‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 102 sur 111 · EU P · texte numérisé non relu

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qui sont de formation différente, qui sont tirés soit de particularités géographiques, soit d'occupations profanes ou sacrées, soit d’autres racines23. Les noms patronymiques se réfèrent généralement à un héros mythique qui est vénéré comme le héros protecteur, comme le père de la famille; ce culte d’un héros légendaire prouve justement que les membres de la famille ne sont pas tous liés les uns aux autres par une parenté réelle. C’est la descendance par les mâles qui ouvre l’entrée duyévoç; les enfants y sont introduits par leur père. C’est ce qui explique qu’au moins jusqu’à l’époque de la domination romaine les familles aient pu ne pas se confondre les unes avec les autres21. Mais il faut tenir compte aussi de l’adoption qui permet, peut-être dès cette époqqe, d'introduire dans la famille, vraisemblablement avec le consentement de tous les membres23, un enfant étranger, fils d’un non noble et d’une femme noble. Le ysv oç a son chef, ctoytov, connu seulement par des documents de l’époque postérieure où il n’a plus que des débris de ses anciennes fonctions ; il est probablement alors le chef de la famille, le prêtre, le juge. Le yÉvo? a sans doute son lieu de réunion (Xsa/yq) , où il fait ses règlements (Oscqua)20 ; il a le culte de son héros et souvent d’autres cultes domestiques qui, depuis la réunion des bourgades de l’Attique en une seule ville, continuent à lui appartenir comme cultes patrimoniaux, quoique la plupart soient devenus des cultes d’État27. lia, sans doute, comme plus tard, des biens. A-t-il un droit de propriété collectif et par suite un droit de succession, en l’absence d’héritiers, sur la fortune de chacun de ses membres? On peut le conjecturer28, mais il ne reste absolument aucune trace de cette propriété gentilice dans le droit de l’époque historique. Nous savons qu’avant l’établissement ou plutôt la régularisation du testament par Solon25, les biens du citoyen athénien devaient rester dans sa famille légitime ; mais il s’agit là de la famille au sens ordinaire et non du vévoç30. Si le y svoç attique a jamais eu la forte constitution de la gens romaine, elle s’est affaiblie de fort bonne heure. Il n’y a rien à Athènes qui corresponde au nom gentilice de Rome. Dans la loi de Dracon sur le meurtre involontaire31, loi qui reproduit sans doute un droit antérieur, le nombre des parents qui peuvent poursuivre le meurtrier est déjà singulièrement restreint ; on ne va que jusqu'aux cousins issus de germains, en y ajoutant les gendres et les beaux-pères ; viennent ensuite les membres de la phratrie; la réconciliation avec le meurtrier n’est accordée que par le père, les frères, les fils; à leur défaut, les éphètes choisissent dix membres de la phratrie 32 ; dans la loi funéraire de Solon, les seules parentes admises à pénétrer dans la maison mortuaire après l’enlèvement du corps, sont les entants du cousin germain33. Remarquons d’autre part que si les membres du ysvoçont habité à 1 origine le même distiict,

ils ont commencé assez tôt à se disperser, car s’ils avaient encore été tous réunis à l’époque de Clisthène, on les trouverait tous ensuite inscrits à perpétuité dans le même dème ; au contraire, nous avons de nombreux exemples de membres d’une même famille, inscrits dans des dèmes différents 3t. Cela ne détruit cependant pas la solidarité du ylvoç. La faute de quelques Alcméonides entraîne 1 exil de toute la famille38. Quel est maintenant le rapport du y £voç avec les autres divisions de la cité? Nous connaissons, par Aristote, la tradition qui attribuait à Thésée la répartition de la population de l’Attique en i tribus, 12 phratries ou trittyes, 3C0 y Év-q et 10 800 yevvTjTai 30. Il est à peine besoin de faire remarquer le caractère systématique et artificiel de cette organisation. Aristote dit lui-même que ces chiffres reproduisaient l’année, les mois et les jours37. D'autres textes font remonter les tribus à Ion ou à ses fils38. Le mot ysw-ïjTai ne désigne jamais que les membres des y év-q et ne peut s’appliquer à toute la population 30. Enfin le système des tribus et des phratries remonte aux origines mêmes de toutes les villes grecques et n’est pas l’œuvre d’un législateur en particulier. Nous avons donc le droit d’interpréter en toute liberté le texte d’Aristote. Ce même auteur attribue à Thésée une autre division delà population en trois classes, les Eupatrides, les Laboureurs, les Ouvriers 40 : ici encore, on met sous le nom de Thésée un ancien groupement naturel. Les Eupatrides sont probablement répartis dès ce moment dans les tribus avec les deux autres classes ; car le fait que les quatre chefs des tribus, les tfuXoêaatXeïç, appartiennent et doivent appartenir aux Eupatrides11, prouve que les Laboureurs et les Ouvriers figurent aussi dans les tribus. En est-il de même dans les phratries? Y a-t-il dans chaque phratrie des représentants des trois classes ou y a-t-il des phratries spéciales pour chaque classe? Nous serions éclairés sur ce point, si dans la loi de Dracon sur le meurtre 42, nous avions le sens exact du mot àpnmv87]v qui peut signifier le choix parmi les nobles ou parmi les meilleurs; si, en effet, les éphètes devaient choisir dix membres de la phratrie parmi les nobles, cette recommandation prouverait que nobles et non nobles étaient déjà unis dans les phratries. C’est là peut-être l'hypothèse la plus probable. Mais quels étaient dans la phratrie les rapports des deux groupes? Nous n’avons pas de texte sur ce poin t. La situation des non nobles dans les phratries devait d’ailleurs être déterminée par leur situation à l'égard desyévv). Nous connaissons malheureusement aussi mal les rapports des non nobles d’Athènes avec les Eupatrides, que ceux des plébéiens de Rome avec les patriciens. On ne peut guère admettre, sur la foi de quelques scholiastes 13, que les Eupatrides auraient été réunis dans un ou plusieurs des ysvr, de chaque phratrie, tandis que les autres auraient été formés par les non nobles, les Of|TE;, les zE).àrat. Il est

’3 ToepITer ( l c p. 3) n’en trouve que douze, entre autres les Céphisiens, les Décéléiens les Céryces, les Salnminiens, les Bouzyges. - 24 Dittenberger, l. c. “ou sur ce point les textes des notes 119. 120. 20 Proc!, ad Hesiod.

et dies 49’ — 27 r-a tradition d'une répartition des sacerdoces entre les familles au moyen du sort n’a évidemment aucune valeur (Suidas, . ».

28 cr Dubois, Droit attique, succession, saisine ( Nouvelle Dénué Instor que de droit, 1881, p. 136). - » Hat. Sol. SI - *> To.pfcr (l. C. p. ». note 11 oppose le testament à la succession y.v«î d apres Anxtot. 1 ol. 5, 7, 1 i s’auit évidemment dans ce texte de la famille au sens ordinaire et non de ràncien vivo- - 01 Corp. inter, ntt. I, 61 ; Dem. 23, 37, 42 ; 43, 57. - 32 Voir sur question l’article rrHrr.u. - 33 Dem. 43. 62 ; Plut. Sol. .2, 21. Il y a la môme prescription dans la loi funéraire d’iulis (Roebl, Inscr. antiquiss. 39a.)

3V Les Brylides sont dans six dèmes à l’époque de Démosthèue (Dem. 53, 61).

Cf. le registre des Amynandrides de l’époque impériale (Corp. inscr. att. 3, 1276- 1277). — 33 Aristot. At/i.pot. c. 1 (éd. Kenyon). —30 Schol. ad Plat. Axiach. 465. Plut. Thés. 25; fragment de lexique de Patmos dans Bull, de corr. hell. 1,152. cf. Harpocr. s. «. yivvr-v.i, Tpntii;. — 37 Bull, de corr. hell. 1. 152. — 3» Strab. 8, 383 ; Plut- Sol. 23. Nous renvoyons à l’article minos pour tout ce qui concerne les tribus attiqUcs. — 39 Voir les textes cités à la note 118 et Dem. 57, 67. — 40 Voir, outre les textes cites à la note 30, Étym. rnagu. s. v. ’Eucortfliai ; ilesych. iqç.otûWat ; tollux, 8. III. Il faut évidemment dans la scliolie de l’Axioclios et le fragment de lexique de Patmos restituer après le mot ’A0ï:1vvi<nv les mots .fç te toO; eùraTjiéa;. I ollux. iU. — iî Dem. 43, 57 ; Corp. inscr. att. I, 61, i. 19.-43 Suid. s. r. 7ïV,if“ '

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plus probable que la masse des clients était adjointe, comme à Rome, aux familles nobles. Faut-il alors, comme on le fait généralement u, attribuer dans chaque y évoç aux nobles le nom d op.oyàXaxTeç, aux non nobles celui d’ôpyEüivE;, les premiers étant considérés comme du même sang, les autres, comme seulement associés aux cultes de la famille? Cette distinction n’est juste que pourl’époque postérieure; à l’époque primitive, ces deux termes, ôixdyaXïXTEç et opys <3veç, ne paraissent pas s’opposer l’un à l’autre, mais plutôt se compléter*11. C’est le même groupe envisagé sous deux faces différentes. Les yswT,TGu, en tant qu’ayant une filiation commune, soit réelle soit fictive, s’appellent 6p.oyâÀaxTEç ; en tant que participant aux mêmes cultes soit de héros, soit de dieux, ils s’appellent ipyEùWeç 4G. C’est seulement après la réforme de Clisthène que le mol àpyscuvsç désignera les non nobles associés dans les phratries aux nobles. Tous les non nobles sont-ils groupés dans les 'yév-q , autour des nobles ? Peut-être les Ouvriers, classe déjà relativement nombreuse, restent-ils en dehors de cette organisation gentilice. Remarquons d’autre part, fjue le nombre primitif des yévY) ne s’accroît plus, et qu’il faut soigneusement les distinguer des simples familles qui constituent seulement des oîxoc 47.

Les Eupatrides pratiquent seuls les deux cultes de Zeus Herkeios et d’Apollon Patroos (Zeùç 'Epxsic-ç, ’AtoX- Xwv Ltat pffioç) 48 ; c’est pour cette raison que l’archontat devant être pendant longtemps réservé aux Eupatrides, l'obligation de pratiquer ces deux cultes figurera dans la dokimasie imposée aux candidats à cette charge 49. Les Eupatrides sont sans doute les seuls citoyens de droit complet; ils possèdent seuls les formules juridiques, interprètent le droit civil et le droit sacré, encore purement coutumiers 5", fournissent les magistrats, les fulcêxtnXsïç, puis, clés qu'ils seront créés, les archontes, composent sans doute les assemblées publiques où ils mènent avec eux leurs clients et leurs affranchis81. Ils constituent une aristocratie puissante, qui, à en juger par ce qui a lieu dans d’autres pays et par les luttes qui vont bientôt éclater à Athènes, limite et contrôle le pouvoir de la royauté. 11 y a sans doute à côté du roi, comme à Sparte”2, un sénat d’Eupatrides, mais nous n’en connaissons pas la forme primitive 53 ; avant Dracon nous trouverons l'Aréopage composé des anciens archontes Eupatrides et on verra fonctionner pour l’affaire de Cylon un tribunal criminel spécial composé de trois cents membres, sans doute nobles.

Les Eupatrides sont les principaux propriétaires fonciers. Sur ce point tous les textes sont d’accord84. Mais les Eupatrides ont-ils seuls le droit de posséder la terre ou ne font-ils accaparée que peu à peu, favorisés par les conditions économiques et sociales? Il y a ici deux théories en présence. Dans la première, représentée surtout par Fustel de Coulanges85, la terre est réservée

^ Cf. Gilbert, Handbuchder griechischen Slaalsalterthümer, p. 113. — 4ü Pollux, •C i>-, 8, ltt ; Phot. s. v. ôpyiùtvt; ; Hlrpocr. s. u. y EV. y TK : . — 46 Etym. magu. s. v. livf.nti ; Phot. s. v. o py eùév t;, 2. — 47 Ainsi les descendants d’un certain Housélos jusqu à la cinquième génération forment desoîxoi et s’appellent ltogeUràon. Mais le mot oexo; peut quelquefois s’appliquera un ylvg, ( Corp. viser, att.H, 841 b). — 48Dem. ‘>7.07. AitôXXwvoî tîcetowou Etal Ai îçreéou ytvvîjtou. — - 43 Aristot. Aih . pol. 55. — 50 plut. d/ies. 25. 51 L’existence d'assemblées publiques est probable, mais il n’y a pas de

texte qui 1 affirme. Le texte qu’on cite quelquefois (Plut. Thés. 25, 1) n’a pas ce sens.

