IV, 58; V
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peut même se demander si ce n’est pas aux révolutions qUi divisèrent alors l’Étrurie, qu’il faut, en grande partie, attribuer sa décadence politique.
Nous ne savons pas quelle était exactement la formé du gouvernement dans chaque cité étrusque. Un assez grand nombre de textes mentionnent l’existence de rois en Étrurie 19°, entre autres Arimnestos qui consacra un exvoto à Olympie121, Porsenna, le fameux roi de Clusium122, Tolumnius123, Propertius124, Morrius128, Thebris126, rois de Veies. Mais étaient-ce bien des rois dans toute l’acception du terme? Peut-être le titre de roi n’est-il, dans la bouche des auteurs grecs ou latins qui l’emploient, qu’un équivalent plus ou moins juste pour désigner le premier magistrat d’une cité. Une chose paraît certaine, c’est qu’il n’y avait pas de royauté héréditaire en Étrurie. Les rois de Veies sont des rois élus127. Autant qu’on peut le conjecturer, le chef d’une cité étrusque devait être une façon de prince électif, nommé à vie par les membres des familles lucumoniennes et sans doute parmi les lucumons ; quelque chose d’analogue aux premiers rois de Rome, élus par le sénat patricien et gouvernant avec lui. Comme ceux-ci, le roi étrusque était assisté d’un conseil de lucumons, que les auteurs assimilent au sénat romain 12S. Comme dans la Rome royale enfin, il semble qu’il y ait eu des assemblées populaires ’29.
Si la cité étrusque était une fédération de curies, l’empire étrusque était une confédération de cités. Le nombre des cités confédérées était de douze, nombre consacré sans doute par certaines théories religieuses, puisqu'on retrouve de même douze curies dans la cité de Mantoue130. Partout où les Étrusques ont été conduits à s’organiser en corps politique, on retrouve une dodécapole, en Toscane131, au nord de l’Apennin132, en Campanie133. Au temps de l’Empire, quand l'Étrurie n’a plus d’indépendance et n’est qu’une partie du domaine romain, le symbole de la province est encore une dodécapole, que l’on avait représentée sur le soubassement quadrangulaire du monument élevé à Claude, soubassement dont une des faces (fîg. 2771) a été retrouvée à Cervetri134. La confédération des douze cités toscanes, dont la métropole paraît avoir été Tarquinii, est la seule sur laquelle nous ayons quelques renseignements135, et encore ne sont-ils pas très précis. Nous ne connaissons avec certitude ni les noms des villes qui la composaient, ni l’étendue des territoires dont ces villes étaient les capitales. Les différentes listes, que l’on a essayé de dresser en combinant les témoignages antiques, ne sont pas d’accord entre elles138. En reprenant tous les textes, on arrive à trouver, en Toscane, non pas seulement douze, mais dix-sept villes, ayant toutes à peu près les mêmes titres à figurer dans le catalogue des cités confédérées 137. 11 est probable que, dans le cours des âges, certaines villes ayant décliné, d’autres ayant prospéré, les capitales des douze districts ne sont pas toujours restées les mêmes. Il pouvait arriver encore que telle ou telle ville se
120 Varr. De re rust. Il, 4; Festus, s. v. Sardi vernies ; Dion. liai. II!, 61; Macro!). Sat. I, 15, 13; Propert. III, 9; IV, 8, 1; Horat. Od. I, i, 1; III, 29, 1; Sat. I, 6, 3 et s. ; Mart. XII, 4. 2. — 121 Pausan. V, 12, 3. — 122 Strab. V, 2, 2, p. 220 : ° Tùv IQoi„H»Uv Tit. Liv. II, 9, 1; Dion. Hal. V, 21 ; VI, 74; Plut. Public.
16. — 123 Tit. Liv. IV, 17. 1 21 Cat. ap. Serv. Ad. Aen . VII, 697. — 123 Serv.
Ad. Aen. VIII, 285. — 126 Varr. De ling. lat. V, 30. — 127 Tit. Liv. V, I, 3. — 128 Tit. Liv. IV, 58, 6; V, 27, 10 et 1 1 ; XXVII, 21 et s.; 24, 4; Appian. Bell, civ. V, 48 : Zonar. VIII, 7, p. 287. — 129 Tit. Liv. V, 27, il ; X, 3 et s. — 139 Serv. Ad Aen. X, 202. — 131 Tit. Liv. IV, 23; V, 33; Dion. Hal. VI, 75. — l32 Serv. Ad Aen. VI, 198. — 133 Strab. V, 4, 3, p. 202. — 134 Annali, 1842, p. 37, pi. c.
mît, par sa politique personnelle, hors la loi de la confédération et en fût, pour un temps ou pour toujours, exclue par le consentement unanime des autres : tel fut le cas
de Veies par la faute d’un de ses rois138; tel était le cas aussi des cités qui refusaient leur concours militaire au moment d’une guerre votée par la confédération139.
Les affaires de la confédération étaient gérées par un conseil, analogue aux amphictyonies de la Grèce [ampiiictyones] . Les assemblées de ce conseil se tenaient, comme celles des Amphictyons, dans un sanctuaire, au temple de Voltumna110, dont l’emplacement ne saurait être déterminé avec exactitude, mais qui paraît avoir été situé dans la Toscane méridionale, sur le territoire de Vulsinii11'. Les réunions ordinaires étaient annuelles112 et avaient lieu au printemps143, mais il pouvait y avoir aussi des réunions extraordinaires sur la demande d une ou de plusieurs cités confédérés, qui envoyaient à cet effet des députés aux autres141. Un peuple étranger même, pourvu que sa politique fût liée à celle de la confédération, pouvait, le cas échéant, prendre l’initiative d’une convocation148. Quand les circonstances étaient particulièrement critiques et nécessitaient un concert de tous les instants, les réunions se multipliaient et se suivaient à peu d’intervalle, comme cela eut lieu au moment où Veies était sur le point de succomber146.
On ne sait pas quelle était la composition de l'assemblée. Chacune des cités confédérées y était évidemment représentée par un ou plusieurs députés choisis parmi les lucumons 141 . Peut-être le premier magistrat de chacune d'elles faisait-il aussi de droit partie du conseil.
135 Noël des Vergers, I, p. 149 et s. — 135 Noël des Vergers, I, p. 203; Dennis,
Cities, I, p. xxxii, note 6; Bormann, Der Stacltebund Etruriens ( Arch . epigr. Mittheil. von Oesterr . Xl° année, p. 103-126). — 137 O. Müller, Eirusk. I, p. 327.
— 133 Tit. Liv. V, 1. — 130 Dion. Hal. 111, 57: tyiv 8l |xV] UETÉ/ouixav or-rpa-reta; exaî:oV$0v elvai. — 104 Tit. Liv. IV, 23, 24, 25, 61 ; V, 17 ; VI, 2. On remarquera que le conseil des Amphictyons représente aussi douze peuples. — 141 O. Millier, o. c. I, p. 330, note 39; Dennis, o. c. II, p. 32, note 9. — *42 Tit. Liv. IV, 25, 7.
— 143 Tit. Liv. VI, 2, 2. — 144 Tit. Liv. IV, 23, 5. — 14b Id. X, 16, 3. L’armée samnite demande que l’assemblée se réuuisse. — 146 Tit. Liv. IV, 61, 2. — 147 Id. Vï, 2 « Etruriae principum » ; X, 10, 3 « principum Etruriae concilium
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Les assemblées réglaient les affaires communes de la confédération. Elles décidaient, en particulier, de la paix ou de la guerre148 et nommaient, en cas do guerre, le généralissime149. Les décisions votées par le conseil devaient être exécutées par l’ensemble des confédérés, et notamment quand il s’agissait d’une expédition à entreprendre en commun, toutes les cités étaient tenues d y prendre part, sous peine d’être exclues du pacte fédéral100.
L’antiquité ne concevant pas une communauté politique qui ne fût pas en même temps une communauté religieuse, le conseil se trouvait être, par le fait, une sorte de concile sacré, comme l’était d’ailleurs en Grèce le conseil des Amphictyons. 11 avait à élire le grand prêtre de la confédération10' et à célébrer des sacrifices solennels accompagnés de jeux et de spectacles lo2. Le sanctuaire de Voltumna devenait alors le rendez-vous de l’Ëtrurie, et comme de toutes parts on accourait pour assister aux fêtes, ce concours de monde attirait les marchands 103 : les abords du temple se transformaient en une vaste foire, analogue à celles auxquelles donnaient lieu les grandes panégyries de la Grèce [ludi, ferle].
Institutions religieuses des Étrusques. — Tous les peuples antiques se sont plu à vanter leur piété, et chacun d’eux se piquait d’être plus religieux que les autres. Mais il n’y en a point dont les prétentions paraissent plus justifiées que le peuple étrusque. Tite-Live l’appelle une nation religieuse par excellence 154 et Arnoho dit que l’Étrurie est la mère de la superstition155.
Nous n’entreprendrons pas de faire ici le catalogue des divinités adorées par les Étrusques158. D’abord nous ne les connaissons pas toutes. Ensuite, la plupart des noms qui sont venus jusqu’à nous, nous ont été conservés par des miroirs gravés qui datent du in0 siècle avant notre ère, c'est-à-dire d’une époque où la mythologie étrusque avait été profondément modifiée sous lintluence de la mythologie hellénique. Enfin, il est à peu près impossible de faire le départ entre les dieux d’origine proprement étrusque et les dieux italiques, dont les tribus étrusques ont trouvé le culte déjà installé dans la Péninsule
lors de leur immigration, et dont ils ont insensiblement accepté la tradition. Ce qu’il importe surtout de déterminer, c’est le caractère et l’esprit de la religion des Étrusques.
Le trait principal de cette religion, c’est qu’elle est fondée sur une sorte de hiérarchie divine. Le monde surnaturel comporte plusieurs degrés.
Au degré le plus élevé se trouvent placées des divinités mystérieuses, impersonnelles, impénétrables, dont
U8Tit Liv IV 23 7 « Consiliaad niovenda bella... ad fauum Voltumnae agitata»; VI, 2, 2 » conjurationem de belle ad fauum Voltumnae factam. » - 149 Dion. liai. 111, 6,. niod V 40. — ISO Voir note 130. — 181 Tit. Liv. V, 1, S. • ’ •
i’3 II 14 il* IV 93 • VI 2 2 « conjurationem de bello ad fauum Voltumnae factam Jrcatoràs allant’. - «V Id. V, 1, 6 « Gens ante omn» alias eo magis dedita religionibus, quod excellerai arte colendi cas. » - 155 A- b. Ado.
aeni VII 26 « Genitrix et mater superstition» Etrurm - 150 Co catal°»U0
été fait par Gerhard, Ueber die Gôttheiten der E truster (dans les Abhandl. der 4,7 iQili n 517 et s.). Voir aussi Gerhard. Ueber die Etrusk. Gotteina m"n'(dans 'le Zeitschrift fttr Alterthumswissenschaft, 1847 , n. 85); 0. Muller MrJter II p. 42 et s.; Academy, n« 810, 12 nov. 1887. - «1 Arnob. Adv. gant. i * . ùuiltiutrorsus ;t^ ££=
rM^rrnTutr^uc-oup derLonqu’U s'agit ici des dieux voilés^ H ! 4 note 0) - «8 Senec. Qu**, nat. II, 41 (d’après Caecma de Volaterrae
j avat écrit un ouvrage De etrusca disciplina ) ; Festus, ». Manulnae. Gerhard Z Ftruster pl. xl) reproduit un dessin provenant des archives de S e :« — Lx'persliages voilés, assis dos il dos On a voulu y voir
sr.srrs.*1 “ s » - a - •*»•
nul ne peut dire le nom, ni le nombre, ni la figure, qu’on ne doit pas chercher à connaître, qui demeurent cachées dans les profondeurs du ciel, et dont la puissance est d’autant plus redoutable quelle est moins définie151. On les désigne par les termes vagues de dieux voilés, dii involuti , ou de dieux supérieurs, dii superiores i58. Ces divinités abstraites et insaisissables se confondaient probablement, pour les Étrusques, avec le Destin, avec ce démiurge anonyme et mystérieux qui, selon Suidas (si tant est que Suidas n’ait pas mêlé des traditions orientales et astrologiques aux traditions étrusques) avait créé le monde pour une durée de. douze mille ans, chaque millier d’années correspondant à 1 un des douze signes du Zodiaque150, et qui, selon la croyance populaire en Toscane, avait assigné h la nation étrusque dix siècles d’existence 1G0.
