‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 99 sur 111 · ET K · texte numérisé non relu

ET K

ETR

que la discipline sacrée de Tagès avait été recueillie et écrite par les lucumons102. Ils constituaient ainsi un ordre privilégié103 qui, par cela qu’il possédait le droit héréditaire de connaître et d’interpréter le code pontifical, était le seul apte à diriger les affaires publiques. Les familles des lucumons formaient sans doute en Étrurie quelque chose d'analogue aux de la Grèce et aux genles romaines [agnatio, familia, gens, manus], avec cette différence cependant que dansl’aristocratie grecque et romaine les femmes ne comptaient pour ainsi dire pas10’’, au lieu que dans l’aristocratie étrusque les femmes avaient un rang égal à celui des hommes. La noblesse ne se transmettait pas seulement de mâle en mâle; il y avait aussi une noblesse parles femmes105; on remarque en effet que dans une foule d’épitaphes étrusques le nom de la mère est un titre d’honneur qui s’ajoute au patronymique106, contrairement à ce qui se passait en Grèce et à Rome. La légende de Démarate est, àcet égard, très significative. Démarate est un étranger, un exilé de Corinthe107 : or il suffit qu’il épousé une femme appartenant à l’aristocratie étrusque pour que ses enfants soient nobles108 et comptent dans la famille des Tarchnas.

De même que la cité grecque ou romaine était une fédération de yév 7] ou de gentes , de même la cité étrusque parait avoir été une fédération de familles lucumoniennes. Ces familles formaient, avec leurs clients 109 [cliens] un certain nombre de groupes religieux, correspondant à ce qu’à Rome on appelait une curie [curia], Festus parle de curies étrusques 110 et Servius nous apprend que les Étrusques de Mantoue étaient répartis en douze curies111. Plusieurs curies ensemble formaient un groupe plus étendu, correspondant à la tribu [tribus] . du moins c’est ce qu’il est permis d inférer d un texte de Varron disant, d’après un écrivain étrusque Volnius, que les noms par lesquels étaient désignées les trois tribus de la Rome primitive, Ramnes , Luceres, Tities, étaient des appellations d’origine étrusque112 : Festus, du reste, signale des tribus en Étrurie113. Ces tribus étaient sans doute au nombre minimum de trois, comme à Rome : ce nombre est en rapport avec la division tripartite qui préside à l’établissement de la cité étrusque, laquelle ne peut être régulièrement constituée, si elle n’a pas au moins trois sanctuaires et trois portes d’enceinte11’. D’après Servius, il y avait trois tribus dans la ville étrusque de Mantoue 11B. Quant aux ceniuriae dont Festus signale l’existence en Étrurie116, il est difficile de dire au juste à quoi elles répondaient, à une division militaire et politique ou à une division territoriale [centuria].

En somme, nous savons peu de chose sur 1 organisation sociale des Étrusques : nous la devinons, plutôt que nous ne l’apercevons clairement, à travers les institutions romaines qui en dérivent par certains cotés ou qui y sont plus ou moins apparentées, institutions qui elles-mêmes, pour la période primitive, nous sont impar¬

faitement connues. Rien ne nous assure aussi que les Romains aient toujours bien compris ce qui se passait chez leurs voisins, et n’aient pas quelquefois cru retrouver chez autrui ce qu’ils avaient chez eux. Et puis, rien ne nous dit que la constitution de la société étrusque soit toujours restée la même à travers les âges. Comme tous les peuples du monde, les Étrusques ont dû avoir leurs révolutions. Si forte que soit une aristocratie, il vient toujours un moment où elle est obligée de compter avec les revendications menaçantes des foules qu’elle était habituée à dominer et dont le nombre grandit en même temps qu’elle se réduit elle-même et qu’elle s’use. Il y a là une loi humaine à laquelle les Étrusques semblent d’autant moins avoir échappé que leur pays a été de bonne heure un centre de commerce et d’industrie ; il est impossible que les progrès de la richesse n’aient pas à la longue modifié les conditions sociales, sans compter que l’esprit démocratique de la Grèce devait aisément se répandre au milieu de populations qu’un contact incessant avec les Grecs en Campanie et en Toscane inféodait chaque jour davantage à l’hellénisme. L’exode des Tarquins à Rome, les aventures de Mastarna et de Célès Vibenna, auxquelles fait allusion l’empereur Claude dans son discours aux Lyonnais111 et dont une fresque de Vulci (lig. 2770 retrace quelques épisodes. 11S, prouvent qu’au viie siècle avant

l’époque préci- Fig. 2770. - Mastarna et Célès Vibenna (fresque de Vulci).

sèment oùl’Ita-

lie centrale commençait à s’ouvrir toute grande aux îmuchandises et aux idées de la Grèce, 1 Étrurie traveisa une période d’agitations et de discordes intestines; d’autre part les réformes de Mastarna, devenu roi à Rome sous le nom de Servius Tullius, paraissent indiquer, par leurs tendances démocratiques, qu’un esprit nouveau avait pénétré en Étrurie et que l’antique aristocratie des lucumons avait été, sinon entamée, du moins battue en brèche. De là les troubles dont Veies fut le théâtre au commencement du Ve siècle avant notre ère, troubles auxquels Tite-Live fait plusieurs fois allusion, et qui se traduisirent par des changements dans la forme du gouvernement, par la substitution de magistrats annuels a la royauté élective, puis par le retour à la royauté 1 • 11

102 Censurin. De (lie natuli, 4, 13. - «3 Eus seuls probablement avaient le

droit de mettre devant leur uom le titre de Lar ou Lars (Ex. : Lar Porsenna,

Lacs Tolumnius) que l'on trouve souvent dans les auteurs et les inscriptions (O MUUer-Deecke, Etruslcer, I, p. 377). Les femmes portaient le titre de Lartlua. L'iOV Fustel de Coulanges, La cité antique, 61,94, 37 2. - 103 0. Muller, Etruslcer, 1 n ®76 • voir Bachofen, Die Sage von Tanaquil , eine Untersuchuny ueber den OriJalismus in Uom und Italien, 1870. - i»B Deecke dans O. Millier Etruslcer 1 p. 508. — «7 Tit. I.iv. I. 34; Herodot. V, 92; Strab. 2, -, \. p. 219, Dion Halic 111 46-47. — K*8 La tradition romaine donnait à l'un de ses (iis le‘Unom de ' Lucumo (Tit. Liv. 1, 34). - 109 Sur l’existence de la clientèle en

Étrurie, voir Jlüller, Etruslcer, I, p. 352. - »0 Voir le texte (s. v. ntuales) cite

plus haut note 99. - «1 Serv. Ad Ae ». X, 202. - H* Vanr. , * “T V 55. — H» Voir noie 99. — 1“ Serv. Ad Aen. 1, 422 : « Prudeu t disciplinac aiunt apud conditores etrnscarum urbium non putatas justes u fuisse, in quibus non très portae essent dedicatae et votivae et tôt emp » Junonis, Minervae. » — 1|5 Serv. Ad Aen. X, 202. — 116 011 n .

— 117 Les tables de bronze sont au musée de Lyon. Voir le texte ans ‘

dins, Géographie de la Gaule romaine, III, p. 284-290, pl. xiv. C . ac) ■ • ’

XI, 24. - 118 Noël des Vergers, IH.pl. xxvn, p. 18 et s.; Garruccr, Jhch ara zi o ne delle pitture vulcenti, Rome, 186fi. La figure 2770 a ete gl’avee])(Jd^t LiVi des photographies qui accompagnent cette description, pl. m*

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