- Aristot. Pol. 2, 6, 15. — 53 Voir l’article ephetai. — 54 Cf. Aristot. AM.

’ 8" La. Cité antique, 4, 0, § 2 (5e éd.). — 50 H y avait deux opinions sur

ce mot chez les auteurs anciens; d’après les uns (Plut. Sol. 13 ; Ilesych. i-ipofeo;}

aux Eupatrides; ils peuvent donner des lots à leurs clients, mais simplement à titre précaire, et c’est seulement Solon qui rendant la terre accessible à tous fera disparaître les opot, marques de propriété des Eupatrides. Dans la seconde théorie, il n’y a pas eu de privilège légal en faveur des nobles; il a existé au contraire dès l’origine de petits propriétaires libres qui, ruinés par les mauvaises récoltes ou par d’autres raisons, incapables de résister aux empiétements des Eupatrides, ont dû leur abandonner leurs terres et entrer à leur service. Pour l’époque ancienne, en l’absence des textes, il est difficile de se prononcer sur la question de droit et nous verrons qu’il est aussi difficile de démontrer le véritable caractère de la mesure de Solon. En fait le petit peuple d’Athènes souffre des mêmes maux que les plébéiens de Rome ; les paysans cultivent les terres des Eupatrides à charge de payer une redevance des cinq sixièmes du produit du sol, d’où leur vient le nom de ÉxTvjaopot ou éxTT| pLopio i 58, il ne leur reste donc qu'un salaire insuffisant ; s'ils ne satisfont pas à leurs obligations, ils peuvent être incarcérés, puis vendus par le propriétaire, eux, leurs enfants et leurs femmes57; s'ils empruntent pour se libérer, c’est au moyen d’un contrat analogue au nexum romain qui fait d’eux pour un temps déterminé de véritables esclaves des créanciers58. Telle sera leur situation jusqu’à la réforme de Solon. Y avait-il d’autre part des institutions juridiques destinées à conserver la fortune de chaque famille noble, rameau d'un yâvoç? Nous avons vu le principe du droit successoral qui conserve les biens à la famille. On peut encore citer, en matière de succession, l’exclusion des filles par les fils et la situation particulière de la fille épiclère59, mais l'usage que nous trouvons plus tard d'un préciput en faveur de l’aîné 60 ne suffit pas à prouver l’existence, dans la législation ancienne, du droit d'aînesse.

La lutte entre la royauté et l'aristocratie. — Dans le développement politique de tous les États grecs, il y a une période de lutte entre l’aristocratie et la royauté. Nous la trouvons également à Athènes. La légende veut que Thésée ait déjà cherché à abaisser les Eupatrides en s’appuyant sur les classes inférieures de la cité et en fait le premier héros de la démocratie athénienne ; mais Thésée est battu, chassé et remplacé par une autre dynastie 61 . 11 est difficile de déterminer ce qu'il y a d’historique dans les traditions que nous avons sur cette lente évolution qui mène Athènes de la royauté à la république. 11 n'y a d'absolument certain que le point de départ et le point d’arrivée. Les fils légendaires de Thésée, qui ont recouvré le trône, portent des noms mythiques qui nous les représentent comme des tyrans8-. Ils ont pour successeur Mélanthos dont les descendants, au lieu de s’appeler Mélanthides, s’appellent Médontides, ce qui paraît prouver qu’il a été introduit arbitrairement dans la liste des rois83. Après le règne de Codrus

les fermiers payaient le sixième des fruits; d’après les autres (Hesych. îxTr^opot ; Phot. TsXâtou ; Eustatli. Ad Odyss. 19,28) les cinq sixièmes; Aristote (Ath. pol. 2) n’explique pas le sens du mot. Il est probable que c’est la secoude opinion qui est la vraie. Dans la première, la situation des fermiers eut été excellente. — 57 Plut. Sol. 1 3 ; Aristot. Ath. pol. 2 ; Solon, Frag. 4, v. 2 et s. —68 Plut. Sol.i 3; Aristot. L. I. — B9 Voir l’article epiklekos. — 60 Le préciput s'appelle T:Pe<yo£ïci(I)em. 30, 34). Dans le texte d’Hesychius, s. v. ï;w xçiaxââo;, ceux qui sont exclus de l’héritage doivent être simplement, commele remarque rY\inlheim(DiegviechischenRechtsalterthümerip.5i, note 1), les vûOoiou lescitoyeus frappés d’uue incapacité quelconque.— 61 Diodor. 4, 62 Plut. Thés. 25,30, 35. — 62 Les trois derniers s'appellent Oxyntcs (l’aigu), Aphcidas; (l’inexorable), Thymoitès (le violent). — 63 Pausan. 4, o, 10. Cf. Toeplfer, l. c. p. 231

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il y a plusieurs traditions; l'inscription de Paros n’indique aucun changement pour les cinq successeurs de ce roi °4, mais d’après d’autres sources il y aurait eu, sous le fils de Codrus, Médon, vraisemblablement à la suite des luttes avec l’aristocratie, un affaiblissement de la royauté ; elle aurait été rendue responsable et alors auraient commencé les archontes à vie, encore pris dans la même famille et portant toujours le titre de rois63 ; puis, vers le milieu du vme siècle00, l’archontat à vie aurait été transformé en archontat décennal, les quatre derniers Médontides se seraient succédé dans cette nouvelle charge jusque vers 712 °7, époque où les Eupatrides se seraient emparés de l'archontat ; ils l’aur, aient enfin transformé vers 083 en un collège de neuf membres choisis annuellement dans toutes les familles nobles68. Aristote, dans la Politique des Athéniens 69, donne une tradition différente sur les origines de l'archontat : le polémarque aurait été adjoint de bonne heure au roi pour le seconder à la guerre; l’archonte (éponyme) aurait été créé plus tard, sous Médon ou son successeur Acaste, avec un pouvoir restreintqui devait considérablement s’agrandir. Étaientils nommés à vie ou pour dix ans? Aristote ne le dit pas, mais il insiste sur ce fait que les thesmothètes, institués beaucoup plus tard pour juger ceux qui désobéiraient aux lois, ont été les seuls magistrats qui n’aient jamais eu qu’une année de pouvoir. De quelque manière qu’on ait passé de la royauté héréditaire à l’archontat annuel, l’aristocratie a su se débarrasser de la royauté et maintenant elle exerce seule le gouvernement.

L’État aristocratique. — Les archontes élus parmi les plus riches d’entre les nobles 70, sont les chefs de l’État; ils jugent eux-mêmes en premier et en dernier ressort71, ils ont peut-être à côté d’eux les prytanes des naucrares dont parle Hérodote, car les naucraries peuvent être antérieures à Solon72. Les archontes sortants forment l’Aréopage, qui a l’administration générale, qui juge souverainement et punit les infractions aux lois73. Les Eupatrides ne déploient pas au dehors une grande activité. Ils fournissent des vainqueurs aux jeux olympiques 74 mais ne jouent aucun rôle dans les grandes colonisations grecques. Ce régime n’apporte aucune amélioration au sort du peuple. Il n’est donc pas étonnant qu’il se tourne du côté des tyrans. La première tentative de tyrannie que nous connaissions est celle de Cylon, un noble, gendre de Théagène, tyran de Mégare; les Eupatrides réussissent à l’afrêter, avec l’appui des paysans, font tuer immédiatement, au mépris du droit d’asile et de la capitulation, une partie des partisans de Cylon, traduisent les autres devant le tribunal des archontes qui les condamnent à l’exil perpétuel ; mais ils sont obligés de

64 Marm.Par. 27-31. — 68 Euseb. Chron. p. 413-414 ( Patrolog . graec. t. 10) ; Pausan. 4. 5, 10. Est-ce aussi à ce changement que se rapporte le passage altéré d'Aristote. Ath. pol. 3, p. 6,1. 5-6? —66 En 753-752, d’après Marm.Par. ; en 752-751, d’après Euseb. Chron. p. 440. Sur la chronologie de ces événements, voir Busolt, Griech. Geschichte, 1, p. 404-407. — 67 Pausan. 1, 3, 3; 4, 5, 10; 4. 13, 7. Mais déjà parmi les Médontides, il y a beaucoup de noms, Alcméon, Mégaclès (des Alcméonides), Agamestor (un Philaïde), qui appartiennent à d’autres familles. 11 faut donc croire ou que ces noms ont été introduits arbitrairement pour compléter les listes, ou que les Eupatrides avaient déjà mis la main à plusieurs reprises sur l'archontat décennal. Un roi antérieur, Apheidas, est aussi l’ancêtre mythique des Apheidantides. — 68 Velt. Pat. 1, 8, 3; Sync. 399, 21. G9 C. 3 (chapitre très altéré). — 7° Ibid : 4pto-t(vSj|* xctl uXouilvS^v. — 71 Ibid -, Thucyd. 1, 126. Voir l’article epbesis. — 72 Herodot. 5, 71. Le texte d’Aristote (Pol. Ath. 8) où il est question des Daucraries de l’époque de Solon ne prouve pas absolument quelles ne fussent pas antérieures ; et d’autre part, il est question de prytanes (ibid. c. 4). — 73 Anstot. Ath. pol. 3. — '* Pau-

désavoueret de sacrifier les Alcméonides qui ont dirigé la répression ; un tribunal, composé de trois cents nobles condamne les Alcméonides à l’exil perpétuel76. Mais la tranquillité ne se rétablit point malgré la purification de la ville par Ëpiménide de Crète, et l’aristocratie est obligée de faire quelques concessions au peuple par l’intermédiaire d’un législateur, Dracon.

On a cru jusqu’ici que Dracon n’avait rien changé à la constitution politique et s’était contenté de rédiger, pour le porter à la connaissance de tous, le droit criminel coutumier que jusque-là possédaient seuls les Eupatrides, et de modifier l’organisation des tribunaux criminels [epiietai]. Mais la Politique d'Aristote , récemment découverte, nous a fourni des renseignements nouveaux qui attribuent à Dracon la partie essentielle de la réforme politique qu’on attribuait à Solon76. Quelle est la valeur exacte de ces renseignements? Il est difficile de l’apprécier. Il est assez surprenant que les compilateurs du traité d’Aristote, Plutarque, en particulier, qui l’a copié pour la Vie de Solon , n’aient rien reproduit du chapitre relatif à Dracon, ne fût-ce que pour le discuter ou le rejeter. 11 est d’autre part en contradiction avec deux passages de la Politique1’’ , qui paraissent attribuer à Solon la division du peuple en quatre classes et ne mettent au nom de Dracon qu’une’ réforme législative : il est vrai que ces deux passages appartiennent à un chapitre dont quelques critiques suspectent l’authenticité 78. Quoi qu’il en soit, que ce chapitre soit d’Aristote ou d’un interpolateur, il est question des pentacosiomédimnes, des chevaliers et des zeugites comme d’une division sociale déjà existante à l’époque de Dracon. Dracon aurait substitué définitivement une aristocratie d’argenl à l’aristocratie de naissance, en élargissant le cadre des citoyens. Sont alors citoyens complets et ont droit au gouvernement ceux qui peuvent fournir le service militaire dans les hoplites; ils sont répartis dans les trois classes despentacosiomédimnes, des chevaliers, des zeugites; il est probable que les autres habitants, les thètes, sont encore exclus de la cité ou n’ont que des droits restreints; on prend les archontes et les trésoriers (xagiat) parmi ceux qui ont au moins deux cents mines de fortune79, sans aucune dette, les stratèges et les hipparques parmi ceux qui ont cent mines et des enfants légitimes âgés de plus de dix ans ; les citoyens qui ont la fortune nécessaire remplissent à tour de rôle les magistratures dans un ordre réglé par le sort, et peut-être sous le contrôle de l’Aréopage 80. Dracon institue un Sénat de quatre cent un membres tirés au sort parmi les citoyens âgés de trente ans; l’Aréopage .continue à surveiller la conduite des citoyens et des fonctionnaires, à faire

san. 2 24 7; Thucyd. 1, 126. — 76 Thucyd. I. c. ; Herodot. 5, 70-71; Schol. Aristoph. Equit. 445; Heraclid. Pont, d, 4 (éd. Didot. 2, 208); Aristot. Ath. Pol, I ; Plut. Sol. 12; Pausan. 7, 25, 3. Cette tradition de l’exil des Alcméonides n’est pas absolument certaine, car, à l’époque de Solon, nous trouvons un Alcméonidc à Athènes (Plut. Sol. 11), quoique la famille n’ait pu bénéficier de la loi d’amnistie de Solon. - 76 E. 4. - 77 2, 9, § 4 et 9. - 78 Surtout depuis le S 5- Voir, sur ce point, Weil, Constitution d Athènes (Journal des Savants, 1891, p. 197-214). M. Théodore Reinach (Revue des études grecques, 1891, p. 143 et suiv.), croit que ce chapitre a été emprunté à un ouvrage de Critias, qui aurait fabriqué de toutes pièoes cette constitution de Dracon. Ce n’est là qu’une hypothèse Cauer émet une hypothèse analogue (Hat Aristoteles die Schrift vom Staate der Athener geschrieben ? Stuttgart, 1891, p. 71). Voy. aussi Headlam (Classical Rcview, 1891, p. 166). - 79 Le chilTre de 200 mines est propose par Weil (l. c.) au lieu des 10 mines, chiffre trop bas, que donne le texte. 80 Sens donné par Weil (L c.) pour le c. 8, p. 23, 1. i-3 (ed. Keiiyon).