Le second rang dans la hiérarchie céleste est dévolu a douze divinités, six dieux et six déesses, groupées en conseil autour de Jupiter ou Tiniai6i. Le ciel a ainsi, comme la terre, son assemblée délibérante et une façon de dodécapole. Ces douze dieux, que les Latins désignaient sous le nom générique de dii consentes ou complices162, ont été de bonne heure identifiés avec les douze dieux de l’Olympe hellénique103, si bien qu’il est très malaisé de démêler comment les Étrusques se représentaient ces divinités. Leur rôle était déterminé par la théorie des foudres184, théorie qui nous est fort mal connue et qui, telle quelle nous est parvenue, se complique sans doute de théories astrologiques postérieures [fulmen , divinatio , ii a ruspices] . Selon quelques textes, neuf d’entre elles seulement avaient la permission de lancer la foudre 16S, et encore une foudre d’une certaine nature, les Étrusques distinguant onze espèces de foudres, donl trois appartenaient à Jupiter108. Tout cela est très compliqué et très obscur. Si les textes ne nous trompent pas, il semble que les dieux consentes n'aient été en somme que des divinités secondaires, créées et mortelles16', chargées de maintenir l’ordre dans 1 univers, mais impuissantes à y rien changer, armées de la foudre, non pour frapper les hommes au gré de leur volonté personnelle, mais pour leur faire connaître par des signes les arrêts suprêmes des dii involuti, c’est-à-dire les arrêts du Destin.
Un groupe à part, dans la hiérarchie divine, est forme par les divinités chthoniennes ou infernales. Elles ne peuvent être classées ni parmi les dii involuti, puisqu’elles out un nom, ni parmi les dii consentes, puisque, ne résidant pas dans le ciel, elles n’ont aucun rapport
lion v. Heyne, N. Comm. Soc. Gôtting. VIII, p. 35; Opusc. Acad, III, p. « >• Creuser, Symbolik , II, P- 842; Bunsen, Bibelwerk, V p. U et s • ’
Etruker, II, p. 39. - IM Varr. ap. Censor. De die nat. 17. - 161 Senec. Q nat. 11, 41 « ex consilii sententia, duodecim emm deos advocat », rust. I, I « XII dii consentes... sex mares el feminae totidem « ; Arnob^ < »• fl - III 40 « eos summi Jovis consiliarios ac principes existiman »; ' 'lguo '
De cio. Dci IV, 23. 11 est difficile de déterminer exactement le rôle de Jupi ■
faisait-il partie du groupe des douve dieux ou bien était-il en dehorS C°™^Les chef servant d'intermédiaire entre les dieux voiles et le conseï textes ne sont pas assez explicites à cet égard. Voir Millier, Etruster, , P- " 162 Sur l’étymologie douteuse de ces termes voir Muller, Etrnske , , P
note 4. Schmcisser conteste l’authenticité de ces termes et croit qn ils prov dune fausse interprétation de la théologie étrusque par les Romains ^
corum dois consentibus gui diemtur. dans les Commentationes p l J honorera A. Reifferscheidii , 1884, p. 29 et s.) - « Ennins, Ann. (ed. L. ;
,;n vie,. IM O. Muller, Etrusk. II, p. 80, 180; G. Schmeisser, Quaetwnv Etru'sca disciplina particula, 1872: Die etrusk. Disciplm {Progr. J- *£■ racad, su liegnits, 1881). - « PH». BUt. nat t 32 I 8 Arnob. A*. ^ ni qs • cionv Ad 4 en. 1 46. — 166 Pliu. Hist.ncit. II, j2, 138.
\eht. III, 4o\. Hos Consentes et complices Etrusci aiunt et nominant, quor
oriantur et occidant una. »
Fig. 2772. — Hadès et Proserpine.
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avec la foudre. On les appelle mantus ou mania K8 ; ce sont les rois des Enfers. Ils jouent dans la mythologie étrusque
un rôle analogue à flX'i iwniW celui de Pluton et de
Proserpine, avec lesquels ils paraissent s’être, à la longue, identifiés : sur une fresque d’Orviéto, ils sont figurés avec les noms d’Hadès (. Eita ) et de Proserpine 169 ( Phersipnai )
Tout à fait au dernier degré de la hiérarchie divine sont d’autres êtres surnaturels, esprits ou démons, qui vivent dans le voisinage des hommes, sortes de médiateurs entre le ciel et la terre, véritables agents de l’autorité suprême. Leur rôle est d’exécuter ce que celle-ci a décidé. Leur nombre est infini et ils sont présents partout. Ils président à la naissance, à la vie, à la mort
de tout ce qui naît, vit et meurt ici-bas, hommes, animaux, plantes110. On les désigne par des noms divers, Pénates,
Lares, Mânes, Génies [penates, lares, mânes, Genius]. Mais le terme générique parait être celui de Pénates. Ceux-ci, au dire de Nigidius
cité par Arnobe111, ^
se divisent en quatre classes : 1° Pénates émanés de Jupiter; 2° Pénates émanés de Neptune ; 3° Pénates émanés des divinités chthoniennes ;
4° Pénates issus de larace des hommes ; ce qui revient à distinguer, comme le remarque O. Millier172, quatre sortes d’esprits, les esprits de l’air, les esprits des eaux, les esprits de la terre, et enfin les âmes des morts. De tout ce monde de ministres divins, ce que nous connaissons le mieux par les monuments figurés de lÉtrurie, ce sont les démons infernaux, les Charons armés de maillets on de torches [charon], les furies hérissées de serpents [furia, draco], que l’imagination étrusque se plaisait à évoquer et qu’on trouve si souvent représentés sur les bas-reliefs et les peintures de la Toscane 1 .
168 0. Muller, Etr. Il, p. 08 et 9. Macrob. Sot. II, 18. — lco Conestabile, Pitture murali scoperte pressa Orvieto , pl. xi. Comparez la fresque de la natta del Orco, à Cornéto ( Annali , 1870, p. 68). - «» 0. Muller, Etrmker, II, p. 88 et s.; Noël des Vergers, 1, p. 208 et s.', Creuzer, Symbolik , II, p. 844 et s.; Dennis, Cities, I,. p 285. Cf. Festus, s. v. genius : « Genius deorum fibus et parens hominum ». — 171 Ado. gent. III, 40. — '72 Etrusk. II, p. 89. — 1,3 '°"
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La plupart sonl hideux à voir et ont été conçus comme des êtres malfaisants11'’ (fig. 2773). Mais si ce caractère convient bien à des démons infernaux, il ne faudrait pas croire que tous les autres génies aient été conçus de
Fig. 2773. Fresque de la tombe delF Orco, à Cornéto.
même. A côté de ces Charons horribles, dont 1 unique mission est de frapper l’humanité, 1 Étrurie croit à 1 existence de certains génies bienfaisants qui 1 aident et la soutiennent. Tel est, par exemple, le génie Tagès qui, en en révélant aux Étrusques les principes de la science religieuse, leur a donné la civilisation et la puissance, telles sont les Lasae [lasa] qui se voient souvent sur les
miroirs gravés du IIIe siècle, génies féminins, sortes de démons aimables , allégories analo gués à celles des Victoires de l’imagerie hellénique175; tel est encore, sur la fresque de la tombe François à Vulci (fig. 2774) 116, le génie féminin debout derrière Achille qui, d’un geste paisible, semble vouloir retenir l’impatiente avidité de Charon, comme un ange de la vie protégeant jusqu'au bout contre le démon de la mort le malheureux Troyen qu’Achille s’apprête à égorger.
En résumé, dans cette mythologie, dont nous avons essayé de démêler les caractères principaux, bien des choses restent obscures et inexpliquées. Tout au plus, pouvons-nous entrevoir l’esprit général du système théologique. Cela tient à ce que les textes sont îares,
en particulier la fresque de la tombe François, à Vulci (Noël des Vergers, III, „|. x„). 174 La ligure 2773 reproduit une fresque de la tombe dell , Orco il Cornéto, représentant Thésée et Pirithoiis aux enfers ( Monum . dell’ Inst.
IX pl. xv, 5). ''B Voir Schippke De speculis etruscis particula I , Gerhard,
Etrusk. Spiegel. Berlin, 1839-1868 (collection continuée par Klügmann et Forte, 1883-18881. — '76 D'après la photographie. Voy. note 118.
Fig. 2774. — Fresque de la tombe François, à Vulci.
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peu explicites et que, pour la plupart, ils émanent d’écrivains de basse époque, qui tantôt se trompent sur le sens des traditions qu’ils rapportent, tantôt y ajoutent des commentaires plus ou moins suspects, tantôt y mêlent des éléments empruntés à la philosophie ou aux théologies orientales177.
Si le fonds intime des croyances religieuses de l'Étrurie nous échappe en grande partie, nous ne connaissons guère mieux les formes extérieures par lesquelles ces croyances se traduisaient.
Les cultes devaient être nombreux et variés. Un seul paraît avoir été commun à toutes les cités de la confédération, c’est celui de Voltumna, dont nous avons parlé plus haut, et qui était administré par un grand prêtre choisi à l’élection par l’assemblée fédérale178.
Dans chaque cité étrusque, on trouve invariablement trois cultes fondamentaux, aucune d’elles ne pouvant être régulièrement constituée, si elle ne possède trois sanctuaires consacrés l’un à Tinia [jupiter] , l’autre àCupra Fig. 2775. - Jupiter et Junou. !™no] (fig. 2775), le troisième
à Menerva [minerva] 170.
Cette trinité joue un rôle analogue à la divinité poliade des Grecs, mais il est rare qu’à côté de ces cultes en quelque sorte obligatoires, les différentes villes n’aient pas un ou plusieurs cultes particuliers. C'est ainsi qu’à Falerii, par exemple, Juno Curitis ou Quiritis [juno] était l’objet d’une dévotion spéciale 81°. De même, le principal dieu des colons étrusques installés à Rome dans le Tuscus vicus était vertumnus (fig. 2776) ,81; à Vulsinii, le culte le plus populaire était celui de la déesse Nortia , sorte de fortuna 182 ; à Aurinia, c’était celui de saturnus, d’où sans doute le nom de Saturnia que cette ville porta plus tard 183 ; à Faesulae celui d'Anchariats'‘; à Horta celui de la déesse du même nom185; à Luna ceux de lunus et de luna, deux divinités qui correspondent à Apollon et à Artémis186; à Capena, celui de feronia, dont les fêtes étaient, comme celle de Voltumna, l’occasion d’une grande foire 187.
