale sert de candélabre. E. Saglio.
LARVAE. — Nom que portent en latin les revenants
LARGITIO. 1 Cf. Mispoulet, Les institutions politiques des Romains, t. I, p. 325 ; t. II, p. 296. On trouvera la bibliographie et le détail de cette administration aux mots aerabiüm et fiscus.
LAROPHORUM. t Corp. inscr. lat. III, 1952. — 2 Cf. Orclli, 2505 : . delficam
CUm laribus et ceriolaris ». Delfica est un support en trépied [tiupus]. — 3 Jahrbuch des arcli. Instit. VII, Anzeiger, p. 54, trouvé près de Comorn, en Hongrie. Voir au même musée des groupes analogues; Sacken. Bronzen d. Antik. Cabinets, pi. i : Saicken et Kenner, Sammlung . d. Münz. u. Antik. Cabinets , 18G6, n. 1 199; cf. les groupes du Cabinet de France, Babelon et Blanchet, Bronzes delà Bibl.nat. n. 249-251.
LARVAE. l Serv. Aen. VI, 152 : Umbras Larvas vocamus ; cf. Ibid. III, 63; Non. Mare. p. 135; Aug. Civ. B. IX, 11, où Larvae et Lemures sont synonymes. Cf. Apul. Deo Socr. p. 237, et Mari. Cap II, 9. — 2 Virg. Aen. X, G 41 ; Lucr. I, 133 suiv. ; Plut. Quaest. rom. 51 ; Plaut. Aul. IV, 4, 15, où le poète écrit Lâruae par diérèse, la première syllabe restant longue, ce qui fait rattacher le mot à Làrunda
et les spectres1. La croyance que les âmes des morts viennent errer parmi les vivants pour les tourmenter ou implorer leur pitié a été répandue de toute antiquité chez les peuples de l’Italie 2 . Les Larvae dans la littérature sont à proprement parler celles qui ont emporté de leur existence terrestre la tare de quelque crime ou tout au moins la marque d’une fin tragique et violente. C’est par là qu’elles diffèrent des lemures ; l’action des Larvae sur les vivants est, chez les auteurs, réputée funeste et leur nature invariablement mauvaise3.
Ces Larvae furent néanmoins bien vite confondues, tantôt avec les lares, tantôt avec les mânes ; elles n’avaient avec les premiers qu’une ressemblance de nom, peut-être toute fortuite ; avec les seconds, une analogie de signification générale, les unes et les autres étant des esprits des morts4. Les antiquaires et les mythologues philosophes comme Varron établirent une hiérarchie; les Larves furent aux Lares ce que les démons mauvais furent aux bons démons ; les Lemures et les Mânes eurent un caractère indéterminé, et la mère ou grand’mère des Mânes, Mania , compta également les Larves parmi sa lignée 5.
Ce qui caractérise avant tout les Larvae , c’est qu elles exercent une action sur le monde des vivants auquelelles viennent se mêler. Les hommes tourmentés par elles étaient appelés larvati ou cerriti , ce qui revenait à dire qu’ils étaient en proie à l'hypocondrie, aux folles terreurs, ou simplement à l’extravagance 6 ; l’épilepsie même, pour quelques-uns, rentrait dans la catégorie des maux causés par ces fantômes 7. « De quelle maladie le vieux est-il possédé? dit un personnage de Plaute; est-il livré aux Larves ( larvatus ) ou simplement cerritus ?8» On expliquait ce dernier mot, sur la foi d’une fausse étymologie, par l’action funeste de Cérès9. Alcmène, séduite par Jupiter sous les traits d’ Amphitryon, est dite : larvarum plena *°, ce qui correspond à la notion chrétienne de la possession démoniaque. Pour s’en guérir, on recourait, tout comme plus tard au moyen âge et déjà dans le Nouveau Testament, à de véritables exorcismes ; le patient était soumis à des lustrations ; on faisait en son nom des offrandes purificatrices; c’est-à-dire qu’on le portait à la ronde dans un temple ( circumferre ) avec des torches de résine, du soufre allumé, des victimes expiatoires 11 ; nous trouverons d’autres pratiques plus simples au service des mêmes superstitions, pour la conjuration des lemures.