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appliquer les lois, à recevoir les dénonciations (s’tffayyeXi'at). Il y u une assemblée du peuple (ÉxxX'rçffta). Il n’y a rien de changé aux conditions sociales; la terre appartient toujours à un petit nombre de propriétaires.

Substitution de la démocratie à l'aristocratie. — Les misères du peuple s’étaient aggravées par le maintien des lois sur le fermage et sur les dettes, par la partialité des tribunaux des Eupatrides, par la longue guerre de Mégare, peut-être aussi par la concurrence que viennent faire aux blés de l’Attique les blés de l’Égypte et du Pont, feolon nous a dépeint cette situation, la rigueur impitoyable des créanciers, la vente de nombreux citoyens comme esclaves hors de l’Attique, les injustices des Eupatrides, qui ne respectent même pas les biens des temples et de l’État81. En 534, devant la menace d’un bouleversement complet, d’un partage des terres 82, le parti aristocratique accepte une transaction par laquelle Solon, un des siens, est chargé de réformer la constitution. Il n’entre pas dans notre plan d’exposer en détail les institutions de Solon. Indiquons seulement les traits essentiels. Il rédige par écrit les principales lois civiles et supprime la législation de Dracon, sauf la partie relative au meurtre 83. Pour soulager le peuple, il fait ce qu’on appelle la £rst<7ol/0Eca [seisachtheia], Il y avait déjà dans l’antiquité deux opinions à ce sujet. D’après Androtion84il y aurait eu simplement une réforme monétaire et un abaissement du taux de l’intérêt pour les dettes contractées antérieurement ; d’après les autres auteurs qu; suivent surtout Aristote88, il y aurait eu, outre la réforme monétaire, une abolition des dettes (xpeffivàiïoxoTrij). Cette seconde opinion paraît la plus vraisemblable. Avec la seule réforme monétaire, cent des nouvelles drachmes représentant le même poids que soixante-dix ou soixantetreize des anciennes, les débiteurs autorisés à rembourser au nouveau poids les dettes contractées sous le régime du poids fort, n’auraient obtenu qu’un allégement de 30 ou de 27 p. 40086. Aristote ne rattache pas la réforme monétaire à la question des dettes, et il nous dit, d’autre part, que beaucoup de créanciers furent ruinés par la rélorme ; on peut donc admettre qu’il y eut une véritable abolition des dettes. Dans l’opinion générale, c’est cette mesure qui a abouti à la suppression des opot, des bornes hypothécaires mises sur les champs des petits propriétaires endettés. Mais nous avons vu que, dans une autre théorie, les opot étaient les marques de propriété des Eupatrides que Solon fait disparaître en permettant à tous les citoyens de posséder la terre. Si la réforme de Dracon était absolument prouvée, on pourrait l’invoquer en faveur du premier système, car une répartition des citoyens en trois classes d’après le revenu de la propriété foncière suppose évidemment quelle est déjà accessible à tous 87 et alors l’opoç de l’époque de Solon ne pourrait plus signifier que la borne hypothécaire. Nous ne pou-

81 Solon, Fragm. 4, v. 13, 14, 23, 27 ; 36, v. 8. — 82 Arislot. Ath. Pol. 5 ; Solon, Fragm. 4, v. 19 ; 5, 37 ; Plut. Sol. 13. — 83 Aristot. Ath. Pol. 7 ; Plut. Sol. 17, 20,’ 2.j. 8V Plut. Sol. 15. Pour l’aveuir, le taux de l'intérêt resta libre (Lys. iO, 18).

85 Aristot. Ath. Pol. 6, 10; Plut. SoZ. 15; Phot. Suid. s. v. ffstcà^Oeta ; Heraclid.

1 ont. 1, 5 (éd. Didot. 2, 208). — 86 Sur cette réforme monétaire, voir Hultsch, Oriechische und rômische Métrologie, 2° éd. p. 199 et s. ; Droysen, Zum Münswesen Athens [Ber. d. Berl. A/cud. 1882, p. 1195). — 87 En oulre le mot UeùOeço;, employé par Aristote (At/i. Pol. 4) pour désigner une fortune sans aucune dette, parait l’ien se rapporter au gage ou à l'hypothèque. — 88 Solon, Fragm. 36. — 89 Cependant il est étrange que les Athéniens n'aient remis en usage que deux siècles après Solon les enseignes hypothécaires ; nous n’avons pas de stèle hypothécaire anterieure au iv° siècle. Attribuera-t-on cette longue disparition de l'hypothèque à la haine qu’elle avait inspirée? Cette explication, donnée par MM. Dareste, Haussoul-

vons malheureusement pas utiliser cet argument en toute certitude. Cependant l’opoç, dans les vers de Solon, paraît bien désigner la borne, l’enseigne hypothécaire88. Une loi, autorisant tous les citoyens à posséder la terre, eût, semble-t-il, laissé quelque trace89. Comme complément de ces mesures, Solon fait rentrer dans l’Attique les débiteurs qui avaient été vendus comme esclaves au dehors90, interdit pour l’avenir tout contrat pouvant amener la servitude personnelle pour dettes91, et défend d acquérir des terres au delà d’une certaine limite92. En second lieu il organise (ou réorganise) le régime timocratique; la propriété foncière reste la base des droits politiques, ce qui favorise les Eupatrides qui sont encore les plus importants propriétaires fonciers. Le peuple est divisé en quatre classes (téXt)); les pentacosiomédimnes (7rEVTccxofftc1p.Eotg.voc) qui ont un revenu de 500 médimnes d’orge ou de 500 métrètes d’huile ou de vin, les chevaliers (tTCTTEt;) qui en ont 300 et les zeugites (ÇeuyîTat) 200; au-dessous viennent les thètes (ôÿjteç)93. Les droits et les devoirs sont réglés sur ce cens ; les trois premières classes fournissent seules les hoplites et se partagent, d’après leurs cens respectifs, les magistratures toutes tirées au sort; pour les archontes, pris parmi les Eupatrides pentacosiomédimnes, il y a une combinaison du tirage au sort et de l’élection, chaque tribu désignant dix candidats, de façon qu’il y ait quarante noms dans l’urne94 ; mais les thètes, encore exclus des magistratures, sont maintenant admis à l’assemblée et aux tribunaux [dikastai]95. Solon crée (ou maintient) le sénat des Quatre-Cents ; il laisse à 1 Aréopage tous ses pouvoirs et le charge particulièrement de réprimer tout attentat contre les nouvelles institutions démocratiques. Il maintient les quatre anciennes tribus avec leurs rois, crée ou réorganise les quarante-huit naucraries96. Il ne touche ni aux phratries, ni aux cultes, ni aux yiv-q. C’est sans preuve qu’on lui attribue la suppression de la prétendue distinction qui aurait existé entre les ôpoYotXaxxsç Eupatrides et les opyeüJVEç non nobles, ou l’introduction dans les cadres des familles nobles de toute la masse des citoyens qui seraient restés jusque-là en dehors de la cité. Enfin il autorise ou, plus vraisemblablement, régularise l’emploi du testament; le père peut tester librement quand il ne laisse pas d enfant mâle, mais les mœurs l’obligeront toujours à choisir son héritier dans la famille 97 .

La constitution de Solon, tout en fondant véritablement la démocratie, laissait encore aux Eupatrides une influence considérable ; ils sont encore les principaux piopriétaires fonciers; ils ont encore la forte organisation des tribus et la possession de l’archontat. C’est pour cette raison qu’éclatent de nouveaux troubles avant même la mort de Solon. Vers S86-5 98 l’archontat reste vacant pendant un an, puis 1 archonte Damasias, après s’être maintenu au pouvoir pendant deux ans et deux

lier, Reinach (Recueil des inscriptions juridiques grecques, I, p.122) n'est peut-être pas suffisante. On peut alléguer, d autre part, en faveur du premier système et de la haute ancienneté de l'hypothèque, ce fait général que dans les établissements fondés a la suite des invasions surtout doriennes, les terres ont été partagées non seulement entre les nobles, mais entre tous les citoyens et que tous ont eu ainsi le droit de propriété complet. - 90 Solon, Fragm. 36, v. 6. — 91 II défend de i*v«iÇ,,, W.\ toT; <rtS(xc«7. (Plut. Sol. 15 ; Aristot. Ath. Pol. 6). — 92 Aristot. Pol. 2, 4, 4. — 93 Aristot!

A th. Pol. 7 ; Pol. 2, 9, 4 ; Plut. Sol. 18 ; Pollux, 8, 130. — 94 Aristot. Ath. Pol. 7,

8 ; llarpocr. s. v. Olive? ; Plut. Aristid. 1,2. Ce système n’est pas en contradiction avec Aristot. Pol. 2, 9, 2-4. — 95 Aristot. Ath. Pol. 7 ; Pol. 2, 9, 4. — 96 Aristot. Ath. Pol. 8. Voir l'article nauchabia . — 97 riut. Sol. 21 ; Dem. 20, 102; 40, 14; Isocr.19,

49. Cr. Caillemer, Le droit de tester à Athènes ( Annuaire de l'Association des études grecques, 1870, p. 19-39). — 98 Voir sur cette date Ëusolt. I, c. p. 493, note 1.

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mois, est chassé de force; alors, à la suite d’une transaction, on partage l’archontat entre les trois groupes de la population ; on prend cinq Eupatrides, trois paysans (aypotxoi), deux ouvriers (S^jj-toupyoi)90 ; ce nouveau chiffre de dix archontes s’explique sans doute parce qu’on assimila aux neuf archontes véritables le ypap.p.aT£Ûç, comme cela se fit après l’établissement des dix tribus100. Il est probable que cette réforme ne dura qu’une année. 11 se produit un nouveau groupement des partis : les gens de la plaine (flsS'.sïç), grands propriétaires, Eupatrides, qui ont à leur tête Lycurgue, sans doute de la famille des Étéoboutades, et peut-être aussi Miltiade, fils de Cypsélos, de la famille des Philaïdes; les gens de la côte (IlâpaXot), parti moyen dirigé par l’Alcméonide Mégaclès, gendre de Clisthène, tyran de Sicyone ; le parti démocratique des montagnards de la Diacrie (Atcocpi'ot), qui profite des luttes des deux autres partis et a pour chef Pisistrate101. L’avènement des Pisistratides au pouvoir est une défaite plutôt de l’aristocratie que de la démocratie; une partie des Eupatrides, entre autres les Alcméonides avec Lycurgue, et Miltiade, sont obligés de quitter Athènes sous le gouvernement de Pisistrate ; c’est Lycurgue qui réussit à expulser Pisistrate une première fois avec l’aide de Mégaclès, et c est Callias, de la famille des Céryces, qui achète ses biens. Ce sont les Alcméonides, avec leur nouveau chef Clisthène, qui amènent la chute d’Hippias et le rétablissement du gouvernement démocratique en 510 10a.