Ce qui complique singulièrement l’étude des cultes étrusques, c’est la difficulté où l’on se trouve de démêler, parmi les éléments qui les consti¬
tuent, ce qui appartient en propre à l’Étrurie et ce qui est soit de tradition italique, soit d’importation étrangère. Les cultes de Feronia188 et de Juno Quiritis189 sont très vraisemblablement d’origine sabine. Celui de Juno Quiritis semble de plus avoir subi dans une large mesure l’influence hellénique; car il rappelle par son organisation et le caractère de ses cérémonies, celui qu’on célébrait en Grèce en l’honneur de la Héra argienne190. Évidemment, pendant les dix siècles environ qu’a duré la vie du peuple étrusque, sa religion s’est modifiée, sinon dans son esprit, du moins dans ses manifestations. Étant donné les relations que le commerce avait développées entre l’Étrurie et les marins de la Phénicie et de la Grèce, il était impossible qu’à la longue certaines coutumes étrangères n’eussent pas pénétré en Toscane et ne se fusent pas mêlées aux traditions de la religion indigène. A cet égard, le type des images sacrées, auxquelles s’adressait la dévotion populaire, est un Fig. 2777. — Artémis,
témoignage particulière -
ment significatif. A l origine, les idoles étrusques sonl, comme celles des populations italiques primitives, des symboles plus ou moins grossiers, des troncs d arbres par exemple ou des pierres à peine dégrossies 191 . Le Jupiter de Populonia, dont parle Pline 192, n était très probablement qu’une souche de vigne, et tel devait être aussi l’aspect des vieilles images de Vertumnus193. Plus tard, vers le vmc siècle, on voit se développer en Ëtrurie, les types de la mythologie orientale, l’Artémis persique par exemple, qui gardera longtemps sa double paire d’ailes (fig. 2777) 19\ ainsi que le Melkarth phénicien avec une tête énorme et de courtes jambes 196. Plus tard enfin, les types divins sont tous presque invariablement conçus d’après ceux de la Grèce, comme en témoigne une figure d’Apollon, de bronze, du Cabinet des médailles (fig. 2778), dont le type et l’attitude sont tout à fait helléniques et qui n’a d’étrusque que la parure 19C.
Dans la dernière période de la civilisation étrusque, vers le m° siècle avant notre ère, les formes grecques sont tellement répandues, que l’origi-
’j-f iï
Fig. 2778.— Apollon.
177 0. Millier, Etrusker , 11, p. 87. — 178 Tit. Liv. V, 1, 5. 0“ \oir
note 114. La figure 2775 est faite d'après un bronze original du musée du Louvre (Longpérier, Notice des bronzes, n“ 22). — 180 Ovid. Fast. VI, 49; Dion Hal I, 21 ; Tertull. Apolog. 24. Voir Preller, H dm. Myth. p. 2i7 nt s.‘ 181 Varr. De ling. lat. V, 46. La figure 2776 reproduit un bronze du musée de Florence (Notizie degli scavi. 1884, pl. m). — 182 Tit- Llv- VII, 3, 7; Juven. X, 74; Tertull. I. I. 24. 318 Pliu. FI, si. nat. III, 5 52. - 184 0. Millier, Etrusker , II, p. 62, note 86. — 18° Plut. Quaest.
y,.. 45. 18G Les sujets qui décoraient les frontons du temple de Luna
étaient empruntés au mythe d’Apollon. Des fragments importants de la décoration ont été retrouvé dans les ruines et sont aujourd'hui au musee étrusque de Florence. Voir Milani, I frontoni di un tempio tuscanico (dans le Museo
’iano di antichitd classica , l'“ année, liv. I). - 187 Tit. Liv. 1, 30, 5 ; n Hal. III, 32. - l«8 Varr. De ling. lat. V, 10, 74; Dion. Hal. Il, «9. 189 Plut. Do, nul. 29; Dion. Hal. 11, 48. - «0 Dion. Hal. 1, 21; Ovtd.
■ or. III, 13, 7 et s.; 0. Millier, Etrusk. II, p. 45. - 191 Une pierre coue trouvée à Orviéto porte le nom do Jupiter [Tinia). C'était sans doute ■loue chose d’analogue aux it;o, Alt.. ou bityles de la Grèce (Gamurrmt, n. deiv Instit. 1880, p. 134). - 132 Hist. nat. XIV, 2. - 193 Propert, 3 59. 194 Micali, Dali a avanti il dominio dei Roman î, pl- xvi, 2. 195 Mém. de VAcad. des Jnscr. et Belles-Lettres, VIII, p. 1 19, 358 ; pl. v-vu ; nali delV Instit. 1877, p. 157. — >96 La figure 2778 est faite d’après 1 ongt- (Chabouillet, Catalogue, n» 2939); voir J. Martin., Art étrusque, p. 31-
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nalité de la religion étrusque semble s’être perdue dans une sorte de syncrétisme gréco-italique. L’extraordinaire diffusion des Bacchanales [bacchanalia] en lîtrurie prouve assez la facilité avec laquelle les Étrusques accueillaient et s’appropriaient les superstitions étrangères. Aussi est-il permis de penser que dans l’ensemble leurs cérémonies sacrées, au temps de leur toutepuissance, différaient peu de celles que l’on célébrait en Grèce. Nous avons vu, du reste, qu’il existait chez eux, comme en Grèce, de grandes fêtes accompagnées de sacrifices solennels et de jeux197.
Mais quelle qu’ait été l’influence des cultes étrangers sur la religion étrusque, celle-ci a toujours conservé un trait caractéristique, son formalisme. Aucun peuple, pas même les Romains, n’a poussé plus loin que les Étrusques, le souci et l’art de la procédure sacrée. Tout chez eux se rapportait à la religion, et la religion pour eux était une science d’une précision rigoureuse oü rien n’était laissé au hasard ou à la libre initiative des hommes. La fondation des villes, des sanctuaires et des autels, les moindres détails de la vie politique et religieuse, civile et militaire, tout était réglé avec une minutie savante 198. Tout établissement humain était soumis à des conditions d’emplacement,
V \ d’orientation, de forme, d’inauguration,
lj™j\ qu’il fallait déterminer au moyen d’opé-
rations multiples et compliquées, fondées sur la théorie du templum [pomérium, templum, groma] et l’observation ) d’un certain nombre de signes céles¬
tes199 [ prodigia, fulmen]. Comme il importait de connaître en toute circonstance aussi exactement que possible la volonté des dieux, on avait réduit en règles l’art de deviner, de surprendre, d’interpréter cette volonté 20°. On connaît de réputation la divination étrusque (fig. 2779), et nous nous bor- F,g. 27«. - Hapm- à la mentionner ici, sans en dé-
pico étrusque. v
crire les principes et les pratiques, parce que le lecteur trouvera dans d’autres articles spéciaux tous les renseignements désirables [divinatio, procuratio, prodigia, fulmen, haruspices].
Une religion soumise à une pareille discipline ne pouvait subsister qu’à la condition d’avoir un ensemble de livres spéciaux, conservant fidèlement les traditions sacrées [libri]. Ces livres, qui existaient en effet, sont fréquemment signalés par les anciens. Il est souvent question dans les auteurs des libri etrusci 201 , ou chartae etruscae 202, ou Etruscae disciplinae volumina20* . Ces déno-
m Cf. Tertull. De spect. 5 : » In Etruria inter ceteros ritus superstilionuni suarum spectneula quoque religionis nomine instituunt. » Isidor. Orig. XVIII, 16. — 198 Voir Festus, cité note 99. — 19° Sur toutes ces questions voir Nissnn. Das Templum, 1869; Bouché-Leclercq, Hist. de la divination dans l'antiquité; 0. Müller, Etrusker, II, p. 128 et s. La figure 2779, représentant un itaruspice étrusque, reproduit un bronze trouvé dans un tombeau près du Tibie [Museo Gregor., I, pl. xliii, 2). — 200 Voir G. Schmeisser, Quaestion. de etrusca diciplina, Breslau, 1872. — 201 Cic. De har. resp. 17, 37. — 202 Cic. De divin. i, 12 , 20. - 203 pii,,. Hist. nat. II, 83, 199. - 201 Tit. Liv. V, 14. 4; 15, lt; XXII, 57, 6; Cic. De divin. I, 44, 100; Plin. Hist. nat. XXVIII, 2. 12; Plut. Quaest. rom. 83; Zonar. VIII, 19; Oros. IV, 13. — 206 Amm. Marc. XVII, 10; Macrob. Sat. V, 19; Serv. Ad Am. I, 2; — 206 0. Müller, Etrusker, U, p. 25. — 207 Serv. Ad Aen. VIII, 398; voir Müller, Etr. Il, p. 27. — 208 Serv. I. I. ; Aruob. Adv. gent. II, 62 » Etruria libris in AcherunticU pollicetur certorum auimalium sanguine numinibus certis dato diviuas animas fieri et ab legibus mortalitutis educi. a Sous l'empire Cornélius Labeo avait traduit et commenté.
minations générales embrassent plusieurs espèces de recueils que nous ne connaissons guère que par le titre, mais dont on peut, dans une certaine mesure, d après ce titre même, deviner le contenu. On distingue les libri fatales , collections de prodiges, d’oracles, de phénomènes météorologiques ou astronomiques, en un mot de tous les signes que l’on pouvait considérer comme des manifestations de la volonté des dieux, c est-àdire du destin 204 [prodigia, fatum] ; les libri Tagetici , sorte de code sacré, recueil de toutes les révélations attribuées au génie Tagès, contenant en substance toute la discipline religieuse 203, probablement sous une forme métrique 206 [carmen] ; les libri Acheruniici , attribués à Tagès 207 et peut-être classés parmi les libri Tagetici , comprenant la doctrine de l’expiation [expiatio], celle de l’apothéose, les rites propres à retarder l’accomplissement des destins [fatum], ainsi que les moyens d’assurer aux âmes 1 immortalité par le sang de certaines victimes offertes à certains dieux 208 ; enfin une série de manuels d’un usage plus directement pratique, tels que les libri rituales, donnant les prescriptions relatives à toute la conduite de la vie publique et privée 209 , à la fondation des villes, à la consécration des édifices, à la paix, à la guerre, à l’organisation de la société210, à la chronologie sacrée211, à la naissance, au mariage, à la mort212 ; les libri fulgurales , avec la théorie des foudres et les méthodes d’observation et d’interprétation213 ; les libri haruspicum, avec toute la science spéciale des haruspices 214 [haruspices, divinatio, procura™].
La connaissance et l’interprétation de tous ces livres sacrés devaient etre réservées aux familles des lucumons, suivant le même principe qui fit qu’à Rome, jusqu à une certaine époque, le droit pontifical demeura un domaine fermé, accessible aux seuls patriciens [pontifices]. Cette conjecture semble confirmée par une tradition étrusque qui a été rappelée plus haut215 et qui attribuait aux lucumons la rédaction des livres de Tagès. 11 y avait dans les grandes familles une sorte d’enseignement domestique qui assurait la perpétuité héréditaire de la discipline sacrée 216, et auquel les femmes pouvaient prendre part aussi bien que les hommes, comme le prouve la légende de Tanaquil 217, ce qui, en soi, n’a rien que de très naturel, étant donné la place que tenait la femme dans la famille étrusque.