On voit qu’à Rome, dans les milieux populaires où les Larvae ont conservé du crédit, même aux époques cultivées, l’élément terrible est tempéré par le grotesque. 11 est souvent question des Larvae dans la comédie de Plaute, et la Mostellaria , sans que leur nom soit prononcé, suppose la croyance aux revenants ; mais cette croyance n’y va jamais sans une nuance de ridicule1-.
et distinguer de Lùres ; cf. Capt. III, 4, 66 ; Apul. Met. IX, 29 ; Anuu. Marc. XIX , 1 1, 17. — 3 Festus, p. 95 ; 169 ; Isid. IV, 7, 8; VIII, 11, 101. — 4 Aug. Civ. D. I. c. d'après Varron (fragm. 232). — 6 Apul. De Deo Socr. XV, 15 ; cf. Roscher, Ausführlichcs Lexikon, etc. p. 1889; sur la parenté prétendue des Larves et des Lares, voir Schoemann, Opusc. Academ. I, p. 362 suiv. ; réfute par Wissowa, chez Roschcr, loc. cit. ; voir aussi Hartung, Religion der Boemer, I, p. 68 suiv. et 44, note. Poui Mania, mère ou grand’mère des Larvae , voir Fest. p. 128. — - 6 Menaechm. l.c. , cf. Non. I, p. 31 B; Fest. p. 88 et p. 42; et Hor. Sat. II, 3, 278, avec les commentateurs. — 7 Isid. Orig. IV, 7, 8. — 8 Fragm. ap. Non. I, p. 113. 9 Non.
p. 44 ; cf. Festus, p. 88 et 42, et Vanicek, Etymol. Woerterbuch : voir Cerritus. — 10 Amph. V, 2, 145.— H Serv. Ad. Aen. VI, 229; cf. Juv. II, 157, elle vers de Virgile (loc. cit.) : ter socios circumtulit unda. — 12 Outre les passages déjà cités, voir Cas. III, 4, 2 ; Amphitr. II, 2, 145 ; Menaechm. V, 4, 2 ; Mostell. II, 2, 68; Bud. IV, 3, G7,'ctc. ; cf. Arnob. VI, 25.
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Comme les Larves molestent les vivants par les visites qu’elles leur font la nuit, on en vint à imaginer quelles exercent dans les enfers la fonction de tortionnaires ; ainsi, chez Sénèque, Janus s’égaye aux dépens de Claude et fait livrer aux Larvae, pour qu’elles les rouent de coups, ceux d’entre les mortels qui ont usurpé sur terre les honneurs de l’apothéose1 * * *; et Pline l’Ancien cite le mot de Plancus à qui l’on annonçait qu’Asinius Pollion préparait contre lui des libelles diffamatoires, destinés à ne paraître qu’après sa mort : « II n'y a que des Larves pour lutter avec les morts -. »
Sur la foi de ces textes, certains interprètes modernes ont voulu voir des représentations de Larvae sur les monuments étrusques qui empruntent au monde des morts des scènes de superstition sombre et terrifiante. Les ligures noires qui, sur un tombeau de Tarquinii, sont mêlées à la scène du départ des morts pour les enfers, celles de même nature que nous donnent les tombes de Corneto et qui remplissent le rôle que la fable hellénique prête aux Furies devraient être, à ce compte, considérées comme des Larvae 3 ; de là à dire que celles-ci sontd origine étrusque, il n'y avait qu’un pas. Mais cette origine n’est elle-même nullement démontrée, et les monuments authentiquement romains donnent à ces figures une individualité qui les distingue de toutes les autres semblables, aussi bien des démons tortionnaires que des Mânes et des Larves ; elles s’y offrent à nous depuis la fin de la République romaine, sous la forme du squelette humain ; Lessing s’en est avisé le premier dans une monographie célèbre A