La lutte d’Isagoras et de Clisthène peut être regardée comme le dernier épisode de la lutte de la noblesse et du peuple. Sous l’archontat d’Isagoras, qui a pour lui le parti des tyrans, en 508 103, Clisthène, chef de la noblesse, est obligé de se mettre à la tête du parti populaire contre les associations politiques, les Éxatpei'ai qui font leur apparition dans l’histoire d’Athènes. Isagoras appelle à son aide le roi de Sparte Cléomène, expulse sept cents familles, outre Clisthène et les Alcméonides, installe un conseil de trois cents membres. Mais l’ancien Sénat résiste, avec l’appui du peuple ; Cléomène, Isagoras et leurs partisans, assiégés sur l’Acropole, obtiennent une capitulation qui leur permet de se retirer et, quatre ans après, Clisthène opère d’importantes réformes que malheureusement nous connaissons très mal104. Il remplace, comme rouage administratif, les quatre tribus ioniennes par dix tribus locales 105, mais les quatre anciennes tribus subsistent sans doute comme corporations sacrées, car il y a encore au ive siècle avant Jésus-Christ des (puXoëastXeîç il EùuotxpiSÆv dont la caisse fournit de l’argent pour quelques sacrifices106. Les douze anciennes trittyes sont remplacées par trente trittyes nouvelles, divisions

99 Aristot, Ath. Pol. 13, texte qui complète le fragment de Berlin (Hermès, ,880 p 366- Rheinisch. Mus. 1881, p. 87). Le texte d'Aristote dit que beaucoup d’Eupatrides avaient été ruinés par l'abolition des dettes. - 100 Hypothèse proposée par M. Weil, l. c. - 101 Aristot. Ath. Pol. 13-, Pol. 5, 4, 5; Plut. Sol. 13; Herodot. 1 59. Ou trouve les autres termes wapaVtoi, suéiaxot, Æiaxçieï;, uirepaxoïoi, Ua^piot. .1 102 Sur l'histoire de Pisistrate et des Pisistratides, Herodot. 1, 60; b, 62, 63, 90 ; C 36 121 ■ Thucyd. 6, 59 ; Aristot. Ath. Pol. 14-19. - 103 Marm. Par. 46. - 104 Herôdot. 5, 70-72 ; Aristot. Ath. Pot. 20.-106 Aristot. Ath. Pol. 21; Herodot. 5, 66, 69 100 Bull, de corr. hell. 3, 70. Sur les autres fonctions de ces magistrats, voir l’article urnKTxr. - 107 Aristot. Ath. Pol. 21. - 108 D'après un texte fort suspect de Photius s. v. v«.u*f*fi«, le nombre des naucraries aurait ete porte a 50. On ne voit pas bien quelle a pu être alors la différence des naucraries et des tntt„es 109 Aristot. Pol. 3, 1, 10, p. 1275 b : irottoüs y*» IfiiHwiur. «’vou; *«t 5 oiSUms «ko'imuj. — 1)0 Aristot. Ath. Pol. 21. Cependant il résulte de la réforme qu’une famille noble peut maintenant être dispersée dans plusieurs des nouvelles tribus. Tel paraît être le sens du c. 21, p. 54, 1. 3-4. - m Buermann (Jahrb. f. clos s. Phil. Supplbd. IX, 597) a attribué à Clisthène une réorganisation et une multi

territoriales que le sort répartit trois par trois entre les tribus107. L’Attique entière est partagée en cent dèmes, répartis également entre les tribus, dix par dix, sans lien de contiguïté [dèmos]. Ces dèmes remplacent, pour la plupart des services administratifs, les naucraries108. Chaque tribu fournissant cinquante sénateurs, le Sénat compte maintenant cinq cents membres. On introduit dans les tribus, en leur donnant le droit de cité complet, un grand nombre de nouveaux citoyens ; était-ce des étrangers libres, des affranchis devenus métèques, ou d’autres catégories de gens? Nous ne savons au juste109. Mais Clisthène ne touche ni aux yévu], ni aux sacerdoces, ni aux phratries110. C’est à tort qu’on lui a attribué une augmentation du nombre des phratries111. Nous pouvons seulement supposer que c’est à partir de Clisthène que tous les citoyens, soit anciens soit nouveaux, sont inscrits dans les phratries et que c’est lui qui a étendu à tous les citoyens le culte, jusque-là réservé aux Eupatrides, de Zeus Herceios, et d’Apollon Patroos112. Le trait fondamental de la réforme de Clisthène est donc la création de nouveaux cadres, de nouveaux groupes politiques. Il n’y a aucune différence dans les tribus, dans les dèmes, entre nobles et non nobles.

On peut regarder comme terminée avec Clisthène l’histoire politique des Eupatrides. L’aristocratie athénienne, quoiqu’elle comprenne aussi les anciennes familles nobles, est avant tout maintenant une aristocratie de fortune; les Eupatrides ne gardent en propre que le prestige et la considération qui s’attachent à l’ancienneté de la race, la possession de certains sacerdoces et quelques privilèges113.

Quelle est la situation des yev?) par rapport aux phratries? On admet généralement que depuis Clisthène chaque phratrie est dirigée par une famille noble à laquelle sont subordonnées les autres familles, et possède, outre ses divinités propres, Zeus Phratrios et Athéna Phratria, les divinités des Eupatrides, Zeus Herceios et Apollon Patroos. On se fonde surtout sur un texte d’Eschine où les Etéoboutades représenteraient les ôgoyâXaxTEç et les autres familles les ôpysSveç. Mais ce texte prouve seulement, comme les autres preuves alléguées114, qu’il y a dans les phratries des nobles et des non nobles. Les nobles, membres des yévirj, portent seuls le nom de yewTjxat116 ; les autres Athéniens s’appellent ôpyeôovs; ou parfois ôtaaàixai, d’après le nom d une subdivision de la phratrie, les ôiauoi116. Le prêtre gentilice des ysvvïyrai n’est pas le prêtre de la phratrie; ce sont deux personnes différentes117. Le registre où chaque famille noble inscrit ses membres et en particulier les nouveau-nés et les enfants adoptifs n’est pas non plus

plicatioD du nombre des phratries, d'après un passage d'Aristote (Pol. 6, 2, 11) où parlant de Clisthène et des réformateurs démocrates de la Cyrénaïque, il recommande comme moyens de fonder la démocratie l'établissement de nouvelles tribus, de phratries plus nombreuses et la réduction des cultes particuliers à un petit nombre de culte généraux. Toutes ces mesures ne s’appliquent pas nécessairement à Clisthène. Mais il est possible qu’à une époque que nous ne connaissons pas on ait augmenté le nombre des phratries. - H* Hyperid. Frag. 100 (éd. Didot, 2 p 397) — 113 Par exemple on confie de préférence certains sacerdoces a es citoyens de naissance noble (Dem. 57, 46). - «4 Aesch., 2, 147. Une inscription (Corp.inscr. ait. 2, 1652), où il parait être question d'une phratrie et d’Apollon atroos, est trop mutilée pour fournir une conclusion certaine . Le texte de Demosthene (57,54) où il y a présentation d’un enfant à la phratrie et au temple d’Apollon Patroos s’explique parce qu'il y a en même temps présentation au y<w>î. — 116 Dem- 37 ’ 0 J Corp.inscr. att. 2,470, 1. 10; 3,274, 278. Les ytwîixou s’appellent quelquefois «T7EV“' fis. 5, 15-16); mais généralement les ouyyEveï; ne sont que les simples parents (Dean 24). — 1s. 2, 14-17 ; Corp. inscr. att. 2, 1336 ; Mitth. d. d. arch. Inst. '•

9, 288 ; ’Eiviix. ’Afx- 1888,7. — in Ils sont distingués dans Corp. inscr. att. 2, 8*

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le meme que celui de lu phratrie ”8. Le nouveau-né ou le fils adoptif, pour faire partie du ysvoç, doit être présenté à la famille qui vote sur l’acceptation ou le rejet; dans quelques familles le serment du père est seul requis”9; chez d’autres il y a pleine liberté d’appréciation, puisque le père peut se pourvoir devant les héliastes contre un refus d’admission120. C’est seulement lorsque ce vote de la famille a été confirmé par les membres de la phratrie que l’enfant est inscrit sur le registre de la phi atrie121. Il va sans dire que cette seconde épreuve n est généralement qu’une formalité [phratrie], L) autre part, en cette meme matière, quelques familles nobles peuvent jouir de certaines prérogatives, en vertu des règlements propres à chaque phratrie. Ainsi chez les Démotionides, la famille des Décéléiens paraît être chargée officiellement de contrôler la liste de ceux qui doivent être introduits dans la phratrie 122 ; si un candidat éliminé une première fois par un petit nombre de votants en appelle (lui-même ou son représentant) à la réunion généiale des membres de la phratrie”9, le premier vote est soutenu devant les nouveaux juges par cinq défenseurs (ffuvTjyopoi) choisis par les Décéléiens et c’est le prêtre de cette famille qui lève (on ne sait au profit de qui) l’amende infligée au candidat, battu en appel.

Chaque yÉvoç a son culte gentilice, ordinairement celui d un héros , quelques-uns ont, en outre, un ou plusieurs sacerdoces patrimoniaux qu’ils exercent au nom de l’État. Ces deux catégories de cultes ne se confondent pas, quoiqu il y ait souvent entre elles un rapport étroit; ainsi les héros Eumolpos, Céryx, sont évidemment liés aux sacerdoces particuliers des Eumolpides et des Céryces. Les croyances religieuses attribuant ces sacerdoces dès les origines aux yévq, jamais la démocratie n a essayé de les leur enlever, la possession des sacerdoces patrimoniaux n a jamais été contestée aux familles par l’Etat; elle ne leur procure d’ailleurs aucun avantage particulier, les Ëtéoboutades, les Eumolpides sont des citoyens comme les autres. Nous connaissons mal les règles de transmission de ces sacerdoces [sacerdos]. Héréditaires dans les familles, ils se transmettent sans doute dans des branches déterminées. C’est ce qu'on voit chez les Céryces124 ; chez les Eumolpides les sacerdoces ont peut-être pu être transportés par l’élection dans toutes les branches de la famille125. Il ne semble pas qu’on ait jamais employé le sort120. Du reste, ces questions étaient déjà très obscures pour les intéressés.

H y avait beaucoup de contestations sur la possession de ces sacerdoces; le règlement de ces procès était une des attributions de l’archonte-roi127. Lycurgue et Dinarque avaient écrit des plaidoyers sur ces matières128. Il faut remarquer d’ailleurs que, sous l’empire romain, des

112 Busolt (Die griechischen .Staatsalterthümer, p. 145) et SchSmann (Anliquités grecques, trad. Galuski, p. 417) identifient à tort ces deux registres; aucun des textes cités (Corp. inscr. ait. 2, 841 6; Dem. 59, 59-61 ; Is. 7, 15) n'a ce sens.

— »» Andocid. 1, 127. — 120 Dem. 59, 59-61. — 121 Is. 7, 15-16; Dem. 57, 54.

122 ’Apx- 1888, 7. — 123 C’est sans doute ainsi qu’il faut interpréter

( orp. inscr. ait. 2, 841 b. L’opinion qui fait des Démotionides une phratrie et des Décéléiens un ylvo; est la plus vraisemblable. — 12V Corp. inscr. ait. 3, 676,

°'8, 680, 1283. — 125 Cf. Jules Martha, Les Sacerdoces athéniens, p. 36. — 126 On a cru constater le tirage au sort chez les Ëtéoboutades pour le sacerdoce de Poséidon, d après Ps.-Plut. Vit. decem. orat. 843 et Bull, de corr. hell. 12, 331; mais ToepiTer (/. c. p. 124-127) fait à cette opinion des objections fondées.

— 127 Aristot. Ath. Pal. 57; Pollux, 8, 90. — 128 Lyc. Frag. 56-57; Dinareh- c. 33 (éd. Didot, 2, p. 362-363 et 451). — 129 Martha, l. c. p. 36-37.

— (30 Aesch. 3, 18; Corp. inscr. att. 3, 5. — 131 Corp. inscr. att. 1, 497; 2, 1113, 785. — 132 Corp. inscr. att. 2, 605 ; ’Eçpi». ’AfZ. 1883, 82. — 133 Ditten-

alliances répétées unissent et confondent de plus en plus les yévy], qui forment alors une sorte d’aristocratie sacerdotale129. A l’époque classique, l’exercice des sacerdoces patrimoniaux soumet les familles à la même responsabilité que les autres collèges de fonctionnaires, surtout pour l’emploi des sommes allouées par l’État aux différents cultes130.

Le yévoç est une corporation; à ce titre il a ses biens131, son chef (ap/wv toO ysvouç) qui le représente, à qui il confie par décret certaines missions, par exemple le soin de décerner des couronnes, de faire rédiger et graver les décrets honorifiques, d'élever des statues132. Ce magistrat est sans doute annuel et tiré au sort133. Comme autres fonctionnaires nous connaissons le prêtre de la famille (ispEÙç toO ysvouç), le trésorier134 (rapu'a?). Une inscription mentionne chez les kérykes un àpyteps'jç xat yevs[âpj£7)ç], qui est peut-être à la fois prêtre et chef13”. On ne sait au juste quel est le caractère des t'epo|2.v7igove; assez souvent nommés dans les inscriptions13’; pour certaines affaires on peut nommer des commissaires spéciaux (sTrijAEXfiTat) 137. Les membres de la famille ont des assemblées générales dans des locaux spéciaux, y font des décrets relatifs soit aux sacerdoces patiimoniaux, soit à 1 administration de la famille, à la réception des nouveaux membres, aux éloges des bienfaiteurs ; quelquefois deux familles se réunissent pour certains décrets138.