Certaines parties de la discipline paraissent cependant n’avoir pas été secrètes et avoir fait 1 objet d un enseignement public. La science des haruspices en particulier n’était pas, ce semble, confinée dans les familles lucumoniennes. Un texte de Cicéron donnerait meme à
en même temps que les autres livres de Tagès, les Libri Acheruntici, qu'il avait intitulés Libri de dis animalibus (Servius, Ad Aen. III, 1 68 ; Cf. Teuffel, Gesch. d. rôm. Litt. 5* éd. § 390). — 209 Censorin. De die nat. 14, 0. — 210 Voir le texte de Festus note 99; Amm. Marc. XXIII, 5. — 211 Censor. De die nat.
j7 g 212 lb. li, 6; Serv. Ad Aen. IV, 166. — 213 Serv. Ad Aen. I, 42;
Amm. Marc. XXIII, 5. Ils paraissent avoir été traduits par Caecina (Senec. IJ. nat. II, 39 et s.; cf. Teulîel, Gesch. d. rôm. Litt. 5e éd. § 199, 5). Aux libri fulgurales se rattachait sans sans doute l'ars fulguritorum attribué à la nymphe étrusque Bégoé, et traduit par Labeo (O. Müller, Etrusker, II, p. 30, 31, note 45).
214 plin. X, 3, 11; 102, 19; 15, 37; Dion. Hal. III, 70; Strab. XVII, 1, 43,
p g 1 215 Voir note 102. — 216 Cicéron [Ad famil. VI, 6) écrit à Caecina,
qui descendait d'une illustre famille de Yolaterrae : « Si te ratio quaedam Etruscae disciplinae, quant... a pâtre acceperas, non fefellit ». Cf. Tacit. Ann. XI la : « Primores Etruriae sponte aut patrum Romanorum impulsu reti cuisse scientiam et in familias propayasse. » — 217 Tit. Liv. I, 34 et s. ; Dion. Hal. III, 47.
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penser qu’elles l’avaient à la longue abandonnée 218 ; il est vrai que ce texte prête à discussion819. En tous cas, la légende du devin Attius Navius prouve que la théorie de l’haruspicine était accessible aux gens de toute condition : il était de basse naissance et comme, tout enfant, il avait montré pour la divination des dispositions extraordinaires, son père l’avait mis à 1 école des plus habiles devins de l’Ëtrurie, et il était ainsi devenu un maître dans son art 22°. J’ajoute qu’à voir le nombre considérable des haruspices toscans qui venaient chercher fortune à Rome ou parcouraient l’Italie en donnant des consultations, il y a tout lieu de croire que l’haruspicinc était couramment et ouvertement enseignée en Ëtrurie et n’était pas une science réservée.
Si les lucumons, pour des raisons qui nous échappent, avaient peu à peu laissé tomber dans le domaine public 1 art de la divination, il est très probable qu’ils avaient conservé le privilège exclusif des charges sacerdotales. Sur ces charges, nous avons très peu de renseignements. On a vu plus haut qu’il y avait un grand prêtre de Voltumna , une sorte de pontife suprême, élu par la Diète fédérale et sans doute annuel comme les jeux solennels célébrés par la Diète281. Les autres sacerdoces étaient, selon toute probabilité, héréditaires dans certaines familles : du moins on peut le conjecturer d’après un texte de Tite-Live, disant que la statue de Juno à Veies ne pouvait être touchée que par un prêtre appartenant à une famille déterminée 282.
Les conditions de la vie en Ëtrurie. — L’agriculture. — Les Étrusques, ayant occupé une grande partie de l’Italie, se sont trouvés répandus dans des contrées très diverses. De là forcément des différences dans leur condition matérielle. Il est clair qu’on ne vivait pas de la même manière dans les marécages du Pô, sur les pentes de l’Apennin, dans les vallées de la Toscane centrale, dans les Maremmes de la Toscane méridionale, dans les plaines de la Campanie. Mais, pour nous représenter l’existence des Étrusques avec toutes ses variétés, il faudrait avoir ce qui nous manque, un grand nombre de textes et de témoignages. Faute de mieux, nous nous bornerons à noter les quelques détails caractéristiques que les anciens nous ont conservés.
Tout d’abord, le pays dans son ensemble n’était pas sain. Les Maremmes toscanes qui sont aujourd’hui un des plus terribles foyers de fièvre qu’il y ait au monde, avaient déjà dans l’antiquité une fâcheuse réputation. L’air y était lourd et chargé de miasmes 223. Les plaines basses de l’Arno ainsi que celles du Pô, sujettes à de fréquentes inondations, devaient se transformer aisément en marais pestilentiels. Il en était de même des mille petites vallées de la Toscane centrale, pleines de ruisseaux, d’étangs, de lacs, dont les eaux ne trouvent ni où s’épancher ni où se perdre dans un sol peu perméable, et que
218 De divin. I, 41, 92 « Quocirca bene apud majores nostros senatus... decrevit, ut de principum filiis sex singulis Etruriae populis iu discipliuam tradereutur, ne ars tauta propter tenuitatem hominuma. religionis auctoritate abduceretur ad mereedem atque quaestum. » — 219 On discute sur le sens de principum filii, dout les uns font des Romains et les autres des Étrusques (O. M Ciller, II, p. 4, n.13). II n’en reste pas moius d’après les termes mêmes de Cicéron ( propter tenuitatem hominum ) que l’haruspicine était tombée entre les mains d’hommes de basse condition. — 220 Dion. Haï. III, 70. — 221 Voir note loi. C’est à lui sans doute que revenait le soin d’enfoncer le clavus annalis qui marquait l’année [clavdsJ. Cet usage ne nous est signalé que dans le temple deNortia à Vulsinii (Tit. Liv. VII, 3, 7); mais il est pro-
de nombreuses révolutions volcaniques ont profondément bouleversé224.
Si les Étrusques ont réussi à vivre et à se développer dans des régions aussi peu favorables, si leurs cités se sont multipliées et ont prospéré dans une foule de campagnes qui sont aujourd’hui désolées, c’est qu’à force de patience et d’industrieux efforts ils avaient su de bonne heure, sinon détruire, du moins corriger l’insalubrité du pays. Et comme tout le mal venait de l’excès des eaux qui, n’étant ni absorbées par le sol, ni entraînées faute de pente suffisante vers la mer, croupissaient dans les bas-fonds, ils s'étaient ingéniés à dessécher les plaines et à régulariser le régime des ruisseaux et des rivières. « Les fouilles nombreuses auxquelles j’ai assisté, dit Noël des Vergers225, soit en Ëtrurie, soit dans la Campagne romaine, m’ont convaincu du soin avec lequel les canaux d’écoulement et de dessèchement étaient entretenus dans l’antiquité. Les travaux des chemins de fer dans les Maremmes et la Campagne romaine, en nécessitant d’immenses coupures qui mettaient à nu le soussol, ont fait constater le grand nombre de conduits souterrains dont les champs étaient sillonnés : c'était pour quelques territoires un véritable drainage, dont l’entretien demandait une population nombreuse et des soins continus. »
On connaît quelques-uns des travaux d’assainissement exécutés par les Étrusques. C’est ainsi qu’ils avaient essayé de régulariser, par des dérivations, des endiguements et des canaux, l’estuaire du Pô '226 et l’embouchure de l’Arno 227. Ils avaient donné une issue aux nappes
dormantes des étangs et des lacs en creusant des émissaires [emissarium] ; partout, dans les villes et dans les campagnes, ils avaient ménagé des égouts ou des galeries de drainage228 artistement construites et dont l’égout de Graviscae (fig. 2780) est un curieux exemple [cloaca, cuniculus].
Grâce à ces travaux hydrauliques, le pays était devenu habitable, et non seulement habitable, mais encore florissant. Les centres de population étaient nombreux et prospères. Autour des villes, qui toutes s’élevaient sur des hauteurs salubres 229 et que défendaient de so-
bable qu’il n’existait pas seulement dans cette ville et qu’il était partout répandu en Ëtrurie. — 222 T. L. V, 22, 5. — 223 Selon Caton le nom de Graviscae venait de ce que gravem aerem sustinent (Servius, Ad Aen. X, 184). Cf. Rutilius Nuro. De redilu, I, 282 « Graviscarum quis premit aestivae saepe paludis odor » ; Cic. De divin. 1, 42, 93; Plin. Epist. V, 6; Sid. Apoll. Epist. I, 5 : « pestilens regio Tuscorum ». V. Dennis, Cities and cemet. II, p. 200 et s. — 224. Voir Tacit., Ann. I, 79; Targioni Tozzetti, Relazioni d'alcuni viagyi fatti in diverse parti delta Toscana. — 22o L’ Etrurie et les Étrusques , I, p. 97. — 220 PHn. Hist. nat. III, 20, 119. — 227 Strab. V, 2, 5, p. 222. — 228 Voir Martha, Art étrusque, p. 242 et s. La îigure 2780 est empruntée à Deanis, Cities, I. p. 430. — 229 0. Millier, Etr. I, p. 204 et s.
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lides remparts 23°, se groupait tout un monde de paysans industrieux, qui avaient chacun un lot de terre à cultiver231. L’agriculture était fort en honneur. La terre, grasse 232 et bien drainée, portait de belles moissons. La fertilité de l’Ëlrurie était proverbiale 333. Les Maremmes en particulier fournissaient à Rome une partie de son blé [annona] 23‘. Les céréales abondaient aussi dans la vallée du Clanis et de l'Arno235, aux environs de Perusia, de Clusium, d’Arretium, et de Pisae 236 ; le far de Clusium 237, la siligo de Pisae 238 avaient une certaine réputation. Selon Virgile, c’est l’agriculture qui avait fait la force de l’Étrurie 239. Il est à remarquer que la plus vieille légende de la Toscane, la légende de Tagès, qui est intimement liée aux origines de la civilisation politique et religieuse des Étrusques, se rattache à la vie agricole, et d’autre part, que les cérémonies qui, conformément à une tradition très ancienne, accompagnent la fondation des villes,
Fig. 2781. — Laboureur étrusque.
comportent un sillon sacré, tracé suivant certains rites au moyen d’une charrue, à l’endroit où devront s’élever les murs de la cité nouvelle (fig. 2781) 24°.
Les céréales n’étaient pas la seule production de
l’Étrurie 211 . Il y avait beaucoup de lin et de chanvre aux environs de Tarquinii, puisque, lors de l’expédition de Scipion contre Carthage, cette ville fournit à elle seule * la toile à voiles nécessaire à l’équipement de la flotte romaine242 ; non loin de là, près du Tibre, se fabriquaient d’excellents filets de pêche243 ; Falerii aussi, était renommée par ses toiles de lin 244.
L’olivier et la vigne venaient bien. On cite une inscription de Vulsinii, parlant des oliviers qui bordaient les champs d’alentour 24S. La vigne poussait assez forte pour qu’à Populonia. on ait pu faire avec un cep une idole de Jupiter246. Columelle cite ce fait, que sur un seul pied de vigne, à Caere, on avait recueilli jusqu’à deux mille grappes 247. Sans avoir la valeur des vins campaniens, les vins toscans n’étaient pas sans mérite 248, notamment ceux de Luna et de Graviscae249 [vinum].