A s’en tenir au témoignage des auteurs latins, l’opinion se représentait les Larves, tantôt comme des spectres pâles à la face grimaçante5, ce qui paraît être le cas de Plaute ; tantôt comme des squelettes ou des mannequins grotesquement articulés, susceptibles de prendre les attitudes les plus caricaturales. Sous ces traits, elles figurèrent dans les Atellanes et autres spectacles populaires6; elles servirent, comme la lamia chez les Grecs, à effrayer les enfants dans les contes de nourrices. Enfin, chez Trimalcion, un esclave dresse sur la table du festin une Larve, squelette d’argent dont l’agencement se prête à toutes les contorsions, image de la mort horriblequi excite à jouir de la vie. Sénèque, d’autre part, ne laisse aucun doute sur l’usage répandu de son temps de représenter la Larva sous la forme du squelette, lorsqu’il parle de la figure des Larves formée d’ossements nus qui sont rattachés entre eux: larvarum habituai nudis ossibus cohaerentium 7. Voilà les deux textes que Lessing a interprétés, dès 1769, avec sa perspicacité habi-
1 Senec. Apocol. 9. — 2 Plin. Hist. nat. Pracf. 31 : cum mortuis non nisi larvas luctari. Voir plus bas la mention d’une lampe d’argile (fig. 4354) sur laquelle est représentée la lutte de doux squelettes [Mélanges de l'École franc, de Home, 1887, pl. vii, fig. 5). — 3 Daemon, II, 2, fig. 2286. Pour Lemur et Larva chez les Étrusques, voir Mueller-Dcecke, Die Etrusker, II, p. 95, 101 ; cf. Ilartung, Die Religion der Roemer , I, p. 70, et Preller chez Pauly, Realencycl. IV, 792, citant les peintures des tombes de Corneto. — 4 Lessing, Wie die Alten den Tod gebildet (1769) ; tome XI de l’édition Lachmann, p. 1 suiv. ; voir surtout p. 7, 25, 10 su*v- — 5 Sid. Apollin. Epist. lit, 13; Apul. Apol. p. 533, et les lexicographes, notamm. Étym. Magn. v. SxEktTÔ;, vtxjôî. — G Munck, De fabulis Atellan. p. 39. — 7 Senec. Ep. 34; Petr. Sat. 34; Priap. 33 ; Isid. Orig. VIII, il, 101;
Fest. p. 93; 169 ; Ov. Ibis , 146 : ossea forma ; cf. de Witte, Note sur un vase de tn ie, dans les Mémoires de la Soc. des Antiquaires de France , 1869, p. 163 ; Aichaeol. Anzeiger , 1889, p. 106 et Treu, De ossium humanorum larvarumque
apud antiquos imaginibus, Berlin, 1874, p. 50 suiv. — 8 Voir pour l'énumération
de quelques-uns de ces monuments, la lettre de Klotz qui a donné occasion à Lessing
de défendre ses idées sur les représentations de la mort par les anciens : préface
6 ^ °PUSCU'(‘. p. 5 suiv. ; avec Winckelmann, Allégorie, p. 81 ; Spon, Recherches
tuelle et qu’il a éclairés par l’examen du petit nombre de monuments figurés connus alors, sur lesquels les squelettes humains jouent un rôle 8.
Depuis Lessing, des découvertes chaque jour plus nombreuses ont confirmé son interprétation, sous cette réserve que les Larves squelettes ne représentent pas nécessairement des âmes coupables et mauvaises, mais des âmes quelconques, même d’hommes éminents dans les lettres et dans la philosophie, dont les artistes n’ont pas hésité à traduire la destinée dernière parles traits du squelette, afin de mieux marquer l’inanité de leur gloire et d’engager ainsi les vivants à jouir des biens positifs d ici-bas. En 1810, le chanoine de Jorio signalait un bas-relief découvert à Cumes dont deux faces exprimaient la félicité des morts dans les Champs Élysées, alors que la troisième
nous en montre comme la caricature macabre (fig. -4353), sous les traits de trois squelettes ou corps décharnés dansants 9. Nous connaissons aujourd’hui un bas-relief de marbre, malheureusement mutilé, qui représente un squelette jouant de la double flûte et à côté un squelette dansant que l’ouvrier chargé de nettoyer le morceau a brisé 10. De tous les deux on peut rapprocher une pierre gravée, sur laquelle un squelette danse, tandis qu’un Satyre ou un Silène lui joue de la flûte u.