Voici, d’après le travail de Toepffer, la liste, par ordre alphabétique, des ysvY) dont l’existence paraît certaine, avec les sacerdoces et les autres attributions qu’ils possèdent139. Les Aiy£cpoTtip.0t 14°. Les ’AXxptsnm'Sat qui ont pour héros Alcméon, une des plus importantes familles d’Athènes, autochthone dans Hérodote, d’origine messénienne dans Pausanias1'1. Les ’ApLuvavoptSou avec le sacerdoce héréditaire de Gécrops142. Les ’AvSpoxXstoat qui ont pour héros Androclos143. Les ’AvxayopiSa; 144. Les ’AcpsioavTi'Sat qui ont pour héros Apheidas146. Les Baxvta- 8ailt0. LesBouÇuyat,une des familles lesplusconsidérablês; elle a le soin des apoxo- sacrés et les sacerdoces de Zeus Palladien et de Zeus Téleios147. Les BpéxtSat148. Les Pscpupatot dont le culte purement gentilice de Déméter ’A^aîa paraît s’être transformé au ve siècle en un culte dËtat149. Les AexeXeisïç150. Les AïoyEvtSai151. Les ’ETsoëouTtxSai qui n’ont sans doute pris ce nom qu’après la création du dème nommé de leur ancien nom Bouxoioa-. ; leur héros est Boutés; ils ont le culte des deux divinités de l’Acropole, c’est-à-dire qu’ils fournissent la prêtresse d’Athéna Polias et le prêtre de Poséidon Ërechtheus; ils jouent en outre un rôle important dans plusieurs fêtes, lesProcharistéries, les Scirrophories, les Arrhéphories152! LesEùSâvsuoi avec le héros Eudanémos153. LesEùp^Tu'Sa:,"

* J - uisw. au. à, OoU, 702 et

1 ’A.84va,ov, 0, 274. U n’y a sans doute jamais deux familles sous un même chefil doit y avoir une erreur du lapicidedans Corp. inscr. att. 2 605* cf ’E- 1883, 82. - 134 Corp. inscr. att. 3, 5. Le prêtre est quelquefois' chargé' lever des amendes (note 123). — 135 Corp. inscr. att. 3, 1278. — 136 Bull corr hell

™’409-427; IX’ 281’ - ’3’ Cor,, inscr. Z -, 596, 785. - 138 Corp. inscr. att. 2, 596, 597, 834 a, 605 ; 'E=,a. ’A„r 1883 8» Andocid. 1,127. - 130 La famille noble, dans Hesychius, la' source principe s appelle ycvoî lOaYtvSv. - 1.0 Hesych. s. v. — 141 llcrodot. 5, 62- 6 125- P„,„

1276 ’ 8‘ 143 H°ePfIer’ 1 * P- “ - 112 HeSyCh- S' ’• = C» -p’ «•«or. 'aTl l®’“‘ Hes-vch- s- “• - 144 Hosych. s. v. - 145 Corp. inscr. att. 2 785

us n'd’ *’ i33°' “ Etym~ m“9n ’ s- Corp. inscr. att. 3, 273 “>94

- 148 Dem. 59, 61. - 149 Herodot. 5, 57 ; C«p. inscr. att. 3, 337, 373. - lêo He rodot 9, 73; ’EW. ’A«. 1888, 6. - 161 Hesych. s. o. 152 Palmn. t 26 5 loepffer, l. c. p. 113-133. — 153 Arrian. Anab. 3, 16 8.

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les principaux représentants de l’ancienne noblesse d’Ëleusis, dont le héros Eumolpos passe tantôt pour un roi indigène fondateur des rites éleusiniens, tantôt pour un chef de bande thrace, rival du roi indigène Ërechtheus164; ils possèdent les sacerdoces éleusiniens en commun avec les Céryces et les Croconides : ils fournissent l’hiérophantès [eleusinia] et peut-être aussi la prêtresse de Déméter et de Coré, l’hiérophantis188 ; ils sont chargés en outre de faire observer le rituel des fêtes d’Éleusis; réunis aux Céryces, ils fonctionnent comme collège judiciaire sous la présidence de l’archonteroi pour juger certaines causes sur lesquelles nous sommes mal renseignés, sans doute les délits relatifs aux mystères d’Éleusis166; ils forment un des collèges d’exégètes, sans doute choisis à vie par le peuple, qui explique le droit sacré surtout pour tout ce qui concerne le culte d’Éleusis 161 ; ils sont chargés encommun avec les Céryces de l’initiation aux mystères; la direction elle-même des mystères appartient à l’archonte-roi et à quatre è7cip.eX-iri'cai x65v jj.uarript<j)v, élus par cheirotonie, deux parmi tous les Athéniens, un parmi les Eumolpides, un parmi les Céryces ; enfin les Eumolpides et les Céryces nomment parmi eux les <m&v8ocpôpoi qui vont annoncer au dehors l’ouverture des Éleusinies168. LesEùvsîoat avec le héros Eunéos ; ils sont employés dans les cultes publics pour la partie musicale et fournissent un des prêtres de Dionysos Melpoménos169. Les Eùwxxpfôai, qui constituent un des collèges d’exégètes, sans doute surtout pour la purification des meurtriers160. Les Zeut-av-noai. Les 'H<ruy( Sai qui ont le héros Hésychos et le sacerdoce des Se pal ô'eai161. Les ©auXcoviSat avec le héros Thaulon162. Les ©upyomoai183. Les IoivtoGct avec le héros Ion . Les KecpaXioai avec le héros Céphalos168. Les Kijpuxeç, la seconde famille sacerdotale d’Éleusis, avec le héros Céryx; ils fournissent les trois prêtres les plus importants d’Ëleusis après l’hiérophante, le dadouque (SaSouyoç), le héraut (xïjpu?), le prêtre de l’autel (b ItcI (hop-ffi), puis quelques petits fonctionnaires employés aux mystères, par exemple, le lEpsùçTtavayTiç166. Les K-qcpia-teïç 1 ',7. Les KoipwviSai 168. Les KoXXfôai. Les KoveïSat 1G0. Les Kpoxcoviôat avec le héros Crocon, qui appartiennent aussi à l’ancienne noblesse sacerdotale d’Éleusis et jouent sans doute un rôle que nous ne connaissons pas dans les mystères170. Les Kuvvfôat, qui fournissent le prêtre d’Apollon Kuwstoç. Les KwXtetç qui ont peut-être le sacerdoce d’Aphrodite171. Les Aa?âoat172. Les Auxop'Sai, qui ont eu une grande importance dans la religion et dans la politique ; ils ont à Phlya, leur centre religieux, beaucoup de cultes gentilices, entre autres celui d’Apollon Daphnéphoros 173, mais on ne sait au juste quel sacerdoce

184 Hesych. et Phot. s. ». ; Lyc. In Leocr. 98 ; Isocr. 12, 193. - ^ C’est l’opinion de Toepffer, malgré Phot. s. ». fOnrScu. - 166 Dem. 22, 27; 59, UC. Voir l’article slecs.m.a, p. 554-555. - «7 Lys. 6, 10; Andocid. 1, 116; Corp. mscr. ait. o 834 a. Voir l’article exégêtai. — 158 Corp. inscr. att. 4, 1 ; 2, 60a ; Aesch. 2, 433 ; Aristot. Ath. Pol. 57 ; ’£w. ’An. 1883, 82. - 15» Phot. a ». ; Corp. inscr.

att 3 074 160 Isocr. 10, 25; Corp. inscr. att. 3, 267, 1335; Polem. Frdg. 40

l&d\ Didot’. 3. 113); Plat. Alcib. 1, 121; Athen. 0, 410 où 0. Müüer ( Eumeniden , ,53) a corrigé avec raison 6oTavfiîSv en EiiitavfiSûv. — '61 Hesych. s. ». “1 Hesych: a. ». - «3 EUjn, magn. 760, 31. - 1» Schol. Plat Apol 23, où Meier (De gentilitate atlica, 4) a corrigé 'Im* en — 1 0 Hesych. s.

„ 166 Dittenberger, l. c. Toepffer, l. c. p. 80-92. Voir 1 article ■

167 Hesych. s. ». — 168 Harpocr. s. ». ; Corp. inscr. att. 2, 596. - He-

svch 5 170 Dinarch. c. 33 (éd. Didot, 2, 451). - '71 Hesych. S. ». ;

Corp inscr. ait. 3, 339. -'72 D’après nn passage altéré d’ Hesych, us a ». 173 Hesych. s. ». ; Corp. inscr. att. 2, 1113; 3, 895; PInt. Ihcm. 1, !..

1,4 paus 4 13 7 - 175 Pans. 1, 5 4. Apollodor. 3, 15, 5. C’est une ancienne

public ils exercent. Les MeSovn'Sou, famille royale qui descend de Médon174. Les Mï|xiovt8at avec le héros Métion178. Les Oixctxat116. Les Iïathm'Sai, avec le héros Paeon177. Les nàpotxot178. Les IlotpnrivfSai qui fournissent un prêtre à Déméter170. Les üpaijiepYioai chargés d’entretenir le costume d’Athéna Polias et de célébrer tous les ans la fête des Plyntéries ; ils fournissent une prêtresse et peut-être d’autres fonctionnaires180. Les SaXapiviot 1SI. Les S-7)p.a/iSat avec le héros Sémachos et le sacerdoce de Dionysos182. Les EicêuravSpfôai 183. Les TtxaxiSat 184. Les «EtXatoat, famille importante qui a compté Miltiade, Cimon185. Les «htXXsïSai qui fournissent la prêtresse de Déméter et de Coré chargée de l’initiation, pour une fête qui est peut-être celle des 'AXépa186; mais, sous l’empire romain, ce sacerdoce a peut-être passé aux Céryces187. Les iboivixsç. Les ‘bpaaioou. Les 'bpeiopu^ot. Les «buXXtSat. Les <î>uxaX(Sat avec le héros Phytalos; ils ont les cultes gentilices de Déméter et de Poséidon Phytalmien, ce dernier sansdoute admisplustardparmiles dieuxdel’État188. Les X aXxi8at.es XaptSat. Les Xip-apioai189. On peut admettre, quoiqu’il n’y ait pas de texte, qu’au héros Eurysacès, qui avait un culte, se rattachait une famille desEùpuaaxtW90. On ne sait au juste si les ZaxuâSat sont une famille ou une phratrie101, si les Ti(i.o87r)p.i'8at mentionnés par Pindare sont une famille ou un simple groupe102; l’existence des lïapuptSai193, des nup^xiâoat104, est également douteuse.

IL II importe de rapprocher des Eupatrides d’Athènes les aristocraties analogues des autres villes de la Grèce198 . Elles ont en général traversé les mêmes phases qu’à Athènes. Dans les poèmes homériques, les nobles forment une classe particulière (àpiax^eç, apnrxoi, àyaOoi 196) qui se distingue par la naissance, la valeur personnelle, la fortune 107 ; dans V Iliade ils sont encore subordonnés à la royauté; ils forment sous les noms de yÉpovxEç, de pouX-qcpôpot, d’IiyViTopeç le conseil du roi qui les consulte sur toutes les affaires publiques, mais sans être lié par leur avis198. Dans les parties les plus récentes de Y Iliade, mais surtout dans YOdyssée leur pouvoir a déjà considérablement grandi aux dépens de la royauté; à Ithaque, par exemple, il y a douze nobles qui, comme le roi, descendent de Zeus, portent le titre de pauiX-ris?, ont le sceptre, peuvent monter sur le trône, se réunissent en une assemblée qui s’appelle pouXr,, reçoivent du peuple une sorte de dotation (yépaç) 10°. Ils forment sans doute une haute noblesse à côté et au-dessus des autres nobles qui se séparent de plus en plus du reste du peuple ; ainsi l’expression 7)pio; qui, dans Y Iliade, s applique encore à tous les hommes libres, ne désigne plus dans YOdyssée que les nobles 200.

A l’époque historique l’aristocratie arrive à supprimer

famille royale de la légeode; on peut en induire que c’élait en réalité une famille nome -176 Corp. inscr. att. 2, 785. - .77 Pane. 2, 18, 8. - «. Uesyfl, .. »; Mais ce mot est peut-être corrompu. — «9 Hesych. s. ». - 180 , ’ *’ ’

Plut. Aie. 34; Corp. inscr. att. 2, 374; ’EW. *AK. 1883, 141. — l»1 «■

074 - 183 Steph. Byz. s. ». - «S Hesych. ». ». - 184 Etym. magn. 760 , 3 . 185 Plut. Sol. 10; Diog. Laert. 10, 1. — 186 Foucart, mut. de corr. he . , 396- Toepffer, l. c. p. 93; Phot. s. ». — 187 ’E^p. '*?■/.■ 1883> 138 I Corp ' '"sü ' ! ’3 ,123- 188 Hesych. s. ». ; Corp. Inscr. att. 3, 269. - «0 Hesych .....