Les hauteurs des Apennins, moins dénudées qu’elles ne le sont aujourd’hui, étaient couvertes de forêts qui fournissaient une ample provision de matériaux pour les constructions maritimes et civiles 250. Il y en avait aussi dans certaines parties de la Toscane méridionale251. Le pin étrusque était célèbre252. La flotte de Scipion était faite avec des bois provenant de Perusia, Clusium et ftusellae 253. Les plus belles pièces de charpente dont on se servait à Rome venaient d’Étrurie 254 [materia].
L’Ëtrurie ne paraît pas avoir été spécialement un pays de pâturages. Elle en avait cependant, puisqu’elle pratiquait par endroits l’élève du bétail. Il est certain qu’elle ne manquait pas de chevaux. Les sépultures contiennent souvent des mors [frentjm] ainsi que diverses pièces de harnachement et d’attelage255. L’usage des phalerae équestres existait en Étrurie avant de passer à Rome 256. Les jeux publics des Étrusques comportaient presque toujours des courses de chevaux montés ou attelés, comme le montrent un grand nombre de peintures funéraires251. Entin la cavalerie étrusque semble avoir été de
Chasse au sanglier,
bonne heure assez bien organisée, les rois de Rome ayant eu dans leurs armées des corps auxiliaires de cavaliers toscans [celeres].
En même temps que des chevaux, l’Étrurie élevait des bœufs, nécessaires aux travaux des champs. Les plus
290 Sur les enceintes fortifiées de l’Étrurie voir J. Martlia, O. c. p. 226 et s. — 231 Varro ap. Philarg. Ad Georrj. II, 167 « Terra, culturae causa, particulatim hominibus attributa ». — 232 Varr. De re rust. I, 9, 6 : « in agro pingui, ut in Etruria, licet videre segetes fructuosas ac restibiles, et arbores prolixas, et omnia sine musco ». — 233 Diod. V, 40; Tit. Liv. IX. 36; XXII, 3. — 234 Tit. Liv. IV, 52. — 235 Tit. Liv. (XXIII, 33), mentionne la région située entre Faesulae et Arretium comme une des plus fertiles de l’Italie. — 236 Tit. Liv. XXVIII, 45, 14 et s.
237 Colum. II, 6 « Far, quod appellatur Clusinum, candoris nitidi. » Plin. XVIII, 7, 66; Varr. De re rust. I, 44, 1. — 238 Plin. XVIII, 9, 86, 87, — 239 (ïeorg. H, 533 : « Sic fortis Etruria crevit. » La mola versatilis , pour broyer le blé et le réduire en farine, passait pour avoir été inventée à Vulsinii (Plin. Hist. nat. XXXVI, 135; Serv. Ad Aen. I, 179). Voy. mola. — 240 Macrob. Sat. V, 19, 13, Voy. colonia, fig. 1723, 1724. La figure 2781 représente un bronze étrusque
résistants étaient ceux de l’Apennin 258. Falerii produisait une belle espèce de taureaux blancs, que l’on recherchait à Rome pour les sacrifices 259.
Nous savons de plus que les paysans étrusques avaient des moutons. On citait la laine de Tyrrhénie 280 et les
trouvé à Arezzo (Gori, mus. Etrusc. II, p. 438 ; Micali. Jtalia au. il dom. rom. atl. pl. cxiv). — 241 Voir 0. Müller, Elr. I, p. 218 et s.; Noël îles Vergers, II, p. 178.
— 242 Tit. Liv. XXVIII, 43. — 243 Grat. Fal. Cyneg. 36. — 244 ld. 40, Stat. Silv. IV, 223. — 245 0. Müller, Elr. I, p. 220, note 23. — 24G Voir note 192. — 247 Colum. III, 3. — 248 Mart. XIII, 108; XIV, 124. — 249 pun. Hist. nat. XIV, 6, 67.
— 250 Sil. Ital. IV, 742; Vitruv. II, 10; I ; Plin. Hist. nat. XVI, 39, 196. —231 Virg. Aen. VIII, 599 ; Rutil. Num. 1, 28 3, 325 , 621. — 252 Virg. Aen. IX, 52t. — 233 Tit. Liv. XXVIII, 45. — 254 Strab. V, 2, 5, p. 223. — 255 Voir Gsell, Fouilles, p. 299 et s. (avec la bibliographie); cf. la description de la tomba del Duce à Vetulonia ( Notizie degli scaui, 1887, p. 474 et s.; Mittheilungen d. le. d. Arch. Inst, rôm. Abth. I, p. 129 et s. — 256 Florus, I, 5, 5. — 257 J. Martlia, Art étr. p. 390 et s. — 258 Colum. VI, I. — 259 Ovid. Amor. III, 13, 13; Fasti. I, 83.
— SOOJgven. VI, 289; Plin. Hist. nat. VIII, 48, 194; Fest. s. », Ggia Caecilia,
fromages de brebis provenant de l’Apennin et surtout de Luna : ceux-ci se vendaient avec une marque d’ori- 8‘ne tCAS,EUS]- Enfin, il devait être rare qu’une ferme étrusque n eût pas, comme aujourd’hui les fermes italiennes, des porcs et des abeilles. Les porcs erraient par toupeaux, dirigés au son d’une trompette 263. Quant aux ruches elles étaient assez nombreuses dans la région de Volaterrae pour que cette ville ait pu se charger
a2rScipion la cire nécessaire à l’encausticage de sa flotte 264.
A toutes ces ressources venaient s’ajouter, pourles Étrusques, la chasse et la pêche [venatio, piscatio] . Les auteurs parlent des sangliers toscans 263 et l’on voit souvent des scènes de chasse représentées sur les monuments (fig. 27 82) 26G. De même, plusieurs peintures nous montrent des pêcheurs à l’ouvrage (fig. 2783) 207. Pyrgosestcitécomme une station de pêche 268 ; Popu-
lonia et Cosa avaient des postes d’observation pour signaler le passage des thons 269.
Le commerce. — Si la partie de l’Italie où les tribus étrusques se sont répandues, par la richesse du sol et la variété des cultures quelle comportait, était appelée à devenir et devint en effet un pays agricole, elle devait devenir aussi, par sa situation géographique entre deux mers, sur les confins du monde méditerranéen et de 1 Europe continentale, un rendez-vous commercial. Il était impossible que les marins de la Grèce ou de la Phénicie, courant le long des côtes en quête d’aventures et de profits, ne fussent pas quelque jour amenés au bord de l’Adriatique et sur les rivages de la mer Tyrrhénienne.
C est à 1 embouchure du Pô que sq localisent les premières transactions des Étrusques avec l’étranger. Dès une très haute antiquité, cette région est citée comme un des principaux marchés de l’ambre [electrum]. C’est là que venait aboutir l’une des routes suivies par les caravanes qui, à travers l’Europe centrale, apportaient l’ambre du nord de la Germanie ; c’est là que venaient le chercher les marchands de la Phénicie et de la Grèce370. Nous n’avons pas à exposer ni à discuter ici les traditions relatives à la provenance et au commerce de l’ambre. Il nous suffit de remarquer que plusieurs d’entre elles signalent le nord de l’Adriatique comme un des
261 Plin. XI, 97, 42. — 262 Plin. XI, 97, 42; Mari. XIII, 30. — S6.1 p0ivb, X1I 4. 8. — soi Tit. Liv. XXVII, 45. — 266 Pün. Epist. I, 6 : Juv. I, 22 ; Mari. VII, 27 ■
XII, 14; Stat. ftilv. IV, 6, II). Sur la chasse en général voir Pline, Epist. V 6'
18. - 266 J. Martha, Art étrusque , p. 400. La fig. 2782 est empruntée ! une fresque de la Gratta Querciola à Corneto ( Monum . dell’ Inst. I, pl. xssm). —
267 Ibid. La fig. 2783 reproduit une fresque de la tombe dei Cacciàtori à Corneto (Monum. dell' Inst. XII, pi. xiv). — 268 Athen. VI, p. 224. — 26D Slrab. V, 2 6 p. 223 ; 2, 8, p. 225. — 270 Voir Genthe, Ueber den etruskischen Tausehhandel uach den Norden. Francf., 1874, p. 101 et s.; Sado»ski, Die Handelsstrassen der Griechen und Itômer, lena, 1877 ; O. Millier, Etrusker, I, p. 265 et s. : MüllenholT,
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Fig. 2783. — Chasse et pèche.
pays d’origine de la précieuse substance271 , ce qui indique qu’il y avait là une sorte d’entrepôt, conclusion confirmée d’ailleurs par les découvertes archéologiques; il est rare en efïet que, dans les tombes très anciennes de la région circumpadane, on ne trouve pas des débris plus ou moins nombreux d’ambre brut ou travaillé272.
Nous ne savons pas combien de temps dura ce commerce de l’ambre à l’embouchure du Pô, ni s’il fut toujours actif et bien suivi. Une chose est certaine c'est que, vers le ixe siècle avant notre ère, le commerce méditerranéen tendit peu à peu à s’éloigner de la mer
Adriatique pour prendre une autre direction et se porter vers les parages de l’Occident. La fondation de Carthage marque à cet égard une ère nouvelle. Dès lors, l’activité maritime des Phéniciens se concentra de plus en plus dans la mer Tyrrhénienne et rayonna sur les côtes de l’Italie occidentale, de la
(mule et de 1 Espagne. Le mouvement commencé par les I héniciens fut bientôt suivi par les Grecs, qu’une rivalité infatigable entraînait sur la piste des Phéniciens, et dès lors se forma un courant de migrations maritimes qui, durant plusieurs siècles, ne cessa de jeter sur 1 Italie tous les aventuriers de la Grèce, de l’Archipel et de l’Asie Mineure. On connaît l’extraordinaire diffusion des colonies grecques en Occident273.
Il était inévitable qu’un jour ou l’autre, les Étrusques de la Toscane fussent amenés à entrer en relations suivies avec tout ce monde étranger. Quoique leurs côtes basses lussent généralement d’un abord malaisé et que les bons ports y fussent rares, les marchands de Carthage et de la Grande-Grèce prirent peu à peu l’habitude de s y arrêter et de faire des échanges. Des comptoirs s établirent, sinon des colonies, qui, par les voies fluviales ou par l’intermédiaire des grandes foires religieuses, répandaient de proche en proche leurs marchandises jusqu’au cœur du pays.
L’existence du commerce avec Carthage ne saurait être contestée. On a vu plus haut qu’il y avait eu des traités entre les Carthaginois et les Toscans 274. Comme pour un peuple marchand les alliances politiques aboutissent toujours en dernière analyse à des alliances commerciales, on peut être assuré que ces traités étaient
Deutsche Alterthumslcunde , I, p. 215; Helbig, Osservazioni sopra il conxmercio dell’ ambra (dans les Atii dell * Accad. dei Lincei , 1876-1877, p. 418 et s.); Homerische Epos , p. 423; Waldraanu, Der Bernstein im Alterthum , Fellin, 1883.
— 271 Püu. Hist. nat. XXXVII, 11, 32 et III, 30, 152; Pseudo-Arist. Mirab. anse.
82; Pomponius Mêla, De situ orbis , II. 7, 13; Steph. Byz. s. v. V.txtçlït;- —
2/2 Helbig, Die Italiker in der Poebene. p. 21 ; Pigorini, Bull, di paletnol. ilal.
XVI, 1890, p. 31; Gsell, Fouilles , p. 356 et 375 (voir les notes qui renvoient aux fouilles du Bolonais). — 273 Raoul Rochette, Histoire critique de rétablissement des colonies grecques , Paris, 1815. Consulter aussi les grandes histoires grecques de G rote, Curtius et Duruv. — 274 Voir note 86.