Une seconde catégorie de monuments du même genre nous est fournie par des lampes sépulcrales, dont la première a été étudiée par de Witte en 1870 12 et dont la série entière forme la matière d’une monographie dans les Mélanges de l’ École française de Rome 13 ; deux sont particulièrement intéressantes. Suri unenousvoyons deux squelettes debout, dansant l’un vis-à-vis de l’autre, sujet familier au moyen âge, consacré depuis lors par la peinture des grands maîtres et par la poésie de Goethe, et qui se trouve reporté ainsi à la meilleure époque de l'art gréco-romain14; l'autre nous montre un personnage
p. 93 ; Miscellan. Antiq. p. 7; Fabrelli, Inscript, cap. I, p. 17 ; Gori, Inscript. Antiq. quae in Etruriae urbibus exstant, pars I, p. 382, 455; cf. du même, Muséum Florentinum , n» 913 ; Buonarotti, Osserv. sopra alcuni vetri, t. XXV11I, 3; du même : Vetri antichi, p. 193 ; Lippert, Daktyliothek, n° 998. — 9 De Jorio, Scheletri Cumani dilucidati, etc., Naples, 1810; Sickler, De monum. aliquot e sepulcro Cuman. etc. Weimar, 1812; sujet repris par Olfers, U cher ein Grab bei Cumae mit Riicksicht auf das Vorkommen mit Skeleten unter den Antiken , Berl. Akadem. 1831, p. 40 suiv. — 10 Le Blaut, De quelques objets antiques représentant des squelettes , dans les Mélanges de l’École franc, de Rome, 1887 , p. 251 suiv. 11 Gori, Mus. Florent. 91, 3 ; S. Reinach, Pierres gravées, pi. ii.ui, n. 90 ; voir aussi les pierres du Musée de Berlin, Furtwangler, Reschreib. d. gesclin. Stein. n. 6518 et s.; du Brilish Muséum, Smith et Murray, Catalog. n» 2053.
12 Bull, de la Soc. des Antiq. de France, 1870, p. 107. — 13 T. VII, 1887,
p s>5 2, et pl. vu ; les deux lampes que nous citons Ça seconde reproduite après de Witte) portent les n»» 1 et 2 ; la première aussi chez Comarniond, Descript. des intiques du Musée de Lyon, pl. iv, et ailleurs; Treu, p. 31, en cite un second exemplaire au Musée de Berlin. — 14 Voir l'article de Wunderer, Ein Antiker Todtentans, dans Illustriertes Universum, 1897-98, p. 555 suiv.
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dans l’attitude delà discussion, assis, les jambes croisées, le bras droit détendu par le geste familier à l’orateur, et dont l’attention semble partagée entre un squelette dressé devant lui et un enfant au maillot étendu par terre; il s’agit évidemment d’un philosophe, prononçant une declamatio{\uikirrù sur le mystère delà naissance et de la mort.
Une particularité digne de remarque, c’est que la signification morale de plusieurs de ces scènes est soulignée, non pas seulement par la danse et les instruments de musique, mais par la présence d’attributs empruntés au culte de Bacchus *, tels que des masques ou le thyrse qui figure, entre autres, sur une lampe d’argile (fig. 4354) représentant deux squelettes aux prises à la manière des lutteurs 2. A côté d'un squelette qui orne le chaton d’une bague en argent, travail délicat du i" siècle de notre ère3, on voit (fig. 4355) une amphore couronnée de fleurs et au-dessus le papillon symbolique, image de l’âme immortelle ; on dirait le commentaire, relevé d’ailleurs par des intentions spiritualistes, des odes où Horace engage un ami à goûter les biens de la vie, jusqu’à l’heure où le sort commun nous mènera tous, par le Styx. à l’éternel exil L Cette association de l’idée de la mort, incarnée dans la Larve hideuse, avec celle des jouissances sensuelles n’apparait nulle part avec plus d’évidence que dans les vases qui, destinés aux festins \ portent en relief sur leurs flancs les squelettes que Trimalcion plaçait sur sa table. Le premier, en argile, découvert en 1865 à Ileudebouville,’ dans l’Eure, et conservé au musée d’Orléans ", est orné de quatre squelettes, groupés autour d’un autel que surchargent des instruments se rapportant à la navigation, un gouvernail, un aviron : allusion probable au voyage vers les Enfers ou vers les Iles Fortunées 1 ; sur les bords du vase sont figurés trois masques comiques; les squelettes, dont les os saillants ont conservé la peau adhérente, dansent du même mouvement discret que nous avons noté sur une des lampes citées plus haut ; le coryphée tient d’une main une bourse pleine et de l’autre un pot à vin ( capis ); de Witte en a pris occasion pour passer en revue un grand nombre de représentations analogues, urnes cinéraires, figurines de bronze, dont plusieurs votives, trouvées dans le lac de Falterona en Toscane 8, bas-reliefs et pierres gravées qui sont redevables au
l Treu, Op. ciï.p. 20 s.; cf. Le Blant, Op. cit. p. 254. — 2 Le Blant, pl. vu, n° 5 ; on songe à la description des Champs Élysées par Virgile, Aen. VI, 642 : Pars in gramineis exercent membra palaestris, Contendunt ludoet fulva luctantur harena. — 3 Le Blant, Op. cit. p. 253, pl. vii, n» 4, qui compare Buonarotti, Frammenti di vetri antichi, p. 193, pierre gravée représentant un squelette avecun papillon, un vase et l’inscription KT12 XPQ. Voir aussi Ficoroni, Gemmae ant. litterat. Rome, 1758, pl. vin. — '* Od. II, 3, avec la conclusion; cf. Ibid. 14, etc.