1 rn Paus. 1, 35, 3. - 191 Corp. ,n»cr. att. 2, 1062. - 1» Nem *. *

193 Hesych. s. ». imimIÎ*. — 194 CorP • ,nscr • atL 4’ p’ 102’ „ , ,

laissons Sparte de côté. - '96 11. 7, 159, 184, 327, 385; 9,334, 396; ^

2 51-4, 278; 6, 34. - 197 11. 16, 596; 13, 664; 17, 576; 21, 535; Odys. 4, W-

Il 198 n « 21 404; 4, 344; 6, 113; 9, 17; 10, 533 ; H, 276, o87, 816; 1-, •

,6. ,64 -Odys. 7, 136, ,86; 8, 11, 26, 07. - «• Odys. 8, 392 ; 7 188; 16.^*-

3 127 • II. 7, 150. — 200 Odys. 4, 267 ; 8, 241; 14, 96. Voir sur les divisions so dans lés poèmes homériques, Fanta, Der S tout in der Ilias und Odyssée

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presque partout, à différentes dates, d’abord l’hérédité de la royauté, puis la royauté elle-même. Cette révolution s’accomplit de différentes manières. En Thessalie, au v6 siècle, les membres de la race royale, les Héraclides ou Aleuades, avec les familles alliées des Scopades et dos Antiochides, abolissent la royauté centrale et la remplacent par des oligarchies locales201. A Corinthe, les Bacchiades, qui comprennent plus de deux cents familles issues de l’ancêtre légendaire Alétès, gardent la royauté héréditaire pendant plusieurs siècles et la remplacent après le dernier roi Télestès par un prytane (Trpuxavtç) choisi annuellement parmi eux 202. Il en est de même à Milet après la chute des Néléides 203. Les Basilides d’Éphèse et d’Érythrée, les Penthilides de Mytilène qui prennent le pouvoir après la chute de la royauté, représentent sans doute aussi des aristocraties de race royale 204. A Cyrène, État dorien, la création des éphores marque peut-être, comme à Sparte, un abaissement de la royauté 205. C’est d’ailleurs avec Argos206 à peu près le seul pays où la royauté subsiste jusqu’à l’établissement de la démocratie. Partout ailleurs elle est remplacée par l’aristocratie ; cependant beaucoup de villes conservent un (EauiXsûç : à Samothrace c’est le premier magistrat 207 ; il est éponyme à Mégare, à Aegosthène, à Chalcédoine, à Chersonèsos, à Arcésiné d’Amorgos208 ; il a des fonctions religieuses à Chios, à Milet, à Mégare 209 ; quelques villes gardent un collège de padiXeîç : ainsi Élis, Cumes, Mytilène, Syphnos210.

Les aristocraties qui succèdent à la royauté sont encore des aristocraties à la fois de naissance et de fortune, comme l’indiquent les différents noms des nobles, uXouijioi, ■KO.yeU, apitrrot, èmsocsiç, yviopigot ; le principal élément de leur fortune est la propriété foncière ; à Samos,à Syracuse, les nobles sont les propriétaires fonciers (yeojjxôpot). Dans les colonies la noblesse comprend surtout les descendants des premiers fondateurs. Le régime aristocratique prend les formes les plus diverses ; parfois c’est une oligarchie étroite avec un nombre fixe de familles dont les chefs exercent de père en fils le gouvernement ; on la trouve à Cnide, dans l’Élide primitive, àThèbes,en Thessalie; à Corinthe, où les Bacchiades ne se marient qu'entre eux211. Ailleurs il y a un nombre fixe de citoyens de droit complet, mais pris dans les familles qui ont la fortune nécessaire : tels sont les Mille à Opus, à Cumes, à Colophon, à Crotone, à Locres, à Ithégion212, les Six-Cents à Héraclée du Pont213. Les riches pouvant seuls nourrir des chevaux, un grand nombre de ces aristocraties primitives constituent des corps de cavalerie : tels sont les Î7nretç de Magnésie, de Colophon et peut-être des villes crétoises214 ; tel a dû être aussi le caractère de l’aristocratie thessalienne.

■ A la suite de la même évolution et pour les mêmes

201 lfcroJot. 6, 127; 9, 58 ; Thucyd. 4, 78; Aristot. Pal. 5, 5, 7; 5, 5, 5. — 202 Pausan. 2, 4, 4 ; Stral). p. 378 ; Diodor. 7 , 9. — 203 Aristot. Pol. 5, 4, 5 ; Mcol. Damasc. Frag. 54 b (Millier, Fr. h. gr. 3, 388). — 204 Strab. p. 633 ; Aristot. Pol. 5, 5,4; 5, 10, 13 ; Pausan. 3, 2, 1 ; Slrab. p. 61 7. Il y a peut-être eu aussi des BavùiSat à Chios (Herodot. 8, 132; Bull, de corr. hcll. 3, 244) et a Arcésiné d’Amorgos (Bull, de corr. hcll. 8, 446). — 205 Herodot. 4, 161; Heraclid. Pont. 4, 5 (Müilcr, Fr. h. gr. 2, 212). — 206 Herodot. 7, 149; Thucyd.

•j, 31. — 207 Corp. inscr. gr. 2 1 57. — 208 Le Bas et Waddington, Voy. arch. 2, 26 ; 2, 17 ; Corp. inscr. gr. 3794; Dittenberger, Syll. inscr. gr. 252, 1. 55; Mitth. d. d. arch. Inst. Ath. 1, 3 42. — 209 Cauer, Del. inscr. gr. 496 c (2" éd.) ; Dittenberger, l. c. 376; Dieuchidas, Fr. 8 (Millier, Fr. h. gr. 4, 390). — 210 Cauer, l. c. 253, 428, 431 ; Plut. Quaest. gr. 2, p. 360 ; Isocr. 19, 36.— 211 Aristot. Pol. 4, 5, 8 ; 5, 5, 3;

'b 5, 5-8 ; 2, 9, 7 ; Cauer, l c. 257 ; Diodor. 7, 9 ; Herodot. 5, 92. — 212 Cauer, l. c. 229; Heraclid. Pont. Fr. 11, 5; Athen, 12, 526, A-C ; Jamblich. Vit. Pythagor. 35,

causes qu’à Athènes, les aristocraties se transforment presque toutes graduellement en timocraties, font une place dans l’État aux citoyens possesseurs d’une certaine fortune ou qui peuvent fournir le service militaire dans la cavalerie, comme les t7C7refç de Cumes, d’Érétrie, les t7t7roëoTai de Chalcis215, plus tard simplement dans les hoplites. Nous ne connaissons guère les institutions aristocratiques que par les débris qui en restent à l’époque postérieure; ainsi Marseille conserve très tard son ancien sénat de six cents tiiaou^oi élus à vie ; les villes crétoises leurs sénats de yépov-rsç, anciens xdagot élus à vie216 ; Élis garde son ancienne Çaguopyia à côté du nouveau sénat démocratique des Six-Cents, Argos ses Quatre- Vingts à côté d'un nouveau sénat217. Comme magistrats, nous connaissons surtout ceux dont les noms indiquent une compétence générale par opposition aux magistrats spéciaux de l’époque démocratique : tels sont le paucXeûç ou les pacrtXeTç que nous avons vus, le prytane unique ou les collèges de prytanes218, l’archonte unique éponyme ou les collèges d’archontes219, le gôvapyo; 220, ral<7up.v7j- 221 , les 87r]g.toupyoi de l’Élide222, les x6ag.o i de Crète 223.

La masse du peuple, qui parait avoir été presque entièrement dépourvue de droits politiques, engage partout contre les aristocraties une lutte qui présente les mêmes caractères qu’à Athènes; les riches demandent une part dans le gouvernement, les autres une protection efficace contre la noblesse, des lois écrites, quelquefois 1 abolition des dettes et le partage des terres. Nous n’avons pas à étudier cette série de révolutions qui aboutit, après les tyrannies du vif et du vi8 siècle, soit aux démocraties, soit aux oligarchies purement timocratiques.

L ancienne famille noble a eu sans doute partout la même constitution qu’à Athènes. Elle s’appelle dans Homère <p3Xov 22i, mais à l’époque historique y évoç, 7târpa, quelquefois olxoç 228. De bonne heure ses droits ont été battus en brèche : à Élis une loi antérieure au vi° siècle enlève aux phratries, aux familles et à leurs subdivisions le droit de vengeance contre les incantations et soumet ce délit à la justice ordinaire226. A l’époque historique, les familles n’ont plus que des débris de leurs vieilles attributions. A Cos elles continuent sans doute à former les trois anciennes tribus doriennes qui participent aux cultes d’Apollon et d’Hercule 227 ; à Ëphèse les BaciXtoat gardent le culte de Déméter Ëleusinienne, à Milet les Skirides celui d’Artémis Skiris 228. A Chios les Klytides, issus du héros Klytios, sont une famille sacerdotale, administrée par un ap yuv et qui a des biens considérables, une maison et des objets sacrés, un culte gentilice, sans doute celui de Zeus Patroios229, Dans quelques villes les familles forment des divisions politiques : à Cos les nouveaux citoyens s’inscrivent dans une tribu et dans une famille 230. Cu. Lécrivain.

260; Polyb. 12, I6;Heraclid. Pont. Fr. 25. — 213 Aristot. Pol b, 5, 2.-214 Aristot. Pol. 4, 3, 2; 6, 4, 3; Heraclid. Pont. Fr. 22; Strab. p. 481-482. — 215 Heraclid. Pont. Fr. tt, 6 ; Strab. p. 447 ; Herodot. 5, 77 ; Aristot. Pot. 5,5, 10. — 216 Strab. p. 179, 481, 484; Aristot. Pol. 2, 7, 3-5. — 217 Cauer, l. c. 253, 254; Aristot. Pol. 5, 5, 8 ; Thucyd. 5, 47. — 218 Voir les notes 202, 203 et l'article pavrims. — 219 Voir l'article Ancuos. — 220 A Cos et à Calymna (Cauer, l. c. 161 ; Bull. corr. hell. 8, p. 43). — 221 A Mégare (Dittenberger,!. c. 218), à Chalcédoine (Corp. inscr. gr. 3794), à Téos (Cauer, l. c. 480). — 222 Cauer. I. c. 253, 254. — 223 Aristot. Pol. 2, 7 , 5 . 224 II. 5, 441 ; 130 ; 14, 361. — 225 Corp. inscr. gr. 1535, 2161 ;

Le Bas et Waddington, Voy. arch. 3, 334; Dittenberger, l. c. 119, 132; Aluseo italiano di antich. class. 1, 2, n» 19. Ou trouve aussi le mot T»fe à Elis (Cauer, I. c. 253). — 226 Cauer, l. c. 253. — 227 Cauer, l. c. 161. — 228 strab. p. 633 ; Rev. arch. 1874, 2, p. 104. — 229 Bull, de corr. hell. 3, p. 45-5S et 231-255. On connaît encore de Chios la famille des Mélampodides (Pausan. 6, 17 , 6). — 230 Aluseo

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EUROPA. — Le mythe d’Europaest doublement intéressant pour l’archéologie religieuse. Il a été l’objet, dans son principal épisode, d’un grand nombre de représentations artistiques qui attestent sa popularité dans le monde gréco-romain ; et il se rattache à la célébration d’une fête qu’on rencontre à la fois dans Elle de Crète et sur le continent hellénique, sans que sa signification et son origine puissent être établies avec une entière certitude : cette fête est celle des hellotia.

Homère ou, pour être plus exact, le poète qui a interpolé, dans le discours de Zeus à Héra, l’énumération des amours du dieu, connaît Europa; il en fait une fille de Phoenix et lui donne deux fils, Minos et Rhadamante1, auxquels s ajoute, dès les temps d'Hésiode, un troisième, Sarpédon 2. D’autres traditions lui attribuent pour père Agénor, qui est également celui de Phoenix. Dans les deux cas, Europa est d’origine tyrienne et fait partie, avec Phoenix, Cilix, Thasos et Cadmos, des ancêtres divinisés de la race phénicienne transplantée dans le monde hellénique 3. Les variations touchant le nom de sa mère sont nombreuses et n’offrent d’intérêt que pour la mythologie pure 4. Le fait dominant de la légende est l’enlèvement d’Europapar Zeus qui, épris d’amour, vient la surprendre sur les rivages de Tyr ou de Sidon, métamorphosé en taureau et la transporte, suivant les uns, dans l’île de Crète où s’accomplit leur union 6, suivant d’autres, en Béotie, au voisinage de Thèbes, la ville qui rattache ses origines à Cadmos, frère de l’héroïne 6. Une autre version, que l’on trouve pour la première fois chez Acusilaos et qui compte des représentants encore parmi les poètes d’Alexandrie, change l’expression artistique du mythe, en sauvant la majesté du maître de l’Olympe. Au lieu de se métamorphoser lui-même, il fait enlever Europa par le taureau crétois, celui que Héraklès aura à combattre un jour et qui figure, à des titres différents, dans la fable de Pasiphaé. Zeus, dans ce cas, attend son amante et elle lui est amenée, soit par le taureau seul, soit sous la conduite de Hermès7.