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c0n<'us de manière à servir les intérêts des négociants tyriens, et qu'ils en profitaient pour placer en Étrurie leurs marchandises. Du reste, d'abondantes preuves archéologiques viennent à l’appui de cette conjecture. Un trouve fréquemment dans les tombes antérieures au ne siècle des objets d’origine orientale 273, et certaines tombes, qui se placent vers le vn° siècle, la grotte dite d’Isisà Vulci216, par exemple, la tombe Regulini-Galassi a Cervetri277, plusieurs tombes de Palestrina 278, la tombe del Duce à Vetulonia279, montrent qu’à un certain moment, par suite de circonstances qu’il est difficile d’expliquer, le commerce phénico-carthaginois a été prépondérant en Toscane280. On y importait alors des bijoux d’or et d’argent, des coffres plaqués d’argent ou d’ivoire fVoy. t. Ior, fig. 926), des chaudrons de bronze avec des tètes de griffon (Voy. plus loin, fig. 2795), des coupes d’argent doré avec des ciselures de style asiatique , analogues à celles que l'on rencontre à Chypre (fig. 2784) 281 [caelatura] , des œufs d’autruche (Voy. fig. 2796) décorés de zones d’animaux féroces ou fantastiques282, en un mot, une riche série d'objets précieux, dont la décoration tout à faitorientale accuse indubitablement l'origine.
Si florissant qu’ait pu être, à une certaine époque, le commerce phénico-carthaginois en Toscane, sa prépondérance ne fut que momentanée. C’est surtout du commerce hellénique que les Étrusques furent les tributaires. Depuis le jour où les Chalcidiens, les premiers d'entre les Grecs qui paraissent avoir organisé l’émigration en Occident283, se furent installés sur le territoire de Cumes au vim siècle 284, jusqu’à la conquête définitive du monde méditerranéen par les Romains, on peut dire que la Grèce ne cessa pas un instant d’être en affaires avec la Toscane. Le détail de ces affaires nous échappe : nous nous bornerons à indiquer ceux des peuples grecs qui y ont pris la plus grande part.
R faut citer d’abord les Chalcidiens et leurs colons de Cumes, de Rhegium, de Naxos, qui à leur tour couvrirent de colonies les côtes de la Campanie. Ce sont eux qui, selon toute probabilité, apportèrent aux Étrusques l’art de l’écriture [alpuabetum]. On a tout lieu de penser
2,0 J. Martha, Art étrusque, p. 70. — 276 Découverte eu 1839 dans la partie de la nécropole appelée Polledrara. Les objets sont au musée Britannique. Voir Pull, delt’ Inst. 1839, p. 71 ; Annati, 1843, p. 350 et s.; Micali, Afonumenti incditi ,
P- 3,-71 ; pl. iv-viii. — 277 Grifi, Cere antica , p. 72; Canina, Elruria marilima , pl. 50-59; Bull, dell* Inst. 1836, p. 55-62; 1838, p. 73; Museo Gregoriano, I, pl. 12-21). — 278 Annali et Monument i, 1855, p. 45-47 ; Annali , 1866, p. 186 ; Monum. vm,pl. 26; Ami. 1879, p. 5-8 ; Monum. XI, pl. 2; Bull. 1881, p. 83. -279 Mitlheil. d. d. arch. Inst. rôm. Abth. I, p. 129; Nutizie degli scavi , 1887, p. 474 et s.
— 280 Pour cette période voir Helbig, Cenni sopra l'arte fenicia ( Annali , 1876, p. 197 et s. ; Monumenti , X, pl. xxxi-xxxm) ; J. Martha, Art étrusque , p. 105 et s.
-81 La fig. 2783 reproduit un fragment de coupe trouvée dans la tombe del Duce àXetulonia (Xotiziu degli scavi, 1887, pl. xvi, 1. — 282 Micali, Monum. inediti, pl. vu. Il faut y ajouter la pourpre qui entre de bonne heure dans l’ornementation du costume étrusque. — 283 C’est sur des navires de Chalcis qu’émigrent les Messéniens qui vont coloniser Rhegium (Strab. VI, p. 257). C’est de Chalcis que part 1 Athénien Theoclès, le fondateur de Naxos eu Sicile (Thucyd. VI, 3-5; Strab.
4 P- -67). "Voir DondorO, De rébus C/talcidensium ; Curtius, Hist. grecque, trad.
qu’une partie des objets de bronze découverts dans les plus anciennes tombes toscanes sont d’origine chalcidienne 283.
A peu près vers le même temps, les Phocéens se répandaient dans la mer Tyrrhénienne286. La fondation de Marseille, à la fin du vne siècle, dut singulièrement contribuer au développement de leur commerce avec la Toscane, et peut-être est-ce pour mieux surveiller les intérêts de ce commerce qu’ils s’établirent en Corse, d’où plus tard les Carthaginois, aidés des Étrusques, les forcèrent à se retirer 287. Sur certains points de la Toscane, on a trouvé des monnaies phocéennes, antérieures à la seconde moitié du vie siècle 288.
Puis vinrent les Corinthiens, dont les expéditions vers l’Occident suivirent de près celles des Chalcidiens289, et
dont les rapports avec l’Étrurie sont attestés par la légende de Démarate venant se fixer à Tarquinii, après l’usurpation de Cypsélos, avec une partie de l’aristocratie corinthienne.
Au commencement du v° siècle, c’est à une colonie corinthienne, à Syracuse, que paraît appartenir le monopole du commerce hellénique avec la Toscane. Jusqu’ici, l’opinion courante attribuait ce monopole aux marchands athéniens, et il est de fait que l’immense quantité de vases attiques trouvés dans les nécropoles étrusques semblait autoriser cette attribution 290. Mais dans un mémoire récent, M. Helbig a montré qu’il n’y a pas eu véritablement de relations directes entre Athènes et la Toscane et que si l’Étrurie est pleine de produits attiques, ces produits n’y sont arrivés que par l’intermédiaire des marchands de Syracuse291.
Vers le mc siècle, après le déclin de la puissance de Syracuse et la ruine définitive du commerce athénien, les marchés étrusques passèrent aux mains des villes de l’Italie méridionale, et surtout des villes campaniennes. A partir de cette époque, on ne trouve plus guère en Toscane que des objets d’origine campanienne ou de style campanien 292, ainsi qu’un grand nombre de monnaies provenant de Campanie 293. Il existe alors un double courant commercial entre la Toscane et la Grande-Grèce, l’un maritime, se faisant par le cabotage le long des
Bouché-Leclercq, I, p. 53 i et s. — 284 Sur la date de la fondatiou de Cuines voir Annali , 1376, p. 231 ; vou Dulin, Bonner Studien B. Kékulé gewidmet, p. 27, note 41; Cuno, Vorgeschichle Italiens, II, p. 219 et s. — 285 J. Martha, p. 72; Helbig, Annali, 1880, p. 252; Bull. 1881, p. 177; Borner. Epos, p. 34; Pigorini, Bull, di paletnol. ital. XIII, p. 83 et s.; von Duhn, Mitlheil. d. deutsch arch. Inst. Bôm. Abth. II, 1887, p. 269 et s. ; Gsell, Fouilles, p. 318, note 3. — 286 Hérodote (1,163) dit même que les Phocéens fureut les premiers d'entre les Grecs qui découvrirent la Tyrrhénie. — 287 Voir note 87. — 288 Deecke dans 0. Millier, Etr. 1, p. 382 — 289 Curtius, Hist. gr. trad. Bouché-Leclcrq, I, p. 322 et s. — 290 Voir Gerhard Bapporto vulcente ; Kramer, Ucbcr den Stilund die Herkunft der bemalten griech l’hongefâsse, 1837; O. Jahn, Vasensammlung, p. ccxxxvn et s.;Rayet et Collignon, Céramique grecque , p. 141 et s. ; Studniczka, Jahrb. d. deutsch. arch. Inst. Il, 1887, p. 159 et s.; Mitlheil. d. d. arch. Inst, in Athen, X, 1885, p. 156; Droysen, Alhen und der Westen, p. 33 et s. — 2ül Sopra le relazioni commerciali degli Ateniesi Coll' Italia, dans les Atti délia r. Acad, dei Lincei, V, 1889, p. 79 et s. — 292 Martha, O. c. p. 130. — 293 Gazette arch. 1879, p. 45 et s. ; Bull, dell’ Inst. 1880, p. 50,
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côtes de la mer Tyrrhénienne, l’autre intérieur, par les routes qui ont été ouvertes à travers l’Italie par les ingénieurs romains, la voie Appienne et la voie Latine [via]. L’existence de ce transit intérieur est attestée par l’importance commerciale et industrielle que prend à ce moment la ville de Préneste, située dans le voisinage de la voie Latine, sur les confins des vallées qui conduisent d une part vers le Tibre et la Toscane, d’autre part vers la Campanie 294.
Les Étrusques se contentaient-ils de recevoir les marchandises apportées sur leurs côtes par les navires étrangers ou bien avaient-ils, eux aussi, une flotte de commerce allant chercher au loin les produits de l'industrie carthaginoise ou hellénique?
La question est difficile à résoudre. S’il faut en croire les traditions antiques, les Étrusques étaient des marins entreprenants et redoutables. On connaît la fâcheuse réputation des pirates tyrrhéniens296. Mais il n’est pas certain que les fameux pirates tyrrhéniens aient été des Étrusques partis des côtes de la Toscane. Il y avait des Tyrrhéniens en Thrace, en Asie Mineure et dans l’Archipel et rien ne nous dit que, sous le nom générique de pirates tyrrhéniens, on n'ait pas désigné tout ce monde d’aventuriers qui couraient les mers de l'Occident, faisant à la fois le commerce et la piraterie, Phéniciens, Carthaginois, Phocéens, Chalcidiens ou autres, rivaux les uns des autres, acharnés contre toute apparence de concurrence, et intéressés à se faire craindre pour assurer le monopole de leurs opérations. Quoi qu’il en soit, il est hors de doute qu a un moment donné les Étrusques ont eu une marine, puisqu’en plusieurs circonstances ils se sont mesurés sur mer avec les Grecs, de concert avec les escadres carthaginoises208. Mais il est probable que le rôle commercial de cette marine se bornait au cabotage le long des côtes toscanes, et qu’il ne s’exercait guère dans les eaux helléniques, où l’activité jalouse des marchands grecs n’eût pas aisément supporté la concurrence.
’L 'industrie et l’art. — Les Étrusques ont passé longtemps pour les maîtres de la civilisation antique. Tout ce qu’on trouvait en Italie leur était invariablement attribué. Ils avaient tout inventé ; toutes les industries, tous les arts dérivaient d’eux297. Ils avaient fait l’éducation de l’Égypte, de la Phénicie, de la Chaldée de la Perse, de l’Inde, de la Grèce même 298. On allait jusqu’à faire d’Homère un sage étrusque émigré en Orient 29°.
Les progrès de la science archéologique ont dissipé ces beaux rêves. Il est' aujourd’hui démontré que, loin d’être l’institutrice du genre humain, l’Étrurie n’a été qu’une élève docile et que l’éclat dont elle brillait n’était qu’un reflet de l’Orient ou de la Grèce. Son apprentissage s’est fait graduellement, sous l’influence de l’étranger et son développement industriel a traversé plusieurs
phases, qu’il importe tout d’abord de déterminer avec précision 30°.