— B Sur les inscriptions : Béjouis-toi (tùtppciîvou) ; Bois et riijouis-toi (m’/t, sùojaivou). Voir Sccchi, Campione d'anlica bilibra, p. 26, et de Witte, Op. cit. p. 109, n. 1.
— 6 Étudié par de Witte, Mém. de la Soc. des Antiq. de France , 1869, p. 160, suiv. avec une planche ; cf. Ballet. 1867, p. 108, et Comptes rendus de l’Acad. des Inscr. et Belles-Lettres, 1866, p. 389. — 7 De Witte, loc. cit. p. 169. — 8 Pour ces derniers, voir Ballet, de ïlnstit. Arch. 1838, p. 65 suiv.; 1842, p. 179 ; 1845, p. 96; Micali,
squelette de leur originalité artistique et morale. Des fragments de tasses en terre d’Arezzo présentent l’image de squelettes portant des fruits, des plateaux chargés, des guirlandes 9.
Tous ces monuments, qui éclairent d’une si vive lumière non seulement la question spéciale des Larvae, mais celle, plus générale, de la représentation de la mort par l’art gréco-romain sous l’Empire, passent au second plan, grâce à deux gobelets en argent qui font partie du trésor de Boscoreale 10 et que l’on peut dater, presque à coup sûr, des règnes d’Auguste ou de Tibère 11 . Nous n’avons pas à entrer ici dans la description détaillée de ces morceaux d’orfèvrerie ; mais nous devons en retenir pour notre sujet ce fait qui a son importance : c’est qu’outre les squelettes anonymes qui ont fourni les motifs d’ornementation, nous en rencontrons que l’artiste a désignés par leurs noms, et que ces noms comptent parmi les plus célèbres, les plus respectés de l’histoire des Lettres et de la Philosophie antiques. Il n’est donc plus vrai de dire que les Larvae impliquent forcément, à cette époque, l’idée
d’âmes coupables ou mauvaises, par opposition avec les Lemures ou les Mânes 12. Chacun des gobelets nous offre des poètes et des philosophes : le premier (fig. 4356), les poètes Ménandre, Archiloque et Euripide ; les philosophes Monimus, de l’École cynique, et Demetrius de Phalère, péripatéticien ; le second, les poètes Sophocle et Moschion avec les philosophes Zénon et Epicure. Ces deux derniers sont aux prises, dans une lutte de doctrine, 1 un fort animé comme il convient au stoïcien intraitable, l’autre plein d’indifférence, uniquement préoccupé d’un énorme gâteau placé sur une table devant lui ; à ses pieds, un petit cochon semble réclamer sa part : spirituel commentaire du mot d’Horace : Epicuri de grege
Mon uni. Incd. p. 86 s. ; pour l’ensemble, Olfers, Op. cit., qui est loin d être complet, surtout aujourd’hui; et A. Maury, Revue arch. t. V, 1847, p. 287 suiv. Le travail d’ensemble le plus récent est celui delà comtesse Caetani-Lovalelli, Monum. antichi dei Lincei, 1895, avec pl. Du môme auteur, Thanatos, Rom.. 1888 (pieiie gravée, mosaïque avec l'inscription yvù>6i uau-tov). Voir aussi Longpêricr, Notice des bronzes du Louvre , n° 691; S. Rcinach, Répertoire de la statuaire , II, p. 691. — ^ Lovatelli, Op. cit. p. 13. — 10 Au Louvre ; Héron de Villefosse, dans les Monuments et Mémoires (Fondation Piot), 1899, t. V, p. 5b suiv., pl. vu et vm. H La date est donnée, approximativement, par les qualités de 1 exécution et, d une façon plus précise, par l’orthographe EEATON pour EEATTON d’une des inscriptions au pointillé ; voir la dissertation de II. de Villefosse, p.61,n. 2. 12 En réalité, la classifi¬
cation des daemons grecs et des variétés diverses d’esprits qu’a connus la religion romaine est le fait des philosophes plutôt que delafoi populaire ; voir lares, p. 9*0.