Ces représentations diverses appartiennent à toutes les époques de l’art hellénique 8. Les premières, par ordre de date, bornant la scène au transport, à travers les flots, d’Europa sur le dos de l’animal divin ; les autres

ital. di antich. class. 1, 2, n° 19. On connaît plusieurs noms de famille de Cos ( Corp . inscr. gr. 2372 b ; Mitth. d. d. arch. Inst. Ath. 9, p. 319-323). Il se peut que souvent les anciennes divisions du sol aient, comme à Athènes, tiré leurs noms des familles ; ainsi il y a des noms patronymiques dans la liste des dèmes de Tégée (Pausan. 8, 45, 1). — Bibliographie. Bossler, De gentibus et familiis Atticae sacerdotalibus , Darmstadt, 1833 ; Meier, De gentilitate attica, Halle, 1834; Besse, Eupatridea, Konitz progr. 1857 ; Fustel de Coulanges, La cité antique ; Curtius, Ueber den Uebergang des Kônigthums in die Republilc bei den Athenem , dans les Derichte d. Berl. Akad. 1873, 284; Gilbert, Handbucli der griechischen Staatsalterthümer, Leipzig, 1881-1885, I, p. 101-144, 198-200; II, p. 205-282; Die altattische Komenverfassung, dans les Jahrb. fur klass. P/til. Supplbd. VII, 191; Curtius, Athen und Eleusis ( Deutsche Rundschau , 1884, p. 202); Busolt, Griechische Geschichte, I, p. 361-623; Iv. Millier, Handbuch der Althei'tumswissenschaft , IV, i,§ 112-135, 159-160 ; Toepfler, Attische Genealogie , Berlin, 1889.

EUROPA. 1 II. XIV, 321; cf. Schol. 11. XII, 292, citant Hésiode et Bachylide ; Plat. Min. 318; Eurip. Cret. fr. 475, éd. Nauck. — 2 Hes. Frag. 39; cf. Herod. I,

173. 3 Herod. IV, 147 ; VII, 91 ; Schol. Eur. Phoen. 5 ; Paus. V, 25, 7 ; Scrv. Ad

Aen. III, 88. Pour le mythe dans son ensemble, voir aussi Diod. Sic. IV, 60, 2; Luc. Dial. deor. mar. XV, 2. — 4 V. Koscher, Ausf. Lexic. der griech. und. rœm. Myth. art. europa, p. 1410 ; Welcker, Ueber eine lcretische Kolonie inTheben; die Gœltin Europa und Kadmos der Eoenig, Bonn, 1 824 ; Hœck, Kreta , I, et II, passim.

5 L’enlèvement est décrit avec beaucoup de grâce par Moschus, Id. II; c’est ce

tableau qui a inspiré et les poètes et les artistes de l’antiquité gréco-latine, traitant le même sujet. Voir surtout Hor. Od. III, 25 et s. ; Ov. Met. 11.850 et s. ; Fast. V,

605 et s. 6 Pour la première fois, dans la Thcbaïde d’Autimaque. Cf. Steph. Byz.

s. v. Teu|AV)G-<rd; ; Eiynx. M. s. v. TEUjJiv-craxo ; Paus. IX, 19, 1 ; etlesfragm. d Antimaque, III, éd. Didot, p. 31. Voy. aussi Appollocl. III, 1. 1, Mylhogr. Gr. de WestermaDn,p. 76.

groupant autour do ce motif des figures qui procèdent beaucoup moins du respect de quelque tradition religieuse que du désir de varier agréablement un sujet intéressant. En général, les artistes ne cherchent à préciser ni le lieu de l’action, ni les attributs caractéristiques qui servent à faire reconnaître avec certitude les personnages. Gerhard a déjà remarqué9, et Overbeck constate après lui, que des femmes chevauchant sur un taureau sont parfois des Bacchantes, souvent aussi des Néréides, de sorte que la présence même de l’eau ne suffit pas à désigner Europa sans conteste 10. On peut la reconnaître cependant ou à des fleurs qu’elle tient dans la main et qui encadrent la scène, ou à un panier (xaXaOoç) qu’elle emporte avec elle Ces attributs rappellent

qu’elle était occupée, comme Coré dans les plaines de Sicile lorsqu’elle fut ravie par Hadès, à cueillir des fleurs au moment où le taureau aborda aux rivages de Tyr 12. Ce qui est plus expressif encore, c’est la figure d’Ëros qui guide le groupe ou le domine, portant dans ses mains la ténie, symbole du triomphe amoureux13. Dans l’agencement du détail des acteurs et de la scène, règne une très grande fantaisie : nous n’en donnerons que quelques preuves, renvoyant pour le surplus aux monographies très complètes de Stephani et de Jahn, et au chapitre que Overbeck a consacré à cette fable dans sa Kunstmythologie.

Parmi les vases à figures noires, appartenant peutêtre à la catégorie dite ionienne u, il en est un qui combine l’enlèvement d’Europa avec la chasse du sanglier de Calydon. Europa, tout en chevauchant, porte à son nez la fleur qu’elle a cueillie sur le rivage de la patrie ; la Crète, qu’on aperçoit au loin, est figurée par trois arbres au sommet d’une colline qu’escalade un lièvre, l’animal symbolique des exploits de l’amour. Sur une magnifique amphore de Canossa, aujourd’hui au musée de Naples18, Europa joue à la paume avec ses compagnes sous la surveillance d’un placide pédagogue, quand aborde le taureau conduit par Éros et donnant toutes les marques d’un tendre respect. L’artiste s’est évidemment inspiré de la scène d’Ulysse et de Nausicaa dans 1 Odyssée. Une autre amphore, trouvée en Apulie16, groupe encore Europa sur le taureau avec ses compagnes, mais celles-ci chevauchent autour d’elle sur

— 7 Hermès n’est mêlé ù l’aventure dans aucun texte; mais il figure sur deux vases peints dont l’un de style archaïque, chez Overbeck, Griech. Kunstmyth. Zeus , Atlas, VI, 8 et texte, p. 428. Il sera question de l'autre plus bas. — 8 V. Stephani, dans le Compte rendu de la comm. impér. arch. de Saint-Pétersbourg, 1866, p. 79 et s., 148 et s., et 1870 p. 181 et s. ; O. Jahn, Denkschriften der Wiener Akad. sect. Phi 1. XIX, Vienne, 1870 ; Overbeck, ouv. cit. p. 420 et s., Atlas, VI, depuis la figure 7 à la fin, et VII, passim. Ajoutez la nouvelle métope archaïque trouvée à Sélinonte; Salinas, Nuove metopo arcaiche Salimentine , pi. I, Metopa A (dans les Monumenti Antichi , 1892). — 9 Auserles. griech. Vasenb. pl. cxlix, avec le commentaire I, p. 114, note 40. Cf. Ib. II, p. 50. — 10 Surtout quand il s’agit des fresques de Pompéi ; toutes les attributions faites au mythe d'Europa par Helbig, Wandgemaelde , etc., p. 36 et s. sont loin d'être certaines, celles-là surtout qui se rapportent à des compositions où Éros manque. — H Voy. Overb. VI, 9. Cf. Mosch. II, 34 et 37 : ^pû<re ov TàXaçov <yipev; et la monnaie de Tyr dont il sera question plus bas. — 12 V. l'amphore de la collection Feoli (figures noires) représentant des deux côtés Europa sur le taureau, Gerhard, ouv. cit. XC. L’inscription donne à l’héroïne le nom de Eûpwrceia. Il faut abandonner la lecture proposée après d’autres, par Boeckh, Corp. inscr. graec. 7747 et suivie par Gerhard : raCpo? çoçSàî, T*Jpoç àviâ&rjç qui est absurde. Cf. Overbeck, ouv. cit. p. 423. Pour l’attribut de la fleur, id. 421. — 13 Achilles Tatius ( Clit . et Leuc. am. I, 6), dans une description qui est comme la synthèse des œuvres de l’art antique sur le mythe d’Europa, n'a pas oublié ce trait : "Epio; eTXxe vbv poffv, etc. V. plus bas pour les détails. — I4 Amphore de Caeré aujourd’hui au Louvre; Mon. delV Inst. VI, et Vil tav. 77. — 15 V. l’atlas d’Overbeck, VI, Cg. 17. — 15 Musée de Berlin, chez le même, fig. 18. Le plat de Saint-Pétersbourg est sous les numéros 20 a et 20 q. 11 existait à Rome, dans le portique de Pompée au Champ de Mars, une peinture célèbre d’Antiphile, le rival d’Apelles, représentant Europa et Cadmus; Martial, II, 14. 3; III, 20, 12 et XI, i, 11; Plin. Hist.nat. XXXV, 37,2-

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des monstres marins, comme des Néréides. Tel est encore le cas d un grand plat de la collection impériale de Saint-Pétersbourg qui nous offre en plus, assise entre les Néréides, une figure d’homme jeune et imberbe, tenant un trident dans sa main. Cet attribut fait penser à Poséidon à qui certains mythographes donnent un rôle dans l’aventure11. On a tort, en tout cas, d’y voir la représentation d’Atymnos, frère d’Europa, sous le prétexte que ce héros a été associé au culte qu’on lui rendait dans l’île de Crète : Atymnos n’est guère connu que des archéologues et l’on ne voit pas pourquoi 1 artiste l’aurait mêlé, calme et souriant, au voyage de sa sœur à travers les flots18.

Le personnage qui,deboutettranquille,assiste au départ d Europa, dans une peinture de vase reproduite ici (fig.

2847), paraît être son père Agénor, plutôt que Zeus, qui est, nous l’avons dit, distinct du taureau dans certaines représentations du mythe19. Celles-ci ne sont ni les moins curieuses ni les moins décoratives. La plus complète est le plat de Saint-Pétersbourg dont nous venons de parler. Zeus barbu, assis sur un trône et tenant le sceptre à la main, attend Europa que lui amène le taureau ; un Ëros ailé les guide, portant un eoiïret sous son bras gauche; un autre Ëros semble assister Zeus et regarde curieusement 1 arrivée, tandis qu’un troisième suit le taureau avec un tympanon dans ses mains. Sur une hydrie du Vatican !0, le taureau placé au centre, dans une posture indiquant la soumission respectueuse, est entouré de six personnages : à l’une des extrémités est Hermès otixr&poç qui s’est chargé de la négociation amoureuse; à l’autre, une figure féminine dans l’attitude du pédagogue que nous a offert l’amphore de Canossa ; devant Hermès un compagnon d’Europa saisissant le taureau

1,1,1 légende connaît une Europa, fille de Tityos, qui devient l'amante de l’oseidon métamorphosé en taureau et qui a pour fils Euphêmos. V. Clem. AI.

I rotr. p. 27, et plus haut le témoignage d'Acusilaos, disant que Poséidon j»'t à la disposition de Zeus le taureau crétois. Cf. Schol. Germ. Aral. Phaenom.

*' l1’ S5’ ~ 18 l’oul' Atymnos, honoré à Gortyna, cf. Solin. XI, 9, qui eu fait une personnification de l’etoile du matin. La fête célébrée eu son honneur avait un caractère funèbre : c’était probablement la m*r, dpvvj que mentionne J. Malalas, '"'■1, p. 30. — 19 Le groupe qui figure sous len” 8, tab. VI de l’atlas d'Overbeck et qui appartient aux produits de l'art archaïque, est de cette catégorie. Zeus, barbu,

P 'rtant le sceptre, accueille Europa muni du vâkapo; et arrivant au grand trot du taureau. Pour la figure 2847, voir Millingen, Vases grecs , pl. XXV ; Lenormant et de Witte, Elite des rnonum. céram. 1, pl. XXV ; Overbeck, Atlas, VI, ti et texte,

P. 438. 20 Overbeck, Atlas, VI, 15. —21 Jb. fig. 13. — 22 Aux représentations de ce genre se rattache la tradition, exploitée par les Alexandrins, du taureau placé parmi les astres, en récompense du service qu’il rendit à Zeus. V. Eratosth. atast. 14; Eurip. Phrixus, frag. éd. Nauck, 813 (coll. Didot, p. 820.) —23 Aucun

par la queue comme pour le retenir ; en face du taureau Europa elle-même qui s’incline pour le caresser et entourer ses cornes d’un lien ; entre elle et la spectatrice de gauche, assis sur un trône et portant le sceptre, Jupiter imbei'be, à l’aspect juvénile, comme il convient à un dieu amoureux. La figure d’Ëros, portant la ténie avec une fleur, domine toute la scène. Un cratère de 1 Italie méridionale 21 nous montre à la partie inférieure Europa accueillant le taureau tandis que sa suivante senluit effrayée; à la partie supérieure trônent d’un coté Zeus dans sa gloire, de l’autre côté Aphroditè avec un coffret et un miroir; Ëros vole entre les deux22.