Les fouilles exécutées dans l’Italie centrale depuis une trentaine d’années ont amené la découverte de nécropoles très anciennes à incinération, que l’on désigne d ordinaire sous le nom de nécropoles villanoviennes301 ou à puits (en italien pozzo). La tombe est une sorte de puits cylindrique ou conique, au fond duquel s’en ouvre un second, beaucoup plus petit, fermé d’ordinaire par une dalle ou une pierre plate 302 (fig. 2783). Dans cette ca-
vite se trouve déposée l’urne cinéraire, un pot à panse rebondie, dont le type ne varie guère (fig. 2780) et que coiffe, en guise de couvercle, une écuelle retournée 303.
On a beaucoup discuté et l’on discute encore sur l’origine des pozzi. Plusieurs savants se refusent à y reconnaître des tombes étrusques, sous prétexte que les Étrusques ne pratiquaient pas l’incinération301. Ce sont, dit-on, des sépultures ombriennes, c’est-à-dire les sépultures d’un peuple qui avait occupé l’Italie centrale avant 1 arrivée des Étrusques306. Il serait trop long d’exposer ici en détail les arguments invoqués par les partisans de cette théorie, particulièrement chère aux archéologues italiens,, comme aussi de résumer les objections auxquelles elle prête 30G. La plus grave est qu’il n’est pas le moins du monde prouvé que les Étrusques aient exclusivement pratiqué l’inhumation : chez eux, comme chez presque tous les peuples de l’antiquité, les deux modes de sépulture paraissent avoir plus ou moins coexisté 307. Du reste les tombes à inhumation ne se multiplient en Étrurie qu’à partir du vu0 siècle 308, c’està-dire à une époque, où, de l’aveu même des anciens, les Étrusques étaient déjà depuis deux cents ans au moins installés en Italie.
Quoi qu’il en soit et quelque opinion qu’on adopte, en admettant même que la tombe à pozzo ne soit pas d’origine proprement étrusque, il est indéniable que, durant une certaine période antérieure au vne siècle, les Étrusques en ont connu l’usage, puisqu’on la retrouve dans toutes les régions qu’ils ont occupées 300 et que les
294 Fernique, Étude sur Préneste, Paris, 1880. — 295 0. Millier, Etr. I, p. 271 et s. — 296 Voir notes 87 et 89. —297 Dempster, De Etruria regali , 1723-1724. — 298 Guarnacci, Origini italiche , 1767-1772 ; Carli, De lie antichità italiche, 1788-1791. — 200 Mazzoldi, Origini ilaliche, 1840. — 300 Von Scheffler, Ueber die Epochen der etruskischen Kunst , 1882. — 301 Ainsi nommées parce que c’est à Villanova dans le Bolonais qu’on a pour la première fois signalé et méthodiquement exploré ce genre de sépultures. Voir Gozzadiui, Di un sepolcreto etrusco scoperto presso Bologna , 1855; Intorno ad altre settanluna tombe , etc. 1856; La nécropole de Villanova, 1870. — 302 II y a des variantes, mais il suffit ici d’iudiquer le type. La fig. 2785 est empruntée aux Annali, 1884, p. 111. Pour le détail et la bibliographie des pozzi voir J. Martha, Art ètr. p. 32 et s. ; Gsell, Fouilles , p. 249 et s. — 303 La fig. 2786 est empruntée aux Notizié degli sCavi , 1881, pl. v, 15. Pour
les types voir Gsell, Fouilles , p. 257* I/urne est quelquefois en bronze; ibidi p.264. — 30V La théorie est exposée tout au long dans Von Oubn, Bonner-Studien R. Kékulé gewidmet , p. 21 et s.; cf. S. Keinach, Revue critique , 1889, t. II. p. 496. — 303 Brizio, Monum. archeol. délia provincia di Bologna, p. IL Atti e memorie delta Deputazione di storia patria per la Romagna , 3° série t. II, 1884, p. 287 ; 18S5, t. III, p. 185, 221 } Zannoni, G li scavi delta Certosa , p. 117, 451 ; Orsi, Museo itediano di antichità classica, t. II, p. 117. — 306 ^ °'' Helbig, Annali, 1884, p. 116 et s*; Undset, Annali, 1885, p. 13 et s.; J. Martha, p. 37 et s.; Gsell, p. 319 et s. — 307 Milani, Museo italiano di antichità classica, t. I, p. 290; Helbig, Annali, 1884, p. 125 et s.; J. Martha, O. c. p. 39 et s. — 308 Gsell, p. 315 et s. — 309 Undset, Annali, 1885, p. 32 et s.; Von Duho, Bonner Studien R. Kékulé gewidmet ; p. 24.
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nécropoles de ce type les plus considérables s’étendent précisément dans le voisinage des cités étrusques les plus importantes 3,0 au nord et au sud de l’Apennin. En tous cas la civilisation à laquelle correspondent les pozzi , la civilisation dite villanovienne, a eu en Ëtrurie, comme presque partout en Italie311, son heure d’épa¬
nouissement. Si elle n’appartient pas en propre aux Étrusques, ils y ont du moins participé et cela suffit pour que nous ayons le droit d’y chercher le point de départ de leur développement industriel.
Au temps des pozzi, on peut dire que leur civilisation était encore très élémentaire. C’était celle d’un peuple à demi barbare qui vivait dans des cabanes dont certaines urnes cinéraires nous ont conservé l'image [domus,
fig. 2508-2310], Leur patrimoine industriel était pauvre et leur art enfantin. Ils avaient des céramiques d’étoffe grossière, faites à la main avec une pâte impure, mal pétrie, le plus souvent mal cuite et plus ou moins enfumée312. Leurmétallurgie se bornait au travail du bronze, dont ils faisaient des armes, des ustensiles, des objets d’équipement et de toilette, surtout des fibules, quel- Kig. 2-87. - Ossuaire de bronze. quef0is des récipients et des
urnes cinéraires(fig.2787j 313.
Le métal était tantôt coulé dans des moules, pour les menus objets, tantôt laminé en feuilles, façonné au marteau et assemblé par des rivets 3U.
Le fer était extrêmement rare 31 6 , ainsi que l’or 316 et l’argent 317.
La décoration consistaituniquement en dessins
Fig. 2788. — Ceinturon de bronze. géométriques,
aussi bien sur les
bronzes que sur les poteries 3,8 . La plupart de ces dessins étaient incisés 319. Quelquefois, sur les poteries, ils étaient tracés à l’aide d’un pinceau soit en blanc320 soit en rouge321. Il arrive aussi que les motifs géométriques soient figurés, sur les bronzes, par des lignes de rivets ou de boutons repoussés (fig. 2787 et 2 7 88 ) 322, sur les poteries par des bossettes de bronze appliquées sur la pâte 323. Il n’est pas rare qu’une bordure
d'anneaux enfilés complète la décoration (fig. 2789)32i.
Cet art encore primitif comportait très peu de représentations d’hommes ou d'animaux. Tout se bornait à quelques poupées informes et à quelques figures d’oiseaux (fig. 2700 et 2701) 32=.
Bien des questions relatives aux origines et à l’histoire de la civilisation villanovienne restent encore obscures. Mais il y a quelques points que l’on peut considéier des a présent comme Fig. 2789. — Trépied de bronze, établis : 1° cette civilisation
se rattache directement à une civilisation italique antérieure 326 correspondant à la période dite des terramares 327 ; 2° les éléments nouveaux qu’on y constate (types, formes, dé-
Fig. 2790.
Fig. 2791.
Poteries à décor plastique.
coration, matières ouvrées, technique) représentent des importations faites en Italie par les marchands de la Phénicie et de la Grèce 328 ; 3° elle s’est prolongée plus longtemps au nord de l’Apennin qu’au sud, parce qu’à partir du vmc siècle le commerce maritime se portant de préférence vers les côtes de la mer Tyrrhénienne, le mouvement incessant des importations l’a peu à peu enrichie et transformée en Toscane, tandis que dans le Bolonais et la région circumpadane, où les importations étaient moins fréquentes et plus clairsemées, elle conservait, jusque vers le milieu du ve siècle, ses types caractéristiques, non sans développer cependant ses procédés techniques et son système de décoration 329.
Il résulte de ce qui précède que c'est en Toscane qu'il est surtout intéressant de suivre les progrès de l’industrie et de l’art étrusques. Les fouilles les plus récentes exécutées dans cette partie de 1 Italie, particulièrement dans la nécropole de Cornéto 330, où la succession des âges est plus nette qu’ailleurs, permettent de distinguer quatre grandes périodes : 1° La période des premières
3'I)° Notamment à Tnrquinii (Ghirardini, Notizie degli scavi, 1881, p. 342 et s. ;
SS-, P- 136 et s.); ù Clusium (Bertrand, Revue archéologique , XVII, i 874, p. 209 et s.); u \ctulonia ( Notizie degli scavi, 1883, p. 98 et s., 398 et s.; 1886. p. 143; 87, p 471); à Vulci (Gsell, p. 249 et s.); à Felsina-Bologne (Zannoni, GU scavi “ Certosa)- - 311 Gsell, p. 333 (avec la bibliographie). — 312 J, Martlia, P- « et S.; Gsell, p. 237 et s.; p. 268 et s. - 313 J, Martha, p. 58 et s.; Gsell! P- -'P s.; p. 264 e( s- . Zantio n i , La fonderia di Bologna. La figure 2787 reproi uit un ossuaire villanovien trouvé dans un puits de Cornéto [Notizie degli — "là r*8*’ — 314 ^our celte technique voir l’article caelatuba.
— 317 p"’ 2!'9, 3°°’ "°teS 2"7' 30,> notes *-5- — 316 Gsell, P- 302, note 1.
qui Se**’ T" notes 6-8. — 318 Sur l'origine de ce système de décoration qui a soulevé de nombreuses discussions, voir Conze, Zur lieschichte der Anden* 7SrleCh' Kunst (avec la lettre complementaire publiée dans les Annali Inst. 1877); Helbig, Annali, 1875, p. 229 et s. ; Dumont et Chaplain, les > antiques de la Grèce propre , I, p. 18 et s. Résumé de la question dans
Rayet et Collignon, Céramique grecque , p. 19 et s. — 319 J. Martha, p. 50-52;
Gsell, p. 260 (et les notes bibliographiques). — 320 Gsell, p. 260-262. 321 Gsell.
p. 278. 322 J. Martha, p. 65. Pour la ligure 2788 qui représente un ceinturon
trouvé à Cornéto, voir Notizie degli scavi, 1882, pl. mi, 19. 323 Gsell. p. 262. Sur ce procédé de décoration, voir Helbig, ffom. Epos (2« éd.), p. 377.
— 324 Sur l'ornementation à anneaux, voir Gsell, Fouilles, p. 286 (notes bibliographiques). Pour la figure 2789 voir Notizie degli scavi, 1882, pl. un, 6.
32, J. Martha, p. 54, 63 ; Gsell, p. 275 et s. Pour les figures 2790 et 2791, voir Nolizie , 1881, pl. v, 8, et 1885, pl. xiv, 9. — 326 Gsell, p. 335.
— 327 Pour les terramare voir Helbig, Die Itali/cer in der Poebene. — 323 Helbig, Annali dell’ Inst. 1875, p. 229; Martha, p. 70; Gsell, p. 336. — 329 Pour les progrès de l'art villanovien dans le Bolonais, voir Martha, p. 75 et s. (avec la bibliographie). — 330 Ghirardini, Notizie degli scavi, 1881, p. 342 et s.; 1882, p. 136,410; Helbig, Annali dell' Inst., 1883, p. 285 et s.; Undset, Annali, 1885, p. 1 et s.