Les diverses œuvres dont nous venons de parler ont ceci de particulier qu’elles s’affranchissent en quelque sorte des localités où Europa était l’objet d’un culte et se bornent à traiter le mythe comme un lieu commun décoratif. D autres, mais en moins grand nombre, sont en rapport évident avec les cultes indigènes de Gortyna en Crète, peut-être aussi avec celui de Teumessus en Béotie -3. L opinion la plus répandue parmi les mythologues, surtout depuis la remarquable étude que Welcker a consacrée à cette question, c’est que Europa, fille de Téléphaessa, amante de Zeus-Taureau et finalement épouse d Astérion, roi de Crète, est, au même titre que Séléné, Antiope, Argé, Io et Calisto, une personnification de la lune, et que le récit de son enlèvement est un mythe solaire24. Europa serait « l’image de la lune enlevée, le matin, par le taureau solaire et qui reparaît dans le ciel du soir, où celui-ci semble l’avoir portée, en lui faisant franchir les flots de la mer ». C’est avec cette préoccupation que l’on a expliqué par des étoiles les ornements dont la tunique d’Europa est parsemée dans cei taines peintures de vases. Overbeck avec raison 26, ce nous semble, a fait observer que ces ornements pou- \ aient être aussi bien des fleurs; il se rencontre avec Jahn pour voir dans l’Europe Crétoise une divinité tellurique, qui s unit à Zeus à l’ombre du platane toujours vert de Gortyna26 ou dans la grotte de Teumessus, par le fspbç yâp.0; dont le souvenir était célébré chaque année dans la iête des ffellotia2~. L’épisode principal était une procession dans laquelle on portait une énorme guirlande de myrte, appelée Hellotis comme la déesse 28 ; s il en faut croire une tradition rapportée par Athénée, la guirlande était censée renfermer les ossements mêmes d’Europa-Hellotis29. La légende racontait que Agénor, après l’enlèvement, envoya ses quatre fils à la recherche de sa fille. Une poursuite de ce genre se rencontre également, sans parler de celle de Coré par Déméter, dans les mythes d Harmonia, d’Io, de Héra Samienne, d’Artémis Tauropolos et d’Anna Perenna en Italie; dans les

document n’établit que Europa ait été, en Béotie, l’objet d’un culte analogue aux Hellotia de Crete. On sait seulement que Déméter était vénérée à Lébadée sous le vocable de Europa, comme nourrice de Trophonius ; Paus. IX, 39, 4. Cf. 0. Miiller, Orchomenos, p. 154 et s. ; Kleine Schriften, II, p. 30 et s. Il est probable que’ la tragédie des Cretoises d’Euripide (voy. le fragm. 476, édit. Didot, p. 733) roulait sur des faits héroïques se rattachant à l’histoire d’Europa. —24 V. encore Gerhard Griech. Myth. § 210, 71) et 720 ; Preller, Griech. Myth. édit. PIÜss II, 116 et s •’ Decharme, Mythologie , etc. p. 617. 25 On u. cit., Zeus, p. 5, 89. 20 Sur ce’ platane qui ne perdait jamais ses feuilles voy. Theophr.aisl. plant. 1,10 5- Varr De re rust. I, 7; Plin. Hist. nat. XII, 11.-21 Overbeck, dans les Mémoires de l Académie royale de Saxe, 1861, t. IV, p. 109; Jahn, ouv. cit. p. 21 et s -28 Hesych. s. v. L’Etyraologicum Magnum rapporte la fête aune source phénicienne et 1 explique Ù.ï*. Cette étymologie revient chez Pans. VIII, 47, 3, à propos

des Halolia, fête de Lacédémone, qu'il identifie avec les flellotia, peut-être à toi t - 29 Sur cette procession voir Hesych. s. r. ; Athen. Deipnos. XV, p. 678 A. Voy! les textes cités plus haut, note 5.

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usages populaires elle correspond au ravissement de la fiancée par le futur époux. Une fois retrouvée elle est enchaînée par un lien symbolique de Xuyoç ou agnus castus 30 ; la guirlande, longue de vingt coudées, qui figurait aux fêtes des Helloiia , Cadmos et ses frères parcourant les mers et les terres pour retrouver la trace d’Europa, les éléments de tristesse lugubre qui se mêlaient aux débuts de la fête, puis l’union joyeuse de Zeus et de l’héroïne aux pieds du platane sacré, tous ces détails suggèrent l’idée d’une théogamie où le dieu du ciel se mêle à la terre, la pénétrant au printemps d’une vigueur nouvelle, après l’engourdissement hivernal.

L’examen comparé de quelques monnaies crétoises31 et d’un vase peint d’Apulie, aujourd’hui au musée du Louvre, confirme cette interprétation du mythe d’Europa. Ce dernier 32 représente, à n’en point douter, la scène de théogamie dans la grotte ou de Teumessus ou de Gortyna. Europa est assise sur le rocher, entre deux arbres formant berceau qui rappellent le platane de la légende. Le taureau s’approche de l’héroïne, la tête baissée, dans l’attitude de la soumission ; elle tourne vers lui un regard à la fois anxieux et satisfait, levant le voile qui enveloppe sa poitrine ; à sa gauche est une figure féminine portant une hydrie. Éros et Aphrodite dominent la scène à droite, tandis que deux bustes, l’un de femme, l’autre d’homme, qu’on ne saurait identifier avec quelque certitude, remplissent l’espace au-dessus des arbres. Parmi les monnaies de Gortyna (fig. 2848), il

Fig. 2848. — Monnaie de Gortyne.

en est qui portent au droit le taureau divin, au revers Europa couchée à l’ombre du platane ou assise sur l’arbre, la tête penchée sur la main dans une attitude pensive et mélancolique. D’autres la mettent en rapports plus immédiats soit avec le taureau, soit avec l’aigle de Zeus, à la façon des œuvres connues qui représentent les amours de Léda et du cygne. Ces monnaies sont de la meilleure époque ; il en existe de plus récentes33, qui, originaires de Sidon ou de Chypre, ne sauraient prouver que le mythe d’Europa est de source phénicienne, mais seulement qu’il n'est pas sans analogie avec des épisodes analogues dans la légende de l’Astarté tyrienne. Une monnaie de Tyr, frappée sous Galien, nous montre Europa avec sa corbeille ; la tête du taureau et le platane entre deux rochers ne laissent aucun doute sur l'attribution.

On ne saurait affirmer que le culte d’Europa-Hellotis ait été réellement transplanté par quelque colonie crétoise

30 0. Muller, Kleine Schriften , II, p. 32; Ovcrbeck et Jahn, ouv. cil.

31 V. ces monnaies chez Overbeck, Zeus, tab. VI ; ce sont celles qui vont de

2 à 7 inclus. Cf. Jahn, ouv. cil. p. 25 et s. et tab. 9 e à k, avec les testes, p. 26, n- t. 32 Musée du Louvre ; dans l'Atlas d’Overbeck, VI, 12. — 33 Ainsi la pièce reproduite par Overbeck sous le n» 8. Voir d’ailleurs Luc. Dea Si/r. 4. 11 y a des monnaies de Chypre qui présentent également la femme au taureau; de Lnynes, pl. v, 1, 2. C'est dans le temple de l'Astarté de Sidon que Achilles Tatius affirme avoir vu la peinture de l'enlèvement d’Europa qu’il décrit. \ . plus haut, note 13. — 3V Fragm. III, éd. Billot, p. 31. — 38 Siepli. Byz. s. v. TfjHmüî et EOsiiitvi ; l’aus. IX, 19, 1. — 36 Praxilla, dans Paus. III, 13, 3; Scliol. Theocr. V, 83 ;

en Béotie. C’est Antimaque qui le premier raconta que Zeus avait abordé, métamorphosé en taureau, avec Europa, sur la côte septentrionale de la Béotie34; de là il aurait transporté son fardeau à Teumessus, au voisinage de Thèbes33 ; l’on y montrait la grotte où se serait accomplie leur union. Cependant il n’est nulle part question d’un culte consacrant cet événement en ce lieu. On sait seulement que l’antique famille des Aegides rattachait ses origines à Karnaos, fils de Zeus et d’Europa, aimé d’Apollon 3G. 11 y a d’autres échanges de légendes entre la Crète et la capitale, de la Béotie37; de même que la sœur de Cadmos s’est unie à Zeus au voisinage de Thèbcs avant de retourner en Crète où elle épouse Astérion, ainsi Harmonia a quitté la Béotie pour la Crète. Mais il faut voir là plutôt des combinaisons de mythographes que des manifestations de la foi populaire, fondées sur quelque culte déterminé. On ne peut davantage marquer le lien exact qui unit les Helloiia de Gortyna en l’honneur d’Europa à la fête du même nom que Corinthe consacrait à Athéna. Cette dernière fête semble avoir eu une importance assez grande, puisque Pindare parle d’un athlète qui y fut sept fois victorieux38. La conclusion la plus naturelle, c’est que le mot Helloiia désigne une cérémonie d’un caractère général, qui, suivant les lieux, se rapportait à des personnalités différentes, consacrant la théogamie de Zeus avec quelque héroïne locale 39.

C’est sans doute dans les régions de Thèbes, et du golfe Maliaque qu’il faut chercher le point de départ de la tradition qui donna le nom d’Europa à une des parties du monde connues des Grecs 40. Si pour les mythologues qui voient dans Europa une personnification de la lune, son nom est identique à Eùputfaécaa, il y a autant et plus de vraisemblance à l’interpréter avec Hésycbius par sùpiüTrdç-ijxoTêivôç, c’est-à-dire par l’idée d’obscurité 41. L’hymne à Apollon Pythien où la fable des amours d’Europa transparaît dans la mention de Teumessus avec l’épithète de Xey 'eTtonqç, donne le nom de Eùpunrvi au pays du couchant42, c’est-à-dire à toute la partie du continent qu’habitaient les Grecs, par opposition à l’Asie et aux îles de l’Archipel. Ce sont des régions qui, pour les Ioniens et les Phéniciens, sont situées dans l’ombre : Ttpôç Çdipûv. Sur le chemin qui les y mène est située l’île de Crète, premier berceau de la légende d’Europa; à mesure que l’horizon des navigateurs s’étend, ils transportent avec eux la personnification des contrées entrevues et le souvenir des aventures qu’on y attachait au point do départ. Pour Hésiode43, Europa, avec ce sens, est une Océanide sœur d’Asia ; cette figure vague et sans caractère se détermine à l’aide des éléments mythiques qui, à Gortyna, lui donnaient une personnalité vivante. La Crète elle-même, dans l’hymne cité, est encore du domaine d’Europa(Eùpd>7i7)v te xa'i àp.cp if<ka; xavà v/jnouç) ; ce domaine grandit avec les découvertes nouvelles et ce nom, de proche en proche, s’étend à tout le continent du Nord et de l’Occident. Les représentations figurées d’Europa avec ce

Hesych. s. v. KajveToç. — 37 Ces rapports ont été démêlés avec une rare sagacité daua la monographie de Welcker, Kret. col. pass. Cf. 0. Müller, Kleine Sc/triften, 31 et s.; Preller, ouv. cit. II, 29 avec la note 5 ; Studniczka, Iiyrene, Leipzig, 1890. — 38 Olymp. XIII, 39 et la note du Schol. — 39 Helbig, dans ouv. cit. de Roschcr, p. 1412, y veut voir une fête de la résurrection et de l'apothéose, ce qui cadre mieux avec une héroïne comme Europa qu’avec une antique divinité. La théogamie, célébrant au printemps l’union du ciel et de la terre, nous semble plus vraisemblable. — 4ü Cf. Preller, oui), cit. II, 116 et s. — ^1 Eûçw'yj y,wfa •'■> $Û(TEWÇ $ e xoTEivq. Cf. Eustath. Dion. p. 270. — 42 Hxjm. Apoll. Pyth. 46 et s., 73, 113; Schol. Eur. R/ies. 28. — 43 Hesiod. Theog. 357, 359.

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