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tombes à inhumation (vm° et vu® siècles); 2° La période d’influence gréco-orientale (vne siècle et première moitié du vie); 3° La période d’influence attique (vie-ive siècle); 4° La période étrusco-campanienne (fin du ive siècle-mc siècle). La première période correspondu l’avènement des tombes dites à fossa 331 . Elle se rattache très étroitement à la période des pozzi , avec laquelle elle présente beaucoup de points communs 332. Mais le matériel funéraire n'est pas complètement identique de part et d’autre. Dans les fosses la céramique est beaucoup plus abondante et plus variée. On y remarque : 1° des poteries faites à la main, qui par leurs formes rappellent les types des pozzi , mais qui s’en distinguent par la préparation plus fine de la pâte, parle lustre noirâtre de leur surface333, et quelquefois par une certaine régulari té qui suppose, sinon l’emploi du tour, du moins la pratique de quelque instrument qui y supplée 334 ; 2° des poteries façonnées au tour, à fond jaunâtre avec dessins géométriques au pinceau et quelques figures d’oiseaux, poteries dont la provenance étrangère n’est pas douteuse et qui sont d’importation grecque (fig. 2792) 336 ; 3° des poteries de fabrication indigène, mais certainement imitées de ces vases d’importation 33°.
Les acquisitions de la métallurgie vont de pair avec celles de la céramique. Les Étrusques ont encore peu de fer 337 , mais une quantité déjà assez notable d’or et d’argent338. Les bronzes rappellent ceux des pozzi , mais ils sont en plus grande abondance. Le nombre est beaucoup plus considérable des vases do bronze laminé et rivé, tasses, écuelles, gourdes, récipients sphériques ou biconiques, ossuaires reproduisant l’aspect de l’ossuaire villanovien (voir plus
On les appelle aussi quelquefois depositi egizi. Sur ce type de sépultures voir Ghirardini, Notizie degli scavi, 1881, p. 349; 1882, p. 191 ; Helbig, Annali , 1884, p. 115- 120; Undset, Annali, 1885, p. 13; Martha, Art étrusque, p. 98 et s. Tombes contemporaines : à Biseuzio (Notizie degli scavi, 1886, p. 177 et s. ; 290 et s.); à Orviéto ( Annali , 1885, p. 46); aux Allumiere (ftlitsche de la Grange, Intorno ad alcuni sepolcreti... delle Allumiere, p. 8; Notizie , 1881, p. 246; Bull. delV Inst. 1883, p. 211); à Vulci (Gsell, Fouilles , p. 345 et s.); à Chiusi (tombes à ziro : Bull, dell * Inst. 1875, p. 218; 1876, p. 152; 1879, p. 234; 1882, p. 230; 1883, p. 193; Notizie degli scavi, 1877, p. 144; 1879, p. 329; 1881, p. 20; 1884, p. 382); à Vétuionia (tombes à buco : Mitheil. d. d. arch. Inst. Itôm. Abth. 1886, p. 131, 132; Notizie , 1885, p. 101; 1887, p. 473, 474, 506, 509, 511 et s.); à Cività-Castellana ( Notizie , 1887, p. 311). - 332 Helbig, Annali , 1884, p. 118-123; 181-188. — 333 Notizie degli scavi, 1882, p. 205; Bull, dell * Inst. 1884, p. 119; Gsell, p. 366 et s. — 334 Helbig, Die Italiker inder Poebene, p. 87; Bull, dell' Inst. 1884, p. 162; 1885, p. 119.
— 335 Notizie degli scavi, 1882, p. 205; 1888, p. 691; 1889, p. 102; Bull, dell' Inst. 1880, p. 40; 1881, p. 39, 40; 1884, p. 163, 164; Gsell, p. 380 et s. La figure 2792 est tirée des Alonum. dell’ Inst., XII, pl. ni, 4. — 336 Gsell, 398 et s.
— 337 Gsell, p. 358, Bull, dell' Inst. 1885, p. 84. — 338 Notizie degli scavi, 1882, p. 193 et s.; Gsell, Fouilles, p. 358. — 339 Annali dell* Inst. 1874, p. 254; 1875, p. 226; 1884, p. 174; 1885, p. 14; Notizie degli scavi, 1882, p. 197, 198.
— 340 Monum. dell' Inst. X, pl. x, 1. — 341 Bull, dell' Inst. 1874, p. 120; Annali,
188 4, p. 176. La figure 2793 est empruntée aux Monum. dell' Inst. XII, pl. ni, 14.
haut fig. 2 7 8 7) 33°. On remarque aussi de grandes pièces métalliques, telles que des boucliers décorés de zones concentriques incisées 340 (voy. t. 1, p. 1256, fig. i657) et le trépied que nous reproduisons ici 341 (fig. 2793) p est visible que durant cette période l’Étrurie s’ouvre de plus en plus au commerce étranger 342, et que son industrie se forme sous l'influence des modèles qu’on lui apporte.
La période suivante correspond aux tombes à fossa les plus récentes 343 ainsi qu’aux tombes de Cornéto dites à couloir a corridoio 34\ ou tombe egizie 3ls. On y retrouve la plupart des types céramiques et métalliques dont la tradition subsiste depuis les pozzi 346. En même temps les progrès qu’indiquait déjà la période précédente s accusent nettement. Il y a un nombre plus considérable de grandes pièces métalliques, d’objets d’or, d’argent, de
fer, d’ivoire, de verre émaillé. Le pectoral d’or de Cornéto (fig. 2794) peut être cité parmi les plus beaux spécimens de cette catégorie d’objets 347. L $ vases importés, faits au tour, se multiplient 348, parmi lesquels se remarquent des poteries corinthiennes avec figures d’animaux et figures humaines 349. D’autre part les fabriques de céramique indigène prennent de l’extension; on essaye d’imiter les vases avec décor géométrique peint 350, et l’on développe l’industrie des vases noirâtres à surface lustrée351. Mais ce qui donne à cette période une physionomie à part, c’est la présence dans les sépultures d’une grande quantité d’objets de style oriental, ivoires sculptés, plaques d’or et d’argent ciselées, coupes d’ar-
— 342 Les tombes à fossa contiennent des produits dont l’origine exotique ne peut pas être contestée, des scarabées, par exemple, avec des hiéroglyphes (No/izie degli scavi, 1882, p. 193) ainsi que des fioles de verre émaillé (Bull, dell' Inst. 1882, p. 101; 1884, p. 120). — 343 Gsell, p. 360 et s. — 344 Annali, 1884, p. 115, note 4. — 345 Notizie degli scavi, 1882, p. 206. Tombes contemporaines : à Cervétri (Regulini-Galassi, Grill, Cere antica,p. 72; Canina, Etruria maritima, pl. l-lix ; Bull, dell’ Inst. 1836, p, 56-62; 1838, p. 173; Museo Gregoriano, I, pl. xii-xxi); à Vulci (Grotte d'Isis, Bull. dell. Inst. 1839, p. 71; Annali , 1843, p. 350; Micali, Mon. ined. p. 37-71, pl. iv-vm ; cf. Gsell, Fouilles, p. 360 et s.); u Falestrina ( Annali-Mon . 1855, p. 45 et s.; Annali, 1866, p. 186; Monum. VIII, pl. xxvi; Annali , 1879, p. 5 et s. ; 1876, p. 197 et s.; Bull. 1876, p. 117 et s.; 1881, p. 83 ; Notizie degli scavi, 1876, p. 113; Clermont-Ganneau, l'Imagerie phénicienne-, Perrot et Chipiez, Hist. de l'art, III, p. 97); à Vétuionia (tombe del Duce, Mittheil. d. d. arch. Inst. rôm. Abth. I, p. 129 et s.; Notizie, 1887, p. 474 et s.). Cf. encore Notizie, 1887, p. 309-311 ; Martha, p. 112, note 1). — 346 Notizie degli scavi, 1882, p. 206 ; Bull, dell' Inst. 1870, p. 56, 57 ; 1885, p. 118, 124, 210, 213; Annali , 1885, p. 28, note 3, p. 29; Mittheil. d. d. arch. Inst. rom. Abth. II, p. 153 <j,t s. — 347 Martha, p. 105; Gsell, p. 413 et s. La figure 2794 est tirée des Monum. dell' Inst., X, pl. x b, 2. — 348 Gsell, p. 380 et s. — 349 Bull, dell Inst. 1884, p. 122, 123; 1885, p. 211; Mitth. d. d. arch. Inst. rom. Abth. II» p. 155. — 350 Gsell, p. 398. — 351 Bull, dell' Inst. 1883, p. 124; 1885, p. 120; p. 210-213.
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Fig. 2795. — Chaudron de bronze.
gent historiées, chaudrons de bronze (lig. 2795), œufs d’autruche (fig. 2795), etc., le tout décoré de palmettes, de rosettes, de croissants, de fleurs de lotus, de lions (voir t. I, p. 70, fig. 109; p. 790, fig. 964), de sphinx,
de griffons, de chimères, en un mot de tous les éléments qui constituent d’ordinaire le système de l’ornementation asiatique 352. La plus grande partie de cesobjets vient certainement de l’étranger et a été apportée dans le
pays soit par le commerce carthaginois, soit par le commerce hellénique 363. Quelques-uns cependant pourraient bien avoir été fabriqués en Toscane à l’imitation des objets importés, soit par des ouvriers étrangers établis en Italie, soit par des ouvriers indigènes 36t.
La période d’influence attique, à laquelle nous arrivons maintenant, marque l’épanouissement industriel de la Toscane. Un grand courant commercial s'établit entre Athènes et l’Italie, soit directement, soit, comme le veut M. Helbig366, indirectement, par l’intermédiaire des marchands de Syracuse. L’Étrurie est inondée non seulement de produits helléniques, de vases peints en particulier, mais encore d’ouvriers grecs qui viennent y chercher fortune, tondent des ateliers, forment les ouvriers indigènes et ré-
pandent dans tous les arts le style attique avec les sujets qui lui sont le plus familiers. L’Italie centrale est d'ailleurs à l'apogée de sa puissance et de sa richesse.
La période étrusco-campanienne enfin correspond à un changement d’influence, lequel a pour conséquence
un changement de style dans l’industrie et l’art étrusques. Ce n’est plus l’action de la Grèce propre que subit alors l’Étrurie : c’est l’action de la Grande-Grèce 330 ; celle-ci introduit dans l’Italie centrale des industries
- Mnrtlta, p. 105 et s. La fig. 2795 reproduit un chaudron de la tombe Reguliui ■> Lornrio (Mus. Gregor ., I, p], xv, t)'; la fig. 2790 un œuf d’autruche de la grotte lsis a Vulci (Micali, Monum. inediti, 1844, pl. vu). — 303 La question est très coutiorersée. Pour la bibliographie voir Gsell, p. 419, note 3. — 30’. Undset, An~ anfi, 1885, p. 75; Orsi, Museo italiano di (lut. classica , II, p. 99. — 305 Sopra e r^a~*oni commercial i degli A teniesi colt ’ Italia ( Rendiconli d. r. acc. d. Lincci, ' 1889 ’ P- 79 et s.). — 8SG Marthe, p. 128 et s. — 337 Martha, p. 442. — 358 Mi-